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LE VENIN DES BATRACIENS

dissout dans l'alcool ; Gratiolet et Clocz Tout rangé parmi les alcaloïdes; Gapparelli, en opérant par la méthode de Stas-Otto, a trouvé une base, la phrynine, qui possède les mêmes propriétés que le venin et agit sur le cœur comme la digitaline.

D'un autre côté, Calmels(1) pense que le venin des batraciens renferme un corps spécial, l'acide métbylcarbylamine carbonique ou isocyanétique, qui se produit dans les cellules glandulaires, par fixation de l'acide mi mique à l'état naissant sur le glycocolle et possède une toxicité considérable, supérieure même à celle de l'acide cyanhydrique ; les lapins auxquels on le l'ait inhaler succombent eu quelques secondes; le cœur des animaux intoxiqués s'arrête en systole.

Le venin du crapaud exerce une action locale et une action générale; localement, il irrite la peau, les muqueuses, notamment la conjonctive; il est doué d'une saveur caustique et brûlante. L'action générale a été bien mise en évidence par Gratiolet et Gloez : les oiseaux succombent en cinq ou six minutes, avec des manifestations éb rieuses. Les mammifères présentent d'abord de l'excitation, puis ils s'affaissent ; le chien est pris de vomissements et meurt en 1 heure dans un état d'ivresse ; le cobaye succombe en 1 heure et demie au milieu de convulsions. Les grenouilles sont sensibles au venin des crapauds et périssent en une heure; les crapauds y sont réfractaires.

Chez les animaux empoisonnés, Gratiolet et Cloez ont trouvé un épanchement sanguin dans les canaux semi-circulaires. Tous les auteurs ont reconnu que l'action principale porte sur le cœur, qui s'arrête en systole, comme dans l'empoisonnement par la digitaline. Il est curieux de remarquer, à ce propos, que le crapaud supporte, sans inconvénient, de hautes doses de ce glycoside.

Les grenouilles elles-mêmes sécrètent un venin cutané comparable à celui des crapauds; il exerce une action irritante sur la conjonctive et la muqueuse linguale; introduit dans l'organisme, il arrête aussi le cœur en systole (P. Bert),

Venin du triton. — La salamandre aquatique ou triton (Triton cristatus) peut, comme la grenouille, être maniée sans grand inconvénient ; pourtant ce batracien produit un liquide irritant qui brûle la langue et amène des conjonctivites; Philippeaux fut victime d'un accident de ce genre. Comme chez le crapaud, le liquide est une humeur blanche, laiteuse, vireuse, contenant en suspension des globules ovoïdes : il est miscible partiellement à l'eau, mais coagule par l'alcool. Sa réaction est acide.

Étendu sur la peau du triton ou de la grenouille, le venin ne traverse pas le tégument et ne produit aucun effet notable ; il est au contraire fort toxique si on l'injecte sous la peau de ces mêmes animaux. Fornara(2)

(1) Calmels, Glandes à venin du crapaud. Arch. de physiol., 1885, t, p. 321.

(2) Fornara, Nurvo ricirchi speriraentali sopra il veneno del rospo. Rivista clinica di Bologna, 1874.

LES INTOXICATIONS

distingue deux périodes à l'empoisonnement : dans la première, la sensibilité générale est surexcitée, la respiration fréquente, les battements cardiaques sont accélérés; puis la sensibilité diminue et disparaît d'arrière en avant; le cœur et la respiration se ralentissent et s'arrêtent. La contractilité musculaire s'éteint rapidement après la mort (Yulpian). Comme avec le poison précédent, l'arrêt du cœur a lieu en systole. D'à près Vulpian, trois ou quatre tritons sécrètent assez de poison pour tuer un chien en trois ou quatre heures.

Venin de la salamandre. — Parmi les batraciens de nos pays, c'est la salamandre terrestre (Salamandra maculata) qui sécrète le venin le plus actif.

On avait admis dans l'antiquité que la morsure de la salamandre était toxique. Maupertuis démontra qu'elle était inofîensive et rejeta la salamandre du groupe des animaux venimeux. Mais, dès 1786, Laurentius fit voir que si la morsure ne produisait aucun accident, la peau sécrétait un poison qui agissait énergiquement sur les lézards et les moineaux.

Le liquide de la salamandre a été considéré comme acide par Gratiolet et Clocz, comme alcalin par Zalesky. Cette divergence d'opinion vient, d'après M. Phisalix, de ce que la peau de ce batracien renferme deux ordres de glandes : les unes sont des glandes à mucus dont la sécrétion est alcaline et contient un poison stupéfiant, insoluble dans l'alcool et arrêtant le cœur en diastole ; elles entrent en action sous l'influence de la pilocarpine, des excitations nerveuses, de la volonté; les autres donnent un liquide acide, à odeur musquée (Dutartre), renfermant un poison convulsivant , découvert par Zalesky en 1 866, et ayant pour formule C3*H60Az2O5 ; c'est une substance alcaloïdique, qu'on désigne sous le nom de salamandarine ou salaniandrine. Cette sécrétion spécifique n'est pas influencée par l'excitation des nerfs sensitifs; elle entre en action sous l'influence des nerfs moteurs.

Les oiseaux sont particulièrement sensibles au venin de la salamandre; d'après Gratiolet et Cloez, une dose suffisante pour tuer une tourterelle ne produirait chez la souris que quelques convulsions, légères ou passagères. Pourtant, ce petit rongeur est tué par une dose minime de chlorhydrate de salamandrine, 0gr,0001 d'après M. Phisalix; le même expérimentateur a établi que, pour tuer un chien, il fallait injecter, par kilogramme de son poids, lms,8 sous la peau, 1 milligramme dans les veines, de 8 à 10 milligrammes dans l'estomac.

Les manifestations toxiques sont à peu près semblables chez tous les animaux. Roth, Dutartre, Phisalix et Langlois admettent deux périodes successives : dans la première, se produisent des convulsions violentes et du tétanos; chez les mammifères, la température s'élève et peut même atteindre 45° (Phisalix et Langlois) ; puis survient une deuxième période, où les muscles tombent en résolution et se paralysent; la mort arrive par arrêt respiratoire, de telle sorte que la respiration artificielle permet de prolonger la vie. Pendant que se déroulent ces accidents,

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