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beaucoup moins étudié. On s'est borné à quelques recherches chimiques. Griffiths a trouvé dans l'urine un alcaloïde, l'érysipéline, qui est pyrétogène et tue les animaux en quarante-huit heures. En opérant sur 6 litres 1/2 d'urine, Albu a obtenu 0gr,0247 «rime base non toxique.

C'est au microbe de l'érysipèle qu'est due, dans la plupart des eas, la lièvre puerpérale. Albu n'a pas déeelé d'alcaloïde, Griffiths en a isolé un qui tue le chien en douze heures. Ce dernier résultat confirmerait les recherches antérieures de Bourget(1) qui avait trouvé des bases fort toxiques dans les urines et dans les organes des puerpérales.

La lièvre typhoïde est une des maladies où Ton a le plus souvent recherché la présence des toxines.

Rummo et Bordoni en étudiant le sérum, sont arrivés aux résultats suivants: toxicité normale, 10 centimètres cubes par kilogramme, pendant la première semaine; toxicité énorme (2 et même ! centimètre cube par kilogramme) pendant le deuxième septénaire; retour à la normale pendant le troisième.

La toxicité de l'urine présente des modifications inverses. M. Àusset (*) a reconnu qu'elle diminue des deux tiers pendant la période d'état; c'est qu'à Ce moment les poisons s'accumulent dans l'organisme; en donnant des bains froids au malade on favorise leur élimination et Ton voit augmenter la toxicité de l'urine (Weil et Roque, Ausset); au contraire, l'antisepsie intestinale, en entravant laforrnation des poisons, diminue encore le coefficient toxique de la sécrétion rénale. Au moment de la convalescence, survient Un notable changement ; les m ines acquièrent une liante toxicité, comme l'a établi M. Bouchard.

Les poisons typhiques ont des origines multiples : une grande partie prend naissance au niveau de l'intestin ; les matières contiennent en effet des alcaloïdes qu'on peut retrouver dans les urines (Bouchard, Lépine et Guériri) . Nous avons étudié avec M. Legry (3), la toxicité de ces matières et nous avons reconnu que l'extrait aqueux préparé à chaud tuait le lapin à dose de 89 grammes par kilogramme; l'extrait alcoolique débarrassé de potasse tuait à dose de 461 grammes. Il faudrait évident ment compléter ces recherches par l'étude des substances préparées à froid et isolées par les procédés qui altèrent le moins les toxines, c'està-dire par la dialyse plutôt (pie par l'alcool.

Le tétanos est le type des maladies infectieuses d'ordre toxique. Il était donc intéressant de rechercher les poisons dans l'organisme des malades. Brieger, dans le bras d'un tétanique qu'on venait d'amputer, a trouvé un des alcaloïdes qu'il avait découverts dans les cultures, la tétatine. Mais on sait que ces alcaloïdes ne jouent qu'un rôle restreint et (pie ce sont des

(*) BoURGET, Contribution à l'étude des ptomaïnes et des bases toxiques de l'urine dans la fièvre puerpérale. Thèse de Genève, 1887.

(*) Ausset, Augmentation considérable de la toxicité urinaire par les bains froids, dans les maladies infectieuses. Soc. mâd. des hôpitaux, 23 novembre 180i.

(:t) Legry; Contribution à l'élude du foie dans la lièvre typhoïde. Thèse de Paris, 1800, p. 50.

LES INTOXICATIONS

substances albuminoïdes qui causent la plupart des accidents. M. Bouchard, suivant sa méthode, étudia l'urine des tétaniques et, avec 54 centimètres cubes, obtint chez l'animal un violent tétanos. Il se garda de conclure qu'il avait mis en évidence le poison tétanique, car le même effet peutêtre produit par des urines riches en sels potassiques. Mais plus récemment, Bruschettini ('), qui avait signalé, dès 1890, la présence de toxines tétaniques dans le sang des animaux inoculés, a démontré que ce poison microbien s'éliminait par l'urine.

L'étude des intoxications organiques a encore été poursuivie dans bien d'autres circonstances.

Au cours des suppurations, Nissen (2) constata que le sérum stérilisé empoisonnait la souris, produisant chez cet animal l'hypertrophie de la rate, l'hépatisation pulmonaire, et amenait des épanchements dans la plèvre et le péritoine. Le poison, ainsi trouvé dans le sang, s'élimine dans F urine qui devient plus toxique que normalement , comme l'ont reconnu Nannotti et Baciocchi (3).

L'impaludisme est d'autant plus intéressant à étudier qu'il relève non d'une bactérie mais d'un protozoaire. Or l'expérience a démontré que l'intoxication y joue un rôle semblable à celui que nous avons signalé dans les autres maladies infectieuses. Il y a donc là un argument à faire valoir en faveur de ceux qui veulent réunir, et avec raison, selon nous, les affections bactériennes et les affections parasitaires non bactériennes, mais évoluant d'après le même type clinique.

MM. Roque et Lemoine (4) ont montré en effet qu'avant l'accès intermittent, la toxicité urinaire est normale ou diminuée; le coefficient urotoxique peut tomber à 0,15 et 0,2. Après l'accès, on arrive à des chiffres très élevés, 0,542 à 1,244 et même 1,445. La toxicité de l'urine suit donc une courbe comparable à celle qu'on trouve dans la pneumonie, dans l'ictère grave, probablement dans toutes les maladies à crises. Enfin, en cas de fièvre pernicieuse, l'urine n'est pas très toxique, ce qui tient probablement à l'accumulation des matières nocives dans l'organisme.

Il faut reconnaître pourtant que, dans la fièvre intermittente le sang est moins toxique qu'à l'état normal ; mais il détermine chez les animaux des troubles particuliers, notamment des paralysies à marche progressive (Rummo et Bordoni).

Signalons enfin quelques tentatives poursuivies sur la toxicité urinaire dans l'influenza où les urines produiraient l'élévation de la température et

(4) Bruschettini, Sulle climinazione del vcleno del tetano pcr mezzo délia secrezione rénale. La Riforma medica, 1892, II, p. 86.

(2) Nissen, Ueber die toxischc Wirkung des Blutes bei acutcn Eiterungsprocessen. Deutsche medicinische Wochenschrift, p. 29, 1892.

(3) Nanotti e Baciocchi, Ricerche interno dei microorganismi ed alla tossicite dcllc urine negli individui affetti da processi suppurativi. La Riforma medica, 1892, III, p. 424.

(4) Roque et Lemoine, Recherches sur la toxicité urinaire dans l'impaludisme. Revue de médecine, 1890, p. 926.

1ES AUTO INTOXICATIONS PATHOLOGIQUES

une profonde dyspnée (Semmola) et les recherches de ptomaïnes urinaires qui ont été faites dans un certain nombre d'infections que nous n'avons pas encore étudiées.

Dans la scarlatine, Albu a retiré de 4 litres 1/2 d'urine 0gr,0154 d'alcaloïdes dont 0gr,006 tuent la souris blanche en quelques secondes avec des convulsions. Griffiths a signalé des ptomaïnes urinaires dans les oreillons, dans la coqueluche, dans la rougeole ; cependant, dans cette dernière maladie, la toxicité urinaire est diminuée et, dans les cas graves, ne représente que le quart de la toxicité normale (Ausset). Enfin, dans la morve, l'urine renferme une ptomaïne dont l'injection sous-cutanée détermine chez le lapin des abcès, des nodules pulmonaires et spléniques et entraîne la mort; le même poison se retrouve dans les cultures.

Griffiths, Albu ont rencontré aussi des ptomaïnes dans l'urine des diphtériques; en opérant sur 3 litres 1/2, Albu a obtenu 29 milligrammes d'un alcaloïde dont 1 centigramme tue la souris presque instantanément. Le vrai poison de la diphtérie qui, comme on sait, diffère des ptomaïnes, passe aussi dans l'urine. MM. Roux et Yersin (*) ont démontré que l'injection de l'urine diphtéritique est suivie de l'apparition de paralysies tardives; cette expérience, fort intéressante, confirme la découverte de M. Bouchard (*), qui avait obtenu des résultats tout à fait semblables au cours des maladies expérimentales.

Les urines des tuberculeux, quand on les injecte dans les veines du chien (Crisafulli) ou du lapin (Cantieri), sont peu toxiques; dans ce dernier cas, il faut, pour amener la mort, introduire de 86 à 150 centimètres cubes. Mais, quand on observe une poussée aiguë, par exemple, à la suite d'une injection de tuberculine, la toxicité urinaire augmente très notablement; dans les expériences de Cantieri, elle s'est élevée à 16 et même à 8 centimètres cubes et la mort est survenue au milieu de violentes convulsions.

Mme Eliacheff, qui s'est servie de la dialyse, a constaté de même que les matériaux non dialysables sont moins abondants qu'à l'état normal: en vingt-quatre heures, le tuberculeux émet 0gl,150 au lieu de 0gr,193. Mais à la suite de l'injection de tuberculine, elle a trouvé 0gr,254.

Ces matières non dialysables sont extrêmement toxiques ; au lieu des 25 centigrammes nécessaires avec l'urine normale, il suffit de 10 centigrammes pour amener la mort en quarante-cinq minutes et de 4 centigrammes pour tuer en quelques heures.

Nous pouvons donc conclure que si l'urine des tuberculeux, prise dans son ensemble, est moins toxique que l'urine normale, elle renferme des principes spéciaux, peut-être analogues à la tuberculine elle-même, comme l'admettent MM. Charrin et Le Noir, qui ont constaté que son

(*) Roux et Yersin, Contribution à l'élude de la diphtérie. Annales de l'Institut Pasteur. juin 1889.

(-) Bouchard, Élimination de certains poisons morbides par les reins. Comptes rendus de V Académie des sciences, 4 juin 1888, et Arch. de pkys., 1889.

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injection intra-veineuse produit une dilatation vasculaire plus marquée que l'urine normale.

Contrairement à la tuberculose, la lèpre semble augmenter le pouvoir toxique de l'urine. Fisichella (*) a reconnu que l'urine était en même temps plus convulsivante, plus hypothermisante et d'autant plus active que le cas était plus grave. La toxicité urinaire diminue notablement sous l'influence du traitement.

Nous avons résumé brièvement les nombreux travaux qui ont mis en évidence l'existence de substances toxiques dans l'organisme, au cours des infections les plus diverses. Il est curieux de remarquer que le plus souvent on a décelé chez les malades des substances alcaloïdiques ; il semble, au contraire, que les poisons microbiens, tels qu'on les trouve dans les cultures artificielles, rentrent dans la catégorie des albuminoïdes ou des peptones. Ce désaccord tient peut-être à ce que les poisons sont multiples et qu'on n'a pas recherché suffisamment, chez les malades, les substances autres que les bases; peut-être cependant les microbes agissent-ils différemment dans le corps des animaux et dans le milieu de culture? il est possible enfin que ces ptomaïnes soient produites par l'organisme lui-même réagissant d'une façon spéciale dans les conditions nouvelles où il est placé.

Il suffit, en effet, d'un changement minime pour modifier complètetement l'action physiologique des composés organiques. Griffîths fait remarquer justement qu'on trouve dans l'urine de différents malades une base toxique, la propylglycocyamine ; or, ce corps n'est autre que de la créatine, substance inoffensive, dans laquelle un atome d'hydrogène a été remplacé par le radical propyl. Ce simple changement a entraîné une transformation complète dans l'action physiologique. Klebs a d'ailleurs rapporté un exemple semblable : d'après lui, le choléra nostras relève de la méthylguanidine, poison violent dérivant, par substitution du groupe méthyl à un atome d'hydrogène, de la guanidine, corps inoffensif.

On conçoit donc avec quelle facilité les composés les plus bénins se transforment en composés toxiques, et l'on comprend que dans une même maladie suivant une foule de circonstances secondaires, l'autointoxication puisse être due à des substances variables. Aussi les résultats n'ont-ils pas toujours été concordants; la toxicité de l'urine varie d'un malade à l'autre; chez deux individus atteints d'une même maladie, l'urine de l'un contient des alcaloïdes, celle de l'autre peut ne pas en renfermer.

A côté des poisons sécrétés par les microbes ou produits sous leur influence, il faut tenir compte des poisons qui prennent naissance au cours des diverses infections, par défaut d'oxydation; c'est un point que les recherches de M. Albert Robin ont bien mis en évidence; il y a défaut de transformation des substances toxiques dans les organes plus ou

(') Fisichella, Sulla tossicita dell' urina dei lebbrosi. La Ri forma medica, 1895, III, p. 350.

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moins troublés; les poisons arrivent en excès à l'émonctoire rénal; si celui-ci est perméable, l'urine emporte les matières nocives et acquiert un haut degré de toxicité. Sinon les poisons s'accumulent dans l'économie, pour être chassés plus tard, au moment, de la crise; la toxicité de l'urine, peu marquée pendant la période d'état, s'élève brusquement au moment de la guérison. Cette évolution très nette dans les maladies à défervescence brusque, comme la pneumonie, s'observe aussi dans l'ictère grave, la lièvre intermittente et même la fièvre typhoïde; il y a donc un balancement curieux entre la toxicité du sérum et celle de l'urine; mais il ne faudrait pas conclure qu'il y a simplement rétention des toxines et élimination ultérieure; les faits sont plus complexes. La toxicité du sérum est due à des matières albuminoïdes, celle de l'urine à des substances différentes; on peut donc supposer que la rétention des poisons dans l'économie dépend de leur nature et que leur rejet ne peut se faire que lorsqu'ils ont subi une modification ultérieure.

Ainsi, malgré ces obscurités, on voit que l'histoire des intoxications dans les maladies infectieuses a fait de nombreux progrès dans ces dernières années. C'est que de tous les côtés on a compris l'importance de la question et que beaucoup de travailleurs ont essayé d'apporter leur contribution à cette étude; les résultats obtenus encouragent à continuer les recherches et il est certain qu'il reste sur ce sujet bien des faits intéressants qu'on ne tardera pas à découvrir.

U auto-intoxication dans le cancer et la leucémie. — Quelle que soit l'idée qu'on se fasse de la nature du cancer, il n'est pas douteux qu'un grand nombre des manifestations cliniques qu'on y observe relève d'une intoxication de l'organisme. Les recherches d'Àdamkiewicz tendent à donner un appui expérimental à cette idée; dans les néoplasmes malins, cet auteur a trouvé une substance, la cancroïne, analogue sinon identique à la neurine et déterminant des accidents convulsifs en agissant sur la moelle allongée. MM. Richet et Héricourt ont obtenu des résultats analogues, au moins avec les épithéliomes ulcérés. Dans l'urine de malades atteints de cancer, on a rencontré plusieurs fois des ptomaïnes ; fiwald et Jacobson en ont décelé dans le cancer de l'estomac; Griffîths a trouvé une base toxique dans l'urine d'une femme atteinte de cancer utérin .

Dans la leucémie qu'on rapproche souvent du cancer, nous avons constaté que les urines étaient hypertoxiques ; le coefficient urotoxique peut atteindre 1,666.

L auto -intoxication dans les troubles nutritifs, les diathèses, etc. — Une grande partie des symptômes qui caractérisent les diathèses, relèvent d'une auto-intoxication. L'élaboration de la matière se faisant d'une façon défectueuse, il en résulte la formation de substances qui doivent nuire au fonctionnement régulier de l'être. Le trouble portera sur la matière azotée et sur les hydrates de carbone et se traduira par la production exagérée d'acide urique, de sucre, de différents acides et spécialement

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d'acides gras volatils; il pourra aboutir à ce syndrome si curieux qu'on désigne sous le nom d'acétonémie.

Nous n'avons pas à étudier ces différentes manifestations qui seront décrites avec tous les détails nécessaires dans le chapitre consacré aux troubles primitifs de la nutrition. Remarquons seulement que les troubles nutritifs secondaires peuvent survenir au cours ou à la suite de diverses maladies toxiques ou infectieuses et susciter toute une série d'accidents qui aboutiront encore à l'intoxication.

C'est aussi un trouble nutritif qui explique l'auto-intoxication dans les cas d'anémie; Piccini et Geuti ont démontré, en effet, que chez les anémiques, le coefficient urotoxique était augmenté.

Les auto-intoxications secondaires. — Sous ce titre nous avons proposé de décrire les auto-intoxications qui se produisent au cours des empoisonnements exogènes. C'est surtout dans l'intoxication phosphorée que ce processus joue un rôle important. Le phosphore n'agit pas en soustrayant l'oxygène du sang; il provoque une série de troubles fonctionnels aboutissant à des désordres anatomiques du coté du foie et des reins ; il se trouve par conséquent augmenter les sources d'auto-intoxication, diminuer l'élimination, entraver les transformations.

Dans un grand nombre d'autres empoisonnements, la nutrition est modifiée et l'organisme donne naissance à des substances nocives ; l'acide lactique qui se forme dans les intoxications par le curare, l'oxyde de carbone, etc., l'albuminurie, la peptonurie, la glycosurie même témoignent suffisamment de ces changements nutritifs qui jouent un rôle plus ou moins important dans la physiologie pathologique des troubles et des symptômes.

Les auto-intoxications définies chimiquement. — Après avoir montré le rôle et le mécanisme de l'auto-intoxication dans les affections les plus diverses, nous allons dire quelques mots des substances toxiques qui sont connues et définies chimiquement. Nous pourrons ainsi examiner sous un nouveau point de vue plusieurs questions que nous avons déjà étudiées.

Les auto-intoxications acides. — Lacticémie. — Un grand nombre d'acides peuvent se produire dans les conditions pathologiques et vicier la constitution des milieux organiques : en tète, se place l'acide lactique. Ce corps prend naissance quand les oxydations sont entravées, par exemple dans l'asphyxie; il se forme dans l'inanition, au cours des empoisonnements et des maladies infectieuses, dans les affections hépatiques et gastro-intestinales.

Parmi les empoisonnements qui provoquent le plus souvent la lacticémie, il faut citer en première ligne l'intoxication phosphorée; viennent ensuite les empoisonnements par F oxyde de carbone, l'acide prussique, le curare, la strychnine. On ne peut que faire des hypothèses sur le mode d'action de ces substances; aussi certains expérimentateurs pensent-ils

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(|iie les poisons amènent la formation de l'acide lactique en agissant sur le sang et en entravant les oxydations ; l'explication serait valable pour l'oxyde de carbone, mais pour le phosphore on tend à considérer le phénomène comme relevant d'une insuffisance hépatique. Il est certain que cette cause doit entrer en ligne de compte; car, dans les affections destructives du foie, on observe la présence de l'acide lactique dans l'urine; le même corps apparaît chez les animaux, Oiseaux ou Batraciens, chez lesquels le foie a été extirpé. Une explication unique ne peut donc être proposée; il faut invoquer l'influence de causes multiples. Il en est de même pour les infections ; la lacticémie se produit dans toutes les maladies où la température est élevée, y compris la trichinose; il est bien certain que le processus doit être fort complexe et qu'il faut faire une part aux modifications de la nutrition, aux défauts des oxydations, aux troubles hépatiques, aux fermentations gastro- intestinales.

C'est, en effet, par suite d une exagération des putréfactions que les affections du tube digestif peuvent produire le syndromes que nous étudions. L'acide lactique, prenant naissance dans l'intestin, expliquerait pour quelques auteurs certaines des manifestations graves qui pourraient se produire du coté du système osseux et aboutir au rachitisme, à l'ostéomalacie ou simplement aux nodosités articulaires. La même pathogénie a du reste été invoquée pour le diabète; l'acide lactique, provenant d'une transformation du sucre, serait la cause des douleurs osseuses que ressentent parfois les malades et même, d'après M. Teissier, de la phosphaturie.

Dans des conditions à peu près analogues, d'autres acides peuvent se produire, en particulier l'acide oxalique; l'oxalurie s'observe dans les cas où la transformation des matières ternaires est devenue incomplète, dans les fièvres, les maladies générales, comme le diabète, les affections île l'estomac , du système nerveux, de l'appareil respiratoire.

Enfin, des acides gras peuvent prendre naissance dans les cas de troubles nutritifs et surtout dans le diabète; ce sont les acides, en effet, qui jouent le rôle principal dans l'important syndrome qu'il nous reste à étudier et qui est généralement décrit sous le nom d'acétonémie ou d'acétonurie.

Acétonémie. — L'acétonémie a été rencontrée d'abord au cours du diabète sucré; elle se caractérise par une série de symptômes dont les principaux consistent en une douleur épigastrique, une dyspnée spéciale (respiration de Kussmaul); enfin elle aboutit au coma et à la mort avec hypothermie. Ce qui permet de rattacher cet état morbide à l'acétone ou à des substances voisines, notamment à l'acide éthyldiacétique, c'est l'odeur de l'urine et de l'air expiré, odeur qui rappelle celle du chloroforme.

L'examen de l'urine est indispensable pour le diagnostic; l'adjonction d'une goutte de perchlorure de fer donne une coloration rouge vineux, qui est due, non à l'acétone, mais à l'acide éthyldiacétique; cet acide passe dans l'extrait éthéré pratiqué après adjonction d'acide sulfurique;

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si l'on chasse l'éther, le liquide restant donne encore avec le perchlorure une coloration rouge qui diminue en vingt-quatre ou quarante-huit heures.

Une réaction, moins pratique, consiste à distiller l'urine et dans la partie distillée à verser de l'ammoniaque, puis quelques gouttes de nitroprussiate de soude; on obtient ainsi une coloration violette qui passe bientôt au jaune; en ajoutant deux gouttes d'acide acétique, le liquide prend une teinte pourpre. On peut encore se servir de la fuchsine, décolorée par l'acide sulfureux, qui reprend une coloration rouge, mais cette réaction n'a qu'une valeur douteuse. Enfin en chauffant l'urine avec du chlorure de cuivre et de a potasse, on obtient une réduction noire.

On a longtemps attribué les manifestations de l'acétonémie à l'acétone ; le nom imposé au syndrome consacre cette théorie. Les phénomènes sont, en réalité, beaucoup plus complexes; ils relèvent d'une série de substances dont la principale est représentée par l'acide éthyldiacétique ou acéthylacétique ou diacétique; aussi a-t-on proposé de remplacer les termes d'acétonémie et d'acétonurie par ceux de diacétémie et diacéturie. Ces expressions seraient plus justes et plus conformes aux données de la chimie et de l'expérimentation : il est établi, en effet que les substances de l'urine acétonurique, qui passent à la distillation, ne sont pas toxiques (Bonardi); d'un autre coté, pour empoisonner un animal, il faut lui injecter de hautes doses d'acétone, environ 7 centimètres cubes par kilo.

L'acide acéthylacétique est accompagné d'une série d'autres acides, tels que : acides lactique, acétique, formique, propionique, crotonique, g oxybutvrique ; ces acides s'einparant des bases de l'oganisme, notamment de l'ammoniaque qui se trouve éliminé en grand excès par l'urine , diminuent l'alcalinité du sang (Frerichs) ; leurs sels neutres étant peu nocifs, on a pu espérer qu'on combattrait les accidents diacétémiques en injectant des solutions alcalines dans les veines : la méthode est rationnelle, mais n'a pas encore donné de vrais succès.

L'acétonurie se produit dans une foule de circonstances.

Il existe d'abord une acétonurie physiologique (Y. Jaksch). On obtient avec le perchlorure de fer, une légère coloration vineuse dans l'urine de gens bien portants, surtout chez ceux qui mangent beaucoup de viande: l'appelons à ce propos que l'alimentation carnée favorise le développement du coma chez les diabétiques.

V. Jaksch, Tuczek ont signalé une acétonurie d'inanition. L'examen de l'urine du célèbre jeûneur Getti, y démontra effectivement la présence de l'acétone et de l'acide éthyldiacétique; on trouve encore dans le jeûne de l'acide (3 oxybutyrique (Kulz, Lorenz).

Les troubles digestifs produisent le même syndrome. Litten, Senator ont signalé un coma dyspeptique analogue au coma diabétique, s'en distinguant cependant par l'absence de quelques phénomènes importants, notamment par l'absence de la respiration dite de Kussmaul. L'urine donne souvent la coloration rouge chez les dyspeptiques, et particulièrement au cours de la dilatation de l'estomac (Bouchard), sans qu'il y ait

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aucun phénomène réactionnel, aucun trouble nerveux particulier. L'acétonémie s'observe dans toutes les formes de dyspepsie, mais surtout dans les cas de dyspepsie cancéreuse.

L'acétonémie survient parfois au cours des maladies fébriles, lièvres éruptives, choléra (Buhl), tétanos (Nicolaier). Conti (1) a étudié avec soin l'acétonurie de la fièvre typhoïde et a constaté que, d'une façon générale, il y avait une augmentation parallèle entre la quantité d'acétone et le degré de toxicité de l'urine; enfin étudiant l'urine de la pneumonie, le même auteur a reconnu que la toxicité de ce liquide était fort diminuée pendant la période d'état, bien que l'urine contînt parfois (2 fois sur 20 cas) des traces d'acétone.

Les troubles nerveux déterminent fréquemment le syndrome que nous étudions ; chez les enfants atteints de manifestations éclamptiques ou épileptiformes il existe une acétonurie convulsive (Baginski); on a retrouvé l'acétone au cours des diverses psychopathies (Boeck et Slosse), de l'hystérie, de la mélaneholie : il est vrai que, dans ces derniers cas, il s'agissait d'individus ayant des vomissements et mangeant peu; on peut donc supposer que ces malades, de même que les tabétiques atteints de crises gastriques, présentaient une acétonémie par inanition (V. Noorden).

On observe aussi Facétonurie dans les affections graves de l'appareil respiratoire : Markownikofî a signalé ce phénomène dans le pneumothorax et nous l'avons rencontré chez 8 malades dyspnéiques, qui succombèrent quelques jours plus tard.

Il existe encore une acétonurie opératoire (2) survenant surtout après les opérations abdominales, mais se rencontrant aussi dans d'autres cas, et une acétonurie anémique. Conti, qui a étudié cette dernière variété, a examiné 10 malades : 2 fois il a constaté des traces d'acétone, 1 fois il en a trouvé des quantités considérables.

Toutes les causes qui provoquent de la glycosurie permanente peuvent produire l'acétonurie. Les expériences de Vaughan Harley établissent nettement la réalité de ce fait : l'auteur injecte du sucre dans les veines d'un chien, après ligature des uretères ; au bout d'un temps qui varie de quinze à soixante minutes, éclatent des accidents nerveux : la respiration est accélérée, les pupilles sont contractées et, si la dose est suffisante, si elle atteint par exemple 10 à 12 grammes par kilogramme, la mort survient dans le coma. Ces accidents ne sont pas dus au sucre : car ce corps disparaît rapidement et est remplacé par de l'acide lactique, de l'acétone, de l'alcool, et de l'acide éthyldiacétique, c'est-à-dire par des substances analogues à celles qu'on trouve chez le diabétique. On conçoit dès lors comment on a pu observer l'acétonémie dans les cas de diabète expérimental consécutifs à l'extirpation du pancréas (V. Mering et Minkwoski), à l'administration de la phloridzine (Klemperer), à l'extirpation du plexus cœliaque (Lustig).

(*) Conti, Sull' acetonuria. La Riforma medica, 1893, IV, p. (375. (-) Contejeas, Acétonurie opératoire. Arch. de phys., 1892.

LES INTOXICATIONS

L'acétonurie s'observe surtout chez les diabétiques qui se traitent, et notamment chez ceux qui mangent de grandes quantités de viande; ailleurs elle survient à la suite d'une fatigue, d'un voyage, à l'occasion d'un traumatisme ou d'une opération.

Contrairement à ce qu'on aurait pu penser, le sérum des acétonémiques n'est pas extrêmement toxique : dans un cas que nous avons étudié, il a fallu injecter à un lapin 8 centimètres cubes par kilo, du sérum d'un diabétique comateux, pour amener la mort.

En résumé, l'acétonémie est un empoisonnement complexe, se produisant dans les conditions les plus diverses et dû à une série de substances dont les principales sont représentées par l'acétone, l'alcool, divers acides et notamment les acides éthyldiacétique et (2-oxybutyrique .

On a surtout discuté sur le mode de formation de l'acétone ; ce corps se rencontre dans l'estomac, le sang, la salive (Mosler), le foie, le cerveau (Berti). Kaulich admet sa formation dans l'estomac par union du sucre avec l'alcool; Gerhardt, Rupstein pensent à une production directe dans le sang : Hirschfeld invoque une assimilation vicieuse des hydrates de carbone; V. Noorden soutient qu'il faut chercher son origine dans les albumines de l'organisme, car l'acétone et l'acide diacétique augmentent en même temps que se produit une perte en azote.

L'intoxication par les dérivés azotés de ï albumine. — Parmi les corps définis chimiquement dont nous venons d'étudier les effets, un grand nombre provenait de matières albuminoïdes, mais tous étaient retombés à l'état de corps ternaires. Voyons maintenant le rôle que peuvent jouer les susbstances pathogènes contenant encore de l'azote.

L'évolution normale des matières azotées aboutit à la production de l'acide urique et de l'urée. Mais, les transformations peuvent être incomplètes même à l'état physiologique : chez les carnivores et parfois chez l'homme l'urine contient de l'ammoniaque.

On admet généralement que l'acide urique relève d'une combustion imparfaite et est en rapport avec une oxydation insuffisante. Mais les recherches de Pfeiffer (') conduisent à des conclusions bien différentes ; elles établissent que la production de l'acide urique varie parallèlement à celle de l'urée ; les chiffres suivants le démontrent : ils donnent la moyenne de la production de ces deux substances aux divers âges de la vie; les résultats sont rapportés à un poids de 100 kilos.

Acide urique.

Urée.

Acide urique.

Urée.

ans .

ans.

ans.

ls',113

ans .

ans.

le-,024

ans.

ans.

. Os-,965

L'acide urique est donc un aboutissant normal; c'est, comme l'a montré llorbaczewski, le produit terminal de la nucléine.

(*) Pfeiffer, Ucber Harnsaurc und Gicht. Berl. klin. Woch., 1892.

LES AUTO-INTOXICATIONS PATHOLOGIQUES

Mais, dans un grand nombre do circonstances, la production de l'acide nrique s'exagère d'une façon anomale; c'est ce qu'on voit dans la goutte et dans une foule d'affections diverses : saturnisme, leucémie, anémies graves, néphrites, pneumonie, etc.

Ailleurs ce seront des acides amidés qui viendront prendre la place de l'urée; la tyrosine, la leucine, la xanthine, l'hypoxanthine et peut-être la guanine apparaissent dans l'urine au cours de la fièvre, de l'asphyxie, des affections destructives du foie, de l'ictère grave quelle qu'en soit la cause.

Tous ces corps ne sont pas ou sont peu toxiques : il n'en est plus de même de l'ammoniaque qui peut parfois remplacer l'urée.

L'ammoniémie est d'origine interne ou d'origine digestive. La première variété n'est que l'exagération d'un processus normal; le sang contient toujours, au moins chez les carnassiers et les omnivores, du carbamate d'ammoniaque qui se transforme en urée au niveau du foie. En parlant de l'auto-intoxication dans les affections hépatiques, nous avons montré que l'ammoniaque pouvait se former en excès et passer en notable quantité dans l'urine.

D'autres fois, l'ammoniaque prend naissance dans le canal gastrointestinal, où sa présence détermine parfois des lésions inflammatoires : on sait que, pour plusieurs auteurs, l'ammoniémie du mal de Bright reconnaît pour cause une fermentation de l'urée éliminée au niveau de l'intestin.

Les maladies infectieuses : fièvre typhoïde, typhus, tuberculose, pneumonie, peuvent aussi déterminer une production exagérée d'ammoniaque. Évidemment, le mécanisme est toujours complexe, puisque les infections produisent justement plusieurs des conditions qui favorisent l'apparition de cette substance.

Les matières azotées ne s'éliminent pas à l'état normal sous forme d'albumine. Or, cette matière passe dans l'urine, tantôt parce qu'il existe une lésion du rein, tantôt parce qu'il s'est produit une altération du sang; dans le premier cas, c'est la sérine qui filtre à travers l'organe malade; dans le second cas, ce sont des albumines anomales qui sont peut-être toxiques et peuvent causer un vrai danger pour l'organisme. Quelques recherches de MM. Teissier et Roques donnant un appui expérimental à cette hypothèse, on se trouve ramené à la théorie de Canstatt et de Semmola sur le mal de Bright; cette théorie, il est vrai, a été vivement attaquée de toutes parts et ne compte guère de défenseurs. Mais, si les albumines pathologiques sont toxiques, on peut se demander si leur élimination est inoffensive et si le trouble fonctionnel ne peut pas finir, à la longue, par entraîner des lésions; il faudrait reprendre les recherches, non en opérant avec du blanc d'œuf, comme le faisait Semmola, mais en se servant des albumines isolées des urines pathologiques.

A l'état normal, on ne trouve pas de peptones dans l'organisme; mais,

LES INTOXICATIONS

à l'état pathologique, on observe souvent de la peptonurie ou plutôt de ralbumosurie, car c'est de l'albumose et non de la peptone qu'on rencontre presque toujours dans l'urine.

Les expérimentateurs n'ayant pu se mettre d'accord sur la toxicité des peptones, encore moins des albumoses, nous n'insisterons pas sur ce point. Rappelons seulement que l'albumosurie se produit dans les circonstances suivantes : les affections du tube digestif (albumosurie entérogène) ; les affections du foie (albumosurie hépatogène) ; le mal de Bright; les affections suppuratives (albumosurie pyogène) ; les intoxications, comme l'empoisonnement phosphore; les infections (albumosuries hématogènes de quelques auteurs), comme l'ictère grave, la fièvre typhoïde, la diphtérie, et, avant tout, le rhumatisme articulaire aigu; l'accord n'est pas fait en ce qui concerne la pneumonie; Leube n'y a jamais trouvé d'albumosurie ; Maixner en a toujours rencontré.

Les peptones se transforment facilement, comme on sait, en ptomaïnes. La pepto-toxine de Brieger fait la transition ; nous l'avons suffisamment étudiée à propos de l'hyperchlorhydrie et des brûlures.

De nombreux travaux ont établi la fréquence de la ptomatinurie ; des alcaloïdes, toxiques ou indifférents, ont été trouvés dans les affections suivantes : les affections gastro - intestinales , où ils ont été surtout étudiés par M. Bouchard; — les maladies infectieuses; fièvre typhoïde (Bouchard, Lépine et Guérin), pneumonie (Lépine et Guérin), fièvre puerpérale (Bourget), érysipèle, scarlatine, rougeole, coqueluche, oreillons, grippe, morve, diphtérie (Griffiths, Albu), tétanos (Brieger); — le cancer (Ewald, Jacobson, Griffiths); — les affections nerveuses : paralysie générale (Selmi), aliénation mentale (Pouchet), épilepsie (Griffiths), névroses eonvulsives (Chiaruttini), goitre exophthalmique (Boinet et Silbert); — les affections cutanées : eczéma (Griffiths), dermatite herpétiforme (Hallopeau et Tète), brûlures étendues (Kianicine).

A côté de ces bases on a trouvé d'autres corps, particulièrement des toxalbumines, et quelquefois la cystine qui accompagne les diamines, putrescine et cadavérine, et semble avoir aussi son origine dans les matières azotées,

Il nous reste encore à signaler une dernière substance provenant des matières protéiques sulfurées, c'est l'acide sulfhydrique. Ce gaz, accompagné souvent de méthylmercaptan, se rencontre surtout dans l'air expiré, parfois dans l'urine.

L'hydrogène sulfuré est généralement d'origine microbienne; il se produit au niveau du tube digestif, où il se rencontre constamment ; mais quand les putréfactions s'exagèrent, dans les cas de diarrhée, il se forme en abondance, passe dans le sang, s'élimine par le poumon et accessoirement par l'urine.

D'autres processus peuvent sans doute lui donner naissance; d'après Pétri et Massen, il peut être produit par les bactéries suivantes : proteus, staphylocoque, streptocoque, bacilles du charbon symptomatique, du

LES AUTO-INTOXICATIONS PATHOLOGIQUES

tétanos, de la gangrène gazeuse, du choléra, de la morve, du charbon, du choléra des poules, de la fièvre typhoïde et même de la tuberculose. On conçoit donc que, dans les cas d'infection par un de ces agents, l'organisme puisse être intoxiqué par ce gaz. 11 semble même que l'hydrogène sulfuré puisse se former au contact de nos cellules, comme tendent à l'établir les expériences de M. de Rey-Pailhade.

La présence de l'hydrogène sulfuré dans l'urine ou hydrothiônurie a été observée, en effet, dans quelques maladies infectieuses, comme le typhus (Strumpell) ou la tuberculose (Heller); mais il s'agit le plus souvent de fermentations qui se passent dans la vessie elle-même (Rosenheim et Muller).

Résumé. — Les faits que nous avons rapportés établissent nettement le rôle considérable des auto-intoxications, leur fréquence, leur multiplicité, leur importance au double point de vue de la physiologie et de la pathologie. Même à l'état normal, l'organisme est en imminence constante d'auto-intoxication ; dans une foule d'états morbides et sous les influences les plus diverses, les substances nocives deviennent encore plus abondantes, qu'il s'agisse de la production de toxines nouvelles ou de l'augmentation des toxines habituelles.

La plupart de ces poisons sont fort peu connus au point de vue chimique. On s'est contenté le plus souvent de les caractériser par leu action sur les animaux. Faut-il en conclure, comme le fait un autem récent, que l'histoire des auto-intoxications ne constitue encore qu'une série d'ingénieuses hypothèses? Les résultats obtenus démentent une pareille assertion. Il nous semble même que, dans l'état actuel de la science, un poison autogène est mieux défini par ses propriétés physiologiques que par sa constitution chimique. Toute tentative de préparation des poisons formés dans l'organisme se heurte à une cause d'erreur inévitable. Quel que soit le procédé employé, on n'est jamais sûr d'avoir isolé, à la fin de l'expérience, une substance préexistante, et l'on doit toujours craindre d'avoir obtenu un produit artificiel, dérivant des vraies toxines qui sont si instables et partant si faciles à décomposer. C'est l'objection que Rrieger adressait aux travaux de Selmi et de Gautier, c'est l'objection qu'on adresse aujourd'hui aux travaux de Rrieger.

La méthode qui consiste à étudier en bloc les propriétés toxiques des liquides organiques ou des bouillons de culture peut sembler moins élégante que les procédés chimiques qui ont la prétention de préparer des substances pures et bien définies; mais elle nous semble supérieure, car elle conduit à des résultats certains. Aussi, avant d'appliquer l'analyse chimique à l'étude des toxines organiques, est-il toujours bon de déterminer d'abord la toxicité du liquide qu'on veut étudier et de bien établir ce que devient, au cours des manipulations successives, la substance active qu'on recherche.

LES INTOXICATIONS

Aux sources multiples d'auto-intoxication, l'organisme oppose trois moyens de défense : l'élimination par les liquides excrémentitiels ; la production de substances antitoxiques; la transformation des poisons.

L'élimination est le processus le plus simple et le mieux connu : c'est le rein qui joue le principal rôle, puis viennent les poumons, la peau, et accessoirement les autres glandes à conduit excréteur.

Les sécrétions internes antitoxiques rendent compte de certains phénomènes consécutifs à l'extirpation des reins (Brown-Séquard et d'Arsonval, Meyer), du foie (Massini) et des glandes dites vasculaires sanguines, comme le corps thyroïde ou les capsules surrénales; elles expliquent les bons effets obtenus par les injections des extraits glandulaires.

Enfin, certaines glandes ou certains tissus protègent l'économie en accumulant divers poisons et en leur faisant subir des transformations qui les rendent moins nocifs. C'est le foie qui joue ici le rôle principal.

La connaissance des propriétés vicariantes des organes achève d'éclairer le mécanisme des auto-intoxications. Le rein, par exemple, peut suppléer le foie; mais quand le rein est malade, la moindre altération du foie a des conséquences souvent funestes ; un ictère catarrhal survenant chez un brightique entraîne presque toujours la mort.

Dans les maladies infectieuses, l'aggravation produite par les lésions antérieures du foie ou du rein s'explique encore par une rétention plus facile des produits toxiques, c'est-à-dire par une insuffisance dans leur destruction ou leur élimination. Le fait, admis depuis longtemps pour le rein, n'est pas moins évident pour le foie : il suffit de considérer ce qui se passe dans l'érysipèle; cette maladie n'est pas dangereuse dans toutes les affections du foie; elle l'est seulement quand les cellules hépatiques sont atteintes et ne peuvent détruire l'excès de poisons; c'est ce qui résulte nettement de l'intéressante étude qu'a faite, sur notre conseil, M. Bridiers de Yillemor

Ainsi, à mesure qu'on étudie les poisons nés dans l'organisme, on comprend mieux leur importance et leur généralité. Dans les états pathologiques les plus divers, bien des symptômes sont dus à l'accumulation des poisons formés en excès ou détruits insuffisamment; bien des phénomènes trouvent maintenant une explication fort simple. L'histoire des auto-intoxications, telle qu'elle a été tracée par M. Bouchard, est une des plus belles conquêtes de la pathologie générale.

(*) Bridiers de Yillemor, De l'érysipèle dans les maladies du foie. Thèse de Paris, 1894.

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