LE VENIN DES ARACHNIDES
dont la sécrétion se mélange à la toxalbumine des téguments; très redoutées en Corse, dans l'île d'Elbe, où on les craint autant que les scorpions, et en Russie, elles sont capables de tuer les petits animaux et produisent chez l'homme des phénomènes parfois très graves. On prétend même que certaines espèces, comme le Lathrodectus lugubris, peuvent tuer les chevaux, les moutons et l'homme : la mort surviendrait dans le collapsus, sans qu'il se produise de lésions locales; d'autres lois le malade guérit, mais conserve, pendant plusieurs mois, des paralysies des extrémités. Ces accidents s'observent surtout dans les pays tropicaux, à Venezuela, à Madagascar. Les lathrodectes de Curacâo produisent par an de 100 à c200 piqûres, qui, chez l'homme, se terminent généralement par la guérison; le venin, inoculé au chien et au bouc, amène delà dyspnée, de la congestion céphalique et pulmonaire (Steenberger et Moorres).
Citons encore le Micrommata sparassus de la Nouvelle-Calédonie, et YEpeira diadema, qui produisent des lésions locales assez graves.
L'ordre des acariens comprend quelques espèces qui déterminent des piqûres très douloureuses et de la lièvre; elles appartiennent à la famille des ixodides ; Ixodes nigra, Argas persicus, argas de Colombie. Une espèce qui habite les bords de la mer Caspienne, la punaise de Tabrir, peut produire chez l'homme des accidents mortels.
Mais la plupart des acariens vivent en parasite chez les mammifères : tels sont lesdeinodex, les sarcoptides, etc.; les manifestations qu'ils déterminent doivent être en partie d'ordre toxique. C'est le cas également d'un petit parasite, très répandu aux environs de Paris et qui pénètre sous la peau de l'homme; vulgairement désigné sous le nom de rouget, il est considéré aujourd'hui connue la larve du Thrombidium automnale.
Les scorpions. — Les scorpions sont, par leur organisation, bien supérieurs aux arachnides. On en trouve 13 espèces dans l'Europe méridionale; les deux principales sont le But hu s occitanus et le Scorpîo europeus. La première surtout possède un venin actif. Dans les pays tropicaux on rencontre des espèces très dangereuses, parmi lesquelles nous citerons le Buthus aferet Y Androctonus funestus; ce dernier, qui atteint 15 centimètres de long et se trouve déjà en Algérie, peut produire la mort, au moins chez les enfants et les jeunes gens.
Quant aux scorpions de France, ils sont peu redoutables; le plus souvent le dard n'est pas assez fort pour piquer la peau de l'homme et, étant donné le peu d'accidents qu'ils causent chez les animaux, on peut reléguer au rang des fables les dangers de leur morsure.
Ceux des tropiques déterminent des pseudo-érysipèles qui s'accompagnent de douleurs lancinantes; puis surviennent des phlyetènes, des lymphangites, du sphacèle. En môme temps, les blessés ont des vomissements, de la diarrhée, de la fièvre, puis après un laps de temps qui varie de quelques heures à quelques jours ils sont pris d'accidents tétaniformes et succombent dans le coma.
Le scorpion de Colombie produit, dit-on, de l'angoisse, des étourdisse-
LES INTOXICATIONS
ments et un engourdissement de la langue, qui s'accompagne de bégayement.
Le venin des scorpions, sécrété par deux glandes situées dans le dernier segment caudiforme de l'abdomen, est constitué par un liquide incolore, acide, soluble dans l'eau, insoluble dans l'alcool absolu et l'éther. Son action a été étudiée par Redi, par Maupertuis et surtout par Blanchard, P. Bert, Jousset, Joyeux-Lafï'uie
Blanchard a montré que le venin du Scorpîo occitanus tue les insectes, les pierrots, les serins; chez la grenouille, il détermine un tétanos souvent mortel ; chez le chien et le lapin il provoque seulement de violentes douleurs.
Contrairement à ce qui a lieu pour les autres venins, la piqûre du scorpion est mortelle pour les animaux de son espèce. Ce résultat justifierait la légende qui montre le scorpion se tuant lui-même quand on le place au centre d'un cercle de feu. Pourtant Bourne prétend que la piqûre du scorpion ne produit chez les animaux de même espèce qu'un engourdissement léger.
P. Bert, étudiant le venin du scorpion d'Egypte, a observé, chez la grenouille, des convulsions tétaniques, douloureuses, arrachant des cris à l'animal; puis survient une deuxième période, qui apparaît d'emblée si la dose injectée est considérable; c'est une paralysie progressive, marchant d'arrière en avant et atteignant en dernier lieu les muscles pal pébraux. Le cœur est peu troublé, le sang n'est pas altéré. Le poison agit sur le système nerveux, il excite la moelle épinière et paralyse les plaques motrices à la manière du curare. Joyeux-Laffuie décrit également une période d'excitation qu'il attribue à une influence sur l'encéphale et une période de paralysie due à l'action sur les terminaisons nerveuses.
Jousset avait prétendu que le venin détruisait les globules rouges. D'après Sanarelli, il est sans action sur ceux de l'homme, du chien, du lapin, du cobaye et du rat; il dissout ceux des oiseaux, des poissons, des grenouilles et des salamandres, n'en laissant subsister que les noyaux.
Enfin M. Calmette a pu neutraliser le venin du scorpion par les procédés qui réussissent contre le poison des serpents, c'est-à-dire mélangeant avec l'hypochlorite de chaux, le chlorure d'or, le réactif iodoioduré, ou avec le sérum de lapins vaccinés contre les morsures du cobra.
Les myriapodes. — Les myriapodes se divisent comme on sait en chilopodes et chilognathes ; ces derniers ne semblent pas venimeux; les iules sécrètent seulement un liquide irritant pouvant amener de la conjonctivite; c'est du moins ce qui s'observe aux Antilles, car les espèces indigènes n'émettent qu'un liquide odorant.
(l) Joyeux-Laffuie, Appareil venimeux et venin du scorpion. Thèse de Paris, 1883.