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ORDRE DES ACALÈPHES

se développent bientôt, et on revient ainsi à la forme Eydra tuba.

Les Ephyres qui proviennent du Strobile, ne sont pas encore des animaux parfaits. A mesure qu'elles grandissent, on les voit se transformer petit à petit : leur ombrelle devient plus large et plus régulière; un grand nombre de filaments délicats se développent sur son bord, en môme temps qu'un manubrium quadrifide apparaît dans son fond. L'Ephyre s'est métamorphosée en Aurélia awita, forme sexuée, F. Celle-ci pond des œufs qui reproduiront des Scyphislomes. On se trouve donc ici en présence d'un nouvel exemple de génération alternante.

Sars a constaté encore un développement analogue pour une autre Méduse, Cyanea capillata. Toutes les Méduses ne passent pourtant point par les phases que nous venons de décrire : les Pélagides (fig. 16o), dont certaines espèces habitent la Méditerranée, ne présentent jamais de généralion alternante et ont un développement direct, accompagné d'une simple métamorphose : l'Ephyre provient directement de la gastrula (1).

A part cette exception, toutes les Méduses vraies proviennent de Scyphistomes.

Déjà très différentes des Médusoïdes quant à leur mode de production, les Méduses ne sont pas moins bien caractérisées par leur structure et leur organisation. Avec les Lucernaires et les Charybdées, elles constituent l'ordre des Acalèphes, nom qui indique leurs propriétés urticantes. On les appelle encore Acraspèdes, pour indiquer qu'elles sont dépourvues de vélum; Discophores, parce que leur ombrelle est discoïde ; Phanérocarpes, parce que leurs' organes reproducteurs sont bien visibles ; ou Stéganophthalmcs, parce que leurs corpuscules sensoriels (ocelles) sont recouverts d'une membrane protectrice.

Tous les Acalèphes ont le corps constitué par une ombrelle de consistance gélatineuse, transparente comme le cristal, irisée comme

(I) Ce développement direct, que Hœckel propose d'appeler hypogenèse, s'observerait parfois aussi chez Aurélia aurita.

CLASSE DES I1YUR0MÉUUSES.

le diamant. Sa couleur est assez variable : tantôt d'un blanc laiteux comme chez l'Aurélie à oreilles, tantôt jaunâtre avec ornements bruns ou pourprés, comme certaines Cyanées, tantôt d'un bleu d'azur, comme chez le Rhizostome de Cuvier. L'ombrelle est agitée de contractions incessantes : elle s'étale et se contracte tour à tour, à la façon d'un parapluie qu'on ouvre ou qu'on ferme, et grâce à ces contractions l'animal peut progresser au sein des eaux. Certaines espèces voyagent fréquemment par bandes nombreuses. Pendant la nuit,

Fig. 1GG. — Vue théorique de la sous-ombrelle d'uno Méduse acraspède. a, bras; b, bouche; c, corpuscule sensoriel ; d, glande génitale; e, orifice do la poche génitale; f, canal angulaire; g, canal génital; h, ramifications des canaux angulaires et génitaux; i, canal intermédiaire; k, canal circulaire; /, tentacules; o, centre de la bouche; ol, perrayon ou rayon principal; oïl, interrayon ou rayon secondaire ; oIII, adrayon ou rayon tertiaire.

elles tracent dans la mer (t) comme un sillage de feu : c'est qu'en effet beaucoup d'entre elles sont phosphorescentes, grâce à l'accumulation d'une matière graisseuse dans leur épiderme ou à la surface de quelques-uns de leurs organes : elles contribuent de la sorte à produire le phénomène de la phosphorescence de la mer.

(I) Les Méduses sont en effet des animaux marins, à l'exception d'un petit nombre d'espèces qui peuvent vivre dans l'oau saumàtrc et mémo dans l'eau douce. De ce nombre sont Cvambessa Tagi, qui se trouve dans le Tage, et quelques formes analogues, d'ailleurs mal connues, qu'on a signalées dans le Niger et dans les fleuves de Sierra Leone.

ORDRE DES ACALÈPIIES.

L'ombrelle, .en général peu bombée, présente un bord festonné et découpé en lobes; le nombre fondamental de ces derniers est de 8 (Aurélia, fig. 166), mais peut devenir fréquemment un multiple de ce chiffre (l).Sur le bord de l'ombrelle et dans l'intervalle des lobes, on trouve les corpuscules marginaux, c, dont le nombre fondamental est également de 8; mais on en peut rencontrer 12 (Polyclonia), ou 16 (Phacellophora). Ces corpuscules, contrairement à ce qui s'observe chez les Médusoïdes, sont toujours recouverts d'une petite membrane protectrice, qui s'insère plus ou moins loin sur l'ombrelle ; la forme de la lamelle varie d'ailleurs beaucoup, mais il est rare de la voir se souder par son bord avec l'ombrelle, de manière à se transformer en une petite poche, au fond de laquelle est enchâssé le corpuscule sensoriel (Pelagia).

Le bord de l'ombrelle est dépourvu d'appendices chez les Rhizostomes (fig. 167), mais ce fait est exceptionnel. En règle générale, il porte des tentacules, au nombre de 8 et alternant alors avec les corpuscules marginaux (Nausithoë, Pelagia, fig. 165), de 24 [Chrysaora), de 40 (Dactylo me tr a).

Les tentacules sont tous semblables entre eux, ou au contraire sont dimorphes ; par exemple, Chrysaora en possède 8 grands et 16 petits. Au lieu de s'insérer au bord de l'ombrelle, ils s'attachent parfois à la face inférieure (Cyanea), ou à la face supérieure {Aurélia). Enfin, ils restent toujours simples et sont creusés, suivant leur axe, d'un canal qui ne fait défaut que chez Nausithoë ; ce canal se termine en cœctim à 1 extrémité libre du tentacule, mais débouche, à la base de celui-ci dans le canal circulaire parallèle au bord de l'ombrelle.

Eu examinant la Méduse par sa face inférieure (fig, 166), on peut se rendre compte plus exactement de son organisation. Le manubrium quadnfide attire tout d'abord le regard : il est divisé en quatre bras «, plus ou moins développés et dont chacun présente à sa face interne une rainure longitudinale, d'autant plus accentuée qu'on se

miis ^Vommflo l^re J°ndamcnlal des Méduses n'est pourtant point 8, ton c do 4 .Uni . l'wistenfie de 4 replis gastriques chez le Scyphisl

tome, de 4 glandes gôn.talos et de 4 bras manubriaui chez la Méduse etc.

Fig. 1G7. — Rhizostoma pulmo.

^38 CLASSE DES IIYDROMÉDUSES.

■approche davantage de la base. En suivant l'une quelconque de ces rainures, on aboutit à une cavité de forme quadrilatère, 6, qui occupe exactement le centre de la Méduse : cette cavité est la bouche; par elle, on tombe dans la cavité gastro-vasculaire.

Les Rhizostomes (fig. 167) présentent une disposition curieuse, dont il nous faut dire quelques mots. Au début, ils sont, comme les autres Méduses, pourvus de quatre bras et d'une bouche centrale, mais les bras se dédoublent bientôt, en même temps que la bouche s'oblitère : la jeune Méduse se modifie alors pour présenter la dispo-

Fig. 1G8. — Coupe schématique verticale d'un Rhizostome, passant par un interrayon, d'après Claus, mais légèrement modifiée. — a, ombrelle; ù, estomac; c, sous-ombrelle; d, ruban génital; e, cavité génitale; /, filament gastrique; g, muscles de la sous-ombrelle; /(, vaisseau radiaire; i, corpuscule marginal (otocyste) ; k, lobe oculaire; /, plis supérieurs du bras ; m, plis dorsaux; n, plis ventraux; o, extrémité des bras; p, vaisseaux circulaires; rj, fosette olfactive;»1, fossette sensorielle; s, tache oculairo; t, épithélium sensitif.

sition qu'indique la figure 168. Chacun des huit bras, très festonné à sa partie inférieure et à sa face interne, se creuse d'un canal longitudinal ; celui-ci porte, au niveau des festons, un grand nombre de branches latérales, qui se ramifient plus ou moins et qui s'ouvrent finalement au dehors par une sorte de suçoir.

La cavité gastrique est toujours quadrangulaire, mais est assez variable dans ses dimensions (fig. 168, 6). Comme chez les Médusoïdes, elle émet par sa périphérie des canaux qui s'enfoncent en rayonnant dans le tissu de l'ombrelle. Elle renferme d'autre part les organes

génitaux, d, disposés sur son plancher sous forme de quatre, parfois de huit {Nausithoê, Cassiopea) glandes rubanécs, pelotonnées sur elles-mêmes. A proprement parler, ces glandes ne sont pas renfermées dans la cavité gastrique, bien qu'elles prissent y faire parfois une saillie considérable : elles sont en effet toujours recouvertes d'une mince lamelle endodermique. Les organes génitaux sont très apparents en raison de leur grosseur et de leur vif éclat. Ils proviennent de l'ectoderme et s'enfoncent vers la cavité gastrique à mesure qu'ils se développent, en sorte que la sous-ombrelle se déprime à leur niveau en une sorte de cavité (fig. 166 et 168, e), ou poche génitale. Quand les produits sexuels sont mûrs, la glande se rompt et émet ses produits, non dans la poche située au-dessous, mais dans la cavité gastrique, d'où ils sont rejetés au dehors par la bouche. La diœcie est la règle ; Chrysaora, qui est hermaphrodite, fait seul exception.

En face et en dedans de chaque glande génitale, on voit dans la cavité gastrique un filament particulier (fig. 168,/"), que l'on doit considérer comme étant l'analogue du repli mésentéroïde des Anthozoaires. Les filaments" gastriques rappellent quatre bourrelets longitudinaux que présente la cavité du corps du Scyphistome. Ce sont de petits ccecums très contractiles et communiquant avec les poches génitales.

L'appareil vasculaire est plus compliqué que chez les Médusoïdes ; la figure 166 va nous rendre compte de sa disposition, en même temps qu'elle nous fera connaître les principaux plans de symétrie des Acalèphes. Quatre canaux radiaires, f, appelés angulaires par C. Vogt etE. Yung, correspondent aux quatre coins de la bouche, et parcourent l'ombrelle suivant la direction du rayon principal ou perrayon, ol, pour adopter la nomenclature proposée par Ha?ckel. Quatre autres canaux, g, ou canaux génitaux, intermédiaires aux précédents, divisent en deux parties égales l'espace laissé libre entre deux perrayons consécutifs : ils traversent l'ombrelle suivant un rayon secondaire ou interrayon, oll. Enfin, les huit segments délimités chacun par un perrayon et un inlerrayon consécutifs sont divisés en deux moitiés égales par un nouveau canal, i, ou canal intermédiaire, qui prend la direction d'un rayon tentaculaire ou adrayon, oIII.

Les canaux angulaires et les canaux génitaux se développent les premiers : ils aboutissent chacun à un corpuscule marginal, et émettent le long de leur trajet un nombre variable de branches latérales, qui s'en vont vers le bord de l'ombrelle en se ramifiant de plus en plus. Les canaux intermédiaires restent au contraire indivis ou ne se ramifient que fort peu, vers leur extrémité périphérique. L'ensemble des canaux que nous venons de décrire vient finalement se jeter dans

un canal annulaire, k, situé au voisinage du bord de l'ombrelle.

Les perrayons, ol, passent par le coin de la bouche et correspondent aux divisions du manubrium. Les interrayons, oïl, passent par les filaments gastriques et par les glandes génitales. Ces deux sortes de rayons passent en outre chacun par un corpuscule marginal sensoriel, et permettent de diviser le corps de la Méduse en deux moitiés symétriques. L'adrayon, olll, ne détermine jamais qu'une division asymétrique et ne passe par l'axe d'aucun organe essentiel, à part le canal radiaire, dont il prend la direction : il correspond pourtant aux tentacules, dans le cas où ceux-ci sont au nombre de huit.

L'ombrelle des Acraspèdes est d'ordinaire très épaisse et peut atteindre, chez les espèces de grande taille, une consistance voisine de celle du cartilage. Sa substance est rarement anhiste, comme chez les Craspédoles, mais est constituée par une masse gélatineuse, au sein de laquelle sont plongées des fibres élastiques disposées en réseau et des cellules ramifiées. On y trouve encore parfois, disséminées çà et là, des cellules fusiformes qui semblent s'être séparées de l'endoderme par une sorte de migration. Les muscles locomoteurs sont situés à la face inférieure de l'ombrelle, au voisinage du bord libre, et disposés en faisceaux longitudinaux et radiaires : le bord lobé qui les renferme est appelé velarium; il correspond donc, dans une certaine mesure, au vélum des Craspédotes, mais il s'en distingue en ce que les dernières ramifications du système gastro-vasculairc pénètrent à son intérieur.

Le système nerveux central est plus rudimentaire que chez lesMédusoïdes. On n'a pas, jusqu'à présent, signalé d'anneau nerveux sur la face sous-ombrellaire, si ce n'est chez les Charybdées, et c'est seulement à la base et dans le pédoncule des corpuscules marginaux qu'on a pu déceler la présence d'une épaisse couche de fibres nerveuses, mélangées à des cellules bipolaires. Ce tissu nerveux fait partie de l'ectoderme et est en rapport avec les cellules épithéliales sus-jacentes. 11 se réfléchit sur les bras du manubrium, mais y est difficile à suivre.

Le corpuscule marginal (flg. 168, i) est porté à l'extrémité d'un court pédoncule, dans l'axe duquel pénètre un petit diverticulum du canal gastro-vasculaire annulaire. Il correspond à une vésicule auditive ou otocyste (i) et présente à sa base et à sa partie supérieure une tache pigmentaire, s, qui est l'organe visuel. Entre celui-ci et l'insertion de la membrane protectrice, k, s'étend un épilhelium vibratile particulier, t, doué sans aucun doute d'une sensibilité spéciale. On

(l) D'où le nom dé Médusei bésiadécs qui a encore été donné aux Acnspèdes.

ORDRB DES ACALÈPIIES. 2ïl

peut encore reconnaître à la base du corpuscule marginal deux dépressions tapissées d'épithélium vibratile, l'une inférieure, r, l'autre supérieure, q; cette dernière est considérée par Claus comme étant une fossette olfactive.

L'œuf est alécithe et forme, après la segmentation, une gastrula (fi". 169, A), dont le blastopore se ferme prématurément. La larve astome est alors semblable à la planula des Hydraires ; elle se couvre de cils et s'allonge de manière à prendre un aspect ovoïde, 13. Après être restée quelque temps errante, elle se fixe par son extrémité rétrécie ; une boucbe nouvelle ou stomodœum se creuse bientôt à

Fig- 169. — Quatre stades du développement de Chrysaova, d'après Claus, A, gastrula. — B, stade postérieur h la fermeture du blastopore. — C, larve fixée au moment de l'apparition de la nouvelle bouche. — D, larve fixée avec bouche et tentacules naissants. — bl, blastopore ; ep, épiblaste ; hy, hypoblaste ; »??, bouche ; st, nouvelle bouche ou stomodasum.

l'extrémité opposée, C, Il se forme peu après une sorte de disque pédieux qui sert de base à la larve et, autour de la bouche, une sorte de plateau sur lequel se développent successivement deux paires de tentacules pleins, dont l'axe est occupé par un prolongement de l'endoderme, D. Quatre tentacules nouveaux apparaissent ensuite dans l'intervalle des premiers, en même temps que la cavité gastrique se subdivise incomplètement en quatre chambres, grâce à la production de quatre replis endodermiques longitudinaux, qui prennent naissance dans le même plan vertical que les tentacules de dernière formation. Les tentacules augmentent encore de nombre jusqu'à ce qu'il s'en soit formé seize, et la forme Siyphistoma, qui a été le pnint de départ de notre étude, se trouve alors reconstituée.

Blanchard. — Zool. méd. 16

2l~ CLASSE DES HYDROMÉDUSES.

Grâce à leurs nombreux némàtocystes,' les Acalèphes sont au nombre des animaux les plus urticants. On est assurément loin de s'allendre à voir celle ùrticalion mise à profit dans un but thérapeutique : le fait existe pourtant, il a été signalé récemment par Spencer Wells.

Aux eaux de Sandifjord, en Norvège, on traite les névralgies et les douleurs rhumatismales par l'application d' Aurélia aurha. Cette méthode fut imaginée, en 1837, par le Dr Thaulow et introduite par lui dans l'établissement thermal dont il est le fondateur; l'idée de ce traitement lui fut suggérée par l'observation d'un malade atteint de douleurs névralgiques et qui fut complètement guéri après avoir été piqué par une Méduse, en prenant un bain de mer. L'application de l'Acalèphe est d'ailleurs des plus simples. Un baigneur tient celui-ci par la face convexe ou supérieure de l'ombrelle, qui est lisse et dépourvue de némàtocystes, et touche légèrement à plusieurs reprises, avec la face inférieure, les parties au niveau desquelles on veut produire une révulsion. 11 en résulte une irritation assez forte; le patient ressent une vive cuisson, une brûlure; la peau rougit, la région se tuméfie et reste ainsi pendant plusieurs heures; parfois même, on observe de l'érylhème qui persiste pendant quelques jours. Le malade ressent dans diverses parties du corps des douleurs fulgurantes el un ébranlement qu'il compare à une décharge électrique; la céphalée est assez fréquente. Des névralgies et des rhumatismes rebelles ont cédé rapidement à cette médication.

Th. Eirner, Die Medusen physiologisch und morphologisch auf ihv Nervensyslem Untersucht. Tubingcn, 1878.

E. Hœckel, Dus System der Medusen. Iena, 1 879.

E. Hœckel, Die Tiefsee- Medusen der Challenger-Reise und dev Organismus der Medusen. Iena, 1881.

E. Hœckel, Metagenesis und Hypogcnesis von Aurélia aurita. Iena, 1881.

T. Spencer Wells, Remarks on holiday -making and health-resorts ofNorway. Dritish med. journal, II, p. 504, 1G sept. 1882.

On ne peut méconnaître que les Acalèphes ont avec les Anthozoaires de grandes affinités, que nous avons eu déjà l'occasion de faire ressortir : il y a donc lieu de penser que ceux-ci ont été les ancêtres de ceux-là ou tout au moins que les uns et les autres dérivent d'une soucheeommune.Les Hydroïdes etlesSiphonophores sont étroitement apparentés les uns aux autres; ils ont moins de ressemblance avec

CLASSE DES CTÉNOPlIORIiS.

les Actinozoaires qu'avec les HyJrocorallines, dont l'origine est très ancienne. La classe des Hydroméduses semble donc provenir de deux souches fort distinctes. Dans les espèces à génération alternante, les observateurs s'accordent à regarder la forme sédentaire et asexuée comme la forme primitive. C. Vogt et E. Yung pensent au contraire que la forme médusaire représente l'état primitif de l'animal, et la forme fixe polypoïde un état tout secondaire. Les arguments qu'ils apportent à l'appui de leur opinion ne sont point encore suffisamment convaincants.

CLASSE DES CTÉNOPHORES

Les Cténophores sont tous des animaux marins. Ils nagent librement, ne présentent point d'alternances de génération et ne forment jamais de colonies. Leur corps est habituellement sphérique ou cylindrique, mais peut quelquefois s'aplatir comme un ruban (Césium). La symétrie est nettement bilatérale, aussi bien suivant le plan transversal que suivant le plan sagittal. La substance du corps, constituée en grande partie par une masse gélatineuse analogue à celle des Méduses et d'origine mésodermique, est parfois d'une transparence parfaite (Bolina), en sorte qu'on peut aisément saisir les détails de son organisation, à moins que du pigment ne s'accumule dans l'ectoderme.

La surface du corps présente huit bandes de palettes ciliées (fig. 172, g), formant des plaques pectiniformes au moyen desquelles les Cténophores nagent et auxquelles ils doivent d'ailleurs leur nom; ces bandes, dont l'étendue est très variable, sont disposées longitudinalement suivant des méridiens. Dans les cas où les lobes péribuccaux font défaut, elles constituent le seul appareil de locomotion dont puisse disposer l'animal le corps ne présentant point ces actives contractions que nous avons constatées chez les Méduses. Le Cténophore meut à son gré ses palettes natatoires,

Fis.

Beroe Forskali.

CLASSE DES CTÉNOPHORES.

soit toutes ensemble, soit par séries, soit par groupes de palettes La bouche est toujours dirigée en arriére pendant la natation Elle est située à l'un des pôles (fig. 172, a), et est assez fréquemment entourée de lobes plus ou moins développés. Large chez Beroe (fig 170) elle est rétrécie chez Pleurobrachia (fig. 171), et cette différence de forme a permis de distinguer les Cténophores en Eurystomes (Beroe Idyopsis, Ringia) et en Sténostomes (Pleurobrachia, Cydippe, Owenia, Gestum, Bolina, Mmmia, etc.). L'estomac (fig. 172, b), qui fait suite au

Fig. 171. — Pleurobrachia pileux.

tube buccal, est très vaste chez les Eurystomes, mais rétréci cbez les autres Cténophores; il est parcouru longitudinalement par deux saillies glandulaires, c. Son fond, que des muscles spéciaux peuvent clore, communique avec une cavité nouvelle, l'entonnoir, d, qui occupe l'axe du corps et qui, au pôle aboral, émet deux petits canaux, e, venant chacun déboucher au dehors; leur orifice de sortie, entouré d'un muscle qui en permet l'occlusion, n'est situé dans aucun des deux plans de symétrie, mais est compris dans un plan qui croise ceux-ci suivant un angle de 4S°.

L'entonnoir est fortement aplati dans le sens latéral. 11 émet un

CLASSE DES CTÉNOPIIORES. 245

certain nombre de diverticulums qui prennent tous naissance dans le plan transversal, au niveau de l'estomac. Ce sont d'abord deux culs-de-sac (fig. 172, f), qui marchent parallèlement à l'estomac c'est ensuite, de chaque côté, un canal gastrovasculaire transversal , g. Ce dernier canal se divise de bonne heure en deux branches, h, dont chacune se bifurque à son tour, i, pour aller se terminer dans un canal méridien, l, qui court parallèlement à la bande ciliée et à peu de distance au-dessous d'elle. Eu égard à leur situation par rapport aux deux plans de symétrie, les huit bandes ciliées peuvent être divisées en deux groupes :

les unes sont sub-sagittales, les autres sont sub -transversales ; les canaux méridiens correspondants peuvent recevoir la môme dénomination. Chez les Pleurobrachies, les huit canaux méridiens se terminent de part et d'autre en cul-de-sac ; mais chez d'autres Cténophores , tels que les Mnémides, certains vaisseaux peuvent se réunir entre eux par des anastomoses transversales, sans que pourtant on observe jamais d'anneau vasculaire péri-buccal.

Tous les Slénostomes sont munis de deux longs tentacules latéraux, o, diversement ramifiés et capables de se rétracter dans une poche, n, creusée dans la substance gélatineuse. Comme chez les Méduses, ces

Fig. 172. — Coupe verticale théorique du corps d'un Cténophore {Plenrobrachia). La coupe passe par le plan transversal du côté- gauche et par le plan du canal méridien subtransvcrsal du côté droit. — a, bouche ; b, estomac ; c, bourrelet glandulaire; d, entonnoir; e, canaux par lesquels l'entonnoir s'ouvre au dehors; f, cascums parallèles à l'estomac; g, canal gastro-vasculaire transversal ; h, ses branches de bifurcation ; i, branches de bifurcation du canal h; l, canal méridien ; ;n, canal tentaculaire; », poche tentaculaire ; o, tentacule; p, otocyste ; qy palette ciliée.

246 CLASSE DES CTÉNOPHORES.

tentacules sont creusés d'un canal, m, qui n'est lui-même qu'une branche du canal gastro-vasculaire transversal. Leur paroi est très musculeuse et est tapissée d'un épithélium externe renfermant un grand nombre de némalocystes d'une structure particulière; l'épithélium interne est cilié, comme du reste dans toute l'étendue du système gaslro-vasculaire.

Le pôle aboral est occupé par une grosse vésicule, p, dans laquelle l'examen microscopique permet de reconnaître un otocyste, enchâssé au fond d'une dépression que l'animal peut faire disparaître à son gré. On n'a pas réussi jusqu'à présent à reconnaître le système nerveux central, mais il est vraisemblable que des recherches ultérieures le feront découvrir dans les tissus qui avoisinent la vésicule auditive.

Les Cténophores sont des animaux hermaphrodites. Leurs glandes génitales se développent dans les canaux méridiens et plus particulièrement dans des culs-de-sac que présentent latéralement ces canaux, au niveau de chaque palette ciliée. Les produits sexuels s'y forment d'une façon très régulière : un côté du canal est tout entier mâle, tandis que l'autre côté est femelle. Ces glandes dérivent sans doule de l'ectoderme : elles sont recouvertes par l'épithélium cilié qui tapisse le canal, mais, au moment de la "maturité, leurs produits déchirent cet épilhélium et tombent dans la lumière du vaisseau. Le développement est direct et sans métamorphoses.

E. Hœckel, Ursprung und Slanvnverwandlschaf't der Ctenophoren. Sitzungsbericlite der Jenaischen Gesellschaft, p. 70, 1879.

C. Cliun, Die Cienuphoren des Golfes von Neapel. Leipzig, 1880.

R. Hertwig, Ueber den Bau der Ctenophoren. Jenaisclie Zeitsclirift, XIV, p. 313, 1880.

LesartinitésdesCténophores sontlongtemps demeurées incertaines. Hœckel a décrit récemment, sous le nom Ctenuriu ctenophora, un curieux Médusoïde qui se rattache étroitement à Cludonema, mais qui, de même que les Cténophores, présente un entonnoir, deux tentacules pouvant se rétracter dans des poches creusées dans le lissu de l'ombrelle, et huit zones méridiennes ciliées, situées à la surface dans le plan des adrayons. 11 n'hésite pas à considérer cette forme comme établissant directement le passage des Anthoméduses, tels que Cladonema et Gcmmaria, aux Cténophores tels que Cydippe et Pleurobrachia; il en conclut que les Cténophores dérivent des Craspédotes. Cette opinion est des plus plausibles ; on ne doit pourtant pas perdre de vue que, si leur phylogénie semble les rapprocher de ces derniers, l'ontogénie des Cténophores n'est pas sans analogie avec celle des Acalcphes, comme le prouve la formation d'un stomodœum chez la

CLASSE DES CTÉNOPHORES.

larve, c'est-à-dire d'une bouche secondaire produite par perforation du blastoderme, après oblitération du blastopore ; il est d'ailleurs possible que ce caractère soit une acquisition secondaire.

Le tableau suivant montre la descendance et les affinités des Cœlentérés entre eux, autant que permeltcntd'en juger les données actuelles de la science :

Acalè

plies.

Siphonophores.

Anthozoaires.

Ciénophores.

(Ctenaria).

^Craspédo(es).

Spongiaires.

Synhyd

raires.

Hydrâires.

[Gasirsea?)

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