SPHYGMOMANOMÉTRIE
La sphygmomanométrie clinique n'a à sa disposition, pour mesurer la pression sanguine, que des procédés insuffisants et inexacts, ceux utilisés en expérimentation physiologique étant inapplicables à l'homme.
Les procédés ou appareils usités en clinique peuvent donc être considérés comme dépourvus de rigueur scientifique. Ils ne sauraient fournil' que des indications comparatives et relatives.
Nous ne ferons que signaler le procédé de von Kries(^), qui consistait à appliquer sur la peau des lames de verre de 2,5 à 5"'°''' et chargées de poids jusqu'à ce que la peau pâlisse. On ne pouvait ainsi obtenir que la pression dans les capillaires.
Un procédé de M. Marey(^), consistant à mesurer la pression du sang par la valeur manométrique de la contrepression qui empêcherait l'apport du sang dans les tissus, a été abandonné.
Actuellement, comme sphygmomanoinètres en usage, nous ne possédons que celui de von Basch et celui de M. Potain.
Celui de von Basch (*) repose sur le principe suivant : quand un tube élastique est parcouru par un courant liquide sous une pression P (évaluée en millimètres d'eau par exemple), il faut pour interrompre le courant une pression extérieure de P' augmentée de la pression nécessaire p pour
(1) Uibemont-Dessaignes et Lepage, Précis d'obstétrique, p. 180.
('^) YoN Kries, Ueber den Drùck in den Blutcapillaren der mcnschlichen Haut. Berichte der Sachs. Akad., 1875.
(^) Marey, Travaux du laboratoire, 1876.
(*) YoN Basch, Ein einfacbes Yerfabrcn, den Blutdrûck an unerôffneten Arterien zu messen. Anh. fur PlnjsioL, 1880.
SÉMIOLOGIE DU CŒUR ET DES VAISSEAUX
aplatir le tube s'il était vide. Si cette dernière pression est très faible, et c'est le cas pour les artères, on peut évaluer approximativement la pression intérieure par la pression extérieure nécessaire pour interrompre le courant. L'appareil de von Basch se compose d'une pelote élastique remplie de liquide et qui presse sur l'artère; la valeur de la pression est donnée par un manomètre à mercure et prise au moment où la pulsation est interrompue dans l'artère en aval de la pelote.
Waldenburg(^) a fait des objections d'ordre théorique sur la valeur du procédé de von Basch. Ne voulant nous occuper que des objections d'ordre clinique, nous renvoyons celles-ci après la description de l'appareil de M. Potain qui est justiciable des mêmes critiques.
Le sphygmomanomètre de M. Potain, basé sur le même principe que celui de von Basch, est d'un usage courant en France. Appareil moins fragile parce que la pelote élastique est pleine' d'air et non de liquide, sous une pression que l'on règle soi-même avant l'expérience et qu'on détruit après, il fournit des résultats rapides et dans une certaine mesure utilisables au lit du malade.
Jusqu'à ce jour, la sphygmomanométrie n'a pas conquis droit de cité dans les manuels de diagnostic et les traités de pathologie générale classiques. La première raison en est que son emploi dans les investigations cliniques est de date récente, la seconde que les auteurs qui en ont Mi usage semblent s'être arrêtés au moment de prononcer une opinion ferme sur sa valeur.
Ce procédé d'exploration n'a pas acquis jusqu'à ce jour l'importance de la sphygmographie, et, comme à cette dernière, il ne faut pas lui demander ce qu'elle ne peut donner. Un doigt sensible, bien éduqué, remplacera souvent et avec avantage l'instrument. L'appareil est préférable^ dit-on, parce qu'il exprime les résultats obtenus par des chiffres. Ceux-ci, pour beaucoup d'observateurs, ont leur éloquence; ils constituent des documents nets, indiscutables, tandis que les sensations perçues au doigt restent contingentes, individuelles, difficiles à exprimer par des mots ou des degrés successifs. En tout cas, il faut qu'on soit prévenu du caractère de relativité de toutes les données de l'appareil. Son principe de graduation, les différences de résultat que peuvent avoir deux observateurs, prenant avec le même instrument la tension sur le même malade et au même moment, enlèvent au sphygmomanomètre toute supériorité absolue réelle (nous entendons au point de vue de l'exactitude manométriquc) sur les comparaisons que peut faire le doigt. On peut et on doit, à notre avis, le conserver beaucoup plus à cause de l'utilisation de ses données au point de vue de l'enseignement et de la vulgarisation qu'à cause de la précision que l'on serait tenté de lui attribuer dans l'investigation clinique. En considérant les conditions dans lesquelles on opère, il y a évidemment de fortes probabilités pour que les renseignements donnés par
(*) Waldenbuug, Arch. fur Pliysiol., 1880.
INSPECTION DES VEINES
cet instrument aient peu de précision, et cela spécialement à cause de la difliculté qu'on éprouve dic distin<>uer dans les résultats obtenus, d'iuie part ce qui revient à l'état de la paroi artérielle et des tissus sus-jacents, de l'autre ce qui appartient réellement à la tension elle-même.
On pourrait penser que, pour les tensions fortes du mal de Brij^lit par exemple, Fappareil serait capable de fournir des chiffres permettant des comparaisons exactes; tout le monde sait, d'ailleurs, que dans certains cas de pouls très tendu on peut ne pas apprécier d'une façon sûre au doi^t des variations minimes qui surviennent parfois d'un jour à l'autre. Mais celles-ci sont d'une importance secondaire, parce qu'elles peuvent être liées k des causes transitoires et non à une modification réelle de la maladie à hypertension ; elles ont peu de chances d'être mieux décelées par l'instrument que par le doigt. Les grandes variations de tension seront aussi bien appréciées par le doigt, et cliniquement ce sont les seules qu'il importe de connaître.
Enfin, depuis quinze ans que ce procédé d'investigation a pénétré dans la clinique avec von Basch, il n'a fait faire à nos connaissances sur la pathologie cardio-vasculaire aucune acquisition importante, même entre les mains les plus expérimentées; c'est pourquoi nous nous dispenserons d'entrer dans de plus longs détails à ce sujet.