PLANTES OUI CONTIENNENT DE L'OPIUM
Papavc'racées.
Cette famille naturelle renferme un grand nombre de plantes qui contiennent de l'Opium. Elles croissent et sont cultivées dans tous les pays de l'Europe. Les caractères de cette famille sont les suivants:
Plantes herbacées, à suc propre blanc ou rouge jaune. Les feuilles sont alternes, sessi les , les fleurs solitaires. Elles ont le plus souvent le calice à deux folioles caduques; la corolle formée de quatre pétales ; les étamines ordinairement très- nombreuses, insérées sur le réceptacle, l'ovaire simple, stipié, à stigmate sessile, rayonné, se change en une capsule à une seule loge polysperme.
" Les principaux genres de cette famille dont les produits sont employés en médecine sont les genres pavot (papaver) et chélidoine (chelidoniurn).
Le. genre papaver renferme des espèces P. orientale, sornniferum, rhxas,argemone et dubium.
Papaver orientale, L. (pavot oriental); c'est cette belle espèce cultivée dans les jardins. M. Petit, pharmacien à Corbeil, en a extrait une grande quantité d'Opium, qu'il appelle Opium indigène, mais qui a des propriétés quatre fois moins actives que l'Opium exotique.
Il faut dire cependant que, d'après les rcchcrclv.s de M. Petit, confirmées par SIM. Caventou et Pelletier, .le pavot orien-
MÉDICAMENTS STUPÉFIANTS
tal serait plus avantageux pour en retirer de l'Opium indigène, puisque celui qu'il donne contient plus de morphine que le pavot somnifère venu en France, et à plus forte raison que le coquelicot (P. rhœas).
P. somniferum (pavot somnifère, pavot d'Opium); cette plante est d'une couleur glauque remarquable ; ses tiges sont fortes, peu rameuses, ses feuilles sont larges, sessiles, glabres, pinnatifides ; les fleurs terminales, grandes, caduques. On distingue deux variétés très-tranchées : l'une, Papaver somniferum, album, est ainsi nommée parce qu'elle a les fleurs et les graines blanches. Ses capsules sont ovoïdes, trèsgrosses, et ne perdent point Iputs semences, c'est-à-dire que le fruit est indéhiscent.
L'autre, Paparer somniferum, nigrum, a les pétales rouges marquées d'une tache noirâtre à la base. Ces capsules sont plus petites, globuleuses, et s'ouvrent par des pertuis au-dessous du stigmate.
C'est cette dernière variété, et plus spécialement une sous-variété a pétales pourpres, qui paraît fournir le plus d'Opium.
Pourtant ce sont les capsules du pavot blanc (fruits, têtes de pavot, papaveris capsulée) qu'on emploie en médecine. Elles sont ovoïdes, univalves, indéhiscentes, glauques d'abord, puis grisâtres étant sèches, inodores, légères, avec un renflement à la base, et au sommet un évasement rayonnant qui est le stigmate persistant; à l'intérieur, on distingue des commencements decloisons longitudinales qui se réunissent de bas en haut.
Pour jouir de toutes leurs propriétés, les capsules du pavot devraient être récoltées avant la maturité des graines lorsqu'elles sont encore très-succulentes. Les capsules du commerce sont récoltées trop tard lorsque les graines ont mûri aux dépens des sucs du péricarpe; aussi des accidents graves ont été produits par la substitution des fruits verts et succulents du pavot aux capsules sèches du commerce (Ph. de Soubeiran).
On fait avec les capsules du pavot un sirop connu sous le nom de sirop diacode, de 8ià, avec, et xûoiov, tète de pavot. C'est donc par erreur que beaucoup de médecins écrivent sirop de diacode (sirop de pavots blancs) que le Codex formule ainsi:
Extrait hydro-alcoolique
de pavots, 16 gram. (4 gros).
Eau pure. 125 (4 onces).
Sirop simple, 1500 (3 livr.j.
Faites dissoudre l'extrait dans l'eau, filtrez la dissolution, ajoutez-la au sirop bouillant, et faites cuire en consistance de sirop.
30 grammes (1 once) de sirop de pavots contiennent 3 décigrammes (G grains) d'extrait.
Nous avons vu les diverses variétés des ' Opiums, qui sont entre eux, par rapport à la richesse en morphine, comme 1 est à 2, et quelquefois à 4. La même différence
existe nécessairement entre les capsules ; et, comme le Codex indique les capsules du pavot somnifère, sans autre désienation, pour la préparation de l'extrait alcoolique destiné à servir de base au sirop diacode, il en résulte que le choix du pharmacien est abandonné aux convenances locales. Lors même qu'il serait circonscrit entre les deux variétés de pavots blancs qu'il trouve dans le commerce, il serait exposé à préparer des sirops qui pourraient être deux fois plus actifs les uns que les autres, suivant qu'il aurait eu recours à la variété longue ou à la variété ronde.
Une pareille préparation doit être nécessairement infidèle et quelquefois dangereuse. On doit donc remplir la lacune qui existe dans le Codex, et dont on n'a pu sentir l'importance lors de sa rédaction, en indiquant quelle est la variété qui doit servir exclusivement pour la préparation du sirop diacode, et, mieux encore, lui préférer le sirop d'Opium préparé d'après la modification que nous avons indiquée.
Les capsules de pavots contiennent de la morphine et jouissent des mêmes propriétés que l'Opium.
Elles sont aussi employées avec beaucoup de succès en lavement, d'après la formule suivante :
Têtes de pavot, 20 grammes (5 gros).
Eau bouillante, 500 (1 livre).
Ouvrez les têtes de pavot, rejetez les semences, et divisez le péricarpe en petites parties, versez dessus 1 eau bouillante, laissez infuser pendant deux heures, et passez.
On délaye dans ce lavement 16 grammes d'amidon en poudre, et l'on a le lavement de pavots et d'amidon très-employé dans les hôpitaux.
Les semences du pavot somnifère ne renferment pas les principes de l'Opium, et fournissent une huile grasse de bonne qualité connue sons le. nom d'huile d'oeillette (olivetto ou olietto, petite huile) et d'huile blanche.
P. r/M5as(coquelieot, pavot rouge), plante annuelle fort commune dans nos moissons, à de grandes fleurs d'un beau rouge (ce qui l'a fait comparer à la couleur de la crête de coq, d'où coquelicot; Mérat etDelens). Cette fleur a une odeur faiblement vireuse et une saveur légèrement amère. Elle doit être séchée, pour l'usage médical, dans un grenier très-chaud ou dans une étuve. Après son entière dessiccation, on la crible pour en séparer les étamines et les œufs d'insectes, et on la renferme dans un endroit bien sec.
La tisane et le sirop de coquelicot sont d'un usage assez fréquent en thérapeutique.
Les fleurs de coquelicot sont placées avec celles de la mauve, de la guimauve et de la violette au nombre des espèces pectorales ; mais on y ajoute souvent le tussilage et le pied-de-chat, et le mélange porte alors le nom de mille-fleurs, ou fleurs pectorales.
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C'est ce que l'on connaît vulgairement sous le nom de quatre fleurs.
Le papaver dubium et le papaver argemone jouissent exactement des mêmes propriétés que le P. rhxas.
Leurs capsules contiennent une trèspetite quantité d'Opium, et ont par conséquent des propriétés beaucoup moins actives que le P. orientale et le P. somniferum.
Le genre chélidoine (chelidonium) a été jusqu'ici trop peu employé; ses applications thérapeutiques ne sont pas encore assez nombreuses pour que nous puissions en faire l'histoire.
Nous dirons seulement que le suc pro pre de ces plantes doit ses qualités acres à des alcaloïdes analogues à la thébaine, par exemple.
THÉRAPEUTIQUE
Parmi les médicaments que possède la matière médicale, l'Opium est l'un de ceux dont l'utilité, dont la nécessité est le moins contestée, et l'on peut dire de cette substance, comme de quelques autres, en très-petit nombre, le mercure, le quinquina, la belladone, le fer, etc., que sans elle la médecine serait impossible.
L'Opium était connu d'Hippocrate, qui ne L'a peut-être jamais employé, car le père de la médecine a certainement désigné une euphorbe et non le pavot sous le nom de pfawv. Les vertus hypnotiques du pavot n'étaient pourtant pas ignorées de l'antiquité, et les attributs que l'on donne à Morphée en sont la preuve évidente. Il est même extraordinaire que cet important agent ait eu tant de difficulté à prendre dans la matière médicale le rang qu'il y occupe aujourd'hui , lorsque le hasard tout seul devait mettre sur la voie de ses propriétés médicamenteuses.
Diagoras, contemporain d'Hippocrate, connaissait l'influence que l'Opium exerçait sur les fonctions cérébro spinales, et c'est pour cette raison qu'd l'avait proscrit. Cependant Sérapion et Héraclide de Tarente ne craignirent pas d'en faire usage quelquefois, mais l'Opium tomba de nouveau dans l'oubli, à l'époque où les médecins grecs vinrent s'établir à Rome et dans l'Italie. C'est à peine si Celse le conseille. Dioscoride et Galien n'en parlent que bien peu, et, après eux, Aétius d'Amide, Alexandre de Tralles et Paul d'Égine n'en font presque jamais mention dans leurs écrits. Néanmoins l'Opium entrait déjà comme un élément dont l'importance n'était pas soupçonnée dans de fameuses préparations officinales, tels que le Mithridate de Damocrate tant vanté par Pline; la Thériaque d'Andromachus, médecin de Néron, que Galien lui-même prépara souvent; la masse deCynoglosse dont Alexandre de Tralles imagina la composition ; mais on peut dire que ce furent les Arabes, Rhazès, Avicennes, Avenzoar, qui placèrent réellement l'Opium au rang qu'il mérite d'occuper.
A une époque plus rapprochée de nous, Théophraste Paracelse et le grand Sydenham rendirent à l'Opium toute l'importance qu'il avait perdue pendant les siècles de barbarie; et de nos jours, la découverte de la morphine dans le suc du pavot a ouvert un champ encore plus vaste aux applications thérapeutiques de l'Opium.
MEDICAMENTS STUPÉFIANTS
Action -physiologique de V Opium.
Dans les derniers siècles et dans le nôtre, des expériences nombreuses ont été faites dans le but de constater les propriétés toxiques et médicamenteuses de l'Opium. Mais ces expériences n'ont pas été assez rigoureuses pour qu'on pût en tirer des inductions bien précises, et nous avons cru qu'il était nécessaire de les renouveler, non plus sur les animaux , car on ne pouvait rien en conclure de bien utile, mais sur l'homme lui-même, et les occasions se présentaient si souvent de donner l'Opium ou ses préparations, qu'il nous a été possible de rassembler en peu de temps un grand nombre de faits dont l'analyse nous a conduits à des résultats assez concluants. Les préparations d'Opium avec lesquelles nos expériences ont été faites, étaient l'extrait aqueux et les sels de morphine. Nous avons d'abord constaté qu'il n'y avait aucune différence d'action, en tenant compte des doses proportionnelles, entre l'Opium, ses préparations diverses et les sels de morphine. Alors choisissant les sels de morphine exclusivement, nous les avons administrés soit par la bouche, soit sur le derme dénudé, soit par lavements.
Des auteurs qui ont écrit sur l'action de l'Opium et de ses principes immédiats n'ont consUité, pendant l'usage prolongé de ces agents, que la continuation des effets primitifs avec des variations d'intensité. Une étude attentive n'a pas tardé à nous convaincre que ces effets, observés à des jours différents, se distinguaient par leur siège, leur nature, leur coordination; qu'en un mot on pouvait reconnaître,, dans la médication par les narcotiques, des périodes, comme on le fait dans la plupart des maladies: il nous a paru également qu'au milieu des variétés nombreuses que présentent ces phénomènes, il était possible d'apercevoir les relations qu'elles ont entre elles, soit dans un même appareil, soit dans des appareils différents ; qu'indépendamment des phénomènes communs déterminés par les sels de morphine et par l'Opium introduits dans les intestins, ou appliqués sur le derme dénudé, il y avait encore des phénomènes qui appartenaient spécialement à l'une ou à l'autre de ces méthodes. Guidés par ces premiers aperçus, nous avons été conduits à des observations: 1" sur la marche progressive des phénomènes qui se développent dans le cours de la médication narcotique; 2° sur les relations que présentent les variétés de ces phénomènes; 3" sur les modifications spéciales correspondants aux différents modes d'administration. Nous examinerons chaque phénomène sous ces trois points de vue, en les considérant toutefois dans leurs rapports avec les doses du médicament, les sexes, les tempéraments, la nature des maladies; et, après les avoir étudiés successivement par appareils , nous chercherons à résoudre quelques problèmes généraux sur le mode d'action de l'Opium.
Modifications de l'appareil digestif. L'augmentation de la soif est l'un
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des phénomènes qu'on observe le plus constamment à la suite de l'administration des opiacés; 2 centigrammes et demi (un demi-grain) ou 5 centigrammes (1 grain), de sulfate et d'hydrochlorate de morphine, placés sur le derme dénudé, suffisent pour la développer un quart d'heure, ou tout au moins quelques heures après leur application; mais elle suit d'une manière moins sûre et moins rapide l'administration interne de ce médicament : la sécheresse de la bouche et de la gorge accompagne toujours la soif, et quelquefois même il existe en même temps de la gêne dans la déglutition. Il est des cas, très-rares à la vérité, où la soif diminue et où la salivation devient très-abondante; nous n'avons observé ce phénomène qu'à la suite de l'administration externe des sels de morphine, bien que souvent nous les ayons donnés intérieurement jusqu'à la dose de 20, 25 et 40 centigrammes (4, 5 et 8 grains) par jour. Il est à remarquer que, dans ces circonstances, la déglutition a toujours été facile, et que la diminution dans la sécrétion de la salive avait précédé le ptyalisme. Les malades soumis à l'influence de la morphine n'ont jamais éprouvé l'amertume de la bouche, tandis que tous ceux à qui l'on a donné de la belladone ou du datura stramonium à dose suffisante pour produire des effets appréciables, se sont plaints de ce phénomène comme du plus incommode qu'ils eussent éprouvé. Il est à remarquer que ces derniers n'avaient point de vomissements et que les premiers en étaient très-fatigués; il n'y a donc point eu de rapport entre l'amertume de la bouche et les vomissements, et l'on ne doit point, comme l'a dit M. Bally, considérer l'une comme l'avant-coureur des autres.
Tant que le malade est sous l'influence de la morphine, tant qu'il éprouve de la somnolence et cet état de malaise qui précède les vomissements, il a du dégoût pour toute espèce de nourriture; lorsque les phénomènes encéphaliques sont dissipés, ce dégoût peut se prolonger; mais souvent l'appétit revient avec la même force, et l'on est étonné d'entendre des malades qui absorbent chaque matin 10 centigrammes (2 grains) d'hydrochlorate de morphine demander l'augmentation de la quantité des aliments que l'on avait déjà accordés à leurs instances.
Il en est de la digestion stomacale comme de l'appétit : les fonctions de l'estomac se font mal pendant l'action de la morphine : aussi doit-on se garder de panser les vésicatoires deux heures avant ou après le repas; toutes les fois qu'on oublie ce précepte, on s'expose à provoquer des vomissements, même après l'application de 2 centigrammes et demi (un demi-grain) de sel narcotique. Nous n'avons point établi le rapport qui existe entre le nombre de fois où la soif, la salivation, la perte d'appétit, etc., ont été observées, et le nombre des malades sur lesquels nous avons employé les préparations de morphine : pour que des résultats de ce genre pussent être obtenus, il faudrait interroger chaque jour sur les symptômes les plus indifférents et passer en revue une série de trente à quarante phénomènes; l'attention , dans une grande visite d'hôpital , ne peut se porter constamment que sur les plus remarquables : ce sont aussi les seuls dont l'existence
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ou l'absence se trouvent indiquées dans toutes nos observations. De ce nombre sont les vomissements.
Les vomissements ont eu lieu chez plus des deux tiers de nos malades, mais avec des différences bien remarquables, suivant le mode d'administration, le sexe, le tempérament, la nature delà maladie.
En général , lorsque les sels de morphine ont été mis sur le derme dénudé, les vomissements ont eu lieu pendant les deux ou trois premiers jours de l'application, lors même que la dose ne dépassait pas 5 centigrammes (1 grain) ; plus tard, les nausées ont seules existé, et au cinquième, sixième jour de la médication, une dose triple ou quadruple de celle qu'on avait employée au début ne pouvait déterminer de vomissements.
Dans l'administration des sels de morphine par la méthode interne, nous avons observé un ordre tout à fait inverse, c'est-à-dire que les vomissements ne paraissaient qu'au deuxième et même au quatrième jour de la médication, et se prolongeaient ensuite pendant toute sa durée; et ne croyez point que l'on eût commencé par des doses faibles et qu'on eût la précaution d'augmenter par i centigramme (1/5 de grain); on commençait souvent par 5 à 10 centigrammes (1 et 2 grains) d'acétate de morphine pour doubler le lendemain; de telle sorte que les malades ont pris 15 à 20 centigrammes (3 ou A grains) d'acétate de morphine les deux premiers jours, et que d'autres sont allés jusqu'à 25 centigrammes (5 grains) dans le même espace de temps, sans avoir de vomissements. Du reste, l'ordre que nous indiquons dans la succession des phénomènes a éprouvé quelques modifications. C'est ainsi que nous avons observé des vomissements dès le premier jour, ou 5 centigrammes (1 grain) d'acétate de morphine furent pris à l'intérieur, sur trois femmes sèches et nerveuses, dont une avait une névralgie sciatique, et les deux autres des douleurs ostéocopes. L'observation reste vraie toutefois pour les hommes, et même pour les femmes affectées de rhumatismes, et c'est dans des maladies de ce genre que nous avons fait presque toutes nos observations.
Indépendamment des faits dont nous venons d'indiquer les résultats, plusieurs autres démontrent quelles modifications remarquables le sexe apporte dans la susceptibilité à ressentir les effets narcotiques.
Sur vingt-deux hommes qui, pendant deux ou trois jours dans les salles de l'Hôtel-Dieu, ont absorbé par la peau 5 centigrammes (1 grain) au moins d' hydrochlorate de morphine, et chez qui le médicament a été continué à plus forte dose quelquefois plus d'une semaine, huit ont eu des vomissements : sur vingt femmes placées dans les mêmes circonstances, nous avons observé dix-huit fois ce phénomène, c'est-à-dire que chez les hommes l'existence des vomissements a été à l'absence de ce symptôme comme 8 à 14, et chez les femmes comme 18 à 2, ou en d'autres termes, on les a observés chez les femmes trois fois plus souvent que chez les hommes.
En employant le sulfate de morphine à l'intérieur à peu près à la même
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dose qu'à l'extérieur, c'est-à-dire en commençant par 5 centigrammes (1 grain) et allant jusqu'à 45 et 20 centigrammes (3 et 4 grains) par jour, nous avons déterminé des vomissements chez des hommes quatre fois seulement sur dix, et chez les femmes six fois sur dix. La différence de susceptibilité qu'ont les individus de différents sexes à ressentir les effets de la morphine s'observe donc à la suite de l'administration interne ou externe de ce médicament. Ces faits bien constatés , si l'on remarque que tous les hommes soumis à nos observations étaient des ouvriers vigoureux, et que les femmes avaient la plupart cette susceptibilité nerveuse si commune dans les grandes villes, même dans la classe pauvre, on verra que les individus doués du tempérament sanguin sont ceux chez lesquels les sels de morphine produisent les vomissements avec plus de difficulté; si l'on considère ensuite que les deux femmes qui n'avaient pas vomi, malgré des doses réitérées, étaient des femmes lymphatiques et portant des traces scrofuleuses ; que les femmes nerveuses ou ayant des névralgies ont été celles chez qui les vomissements ont été les plus fréquents , on n'hésitera pas à croire que le sexe féminin , le tempérament nerveux, ont une influence sur les effets de la morphine et prédisposent aux vomissements. Il y a loin de ces idées à celle des auteurs qui ont considéré le tempérament sanguin comme augmentant les effets de l'Opium.
Les envies de vomir avec l'état de malaise, de dégoût qui les accompagne toujours, sont un phénomène beaucoup plus constant que les vomissements: sur trente-deux cas, nous ne l'avons vu manquer que trois fois chez les hommes, et sur trente, qu'une fois chez les femmes. Il est inutile de dire que les vomissements n'ont jamais eu lieu chez ceux qui n'ont pas eu des envies de vomir. Les remarques que nous avons faites sur les vomissements, par rapport aux doses et aux époques de la médication , s'appliquent donc aux envies de vomir, et l'on peut établir ainsi d'une manière générale que 5 centigrammes (4 grain) d'hydrochlorate de morphine appliquée sur le derme avec augmentation progressive de 2 centigrammes et demi (un demi-grain) chaque jour, détermineront le premier jour, nausées, vomissements, le second jour, mêmes phénomènes; le troisième ou le quatrième, nausées ; le cinquième ou le sixième, absence de nausées et de vomissements; et qu'avec des quantités égales données à l'intérieur, la progression sera inverse, les nausées et les vomissements manquant au début, et pouvant se prolonger jusqu'à la cessation complète de la médication.
Nous avons indiqué déjà les doses considérables de morphine dont nous nous étions servis, et nous n'avons pas déterminé cette prompte révolte de l'estomac, que M. Bally annonce devoir être la suite de l'administration delà morphine à la dose d'un centigramme (à peu près un quart de grain) augmentée chaque jour d'une égale quantité. Une seule fois il nous a été impossible de dépasser 2 centigrammes et demi (un demi-grain) : c'était chez une femme extrêmement nerveuse, sèche, grêle, ayant eu pendant H. , 2
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longtemps des attaques d'hystérie, et ressentant, à l'époque où elle prenait la morphine, des contractions involontaires dans les membres; cette femme réunissait l'ensemble de la constitution que nous avons fait connaître plus haut comme prédisposant aux vomissements. Il est, au reste, difficile d'établir d'une manière rigoureuse l'influence relative de chacun des éléments modificateurs, tels que le mode d'administration, l'époque de la médication, le sexe, le tempérament, la nature de la maladie; il faudrait pour cela avoir tenté des expériences comparatives, avec la facilité de faire varier un seul agent à la fois. Par là , on pourrait rigoureusement apprécier la cause de la différence qui existe entre une expérience et une autre; mais en thérapeutique on ne peut, comme dans les sciences physiques, suivre une semblable méthode, plusieurs conditions varient simultanément, et l'esprit fixe d'une manière plus ou moins arbitraire la part de chacune d'elles; on ne peut guère démontrer que l'existence de tel ou tel modificateur sans préciser le point où commence son influence et celui où elle finit.
Nous ne terminerons pas ces observations sur les vomissements sans faire remarquer que jamais ils ne nous ont paru accompagnés de symptômes de gastrite; jamais de douleurs notables d'estomac ne se sont fait sentir; jamais la langue n'a éprouvé de modification remarquable.
La partie inférieure de l'appareil digestif n'est pas modifiée d'une manière moins puissante que la partie supérieure; la constipation ou la diarrhée sont un des effets constants de l'emploi des sels de morphine; mais ces deux effets reconnaissent des causes qui nous paraissent dépendre surtout de la différence du mode d'administration , la constipation a toujours existé à la suite de l'administration externe , et la diarrhée n'a été produite par la morphine que lorsque celle-ci a été prise à l'intérieur à la dose de 10 à 40 centigrammes (2 à 8 grains), et après un usage de trois ou quatre jours au moins. Dans ces cas, au reste, la diarrhée était toujours précédée de la constipation, comme, dans un catarrhe pulmonaire, la sécheresse de la membrane muqueuse s'observe souvent avant qu'il survienne une expectoration plus ou moins abondante. Remarquez, au reste, l'analogie de ce phénomène, en apparence singulier, avec l'état des fluides de la bouche, qui tantôt sont supprimés et tantôt sont en excès. Nous pouvons citer éncore plusieurs exemples de ce genre, sur l'ensemble desquels nous reviendrons.
Les modifications les plus remarquables que les sels de morphine produisent dans le tube digestif sont donc la soif, la perte d'appétit, la difficulté dans les digestions, les envies de vomir, les vomissements , la constipation ou la diarrhée. Le rapport qui existe entre ces divers phénomènes est important à étudier; la soif, la perte d'appétit, les difficultés des digestions, la rareté des selles : voilà un ensemble de symptômes qui peut exister sans nausées, sans vomissements; les envies de vomir supposent tous les phénomènes antécédents, comme les vomissements supposent les envies de vomir, et par suite toute la série des symptômes indiqués.
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Nous avons cru d'abord qu'entre les vomissements et la constipation il y avait un rapport déterminé, l'existence du premier entraînant celle du second; mais des observations nombreuses nous ont démontré que ce rapport était loin d'être constant, et que lorsque, par l'usage prolongé de l'Opium, la diarrhée s'établissait, les vomissements n'en continuaient pas moins.
Modifications dans les appareils des sécrétions. En même temps que les glandes et les follicules du tube digestif sont modifiés d'une manière notable par les sels de morphine , les autres organes sécréteurs exhalants ressentent des effets que nous devons étudier tout à la fois d'une manière absolue et relative.
La quantité de l'urine peut être augmentée ou diminuée : la diminution se remarque plus souvent que l'augmentation ; mais l'une et l'autre exigent, pour se développer, que les sels de morphine aient été employés au moins pendant deux jours à la dose de 5 à 10 centigrammes (1 ou 2 grains). Il est des cas où, dès le premier jour, 5 centigrammes (un seul grain) de sel de morphine suffisent pour donner naissance à ces phénomènes. L'augmentation de la quantité d'urine est plus fréquente à la suite de l'administration interne des sels de morphine que lorsque ceux-ci sont placés sur le derme dénudé ; chez les hommes, nous l'avons observée dans le cinquième des cas où l'usage des sels narcotiques a été continué intérieurement pendant quelques jours. La diminution de la quantité de l'urine a été beaucoup plus fréquente que son augmentation, et nous avons lieu de nous étonner que l'auteur d'un mémoire académique sur les effets des sels de morphine ait nié leur influence sur la sécrétion urinaire. Il a mieux apprécié celle qu'ils exercent sur l'excrétion de ce fluide, en indiquant la difficulté qu'un grand nombre de malades éprouvent à uriner. Cependant, sous ce point de vue, nos observations sont encore peu d'accord avec les siennes, car nous avons observé plusieurs fois cette difficulté chez des femmes, dont l'excrétion de l'urine n'est point, dit-il, rendue plus difficile par l'usage des sels de morphine ; nous avons cherché si cette dissidence pouvait dépendre de l'usage fréquent que nous avons fait de la méthode endermique, mais, en relisant nos observations, en répétant nos expériences, nous avons noté la difficulté de l'excrétion urinaire, même chez des femmes soumises depuis peu de jours à l'usage des préparations de morphine : il est vrai toutefois que les modifications des organes uri~ naires ont été plus constantes et plus notables chez les hommes que chez les femmes.
Le rapport qu'ont entre elles la sécrétion de l'urine et son excrétion peut éclairer sur la cause qui modifie cette dernière. Dans le plus grand nombre des cas, les malades, après avoir fait des efforts impuissants et prolongés, ne rendent qu'une très-petite quantité d'urine; et dans cinq cas, où nous avons été obligés de sonder les malades, hommes ou femmes, nous n'avons retiré que 180 à 300 grammes (6 à 10 onces) de liquide, quoique les malades n'eussent point uriné depuis un jour ou deux. Il est
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des cas, rares à la vérité, où les efforts pour uriner étaient suivis d'une excrétion très-abondante de liquide, sans que toutefois le regorgement ait jamais été observé.
A quelle cause maintenant rapporterons-nous cette difficulté dans l'excrétion de l'urine? Devons-nous l'attribuer au gonflement de la prostate? Mais cette glande n'existe pas chez la femme , et nous avons vu que les effets de la morphine étaient les mêmes dans les deux sexes , à peu de chose près. A la paralysie de la vessie? Mais les fibres musculaires du réservoir de l'urine ne perdent jamais leur contractilité sans que tôt ou tard l'issue du liquide ne se fasse par regorgement. A la moindre quantité de l'urine sécrétée? Mais cette diminution n'est pas constante.
N'en serait-il pas de la vessie comme de la bouche? En effet, lorsque, par suite de l'action de la morphine, les fluides qui humectent la cavité buccale et pharyngienne cessent d'être versés à la surface de la membrane muqueuse, la déglutition devient fort difficile; or le mucus qui revêt la membrane interne de la vessie doit être un agent de lubrifaction, et s'il vient à être tari , comme l'analogie et quelques observations directes tendent à le faire croire , il doit arriver que l'urine traverse moins aisément le col de la vessie, et que, par conséquent, l'excrétion soit rendue plus difficile.
Quoi qu'il en soit de cette explication , il n'en est pas moins très-probable que la diminution dans la contractilité de la vessie joue, dans cette circonstance, un rôle qui n'est pas sans importance.
Nous pourrions dès à présent chercher quelles coïncidences existent entre les modifications indiquées dans l'appareil digestif et celles que nous venons de signaler dans l'appareil urinaire; mais, pour généraliser davantage nos observations, nous préférons parler d'abord de l'état de la peau.
Une ou deux heures après que la morphine a été appliquée sur le derme dénudé, la sueur ruisselle quelquefois sur toute la surface de la peau; mais les premières parties où elle se manifeste sont ordinairement les membres sur lesquels les sels narcotiques ont été appliqués, et de là elle s'étend , de proche en proche, sur les autres parties du corps : une fois établie, elle dure ordinairement vingt-quatre heures; la chaleur de la peau est augmentée, et la face est plus ou moins colorée. La sueur se montre moins promptement, mais tout aussi constamment à la suite de l'administration intérieure; et sous ce point de vue nos observations sont d'une telle identité que nous avons lieu de nous étonner qu'on n'ait pas insisté davantage suï ce phénomène. Aussi, toutes les fois que nous voulons produire un effet sudorifique, c'est à la morphine que nous croyons devoir recourir. Deux cas cependant s'éloignent de ceux que nous venons d'indiquer : dans l'un, la sueur ne parut point : c'était chez une jeune fille narcotisée cependant d'une manière bien remarquable; et dans l'autre la sueur fut diminuée : le malade était affecté de rhumatisme.
Il est à remarquer que très-rarement les hommes ont été forcés de changer de linge durant la nuit, tandis que les femmes le faisaient ordi-
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nairement trois ou quatre fois dans le même espace de temps. En rapprochant cette observation de celles que nous avons faites plus haut sur la sécrétion urinaire, on voit que la peau chez les femmes, les reins chez les hommes, sont relativement plus fortement influencés; du reste, les sécrétions cutanées et urinaires se font constamment en sens inverse. Chez ceux dont les urines ont été très-abondantes, les sueurs l'ont été peu et réciproquement. Le malade dont la respiration fut diminuée par l'application des sels de morphine urinait souvent et rendait chaque fois près de 500 grammes (1 livre) de liquide.
La peau des malades traités par les sels de morphine est aussi le siège de démangeaisons plus ou moins incommodes. Les démangeaisons commencent ordinairement dans le membre sur lequel on fait l'application extérieure du sel do morphine, et se propagent au reste du corps, comme nous l'avons indiqué pour les sueurs. Quelquefois c'est par les paupières, le nez, le dos et les lombes, que débutent ces démangeaisons; tantôt elles restent bornées à ces parties, mais, le plus ordinairement elles s'étendent à tout le corps, et restent plus vives dans les parties où elles ont commencé. Aussi, quelques heures après l'application de 1 grain ou 2 (5 à 10 centigrammes) de sel de morphine, voit-on les malades se frotter les yeux et le nez, s'agiter dans leur lit, frotter les parties postérieures de leur tronc, et même se gratter les pieds et les mains comme s'ils avaient la gale. Le prurit qu'ils éprouvent est quelquefois si grand qu'ils ne peuvent goûter un instant de repos. Ces deux phénomènes, les sueurs et les démangeaisons, s'observent le plus souvent réunis; ils peuvent cependant exister isolés , surtout au début de la médication. C'est ainsi que, chez quatre malades affectés de rhumatisme, et traités par l'application extérieure de l'hydrochlorate de morphine à une dose moindre que celle de 5 centigrammes (1 grain), nous avons vu les sueurs abondantes pendant trois jours, sans que les démangeaisons se soient manifestées. Nous avons observé des phénomènes à peu près inverses, c'est-à-dire des démangeaisons très- incommodes avec très-peu de sueur, chez un homme très-vigoureux qui avait eu 10 centigrammes (2 grains) d'hydrochlorate de morphine sur des vésicatoires ; enfin, chez plusieurs malades, nous avons vu une sueur très-forte découler du front , tandis qu'une démangeaison trèsincommode existait au nez et aux paupières qui n'étaient pas même humides de transpiration.
Les démangeaisons sont-elles la conséquence des éruptions diverses qui se développent sous l'influence des sels de morphine? C'est ce que l'on ne peut admettre, puisque souvent le prurit existe sans éruption d'aucune espèce. Les éruptions que l'on peut toujours rapporter à ces trois classes, 'prurigo, urticaire, exanthème, eczéma, sont toujours accompagnées de démangeaisons; elles se développent surtout à la face et autour des vésicatoires recouverts de sel de morphine, et doivent être considérées comme des symptômes consécutifs aux sueurs et aux démangeaisons, dont l'ap parition est beaucoup plus prompte.
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Des phénomènes analogues à ceux que nous venons de décrire s'observent, quoique moins souvent, à la suite de l'administration interne des sels de morphine; ils apparaissent, en général, plus lentement et sont portés à un moins haut degré* La peau , chez les femmes , est plus vivement influencée que chez les hommes, ce qui s'explique aisément par la plus grande délicatesse du système dermoïde; mais par contre, nous n'avons jamais observé que deux fois chez les femmes la supersécrétion de l'urine , et elles nous ont paru aussi plus disposées à la constipation.
On voit, d'après les faits que nous venons de faire connaître, quelles modifications les sels de morphine impriment à la plupart des sécrétions. Cette influence ne peut donc être résumée, comme l'ont fait quelques auteurs, par cette formule : augmentation de l'exhalation cutanée, diminution des sécrétions internes. Ce cas est bien, il est vrai, le plus ordinaire, mais des phénomènes inverses peuvent être observés, comme nous en avons indiqué des exemples. En général, toute sécrétion qui a été modifiée en plus a pu l'être en moins, et réciproquement; mais l'ordre suivant lequel ces deux modifications se sont succédé n'a point été variable; l'époque à laquelle elles se sont montrées a eu toujours quelque chose de constant : c'est ainsi que les supersécrétions ont toujours été précédées d'un état inverse, et ne sont revenues qu'aune époque plus ou moins avancée de la médication. Nous ne parlons ici que des sécrétions dont le produit s'écoule au dehors et dont on peut apprécier l'état avant et après l'emploi des moyens qui les modifient. Remarquez qu'avec la diminution de sécrétion a toujours coïncidé la gêne dans le mouvement des liquides qui doivent parcourir les voies que lubrifie la sécrétion diminuée; la gêne de la déglutition n'a jamais existé avec la supersécrétion de l'urine, ce fait n'est pas en contradiction avec le précédent. L'urine, en effet, n'est pas l'agent de lubrifaction de la vessie, et le mucus est seul destiné à cette fonction ; l'urine dans ce cas est donc pour la vessie ce que sont les boissons pour la cavité buccale.
Modifications de V appareil génital. L'exhalation menstruelle a été quelquefois modifiée. Chez huit femmes, parmi celles que nous avons traitées à l'Hôtel-Dieu, les règles sont devenues plus abondantes, ou bien elles ont paru plus tôt qu'à l'ordinaire ; et même , lorsqu'elles avaient cessé depuis quelque temps, elles se sont rétablies pendant l'usage des sels de morphine. Nous citerons surtout une femme hydropique, chez laquelle elles reparurent trois mois après leur suppression : la dose d'acétate de morphine était continuée depuis sept ou huit jours à une dose moyenne de 20 centigrammes (4 grains) par jour. Chez cette femme toutes les sécrétions de la peau, du tube intestinal, des voies urinaires, étaient augmentées. Il fallait changer son linge de corps trois ou quatre fois dans la nuit, tant était abondante la transpiration; elle allait par jour six ou sept fois à la selle, urinant souvent et en grande quantité : et elle eût paru se soustraire à la loi de compensation entre les fluides exhalés, si
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l'exhalation des séreuses n'eût diminué proportionnellement , et si la salivation n'eût été beaucoup moins abondante qu'avant l'emploi des narcotiques.
Modification de l'appareil de la circulation. Plusieurs des fonctions que nous avons examinées jusqu'ici peuvent être modifiées sans que la circulation et la respiration le soient en même temps , mais il n'en est pas de même des sueurs, qui s'accompagnent toujours de chaleur, d'une coloration plus vive de la peau, de l'accélération du pouls et de la fréquence plus grande des mouvements de la respiration. Aussi est-il évident pour nous que les organes respiratoires et circulatoires ne sont pas, plus que les autres appareils organiques, étrangers aux modifications puissantes que déterminent les sels de morphine. Or toutes nos observations déposent dans le même sens , et nous avons été fort étonnés en lisant dans le mémoire de M. Bally que les sels de morphine n'influent point sur les battements du pouls et sur le caractère des inspirations, que tout au plus ils peuvent leur imprimer une légère diminution; or il nous paraissait difficile de concilier ce ralentissement avec les sueurs brûlantes dont nous avons parlé, avec ces colorations animées de la face. M. Bally, qui avait bien aperçu cette contradiction, la fait disparaître, en niant l'existence des phénomènes les plus tranchés peut-être, savoir l'abondance des sueurs et la chaleur de la peau.
Modifications de l'appareil nerveux de la vie de relation. Nous arrivons à l'ensemble des phénomènes encéphaliques déterminés par l'administration des sels de morphine. L'attention des observateurs s'étant portée d'une manière plu6 spéciale sur cet ordre de phénomènes que sur ceux que nous venons d'examiner, nous n'avons que peu de chose à ajouter à ce qu'ils ont fait connaître ; aussi nous n'insisterons point sur le trouble de la vision, les tintements d'oreille, les douleurs et la pesanteur de la tête, la faiblesse des muscles, etc. Nous n'examinerons avec quelques détails que ce qui concerne l'état des pupilles, l'intelligence et le sommeil.
Nous avons toujours trouvé, à une seule exception près, les pupilles • resserrées, et ce resserrement coïncidait toujours, lorsqu'il était trèsmarqué, avec les vomissements, la tendance au sommeil, etc.; en un mot, nous avons toujours remarqué un rapport exact entre le resserrement des pupilles et les phénomènes de narcotisme. Ces faits, parfaitement en rapport avec ceux que M. Bally a fait connaître, s'accordent également avec la description générale qu'Orfila a donnée des symptômes du narcotisme causé par l'Opium.
En même temps que les pupilles sont resserrées, les paupières s'abaissent sur le globe oculaire; elles ont une teinte légèrement violacée, qui se répand dans le sillon qui part de leur angle interne. Ces modifications, jointes à l'air d'abattement et de faiblesse répandu sur toute la face, rendent facile à reconnaître l'influence de l'Opium, porté à une dose un peu considérable. Quelque nombreuses qu'aient été nos observations sur les sels de morphine, quelque élevées qu'aient été les doses auxquelles ils ont été
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donnés, nous n'avons observé qu'une fois du délire violent, des cris; ce qui, joint au resserrement des pupilles, établit une différence bien tranchée entre les effets des préparations d'Opium et ceux de la jusquiame, du datura et de la belladone. Nous reviendrons plus tard sur cette différence.
Le sommeil produit par les sels de morphine peut être calme, lorsque la dose est faible et que le malade ne ressent aucune autre influence narcotique; mais lorsqu'en même temps il y a des envies de vomir, des démangeaisons, du resserrement des pupilles, le malade est assoupi, il ne se réveille que pour s'endormir un instant après ; mais ce sommeil est de courte durée et presque toujours interrompu par quelques rêves pénibles. Cet état se prolonge tant que l'on ne discontinue point l'usages des sels de morphine et qu'on augmente chaque jour la dose; mais lorsqu'on cesse cette médication après un emploi de quelques jours, l'insomnie la plus rebelle fatigue le malade, qui, pendant plusieurs semaines, peut se trouver dans l'impossibilité de dormir.
Nous n'avons point parlé des cas où le malade, plongé dans le coma, est insensible à la plupart des excitations. Quoique nous ayons porté jusqu'à 30 ou 35 centigrammes (6 ou 7 grains) en vingt-quatre heures les sels de morphine à l'intérieur ou à l'extérieur, nous n'avons jamais déterminé d'accidents aussi graves.
Tels sont les résultats principaux de nos observations sur les effets de ; sels de morphine. Nous pourrons à présent considérer ces effets sous un point de vue plus général, et rechercher les applications qu'on peut faire; de leur connaissance à la thérapeutique.
Les sels de morphine agissent-ils avec plus d'activité placés sur le derme dénudé qu'introduits dans l'estomac? Pour résoudre ce problème, nous avons comparé les individus présentant le plus possible des conditions identiques, et absorbant 5 ou 10 centigrammes (1 grain ou 2) de morphine par la peau ou par l'estomac. Dans le premier cas, la soif, les vomissements, la somnolence, la pesanteur de tête, le trouble de la vision, sont presque instantanés; les malades commencent quelquefois à éprouver de l'ivresse une, deux minutes après l'application du sel de morphine sur le derme dénudé. Dans le second cas, les symptômes restent quelquefois une heure et même deux ou trois heures, avant de se développer complètement, et les vomissements se font attendre ordinairement deux ou trois jours. Ces résultats, quoique étudiés sur des individus différents, démontrent bien que la rapidité de l'absorption est plus grande par la peau que par l'estomac, et ils nous suffiraient pour répondre à la question que nous nous sommes proposée ; mais, pour mieux l'éclairer, nous avons observé des individus soumis successivement à la méthode interne ou externe. Toutes les fois que cette dernière méthode a été substituée à la première, les effets ont été plus puissants si les doses sont restées les mêmes ; et, bien que celles-ci eussent été diminuées d'un quart ou de la moitié, les symptômes ont démontré une action aussi puissante. Ces résultats peuvent dépendre
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de ce que la force d'absorption de la peau est plus grande que celle de l'estomac ou bien de ce que ce dernier organe digère et modifie les sels qui sont introduits dans sa cavité, et alors il en serait de l'estomac comparé à la peau ce qu'il en est du même organe comparé au gros intestin. On sait, en effet, que beaucoup de substances médicamenteuses prises en lavements agissent plus vivement que si on les porte dans l'estomac, lorsque leur séjour est aussi prolongé dans un cas que dans l'autre; il est probable que cette différence dépend moins de la force plus grande d'absorption dans le gros intestin que de l'impossibilité où est cet organe d'altérer, par la digestion, les substances qui sont en rapport avec lui. Quand on considère la rapidité avec laquelle les vomissements se développent à la suite de l'application extérieure des sels de morphine, et le temps qui s'écoule entre l'ingestion de l'Opium dans l'estomac et l'apparition des vomissements, on voit que ceux-ci ne sont point le résultat de l'action directe du médicament sur l'estomac, mais bien de l'influence exercée sur l'encéphale -, aussi trouve-t-on un rapport exact entre les phénomènes encéphaliques, suite de l'administration des sels de morphine, et les vomissements qui leur sont étroitement liés ; aussi les femmes, plus facilement narcotisées, ont-elles des vomissements plus prompts, plus faciles que ks hommes. Mais le même rapport n'existe pas entre les phénomènes nerveux et les modifications des autres appareils ; les urines peuvent être; supprimées ou très-abondantes; les démangeaisons, les sueurs et les éruptions de la peau peuvent être très-marquées, ou ne point apparaître, sans que les fonctions de l'encéphale soient modifiées en même temps et dans le même rapport: c'est que toutes les exhalations, les sécrétions sont sous l'influence du système ganglionnaire et restent indépendantes du système cérébro-spinal, et que l'action des sels de morphine sur chacun de ces systèmes varie sans doute par des circonstances qu'il ne nous est poinl encore donné d'apprécier.
On ne pourrait guère révoquer en doute l'influence des sels de morphine sur les ganglions, et ne pas lui attribuer l'état si remarquable de la sécrétion de la salive, de la bile et de l'urine, la sécheresse des intestins et l'augmentation de l'exhalation de la peau ; phénomènes dont l'ensemble montre qu'il est à peine une sécrétion qui reste dans l'état où elle se trouvait avant la médication.
Parmi les phénomènes que nous venons de décrire, les uns se manifestent dès le jour où les sels de morphine sont employés pour la première fois ; les autres se font attendre plus ou moins longtemps; les premiers sont la soif, les vomissements, le besoin fréquent d'uriner, la difficulté de l'excrétion urinaire, les sueurs, les démangeaisons, la somnolence, la contraction des pupilles, l'air d'abattement et de langueur répandu sur la figure; les seconds, plus rares et plus longs à se manifester, sont la salivation, la suppression des sels ou la diarrhée, la supersécrétion de l'urine, l'apparition des règles, l'insomnie opiniâtre. Ces dernières, quoique méritant d'être notées , sont loin de pouvoir aider dans le diagnostic spécial des
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empoisonnements par les divers narcotiques, soit qu'on les examine isolés, soit qu'ils se combinent dans les rapports que nous avons cherché à faire connaître. Les phénomènes indiqués dans la première série peuvent donc servir seuls de moyens de diagnostic; ils ne manquent jamais, et leur étude nous paraît devoir conduire à une détermination précise des caractères propres à distinguer le narcotisme produit par l'Opium des affections qui peuvent le simuler. Avant d'entrer dans l'examen de ces faits, nous ferons remarquer que le narcotisme, suite de l'emploi des sels de morphine, peut consister seulement dans les symptômes que nous avons décrits, ou bien être porté jusqu'à la perte complète de connaissance. II pourrait être confondu avec celui que détermine l'action des autres substances rangées parmi les narcotiques, tels que la jusquiame, le datura stramonium, la belladone, etc. Or ces médicaments, administrés à haute dose, causent une énorme dilatation des pupilles, les malades sont dans le délire, ils poussent des cris, et l'on est obligé de les attacher pour arrêter leurs mouvements désordonnés ; on ne les voit pas frotter contre les draps les diverses parties du corps, et rarement la transpiration est aussi abondante que lorsque les accidents ont été produits par la morphine. L'ivresse causée par les vins et l'alcool se rapproche un peu du narcotisme produit par les sels de morphine, et souvent il arrive que les malades comparent ce dernier état au premier. Dans l'un et l'autre cas, il y a des vomissements, une sueur abondante, du trouble dans les fonctions cérébrales; mais dans l'ivresse , les vomissements n'ont point le caractère bilieux; ils exhalent, ainsi que l'haleine, une odeur alcoolique qui est caractéristique ; les sueurs ne sont pas compliquées de démangeaisons à la peau ; il y a un délire variable, et l'aspect de la face est celui d'une congestion seulement, et non celui de la langueur et de l'abattement.
Il n'est pas de médicaments dont on ait mieux constaté les effets que ceux de l'Opium : il importait peu de connaître par quels moyens mystérieux il produisait les phénomènes qu'on lui voyait produire, cependant cette recherche a gravement occupé beaucoup d'expérimentateurs. Quelques questions plus utiles ont été soulevées à cette occasion; la plus capitale a été la suivante : « l'Opium agit-il d'abord sur les extrémités nerveuses, et son action est-elle de là transmise au cerveau par les conducteurs nerveux ; ou bien au contraire est-il absorbé et porté par les vaisseaux jusqu'à l'encéphale? » La première opinion eut pour elle la puissante autorité de Boerhaave et de son école. On ne pouvait expliquer par l'absorption la rapidité des effets de l'Opium, et d'ailleurs, en donnant à un animal une pilule d'Opium, il se produisait des phénomènes toxiques fort graves, et la pilule, disait-on, n'avait encore rien perdu de son poids. Whytt est conduit aux mêmes résultats par ses expériences; il arrache le cœur d'une grenouille en même temps qu'il l'empoisonne avec de l'Opium, et il voit la sensibilité s'éteindre aussi vite que si le cœur était entier : au contraire il laisse le cœur, en enlevant le cerveau et la moelle, et les effets
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sont plus lents. Il est vraiment superflu de discuter les singulières expériences de YVhytt, et les conclusions plus singulières encore qu'il en tire; le fait de Boerhaave semble avoir plus de valeur, et cependant il ne prouve rien contre l'opinion de ceux qui défendent l'absorption. Les expériences tentées dans ce siècle ont en effet démontré qu'il suffisait de quelques minutes pour que certaines substances fussent absorbées et pussent être reconnues dans le sang par l'analyse chimique. Quant à l'objection tirée du poids de la pilule, elle n'a réellement rien de solide , car il est tout simple qu'une masse sèche cède à l'absorption une partie des éléments qui la composent, et qu'elle s'imbibe des sucs contenus dans l'estomac de manière à acquérir un poids considérable.
Il est au contraire facile de démontrer que l'Opium se transmet jusqu'aux centres nerveux par le système vasculaire. Monro répétant les mauvaises expériences de Whytt, obtient des résultats complètement opposés; il injecte de l'Opium dans les veines d'un animal, et immédiatement se produisent les mêmes effets que si le poison était mis depuis longtemps en contact avec une autre partie ; et d'ailleurs les expériences sans nombre de Magendie, de Ségalas et de Fodéré, ne permettent pas de croire que l'Opium agisse sur le cerveau autrement que par l'intermédiaire des vaisseaux, excepté dans quelques circonstances que nous indiquerons dans un autre lieu.
Les effets physiologiques de l'Opium peuvent être étudiés sur une grande échelle dans les pays où règne la funeste habitude de manger cette drogue dans un but de jouissance.
Les Thériakis dont parle Pouqueville (Voyage en Morée) commencent par un demi-grain et augmentent progressivement la dose à mesure qu'ils deviennent plus réfractaires. Ils ont soin de ne pas boire après l'avoir prise de peur de se donner de violentes coliques.
Dans le cours de peu d'années ils arrivent à accroître la dose jusqu'à 60 grains et même davantage; leur teint devient alors très-pâle, leur maigreur extrême ; ils tombent dans le marasme et ne vivent guère au delà de trente à trente-six ans, lorsqu'ils ont commencé à l'âge de vingt ans. L'usage de f Opium est pour eux, s'il faut les en croire, la source de félicités surnaturelles. Cependant, vers la fin de leur vie, ces malheureux, au milieu d'un état de torpeur, sont tourmentés par des douleurs atroces et une faim continuelle. Us sont déformés par de nombreuses périostoses, perdent leurs dents et sont agités d'un tremblement continuel.
L'Opium lui-même est devenu impuissant à calmer leurs douleurs et à les tirer, comme autrefois, de l'état d'anéantissement dans lequel ile sont tombés. Longtemps avant d'être morts ils sont des cadavres.
L'Opium n'est pas un poison pour tous les mammifères. M. Lafargue, de Saint-Émilion, a fait des expériences desquelles il résulte que le pavot indigène, loin d'être un poison, est au contraire un aliment pour le lapin domestique. Des lapins nourris avec cette plante pendant plusieurs mois,
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non-seulement n'en ont pas été incommodés , mais ont engraissé comme s'ils avaient été nourris avec toute autre plante.
Dans le but d'accroître la certitude sur la valeur de ses recherches, il a fait dissoudre 20 centigrammes d'acétate de morphine dans 120 grammes d'eau distillée. Il a mélangé cette dissolution à 1 kilogramme de son ; il a présenté cette pâtée à un lapin, qui en deux jours l'a avalée sans en être incommodé.
Outre son résultat physiologique, ce travail a un autre genre d'intérêt : c'est de commander la circonspection en matière toxicologique, et de prévenir les médecins légistes que quand ils devront étudier comparativement l'Opium sur l'homme et les animaux, ils écarteront le lapin, animal si souvent invoqué cependant en pareille circonstance.
Il importe de signaler ici un fait qui a son importance : nous voulons parler de l'antagonisme d'action qui existe entre l'Opium d'une part, et la belladone d'autre part, ou, d'une manière plus générale, entre l'Opium et la plupart des solanées vireuses, propriété singulière qui peut être trèsavantageusement utilisée pour combattre l'intoxication produite par ces diverses substances. Ce fait curieux d'antagonisme, déjà noté par Giacomini, bien constaté depuis par Lindsëy, Cazin , Anderson et Benjamin Bell, vient d'être tout récemment confirmé et très-positivement établi par M. le docteur Béhier. Dans le principe, on avait seulement reconnu la propriété de l'Opium comme antidote de la belladone, mais non l'efficacité de la belladone contre les accidents toxiques produits par l'Opium. Toutefois, la réciprocité d'antagonisme était probable, et l'observation ne devait pas tarder à le démontrer. En effet, aujourd'hui, grâce aux faits publiés par quelques médecins anglais, et grâce surtout aux preuves dé cisives fournies par M. le docteur Béhier, il n'est plus permis de révoquer en doute l'action neutralisante de la belladone contre les phénomènes d'empoisonnement dus à l'Opium et à ses diverses préparations.
De la connaissance des propriétés réciproquement antagonistes entre l'Opium et les solanées vireuses, il résulte que pour obtenir de ces diverses substances tous leurs effets thérapeutiques, il faudra éviter de les administrer concurremment, ainsi qu'on avait assez souvent l'habitude de le faire jusqu'à ce jour; ou bien qu'il conviendra de ne les associer que dans les cas particuliers où l'on aura pour but de mitiger l'action trop énergique de l'une d'elles.
Action thérapeutique de V Opium.
Maladies des centres et des conducteurs nerveux ; insomnie. Les propriétés hypnotiques de l'Opium l'ont fait conseiller dans l'insomnie ; ce médicament est en effet un des plus sûrs moyens de procurer du sommeil; mais le sommeil est ordinairement lourd, agité par des rêves pénibles, troublé par des réveils en sursaut; et d'ailleurs l'usage de l'Opium devient bientôt une cause nouvelle d'insomnie, l'organisme ne pouvant se passer de l'ac -
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tion de cette substance. On se voit alors obligé de recourir à des doses successivement plus considérables ; de là des troubles graves dans les fonctions de la vie animale et de la vie organique, troubles que font aisément pressentir les effets physiologiques de l'Opium.
Pour l'insomnie qui ne parait dépendre d'aucune maladie douloureuse ou fébrile, l'Opium nous semble être un médicament dangereux, et nous lui préférons de beaucoup les antispasmodiques et les tempérants.
Douleur. La douleur est ordinairement soulagée par l'Opium, quelle qu'en soit d'ailleurs la cause, non que le mal lui-même soit toujours calmé, mais bien parce que le cerveau devient moins apte à percevoir la sensation douloureuse : et pourtant l'action de l'Opium est mixte : appliqué localement, il engourdit la sensibilité des nerfs de la partie sans influencer le cerveau ; ici l'action est toute locale : porté dans le torrent de la circulation, il agit d'une part sur le cerveau dont il engourdit la sensibilité, d'autre part sur les parties douloureuses dans lesquelles il est porté avec le sang.
La douleur, et même l'appréhension de la douleur peuvent, chez quelques personnes irritables, donner lieu à des troubles nerveux, et notamment à un tremblement qui a quelque analogie avec celui des ivrognes. Ainsi des opérations bien simples et bien légères peuvent donner lieu à des accidents de ce genre : le cathétérisme est dans ce cas. Dans de telles conjonctures, l'efficacité de l'Opium est incontestable; on doit prescrire ce médicament quelques heures avant l'opération et à des doses modérées, telles pourtant qu'il y ait un peu de tendance au sommeil. L'Opium qui, dans ces circonstances, prévient si heureusement le simple mouvement nerveux dont nous parlons, ne préviendrait-il pas de même l'accès fébrile qui accompagne si fréquemment la présence un peu prolongée des algalies dans la vessie ?
Délire des blessés. A la suite des blessures graves et profondes, à la snite des grandes opérations de la chirurgie, on voit trop souvent les malades être pris presque immédiatement de tremblement et de délire. Ces accidents terribles cèdent quelquefois encore à l'Opium; mais le médicament doit alors être donné à des doses proportionnées à la gravité de l'accident et à la susceptibilité du patient. Dès le début, il faut administrer 5 à 10 centigrammes (1 à 2 grains) d'Opium, et répéter cette dose en l'augmentant beaucoup, s'il le faut, toutes les demi-heures, jusqu'à ce que le sommeil survienne; en un mot, il faut agir comme on le fait dans le traitement de la chorée alcoolique. MM. Padioleau {Gaz. méd., 19 septembre 484-0), Malgaigne [Bulletin de Thérap.,t. XIII, p. 290) et Maclachlan, de Glascow [Gaz. méd., 1837, n° 48), ont pensé que l'inflammation traumatique qui succède aux grandes opérations chirurgicales consiste, pour ainsi dire, en deux élément»: l'élément nerveux, ou la douleur, et la fluxion sanguine. Ils ont pensé qu'en paralysant le premier, ils arriveraient, non pas à prévenir l'apparition de l'autre, ce qui est impossible, mais du moins à la modérer et à lui ôter par conséquent son extrême gravité. Us donnent en
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conséquence l'extrait aqueux d'Opium à doses élevées, 30 à 50 centigrammes (6 à 10 grains), tant que des désordres inflammatoires sont à craindre. Par cette médication, ils simplifient singulièrement la suite des opérations, et évitent l'érysipèle traumatique et l'inflammation diffuse du tissu cellulaire.
Panaris. Est-ce encore en combattant la douleur et l'exaltation nerveuse que M. Pasquier fait avorter les panaris et les phlegmons commençants à l'aide d'irrigations chaudes et fortement laudanisées? C'est ce qu'il est difficile de décider; mais le résultat thérapeutique n'en est pas moins trèsdigne de l'attention des médecins {Bullelin de Thérup.,ï. XIII, p. 228).
Cancers. C'est de la même manière que l'Opium modifie très-heureusement certaines tumeurs du sein, réputées cancéreuses. Le topique de M. ïanchou contre des tumeurs de la mamelle ulcérées ou non ulcérées est le suivant :
Faire digérer pendant vingt-quatre heures et à une température modérée, 24 ou 25 degrés, une certaine dose d'Opium brut en poudre ou en morceaux dans une quantité suffisante d'eau pour en faire une bouillie épaisse.
Couvrir la surface ulcérée de 2 ou 3 millimètres de cette préparation une ou deux fois le jour, selon l'opiniâtreté de la douleur, et placer pardessus un morceau de papier fin et collé ou de taffetas gommé pour empêcher 1 evaporation.
La plupart des névroses ont été traitées par l'Opium : l'hystérie, la chorée, le delirium tremens, le tétanos, l'hydrophobie, l'épilepsie, les convulsions.
Hystérie. Uni aux antispasmodiques, l'Opium est évidemment utile dans l'hystérie : une mixture dans laquelle entrent l'Opium, l'asa fœlida et l'éther, nous a paru convenir à la plupart des phénomènes hystériques. Mais lorsqu'il existe des douleurs aiguës, telles que le clou hystérique, les crampes, etc., etc., l'Opium doit être administré en plus grande proportion, et des topiques opiacés rendront dans cette circonstance de grands services. Bichat conseillait, dans l'hystérie, les injections vaginales avec des préparations d'Opium.
Parmi les médecins de notre époque qui ont le plus préconisé POpium dans l'hystérie, nous citerons M. Gendrin : il a montré surtout que, pour triompher de cette maladie, lorsqu'elle se produit sous forme d'accès trèsrépétés et très-violents, il importe de l'attaquer avec des doses beaucoup plus élevées qu'on ne le fait généralement. Il est d'observation en effet que, dans les affections caractérisées par des convulsions ou par une extrême surexcitation nerveuse, l'organisme manifeste une tolérance des plus remarquables pour les préparations narcotiques, et qu'il réclame en conséquence des doses proportionnées à la nature réfractaire de la névrose et à l'intensité des accidents.
Danse deSaint-Guy. La danse de Saint-Guy ne cède pas toujours facilement aux bains froids par affusion ou par immersion, et aux médications diverses qui la modifient ordinairement. Dans les cas les plus rebelles, nous
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avons d'abord tenté, en désespoir de cause, de hautes doses d'Opium, et nous sommes arrivés quelquefois à des résultats si extraordinaires et si satisfaisants, que nous avons depuis lors traité un grand nombre de chorées par cette méthode. Mais quand la chorée est très-grave, l'Opium doit se donner à des doses considérables, de 5 centigrammes à 1 gramme (1 grain à 20 grains) par jour : à l'Hôtel-Dieu nous avons porté chez une femme la dose de sulfate de morphine jusqu'à 75 centigrammes (15 grains) dans les vingt-quatre heures. En un mot, nous faisons donner 25 milligrammes (1 demi-grain) d'Opium d'heure en heure, jusqu'à ce que les mouvements convulsifs soient notablement calmés, et qu'il y ait commencement d'ivresse ; puis nous entretenons toujours le malade dans le môme état de sédation pendant cinq, six et même huit jours nous nous arrêtons alors pour donner quelques bains et faire reposer le malade. Puis nous recommençons quelques jours après. Il est rare qu'au bout de quinze jours la chorée ne soit pas tellement modifiée, que la nature achève elle-même la guérison en peu de temps. Cette puissante médication occupe, en thérapeutique, le même rang que celle où la Noix vomique est employée. Toutefois elle n'a été employée par nous que dans les formes très-graves. (Voy. 1. 1, art.' Noix vomique.)
Chorée alcoolique. Dans la chorée alcoolique avec ou sans délire, si improprement nommée delirium tremens, ainsi que dans le délire alcoolique sans tremblement, l'efficacité de l'Opium a été dès longtemps constatée, et nous avouons que c'est par là que nous avons été conduits à administrer l'Opium à hautes doses dans la chorée ordinaire. C'est à Simmons que l'on doit d'avoir osé le premier donner de fortes doses d'Opium dans la chorée alcoolique; Saunders vint ensuite, qui publia de nouveaux faits et fit oublier ceux que Simmons avait fait connaître ; mais c'est surtout Wittcke qui mania le médicament avec une grande énergie, qui fut depuis imitée par Sulton, Delaroche, Guersant, Duméril, Dupuytren, Rayer, Szerlecki, Forget, Stockes et par nous-mêmes.
Dans ce cas, on ne craignait pas de porter l'Opium à une dose trèsélevée; 5 à 15 centigrammes (I à 3 grains) et même davantage étaient donnés toutes les heures, jusqu'à ce que le malade tombât dans un profond sommeil.
L'heureuse influence de l'Opium dans le delirium tremens, semblait être, depuis longtemps, un fait acquis à la science; mais, depuis quelques années, il a été fait, à Philadelphie , des expériences très-nombreuses qui sont bien propres à infirmer cette opinion. On a essayé comparativement, dans le delirium tremens, la simple expectation avec des boissons aqueuses froides, et l'usage de l'Opium à très-hautes doses. Or les résultats ont été bien autres que ceux que nous pouvions prévoir. Chez ceux qui étaient traités par l'Opium, la maladie a duré plus longtemps et a été souvent mortelle. Chez ceux, au contraire, auxquels les boissons aqueuses ont été administrées, la guérison a été plus rapide et la maladie s'est terminée beaucoup plus rarement d'une manière fatale.
MÉDICAMENTS STUPÉFIANTS
Ces résultats inattendus ont été obtenus par d'autres observateurs, et aujourd'hui nous avouons que, dans le traitement du delirium tremens, nous inclinons à adopter la méthode expectante.
Tremblement mercuriel. C'est avec la même méthode que nous avons très-rapidement guéri, à l'Hôtel-Dieu de Paris, quelques chorées mercurielles fort graves. Mais nous avons remarqué que, dans ce cas spécial, le délire succédait quelquefois à notre médication, et persistait pendant quelques jours.
Tétanos. Le tétanos, cette névrose si grave et si ordinairement mortelle, a été toujours combattue avec l'Opium ; mais il faut arriver à une époque assez rapprochée de nous pour voir l'Opium administré dans cette maladie d'une manière vraiment utile : c'est en faisant prendre ce médicament à des doses vraiment effrayantes. Ainsi Monro a vu donner sans accidents toxiques 7 grammes (120 grains) d'Opium dans un même jour : Chalmers plus de 30 grammes (une once) de teinture thébaïque, dans le même espace de temps. Murray parle d'un homme guéri après avoir pris plusieurs jours de suite plus de 600 grammes (20 onces) de laudanum, sans que celte incroyable dose produisit immédiatement ni sommeil, ni résolution du spasme. Gloster parle d'un tétanique qui guérit après avoir pris 100 grammes (3 onces) d'Opium : Littleton fit disparaître le tétanos chez deux enfants de 40 ans, en donnant à l'un 30 grammes (1 once) de laudanum liquide en un jour et à l'autre 50 grammes (14 gros) d'extrait d'Opium en douze heures.
Il est extraordinaire vraiment qu'en présence de faits aussi graves et de témoignages aussi nombreux, les médecins de notre époque aient employé avec une telle timidité un médicament qui n'a d'action dans Aine maladie presque constamment mortelle que lorsqu'il est donné à d'énormes doses.
Toutefois, un médecin de Montréal (Canada) a préconisé, dans ces derniers temps, une méthode de traitement qu'il dit avoir été suivie des plus heureux résultats, c'est la combinaison de l'Opium et des affusions froides. Lorsqu'un malade est atteint de tétanos, il le soumet à une affusion froide, prolongée assez longtemps pour qu'il survienne une espèce de syncope ; alors on eriveloppe le patient dans des couvertures de laine bien sèches et bien chaudes, et on lui administre une potion composée de vin chaud et d'Opium à une dose fort élevée. On recommence cette médication dès que l'on voit le spasme se reproduire, et ainsi de suite jusqu'à parfaite guérison.
Mais ce n'est pas seulement sur l'usage intérieur de l'Opium qu'il faut compter pour guérir le tétanos. Plusieurs auteurs ont conseillé d'appliquer ce médicament sur la plaie qui a été le point de départ de la névrose, etc.; M. Lembert et, à son exemple, d'autres médecins ont heureusement modifié le tétanos, en dénudant le derme au voisinage de la plaie et en le recouvrant d'un sel de morphine en très-grande dose.
HydrophobiQ, Les succès obtenus dans le tétanos avaient fait penser à
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quelques médecins que l'hydrophobie elle-même pourrait être guérie par de fortes doses d'Opium. Nugent cite un cas de guérison, et Whytt en rapporte un autre ; mais Franck, qui a expérimenté dans le même cas et par la même méthode, n'a vu aucun bon résultat succéder à l'administration de ce médicament. De nos jours, l'hydrophobie n'a pu être influencée par l'Opium, donné même à la dose de 4 grammes (1 gros) ; peut-être ici, comme pour le tétanos, cette dose est-elle insuffisante.
Épilepsie. Quant à l'épilepsie, elle n'est influencée par l'Opium que d'une manière immédiate, lorsque par exemple les phénomènes convulsifs se succèdent avec rapidité et menacent prochainement la vie du malade. L'Opium modifie quelquefois la disposition organique actuelle en vertu de laquelle les convulsions reviennent avec une fréquence insolite ; mais, cet orage apaisé, il n'empêche pas les attaques de se reproduire ultérieurement. On comprend alors comment, dans l'éclampsie, maladie toute soudaine et qui passe avec autant de rapidité qu'elle a apparu, l'Opium peut rendre des services.
Méningite épidémique. Dans cette affection fort grave, qui bien souvent, à une certaine période, s'accompagne de lésions anatomiques profondes, affection à laquelle on a cru devoir donner le nom fort impropre, selon nous, de méningite cérébro-spinale, M. le docteur Boudin a essayé l'Opium à des doses successivement croissantes, et il affirme avoir obtenu des guérisons plus rapides et plus complètes que par toute autre médication. Plus tard, nous verrons les agents anesthésiques employés avec le même avantage contre cette même maladie dont la nature, encore très-obscure, nous paraîtrait avoir plus d'affinité avec les névroses qu'avec les phlegmasies.
Névralgies. Tant que l'Opium ne fut administré qu'à l'intérieur, on n'obtint pas, dans le traitement des maladies névralgiques et rhumatismales, les succès que l'on obtint plus tard en appliquant le médicament sur la peau qui recouvrait le lieu de la douleur, et surtout on n'arriva pas aux résultats immenses auxquels on est parvenu depuis la découverte des sels de morphine, en appliquant le médicament sur le derme dénudé.
Les auteurs divers qui ont écrit sur les névralgies et surtout sur la névralgie faciale ont conseillé l'usage interne et l'application extérieure de l'Opium ; mais, depuis que MM. Lembert et Lesieur eurent découvert la méthode endermique entrevue seulement avant eux, plusieurs médecins publièrent, dans les divers recueils périodiques, des histoires de névralgies et de rhumatismes guéris par l'application des sels de morphine sur le derme dénudé. Nous-mêmes, dès l'année 1831, nous avons institué à cet égard, à l'Hôtel-Dieu de Paris, de très-nombreuses expériences, et nous allons consigner ici le résultat de nos travaux et de ceux des médecins qui nous ont devancés.
Nous nous servons ordinairement, pour dénuder la peau, de vésicatoires ammoniacaux ; cependant, dans quelques circonstances, et surtout pour la sciatique, nous préférons quelquefois les vésications obtenues au h. 3
MEDICAMENTS STUPEFIANTS.
moyen des cantharides. Mais il y a dans l'application de ces vésicatoires et dans leur mode de pansement de très-importantes précautions à prendre que nous avons indiquées ailleurs. (Voyez Ammoniaque, Cantharides^ 1. 1.)
Le premier vésicatoire est appliqué le plus près possible du point d'origine du nerf douloureux; on place sur le derme dénudé de 1 à 15 centigrammes (1/5 de grain à 3 grains) diiydrochlorate ou de sulfate de morphine, et la dose est graduée en raison de la susceptibilité du malade.
Nous n'avons que bien rarement vu, dans une névralgie superficielle, la douleur n'être pas calmée après un quart d'heure. Cette action, stupéfiante et sédative, ne dure guère moins de douze heures et plus de vingtquatre; que si l'on veut éviter le retour de la douleur, il est important d'appliquer de nouveau la morphine, avant que son action locale et générale soit entièrement épuisée : nous avons donc fait un précepte capital de panser le vésicatoire au moins deux fois par jour. Mais il n'est pas moins important de continuer l'application de la morphine encore quelques jours après que la maladie semble guérie. C'est surtout dans la sciatique qu'il faut insister sur cette médication.
Souvent, quand la névralgie occupe les rameaux qui se distribuent aux dents, et lors même qu'elle atteint les nerfs de la tempe et du cou, on peut, pour faire absorber l'Opium, se servir du moyen que nous avons indiqué depuis bien des années à l'article Belladone. On fait friciionner les gencives et la face interne des joues du côté malade avec de l'extrait d'Opium ramolli avec de l'eau, ou avec une solution assez concentrée de sulfate de morphine. L'absorption se fait ainsi avec énergie, et quoique le malade ait soin de ne pas avaler le liquide, il n'en éprouve pas moins un peu de narcotisme, et il obtient des effets thérapeutiques très-puissants.
Il est encore un petit procédé fort commode et que nous recommandons à l'attention des praticiens ; il consiste dans l'emploi d'un papier médicamenteux que l'on applique sur la partie douloureuse, préalablement dénudée. Voici le mode de préparation. On choisit du papier non collé assez épais, d'une grandeur déterminée, par exemple de 10 centimètres carrés. Ce papier peut donc être divisé en dix parties d'un centimètre carré. On fait, dans de l'eau ou dans de l'alcool, une solution d'un sel de morphine ou d'atropine. En mouillant et séchant alternativement le papier, on arrive à lui faire contenir la totalité du sel dissous.
Si donc notre solution contenait 20 centigrammes de morphine, chaque centimètre contiendra 1 centigramme de sel; ou bien si nous avions une solution de 5 centigrammes de sulfate neutre d'atropine, chaque centimètre carré représentera 1/2 milligramme de sel narcotique. Par ce procédé, on voit combien il est facile de n'appliquer sur le derme dénudé que des doses parfaitement déterminées.
Les applications extérieures de morphine suffisent sans doute, dans un grand nombre de circonstances, pour guérir les névralgies, mais il n'en faudra pas moins donner concurremment, dans un grand nombre de cir-
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constances, soit du quinquina, soit des solanées vireuses qui secondent merveilleusement l'action de l'Opium. Aussi sommes-nous dans l'habitude, à la fin du traitement, de prescrire les pilules suivantes, que nous avons nommées, à cause de cela, antinévralgiques :
Pour -40 pilules.
Ces pilules sont administrées depuis 4 jusqu'à 8 dans les vingt-quatre heures. 11 faut avoir soin d'en porter la dose jusqu'au point où le malade commencera à éprouver un trouble notable de la vue, et continuer ainsi au moins quinze jours après la cessation totale des douleurs.
Rhumatisme. Le rhumatisme local apyrétique, quelque douloureux qu'il soit, se guérit avec une grande facilité par l'application de la morphine sur le derme dénudé. Deux ou trois pansements suffisent ordinairement. L'Opium, à l'intérieur et à dose élevée, produit souvent le même résultat, mais avec moins de certitude. Dans le rhumatisme articulaire général qui ne s'accompagne ni de tuméfaction des jointures ni de fièvre, l'emploi intérieur de l'Opium à hautes doses nous a semblé préférable, et il est rare que cette forme de rhumatisme ne soit pas amendée après quelques jours de traitement.
Quant au rhumatisme articulaire aigu, nous l'avons vu céder quelquefois avec une grande facilité aux applications locales de sels de morphine; mais ici il faut deux fois par jour faire des pansements avec le plus grand soin; multiplier les vésicatoires ammoniacaux en raison de la multiplicité des articulations envahies, et seconder l'emploi de ce moyen par celui des purgatifs administrés et dans le cours de la maladie et après que les accidents sont entièrement dissipés. Nous renvoyons d'ailleurs, pour l'exposé complet de cette méthode, au mémoire que nous avons publié en 4832, dans les Archives générales de médecine, de concert avec M. le docteur Bonnet, de Lyon, qui vient d'être si prématurément enlevé à la science.
Le docteur Corrigan préfère l'usage interne et à hautes doses de l'Opium, dans le traitement du rhumatisme articulaire aigu. Il ne donne guère moins de 50 à 60 centigrammes (10 à 12 grains) d'Opium par jour. En même temps il fait, sur les articulations douloureuses, des embrocations avec l'essence de térébenthine chaude, l'eau-de-vie camphrée ou une simple décoction de têtes de pavot. 11 associe à l'Opium le sulfate de quinine quand la fièvre tombe presque tout d'un coup et que les douleurs prennent un caractère erratique [Gazette méd., t. VIII, mars 1840).
Dans les otalgies, dans les odontalgies, on a le plus souvent à se louer de l'application des sels de morphine sur le derme dénudé , derrière la mâchoire.
Extrait de stramoine, Extrait aqueux d'Opium, Oxyde de zinc,
50 centigramm. (10 grains).
50 (10 grains).
8 gramm. (2 gros).
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Maladies des appareils des sens. Le laudanum entre dans presque tous les collyres que l'on emploie pour les maladies aiguës des yeux. Il faut pourtant se garder d'administrer de l'Opium, soit localement, soit à l'intérieur, quand il existe une inflammation de l'iris, et préférer les solanées vireuses aux papavéracées. Nous avons vu plus haut, en effet, que l'Opium augmentait toujours la tension contractile de l'iris, et nous verrons plus bas que les solanées relâchent ce plan musculeux... Toutefois, quand l'iritis ne menace pas de compliquer la maladie, les lotions faites avec du laudanum et à l'aide d'un pinceau sur les ulcérations et sur les taies de la cornée auront le double avantage de favoriser la cicatrisation de l'ulcère, et, plus tard, l'absorption de la lymphe plastique qui, interposée entre les lames de la cornée, a constitué la taie.
Fièvres éruptives. L'Opium a été regardé comme un des plus utiles moyens que l'on puisse employer dans les maladies éruptives de la peau. Sydenham regardait l'Opium comme un spécifique presque aussi certain dans les varioles confluentes, que le quinquina dans les fièvres intermittentes. Morton, Boerhaave, Van Swieten ne s'en louaient guère moins : de Haen l'administrait dans toutes les formes de la variole; mais c'était surtout dans les éruptions languissantes et anomales que Sydenham le conseillait à ses malades.
La même médication peut s'appliquer encore à la rougeole, surtout quand, dans la période d'invasion, cette pyrexie exanthématique s'accompagne d'une toux violente et d'une forte diarrhée. Mais, au moment même où éclate l'éruption, la diarrhée s'observe presque toujours, dure un jour ou deux, et n'a rien que de favorable. L'Opium ne doit alors intervenir que si le flux intestinal étaitjw trop copieux, et s'il persistait au delà de trentesix ou quarante-huit heures.
Mais il n'en est pas de même de la scarlatine, maladie dans laquelle l'éruption a presque toujours besoin d'être modérée plutôt que favorisée, et dans laquelle les symptômes nerveux les plus redoutables éclatent dès le début. L'Opium ici serait funeste.
Maladies de l'appareil de la respiration. L'Opium a été conseillé dans les maladies aiguës de la poitrine, et la méthode de Sarcone avait acquis, dans le siècle dernier, une grande célébrité. Cette méthode est la suivante : Saigner largement et deux fois au moins dans l'espace de trois heures ; immédiatement après, un tiers de grain d'Opium de deux en deux ou de trois en trois heures. Ordinairement la fièvre tombe avant que l'on soit à la quatrième dose. Que si la fièvre et le point de côté restent aussi violents, on revient à la saignée, à l'application des sangsues et des ventouses sur le côté et ensuite à l'Opium. C'est de cette manière que Sarcone prétend juguler la maladie. Huxham, de Haen adoptaient une méthode analogue, ils saignaient vigoureusement au début, mais ils ne donnaient l'Opium que lorsque la fièvre était tempérée.
Il est impossible d'utiliser aujourd'hui les faits de ces auteurs, d'une part, parce qu'ils ont fort mal décrit la maladie, d'une autre part, parce
OPIUM. 37 qu'ils confondaient, sous le titre générique de pleurésie, et l'inflammation de la plèvre, et celle du parenchyme pulmonaire. Or la distinction est d'autant plus importante à faire dans la pratique, que la pleurésie aiguë simple est le plus souvent exempte de danger.
Dans la pleurésie aiguë, nous avons souvent combattu le point de côté par des applications locales de morphine sur le derme dénudé, et, dans un grand nombre de cas, cette médication si simple a suffi pour faire disparaître et la douleur et la fièvre. Quant à l'épanchement, il se résorbait tantôt rapidement, tantôt avec lenteur, sans qu'il fût possible de déterminer l'influence que l'Opium avait pu avoir sur la résorption.
Laënnec avait l'habitude d'associer l'Opium à l'émétique dans le traitement de la pneumonie aiguë. Que cette association soit conseillée pour faire tolérer le tartre stibié, nous le concevons jusqu'à un certain point; mais une fois la tolérance établie, il faut se hâter de cesser l'Opium qui, donné à petites doses, excite la circulation, et contre-balance l'action dépressive de l'émétique.
Toutefois il importe de ne pas oublier que, lorsqu'on a affaire à la pneumonie de forme ataxique, l'Opium, administré à assez haute dose, peut conjurer les accidents les plus graves; et dans ces cas tout spéciaux, son action se rapproche de celle du musc dont l'utilité est si incontestable.
Affections thoraciques. Dans le catarrhe aigu, dans les toux opiniâtres qui tiennent, soit à l'inflammation de la membrane muqueuse du larynx, soit à ces chatouillements incommodes que les malades éprouvent fréquemment au larynx, les préparations d'Opium sont un des moyens les plus utiles. Dans ce cas on peut les employer à l'intérieur, ou bien faire des lotions sur toute la poitrine avec du laudanum.
C'est même de cette manière seulement que l'Opium rend de si grande services dans la phthisie pulmonaire. Il soulage souvent d'une manière notable un mal que l'art ne peut guérir, et ici, comme dans les cancers, il rend un peu moins pénibles les derniers moments des malades.
A cette occasion, nous devons mentionner un accident grave, souvent lié à la tuberculisation pulmonaire, auquel l'Opium à haute dose peut être opposé avec succès : nous voulons parler de l'hémoptysie. Deux tuberculeux, en proie à cette hémorrhagie, étaient en traitement dans le service de M. Béhier, à l'hôpital Beaujon ; on avait employé sans résultat la ratania, puis le perchlorure de fer à l'intérieur, lorsque M. Béhier eut l'idée de recourir à l'Opium, en commençant par 25 et même 40 et 50 centigrammes dans les vingt-quatre heures. Sous l'influence de ce moyen, l'hémoptysie s'arrêta promptement, et de plus il survint, dans la maladie, une amélioration générale très-marquée.
M. Béhier a d'ailleurs signalé à l'attention ce double effet de l'Opium, c'est que, dans ces deux cas particuliers, ce médicament ne produisit ni narcotisme ni contraction de la pupille, quoique la dose eût été portée d'emblée jusqu'à 50 centigrammes dans les vingt-quatre heures.
Whytt a préconisé l'Opium dans les accès d'asihme nerveux. Ce moyen
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réussit, en effet assez souvent, soit uni aux solanées vireuses, soit associé aux antispasmodiques.
Maladies, de l'appareil de la circulation. La péricardite aiguë rhumatismale est avantageusement traitée par l'application locale des sels de morphine sur le derme dénudé. Nous avons plusieurs fois suivi cette méthode qui nous a paru avoir une action favorable sur la douleur et sur la congestion inflammatoire.
Maladies de V appareil digestif. L'Opium est un des meilleurs moyens à opposer au symptôme vomissement. Mais il faut se souvenir que l'Opium, dès qu'il détermine quelques accidents nerveux, est lui-même une cause très-puissante de vomissement, ainsi que nous l'avons établi au commencement de cet article, et, chez certaines personnes, il ne faut qu'une dose bien minime pour y donner lieu.
Dans quelques gastralgies violentes et rebelles, on se trouve bien généralement de l'emploi d'une très-petite dose d'Opium (1, 2, au plus 3 gouttes de laudanum de Sydenham), donnée un quart d'heure avant le repas. Cela suffit pour faire cesser les douleurs et rendre faciles les digestions devenues presque impossibles.
Chez un assez grand nombre de dyspeptiques, l'Opium est le moyen le plus efficace pour stimuler l'appétit et régulariser le travail de la digestion; dans bien des cas, la codéine a paru mériter la préférence sur les autres préparations opiacées.
Dans les névralgies intermittentes de l'estomac, que nous croyons trèsdifférentes de ce que l'on comprend ordinairement sous la dénomination de gastralgies, l'administration de l'Opium en potion, ou l'application des sels de morphine sur le derme dénudé à l'épigastre, calme très-efficacement la douleur et en prévient souvent le retour. Il en est de même des coliques rhumatismales, si toutefois on doit donner ce nom aux douleurs abdominales vives et soudaines qui succèdent quelquefois à la disparition d'un rhumatisme fixé auparavant sur une autre partie. L'Opium est encore le meilleur moyen de calmer la douleur colique, abstraction faite de sa cause.
C'est sans doute ce fait thérapeutique qui avait engagé les praticiens à traiter la colique de plomb par l'Opium à hautes doses. La méthode d'Huxham, de de Haen, de Stoll, consistait à appliquer sur le ventre des fomentations fortement opiacées et à donner à l'intérieur de l'Opium à haute dose jusqu'à ce que les douleurs fussent passées. On administrait ensuite quelques laxatifs. Stoll, d'aillèurs, le plus chaud partisan de cette médication, affirme que souvent il n'était pas nécessaire de donner des laxatifs, l'Opium seul suffisant pour résoudre le spasme et pour rétablir les garde -robes.
L'opium à hautes doses a été conseillé dans ces derniers temps dans le traitement de la péritonite aiguë. Ainsi le docteur Graves, de Dublin, a obtenu les plus heureux effets de l'emploi des opiacés dans deux cas de péritonite excessivement intense développée à la suite de la paracentèse [Gaz. méd., 14 mars 183b). Dans un autre cas de péritonite due à la rupture d'un
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abcès du foie dans le ventre, le même auteur, grâce à de très-fortes doses d'Opium et à l'application de vésicatoires pansés avec la morphine, vit les symptômes delà phlegmasie disparaître complètement en peu de jours, sans aucune émission sanguine. Enfin, il eut encore un succès plus marqué dans un cas de péritonite qui avait été provoqué par l'emploi d'un purgatif drastique (Jbid., 1835, n° il). Quant aux péritonites qui sont dues à la perforation de l'intestin, il nous semble bien difficile de croire aux guérisons que les docteurs Pétrequin, de Lyon [Ibid., t. V, p. 187), et Stokes, de Dublin [Ibid., 14 mars 1835), ont cru obtenir dans plusieurs cas aussi graves; il est probable que ces praticiens avaient fait quelque erreur de diagnostic et qu'il s'agissait ici de ces pseudo-perforations dont M. Thirial et quelques autres médecins ont cité depuis quelques années un certain nombre d'exemples.
Dans la hernie étranglée, l'Opium a été donné avec moins d'avantages, il est vrai, que les solanées vireuses. Guérin, de Bordeaux, conseille dans ce cas des lavements opiacés, et l'introduction dans le canal de l'urètre d'une sonde enduite de parties égales d'extrait aqueux thébaïque et d'extrait de belladone.
En parlant, au commencement de cet article, de l'influence que l'Opium exerçait sur les divers appareils, nous avons vu qu'employé extérieurement il amenait toujours la constipation ; qu'à l'intérieur, et surtout lorsqu'il était donné à des doses élevées, il constipait au début; mais qu'après quelques jours il provoquait souvent la diarrhée chez ceux qui n'en avaient pas auparavant.
Cette propriété de l'Opium a été utilisée dans le traitement de la diarrhée aiguë et chronique. Dans la diarrhée aiguë, les lavements, les potions et les fomentations qui contiennent de l'Opium suffisent ordinairement pour amener à fin la maladie ; mais dans la diarrhée chronique l'Opium ne calme que temporairement; et il faut promptement recourir à d'autres moyens, pour revenir de temps en temps à l'Opium, et dans ce cas spécial, l'administration extérieure du médicament, et surtout celle de la morphine sur le derme dénudé, sera plus utile que l'usage intérieur de l'extrait d'Opium.
L'Opium a encore un effet sur lequel nous devons insister. Certaines diarrhées, surtout chez les enfants, reconnaissent pour cause le passage trop brusque de la matière alimentaire d'une portion de l'intestin dans une autre. On comprend aisément que si, en vertu d'une excitabilité particulière de la tunique musculeuse, ou par toute autre cause, la pâte chymeuse qui doit se parfaire dans l'estomac arrive dans le duodénum avant d'avoir subi l'élaboration physiologique complète; si la masse alimentaire qui, pendant son séjour dans le duodénum, doit recevoir du foie et du pancréas un complément nécessaire, est transmise dans l'intestin grêle avec les qualités qu'elle doit avoir seulement dans l'estomac et le duodénum; si les matières descendent dans le gros intestin avant d'avoir acquis ou perdu certaines conditions déterminées, les portions diverses de
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l'intestin qui sont en rapport physiologique avec telle nature d'aliments et non avec telle autre, s'irritent à ce contact insolite, et une sorte de lientérie en sera la conséquence. Qui ne voit ce que peut l'Opium pris en petites doses, au moment même du repas, pour modérer l'irritabilité musculaire du canal alimentaire, retarder la marche trop rapide des aliments, qu'il mettra en contact avec la portion du tube digestif avec laquelle ils doivent se trouver naturellement en rapport?
De l'efficacité de l'action de l'Opium dans les coliques et dans la diarrhée, on avait conclu à priori à son utilité dans le traitement de la dysentérie aiguë. Sydenham contribua le plus à accréditer la médication par l'Opium ; après lui, Sennert, Brunner, Wepffer et Ramazzini vinrent ajouter leur autorité à celle de l'illustre praticien de Londres; mais au contraire Degner, Pringle, Young, Zimmermann déclarèrent que l'Opium était pernicieux dans cette maladie. Les uns et les autres soutinrent leur opinion par des théories plus ou moins ingénieuses et par des faits; mais quand on lit l'histoire des épidémies de dysentérie observées par Stoll, on ne tarde pas à se convaincre que les dissentiments qui se sont élevés entre des praticiens également recommandables par leur savoir et leur probité médicale, tenaient à ce qu'ils avaient eu sous les yeux des épidémies dont le génie était différent.
Maladies de l'appareil génito-urinaire. Bien que la colique néphrétique soit causée, dans la pluralité des cas, par la présence d'un calcul dans les calices, dans le bassinet ou dans l'uretère, l'Opium peut néanmoins être employé avec avantage d'abord contre la douleur, et ensuite contre le spasme des conduits qui retiennent le calcul; ce n'est pas non plus sans grands avantages que les lavements opiacés sont donnés à ceux qui ont des pierres dans la vessie, ou qui souffrent d'un catarrhe aigu ou d'un rhumatisme du réservoir de l'urine.
Ce que nous venons de dire de l'utilité de l'Opium dans les coliques néphrétiques peut s'appliquer également aux coliques dites hépatiques, soit que ces coliques soient le résultat d'une névralgie pure et simple des plexus hépatiques, soit qu'elles soient symptomatiques de la présence dans les voies biliaires de quelque calcul cheminant vers l'intestin.
Dans les chaudes-pisses cordées, dans les blennorrhagies aiguës de la femme, des injections émollientes auxquelles on ajoute de l'extrait gommeux d'Opium ou du laudanum de Rousseau calment les douleurs trop vives, et hâtent la terminaison de la période inflammatoire. Il en est de mçane des inflammations de l'urètre ou du vagin qui n'ont aucun caractère syphilitique.
Dans les douleurs utérines, qu'elles soient un symptôme précurseur de l'avortement ou qu'elles tiennent à une phlegmasie aiguë ou chronique de la matrice, à un déplacement ou à une névralgie de cet organe, les injections fortement opiacées et les lavements de même nature suffisent souvent pour amener un notable amendement. Le professeur Paul Dubois emploie ce médicament avec beaucoup d'avantage pour prévenir ou arrêter
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les fausses couches, ou pour modifier et ramener à un type normal les contractions pathologiques de l'utérus pendant le travail de l'accouchement. Il a surtout recours, dans ce cas, aux lavements fortement laudanisés, qu'il renouvelle souvent et jusqu'à ce qu'il ait obtenu l'effet désiré [Institut méd., 31 juillet 1839).
La même médication est encore très-utile dans des aménorrhées qui ne sont pas liées à un état de chlorose, et l'influence qu'exerce l'Opium sur les fonctions utérines, influence que nous avons déjà fait connaître au commencement de cet article, avait dû nous conduire à administrer ce médicament toutes les fois que la suppression des règles s'accompagnait d'un état congestif vers la matrice.
Les vertus antisyphilitiques de l'Opium ont été, vers la fin du siècle dernier, préconisées avec un enthousiasme presque aussi ridicule que de nos jours l'heureuse influence du traitement antiphlogistique exclusif dans la vérole. Un fait de guérison extraordinaire par l'Opium, fait peut-être apocryphe, engagea Nooth et Michaelis à faire en Angleterre des recherches à ce sujet. Les premiers essais furent heureux, et la disparition des accidents primitifs fit attribuer immédiatement à l'Opium une vertu spécifique qu'il était loin de posséder. Cependant l'illustre Cullen fut luimême un instant ébloui par ces succès ; mais l'expérience vint ensuite, et démontra que l'Opium pouvait, il est vrai, modifier les accidents primitifs, que son association avec les mercuriaux était utile; mais que ce n'était qu'avec le mercure seul que l'on pouvait compter sur une guérison solide.
Il est peu de médecins aujourd'hui qui ne soient dans l'usage d'associer l'Opium au mercure toutes les fois que cette dernière substance est administrée à l'intérieur. Tout récemment on a conseillé de traiter les végétations syphilitiques par l'application locale de l'extrait d'Opium en nature. Nous avons essayé ce moyen qui ne nous a pas réussi.
Maladies diverses. L'Opium a été conseillé par Cullen, par Gland, par Hufeland, dans les maladies typhoïdes, et formellement repoussé par M. Bretonneau, par M. Chomel et par un grand nombre d'autres praticiens distingués. De notre côté, nous l'avons quelquefois administré dans la dothinentérie, et toujours nous nous en sommes mal trouvés; toutefois dans les cas de perforation intestinale dothinentérique, il peutêtre ntileen calmant les douleurs delà péritonite, et en modérant les contractions intestinales; de plus pendant la convalescence de ces maladies, alors que les symptômes nerveux ont cédé et qu'il ne reste plus qu'une diarrhée rebelle, l'association de l'Opium au sous-nitrate de bismuth ou au quinquina peut amener une convalescence plus rapide et plus franche.
Dans la peste, l'Opium et les opiats divers, tels que la thériaque, le mithridate, le philonium, le diascordium, ont été conseillés à la fois comme moyens préservatifs et curatifs. C'est à l'expérience de prononcer sur ce point encore fort obscur.
Quant à l'usage de l'Opium dans la fièvre intermittente, il a été reconnu utile par un si grand nombre de bons observateurs, que l'on ne peut ne
MÉDICAMENTS STUPÉFIANTS
point en faire mention, bien que toujours sans doute l'emploi du quinquina doive lui être préféré. Avant la découverte du quinquina, l'Opium était regardé comme un des meilleurs fébrifuges; Paracelse, Horstius, Ettmuller, Wedelius, le donnaient un peu avant le paroxysme de la fièvre intermittente. Berryat qui, au siècle dernier, a ressuscité cette méthode, donnait, une heure à peu près avant l'accès, 6 à 8 gouttes de laudanum de Sydenham aux enfants de trois à cinq ans, 10 à 12 gouttes à ceux de dix à douze ans, et 10 ou 30 gouttes aux adultes. Lind, Houlston et Odier, de Genève, veulent au contraire que ce médicament ne soit administré qu'une demi-heure après le début de la période de chaleur.
Mais Gausland s'est fortement élevé contre cette méthode, et tout en admettant que l'Opium rend évidemment le paroxysme moins long et moins douloureux, il affirme que la fièvre devient beaucoup plus rebelle.
Plus haut, quand nous avons parlé des modifications importantes que l'Opium exerce sur les appareils des sécrétions, le lecteur a pu penser qu'il devait ressortir de ces phénomènes quelques inductions thérapeutiques. Nous avons en effet essayé d'utiliser cette influence de l'Opium soit pour augmenter les sécrétions cutanées, soit pour en supprimer d'autres.
Deux fois, dans un cas d'hydropisie symptomatique d'une lésion du foie, nous avons essayé d'exciter une forte diaphorèse, et de diminuer en même temps l'exhalation séreuse du tissu cellulaire et des cavités splanchniques. Nous sommes arrivés à ce double but; mais l'épanchement abdominal n'a diminué que pendant quelques jours, et l'abondance extrême de la transpiration ne nous a pas semblé compenser utilement la suppression presque totale des urines, causée par les hautes doses d'Opium que nous avions administrées.
Les sécrétiôns muqueuses, quelles qu'elles soient, se suppriment au contraire presque complètement sous l'influence de fortes doses d'Opium. Ainsi les phlegmorrhagies pulmonaires, les catarrhes chroniques de la vessie sont rapidement modifiés, et en continuant la médication pendant plusieurs jours, la membrane muqueuse perd peu à peu l'habitude de fluxion qu'elle avait prise.
Dans un cas de diabète sucré, le professeur Forget, de Strasbourg, a donné journellement 2 grammes (demi-gros) d'Opium sans aucun inconvénient. Ce médicament est le seul qui ait diminué la quantité d'urines.
C'est probablement d'après le même mode d'action que ce médicament est vraiment utile dans les hémorrhagies. Whytt le préconise spécialement dans les métrorrhagies qui suivent l'avortement ou l'enfantement, et, dans ce cas, on l'associe à l'acide sulfurique. Nous avouons que nous nous expliquons maj cette influence, lorsque surtout nous avons constaté par l'expérience qu'il provoquait le flux menstruel. Toujours est-il que, dans plusieurs cas d'hémoptysie, nous avons administré l'Opium avec avantage, et plus haut nous avons vu que M. Béhier venait de confirmer ces excellents résultats dans des hémoptysies liées à la phthisie pulmonaire.
Dans leptyalisme mercuriel, Hunter conseillait des collutoires fortement
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opiacés. Il nous semble que, dans ce cas, il serait bon de donner en même temps de l'Opium à l'inférieur.
Déjà plusieurs fois, dans le cours de cet article, nous avons vu que l'Opium s'associait utilement à quelques substances médicamenteuses. Le but du médecin, en faisant cette association, peut être ou d'user des propriétés spéciales de l'Opium pour en obtenir un effet thérapeutique qui vienne en aide à l'action thérapeutique principale qu'il veut obtenir par l'autre médicament, ou bien de mettre, avec le secours de l'Opium, l'organisme en état de supporter la substance médicamenteuse sur laquelle on compte spécialement. Ainsi, en combinant l'Opium et le mercure, l'Opium et certains antispasmodiques, on utilise toutes les actions thérapeutiques associées; mais lorsqu'un malade ne peut, sans vomir, supporter le sulfate de quinine, si l'on donne un peu d'Opium en même temps, l'Opium ne sert pour ainsi dire que de passe-port, et le sulfate de quinine est ici le seul agent thérapeutique. C'est ici le lieu de se rappeler ce que nous avons dit de l'antagonisme réciproque de l'Opium et des solanées vireuses dont l'association a pour effet de neutraliser, ou tout au moins de mitiger l'action de ces substances.
L'Opium est un des médicaments dont les médecins et les malades ont le plus de tendance à abuser-, mais on ne le donne pas toujours sans inconvénient; dans les coliques violentes qui accompagnent une indigestion, dans les diarrhées ou dans toute autre supersécrétion qui auraient un caractère critique, en ce sens qu'elles soulageraient le malade, l'Opium pourrait devenir un médicament fort dangereux.
Quand à l'abus que les malades en peuvent faire, il y a cela de grave, qu'ils sont obligés d'user de doses successivement croissantes, et qu'invités sans cesse par le bien-être momentané qu'ils en éprouvent, ils finissent par se tenir dans un état perpétuel d'ivresse, et tombent bientôt dans ce marasme physique et moral où sont plongés ces Orientaux que les voyageurs nous dépeignent et dont nous avons parlé plus haut.
Nous ne voulons pas terminer ce que nous avons à dire de l'Opium sans parler de l'influence extraordinaire que de très-petites doses de ce médicament exercent sur les enfants à la mamelle. Il nous est souvent arrivé de produire un effet narcotique évident avec un quart de goutte de laudanum de Sydenham, ce qui équivaut à un demi-milligramme, c'est-à-dire à un centième de grain d'Opium. Aussi faut-il être singulièrement circonspect lorsque l'on administre aux petits enfants les préparations thébaïques.
Il nous reste quelques mots à dire sur les principes immédiats de l'Opium.
La morphine, que nous avons expérimentée avec un grand soin, et dont nous avons comparé les effets avec ceux de l'Opium, ne nous a semblé différer en rien de ce dernier. Les mêmes effets ont été produits avec des doses moindres. Toutefois nous devons dire qu'en raison de certaines susceptibilités, il est des personnes qui s'accommodent mieux de telle préparation opiacée que de telle autre.
MÉDICAMENTS STUPÉFIANTS
Mais si, pour la thérapeutique interne , il est à peu près indifférent de donner de l'Opium ou des sels de morphine, il n'en est plus de même lorsque le médicament doit être administré par la méthode endermique. Dans ce cas, c'est au chlorhydrate ou ou sulfate de morphine qu'il faut avoir recours plutôt qu'à l'Opium. Ce n'est pas que l'Opium ne puisse également être employé dans ce cas ; mais il est d'un usage moins commode que les sels de morphine. Alors il faut employer les solutions aqueuses, car les laudanums et les teintures appliquées sur la peau dénudée déterminent des douleurs très-vives.
La narcotine regardée successivement comme aussi active que la morphine, puis comme la partie irritante de l'Opium, est aujourd'hui rangée parmi lei substances à peu près inertes ; les expériences de Bally ne laissent aucun doute à cet égard. Mais que faut-il penser des expériences récentes publiées par Stewart et O'Sanghnessy sur le chlorhydrate de narcotine? Ce sel a été considéré par eux comme succédané du sulfate de quinine.
Ce médicament a été expérimenté sur une grande échelle par le docteur Stewart, de Calcutta, et a fourni, dit-il, d'heureux résultats. 11 a été administré par doses de 15 centigrammes (3 grains). Ce médecin rapporte un grand nombre de cas où deux à quatre doses de narcotine ont suffi pour guérir des fièvres intermittentes qui avaient résisté au sulfate de quinine, à l'arsenic et à d'autres fébrifuges indigènes.
Le docteur Stewart, après avoir énuméré les guérisons opérées par cette substance, se croit autorisé à en tirer les conclusions suivantes :
1° A petite dose, elle est antipériodique, lorsqu'on la donne, pendant l'intermittence, quelques heures avant l'accès ;
2° A la dose de 50 centigrammes (10 grains) elle est puissamment et rapidement calmante, sudorifique et antipériodique;
3° A cette dose, elle n'accélère point le pouls et n'exalte pas la sensibilité du système nerveux; elle ne s'oppose pas à l'action des autres médicaments; elle ne cause pas de constipation, ne produit jamais ni étourdissement ni céphalalgie; elle ne détermine point de congestions locales, que les organes soient sains ou malades ;
4° Elle excite toutes les sécrétions, et paraît agir uniformément et généralement sur tout le système capillaire, sans affaiblir les forces vitales, qu'elle tend plutôt à soutenir;
5° Elle agit de même appliquée sur le derme dénudé.
Le docteur O'Sanghnessy fait observer que le chlorhydrate de narcotine possède des propriétés fébrifuges et antipériodiques fort énergiques, mais qu'il ne produit pas le narcotisme, qu'il ne constipe point, et ne détermine jamais, dans le cas de fièvre, cette céphalalgie insupportable et cette agitation qui succèdent souvent à l'administration de la quinine, et en rendent si souvent l'usage incertain, sinon absolument dangereux. La narcotine est de plus, suivant cet auteur, un puissant sudorifique, qui ne cause ni nausées ni agitation {VEsculape, 2" année, 7 mars 1840).
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Quant à la codéine, nouvel alcaloïde découvert par M. Robiquet dans l'Opium, son extrême cherté n'a pas permis jusqu'ici de l'expérimenter avec soin. Nous en avons donné successivement jusqu'à 30 centigrammes (6 grains) à la fois, sans produire autre chose qu'un peu de narco* tisme tout à fait semblable à celui qui aurait été provoqué par 1 centigramme (1/2 de grain) d'Opium. M. Barbier, d'Amiens, qui a également expérimenté la codéine, dit qu'à la dose de 5 à 10 centigrammes (1 à 2 grains), elle agit d'une manière spéciale sur les plexus nerveux du grand sympathique, ce qui la rend utile dans le traitement des gastralgies et des entéralgies.
Nous ne terminerons pas ce qui est relatif à l'Opium sans dire un mot de deux préparations célèbres, la tkériaque et le dîascordium, qui doivent une partie de leurs propriétés à l'Opium qu'elles contiennent. Sans doute on a singulièrement exagéré les vertus de cet assemblage bizarre de substances diverses ; mais, en restant dans le vrai, on est forcé de convenir que l'on obtient, avec ces composés pharmaceutiques, quelques guérisons que l'on n'eût pu aussi certainement obtenir avec l'Opium.
La thériaque est particulièrement conseillée dans les fièvres de mauvais caractère, dans les varioles confluentes, la rougeole, lorsque l'éruption s'affaisse et que de graves désordres surviennent , soit du côté de la tête, soit du côté de la poitrine ; ou bien encore lorsque, au début de l'éruption, une violente diarrhée jette le malade dans l'affaiblissement et ne lui laisse plus assez de force pour suffire à l'élimination du principe morbifique. La thériaque est encore préférée à l'Opium dans le traitement des gastralgies et des entéralgies, de celles surtout qui sont liées à l'état de chlorose ; unie aux médicaments ferrugineux, elle les fait mieux tolérer, et complète une guérison que le fer seul n'eût pu obtenir. Dans cette circonstance, la thériaque est donnée ou associée au fer lui-même, à la dose de 1 à 2 grammes (20 à 40 grains) par jour; ou seule, en un bol , de 1 gramme (20 grains) une ou deux fois par jour, et notamment le matin à jeun et le soir, au moment où le malade se couche. Lorsque l'usage interne de la thériaque répugne trop aux malades, ou qu'elle trouble leurs digestions, on applique le médicament sur le creux de l'estomac ou sur le ventre, sous forme d'emplâtre.
Le diuscordium est particulièrement conseillé dans la diarrhée, mais surtout quand les accidents inflammatoires sont un peu dissipés. Dans les diarrhées chroniques, il a une grande utilité ; dans ce cas, on le prescrit à la dose de 1 à 2 grammes (20 à 40 grains) dans les vingt-quatre heures. A mesure que le malade s'habitue au médicament, il convient d'en augmenter la dose. On comprend à merveille comment le diascordium, dans la composition duquel il entre une grande quantité de substances riches en tannin, agit à la manière des astringents, et a, de plus qu'eux, la propriété de calmer les douleurs locales.
MEDICAMENTS STUPEFIANTS.
Modes d'administration.
L'extrait aqueux, extrait gommeux d'Opium, ou l'extrait thébaïque, sera pris par nous comme type posologique.
Il se donne en pilules ou dissous dans une potion, à une dose qui varie depuis 5 milligrammes (1/10 de gain) jusqu'à 5 à 10 centigrammes ( 1 à 2 grains). Chez quelques malades ta dose a pu être élevée jusqu'à 15 grammes (1/2 once) dans un jour ; mais ici nous ne devons pas nous occuper de ces faits exceptionnels.
L'extrait privé de narcotine ne diffère en rien du précédent par ses propriétés, quoi qu'on ait pu en dire.
Le sirop d'Opium contient 5 centigrammes (1 grain) d'extrait d'Opium pour 30 grammes (1 once) de sirop simple.
Le sirop de karabé, que l'on prescrit fort souvent quand les malades méticuleux ne veulent pas prendre d'Opium, contient sensiblement les mêmes proportions d'Opium que le précédent. En effet le Codex prescrit de le préparer en ajoutant à 1 once de sirop d'Opium 0,10 centigrammes d'esprit volatil de succin.
Ces deux sirops se donnent à des doses de 10 à 30 grammes (2 gros et demi à 1 once) ; ils servent à édulcorer des potions.
Les pilules de cynoglosse, très-fréquemment employées dans le même cas que le sirop de karabé, contiennent 1/8 de leur poids d'extrait aqueux d'Opium ; leur dose sera graduée en conséquence de S à 40 centigrammes (1 à 8 grains) par jour.
La teinture d'Opium contient à peu près 5 centigrammes (1 grain) d'extrait aqueux sur 15 gouttes d'alcool ; elle se donne dans des potions, à la dose de 5 à 30 gouttes, ou bien sert à arroser des cataplasmes, à rendre stupéfiantes des injections vaginales, des lotions, etc., etc.
L'extrait alcoolique de même que l'extrait aqueux.
La teinture d'Opium, ammoniacale ne s'emploie que pour l'usage interne; 40 gouttes correspondent à 5 centigrammes (1 grain) d'extrait aqueux.
Le laudanum de Sydenham est la préparation le plus ordinairement employée. L'odeur de safran, qui répugne singulièrement aux malades, oblige souvent à recourir, soit au laudanum de Rousseau, soit, ce qui vaut mieux, à la teinture thébaïque.'"37 gouttes de laudanum de Sydenham correspondent à peu près à 5 centigrammes (1 grain) d'extrait aqueux. Cette préparation s'emploie exactement dans les mêmes cas que la teinture thébaïque, dont nous avons parlé tout à l'heure.
Le laudanum de Rousseau se donne le plus souvent à l'intérieur, soit en potions, soit en lavements ; il est fort énergique. 32 gouttes de ce laudanum correspondent à 10 centigrammes (2 grains) d'extrait d'Opium. Il est donc deux fois plus actif que le laudanum de Sydenham, et deux fois plus que la teinture thébaïque.
La poudre de Dotver, principalement conseillée dans les affections rhumatismales , les dysenteries , les diarrhées chroniques, contient un