TUBERCULOSE
entrer la question dans la voie scientifique; et l'usage de la mâlléine, dont les propriétés ont été étudiées par Kalning, Preusse et Pearson, Helman, Nocard, en permettant de diagnostiquer la maladie, font espérer qu'on se rendra encore maître de cette infection, qui diminue graduellement; en 1887, il n'y eut en France que 1255 chevaux morveux sur une population de '2 908 500 chevaux, c'est-à-dire une proportion de 1 sur 2558, et depuis cette époque le nombre des cas s'est encore abaissé.
Rage. — Une autre zoonose qui tend également à s'éteindre est représentée par la rage; grâce aux mesures employées, la maladie a presque complètement disparu en Allemagne. En France, les statistiques de l'Institut Pasteur indiquent encore 1500 à 1700 morsures chaque année. Le chien est l'animal le plus fréquemment atteint ; puis viennent le chat, les Carnassiers sauvages, comme le loup, le renard, le chacal. Les Herbivores ne sont pas à l'abri : on a observé d'assez nombreux cas de rage chez les Équidés, les Bovidés, même les Ovidés. Chez tous les êtres, hommes et animaux, la rage peut revêtir deux formes différentes : la forme furieuse et la forme mue ou paralytique.
Tuberculose. — De toutes les maladies communes à l'homme et aux animaux, la plus importante est sans contredit la tuberculose ; elle sévit sur presque tous les Vertébrés et, loin de décroître, comme les infections précédentes, semble faire chaque jour de plus nombreuses victimes.
Malgré l'opinion inverse qui est souvent reproduite, il semble démontré aujourd'hui que c'est le même agent qui produit la tuberculose chez tous les animaux, et qu'il n'y a pas de différences spécifiques entre les bacilles humains, bovins ou aviaires. Mais, par suite de leur passage dans des milieux différents, ces bacilles subissent- certaines modifications secondaires, qui en font des races spéciales. D'un autre côté, les modes de réaction propres aux diverses espèces, donnent une physionomie particulière aux troubles ou aux lésions engendrés chez chacune d'elles.
C'est la tuberculose des Bovidés qui offre le plus d'intérêt, parce que ces animaux sont souvent atteints et sont considérés comme représentant pour l'homme une importante cause de contamination.
La fréquence de la tuberculose bovine varie suivant les races et les pays. Rare dans les contrées polaires, elle sévit dans les régions chaudes, en Italie particulièrement, où elle revêt les caractères d'un véritable fléau. En Allemagne, sa fréquence, très variable suivant les endroits, oscille entre 2,44 et 60 pour 100 (Sonnenberger) ; sur les vaches hollandaises, la proportion dépasse 50 pour 100. Les animaux tenus en stabulation permanente lui payent un plus lourd tribut que ceux soumis au régime des pâturages. Même dans les contrées où elle sévit avec le plus d'intensité, la tuberculose est exceptionnelle chez les animaux jeunes : la proportion moyenne, chez le veau, est inférieure à 1 pour 10 000.
La tuberculose bovine peut se traduire par une infection générale, atteignant les séreuses et rappelant la granulie humaine. Plus souvent la
PATHOLOGIE COMPARÉE DE L'HOMME ET DES ANIMAUX
maladie se localise aux poumons sous l'aspect de masses volumineuses (pommelière), parfois infiltrées de sels calcaires (phtisie calcaire de Delafond, phtisie perlée, perlière) ; dans quelques^ cas tout un lobe est envahi et peut peser 5, 6 et même 10 kilos. La rapidité de l'infiltration calcaire explique la rareté du ramollissement et des cavernes, et donne à la maladie un aspect un peu spécial, qu'on peut observer parfois chez l'homme (Kirstein, Troje) et chez le lapin (Troje). Dans d'autres cas, la tuberculose envahit les viscères abdominaux, le péritoine, assez souvent l'intestin, où elle se traduit par des ulcérations; les altérations des méninges ne sont pas communes ; il est exceptionnel d'observer des localisations osseuses, articulaires ou cutanées.
On a beaucoup discuté sur la fréquence de la tuberculose mammaire; en moins d'un an, Bang en a observé 7 cas à Copenhague. En France, la tuberculose mammaire semble assez rare, et le danger d'une contamination par le lait parait moins redoutable qu'on ne l'a cru à un moment, surtout dans les grandes villes, où les vaches laitières ne séjournent que peu de temps dans les étables.
Dans les cas de tuberculose généralisée, l'animal peut conserver les signes d'un bon état général; mais dans les formes chroniques, dans la forme pulmonaire en particulier, on voit toujours survenir de l'amaigrissement et de l'anémie.
Les observations de tuberculose du cheval ne sont pas très nombreuses. Tantôt les lésions sont limitées aux organes de la cavité abdominale, occupant les viscères et les ganglions ; tantôt elles n'existent que dans les poumons; tantôt enfin elles sont généralisées. Les altérations pulmonaires se présentent sous des formes multiples : granulie, infiltration diffuse, tumeurs sphériques qui ont l'aspect de masses sarcomateuses. Les tuberculoses osseuse, musculaire, cutanée, sont à peine signalées. La calcification envahit parfois les lésions viscérales, celles de la rate notamment, mais moins souvent que chez le bœuf. De même que chez l'homme, la contamination peut se faire par les voies respiratoires (pousse des tuberculeux), ou la muqueuse digestive (aliments souillés par des matières tuberculeuses), comme en témoignent les lésions tuberculeuses de l'intestin.
La tuberculose du porc est beaucoup moins fréquente que celle du bœuf, et c'est le plus souvent sur des animaux relativement jeunes qu'on la rencontre. Les statistiques des abattoirs montrent que la proportion des cas de tuberculose du porc varie de 1 pour 100 à 1 pour 1000 suivant les pays. Mais ces chiffres sont probablement au-dessous de la vérité : car les animaux, maigrissant rapidement, sont tués clandestinement, et leur viande est mise en vente. C'est dans les contrées où la tuberculose du bœuf est la plus commune, que l'on rencontre aussi le plus grand nombre de cas de tuberculose porcine. Celle-ci est presque toujours d'origine bovine. Elle débute généralement par l'appareil digestif; on trouve des ulcérations de la muqueuse de l'intestin grêle et du cœcum, des lésions des ganglions, du foie, de la rate; on rencontre encore, dans l'oreille