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LE VENIN DES POISSONS

le cœur est peu influencé; on note généralement une diminution, puis une accélération du pouls; les mouvements cardiaques persistent après l'arrêt de la respiration; dans quelques cas pourtant, le cœur s'arrête rapidement en diastole; cet effet est dû à la sécrétion des glandes muqueuses.

Les grenouilles intoxiquées peuvent ne pas succomber immédiatement, mais l'amélioration est passagère, et les animaux meurent un peu plus tard.

L'analyse expérimentale a permis de reconnaître (pie le venin de la salamandre agit d'abord sur le cerveau, puis sur le bulbe, la moelle et les nerfs périphériques; ceux-ci sont inexcitables au moment de la mort, tandis que les muscles ont conservé leur contraetilité (Roth, Dutartre). Comme phénomène secondaire, nous signalerons une dissolution des globules sanguins (Dutartre).

En résumé, les venins du triton et du crapaud paralysent le système nerveux et amènent l'arrêt du cœur en systole, comme la digitaline; le venin de la salamandre excite, puis paralyse successivement le cerveau, le bulbe, la moelle, les nerfs périphériques; il ne modifie pas les contractions cardiaques ou les arrête en diastole ; mais ce dernier effet est dû au mucus qui lui est mélangé.

Vulpian (') a étudié l'action réciproque des venins sécrétés par ces trois espèces : il a reconnu que le venin du crapaud empoisonne la grenouille et le triton; celui de la salamandre n'a pas d'action sur la grenouille, mais empoisonne le triton et le crapaud; celui du triton empoisonne le crapaud. Ces divers venins, comme ceux du serpent, sont sans action sur les animaux qui les ont sécrétés. Cette loi, établie par Fontana et admise par Vulpian, n'a pas une valeur absolue; Cl. Bernard, Fornara ont reconnu qu'on pouvait empoisonner le crapaud avec son propre venin, mais c'est à la condition d'en injecter des doses très élevées; M. Phisalix a montré de même que, pour tuer une salamandre, il faut introduire de 5 à 10 milligrammes sous la peau, 1 milligramme dans les veines.

Comme pour les ophidiens, la résistance des batraciens à leur propre venin a été attribuée à la présence de la matière active dans le sang; c'est du moins ce qui a lieu chez le crapaud, d'après MM. Phisalix et Bertrand ("2). Enfin, de même qu'on peut vacciner les mammifères contre le venin du serpent, de même on peut créer chez le chien une immunité artificielle contre le venin du crapaud (Fornara).

Les poissons venimeux. — Il existe un grand nombre de poissons venimeux qui, pour la plupart, habitent les mers tropicales et appartiennent au groupe des poissons osseux.

Parmi les poissons cartilagineux, les rajides semblent seuls capables de

(1) Vulpian, Sur le venin du crapaud commun. Bull, de la Société de biol., 1854, p. 155. — Substances toxiques et médicamenteuses. Paris, 1882, p. 651.

(2) Phisalix et Bi:utrand, Recherches sur la toxicité du sang- du crapaud commun. Arch. de physiol., 1895, p. 511.

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produire des accidents toxiques. Les piqûres de Y jEtobatis narinari déterminent de violentes douleurs, parfois une tendance à la syncope; la région blessée gonfle rapidement et devient le siège d'une inflammation violente et parfois de gangrène. On a signalé des accidents analogues après les piqûres de la raie pastenaque (Trygon pastinaca), qui habite les mers du Japon; le docteur Crevaux, sur les bords de l'Orénoque, a vu des raies dont les aiguillons canalisés renferment des réservoirs à venin; un homme piqué au pied succomba en quarante-huit heures.

Les poissons osseux, appartenant au groupe des malacoptérygiens, comptent quelques espèces venimeuses : les murènes possèdent des dents palatines qui sécrètent, comme chez les serpents, des liquides a la fois digestifs et toxiques ; le rapprochement avec les ophidiens est d'autant plus intéressant que le sang des murénides non venimeuses, comme l'anguille, renferme un principe extrêmement toxique (Mosso). On se rappelle que la couleuvre produit également un poison qu'elle ne peut déverser au dehors.

Les silurides possèdent à la nageoire pectorale une épine dentelée, à la base de laquelle se voit une ouverture donnant issue à un liquide toxique.

Chez les plotons (et surtout le Plotonus lineatus), qui sont très répandus dans la mer des Indes, autour des îles de la Sonde, de la Nouvelle-Calédonie, dans les lacs saumâtres des archipels Océaniens, les nageoires pectorales et dorsales possèdent des épines très pointues; leur piqûre produit des douleurs atroces et provoque du trismus, parfois même un tétanos généralisé (Van Leent).

Les acanthoptérygiens renferment les principales espèces venimeuses. Les plus dangereuses sont représentées par les synancées (Synancca brachio, vulgairement le Hideux). A la Réunion, Bottard (*) a eu connaissance de sept cas mortels. Ces poissons, qui appartiennent à la famille des Scorpénides, s'enfoncent dans le sable du rivage; les épines dorsales sont cannelées et servent à déverser le venin que sécrètent des glandes entourant l'aiguillon. La piqûre est suivie de vives douleurs, et provoque des vomissements, des lipothymies ou des syncopes. Les scorpénides de nos régions, et notamment la rascasse de la Méditerranée, peuvent produire quelques accidents, généralement peu graves.

Les Cottus (Chabots) et les Callionymus ne sécrètent du venin qu'au moment du frai.

Parmi les poissons venimeux, les trachinides (Uranoscopus et surtout Trachinus) paraissent les plus intéressants. Les trachines ou vives comptent plusieurs espèces indigènes : tels sont le Trachinus vipera fort redouté sur les côtes de l'Ouest, par les baigneurs et les pêcheurs de crevettes, le Trachinus draco (vive commune), le Trachinus radiatus ou araneus, de la Méditerranée.

M. Bottard a montré que les vives possèdent deux appareils venimeux :

(*) Bottard, Les poissons venimeux. Thèse de Paris, 4889.

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l'un est situé au niveau de la première nageoire dorsale; l'autre, le plus important, s'ouvre par deux canaux au niveau de l'épine operculaire, qui contient un aiguillon acéré.

Les vives se tiennent dans le sable, et, dés qu'on marche sur elles, redressent leur aiguillon. Les piqûres, produites généralement au niveau des pieds et des mains, sont extrêmement douloureuses; la partie atteinte ne tarde pas à se tuméfier, et il n'est pas rare de voir survenir un phlegmon ou de la gangrène ;#en môme temps on observe de la lièvre, du délire, parfois des convulsions.

Sur les grenouilles, le venin de la vive provoque une paralysie de la motricité et de la sensibilité, précédée parfois de convulsions tétaniques. Ce dernier phénomène est inconstant ; Gressin (') l'a noté en se servant de vives prises au Havre pendant le mois de mai; Pohlf2), étudiant à Trieste, pendant le mois de septembre, n'observa pas de phénomènes d'excitation. Dans tous les cas, le poison porte son action sur le bulbe, la moelle et le myocarde amenant le ralentissement et l'arrêt du cœur; il s'élimine par le foie, les reins et l'intestin (Gressin).

Enfin, nous signalerons encore le thalossophryne réticulé de Panama. Gûnther(5) a montré qu'il existe au niveau de L'épine operculaire une cannelure comme sur les dents des serpents et qu'à la base des épines operculaire et dorsale, s'ouvre un sac membraneux qui ne présente pas d'aspect glandulaire, mais sécrète un venin.

En résumé, sauf chez les murènes, les poissons venimeux sont pourvus d'un appareil de défense, s'ouvrant à la peau et nullement analogue aux glandes des ophidiens. Le poison est identique chez tous, par ses effets; l'intensité seule diffère d'une espèce à l'autre.

Les insectes venimeux. — Un grand nombre d'insectes sécrètent des liquides toxiques ou irritants. Dans la plupart des cas, les troubles restent localisés au point piqué ; les phénomènes généraux qu'on observe parfois relèvent plutôt d'une action réflexe que d'un empoisonnement. Mais il n'en est pas toujours ainsi, et certaines espèces produisent des venins extrêmement actifs. Tantôt il existe des glandes spéciales, pourvues d'un aiguillon; tantôt il semble que ce soit la salive qui détermine les accidents consécutifs à la piqûre.

Les animaux ne sont pas les seuls êtres exposés a l'action des insectes; les végétaux le sont également, et les travaux les plus récents tendent à nous faire considérer les galles comme étant sous la dépendance d'un véritable poison.

Les hyménoptères renferment des espèces importantes au point de vue toxicologique. Tout le monde connaît les piqûres des abeilles (Apis melli-

(1) Gressin, Contribution à l'étude de l'appareil à venin chez les poissons du genre vive. Thèse de Paris, 1885.

(2) Poiil, Bcilrag zur Lehre von den Fischgiften. Prngcr med. Wochcnschrift, 1893.

(3) Gi:NTHEiî, An Introduction lo the study of Fisches, 1880.

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fica) et des espèces voisines, bourdon (Bombas hortorum, Bombus lapidarius), abeille perce-bois (Xylocopa violacea), guêpe (Vespa vulgaris, Vespa germanica), frelon (Vespa erabro), etc. Ces insectes sécrètent des liquides toxiques qui semblent assez analogues ; la différence des accidents dépend surtout de la profondeur de la piqûre et de la quantité de substance nocive introduite.

M. Carlet a montré que, cliez ceux qui possèdent un aiguillon velu (abeilles, guêpes), le venin est constitué par le mélange d'un acide et d'un alcali; chez ceux dont l'aiguillon est lisse, les glandes alcalines manquent ou sont rudimentaires, et la sécrétion ne détermine plus qu'une légère anestbésie.

Le principe actif du venin est représenté par de l'acide formique, dont une partie semble unie à un corps spécial, Yundecane, CH24 (Scholl).

La piqûre de ces insectes détermine cbez l'homme une douleur très vive qui n'est pas due, comme on le croit fréquemment , à ce que l'aiguillon reste dans la plaie ; il est facile de se convaincre qu'il s'agit d'une action toxique, comme le prouve l'injection sous-cutanée, d'une gouttelette de venin; la partie enlle rapidement et, clans certaines régions, l'œdème peut devenir une cause de grand danger ou même de mort. C'est ce qui a lieu quand une guêpe a piqué au niveau du voile du palais ou de la langue. En dehors de ces cas particuliers, les accidents sont généralement peu graves; chez les personnes prédisposées, on observe parfois des troubles nerveux ou une poussée d'urticaire. Cette dernière manifestation peut être produite par tous les insectes, depuis la puce ou la punaise jusqu'à la chenille processionnaire .

Dans quelques cas, les piqûres des hyménoptères ont pu être suivies de complications infectieuses, érysipèle ou gangrène, ou même de tbrombose mortelle quand une veine a été intéressée.

Ces accidents sont évidemment exceptionnels et le pronostic est généralement fort bénin. 11 n'en est plus de même quand un sujet a été piqué plusieurs fois.

Si le même animal pratique plusieurs piqûres, la deuxième est très légère et la troisième presque nulle : c'est ce que Réaumur a démontré et ce que nous avons pu constater nous-mème. Mais il peut arriver que l'on soit attaqué par plusieurs individus ou par un essaim d'abeilles ; dans ce cas les manifestations sont fort graves et la mort n'est pas exceptionnelle. Clichy, Lies, Funfstuek, Bramstedt comparent les accidents à ceux que détermine le venin de la vipère; 5 ou 6 frelons pourraient tuer un cheval, 5 ou 4 auraient parfois suffi à faire périr un homme.

Des phénomènes aussi graves ne peuvent relever simplement de l'acide formique. Les expériences de P. Bertf1) tendent à démontrer que la Xylopa violacea sécrète un poison du sang; au contraire les abeilles semblent agir sur l'appareil respiratoire par paralysie bulbaire; en faisant

(') V. Br.n-r, Contribution à l'étude des venins Bull, de la Soc. debiol., 1865.

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piquer un moineau par deux abeilles [Apis nolacea), ranimai succombe en trois heures, asphyxié, avec un sang noir. Mais, par des doses progressivement croissantes, on peut arriver à accoutumer les animaux contre le venin des abeilles et à créer une immunité relative (P. Bert, Lortet).

Les vertébrés ne sont pas les seuls êtres sensibles au venin des hyménoptères : divers insectes peuvent également en être victimes. Rien de curieux comme les mœurs des fouisseurs qui piquent des chenilles, ou des insectes de façon à introduire le venin près des ganglions nerveux; il en résulte un état paralytique dont l'animal profite pour emporter sa proie et la conserver vivante comme nourriture pour ses larves.

L'acide formique que Ton trouve dans les venins (pie nous avons étudiés, caractérise, comme on sait, la sécrétion toxique des fourmis; c'est chez ces animaux que Fischer l'a découvert en 1760. Cet acide est uni à l'undécanè et à un ferment. Les piqûres des fourmis ne sont pas graves, au moins dans nos contrées; elles ne déterminent qu'un peu de douleur, parfois des érythèmes et, si le liquide arrive dans les yeux, de la conjonctivite. Il n'en est plus de même dans les pays chauds. Dans l'Afrique occidentale se trouvent les fourmis de visite, qui sont capables de faire périr de gros animaux, poules, porcs, singes, lézards, serpents, et qui, arrivant par légions dans les huttes des nègres, les forcent souvent à les abandonner momentanément. Les flammants (Cayenne), les fourmis de feu (Surinam) déterminent des rougeurs érysipélateuses et de la fièvre; au Sénégal, certaines fourmis rouges, cachées dans les arbres, se jettent sur le visage des personnes qui s'en approchent et produisent des éruptions huileuses (Adanson).

Stanley rapporte que plusieurs tribus d'Afrique mettent sur leurs flèches un mélange d'huile de palme et de poudre de fourmis rouges; les animaux blessés avec ces armes succomberaient rapidement.

Le groupe des coléoptères n'est pas moins important que celui des hyménoptères : il renferme en effet des insectes fort intéressants pour le médecin, la cantharide par exemple, mais il s'agit d'animaux plutôt tpxiques que venimeux.

La cantharide (Lytta vesicatoria) renferme un principe actif bien connu, la cantharidine, C10H12O\ surtout abondant au moment de la reproduction (Beauregard) ('). C'est l'anhydride de l'acide cantharidique dont le sel de potasse a été recommandé par Liebreich pour le traitement de la tuberculose. On y trouve encore une huile volatile qui exerce une action locale irritante sur la peau et sur les muqueuses.

Le poison de la cantharide, appliqué sur la peau, détermine une phlyetène, contenant un liquide séreux, dépourvu de leucocytes; introduil dans la chambre antérieure de l'œil (Leber), il ne produit pas non plus de diapédèse, ce qui fait supposer qu'il paralyse les globules blancs. Son action se porte, comme on sait, sur L'appareil génito-urinaire où il

(') Beackegard, Los insectes vésieanl?. Pari?. 1890

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provoque de violentes inflammations, se traduisant par de la cystite, de la néphrite: l'urine renferme le poison qui s'élimine sous forme de cantharidatc.

La cantharidine est extrêmement active; 10 milligrammes peuvent amener une intoxication grave se traduisant par du priapisme, de l'albuminurie, ou des hématuries, des hémorrhagies pulmonaires, de la gastroentérite; dans les cas funestes, la mort survient au milieu d'une paralysie progressive.

D'autres insectes possèdent des propriétés vésicantes analogues : tels sont les mylabres et les méloés; quand on excite ces dernières, elles excrètent, au niveau des genoux, une humeur visqueuse, qui peut exercer une action rubéfiante ou produire des pustules.

Les carabus sont pourvus de glandes anales sécrétant une liqueur brûlante et fétide; les chrysoméles et surtout leurs larves possèdent une sécrétion caustique. Enfin il faut faire une place à part aux bombardiers Œrachinus crepitans, Brachinus explodens) ; ces petits coléoptères vivent sous les pierres ; quand on vient à les découvrir, ils lancent tous un liquide volatil, acide, qui a la double propriété de les cacher, ce qui leur permet de fuir, et d'exercer une action irritante.

Les larves des lépidoptères ont été souvent considérées comme produisant des substances nocives; il est certain qu'il ne faut les manier qu'avec prudence sous peine d'être atteint de lésions cutanées notamment d'urticaire ; c'est ce que déterminent les chenilles processionnaires (Cnetliocampa pinnivora , Cnethocampa processionea, Liparis auriflua, Lithosia caniola). On a longtemps cru que les effets étaient dus aux poils qui, restant dans les téguments, exerceraient une action mécanique; Réaumur reconnut qu'il fallait incriminer certains poils, a peine visibles, imprégnés d'acide formique, probablement mélangé à une enzyme: ils se détachent au moment où l'animal se transforme en chrysalide et, emportés par le vent, peuvent produire leurs effets à des distances assez grandes.

D'autres larves de lépidoptères (Arctica cossus ligniperda) exercent une action analogue ; celles du Pieris brassicœ, inoffensives pour l'homme, peuvent déterminer chez les animaux (veaux, chevaux) des coliques, des paralysies, des stomatites. A l'autopsie, on trouve une gastro-entérite hémorrhagique et une inflammation du rein (Frohner).

Les diptères, souvent fort incommodes, n'exercent en général qu'une action mécanique; les piqûres des taons, malgré les douleurs qu'elles provoquent ne semblent pas venimeuses. Il n'en est pas de même de certaines simulies qui provoquent de l'eczéma chez les chevaux et surtout de la mouche tachetée ou simulie de Kolumbacz (Simulia maculata) qui habite la Hongrie, la Serbie, la Moravie et certaines contrées de l'Allemagne. On dit qu'en 1873, elle fit périr en Serbie 52 chevaux, 151 bœufs, 316 moutons et 100 porcs; la piqûre détermine une tuméfaction qhi dure de huit à dix jours et s'accompagne de fièvre et parfois de convulsions. Mais la plus terrible de toutes les mouches est sans contredit la mouche

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tsetsé (Glossina morsUans) ; cette espèce qui habite l'Afrique ;i été étudiée par un grand nombre d'explorateurs et notamment par Livingstone ; il parait que 3 ou 4 individus sont capables de hier un chien, ou même un cheval ou un bœuf ; les piqûres déterminent de l'amaigrissement et tinissnt par entraîner la mort au bout de quelques jours; mais ce qui est plus curieux, c'est que les animaux sauvages sont absolument réfractaires à Faction de cet insecte : les éléphants, les zèbres, les buffles, les antilopes, les gazelles ne sont pas incommodés; il en est de même de la chèvre et des veaux à la mamelle. Au contraire, les chiens qui boivent du lait y seraient très sensibles, tandis que ceux qui mangent du gibier auraient une immunité remarquable. Chez l'homme, les effets sont analogues à ceux (pie déterminent les cousins de nos pays.

Parmi les autres mouches, nous citerons : la mouche à tète rouge d'Abvssinie, qui, lorsqu'on l'écrase sur la peau, amène des ampoules et des furoncles (Rcy); la mouche des sables, qui produit de l'urticaire; la mouche de Pondichéry, qui serait une cause de conjonctivite purulente.

Les cousins [Culex pipiens) possèdent une salive toxique qui semble produire d'abord un certain degré d'anesthésie, ce qui permet à l'animal de sucer le sang de sa victime. 11 en est de même probablement de la puce.

Dans Tordre des hémiptères, nous devons signaler d'abord ÏHuechis sanguinea, dont le poison, étudié par plusieurs chimistes, notamment par Moss et par Arnaud, exerce une action irritante sur la vessie; cette propriété le rapproche de la cantharidine dont il diffère au point de vue chimique.

Les pucerons (Aphis, Lachnus, Chenues) ont une sécrétion caustique qui amène des inflammations cutanées chez l'homme, le cheval et le porc.

Les punaises terrestres sécrètent un liquide fétide qui est produit par des glandes pyriformes placées au centre du métathoiax et aboutissant entre les pattes postérieures; on sait que les punaises des lits (Acanthia lectularia) s'attaquent à l'homme et aux animaux domestiques, pendant l'obscurité, et, après s'être gorgées de sang, déposent dans la plaie une salive irritante. Quelques espèces font des piqûres très douloureuses : telles sont les punaises de Kazan {Acanthia ciliata) et de la Réunion (Acanthia rotondata).

Les piqûres des reduves (Reduvius personatus) sont suivies de douleurs et d'engourdissement ; il en est de même des piqûres des punaises d'eau (Notonectes). Tous ces animaux agissent par leur salive, qui est capable de paralyser complètement les petits insectes auxquels ils s'attaquent.

Enfin, on range aujourd'hui, dans les hémiptères aberrants, les pediculi. On sait que le pediculus pubis détermine des lésions cutanées et notamment des taches ardoisées (Moursou) grâce à sa sécrétion salivaire (Duguet).

Parmi les insectes non classés, nous en signalerons un qui, au Sénégal,

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produirait une éruption boutonneuse appelée gale d'éléphant ; un autre, à Saint-Domingue, déterminerait des ulcères.

Les arachnides venimeuses. — La classe des arachnides est une de celles qui présentent le plus d'intérêt au point de vue médical. Tous les individus qui la composent ou presque tous possèdent des propriétés toxiques. Parmi les types les plus dégradés, nous trouvons les lingatulides, longtemps classés parmi les vers et qui en effet établissent avec eux une sorte de transition et s'en rapprochent par leur vie parasitaire. À l'autre extrémité de cette classe, sont placés les solifuges, et particulièrement les galéodes, qui ne possèdent pas de glandes venimeuses, mais dont la salive est irritante comme celle des insectes avec lesquels ils ont plus d'une analogie; la morsure du Galeodes araneoides ou du Galeodes vorax, produit des inflammations assez vives.

Les araignées vraies ou aranéides possèdent une glande venimeuse située dans la région céphalique; son canal excréteur débouche près de la griffe qui termine les chélicères ou antennes pinces; quand l'animal vient à mordre, le poison se déverse dans la plaie et peut causer la mort chez quelques petits animaux; Ja sécrétion est constituée par un liquide clair, huileux, acide et amer. Chez quelques espèces on trouve sur la peau une toxalbùmine (Robert) qui se mélange au venin. 11 n'y a pas de toxalbuinine chez les tarentules.

Si toutes les araignées sont venimeuses, il s'en faut que le venin ait chez toutes la même action. Latreille a reconnu que la morsure d'une araignée de taille moyenne suffit à tuer une mouche; dans les pays chauds les mygales font périr des oiseaux, colibris, fauvettes et même pigeons. Mais leur action sur l'homme est généralement peu grave. Les araignées de nos pays ne déterminent qu'un point rouge; celles du Midi peuvent amener une légère tuméfaction et parfois de petites bulles. Les mygales elles-mêmes ne produisent sur notre espèce que de la rougeur et des phlyctènes; il est exceptionnel de voir survenir des phénomènes généraux sérieux ou de la fièvre.

On sait la terreur qu'a longtemps inspirée la piqûre de la tarentule ; une espèce habite le midi de la France (Lycosa melanogastra), une autre le midi de l'Italie (Lycosa tarentula) ; cette dernière a été accusée de produire des accidents bizarres qui étaient décrits sous le nom de tarentisine et qui n'étaient guéris que par la musique. Les observations sérieuses démontrent que la tarentule ne détermine qu'une lésion locale douloureuse, rappelant celles que produisent les abeilles: si parfois il survient des phénomènes généraux, soif, sueurs froides, vomissements, il faut les rattacher simplement à une action réflexe.

Les seules araignées véritablement redoutables sont représentées par les malmignathes {Lathrodectus malmignatus) et d'autres espèces de lathrodectes [Lathrodectus tredecimguttatus , Lathrodectus lugubris).

Les malmignates possèdent des glandes venimeuses très développées,

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