‹ Traité de pathologie générale [electronic resource] (volume 5)Chapitre 80 sur 131 · III. — SYNCOPE MORTELLE · texte numérisé non relu

III. — SYNCOPE MORTELLE

On sait, depuis les expériences de Brown-Sequard(*) sur l'inhibition d'origine laryngée, qu'une irritation mécanique du larynx, de la trachée, voire de la région cervicale antérieure, peut produire un arrêt brusque du cœur, de la respiration et de l'activité cérébrale avec perte de connaissance et parfois mort immédiate. Il faut rapprocher de ces résultats expérimentaux les morts foudroyantes indépendantes de tout phénomène dyspnéique, qu'on a parfois observées à la suite de traumatismes laryngés et dans certaines affections graves du larynx.

C'est un fait connu des médecins légistes qu'un coup porté sur la région prélaryngée, une pression même modérée exercée sur le larynx au cours d'une rixe ou pendant des exercices de lutte, peut amener une mort subite dont aucun signe extérieur, aucune ecchymose ne vient révéler la cause. De même, il est démontré aujourd'hui qu'un certain nombre d'étranglés ou de pendus succombent instantanément, par syn-

(*) Brown-Sequard, Bulletin de l'Acad. des sciences, 1887, p. 95.

SÉMIOLOGIE DU LARYNX.

cope, avant que les différentes phases de l'asphyxie aient eu le temps môme de s'esquisser. C'est ainsi qu'il est des suicidés dont on trouve le cadavre pendu par des moyens insuffisants en apparence, incapables d'avoir empêché complètement ou même d'avoir seulement gêné l'entrée de l'air dans les voies respiratoires. Dans ces cas, les effets du traumatisme laryngé sont analogues à ceux de la piqûre du plancher du quatrième ventricule; il semble qu'il se produise une sidération du nœud vital. Cette influence inhibitrice du larynx n'est, d'ailleurs, pas sans exemple dans le reste de l'organisme. On n'ignore pas que les traumatismes de l'épigastre, ceux du foie (coliques hépatiques), de l'utérus (accouchement, cathétérisme, injection utérine) sont susceptibles de provoquer les mêmes effets syncopaux.

On peut invoquer le même mécanisme de l'inhibition pour expliquer les morts subites qu'on a vues, à titre tout à fait exceptionnel, il est vrai, se produire à l'occasion de badigeonnages intra-laryngés, au moment de l'entrée accidentelle dans le larynx d'un corps étranger trop peu volumineux pour obturer complètement la glotte, ou bien encore au cours d'affections chroniques graves du larynx : tuberculose, paralysie bilatérale des adducteurs sans dyspnée, rétrécissements syphilitiques, et surtout tumeurs malignes (^). Dans ces diverses affections, la mort peut survenir soudainement, indépendamment de tout obstacle respiratoire, parfois chez des individus trachéotomisés, sans aucune cause capable de l'expliquer et par conséquent d'une façon absolument imprévue : au milieu d'une conversation, d'un repas, d'une promenade, d'une lecture, le malade s'affaisse et meurt; le passage de vie à trépas se fait instantanément, sans agonie.

On attribuait jadis ces morts subites au cours d'affections laryngotrachéales à une influence mécanique telle que la compression de la trachée ou du nerf phrénique par une tumeur, un ganglion dégénéré, ou bien encore à l'aplatissement de la trachée, sans s'apercevoir que la soudaineté de la mort, ainsi que l'absence de tout phénomène asphyxique, rendaient cette explication peu vraisemblable. La théorie de Brown-Sequard est plus satisfaisante, sans toutefois l'être entièrement dans tous les cas : elle ne nous apprend pas, par exemple, pourquoi, chez un individu qui succombe subitement au cours d'une affection laryngée chronique, la mort survient indépendamment de tout phénomène d'irritation locale, à un moment plutôt qu'à un autre. Il y a là un point obscur qui n'est pas élucidé.

(*) BoTEY, La mort subite dans les maladies graves du larynx. Revue de laryngnl. et d'otoL, n" 17 et 18, 1889. — Gaillard, De la mort subite dans les lésions laryngées et trachéo-bronchiques. Thèse de Paris, 1891-1892, n» 281. — Marivéry, De la mort subite. Thèse de Paris, 1885-1886.

SÉMIOLOGIE DES VOIES RESPIRATOIRES

Par MAURICE LEBRETON

Médecin des hôpitaux.

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