HASCHICH
MATIÈRE MÉDICALE
On connaît sous le nom de Haschich les rain où l'on récolte le chanvre ordinaire ;
sommités fleuries d'une variété du chanvre il n'acquiert que peu de hauteur, et lors-
(Cannabis indica), de la famille des Urti- qu'il a acquis tout son développement, on
cées. Cette variété est cultivée dans l'Orient cueille les sommités que l'on conserve pour
et surtout en Egypte. Il croît dans le ter- les usages que nous allons indiquer.
MÉDICAMENTS STUPÉFIANTS
Ces sommités se présentent sous forme de poussière très-grossière, composées de petits fragments de tiges, de folioles, de fleurs, de fruits imparfaitement développés; on mêle cette poudre à du miel, à du sirop de sucre, à du beurre, et l'on en fait des bols que l'on prend en quantité plus ou moins grande, suivant l'habitude que l'on a du médicament. Cette espèce d'électuaire est nommée Dawamech. On peut encore
faire une infusion ou une décoction, Quelquefois on la fait cuire et on la pétrit avec du sésame ou du sucre pour en faire des pastilles.
' Il est bien démontré aujourd'hui que le cannabis indica ne constitue pas une espèce distincte et qu'il n'est qu'une variété du C. sativa cultivé dans nos campagnes et qui jouit des mêmes propriétés.
THÉRAPEUTIQUE
Jusqu'ici le Haschich n'a été que bien peu employé comme médicament, mais tôt ou tard cet agent, qui exerce sur le système nerveux une influence si considérable, entrera dans le domaine de la thérapeutique et y occupera probablement une place importante.
Murray, dans YApparatus medicaminum , avait déjà bien fait connaître les troubles nerveux singuliers que le Haschich éveille dans l'économie. Les médecins anglais qui exercent dans l'Inde ont publié des mémoires intéressants sur ce sujet. Nous citerons surtout les docteurs O'Birest, Raleigh, O'Shauguessy, Esdale, et notre compatriote Léautaud , qui a fait d'intéressantes expériences sur des animaux. M. Moreau , de Tours , a publié en 1845 un ouvrage plein d'intérêt, dans lequel il consigne les résultats des expériences nombreuses qu'il a faites sur lui-même, sur des médecins, sur des gens du inonde, et de celles beaucoup plus nombreuses encore dont il a été témoin pendant son voyage en Orient.
Peu de temps après l'ingestion du Haschich, on tombe dans une sorte de rêverie qui a presque toujours un charme extrême ; on est comme transporté dans un monde idéal; les idées d'espace, de temps, s'effacent de l'esprit. Bientôt survient une sorte d'extase voluptueuse, qui pourtant n'a ordinairement rien de cynique, et qui se traduit par des soupirs, par des cris, par des hurlements, que suit un abattement plein de langueur et de charmes.
Chez quelques personnes il survient des hallucinations analogues à celles que causent les solanées vireuses : hallucinations qui rappellent à l'esprit des idées horribles ou attrayantes , et qui portent ou au suicide ou à des actes qu'une morale sévère n'autoriserait peut-être pas.
Ces hallucinations sont en rapport, soit avec les idées habituelles de la personne qui les éprouve, soit avec les pensées qui l'occupaient au moment où les symptômes de l'empoisonnement ont commencé à se manifester, ou avec celles qui l'ont surtout occupée pendant la journée.
Aussi est-on en quelque sorte maître des idées qui vont s'emparer de celui qui prend le Haschich ; il suffira pour cela d'avoir fortement agi dans un sens sur son esprit. C'est ainsi, disent les chroniques, que le Vieux de la Montagne agissait sur l'esprit des hommes dont il voulait faire les instruments de son ambition ou de son fanatisme. Il leur faisait croire à la réalité
LOBELLA INFLATA.
des scènes fantastiques et des voluptés célestes qu'ils avaient rêvées dans leur délire, et il les poussait à tous les crimes comme aux plus héroïques actions par l'espérance d'une participation éternelle aux jouissances dont il leur avait donné l'avant-goût.
Ainsi que nous l'avons dit tout à l'heure, le Haschich n'est encore que bien peu appliqué aux usages médicaux. Il est probable que, dans le traitement de certaines névroses, il rendrait des services que les autres stupéfiants seraient peut-être inhabiles à rendre. C'est à l'expérience clinique de prononcer sur cette question.
M. Moreau, de Tours, a proposé de l'employer/chez certains monomaniaques, dans le but de modifier le délire maladif par un délire communiqué et nécessairement passager.
M. Corrigan a publié dans le London Médical Times un travail plein d'intérêt sur l'usage de la teinture de Cannabis indica , dans le traitement delà danse de Saint-Guy. Le premier cas est relatif à une jeune fille de dix ans, malade depuis cinq semaines ; elle commença par 5 gouttes de teinture, trois fois par jour, et, après onze jours de traitement, il y avait un amendement considérable : la quantité fut alors portée graduellement jusqu'à trois doses de 25 gouttes, et elle sortit guérie de l'hôpital après y être restée un peu moins de cinq semaines. La seconde malade était atteinte depuis un mois ; il lui fallut quarante jours de traitement : la dose de la teinture était aussi de 25 gouttes, trois fois par jour. Enfin une jeune fille de seize ans, malade depuis dix années, fut guérie au bout d'un mois.
Espérons que ces curieuses expériences seront répétées, et que le Haschich deviendra pour la médecine une conquête importante.
Le chanvre a été analysé par M. Personne, qui en a extrait une huile essentielle, plus légère que l'eau , d'une couleur ambrée, se congelant à 12° et formant un mélange de deux hydrogènes carbonés, savoir: 1° le Cannabène G 36 H 20 ; 2° un autre hydrogène carboné C 12 H 14 qui cristallise dans l'alcool.
Le cannabène respiré détermine un frémissement singulier et un besoin extraordinaire de locomotion suivi d'abattement et même de Syncope !
La résine de chanvre cannabène ou haschischine est très-active, à la dose de 5 à 15 centigrammes ; elle détermine des hallucinations, et la stupéfaction, son action est plus persistante que celle du cannabène.