HISTORIQUE
L'histoire de la sémiotiqiie générale des maladies du poumon et des bronches peut être divisée en trois périodes correspondant aux découvertes successives de moyens variés d'investigation qui ont permis peu à peu de pénétrer plus avant dans la connaissance de ces affections.
La période ancienne, privée de tous procédés autres que l'étude des caractères extérieurs de la maladie, jugeait sur les faits les plus frappants de l'habitus extérieur du patient. Réduite à ces faibles ressources, elle a pu cependant diagnostiquer déjà un certain nombre d'affections qui constituent pour elle des types morbides définis que l'avenir se chargera de scinder et de morceler.
Pour llippocrate et ses disciples, la bronchite, ou pour mieux dire le « catarrhe », est déjcà reconnu par son expectoration abondante. Si l'explication qu'ils en donnent, l'excès d'humidité du cerveau renvoyé aux glandes, est erronée, le fait est exact en lui-même.
Plus frappant encore est l'exemple de la pneumonie dont ces mêmes auteurs reconnaissent la marche cyclique accompagnée de fièvre, dont ils signalent l'expectoration si particulière. Bien plus, nous en revenons aujourd'hui à la conception de Boerhave, Van Swieten, Hoffmann, qui faisaient de la pneumonie une maladie générale à localisation pulmonaire, la « febris pneumonica ».
Dans la phtisie, c'est la consomption (cpQ(.£!.v, sécher) qui frappe Hippocrate et fait donner le nom à la maladie. Arétée signale la part importante qui revient aux sueurs, il insiste sur les crachats; il décrit la toux prolongée et même l'hémoptysie.
Cette période ancienne ouverte par la sagacité des médecins de la Grèce, continuée par les médecins arabes, puis par les médecins européens, s'est presque étendue jusqu'à la période contemporaine, jusqu'au commencement de ce siècle. C'est, qu'en effet, pendant toute cette longue époque, les moyens d'investigation ne se sont pas perfectionnés. Pénétrer
SÉMIOLOGIE DES VOIES RESPIRATOIRES
ce qui se passait derrière cette barrière osseuse et musculaire qui constitue le thorax paraissait impossible. Il fallait le génie et la patience de Laënnec pour le tenter et y réussir.
C'est le nom de Laënnec qui ouvre, en effet, ce que l'on peut appeler la deuxième période de la sémiologie des voies respiratoires. Ce qu'a été son œuvre considérable, chacun le sait et si, laissant de côté la partie anatomo-pathologique qui ne nous concerne pas, nous ne nous occupons ici que de la partie clinique, nous pouvons dire qu'il a été le véritable créateur de l'exploration méthodique des organes intra-thoraciques.
La date 1819, qui vit apparaître le Traité d'auscultation médiate, doit être retenue et marque le début de ce mode d'exploration sur le([uel repose tout le diagnostic des maladies des bronches, du poumon et de la plèvre. Soit dans les maladies qu'il a décrites le premier, comme l'emphysème pulmonaire, la dilatation des bronches, les hydatides du poumon, etc., soit dans celles dont il a perfectionné les démonstrations anatomiques et cliniques, il y a, actuellement même, bien peu de choses à ajouter : nous vivons encore sur ses descriptions de la pneumonie, de la phtisie, de la gangrène pulmonaire.
Laënnec avait ouvert une ère féconde. Les observateurs et surtout les observateurs français, toujours passionnés pour les faits cliniques, com])lètèrent son œuvre. L'auscultation et la percussion devinrent l'objet de nombreux travaux et permirent de reconnaître des maladies nouvelles ou de séparer certaines classes encore trop vagues. Les bronchites étaient divisées : on attribuait une importance bien méritée aux états généraux ou aux états diathésiques qui leur donnaient naissance et les noms de Lasègue, Ferrand, Sée restaient attachés à cette étude. Les médecins des enfants séparaient de la pneumonie les différentes formes de bronchopneumonie. On montrait à côté d'elle les faits si variés de congestions pulmonaires de différentes origines. Les querelles des dualistes et des unicistes aboutissaient au triomphe de ces derniers sur le terrain de la phtisie pulmonaire. Stokes décrivait les signes du cancer du poumon, les pneumokonioses et les scléroses du parenchyme étaient magistralement exposées par Charcot : en un mot, le mouvement imprimé à la clinique des voies respiratoires par la découverte de Laënnec se continuait et permettait de démêler peu à peu les différentes maladies intra-thoraciques.
Il restait à faire profiter la sémiologie et le diagnostic des affections pulmonaires et péri-pulmonaires des nouveaux éléments de recherches que les travaux de Pasteur avaient fait naître. La clinique des voies respiratoires allait en faire un double usage très précieux à notre point de vue. C'est ce qui constitue notre troisième période en voie d'évolution à l'heure actuelle.
La découverte du microscope avait déjà permis de reconnaître dans l'expectoration des malades les globules de pus, la fd)rine et certains ])roduits spéciaux (cristaux, crochets d'hydatides, leptothrix, etc.) ou des débris de parenchyme pulmonaire. Elle avait donc contribué pour une