CHAPITRE IV
Les termes médicaux. — Les dénominations usuelles. — Nosologie et nosographie. — Groupement de symptômes et maladies. — Nécessité et difficulté des classifications en médecine. — Résumé des principaux essais de nosographie. — Importance des manifestations cliniques en nosographie. — Les maladies infectieuses, spécifiques et non spéciliques ; les maladies parasitaires ; les maladies toxiques ; les lésions traumatiques ; les affections.
Les termes médicaux. — À mesure qu'une science progresse, les termes qu'elle emploie se modifient; les dénominations anciennes, qui ne traduisent que des notions incomplètes et erronées ou qui sont basées sur des apparences grossières, disparaissent peu à peu. C'est ce qui a eu lieu en physique, en histoire naturelle et surtout en chimie. Il est vrai qu'on arrive ainsi à créer des mots d'une longueur parfois désespérante. Aussi, dans quelques cas, a-t-on substitué au terme scientifique, imposé par la nomenclature, une expression plus facile à retenir par le public : c'est ainsi qu'on dit antipyrine au lieu de diméthylphénylpyrazolone, antithermine au lieu de phénylhydrazine lévulinique, sulfonal au lieu de diéthylsulfonediméthylméthane, lorétine au lieu de acide métaiodoortho-oxyquinolianasulfonique, etc.
LES TERMES MÉDICAUX
Plusieurs fois, en médecine, on a essayé de remplacer les dénominations anciennes par des dénominations nouvelles, établies d'après des règles fixes. Toutes les tentatives de ce genre ont échoué. Il faut avouer qu'elles n'étaient guère encourageantes : les mots bizarres, créés par Piorry, Alibert ou Spring, mettaient à une dure épreuve les mémoires les plus robustes. On a donc continué à employer les dénominations anciennes, parfois en les détournant de leur sens primitif et bien que plusieurs eussent été formées contrairement aux lois de Fétymologie ('). 11 en résulte qu'aucune règle scientifique n'a présidé à la formation des expressions médicales, à la nomenclature des troubles, des lésions, des affections ou des maladies.
Les maladies ont été dénommées d'après un symptôme prédominant, une lésion anatomiquc, ou une idée théorique parfois erronée; ailleurs on leur a imposé le nom de l'auteur qui les avait décrites, ou bien on a conservé un mot qui a été transmis par la tradition et dont l'étymologie exacte n'est pas toujours connue ; souvent une même maladie s'est trouvée désignée sous plusieurs étiquettes différentes.
Les dénominations tirées de la symptomatologie ont au moins l'avantage de ne pas consacrer une hypothèse fausse. Il n'y a donc aucun inconvénient à dire fièvre typhoïde ou goitre exophtalmique, et ces expressions semblent meilleures que celle de dothiénentérie qui accorde trop d'importance aux lésions intestinales, et celle de maladie de Basedow ou de Graves qui ne fait que continuer une discussion historique. Pour les mêmes raisons, on peut conserver les mots de chlorose, d'anémie pernicieuse, à'ictère grave. L'expression de tumeur blanche est moins heureuse; appliquée autrefois aux adénites des scrofuleux, elle désigne aujourd'hui les arthrites tuberculeuses; elle rappelle simplement la tuméfaction de la jointure et l'absence de phénomènes inflammatoires et, si on la prenait à la lettre, elle consacrerait une erreur en faisant considérer comme une tumeur une simple manifestation bacillaire. C'est encore d'après une apparence extérieure qu'on a créé le mot charbon; et dans le groupe des maladies charbonneuses, on fait rentrer l'œdème malin, les infections pulmonaires ou intestinales, c'est-à-dire des types cliniques dans lesquels on ne retrouve plus la lésion qui a donné son nom au genre morbide. Anthrax a la même signification étymologique que charbon; il n'a qu'une seule supériorité, c'est qu'il provient du grec. En France, il désigne une affection analogue au furoncle; en Angleterre, il s'applique au charbon ; il en résulte des erreurs que les traducteurs n'ont pas toujours su éviter. On n'a pas été très heureux non plus en conservant l'expression de charbon symptomatique, qui ne signifie pas grand'chose et qui ne rappelle que les confusions d'autrefois entre le charbon bactérien et le charbon bactéridien. Nous avons été nous-même victime
(*) On trouvera un exposé remarquable de cette question dans l'article : Étymologie, que M. Lereboulet a rédigé pour le Met. encyclop. des sciences méd., lre série, t. XXXYI, p. 355. Paris. 1888.
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de ce mot : un auteur allemand, qui voulut bien citer nos recherches sur le charbon symptomatique, pensa qu'il s'agissait du charbon bactéridien, et ne comprit pas comment nous pussions soutenir que le lapin n'était pas sensible à ce virus et que la bactéridie était un microbe anaérobie. Les Allemands possèdent, en effet, deux mots distincts pour ces deux infections : Rauschbrand et Milzbrand; ce dernier, qui signifie gangrène de la rate, s'applique au charbon bactéridien; il faut avouer qu'il est aussi mauvais que notre ancienne expression de sang de rate.
Les progrès de l'anatomie ont conduit à désigner les maladies par la lésion principale que l'autopsie fait découvrir. Il en résulte qu'une même entité morbide a pu recevoir plusieurs noms différents, et a été dénommée soit d'après l'auteur qui l'a individualisée, soit d'après un symptôme ou une lésion, soit d'après l'étiologie ou la pathogénie : c'est ainsi qu'on dit fièvre typhoïde, fièvre continue, typhus abdominal, dothiénentérie ; — ictère grave, ictère infectieux, atrophie jaune aiguë du foie; — paralysie générale, périencéphalite diffuse; — atrophie musculaire progressive, poliomyélite antérieure, maladie d Aran-Duchenne, etc. Parfois la maladie n'a été caractérisée que par une lésion anatomique grossière : ainsi le terme de cirrhose, créé par Laënnec, n'avait d'autre but que de rappeler la couleur jaune roux (xippç, roux) que présente le foie sclérosé. Le mot a fait fortune et, détourné de son sens primitif, il est devenu synonyme de sclérose (aaAYjpwaiç, de avX-qpéq, dur) : on dit couramment aujourd'hui cirrhose du rein, de la rate, du poumon.
Certaines maladies sont désignées d'après le pays où elles régnent, ou du moins où elles ont été observées pour la première fois. Ce sont surtout les noms exotiques qui ont été adoptés : diarrhée de Cochinchine, pied de Madura, fièvre du Texas. Parfois une même lésion a reçu plusieurs noms géographiques : boutons du Nil, à'Alep, de Biskra. Enfin c'est dans le même ordre d'idées que la syphilis a été si souvent désignée en France sous le nom de mal de Naples, en Italie sous le nom de îiial français.
Donner le nom d'un homme à une maladie, c'est payer un juste hommage à celui qui, le premier, l'a décrite : il semble équitable de dire maladie de Hodgkin, de Corrigan, de Bright, de Little, à' Aran-Duchenne, de Graves, de Basedow, de Weil. Aujourd'hui on a une grande tendance à généraliser cette façon de parler, qui serait peut-être acceptable si les recherches historiques ne faisaient constamment remonter la priorité des découvertes à des médecins de plus en plus anciens. C'est ainsi que le goitre exophtalmique a été successivement désigné sous les noms de Graves, Basedow, Parry, et, d'après M. Tapret, devrait être appelé maladie de Marsh; l'insuffisance aortique avait été découverte par Yieussens longtemps avant Corrigan, et tout le inonde sait que l'épilepsie jacksonienne avait été admirablement décrite par Bravais dès 1827. Parfois on a proposé d'adopter le nom d'un auteur qui n'a guère ajouté à l'étude de la maladie; il est bien certain, par exemple, que la maladie de Weil était
LES TERMES MÉDICAUX
parfaitement connue avant la description de ce médecin. Mais, aujourd'hui, on abuse tellement des noms propres, surtout en pathologie nerveuse, qu'on les impose même à des symptômes, le signe de Romberg, de Westphall, à'Argyll Robert son.
Enfin on conserve souvent des noms anciens ou populaires, bien qu'ils consacrent des erreurs. Il n'y a pas bien longtemps, on parlait de lait répandu et de fièvre de lait, et on dit encore goutte remontée. Personne aujourd'hui ne suppose que Yhypochondrie ait son point de départ dans un organe situé sous les côtes et que V hystérie soit due à des troubles utérins; néanmoins ces deux mots ont été maintenus et l'on dit hystérie mâle, ce qui, au point de vue étymologique, constitue évidemment un non-sens. Que penser encore des dénominations de paralysie agitante et de paralysie générale, appliquées à des maladies qui ne comptent pas la paralysie parmi leurs symptômes? On continue à dire abcès par congestion, expression qui a toujours été mauvaise et qui n'a plus de sens aujourd'hui qu'on connaît la nature tuberculeuse des lésions.
Le langage médical possède des noms auxquels leur étymologie latine ou grecque donne un aspect scientifique : furoncle vient de furunculus, voleur; il faut avouer qu'on ne sait pas trop pourquoi. Pica est un mot latin qui veut dire pie; cet oiseau avait la réputation imméritée, paraît-il, de manger des substances indigestes. Choléra vient du grec yoXipai, qui signifie gouttière; c'est une allusion à l'écoulement des déjections alvines. Cancer, chancre, carcinome ont la même origine : cancer en latin, •/.apyavoç en grec servaient à désigner le crabe. Gangrène a un sens analogue; il vient de ytrp/pxv.a dont l'origine est ypauç, écrevisse de mer. Que penser des mots aphte, qui signifie simplement inflammation (à<p6a, de Swtcpv, enflammer), asthme, qui veut dire respiration (acrO^a), amnios, qui désigne l'agneau et fait allusion à la consistance molle des membranes? Pour ne pas allonger cette liste, nous ne citerons plus qu'un exemple : c'est le mot syphilis, créé par Fracastor et qu'on fait provenir de cuv, avec, et çiXstv, aimer, oudeajç, porc, et ©tXeîv, aimer, ou même de aicfkoq, haïssable, ce qui conduirait à adopter l'orthographe « siphilis » (Bosquillon). Voilà donc une série de mots qui dérivent d'analogies grossières et erronées. Ces termes n'ont pas plus de valeur que les expressions populaires que M. Brissaud (*) a essayé de réhabiliter et qu'il a étudiées avec autant d'esprit que d'érudition. De fait, on est souvent plus près de la vérité quand on dit qu'un enfant est noué que lorsqu'on le déclare rachitiqne.
Un même mot peut avoir les sens les plus divers : épilepsie (du verbe È7ttXatx6àv£iv , saisir, parce que les accidents surviennent tout d'un coup), s'applique à une névrose; épilepsie jacksonienne indique des convulsions symptoinatiques d'une lésion cérébrale; épilepsie spinale désigne
(l) Brissaud, Histoire des expressions populaires relatives à l'anatomie, a la physiologie et à la médecine. Paris, 1892.
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une trémûlation spéciale qui n'a rien à voir avec Pépilepsie vraie. Rien ne prête plus à confusion que le mot rhumatisme (psuyia, fluxion), employé tantôt pour désigner une maladie aiguë, tantôt pour une affection chronique de tout autre nature, tantôt enfin comme synonyme d'affection a frigore. Nous pourrions citer encore les mots apoplexie, ataxie, tabès, qui tous sont usités dans les sens les plus variables.
Ce qui achève de mettre le trouble, c'est que les mots affection, maladie, lésion, passent souvent pour synonymes. On dit maladie mitrale, pour désigner une double lésion mitrale, maladie de Corrigan, pour l'insuffisance aortique, etc. Enfin on associe parfois d'une façon bizarre les notions étiologiques et symptomatiques : de là les termes d1 hystérie toxique, hystérie mâle, l'expression de pneumonie infectieuse, comme si toute pneumonie ne relevait pas d'un agent infectieux.
Il est vraiment difficile de rêver une nomenclature plus confuse, plus arbitraire, plus contradictoire. On a essayé pourtant de déterminer exactement la valeur de certains termes. Ainsi le mot phthisie (<p8(<jtç, consomption) s'est appliqué à un moment à toutes les affections consomptives : c'est son sens étymologique et c'est ainsi qu'il a été employé par Bayle et même par Trousseau et Belloc; la phthisie laryngée de ces derniers auteurs comprenait la tuberculose du larynx, le cancer et la syphilis; aujourd'hui phthisie ou phtisie est devenu synonyme de tuberculose, bien qu'on dise encore phtisie syphilitique en parlant de la syphilis du poumon. D'autres mots, encore plus vagues, tendent à disparaître : le mot dartre, dont on a fait autrefois un si grand abus, a cédé devant l'eczéma, le lichen, le pityriasis. Par contre, on a étendu outre mesure certaines expressions : éry thème (èpufyqjAot) veut dire rougeur : les dermatologistes modernes, non contents d'avoir créé Pérythème ortie, nous parlent d'érythème polymorphe et d'érythème huileux ; ce sont là encore des expressions insoutenables, au point de vue grammatical.
Il existe pourtant quelques règles de nomenclature, qui ont été assez bien suivies. On a adopté des suffixes ou des radicaux attributifs pour donner au substantif désignant une partie normale de l'organisme un sens pathologique précis. Le suffixe ite indique une inflammation : on dit endocardite, péricardite, péritonite, méningite, entérite, néphrite, hépatite, etc.; mais le mot pleurite est moins employé que pleurésie; pulmaniteriz pu détrôner pneumonie .
Le suffixe ome indique une tumeur néoplasique : carcinome, épithéliome, endothéliome, sarcome, fibrome, myome. Cèle (zyjXyî, tumeur) désigne surtout les tumeurs produites par la hernie des organes : enter ocèle, épiplocèle, méningocèle, pneumocèle; mais parfois il signifie simplement tuméfaction : sarcocèle, hydrocèle.
Parmi les autres radicaux attributifs devenus suffixes nous signalerons algie (aXyoç, douleur) et odyxie (ocuvyj, douleur), qui servent à désigner les phénomènes douloureux : céphalalgie, névralgie, odontalgie, myalgie, pleur odxjnie, etc., et le suffixe oïde (zïïoç, ressemblance), qui indique
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les ressemblances et se trouve accolé aussi bien aux mots latins qu'aux mots grecs: cancroïde, encéphaloïde, adénoïde, ovoïde, etc.; fièvre typhoïde signifie fièvre ressemblant au typhus, mais on dit typhiques bien plus souvent que typhoïdiques, ce qui établit encore une confusion regrettable.
D'autres fois c'est un préfixe qui, placé devant un nom d'organe ou un terme physiologique, sert à en modifier le sens. On emploie dys (cbq, préfixe indiquant l'idée de privation, de mal) pour indiquer la difficulté d'une fonction : c'est ainsi qu'on a les mots dysphagie, dyspepsie, dyspnée, dystocie, dysurie, dysenterie, dyscrasie. Le contraire de dys est le préfixe eu (de l'adverbe sû, bien) ; il est plus rarement employé, quoiqu'on dise encore eupepsie, eupnée, encrasie. Enfin, on se sert des privatifs a et ana devant des mots indiquant un état fonctionnel ; on spécifie ainsi une suppression de fonction : anesthésie, analgésie, aphasie, anachlorhydrie . Le préfixe para (à côté, de côté, dérangement de fonctions), est justement employé dans les mots paras lté (ftapà, à côté; anoç, aliment) paresthésie. paraphasie; il est moins exact dans paracentèse et se trouve complètement détourné de son sens dans le mot paraplégie, qui désigne arbitrairement les paralysies localisées aux membres inférieurs.
Pour ne pas multiplier les exemples, nous ne signalerons plus que deux séries d'expressions fort employées aujourd'hui. Le préfixe pseudo (^suor^ç, faux) se place avant le nom d'une maladie et sert à indiquer qu'il s'agit d'un syndrome spécial différant de la maladie qu'il simule : on dit ainsi pseudo-tabes, pseudo-sclérose en plaques, pseudo-tuberculose. C'est définir un état morbide par une négative, c'est-à-dire donner une définition contraire aux règles de la logique ; sans compter, comme le fait remarquer M. Potain, qu'il n'y pas de fausses maladies : il n'y a que de fausses dénominations.
Enfin quelques auteurs emploient beaucoup le terme pathie comme suffixe à la suite d'un nom d'organe ; le mot ainsi créé indique une affection de cet organe, sans préjuger de la nature de la maladie. Cette manière de faire nous semble parfaitement rationnelle; les mots cardiopathie, myélopathie, encéphalopathie, pneumopathie, etc., ont le double avantage d'être bien construits et fort suggestifs ; cardiopathie est plus simple qu'affection cardiaque et plus juste que maladie du cœur. Il serait facile de généraliser cette nomenclature ; en désignant ainsi toutes les affections, on spécifierait nettement l'organe atteint; ce seraient des termes génériques, dont l'usage ferait cesser la confusion constante qu'on établit et qu'on maintient entre l'affection et la maladie.
Quant aux maladies, il serait plus difficile de modifier leurs dénominalions. L'usage a prévalu de leur appliquer les termes transmis par la tradition, alors même que ces termes sont insuffisants ou erronés. Il est dangereux de lutter contre la routine et les tentatives qu'on a faites, n'ayant pas réussi, nous ne nous hasarderons pas à en proposer une nouvelle.
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Les règles de la nosographie. — La nosographie a pour but de distribuer méthodiquement les maladies par classes, ordres, genres et espèces. Elle complète les données de la nosologie qui s'occupe d'individualiser les maladies, de les définir et de les dénommer.
Les premiers médecins, réduits aux seules données de l'observation, ne connaissant les maladies que par les phénomènes cliniques qui les révèlent, ont été souvent conduits à considérer de simples symptômes comme de vraies entités morbides. Plus tard on a pu grouper certaines manifestations qui se reproduisaient simultanément dans un grand nombre de circonstances. La réunion naturelle d'un groupe de symptômes est désignée sous le nom de syndrome ((juvopop), concours). Le syndrome est un groupement important, qu'on ne doit pas confondre avec la maladie; l'ictère, l'angine de poitrine, l'anémie, la paraplégie, voilà des syndromes; quand on les a reconnus, il faut remontera la maladie causale.
Les symptômes représentent la révélation clinique de troubles fonctionnels ou de lésions anatomiques. L'étymologie du mot (aùv, avec ; mVueiy, arriver, survenir) implique l'idée du rapport de causalité et de coïncidence qui existe entre les maladies et les troubles qu'elles déterminent (1).
Les symptômes subjectifs ne sont perçus que par le malade; telles sont surtout les sensations douloureuses; les symptômes objectifs sont ceux que le médecin peut constater, soit parce qu'ils sont apparents, comme la tuméfaction d'une partie ou les éruptions cutanées, soit parce qu'ifs peuvent être mis en évidence par une exploration manuelle ou une méthode spéciale d'investigation : les symptômes objectifs que le médecin recherche et découvre sont encore désignés sous le nom de signes physiques, tels sont ceux que fournissent la palpation, la percussion, l'auscultation, l'examen au moyen de l'ophtalmoscope, du laryngoscope, etc. Souvent un symptôme est à la fois subjectif et objectif; dans les cas de dyspnée par exemple, le malade a la sensation de l'étouffement et le médecin constate la gène respiratoire.
Les symptômes ont longtemps suffi et parfois suffisent encore à individualiser une maladie ou une affection. On leur assigne alors un nom qui rappelle leur principale manifestation clinique : c'est ainsi qu'on a isolé l'ataxie locomotrice progressive avant de connaître la lésion anatomique qui la caractérise. 11 en est de même de l'ictère grave, dénomination symptomatique et évolutive que certains auteurs tendent à remplacer aujourd'hui par l'expression étiologique d'ictère infectieux, ou par la désignation anatomique d'atrophie jaune aiguë du foie.
On conçoit la patience et la sagacité qu'ont dû déployer les cliniciens, pour arriver à discerner, au milieu des nombreux symptômes que présentent les malades, ceux qui se groupent de façon à constituer des entités morbides. Plus tard, l'anatomie pathologique a complété l'œuvre commencée par la clinique; les recherches modernes sur l'étiologie n'ont que
(*) Hecht, art. Symptômes, Die t. encyclopédique des se. médicales, 5e série, t. XIV, p. 155. Paris, 1884.
CLASSIFICATION DES MALADIES
peu ajouté aux conceptions anciennes et n'ont fait que les confirmer dans la plupart des cas. On avait su individualiser la fièvre typhoïde, le charbon, la morve, la lèpre et la tuberculose, avant que la bactériologie eût découvert les microbes de ces maladies. Le génie de Lacnnec avait établi l'unicité de la tuberculose par les seules données de la clinique et de l'anatomie macroscopique ; les travaux de Grancher et de Thaon avaient confirmé, par les recherches histologiques, la conception de Laënnec ; la découverte de Koch, complétant l'oeuvre de ^illemin, n'a fait que donner une base inébranlable aux idées anciennes et a seulement permis de rattacher à la tuberculose quelques lésions moins importantes et moins nettement spécifiées.
La clinique n'a pas eu besoin du secours de la bactériologie pour faire l'histoire des fièvres éruptives. Rien de mieux établi que cette partie de la médecine; contagion, infection, types réguliers ou irréguliers, formes malignes ou frustes, complications immédiates ou tardives, les médecins avaient tout observé et les expérimentateurs n'ajouteront pas grand'chose quand ils auront enfin découvert les parasites de ces fièvres.
Dans les cas où la bactériologie nous a fait connaître les agents pathogènes, elle n'a pas toujours fourni une base utilisable en nosographie. 11 est impossible de réunir dans une même description les affections causées par le staphylocoque, le streptocoque ou le pneumocoque. Ces trois microbes, par exemple, pouvant produire des inflammations pulmonaires, on serait conduit à scinder le groupe des broncho-pneumonies et à répéter dans plusieurs chapitres des descriptions presque identiques. 11 en est de même pour l'endocardite ulcéreuse; la clinique a montré qu'il existe des infections qui présentent entre elles de grandes similitudes par ce seul fait qu'elles développent des lésions analogues sur l'endocarde. Les recherches bactériologiques pourront nous apprendre que telle forme est plutôt en rapport avec tel microbe; mais il y aura toujours intérêt à ne pas démembrer l'histoire de cette entité symptomatique. Nous pourrions en dire autant des méningites, des angioeholites, des suppurations les plus diverses depuis le simple abcès jusqu'au phlegmon diffus : les manifestations sont identiques, quel que soit l'agent pyogène. On ne peut donc prendre en considération le microbe, car on serait conduit ainsi à diviser des groupements naturels et à réunir les affections les plus disparates ; l'érysipèle, certains phlegmons, certaines broncho-pneumonies, diverses septicémies, quelques formes d'infection purulente se trouveraient placés dans un même chapitre, sans compter qu'on pourrait y ajouter les affections chroniques, développées longtemps après la terminaison apparente de la maladie.
Réunir des faits cliniques dissemblables, scinder des groupements symptomatiques évidents, tels sont les deux grands défauts qui empêchent actuellement et qui probablement empêcheront toujours de prendre les notions étiologiques pour base d'une nosographie.
Il pourrait sembler préférable de tenir compte de la pathogénie ; la clas-
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sification aurait l'avantage de répondre aux études qui préoccupent le plus les expérimentateurs et les médecins ; elle serait très simple, puisqu'elle ne comprendrait que quatre groupes. Malheureusement, dans bien des cas, nous ne savons pas exactement quel est le processus qui est mis en œuvre; d'autres fois un même agent pathogène peut déterminer une maladie par plusieurs procédés différents. Il suffit, pour s'en convaincre, déconsidérer les deux tableaux ci-dessous qui représentent le cadre des classifications étiologiques et pathogéniques.
1° CLASSIFICATION ÉTIOLOGIQUE DES MALADIES
Agents mécaniques.
Agents physiques.
A. Maladies exogènes { Agents chimiques.
. , C parasitaires.
Agents animes. . j fnfectieux<
B. Affections endogènes. . . . / Hérédité. (Suites des maladies exogènes l Troubles de la nutrition.
ancestrales ou personnelles.) [ Affections organiques.
2° CLASSIFICATION PATHOGÉNIQUE DES MALADIES (Bouchard)
A. Dystrophies élémentaires primitives.
B. Troubles primitifs de la nutrition. •