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CIGUË

la pupille, et qu'en vertu de cette dilatation, le champ de la vision s'élargissant, les rayons lumineux peuvent tomber sur la rétine, sans que d'ailleurs le cristallin lui-même ait subi aucune modification.

Mode d'administration et doses.

La Ciguë se donne sous forme d'extrait aux doses que nous avons indiquées plus haut. On donne la poudre de racine fraîche depuis 20 centigrammes (4 grains) jusqu'à 8 grammes (2 gros) par jour. En décoction la racine ou les fruits s'administrent à la dose de 50 centigrammes (10 grains), à 8 grammes (2 gros) pour 500 grammes (1 livre) d'eau.

L'emplâtre de Ciguë est préparé par plusieurs procédés; mais, de même que pour la belladone, on préfère celui de Planche, qui consiste à mélanger l'extrait de Ciguë avec la cire et la résine élémi. C'est un bon fondant, et il fait partie de l'emplâtre des quatre fondants.

La conicine ou conine ou cicuiine est douée d'une action toxique fort énergique, à ce point que 10 centigrammes (2 grains) ont fait mourir un lapin en cinquante-cinq minutes; 25 centigrammes (5 grains) en ont tué un autre en deux minutes, et 2 centigrammes et demi (1 /2 grain) ont suffi pour faire périr un troisième lapin dans l'espace d'une heure [Journal de pharmacie, t. XIII, p. 366).

La conicine est un liquide incolore, mais très-altérable à l'air, et qui se colore en brun. Dans les fruits de Ciguë, elle se trouve dans un état de combinaison plus fixe, moins volatil que dans les feuilles et le reste de la plante.

La conicine est employée par quelques médecins de préférence à la Ciguë. Fronmueller, qui a fait sur ce principe immédiat un grand nombre d'expériences cliniques, est arrivé aux résultats suivants :

Elle représente bien exactement toute la puissance d'action de la Ciguë, sans en partager l'infidélité. Elle agit en même temps comme sédative, calmante et résolutive ou fondante, et elle convient parfaitement pour constituer la base d'une médication contre la forme irritative ou nerveuse (moins contre la forme torpide) de la scrofule, et surtout de l'ophthalmie scrofuleuse. Ainsi elle est spécialement indiquée chez les sujets doués d'une excessive sensibilité avec prédominance du spasme des paupières, photophobie, écoulement de larmes et vives douleurs.

Dans la plupart de ces cas, Fronmueller a obtenu des succès marqués à l'aide de la conicine; toutefois il déclare avoir prescrit simultanément un régime approprié, des bains et des moyens locaux.

Voici la formule que ce praticien met habituellement en usage :

Pr. : Conicine, 3 ou 4 gouttes.

Alcool rectifié, 4 gramme.

Eau distillée, 20 grammes.

M. et F. dissoudre S. A.

MEDICAMENTS STUPÉFIANTS

Pour une solution qu'on administre, trois fois par jour, à la dose de 15 à 30 gouttes dans une tasse d'eau convenablement édulcorée. Pour' plus de précision, nous dirons que la dose ordinaire de la conicine ne doit pas dépasser un demi-milligramme au début, puis on arrive à un milligramme.

Fronmueller n'a jamais vu survenir d'accidents par suite de l'ingestion de cette substance; quelquefois seulement les malades ont accusé un peu de mal de tête et des vertiges, bien qu'il ait continué l'emploi du médicament pendant des mois entiers.

La conicine se recommande particulièrement dans la thérapeutique des enfanfs, par cette circonstance tout à fait précieuse qu'elle n'a point de saveur désagréable. Aussi Fronmueller ne balance-t-il pas à lui prédire avant peu un des premiers rangs parmi les agents de la médication antistrumeuse, et il engage les médecins à multiplier les essais sur cette préparation.

Il termine en disant que la conicine lui paraît appelée à rendre aussi d'importants services dans le traitement de la coqueluche; mais il se hâte d'ajouter qu'il l'a encore trop peu employée contre cette affection pour pouvoir se prononcer avec certitude à cet égard.

Nous devons ici une mention spéciale aux travaux remarquables qui, depuis quelques années, ont été publiés par MM. Devay et Guillermond, de Lyon, sur la valeur relative des diverses préparations de Ciguë. Ces habiles expérimentateurs sont arrivés à démontrer, ce qui déjà avait été remarqué avant eux, que les préparations de Ciguë, tirées de la plante sèche et même fraîche, avaient généralement une action très-irrégulière, et souvent même nuile. Ils ont fait voir que, surtout, ce grave inconvénient tenait, d'une part, à ce que le principe actif de la Ciguë est volatil et trèsaltérable à l'air, et d'autre part qu'il varie de quantité à chaque phase de la végétation. De plus, ils ont reconnu que les séminules ou fruits de la Ciguë renferment, à l'époque de leur entière maturité, la conicine en plus grande proportion, et que ce principe est contenu dans ces séminules sous un état concret tout particulier, qui le rend pour ainsi dire inaltérable, tandis que dans le reste de la plante, ce même principe, souvent assez abondant, se trouve dans un état qui en facilite levaporation et la prompte décomposition, même par le seul effet de la manipulation pharmaceutique. Dès lors, ils ont été tout naturellement amenés à conclure que ces séminules devraient remplacer presque exclusivement, pour l'usage interne, toutes les autres préparations de cette plante. Toutefois cette substitution ne doit être réalisée qu'à la condition de s'assurer préalablement de la proportion de conicine que contiennent ces séminules. A cet effet, ces expérimentateurs indiquent le procédé à l'aide duquel on peut arriver à déterminer cette proportion d'une manière exacte et rigoureuse. Cette détermination obtenue, ils ont adopté deux formules dans lesquelles la dose des séminules varie suivant leur richesse en alcaloïde , et se trouve combinée de manière à maintenir dans leurs préparations une régularité parfaite; ainsi les pilules n" 1 contiennent une dose de semences en nature

C1GULÏ.

qui équivaut à un demi-milligramme de conicine, et les pilules n"l2 à 1 milligramme.

Grâce à cette préparation , ces deux auteurs ont la confiance d'avoir doté la thérapeutique d'une arme aussi sûre que puissante, dont ils espèrent qu'on devra tirer un grand parti dans le traitement des dermatoses, de la scrofule, dans les indurations de diverses natures, même dans les tumeurs cancéreuses, et généralement dans les affections nombreuses où nous avons vu que la Ciguë, employée sous les anciennes formules, avait produit de bons résultats.

Il importe d'ailleurs d'ajouter que M. Schroff, de Vienne, sans avoir connaissance des études faites par nos savants compatriotes, s'est livré, de son côté, à des expériences nombreuses dans le but de juger la valeur relative des diverses préparations de Ciguë, et qu'il est arrivé à des conclusions à peu près identiques, surtout relativement à la supériorité des semences de Ciguë. Cette confirmation, venant d'un aussi habile expérimentateur, ne peut qu'engager les médecins à prescrire à l'intérieur d'une manière sinon exclusive, au moins plus spéciale, les semences de Ciguë; et cette préférence, en assurant les résultats thérapeutiques, aura sans doute pour heureuse conséquence de faire accorder désormais à ce médicament une valeur plus grande que celle qui lui est attribuée aujourd'hui parmi nous.

La Ciguë vireuse, cicuta virosa, confondue à tort par Wepfer et par beaucoup d'autres avec la Ciguë aquatique, cicuta aquatica, phellandrium aquaticum, est une plante vivace de la famille des ombellifères qui habite le bord des ruisseaux, dans le nord et l'est de la France. On ne la trouve pas dans le Péloponèse et dans la Grèce, ce qui prouve, comme nous l'avons dit plus haut, que cette Ciguë n'était pas celle qui fit périr Socrate.

La Ciguë vireuse est un poison plus énergique que la grande Ciguë. Les expériences de Wepfer en font foi [Cicutx aquaticx historia et noxse). Celui ci fit avaler à beaucoup d'animaux de la racine de Ciguë contuse ou coupée en petits morceaux, et il en résulta des phénomènes cérébraux divers, tels que de l'assoupissement ou de l'agitation, des tremblements, des convulsions; en même temps, soif, éructations, salivation abondante, vomissements, diarrhée, suppression d'urine, etc. L'activité de la Ciguë vireuse a fait bannir, peut-être à tort, cette plante de la matière médicale.

La plante fraîche a des propriétés vénéneuses fort peu actives, qui se perdent entièrement par la dessiccation.

Phellandkium aquaticum. Les fruits de phellandrium, aquaticum sont seuls usités en médecine. On les donne sans aucune préparation, ou bien pulvérisés, à la dose de 50 centigrammes à 1 gramme (10 à 20 grains), et même 4 grammes (1 gros) et davantage.

C'est dans le catarrhe aigu et chronique, dans la coqueluche, dans la phthisie pulmonaire que ces fruits ont été conseillés. Il est juste de dire que s'ils n'enrayent pas la fonte des tubercules, au moins calment-ils Ja toux et rendent-ils l'expectoration plus facile et moins abondante. Quant à ses avantages dans le traitement des tumeurs diverses , de la carie des

MÉDICAMENTS STUPÉFIANTS

os, de la fièvre intermittente, ils sont indiqués par un si petit nombre d'observations et reposent sur des faits si peu concluants , que nous n'en parlerons pas.

La petite ciguë n'est pas employée en médecine. Son action toxique , beaucoup moins énergique que celle de la grande Ciguë et de la Ciguë vireuse, est d'ailleurs analogue à celle de ces plantes ; elle a été souvent constatée par les auteurs. Vicat, Haller, Orfila, en ont démontré les propriétés malfaisantes.

Piscidia erythrina. Syn. Jamaica Dogwood (Angl.) Le docteur W. Hamilton de Plymouth a signalé cette plante comme jouissant d'un pouvoir narcotique très-grand , capable de produire le sommeil et de calmer la douleur. Aux Indes orientales, les indigènes emploient cette plante pour attraper le poisson comme on fait chez nous avec la coque du Levant, et en Italie avec le pain de pourceau [cyclamen Europseum). C'est la teinture de piscidia que le docteur Harnilton emploie : elle est préparée avec une partie d'écorce de cette plante et quatre parties d'alcool ; la dose est de 4 à k grammes.

Delphine ou Delphinine. La delphine est un principe immédiat qui a été découvert en 1819 par Brandes, dans les graines de la staphysaigre [delphinium staphysagria) de la famille des renonculacées. MM. Lassaigne et Feneulle en ont étudié les propriétés, M. Couerbe a en étudié les réactions et fait connaître un procédé de préparation, M. Orfila en a décrit les propriétés physiologiques et le docteur Turnbull l'a appliquée à la thérapeutique.

La delphine est une poudre blanche cristalline qui se combine aux acides pour former des sels difficilement cristallisables; ces sels solubles ont une saveur acre et amère.

C'est surtout contre le tic douloureux et les névralgies de la face que la delphine a été employée ; on la donne en pilules à la dose de 15 à 20 centigrammes par jour, ou en frictions sous forme de pommade.

Rhododendron chrtsanthum. Depuis longtemps on prépare en Piémont avec le rhododendron ferrugineux ou laurier rose des Alpes, une huile connue sous le nom d'huile de marmotte, qui est employée contre les douleurs articulaires.

Les rhododendrons cultivés dans nos jardins où ils sont désignés sous le nom de rosages, sont des narcotico- acres très-puissants.

Le rhododendron chrysanthum est originaire de Sibérie, il croît dans les lieux élevés et montagneux; ce sont les feuilles que l'on emploie à la dose de 8 à 10 grammes pour 300 grammes d'eau en infusion. Kopp a préconisé les bains de rhododendron contre la goutte.

Htdrocottle asiatica. Cette plante, qui appartient à la famille des ombellifères, est employée aux Indes orientales contre un grand nombre d'affections de la peau, et plus spécialement contre la lèpre vulgaire; c'est à MM. Boileau et Lépine que nous devons de la connaître, elle a été expérimentée par plusieurs médecins, parmi lesquels nous signalerons MM. Poupeau, Houbert, Cazenave, Devergie, etc. Ce médicament possède une action

sudorifique et diurétique des plus marquées; et à ce double titre, il mérite d'être classé parmi nos meilleurs dépuratifs.

M. Devergie a constaté les bons effets de l'hydrocotyle asiatica dans le traitement des eczémas chroniques rebelles, il en a guéri plusieurs ; il emploie de préférence l'extrait hydro-alcoolique qu'il prescrit à la dose de 0,025 par pilule, et il en fait prendre de 1 à 6 par jour. La plante est aussi donnée en infusion à la dose de 8 grammes par litre d'eau, on en prend trois verres par jour.

M. Cazenave, médecin de l'hôpital Saint- Louis, a amélioré un cas d'éléphantiasis des Arabes, et il a obtenu des guérisons dans les cas d'éruptions papuleuses (lichen et prurigo).

Nous devons ajouter que ce même médicament a donné de bons résultats dans le rhumatisme chronique, et dans les ulcères chroniques, dépendant de la diathèse scrofuleuse.

La vellarine trouvée par M. Lépine dans l'hydrocotyle paraît être le principe actif de cette plante ; c'est une huile épaisse, jaune pâle, d'une saveur amère, piquante, d'une odeur forte, se volatilisant à 100°, qui s'altère par l'action de la chaleur ; d'où l'indication de faire à froid les préparations d'hydrocotyle.

CYANOGÈNE.

Le Cyanogène est un corps gazeux, composé d'un volume de vapeur de carbone et d'un volume d'azote condensés en un seul volume. Ce corps entre dans la composition des substances connues jadis sous les dénominations d'acide prussique et de prussiates, et dans les amandes et les feuilles d'un grand nombre de plantes de la famille naturelle des rosacées. Nous étudierons d'abord l'acide cyanhydrique, puis nous passerons à l'étude des végétaux qui contiennent du Cyanogène.

MATIÈRE MÉDICALE

h' Acide Cyanhydrique, acide prussique, acide hydrocyanique, est un liquide incolore, d'une odeur très-prononcée d'amandes amères, d'une saveur légèrement acre. Sa densité est de 0,705. Il entre en ébullition à + 26° centigrades. 11 est peu soluble dans l'eau.

Les expériences intéressantes de Millon nous ont fait voir l'Acide Cyanhydrique doué d'une propriété de contact fort remarquable. Ainsi, par sa seule présence, en quantité même extrêmement petite, il empêche l'oxygénation de certains composés.

Or la respiration consistant essentielle-

ment dans une série de combustions, les iatrochimistes se sont demandé si les effets foudroyants de l'acide prussique ne seraient pas dus à l'anéantissement instantané des phénomènes chimiques qui s'accomplissent dans l'économie sous l'influence de l'oxygène.

Cet acide, suivant le mode de préparalion, suivant quelques autres circonstances qu'il est souvent difficile d'apprécier, se décompose avec une extrême rapidité, et quelquefois même en quelques heures.

Cette décomposition se fait très-rapidement, surtout sous l'influence de la lu mière, et même spontanément lorsque

MEDICAMENTS STUPEFIANTS.

l'acide est renfermé dans un vase clos et complètement à l'abri des rayons solaires. Mélangé à l'eau, il se décompose plus promptement encore, mais la décomposi tion est encore plus rapide lorsque l'Acide Cyanhydi ique est administré dans des tisanes, des looehs, des sirops, ou autres préparations pharmaceutiques.

L'odeur d'amandes amères peut être assez forte, et cependant l'acide être presque entièrement décomposé : cette altération se constate de la manière la plus simple par le changement de couleur de l'acide qui prend une teinte brunâtre.

Mode de préparation. L'Acide Cyanhydrique se prépare par plusieurs procédés : celui de Géa Pessina est aujourd'hui préféré. Le voici :

Pr. : Ferrocyanure et de potassium, 18 part.

Acide sulfurique à 06°, 9 Eau, 12

On étend l'acide sulfurique avec l'eau, et quand il est refroidi, on l'introduit dans une cornue de verre tubulée, que l'on place sur un bain de sable; on y introduit le ferrocyanure pulvérisé, et on agite avec une baguette de verre de manière à avoir un mé ange exact. On adapte à la cornue une allonge et un récipient que l'on lute avec soin. Après quinze ou seize heures, on entoure le récipient de glace, et on distille à une douce chaleur, de manière à retirer la plus grande partie du liquide.

Dans cette opération, la potasse se combine à l'acide sulfurique, et l'Acide Cyanhydrique se dégage.

Préparé par ce procédé, l'acide est combiné à des quantités d'eau indéterminées; mais que l'on peut apprécier, par le nitrate d'argent, de manière à ramener les différents acides que l'on a préparés à un type commun dans lequel l'eau entre pour cinq parties et l'acide pour une. Cette préparation n'est point, à proprement parler, un mélange d'acide et d'eau, c'est une combinaison, c'est un hydrate d'Acide Cyanhydrique constitué par cinq atomes d'eau et un d'acide anhydre. Il en résulte qu'il ne s'altère pas lorsqu'il est simplement mélangé avec l'eau. Conservé dans un flacon

de verre coloré, il peut rester six mois sans s'altérer. Mais lorsqu'on le mêle à des tisanes, à des potions, à des juleps, il est entièrement décompose en quelques heures, de sorte qu'on ne peut établir aucune comparaison entre l'action des premières doses et celle des dernières.

On obtient l'Acide Cyanhydrique anhydre en traitant le cyanure de mercure.

(3 parties) par l'acide chlorhydrique à 22° (2 parties), laisant passer les vapeurs à travers un tube i enfermant du carbonate de chaux (marbre) et du chlorure du calcium : on reçoit l'acide dans un récipient entouré de glace et de sel.

C'est avec cet acide que l'on doit préparer l'acide médicinal. Le Codex prescrit •-

1 volume d'Acide Cyanhydrique anhydre.

6 volumes d'eau.

On opère le mélange dans un tube gradué, mais on peut aussi avoir recours à la pesée; pour cela, on pèse successivement dans un flacon :

Eau distillée, 8,5 part.

Acide Cyanhydrique anhydre, i part.

Quand on veut se rendre compte de la quantité d'Acide Cyanhydrique renfermée dans un mélange d'eau et de cet acide, on prend 1 gramme du mélange, et on précipite par le nitrate d'argent en excès; le précipité est lavé et séché avec soin, et. le cinquième de son poids sera celui de l'Acide Cyanhydrique réel. On peut arriver à un titrage plus rapide à l'aide des liqueurs titrées par les méthodes indiquées par MM. Liebig, Buignet, etc.

Sirop d'Acide Cyanhydrique du Codex.

Pr.: Acide Cyanhydrique médicinal, 25 centigr. (5 grains), Sirop simple, 30 gramm. (l once).

Ce sirop se donne dans des potions à la dose de 30 à GO grammes (1 à 2 onces) dans les vingt-quatre heures.

Lotion cyanhydrique, Acide Cyanhydrique, 4 à 8 grammes (1 a 2 gros).

Eau de laitue, 1000 grammes (2 livres) pour l'usage extérieur.

THÉRAPEUTIQUE

Action physiologique de V Acide Cyanhydrique.

L'action de l'Acide Cyanhydrique pur est tellement énergique, qu'il suffit d'en respirer la vapeur pour éprouver des accidents nerveux fort graves, lels que vertiges, oppression, céphalalgie, etc., etc. Administré à l'intérieur et à l'état de pureté, il produit des effets presque aussi rapides que ceux de la foudre. Deux chevaux dans la bouche desquels nous avons placé un morceau de coton imbibé de six gouttes d'acide prussique

ACIDE CYANHÏDR1QUE. 135

pur, sont tombés comme morts après dix secondes , et pendant une heure ils ont présenté les phénomènes nerveux les plus graves, tels que convulsions, spasmes, vertiges, paralysie, stupeur, etc., etc. Il suffit d'en déposer une goutte sur la langue, sur la conjonctive ou sous la peau d'un chien pour qu'il tombe au bout de quelques secondes, et qu'il périsse peu de minutes après. Nous avons un jour donné à un homme atteint d'hydrophobie trente-six gouttes d'acide hydrocyanique de Scheèle d'un seul coup. Dix secondes après il parut mort; cependant, il revint graduellement à lui, et deux heures après nous lui en redonnâmes six gouttes; cette fois, le liquide ne toucha pas plutôt la langue que le malade sembla être frappé de la foudre, et il resta plusieurs minutes avant de recouvrer ses sens

Nous avons observé chez l'homme trois empoisonnements par l'acide prussique. H n'y a point de convulsions. Une stupeur profonde, et une extinction immédiate et presque complète des phénomènes de la vie animale ont été observées dès l'abord : le pouls était insensible aux artères radiales et temporales, sensible aux carotides, et c'était avec peine qu'on le sentait au pli de la cuisse. La respiration était très-rapide et sans aucun effort, et de temps en temps il survenait de grands soupirs. Les pupilles étaient largement dilatées. L'haleine exhalait une odeur évidente d'amandes amères.

Coullon a fait sur lui-même, et avec un courage bien digne d'éloges, des expériences avec l'acide hydrocyanique. Il se servait de l'acide de Scheèle, et il en prit successivement 20, 30, 40, 50, 60, 80 et jusqu'à 86 gouttes étendues d'eau. Après avoir pris les dernières, il éprouva quelques petites nausées et une excrétion de salive plus abondante, produite peutêtre par la nausée elle-même. Son pouls s'éleva en dix minutes de cinquante-sept à soixante-dix-sept pulsations, et revint au bout d'une heure à son état primitif. Il sentit pendant quelques minutes une pesanteur de tête et une légère céphalalgie; enfin, pendant plus de six heures il éprouva de l'anxiété précordiale.

Nous en avons administré plusieurs fois à nos malades; et les seuls phénomènes que nous ayons observés ont été de la céphalalgie, de l'abattement, et quelquefois un état incommode d'éréthisme nerveux. Il nous a été impossible de rien constater relativement à l'influence que l'acide prussique exerce soit sur la circulation, soit sur les sécrétions; il est vrai que nous l'administrions toujours à des doses faibles, 10 à 12 gouttes d'acide de Scheèle dans les vingt-quatre heures.

Dans le travail fort intéressant de M. Becquerel sur l'Acide Cyanhydrique {Mémoires sur les effets physiologiques et thérapeutiques de l'Acide Cyanhydrique, Paris, 1840), les effets physiologiques de cette substance ont été notés avec grand soin, et, en définitive, tant que le médicament est administré à doses convenables, ces effets sont de peu d'importance, et se réduisent aux suivants : sensation de chaleur dans la région de l'estomac et des intestins, quelquefois un peu de diarrhée; palpitations de

MÉDICAMENTS STUPÉFIANTS

cœur, aucun changement appréciable dans le pouls ; élévation de la température de la peau, lorsque la dose est un peu trop élevée; quelquefois un peu de dyspnée, vertiges, étourdissements, céphalalgie légère, fatigue, tendance au sommeil.

Les accidents produits par l'Acide Cyanhydriquesont tellement prompts, que l'on arrive rarement à temps pour les prévenir, et on doit savoir que lorsque cet agent toxique ne tue pas immédiatement, peu à peu l'économie s'en débarrasse et le calme se rétablit. Les expériences sur les animaux domestiques nous ont prouvé que souvent un animal qui avait semblé devoir périr au bout de quelques secondes, était complètement rétabli deux heures aprèsi Le carbonate d'ammoniaque passe pour l'antidote de l'acide prussique; et M. Dupuy, d'Alfort, a surtout contribué à accréditer cette singulière idée. Or, nous avons été témoins de l'expérience de M. Dupuy, qui fut faite, conjointement avec nous, sous les yeux de M. Lassaigne et de M. Bigot, tous deux professeurs à l'école vétérinaire d'Alfort, et en présence de plus de trente élèves de cette école. Un cheval fut amené dans la cour des opérations ; nous lui plaçâmes dans la bouche une éponge imbibée de 36 gouttes d'acide prussique de Scheèle, qui nous avait été donné par M. Lassaigne, professeur de chimie. Le cheval tomba au bout de quelques secondes; il resta à terre, pendant dix minutes, agité de mouvements convulsifs, puis il se releva seul, se mit le nez en terre, et tourna en rond toujours du même côté pendant près d'une demi-heure. Il paraissait aveugle, mais il frémissait et s'agitait violemment lorsqu'on le battait. Enfin, quarante minutes après le début de l'expérience, il s'arrêta d'un air hébété, avec les attitudes d'un animal ivre. On le reconduisit alors à son écurie, qui était à une grande distance, et, une heure après y être revenu, il se mit à manger l'avoine, ne témoignant pas la moindre souffrance.

Le lendemain, à la même heure, nous recommençâmes la même expérience sur le même cheval, qui était parfaitement bien portant; on plaça sous le tissu cellulaire du flanc une éponge imbibée comme la veille de 36 gouttes du même acide. L'animal éprouva les mêmes accidents, se releva également au bout de dix minutes, recommença à tourner en pivotant sur son nez, comme il avait fait la veille; et lorsque les accidents étaient sur le point de cesser, et que très-évidemment ils allaient cesser comme le jour précédent, M. Dupuy, malgré nos instances réitérées, injecta dans la veine jugulaire de l'animal A grammes (1 gros) de sous-carbonate d'ammoniaque dissous dans de l'eau distillée. Nous devons à la vérité de dire que le cheval fut jeté à terre par cette injection, plus rapidement encore qu'il ne l'avait été par l'Acide Cyanhydrique; qu'il se releva pourtant à grand'peine, trois quarts d'heure après, et qu'il resta malade une heure de plus que la veille. Or, le lendemain, M. Dupuy entretint l'Académie de médecine de l'heureux effet des sels ammoniacaux dans l'empoisonnement par l'acide prussique; et c'est une telle expérience qui a accrédité cet antidote !

Ajoutons qu'il est certain aujourd'hui qu'on peut faire revivre rapidement un animal empoisonné par l'Acide Cyanhydrique, même lorsqu'il est arrivé à la troisième période des symptômes, au moyen des inhalations de chlore et des aspersions d'eau froide que l'on fait tout le long de l'échiné surtout au niveau des vertèbres cervicales. Enfin Smith a proposé un antidote qui agit bien, mais qu'il faudrait préparer au moment du besoin, ce qui toujours serait perdre un temps très-précieux. On obtient ce contrepoison en précipitant un mélange de sulfate de protoxyde et de sulfate de sesquioxyde de fer, par le carbonate de soude; c'est le magma formé de carbonate ferroso-ferrique qu'on administre.

Action thérapeutique.

Malgré les dangers extrêmes attachés à l'administration de ce médicament, beaucoup de praticiens ont cherché, dans ce nouveau moyen, une voie de guérison pour la plupart des affections rebelles contre lesquelles l'art a été jusqu'ici impuissant. Ces tentatives n'auraient rien que de louable et de légitime ; mais nous ne pouvons également approuver les essais qui ont été faits pour substituer l'acide prussique à d'autres substances dont l'efficacité, dans certaines maladies, n'était contestée par personne. "

Maladies des centres nerveux. L'Acide Cyanhydrique a été conseillé dans le tétanos par Bégin, dans l'épilepsie par Ferrus; mais aucun fait n'est cité à l'appui. Nous l'avons nous-mêmes essayé à l'Hôtel-Dieu dans un cas d'hydrophobie, et, si nous avons pu calmer les spasmes convulsifs, il est certain, d'autre part, qu'il ne nous a pas été possible de retarder la mort.

Maladies des organes des sens. Dans les affections de la peau, l'acide prussique a été employé uni à d'autres médicaments. Thompson le conseillait mêlé à deux parties d'alcool et à vingt parties d'eau pour calmer la douleur de l'impétigo. Schneider cite cinq observations qui semblent constater l'efficacité de cet acide dans certaines maladies cutanées. Une femme de cinquante ans, et une autre de quatre-vingt-quatre, qui portaient aux parties génitales externes une dartre ancienne très-douloureuse, accompagnée de prurit, furent guéries en quinze jours par des lotions composées ainsi qu'il suit : acide hydrocyanique médicinal, 2 grammes (demi-gros); alcool, 450 grammes (6 onces). On ajoute de l'eau distillée de roses, si ce mélange est trop irritant. Il rapporte encore trois autres cas de guérison obtenus par le même moyen.

Maladies des conducteurs nerveux. Nous l'avons appliqué topiquement dans les névralgies superficielles de la face, avec beaucoup moins d'avantage que le cyanure de potassium, que les solanées vireuses et que les préparations d'opium.

Maladies de l'appareil de la circulation et de la respiration. Bréra, Macléod, Heincken, ont dit que l'acide prussique calmait les palpitations du cœur; il est possible que ce résultat s'obtienne quelquefois, mais M. Bally

MÉDICAMENTS STUPÉFIANTS

et nous, de notre côté, nous avons fait des expériences qui n'ont pas confirmé colles des médecins que nous venons de citer.

C'est surtout dans les maladies de poitrine, tant aiguës que chroniques, que l'on a préconisé l'Acide Cyanhydrique avec un engouement que rien ne saurait justifier. Borda et Bréra le regardèrent comme un puissant sédatif de la circulation, et, à ce titre, comme très-utile dans les maladies inflammatoires de la plèvre et des poumons, et à ce sujet, Manzoni cite l'histoire de quelques péripneumonies guéries par l'usage simultané de la saignée et de l'acide prussique, comme s'il était permis de rien conclure de pareils faits.

Mais, comme ce médicament, en tant que stupéfiant, avait calmé souvent la toux nerveuse et même la toux symptomatique d'une lésion pulmonaire grave, quelques observateurs superficiels s'imaginèrent avoir guéri des phthisies pulmonaires au premier degré. Or ces phthisies au premier degré n'étaient caractérisées ni par l'obscurité du son sous les clavicules, ni par la résonnance de la voix dans la fosse sus et sous-épineuse, mais seulement par une toux plus ou moins opiniâtre. On a guéri aussi des hémoptysies, mais presque toutes les hémoptysies se guérissent sans le secours de la médecine, ainsi que la plupart des toux qui ne sont pas entretenues par la présence des tubercules. Aussi lorsque Coullon, Kergaradec, Laënnec, Bouchenel, etc., etc., et nous-mêmes, avons voulu répéter les expériences de Manzoni, de Heincken, de Granville, etc., nous avons trouvé que quelquefois, et dans les cas les plus rares, l'acide prussique modérait la toux des phthisiques, mais que jamais il n'enrayait la fonte tuberculeuse.

On conçoit mieux son utilité dans la coqueluche, et les faits rapportés par Fontanelles, Granville, Heincken et Heyward, ne permettent pas de nier que les accès spasmodiques de la toux convulsive ne puissent être modifiés par l'Acide Cyanhydrique; mais ce médicament, conseillé aussi dans l'asthme nerveux par Granville, est beaucoup plus infidèle que les préparations de belladone, de stramoine et d'opium.

Maladies de l'appareil digestif. Elliotson a cité quarante cas de dyspepsie avec ou sans vomissements guérie par l'acide prussique; mais qu'a voulu dire Elliotson par dyspepsie avec ou sans vomissements? C'est ce que nous ne pouvons savoir, et ce n'est point ici une question de mots, attendu que le mot dypsepsie a été détourné de son sens ancien et ne représente plus aujourd'hui ce qu'il représentait jadis. On a encore conseillé l'acide prussique comme anthelmintique.

Cancer. Il suffisait que ce médicament fût dangereux pour qu'on l'essayât dans le traitement du cancer; il suffisait qu'il eût été essayé pour qu'on voulût citer quelques cas de guérison. Bréra prétend avoir guéri, par l'usage interne et externe de l'Acide Cyanhydrique, une femme atteinte en même temps d'une maladie syphilitique et d'un cancer de l'utérus-, mais Bréra ne nous dit pas à quels signes il distingue un engorgement syphilitique d'un engorgement carcinomateux du col de la matrice. Bemdt dit avoir guéri un squirrhe de l'estomac par des lavements d'acide prus-,

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