T/EN1A SA GIN ATA
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Les Ténias présentent de fréquentes anomalies, et T. sayinata semble être particulièrement remarquable à cet égard. Nous avons dit déjà que les ventouses étaient habituellement teintées en noir par du pigment. Il n'est pas rare de voir celui-ci se répandre au voisinage des ventouses, et la tête présente alors dans son ensemble une coloration noire plus ou moins régulière. Dans certains cas, la production de pigment peut s'exagérer encore : le cou et même la chaîne tout entière des anneaux peuvent prendre une teinte noire.
Le professeur Laboulbène a décrit, en 1875, sous le nom de T. nigra, une variété de Ténia inerme remarquable par sa coloration noire ou plutôt d'un noir ardoisé. Ce Ver, long de 6mo0, avait été rendu par un Homme qui avait longtemps habité les États-Unis; les pores marginaux, saillants et gonflés, avaient une teinte blanchâtre qui tranchait sur le fond du corps et les faisait ressembler à des perles. La femme du malade, ayant elle-même habité l'Amérique du Nord, assura que les négresses rendaient souvent des Vers noirs. De son côté, Libermann a pu voir à Monterey les débris de deux Ténias à coloration gris ardoisé foncé, recueillis au Mexique, chez des métis de Mexicains et d'Indiens; on lui affirma que cette variété se rencontrait parfois dans ces contrées.
Il s'agit encore d'une anomalie du môme genre dans l'observation de Bruneau, qui a vu rendre par une femme « un fragment de Taenia d'une longueur de 75 centimètres, à anneaux très petits, mais presque cylindriques et donl les pores génitaux présentaient une saillie très marquée: de plus, la couleur de ce Taenia était d'un brun assez foncé. La tête ne fut point trouvée ».
Nous croyons devoir rapprocher de ces variétés celle que Redon a rencontrée chez les soldats des colonnes du Sud-Oranais et qu'il a
•™<J OHDKE DES CËSTODES.
décrite sous le nom provisoire de Tœnia algérien. 11 s'agit d'un Ténia inerme, d'une teinte uniformément grise, mais dont les ventouse?, profondes et arrondies, seraient dépourvues de pigment.
Le nombre des ventouses peut par exception être porté à 5 ou 6, par suite du développement de 1 ou2 ventouses surnuméraires; mais il faut bien se garder de prendre pour une ventouse, comme l'a fait plus d'un observateur, et notamment Gomez, la dépression qui parfois occupe le sommet de la tôle. L'augmentation du nombre des venfouses semble être en rapport avec certaines monstruosités doubles dont il sera question plus loin.
Chaque anneau ne présente normalement qu'un seul pore marginal, correspondant à un seul appareil génital hermaphrodite. Mais il n'est pas rare de rencontrer des Ténias dont quelques anneaux sont remarquables par la pluralité des orifices marginaux, soit que ceuxci se trouvent placés les uns au-dessus des autres, plus ou moins nombreux, sur un même bord latéral, soit qu'ils se disposent régulièrement sur l'un et l'autre côté. Cobbold parle d'un T. saginata dont quelques anneaux consécutifs présentaient un pore marginal de chaque côté. Pallas a vu 2 et 3 pores marginaux sur un même anneau ; Leuckarten a compté jusqu'à 5. Dans les cas de ce genre, il est possible de constater, par une étude anatomique délicate, qu'un appareil génital hermaphrodite est en rapport avec chacun des pores marginaux : les organes centraux, tels que l'ovaire et l'utérus, sont plus ou moins réduits, mais le vagin et le canal déférent acquièrent d'habitude un développement normal. Cette observation a, dans l'espèce, une certaine importance, en ce qu'elle nous montre que l'anomalie en question est due à la coalescence et à la fusion complète de plusieurs anneaux, ou plutôt à ce que la segmentation est venue à manquer sur une certaine longueur.
Si cette anomalie se produit sur une étendue encore plus considérable, le Ténia se présente sous le singulier aspect qu'a décrit et figuré le professeur Colin, du Val-de-Grâce, d'après un fragment de T. solium expulsé, en 1868, par un officier revenant du Sénégal. Ce fragment (fig. 236) était formé de 6 anneaux à structure normale, à la suite desquels venait un ruban long d'environ 15 centimètres et sur toute la longueur duquel tous les anneaux s'étaient fusionnés en une seule masse, sans aucune ligne de démarcation. Les pores marginaux étaient répartis sans ordre, 14 d'un côté et 12 de l'autre, tantôt espacés, tantôt pressés les uns contre les autres. Colin propose de donner à celte anomalie le nom de Tœnia fusa ou T. continua.
Welch mentionne un cas analogue chez T. saginata : sur une étendue d'environ 5 centimètres, on ne distinguait aucune limite, ni externe ni interne, entre les anneaux; les pores marginaux étaient
T/ENIA SAGINATA. 361
amassés des deux côtés en paquets de 2 à 5 et leur nombre total était bien supérieur à la normale. Un utérus commun s'étendait d'un bout à l'autre de la région ainsi constituée, sans présenter la moindre trace de segmentation; les vagins et les canaux déférents ét.iient nombreux, au contraire, et l'appareil femelle était rempli d'œufsbien développés.
Vallin a pu encore observer cette anomalie sur un Ténia expulsé par un individu qui revenait du Sénégal : il y avait fusion complète des anneaux sur une grande longueur ; les pores génitaux étaient situés sur le bord et très irrégulièrement disposés, mais quelques-uns d'entre eux se voyaient sur l'une des faces de l'anneau. Ce même Ténia présentait encore d'autres anomalies : quelques-uns de ses anneaux étaient fenêtrés et sa portion terminale était brune sur une longueur de deux mètres; le changement de teinte se faisait brusquement au niveau d'un anneau dont une moitié était brune et l'autre d'un blanc nacré.
Au dire de Cobbold, il existe également au musée du Royal Collège of Surgeons deux fragments de T. solium qui présentent une semblable anomalie: l'un d'eux est perce de 32 orifices sexuels, disposés irrégulièrement sur les bords et dont l'un s'ouvre sur la lig^ne médiane delà face ventrale, comme chez les Bothriocéphales.
Entre la fusion et la séparation complètes des différents anneaux, on peut s'attendre à voir, comme terme de transition, des exemples de coalescence imparfaite, une ligne de démarcation partant de l'un des bords ets'avançant plus ou moins loin, mais sans l'atteindre, à la rencontre du bord opposé. Andry a déjcà figuré cette anomalie chez T. saginata, où nous l'avons nousmôme observée; Weinland l'a rencontrée aussi chez T. solium. Chaque segment de ces anneaux doubles, présentant un pore marginal, possède aussi ses glandes gé-
t™i J u°* l°Ute Hgne d° démarcali™ Wt défaut, elles
peuvent se rapprocher plus ou moins de celles du segment conligu, ma s sans pourtant se fusionner avec ces dernières, une autre anomalie se trouve réalisée dans les cas, observés par
Fig. 23G. - Tmnta fusa ou continua, d'après Léon Colin.
362 ORDRE DES CESTODES.
Welcii, où un anneau à limites nettes est pourvu de deux pores marginaux, s'ouvrant vis-à-vis l'un de l'autre et chacun sur un bord latéral. Il semble au premier abord que l'on ait affaire à une disposition analogue à celle qui s'observe chez T. cucumerina, mais, si les testicules sont répartis en deux groupes, dont chacun communique avec un canal déférent, il est du moins facile de constater que l'appareil femelle est unique, à part la duplicité du vagin. Il faut rapprocher des cas précédents ceux où un anneau surnuméraire s'enfonce plus ou moins profondément, à la façon d'un coin, entre deux autres anneaux. Cette anomalie a encore été vue et figurée par Weinland chez T. soliwn, par Leuckart chez T. saginata (fig. 237). Moniez pense qu'elle tient à un dédoublement transitoire de la zone génératrice des anneaux.
On doit encore considérer comme une simple variété de T. saginata le Ver décrit par Weinland sous le nom de T. solium, var. abietina. Ce Ver figure dans les collections du Musée zoologique de Cambridge, Mass. ; il provient d'un Indien de Saut Sainte- Marie (Lac Supérieur) et a été rapporté en 18o0 par L. Agassiz. C'est une chaîne de quelques pieds de longueur, formée par la partie mûre du Ver : la tôle, le cou et la moitié antérieure font défaut. Bien que Weinland considère ce Ténia comme une simple variété de T. solium, il est plus rationnel de le rapporter au Ténia inerme, auquel il ressemble notablement par ses œufs et par ses anneaux, si ce n'est que ces derniers sont plus étroits et plus minces.
Tous les anneaux sont en effet très minces, presque transparents el tous également étroits : leur largeur est d'environ 4 millimètres, leur longueur de 12 millimètres (fig. 238, A). Les orifices génitaux sont très petits et sans lèvres extérieures. L'utérus est plus régulier que chez T. solium ou chez T. saginata; toutefois, il ressemble davantage à celui de ce dernier. Le tronc médian de l'organe est droit; les branches qui en parlent sont au nombre de 30 environ; elles naissent à angle droit sur le tronc principal, ou bien en formant un angle d'environ 45°. Ces branches sont toujours parallèles entre elles el ordinairement droites; elles ne se subdivisent pas à leur extrémilé, sauf l'anlérieure et la postérieure de chaque anneau. Les œufs sont très
Fig. 237. — Anneaux sumumé raires de Tœnia saginata, d'à près Leuckart.
Fig. 238. — Tmnia abietina , d'après Weinland. — A , anneau montrant les ramifications de l'utérus. B, œuf grossi 350 fois.
TAENIA SAGINATA. 363
nombreux el donnent à l'utérus une teinte jaunâtre visible à l'œil nu. Ils mesurent 30 p sur 33 \>. (fig. 238, B) : leur membrane extérieure est épaisse de 3 u.; en dedans d'elle se voit une seconde enveloppe, épaisse de 0,0 p. et renfermant un embryon long de 1G p.
Bremser a décrit comme résultant de la coalescence de deux Ténias une monstruosité caractérisée par l'aspect prismatique ou trièdre des anneaux. « C'est, dit-il, un morceau de Ténia de plusieurs pieds de long, et qui offre cela de particulier, qu'il y a deux Ténias fortement unis au bord d'une articulation. » Ce spécimen est encore conservé dans la collection helminthologique du Musée de Vienne ; Diesing en parle en ces termes : « Adest prœterea fragmentum circa tripedale, individuis binis lateribus concretis, marginibus vero liberis. » Sur un Ténia de Chat qui présentait la même anomalie, Bremser a pu reconnaître que celle-ci coïncidait avec l'existence de six ventouses et Leuckart a fait plus récemment une observation semblable chez T. cœnurus.
Le « Ténia hybride » signalé par Brera rentre sans doute dans cette anomalie. 11 en est certainement de môme pour les cas de Levacher, de Zenker, de Vaillant, pour T. capensis Kiich., pour T. lophosoma Cobbold, etc. Levacher a vu une fillette de trois ans expulser un Ténia porteur d'une crête longitudinale, qu'il était capable de coucher ou de redresser à volonté. Kûchenmeister a décrit sous le nom de « Ténia du cap de Bonne-Espérance » un Ver que le Dr Rose lui avait envoyé de l'Afrique australe ; l'animal, dont la tête est inconnue, avait les anneaux conformés comme ceux du spécimen vu par Levacher ; Leuckart montra qu'il s'agissait d'une simple anomalie et l'espèce T. capensis dut disparaître du cadre zoologique.
Vaillant a décrit un Ténia d'espèce indéterminée, sans doute T. saginata, dont chaque anneau présentait sur l'une de ses faces une crête médiane et longitudinale, dont la hauteur était égale à la moitié de la largeur de l'anneau ; les pores génitaux, bien visibles sujr chaque article, étaient irrégulièrement alternes sur chacun des trois bords. La tête n'a pas été observée, mais Vaillant admet avec raison que la monstruosité avait été occasionnée par une malformation primitive de l'extrémité céphalique.
Il ne faut voir encore qu'une monstruosité du même ordre dans la prétendue espèce que Cobbold a décrite sous le nom T. lophosoma, d'après un exemplaire du Musée du Middlesex Hospilal. Complet, l'animal devait avoir une longueur de 8 pieds : une crête longitudi-
36i ORDMJ DES CliSTODES.
nalc en occupe toute l'étendue. Les segments sont beaucoup plus petits que les anneaux adultes de 7'. solhim; ils sont de plus caractérisés par la disposition des pores génitaux en une série unilatérale occupant le milieu du bord gauche de chaque anneau. Les œufs mesurent environ 30 ja.
Cùllingworth a observé, chez une femme âgée de 40 ans, un Ténia
dépourvu de léte et muni d'une crête longitudinale sur laquelle s'ouvrait le pore génital. Sur 304 anneaux examinés, 4 seulement avaient le pore s'ouvrant sur le côté; un seul anneau présentait deux orifices, savoir :
l'un sur le côté, l'autre sur la crête. Les œufs étaient semblables à ceux de T. saginata; l'utérus envoyait des prolongements dans la crête. Cette observation est fort semblable à celle de Cobbold et des considérations diverses conduisent à penser que l'espèce T. lophosoma, encore défendue par cet helminthologiste, n'est pas valable.
Les observalions précédentes se rapportent à T. saginata. La suivante nous est au contraire fournie par T. solhim :■ elle est particulièrement intéressanle en ce qu'elle nous démontre l'existence possible de monstruosités identiques chez ces deux Cestodes, ce qui d'une part montre leur étroite parenté, et d'autre part nous autorise encore une fois à établir une comparaison, au point de vue de la tératologie, entre les deux grands Ténias de l'Homme. Zenker a vu un exemplaire de T. solium long de 46 centimètres et parcouru par une crête longitudinale et médiane, sur laquelle s'ouvraient tous les pores génitaux. Ce qui rend celte observation particulièrement importante, c'est que la tête était pourvue de six ventouses.
Pour en finir avec les monstruosités des Ténias, nous devons parler
Fis. ?39.
— Tœnia fenestrata, d'après Léon Colin.
T/ENIA SAGINATA.
encore Je ceux dont les anneaux se montrent perforés. Celte anomalie a été décrite et figurée pour la première fois sur T. saginata par Masars de Cazeles : cet observateur crut avoir affaire à une espèce particulière, le Ténia fenôtré. Bremser a vu deux fois cette monstruosité : dans un cas, quelques anneaux seulement étaient perforés ; clans l'autre tous les anneaux étaient troués sur une longueur de plusieurs pieds. Délie Chiaje a représenté 18 anneaux d'un Ténia renêtré. Semblable anomalie a éLé observée par le professeur Colin sur un T. saginata (fig. 239) rendu par un soldat qui l'avait contracté pendant la campagne de Syrie : 32 anneaux étaient fenôtrés, les autres élant pleins et normaux. Leuckart a observé des fragments provenant de deux Ténias qui présentaient une malformation analogue : sur l'un d'eux, formé de 121 anneaux, on pouvait suivre l'anomalie depuis son point de départ jusqu'à son complet développement. Récemment enfin, Notta et Marfan ont encore rencontré cette môme monstruosité chez le Ténia inerme. De tous ces faits on peut conclure que la perforation débute par le centre et s'irradie vers le bord de l'anneau ; elle est d'autant plus accentuée qu'on examine des anneaux plus éloignés de la tête. La lésion se produit de dedans en dehors et semble être occasionnée, dans la plupart des cas, par la rupture de l'utérus, qui a pour conséquence la déchirure de la paroi des anneaux. 11 est pourtant des cas où la perforation débute par une érosion superficielle, que Kùchenmeister et Marfan ont voulu expliquer par une action digeslive.
Andry, De la génération des Vers cht7is le corps de l'Homme. 3e édition. Paris, 1741. — Voir p. 202.
Masars de Cazeles, Sur le Txnia,ou Ver solitaire, et plus particulièrement . sur un Tœnia percé à jour. Journal de méd., chir., pharm., XXIX, p. 2G,
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Levacher, Comptes rendus de l'Académie des sciences, XIII, p. G61, 1841. S. délie Chiaje, Elmintografia uma?ia. Napoli, 18i'». — Voir pl. IV, fig. 2 et G.
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«w> OltDRE DES CESTODES. -
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La présence du Ténia une fois constatée, le malade a hâte de se débarrasser de cet hôte incommode : aussi n'a-t-on que peu de renseignements quant à sa longévité. Mialhes a publié l'observation d'un Ténia ayant duré plus de 3 ans; Judas et Maublanc l'ont vu durer 4 ans, Strandberg 5 ans et demi, Lebail 8 ans, Judas et Delpech 9 ans, Judas et van Peteghen 10 ans, Mérat et Gomez 12 et 15 ans. Wawruch rapporte quelques cas où la maladie a persisté pendant 15, 25 et même 35 ans.
Dans tous ces cas, l'expulsion du parasite a été provoquée par l'administration d'un médicament approprié ; il ne s'agit donc point ici de sa mort naturelle. Ce que nous savons de la chute des anneaux et de la production incessante de nouveaux segments dans la région du cou nous amène presque à conclure que l'existence du Ténia n'est limitée que par celle de l'individu qui l'héberge. Et pendant toute la durée de sa longue existence, il produira chaque jour, comme l'a montré Perroncito, 13 à 14 anneaux dont chacun renferme en moyenne 8800 œufs. Existe-t-il dans la nature un seul animal qui dispose, pour assurer sa reproduction, d'aussi puissants moyens ?
Sans sortir du domaine des faits habituels, évaluons à 15 années la longévité du Ténia inerme et supposons que tous les anneaux demeurent attachés les uns aux autres : au bout de ce temps, il se sera formé une chaîne longue d'environ 400 mètres, composée d'à peu près 7500 anneaux et renfermant plus de 650 millions d'œufs.
T.EMA SAGINATA. 367 Le Ténia inerme siège dans l'intestin grêle : nous avons indiqué déjàce fait, mais il ne sera pas hors deproposd'y revenir, pour le préciser. Ce parasite se fixe d'ordinaire à peu de distance du pylore, parfois même dans la première portion du duodénum : il engage sa tête entre les villosités et adhère si fortement à l'aide de ses ventouses qu'il est très difficile de le détacher; il s'étire et s'allonge quand on cherche à l'isoler et se hrise dans la région cervicale, plutôt que de lâcher prise. Il faut croire que, chez les Ténias armés, les crochets ne servent pas, ou du mo'.ns ne servent que secondairement à Ja fixation : les cliniciens savent en effet que, des deux Ténias habituels de l'Homme, Txnia solium est plus facile à expulser que T. sagitiata.
Du point où il s'attache sur la muqueuse, le Ver s'étend vers la valvule iléo-cœcale, en suivant les circonvolutions de l'intestin; il est d'ordinaire allongé; plus rarement, il se replie ou se pelotonne sur lui-même. Primer a trouvé chez un nègre, dont il faisait l'autopsie, cinq Ténias occupant tout l'intestin, qui en paraissait comme rembourré. Dans le cas où le parasite atteint une longueur exceptionnelle, on peut le voir passer dans le gros intestin : Robin (1766) a trouvé dans le cadavre d'un Homme, immédiatement au-dessous du pylore, un Ténia formant dans le duodénum un peloton gros comme une pomme de reinette et qui s'étendait, en outre, dans toute la longueur des intestins, jusqu'à 7 ou 8 pouces de l'anus. L'extrémité de l'animal peut même sortir de l'anus au moment de la défécation, puis remonter dans l'intestin, comme Andry l'a constaté. On doit considérer comme exceptionnel le cas, observé par Brendel sur le cadavre d'un enfant de dix ans : un Ténia s'attachait à l'iléon et se dirigeait vers le duodénum, en sens inverse du cours des matières intestinales. Siebert a vu également le Ténia se diriger vers l'estomac.
On croit assez généralement que le Ténia est expulsé spontanément au cours des maladies graves pouvant occasionner la mort, en sorte qu'on ne le trouverait pas à l'autopsie. C'est là une erreur contre laquelle s'élevait déjà Davaine : on trouvera citées dans son excellent ouvrage (1) un grand nombre
(I) Davaine, traité des Entozoaires, 2° édit. Paris, 1877. — Voir p. 95 et %.
368 ORDRE DES CESTODES.
d'observations de Ténia sur le cadavre. Davaine lui-même n'a jamais constaté le fait, mais le professeur Laboulbène a eu récemmpnt l'occasion de trouver vivant, 33 heures après la mort subite du malade, un Tœnia saginata long de 4n,,10. Welch rencontra quatre Ténias inermes dans l'intestin d'un individu dont il fit l'autopsie à l'hôpital de Netley.
A. Laboulbène, Le Ténia observé dans l'intestin. Bull, de la Soc méd. des hôpitaux (2), XVII, p. 148, 1880.
Dans l'immense majorité des cas, le Ténia est évacué par l'anus : il peut exceptionnellement être rendu par le vomissement. La première observation de ce genre est due à J. Rodriguez {Amatus Limitâmes) : une femme rendit par la bouche, après une quinte de toux, un Ver dont la description se rapporte au Ténia. Schenck, en 1644, a vu une femme vomir un Ténia rassemblé en boule et long de 3 aunes ; Vallisneri dit d'une femme juive qu'elle rendait des fragments de Ténia par la bouche ; van Dœveren rapporte l'histoire d'un paysan auquel on avait administré l'émétique et qui vomit un Ténia ; While vit, en 1797, un homme de trente-six ans vomir un Ténia long de 18 aunes ; Lavalette (de Meaux) parle d'une femme de trente ans qui rendait des cucurbitins par la bouche; Hebsaamen, en 1836, a vu, dans le canton de Zurich, une femme vomir un Ténia; Weishaar a vu une phlhisique, peu de temps avant sa mort, vomir un Ténia complet; Schneider, de Fulda, a encore observé le môme fait chez une femme. Seeger ajoute à cette liste deux cas nouveaux : l'un est relatif à une femme de trente-deux ans, chez laquelle le parasite as ait déterminé de très graves accidents épileptil'ormes; l'autre se rapporte à une petite fille d'un an et demi, qui rendit parle vomissement deux jeunes Ténias armés. Plus récemment, Bérenger-Féraud a rapporté l'observation d'un soldat d'infanterie de marine qui vomit un fragment de Ténia de 2 mètres, et Hitch a vu, au Poplar and Stepney Sick Asylum, une femme de soixanle-dix-neuf ans évacuer par la bouche un Txnia saginata muni de sa tôle et long de 28 pieds. Labbé a observé un fait analogue chez le Chien.
On connaît enfin des cas, d'ailleurs fort rares, où des Ténias erratiques sont sortis par une lésion de l'intestin. Davaine fait remarquer avec raison que le Ver n'est pour rien dans la production de la lé-, sion qui lui donne issue; sa tûte, qu'il enfonce dans la membrane muqueuse de l'intestin, ne détermine aucune inflammation, aucun changement appréciable dans cette membrane et ne peut en causer la perforation. Bellacatus, Darbon, Law et Burdach ont vu des Ténias sortir par le canal de l'urèlhre, les deux premiers chez des
TVENIA SAGINATA.
hommes, les deux derniers chez des femmes; le parasite avait sans doute pénétré dans la vessie par le moyen d'une ulcération faisant communiquer celle-ci avec le rectum; une observation du môme genre rapportée par Johert (de Guyonvelle) est douteuse. Hildesius a vu sortir un Ceslode par un abcès inguinal; Rosenstein, Spôring, Moulenq ont vu des Ténias sortir par une fistule inguinale; von Siebold en vit un autre apparaître au dehors par un abcès ombilical. Enfin, Bellom rapporte l'observation, faite sur un nègre du Sénégal, d'un Ténia ayant passé presque entièrement dans la cavilé péritonéale par une ulcération étroite et sinueuse faisant communiquer celte dernière avec le jéjunum.
Ed. Labbé. Bull, de la Soc. méd. des hôpitaux (2), XVII, p. 200, 1880. F. Hitch, Case of tapeworm passed by the mouth. British med. journal, II, p. 789, 1882.
Les Ténias sont appelés vulgairement Vers solitaires, en raison de la croyance que l'intestin ne peut jamais renfermer qu'un seul de ces parasites. En effet, le Ténia est le plus souvent unique; on a pu pourtant, dans bien des cas, en observer un plus ou moins grand nombre chez la même personne. Bremser, délie Chiaje, Seeger, Kiichenmeister, Cobbold, Laboulbène, H. Roger, G. Paul, Laveran, Hamon- Dufougeray en ont vu évacuer 2 à la fois ; la plupart des mêmes observateurs, puis Dozy, Martin-Solon, Brasseur, Bérenger- Féraud et Féréol en ont vu expulser 3; Rudolphi, Kiichenmeister, Welch, Vidal, Palm, Krabbe, Friis, Bérenger- Féraud et Hamon-Dufougeray -4 ; Werlhove, Pruner, Bilharz, Kiichenmeister, Donnadieu (cité par Vaillant) etElben 5; Weishaar, Seeger et Barth 6; Pfaff, Louis et Arm. Moreau 7; Salathé, Kiichenmeister, Bilharz et Krabbe 8; Mongeal et Bérenger-Féraud 12 ; Mayer 13, Escallier et Zenker 14, Kubyss 15, LeprieurlG, Leuckart 17, Gérard Nitert (cité par de Haen) 18, AYurner 21, Laveran 23, Kubyss 25, Richard 27, le professeur Heller (de Kiel) 28, Mmo Heller (de Hambourg) 30, Kiichenmeister 33, Kleefeld 41 et Laker 59.
Dans ce dernier cas, il s'agissait de jeunes Tœnia solium, encore dépourvus d'organes génitaux et longs seulement de quelques centimètres; il en était probablement de même dans l'observation précédente.
Pour la plupart de ces observations, surtout pour les plus Blanchard. - Zoo', méd, 24
370 OUPilE DES CESTODES.
anciennes, on ne saurait dire à quel Ténia on avait affaire, Cette détermination n'aurait du reste pas grande importance, car Taenia solium et T. saginata semblent à cet égard se comporter de la môme manière : par exemple, Richard a vu 27 T. saginata et Heller 28 T. solium chez le môme malade.
Les observations qui précèdent nous montrent la pluralité possible des Ténias chez un môme individu, mais il ne faut pas perdre de vue que ce fait est exceptionnel, surtout lorsqu'il s'agit de chiffres élevés. Aussi convient-il de ne mentionner qu'avec réserve le cas rapporté par Lister, qui aurait trouvé 100 Ténias dans un duodénum très dilaté.
Dans les cas de pluralité des Gestodes chez un même individu, on peut rencontrer parfois des Vers d'espèce différente. Le professeur Heller, de Kiel, a vu chez un boucher Tsenia saginata en môme temps que T. solium. Des observations toutes semblables ont élé faites par Miiller et par Werner. . D'autre part, Gréplin a trouvé un Ténia d'espèce indéterminée en même temps qu'un Bothriocéphale, et Boéchat a vu un malade expulser à la fois un Ténia inerme long de S mètres et un Bothriocéphale long de 16 mètres; Davaine rapporte également quelques cas analogues.
L. Vaillant, Remarques à l'occasion d'une observation de Tœnia multiple chez l'Homme. Comptes rendus de la Société de biologie (5), II, p. f)0, 1870.
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C'est surtout chez des adultes que s'observe le Ténia, mais on le rencontre aussi assez souvent chez des enfants et chez des vieillards. Il est particulièrement digne d'intérêt de cons£" tater sa présence chez des enfants nouveau-nés ou chez des enfants qui ne mangent pas encore de viande et qui, par con-
TjENIA SAGINATà. 371
séquent, semblent devoir échapper aux causes habituelles d'infestation. En 1830, Millier (de Tiibingen) fit rendre à un enfant de cinq jours un Ténia long d'un pied et demi. En 1871, Armor vit au Long Island Hospital, à Brooklyn, N.-Y., un enfant de trois jours rendre par l'anus des anneaux mûrs de Ténia. Il n'est pas possible de révoquer en doute ces observations, surtout la dernière, qui a été relevée au jour le jour pendant un mois et demi et qui présente toutes les garanties de sincérité désirables. Les faits auxquels elles se rapportent n'en sont pas moins paradoxaux et difficilement explicables dans l'état actuel de nos connaissances quant au développement et au mode de propagation des Ténias.
Il est plus aisé de comprendre la présence de Ténias cbez des enfants âgés de quelques mois, encore que ce soit là un rare phénomène. Kennedy parle d'un enfant de 5 mois, en parfaite santé et nourri au biberon, qui expulsa spontanément un Ténia de petite taille. Hufeland a vu un Ténia rendu par un enfant de 6 mois. Weishaar a observé à peu près 500 cas de Ténia, dont deux se rapportaient à des enfants de 6 mois. Wolfius a vu un Ténia chez un enfant de 8 mois ; Betz, Laroche, Legendre, Fleischmann, chez des enfants de 10 mois ; Spire, chez un enfant de 13 mois ; Legendre et Gobbold, chez des enfants de 14 et 15 mois.
Pendant une période de sept années, de novembre 1867 à décembre 1871, Roger n'a observé que 10 cas de Ténia à la clinique de l'hôpital des Enfants : le parasite est donc rare à Paris pendant l'enfance. Il en serait tout autrement à Vienne, d'après Monti. Cet observateur rapporte l'histoire de 159 cas de Ténia observés par lui, pendant une période de dix ans, de 1872 à 1881, dans la première division d'enfants de la policlinique générale de Vienne; il rapporte également, d'après les documents que lui a transmis Fùrlh, l'histoire de 81 cas observés dans la deuxième division de la même policlinique, pendant la môme période. Il arrive ainsi à un total de 240 cas, qui se répartissaient comme le montre le tableau suivant :
ORDRE DES CESTODES.
Première Deuxième
. , division. division.
Au-dessous do 3 mois 0 0
De 3 à 6 mois 3 ()
De 6 mois q 3
De 6 à 12 mois 2 0
De 12 à 18 mois 5 n
De 18 à 24 mois 18 i
De 2 à 3 ans 36 13
De 3 ans 0 17
De 4 ans 12 9
De 5 ans 18 12
De 6 ans 9 3
De 7 ans 18 5
De 8 ans 9 5
De 9 ans 4
De 10 ans 6 2
De 1 1 ans .3 1
De 12 ans et au delà 16 4
Totaux 159 "sT
Le Ténia est donc rare chez les nourrissons. Il est surtout fréquent dans la première enfance, d'un à trois ans, c'est-à-dire au moment où on commence à nourrir les enfants avec de la viande : ce fait contredit l'opinion de Lebert et de Bouchut, qui croyaient ce parasite plus abondant dans la seconde enfance. Quant à sa fréquence comparée chez l'enfant et chez l'adulte, Monti dit que, pendant la période décennale qui a fait l'objet de ses recherches, 18 pour 1000 des enfants venus à la policlinique souffraient du Ténia; pendant cette même période, la proportion n'était que de 10 pour 1000 chez les adultes. Il en conclut que le Ténia est plus rare à l'âge adulte que dans l'enfance. Cette conclusion, à laquelle Monti se trouve amené par les chiffres mêmes qu'il a publiés, ne nous semble pas exacte : si on vient volontiers consulter le médecin pour un enfant, dont le moindre malaise cause toujours de vives inquiétudes, il ne faut pas oublier que l'adulte, qu'incommode rarement son Ténia, se contente le plus souvent de demander au pharmacien un remède propre à l'en débarrasser.
Les faits suivants démontrent du reste que le Ténia se con- j tracte le plus habituellement à l'époque moyenne de la vie. Wawruch, qui a étudié 173 cas, dit que l'époque de la plus grande fréquence du parasite est comprise entre 15 et 40 ans. Pour Mérat, elle serait un peu plus courte et irait seulement
TjENIA saginata. w de 20 à 30 ans. C'est également à ce résultat qu'arrive Krabbe, par l'étude de 94 cas de Tamia saginata et de 43 cas de T. solium; ces cas se répartissaient ainsi :
Tsnia Txnia
saginata solium.
Au-dessous de 1 an 0 0
De 1 an à 10 ans G 7
De 10 à 20 ans 6 5
De 20 à 30 ans 3G 14
De 30 à 40 ans 24 11
De 40 à 50 ans 13 4
De 50 à 60 ans G 2
De 60 à 70 ans 3 ^
Totaux 94 43
Les individus les plus âgés chez lesquels Krabbe et Friis aient observé des Ténias avaient 63 et 55 ans. On a encore rencontré ces parasites chez des vieillards plus avancés en âge : Lombard en a trouvé chez un centenaire ; Duhaume en a vu deux chez une femme de 80 ans ; de Thomas en a observé un autre chez une femme de 86 ans.
Hufeland, Ein Bandwurm in einem halbjàhrigen Kinde. Journal der practischen Heilkunde, XVIII, n° 1, p. 111, 1804.
Paasch, Pâdiatrische Mittkeilungen. — III. Txnia s dium bei einem 21 Monate alten Kinde. Journal fur Kinderkrankheiten, XXX, p. 207, 1858.
H. Krabbe, Berctning om 100 Tilfâlde af Bundelorm hos Mennesket, iagttagne lier i Landet, meddeelt paa Prof. A. Hannovers og egne Vegne. Ugerskrift for Lâger (3), VII, 1869. — Id., Om Forekomsten af Bilndeloi me hos Mennesket i Danmark. Nordiskt med. Arkiv, XII, n° 23, 1880.
S. G. Armor, A fully matured Tœnia solium expulsed from a child five days old. New York med. journal, XIV, p. 618, 1871.
H. Kennedy, Tapeworm. Dublin journal of med. science, LXII, p. 245,
H. Roger, Du Ténia c/iez les enfants; du Ténia inerme produit par le régime de la viande crue. Bull, de la Soc. méd. des hôpitaux (2), XIII, p. 38, 1876.
Monti, Erfahrungen ùber Tœnia im Kindesalter. Arcliiv fiir Kinderheilkunde, IV, p. 175, 1882.
L. Deligny, Des Vers intestinaux chez les enfants. Annales de la Soc. de méd. d'Anvers, XLV, p. 213, 1884.
Friis, 50 Tilfâlde af Blindelorme hos Mennesket. Nordiskt med. Arkiv, XVI,
Il est difficile d'admettre que le sexe puisse constituer une prédisposition à contracter le Ténia. 11 est pourtant à remarquer que la plupart des observateurs ont constaté la plus grande fréquence du parasite chez la femme : Bremser, Weishaar, etc., sont de cet avis. Parmi les 173 malades de Wawruch
■Tr* OIIDltE DES CESTODES.
se trouvaient 117 femmes et seulement 56 hommes. Crisp a rapporté 247 cas, dont loi chez des femmes. Seeger arrive à des chiffres très analogues: 10 hommes contre 16 femmes.
Parmi les 240 enfants dont Monti rapporte l'histoire, se trouvaient 111 garçons et 129 filles. Parmi les 10 enfants observés par Roger se trouvaient 3 garçons et 7 filles.
Pour 97 cas de Taenia saginala, Krabbe comptait 31 hommes et 66 femmes ; pour 49 cas de T. solium, 13 hommes et 30 femmes.
En regard de ces observations, nous devons placer celles de Theurer (de Leonberg), qui prétend au contraire que, parmi les malades atteints de Ténia, les trois quarts sont des hommes; de son côté, Mérat dit qu'il n'y a pas de différences appréciables entre les deux sexes.
Si le sexe semble être sans influence, il n'en est plus de même pour la profession: les relations de celle-ci avec le développement du Ténia sont des plus manifestes. En 1804, Forlassin remarquait déjà « que ceux qui sont occupés à des préparations de matières animales fraîches ont plus souvent le Ténia que ceux qui ont une autre profession. » En 1825, Deslandes faisait des observations du même genre, à propos d'une femme atteinte du Ténia : « Je consignerai ici, dit-il, une remarque trop singulière pour que je l'omette. Mme Saint- Aubin était charcutière; le mari de cetle dame a rendu, à diverses époques, de longues portions de Ténia ; le sujet d'une
autre observation était aussi charcutier. Ces personnes
connaissent et m'ont cité un certain nombre d'individus de la même profession qui sont affectés du Ténia; on m'en a, d'autre part, désigné plusieurs autres. »
AVawruch pensait, avec d'autres médecins de son époque, que l'usage habituel de la viande, particulièrement du Porc fumé et des saucissons préparés avec de la viande crue, prédisposait au Ténia: parmi les 173 malades observés par lui à Vienne, se trouvaient 39 cuisinières, 26 servantes, 13 restaurateurs, garçons et bouchers. Merk (de Havensburg) notait également la fréquence du Ténia chez les charcutiers; en Bavière, Jan en observait 6 cas, dont quatre chez des restaurateurs ; en Angleterre, Mason Good était frappé de sa fréquence chez les bouchers. Enfin, Seeger constatait que presque tous les bon-
TiENIA SAG1NATA. fi&
chers et brasseurs de sa contrée avaient le Ténia: il ne connaissait qu'un seul boucher qui ne l'eût point.
Maintenant que les migrations des Ténias nous sont connues, la plus grande fréquence de ces parasites chez « ceux qui sont occupés à des préparations de matières animales fraîches » ne saurait nous surprendre. Mais, avant de savoir que le Ténia inerrae était transmis à l'Homme par la viande de Bœuf, on avait remarqué déjà que la présence de ce Ver était en relations avec l'usage de la viande de Bœuf crue. En 1819, Knox mentionnait une véritable épidémie de Ténias chez les soldats anglais de la colonie du Cap qui combattaient les Cafres et qui, pour la plupart, étaient nourris de Bœufs non sains et surmenés. En 1861, Karschin mentionnait que les Burètes, qui se nourrissent de viande crue de Bœuf, de Mouton, de Chameau et de Cheval, étaient très souvent atteints de Ténias. En 1841, Weisse, de Saint-Pétersbourg, proposait la viande de Bœuf crue pour combattre la diarrhée des enfants sevrés : ce traitement donnait d'excellents résultats, mais il avait l'inconvénient de provoquer l'apparition du Ténia chez les petits malades, ainsi que Weisse lui-même ne tardait pas à le constater.
L'usage de la viande de Bœuf étant presque universel, le Ténia inerme est lui-même cosmopolite. Le court historique par lequel débute ce long chapitre met hors de doute que l'espèce qui nous occupe était déjà très répandue en Europe avant que Gôze et Kiichenmeister l'aient distinguée de Taenia solium, mais ce dernier était lui-même fort commun. Aujourd'hui, il n'en est plus ainsi et on a pu observer, dans ces dernières années, une propagation extrême de T. saginata, en même temps qu'une diminution de T. solium. Ce phénomène remarquable reconnaît plusieurs causes: la plus grande l'ré-r quence de T. saginata tient à l'usage de plus en plus répandu de la viande crue ou saignante, et aussi à ce que, dans les abattoirs ou sur les marchés, la viande de Bœuf n'est soumise qu'à un contrôle illusoire ; son Cysticerque, nous le savons, est d'ailleurs de petites dimensions et assez difficilement visible. Il résulte delà une rareté relative de '/'. solium. La rareté de ce Ver est également absolue, en raison du contrôle sévère dont la viande de Porc est l'objet. Sans insister outre mesure sur ce point, nous emprunterons
376 ORDRE DES ClîSTODES.
à la thèse de Hamon-Dufougeray.un tableau résumanlles cas de Ténia observés dans les hôpitaux maritimes de Saint-Mandner, Cherbourg et Lorient de 1860 à 1883. Ce tableau est intéressant, en ce qu'il montre d'une façon frappante la marche envahissante du Ténia inerme. C'est à celte espèce en effet qu'appartiendraient tous les Ténias observés pendant la période en question, à supposer qu'il n'y ait pas eu la moindre erreur de détermination spécifique ; à Lorient seulement, on aurait observé un Ténia armé.
Sain t-
Saiut-
Mitndrier.
Cherbourg.
LorieDt.
Mandrier.
Cherbourg,
LorieDt
Report. .
Totaux. .
A reporter.
Le tableau qui précède résume tous les cas de Ténia observés chez la population des hôpitaux maritimes: c'est dire qu'il ne se rapporte point exclusivement à des Ténias contractés en France. Tel qu'il est, il démontre néanmoins la fréquence de plus en plus grande du parasite. Quant aux cas de Ténia inerme contractés en France, il est certain qu'ils deviennent eux-mêmes de plus en plus abondants : tous les observateurs sont d'accord sur ce point. En 1862, van Peteghen signalait à Lille une recrudescence considérable dans les cas de Ténia inerme et, en 1 869, J.-B. Jobert faisait à Strasbourg une remarque analogue. A l'hôpital Necker, à Paris, le professeur Laboulbène observait déjà, en 1873, de 15 à 20 Taenia saginata pour 1 T. solium, alors que, les années précédentes, ou bien il y avait égalité entre les deux espèces ou bien la dernière l'emportait sur l'autre. En 1877, Jolicœur constatait également, à Reims, une plus grande fréquence du Ténia, cette fréquence étant le l'ait du Ténia inerme.
TAENIA SAGINATA.
On a voulu expliquer ces faits par l'importation croissante de Bœufs algériens, chez lesquels le Cysticerque du Ténia inerme est loin d'être rare; on a même voulu circonscrire la zone de France dans laquelle ces Bœufs africains étaient introduits et où, par conséquent, le Ténia inerme devrait être surtout abondant, par un triangle dont la base correspondrait à la côte méditerranéenne et dont Paris serait le sommet. Ce sont là sans doute des opinions fort vraisemblables, mais il ne faudrait pas croire que le Bœuf français n'héberge point de Cysticerques ou que le Ténia inerme ne s'observe point en dehors de la zone dont nous venons d'indiquer les limites.
En Allemagne et en Autriche, les anciennes observations de Bremser, de Rudolphi, de Wawruch, de Weishaar, de Seeger, nous montrent que Taenia solium était surtout abondant dans le nord, tandis que T. saginata s'observait dans le sud. Dans la première édition de son ouvrage, Leuckart disait encore que cette dernière espèce ne se rencontrait qu'exceptionnellement dans les parties septentrionales de l'Allemagne. Aujourd'hui, elle a pris une grande extension et tend à prédominer. En 1874, Fritsch et Robinski constataient déjà qu'elle était à peu près aussi fréquente à Berlin que T. solium. Dans le Holstein, on trouve en moyenne 4 T. saginata pour 1 T. solium.
En Suisse, le Ténia inerme se propage également. A l'heure actuelle, il est bien plus fréquent que le Bothriocéphale, même dans les villes où celui-ci prédominait. Zàslein dit qu'à Bâle, en J 881, on ne rencontrait que T. saginata et son abondance était telle que 7,2 pour 1000 habitants en étaient atteints. La fréquence relative des deux espèces de Ténia était d'ailleurs la suivante :
En Italie, on constate aussi la propagation du Ténia inerme. En moyenne, on trouve 34 T. saginata pour un 1 T. solium. Pour l'Espagne et le Portugal, les documents précis font défaut, mais si on veut bien se rappeler que Gomez, en 1822, observait à Lisbonne à peu près exclusivement le Ténia inerme, il sera permis de penser que cette espèce est encore actuellement très
A Bâle
A Zurich A Saint-Gall.
102 2. saginata pour 10 T. solium.
>"s OItDRE DES CESTODIïS.
répandue dans la péninsule ibérique. En Angleterre, d'après Baieman, 1 malade sur 500 souffre du Ténia, el celui-ci n'est autre queT. saginata, comme le prouvent les 100 observations publiées par Gobbold.
Les statistiques publiées par Krabbe nous montrent de la manière la plus frappante la propagation du Ténia inerme en Danemark, en même temps que la rareté plus grande du Ténia armé. Avant 4869, ce savant helminthoiogiste observait 37 cas de T. saginata et 53 cas de T. solium ; de 1869 à 1880, il observait au contraire 67 cas de T. saginata et 19 cas de T. solium. De 1862 à 1883, Friis relevait à Tônder 42 cas de T. saginata et seulement 6 cas de T. solium.
Le Ténia inerme est également très répandu en Asie et dans les régions voisines. Pendant une station du croiseur le Ducouëdic à Beyrou th, Talairach a vu le parasi te sur 1 9 des 1 52 hommes d'équipage; la plupart des malades avaient plusieurs Yers à la fois. Bonnet, Bérenger-Féraud et d'autres médecins de la marine ont remarqué l'extraordinaire fréquence du Ténia inerme chez les marins qui revenaient du Levant et de Cochinchine (1; , dans ce dernier pays, Gandé nous a fait connaître également son abondance, et Challan de Belval a noté lemêmefaitpourleTonkin. Biilz dit encore que ce parasite est le Gestode le plus répandu au Japon. On se rappelle que, pendant un séjour de quinze ans à Java, Schmid tmiiller a observé 14s Ténias, qui tous étaient inermes. A part le Bothriocéphale, dont la fréquence est extrême, le Ver qui nous occupe est encore le seul Cestode qu'ait .recueilli Fedchenko, au cours de son exploration scientifique du Turkestan. Il est enfin le seul Ténia que l'on observe en Perse et aux Indes : dans certaines régions de ces dernières, il est si commun qu'un soldat sur trois en est atteint, exception faite des régiments indigènes qui ne se nourrissent que de végétaux. Ceci nous amène à faire remarquer que, de T. solium eL de T. saginata, le dernier doit seul s'observer chez les musulmans, les Israélites, les bouddhistes et en général chez tous ceux qui, par mesure d'hygiène ou par prescription religieuse, ne consomment point de viande de Porc.
(I) Bcrengcr-Fcraud dit que 77 pour 100 dos malades traités pour le Ténia à l'hôpital Saint-Mandrier, depuis 1870 jusqu'en 1879, revenaient de Cochincliine.
T/ENIA SAGINATA. ^9 L'Afrique n'échappe point à cet envahissement: peut-être môme n'est-il point de pays où le Ténia inerme soit plus répandu. En Abyssinie, l'habitude de manger le brondo, brindo ou brôndou, fait de viande de Bœuf crue et hachée, a pour conséquence la présence du Ténia chez tous les habitants. Le fait a été signalé tout d'abord par Bruce. « Les Abyssiniens des deux sexes et de tout âge, dit-il, sont affligés d'une maladie terrible, qu'ils s'habituent à supporter avec une sorte d'indifférence. Chaque individu rend, au moins une fois par mois, une grande quantité de Vers. » Pruner, Ferret et Galinier, H. Blanc, etc., disent également que personne en Abyssinie n'est épargné par ie Ténia, pas même les Européens, s'ils adoptent le genre de vie des indigènes. « Tous les Abyssins, sans exception, dit Rochet d'Héricourt, sont affectés du Taenia... Heureusement la nature a placé le remède à côté du mal. Dès l'âge de quatre ans les enfants commencent à prendre la fleur du Cousso qui a la propriété d'extirper le Ver solitaire... On évacue le Ver sous forme de boule, mais très rarement avec la tête: celle-ci demeure presque toujours dans le corps de l'individu... On fait usage de ce remède de deu:: mois en deux mois. »
Tsenia sacjinala est encore très abondant en d'autres régions du continent africain. En Égypte, au dire de Pruner, presque tous les nègres dont on fait l'autopsie en renferment plusieurs. Il est très commun au Cap et au Sénégal, ainsi que dans le Haut-Sénégal et dans le Haut-Niger, d'après des renseignements que nous a transmis le D1' Bellamy; ce médecin distingué a constaté souvent l'existence de Cysticerques dans les muscles du Bœuf. Dès les premiers temps de l'occupation de l'Algérie, les médecins de notre armée furent frappés de l'extrême fréquence du Ténia, aussi bien chez les soldats que dans la population civile ; on sait maintenant de façon certaine que la grande majorité de ces observations se rapportent au Ténia inerme. Nous ne pouvons insister sur ce point, pour lequel le lecteur devra se reporter à de nombreux mémoires, dont nous indiquons les principaux; nous nous bornerons à citer quelques chiffres à l'appui de notre assertion. De 1866 à 1874, on a observé, à l'hôpital de Constantine, 81 cas de Ténia chez les Européens et 71 cas chez les indigènes : sur ce nombre, les premiers
ORDRE DES GESTODES.
n'ont présenté que 3 Ténias armés et les derniers un seul. Ajoutons encore que le Dr Bertherand signale la fréquence croissante du Ténia inerme en Algérie, surtout à Bône et à Oran, et que, d'après Medon, un quart des soldats en colonne dans le Sud-Oranais a été ou est porteur du Ténia.
L'Amérique n'est pas non plus épargnée par le Ténia inerme. Il abonde dans la République argentine et au Brésil, où Gomez l'avait déjà rencontré ; il se propage au Pérou d'une façon alarmante. En revanche il semble être très rare aux États-Unis. Leidy le vit pour la première fois en 1871, puis en observa deux nouveaux cas en 1878, dont l'un chez un individu qui avait l'habitude de manger de la viande de Buffle crue.
On peut résumer tout ce qui précède en disant que le Ténia inerme est bien plus répandu que le Ténia armé : c'est, à proprement parler, un parasite cosmopolite.
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II. Vierordt, Zur Slatistih der Bandwùrmer in Wurtemberg. Med. Correspondenzblatt des wùrttemb. iirztl. Vereins, LV, p. 193, 1885. '
Challan de Belval, Au Tonlcin. Paris, 1880.
Dans la plupart des cas, le Ténia ne détermine par sa présence aucun symptôme particulier, la santé générale reste bonne: c'est tout au plus s'il cause un peu de dyspepsie et quelques phénomènes d'embarras gastrique. Il n'est pourtant point rare de le voir occasionner des accidents divers, notamment des phénomènes nerveux, d'ordre réflexe et extrêmement variés." Ncus ne pouvons, sans sortir du cadre de cet ouvrage,
382 ORUllli DES CESTODES.
nous étendre sur ce point. On trouvera dans le livre de Davaine quelques observations remarquables et nous donnons ci-après l'indication de travaux récents qui méritent de fixer l'attention.
Pasquiou, Des helminthes vivant dans le tube digestif. Thèse de Paris, 18G5.
P. M. P. BelJom, Considérations sur la pathologie du Tœnia et son Irailcment par la graine de Courge. Thèse de Paris, 1875.
A. Puistionne, Des helminthes et des accidents qu'ils déterminent. Thèse de Paris, 1875.
Féréol, Vertiges épileptiques et attaque épilepti forme chez un individu qui rendait des fragments de Ténia depuis plusieurs années. Administration du Kousso. Expulsion simultanée de trois têtes de Tœnia solium. Bull, de la Soc. méd. des nôpitaux (2), XIII, p. 172, 1876.
F. Morano, Ambliopia amaurotica per Ténia. Giornale délie malattie degli occhi, 1880.
Langer, Hémiplégie und Tœnia. Medizinische Jahrbûcher der Gesellschaft der Àerzte in Wien, p. 485, 1881.
N. Letulle, Txnia solium. Accidents hépatiques ressemblant au début d'une cirrhose et rapidement amendés après l'expulsion de l'helminthe. Revue de médecine, p. 439, 1882.
Vodiagni, De tavortement provoqué par les Vers intestinaux. Medizinskoié obozrénié, nov. 1883.
F. Despagnet, Des troubles oculaires provoqués par le Tœnia. Recueil d'ophthalmologie (3), VII, p. 284, 1885.
LeontiefT, Un cas d'épilepsie causé par le Ténia solium. Vratch, 1885.
Taenia solium Rudolphi, 1810 (nec Linné, 1767).
Synonymie : Tœnia cucicrbilina Pallas, 1781.
T. cucurbitina, plana, pellucida Gôze, 1*82.
T. vulgaris Wernor, 1782.
T. dentata Gmelin, 1790.
Ealysis solium Zeder, 1800.
Tœnia humana armata Brera, 1802.
r. (Cyslotœnia) solium Leuckart, 186-2*
Les longs détails dans lesquels nous sommes entrés à propos de Txnia saginata vont nous permettre de retracer plus brièvement l'histoire de T. solium. Ces deux Cestodes sont si voisins l'un de l'autre, au point de vue purement zoologique, qu'on ne sera pas surpris de les voir se ressembler aussi au point de vue de leurs diverses manifestations chez l'Homme : nombre, longévité, fréquence, valeur pathogénique, etc. Il nous a semblé plus rationnel de développer ces différentes questions en parlant du Ténia inerme, à cause de la plus grande fréquence . de ce dernier.
T.ENIA SOLIUM. 383
Le mot solium est d'origine inconnue ; on ne le trouve dans aucun auteur latin, même de la basse latinité, et Ducange ne le mentionne point dans son Glossaire. Leuckart a voulu élucider cette question et s'est adressé pour cela à son collègue Krehl, professeur de langues orientales à l'Université de Leipzig. D'après ce philologue, il faudrait faire dériver le moi solium du mot syriaque schuschl, qui signifie chaîne. Les Arabes auraient transformé ce mot en svsl ou sosl, devenu sol dans les langues romanes ; en ajoutant la désinence ium, on arrive à la solution cherchée. Mais quel détour ne faut-il pas suivre! Et quelle torture infliger à son esprit ! Aucun texte ne vient démontrer l'existence des mois sasl ou sosl chez les auteurs arabes ; ceux-ci appellent le Ténia dùdou çhabb-al-kar'i.
Combien plus admissible et naturelle est l'opinion qui voit dans le mot solium une simple altération du mot solum, par exemple une forme populaire, comme la langue laline en possédait tant. Cela, du reste, ressort nettement de certain passage d'un viel auteur, Arnauld de Villeneuve, qui vivait vers l'an 1 300 : « quidam dicunt quod isti cucurbitini generantur in ventre cujusdam maximi lumbrici qui aliquando emillilur longior uno vel duobus brachiis, qui solium sive cingulum dicitur (t). » Andry n'était pas d'un autre avis, quand il parlait d'une espèce de Ténia « qui se nomme Solium, parce qu'il est toujours seul de son espèce dans les corps où il se trouve. »
LJœuf de Tieni'a solium a la même structure que celui de T. saginala;\\ s'en distingue pourtant par ses dimensions un peu plus petites et par sa forme globuleuse ou à peine ovoïde. Son diamètre est de 30 p d'après Leuckart, de 33 p d'après Davaine et Laboulbène, de 31 à 36 p d'après Railliet, de 36 p sur 32 p d'après Heller. L'embryon hexacanthe a une taille moyenne de 20 p.
Le développement de l'embryon se fait normalement chez le Porc, dans le tissu conjonctif intermusculaire duquel il se transforme en un Cysticerque connu, depuis Rudolphi, sous le nom de Cysticercus cellulosx. Par exception, cet état larvaire peut s'observer aussi chez d'autres animaux, tels que le Sanglier, le Chevreuil, le Mouton, l'Ours, le Chien, le Chat, le Rat, le Singe, enfin chez l'Homme lui-môme.
Cysticercus cellulosx détermine chez le Porc un état particulier, la ladrerie, dont Delpech a fait une remarquable étude.
(I) Arnaldi Villanovani Opéra o'tnnia. Basile®, in-fol., 1585. — Voir p. 1229, Breviaru lib. II, cap. xxi, De liimbrids et ascaridibus.
384 ORDRE DES GESTODES.
Les Gysticerques, déjà bien connus du temps d'Aristophane, sont répandus dans le système musculaire, mais surtout dans les muscles de la langue, du cou et des épaules ; puis viennent, par ordre de fréquence, les muscles intercostaux, les psoas, les muscles de la cuisse et enfin ceux de la région vertébrale postérieure. Le cœur est aussi très fréquemment atteint, mais le pannicule adipeux ne l'est que par exception. Les kystes
écartent les fibres musculaires, IHÊiWW PII Jffi sans les détruire> et se disposent rwBrv Mi ipi dans ,eur intervalle (fig. 240).
Le tissu conjonctif sous-muqueux de la face inférieure de la langue est encore très fréquemment envahi par les Cyslicerques. C'est vers la base de la langue et vers les par-
Iîil \ t%' I ? t'6S la^ra^es du ^rem (Iu'on en aper-
III IlllW'i le plus ërard nombre : ils
constituent des élevures opalines, demi-transparentes, globuleuses ou ovoïdes, qui soulèvent la muqueuse.
Le doigt passé sur ces vésicules
en reconnaît aisément la saillie.
Fig. 240. — Ladrerie du Porc. r"„„t ix „ r -i a i v. l • h A droite, on voit deux Cys.i- C est là Un ,fait du PluS haut inte" cerques isolés de leur kyste rêt, puisqu'il porte sur un point
adventif- accessible à l'examen pendant la
vie de l'animal, et qu'il peut servir au diagnostic de l'affection parasitaire. Aussi l'opération du langueyage ne doit-elle pas être négligée; dans la plupart des cas, elle seule peut faire reconnaître avec certitude la ladrerie du Porc vivant. Il devait venir à l'esprit des éleveurs de faire disparaître ce signe: d'où la pratique à laquelle on a donné le nom à' épinglage. Celte pratique consiste à crever les vésicules des Cysticerques, soit en les piquant avec une épingle, soit en les coupant avec des ciseaux. Une autre fraude, usitée par les garçons d'abattoirs, consiste à enlever les grains de ladrerie de la surface de la viande abattue, de façon à tromper les inspecteurs.
En France, d'après Delpech, la ladrerie s'observerait principalement chez les Porcs appartenant aux races limousine et pcrigourdine ;
WÈNÏfc SOLIUM. 385 mais elle ne serait pas rare non plus en Normandie, en Picardie, en Lorraine, dans le Bordelais, en Gascogne, en Dauphiné. A Pans même, on voit assez rarement des Porcs ladres : en 1860, on n'en a saisi que 33 à l'abattoir de la rue Château-Landon et 40 en 1861, ce qui tient d'une part à l'usage très peu répandu de la viande de Porc, et d'autre part à ce qu'on n'expédie vers la capitale que des animaux sains et de belle qualité.
Kniebusch dit que la ladrerie n'existe pas chez les Porcs serbes et roumains dits Bakonyer, que l'on nourrit avec du maïs ; on ne l'observe pas davantage chez les Porcs mecklem bourgeois, d'origine anglaise, que l'on nourrit avec des fèves et des pois. Au contraire, elle est très fréquente chez les Porcs de Pologne et de Poméranie, nourris avec les eaux de vaisselle, les reliefs de table et des pommes de terre.
De 1872 à 1874, on inspecta dans le district de Cassel 149,500 Porcs : 158 étaientladres, ce qui donneune proportion de 1 pour 945. En 1876, on examina en Prusse 1,728,600 Porcs : 4705 étaient ladres, soit 1 pour 370. La même année, on vit à Vienne la ladrerie chez 163 Porcs sur 10,000, soit 1 pour 307. D'autre part, Mosler rapporte une statistique d'après laquelle 9 Porcs seulement ont été trouvés ladres sur 20,000, soit 1 pour 2222 ; sans qu'il y eût ladrerie généralisée, le huitième de ces Porcs hébergeait quelques Cysticerques. En tenant compte de ces différences considérables dans le nombre des parasites, Leuckart émet l'opinion que, dans certaines régions d'Allemagne, on observe la ladrerie, môme très restreinte, chez 2 ou 3 pour 100 des Porcs.
En Italie, Pellizzari estime à 1 pour 3 à 4000 le nombre des Porcs à ladrerie généralisée. Perroncito dit au contraire, d'après des renseignements communiqués par les langueyeurs, qu'on trouve à Turin 1 Porc ladre sur 250, à Milan 1 sur 70.
Quelque imparfaites que soient ces statistiques, elles montrent du moins que la ladrerie du Porc n'est pas une affection rare. On comprend du reste que sa fréquence doive présenter des variations considérables, suivant que le Porc est élevé dans une étable ou laissé libre; dans ce dernier cas, les chances d'infestation augmentent notablement. Quand un individu est porteur de Taenia solium, il est donc de toute nécessité de soustraire ses matières fécales aux atteintes des Porcs. Mosler rapporte l'histoire d'un malade qui infesta 15 Porcs, ceux-ci ayant brisé la clôture qui les séparait des fosses d'aisance. C'est à des faits analogues, ou plus simplement à l'exposition des excréments humains sur les fumiers, qu'il faut attribuer l'extrême fréquence de la ladrerie du Porc en Irlande, en lisclavunie et dans certaines contrées de l'Amérique du nord.
Blanchard. — 7,oo\. méd. 25
3S6 ORDRE DES CESTODES.
A. Delpecli, De la ladrerie du Porc, au point de vue de l'hygiène privée et publique. Annales d'hygiène publique et de mdd. légale (2), XXI, 1864. — Id., Ladrerie. Dictionnaire encyclop. des sciences médicales, 18G8. '
J. M. Guardia, La ladrerie du Porc dans l'antiquité. Ann. d'hygiène nubl et de méd. légale (2), XXIII, p. 420, 18G5.
S. Alv. Montequin, Estudios sobre la lepra del Cerdo, como productora de la Tienia solium en el llombre. F.ev. asturiana do cienc. med.. I n 75 !J7 y 110. Oviedo, 1884-1885. '
Le fait que la ladrerie du Porc est due à ce que cet animal ingère des œufs du Ténia armé de l'Homme a été démontré au moyen des expériences suivantes.
1" expérience. P. J. van Beneden, 1853. — « Nous avons donné à un Cochon des œufs de Tsenia solium à avaler, et quand il a élé abattu, il était ladre ; un grand nombre de Cysticerques celluleux étaient logés dans ses muscles. Un autre Cochon, nourri et élevé dans les mômes conditions que le précédent, né en même temps de la même mère et qui n'avait pas pris des œufs de Tsenia solium, n'en contenait pas. »
2e et 3e expériences. Haubncr et Kùchenmeister, 1855. — Le 30 mars et le 5 avril, des anneaux d'un Ténia vendu la veille sont administrés à deux Cochons de lait. L'un est sacrifié le 15 mai : on ne découvre aucun Cyslicerque. L'autre est autopsié le 20 mai : même résultat.
4°, 5e et 6e expériences. Haubner et Kfichenmeister, 1855. — Les 7, 24 et 26 juin, 2 et 13 juillet, trois Cochons de lait prennent des anneaux de Ténia. L'un, tué le 26 juillet, avait de petits Cysticerques dont la tête était incomplètement développée. Chez le second, tué le 0 août, on trouva un millier de Cysticerques disséminés dans divers organes. Le troisième, tué le 23 août, possédait un grand nombre de Cysticerques. Un quatrième Cochon de lait, n'ayant pas pris d'œufs de Ténia, n'avait aucun Cyslicerque.
7° expérience. Leuckart, 1856. — A deux reprises, un Cochon de la il prend des anneaux de Ténia. On le tue quarante jours après la première ingestion, trente-deux jours après la seconde. Les Cysticerques sont extrêmement nombreux, longs de 1 à 5 millimètres, les plus grands déjà de forme oblongue ; le bourgeon céphalique est en voie de formation, mais ni les crochets ni les ventouses ne sont encore indiqués. Ils sont particulièrement nombreux dans les muscles de l'abdomen, de la poitrine et du cou, ainsi que dans le diaphragme; quelques-uns se trouvent dans le cerveau et le foie.
8e expérience. Leuckart, 1856. — Un Cochon de lait prend des anneaux de Ténia. Au 42° jour, on prélève un fragment du muscle sterno-hyoïdien, dans lequel on constate la présence de Cyslicerques. Le 104" jour, nouvelle ingestion d'œufs de Ténia. Le 124e jour, on
tmik SOLIUM. 387
trouve, surtout dans les muscles de la poitrine et du cou, quelques centaines de Cysticerques complètement développés, longs de 12 millimètre?, larges de 5mm,5 et pourvus d'un bourgeon céphalique long de 3 millimètres.
9e expérience. Leuckart, 1836. — Un Cochon de lait prend des œufs de Ténia; on renouvelle l'infestation au bout de 36 et de 67 jours. L'autopsie est faite le 107° jour. On trouve un nombre considérable de Cysticerques, au moins 12,000, répandus partout, dans le cœur, le poumon, le cerveau, aussi bien que dans les muscles volontaires. 11 n'y en a pas dans le globe oculaire, mais l'orbite et les muscles de l'œil en sont farcis. Les plus grands sont longs de 8 millimètres ; les plus petits, qui se trouvent dans le cerveau, mesurent 2mm,5.
10e expérience. Leuckart, 1836. — Cochon de lait tué 82 jours après la première ingestion d'anneaux de Ténia et 29 jours après la seconde. On ne peut trouver qu'un seul Cysticerque, logé dans les muscles de la nuque.
1 Ie expérience. Leuckart, 1886. — Cochon de lait tué six mois après l'infestation. On trouve de 2 à 3000 Cysticerques complètement développés; sauf quelques exceptions, ils sont tous logés dans les muscles périphériques du corps.
12e expérience. Mosler, 1865. — Un Cochon avale des anneaux mûrs de Ténia. Au 9° jour, on trouve, entre les fibres musculaires du cœur, des petits Vers mesurant 33 p. sur 24
13e expérience. Gerlach, 1870. — Dans les muscles d'un Cochon de six mois, 21 jours après l'infestation, on trouve un grand nombre de vésicules qui portent les premières ébauches de la téte du Cysticerque ladrique.
14e, 13e, 16° et 17e expériences. Gerlach, 1870. — Mêmes expériences. L'autopsie du Porc est faite 40, 60, 110 jours après l'infestation. Résultat positif pour les jeunes Cochons de lait, négatif pour des animaux âgés de neuf mois et même de six mois. Gerlach conclut que le Porc ne peut contracter la ladrerie que pendant sa jeunesse.
P. J. van Beneden, Mémoire sur les Vers intestinaux. Supplément aux Comptes rendus des séances do l'Acad. des sciences, II, 18G1. — Voir p. 146.
Mosler, Hnlmintholor/ische Studien xind Beohachtungen. Giessen, 1865. — Voir p. 5*2.
Gerlach. Zweiter Jalirosbcricht der kgl. Thieravgneischule in Hannover,
Les premières phases du développement de Cysticerem cellu
OUDUE DES CESTODES.
losx sont très imparfaitement connues (i). Au 9e jour de l'infestation, Mosler a vu les jeunes Cysticerques constitués par des vésicules ovales, longues de 33 [/., larges de 22 y., situées dans l'interstice des fibres musculaires et dépourvues de capsule enveloppante. A cette époque, ce sont donc des Vers dont les dimensions sont peu supérieures à celles de l'embryon bexacantbe, mais qui se distinguent de celui-ci par l'absence d'épines et parleur contenu granuleux.
Au 21e jour, Leuckart a trouvé les Cysticerques dans les muscles ; c'étaient des vésicules libres, à mince paroi, mesurant au plus 0mm,8. De forme sphérique, ils s'effilaient à l'extrémité
cépbalique et le rudiment de la tête se montrait en ce point sous forme d'un petitbourgeon. Leur corps n'était pas encore creusé d'une cavité, ni parcouru par des vaisseaux.
Au 32e jour, ce sont des vésicules longuesde 1 millimètre, larges de 0mm,7, autour desquelles le tissu conjonctif intermusculaire ne s'est pas encore condensé en un kyste adventice ; ce tissu présente néanmoins, au voisinage même du kyste, une zone finement granuleuse, formée de cellules serrées les Fig. 241. — Coupe de Cysticercus cellulosœ, unes contre les autres; à"
d'après Meniez. - tissus appartenant , Cysticerque
à l embryon nexacantne. Lus autres lettres i j i
comme dans la fig. 214. avancera ei\âge, on verra
ces cellules se modifier pour lui constituer une capsule. La jeune larve est alors bydropique; sa paroi, épaisse seulement de 70 (x, est parcourue par
(1) Raincy, qui a rencontré pour la preraièro.fois Sarcocystis Miescheri dans les muscles du Porc, avait pris ce Sporozoaire pour un jeune Cysticerque.— Voir page CO.
T.ENIA S0L1UM.
un grand nombre de vaisseaux ramifiés, qui s'anastomosent en partie: des entonnoirs vibratiles se voient sur les plus petites branche-.
Les modifications que subira désormais le Cysticerque porteront sur la tête ou sur son receptac aluni. La tête, avec ses ventouses et ses crochets (fig. 241), se forme de la même manière que chez Cysticercus pisiformis (fig. 214): elle prend naissance dans le fond du receptacUlum capitis et un peu sur le côté. Le receplaculum est lui-même remarquable par l'extrême développement de ses plis. D'après Moniez, il persiste, derrière le reeeptacuhm, « une masse importante des tissus de l'embryon hexacanthe, et cette masse est même plissée d'ordinaire
Fig. 242. — Cysticercus cellulose. A gauche, de grandeur naturelle : en bas, intact; en haut, avec la tète et le cou évaginés. Au milieu, tête et cou très grossis. A droite, deux crochets, un de chaque rangée, très grossis.
comme s'il s'agissait d'anneaux (fig. 241, eh; fig. 242). La partie de la vésicule qui lui fait suite se réfléchit et glisse sur les parois du receplaculum, et peut atteindre jusqu'à son sommet. Notre dessin représente un Cysticerque dont les deux lèvres de la paroi d'invagination ont cessé d'être intimement appliquées sur les autres parties du receptaeulum et se sont dégagées de la vésicule. » Les corpuscules calcaires n'existent pas chez Cysticercus cellulosse ; on en trouve bien dans les tissus de la vésicule qui suivent le receplaculum, mais ce dernier en est totalement dépourvu (fig. 241, c).
Leuckart admet que le Cysticerque est parvenu à son complet développement avant la fin du troisième mois. Quant à sa
390 ORDRE DES CESTODES.
longévité, les documents précis font encore défaut, du moins pour la ladrerie du Porc; nous aurons plus loin l'occasion de revenir sur ce point. Les expériences dePerroncito ont fait voir que ce Cysticerque ne résistait pas à une chaleur de 47 à 48° ; il est un peu plus tenace que celui de la ladrerie du Bœuf. Dans les viandes de la cuisse du Porc, on le trouve encore vivant vingt-neuf jours après la mort de son hôte; dans les mêmes conditions, le Cysticerque du Bœuf est déjà mort au bout de quatorze jours.
La ladrerie du Porc engendre le Ver solitaire. Ce fait est assurément connu depuis l'antiquité la plus reculée, et c'est à lui, sans aucun doute, qu'il faut attribuer l'interdiction de la viande de Porc faite par Moïse aux Hébreux, interdiction que prononça également Mahomet.
Au dire de Leuckart, Kiichenmeister est le premier qui ait montré, en se basant sur la parfaite similitude de la tête, les rapports de Cyslicercus cellulosœ du Porc avec Taenia soUum de l'Homme, et qui ait conclu que le premier était l'état jeune du second. 11 est vrai que Kiichenmeister est le premier qui ait songé à faire dériver ces deux formes l'une de l'autre, grâce à une migration; mais il n'est pas exact, sauf ce dernier point, de dire qu'il ait le premier admis leur étroite parenté . Cette opinion était déjà nettement exprimée par Dujardin en 1845 (1).
Les expériences que nous avons rapportées plus haut prouvent que Cyslicercus cellulosœ du Porc provient du développement des œufs de Taenia solium. Pour achever de démontrer l'identité spécifique de ces deux Cestodes, il était indispensable de voir le Cysticerque se transformer en Ténia adulte. En outre de l'observation journalière de Ténias chez les individus qui mangent habituellement de la viande de Porc crue ou peu cuite, la question a été résolue expérimentalement.
l,u expérience. Eurnbert, 18o4. — Le 11 décembre, AJoys Humbert avale, en présence de Cari Vogt et de Moulinié, 14 Cyslicerques provenant d'un Porc ladre. Dans les premiers jours de mars 18ob, il commence à rendre des fragments considérables de Ténia, que Vogt reconnaît pour appartenir à Tœnia solium.
(1) F. Dujardin, Histoire naturelle des helminthes, Paris, 1845. — Voir p. 544 et G33.