‹ Traité de zoologie médicale [electronic resource] (volume 2)Chapitre 59 sur 77 · TÉNIAS DU SECOND GROUPE (TÉNIAS NON VÉSICDLAIBES · texte numérisé non relu

TÉNIAS DU SECOND GROUPE (TÉNIAS NON VÉSICDLAIBES

« Cxjstiques dont la vésicule caudale se forme par bourgeonnement du proscolex, c'est-à-dire par adjonction d'une partie nouvelle. » Villot.

Ce groupe de Ténias correspond aux Gysticercoïdes de Leue- [ kart et aux Platycerques de Kiichenmeister. Leurs Cystiques sont toujours parasites des Invertébrés ; ils se logent dans les tissus ou dans la cavité du corps de leur hôte, mais celui-ci ne leur fournit pas d'enveloppe protectrice. Villot reconnaît dans ce groupe les genres Polycercus, Monocercus, Cercocystis, Staphylocystis, Urocijstis et Cryptocystis. Ce dernier seul nous intéressera.

Taenia nana von Siebold, 1853 (nec P.-J. van Beneden, 1861).

«inymie : Diplncanthus nanus Weinland, 1858.

Hymenolepis (Tsnia) nana Louckart, 1863.

Ce Ténia (fig. 265) est de petite taille, mais plus long que echinococcus. A l'œil nu, il a l'aspect d'un court filament et >eut aisément passer inaperçu. Il n'atteint pas un pouce de mgueur : les plus grands mesurent de 15 à 20mm ; la largeur maximum est de 0mm,5.

La tôte (fig. 266) est à peu près moitié plus épaisse que le cou qui lui fait suite et dont la segmentation ne devient apparente qu'après une certaine distance. Elle est sphérique, large d'environ 0mm,3 et pourvue de quatre ventouses arrondies, dont le diamètre est de 0mm,l. Elle présente en avant un rostre long de 60 [a, qui porte sur son segment antérieur émoussé une rangée unique de 22 à 24 crochets extrêmement fins. Leuckart, auquel nous devons une bonne description de ce Ténia, a toujours trouvé le rostre invaginé.

Les crochets (fig. 266, a) sont encore formés d'une lame et Blanchard. — Zool. méd. 30

466 ORDRE DES CliSTODES.

d'une base; la racine postérieure de celle-ci est très épaisse, l'antérieure est mince et effilée. Tous les crochets ont sensiblement la môme forme et la môme taille; leurs dimensions sont les suivantes :

De l'extrémité de la racine antérieure

à l'extrémité de la griffe 18 \j.

De l'extrémité de la racine postérieure

àl'extrémité de la griffe 7,G[*

Longueur de la base 15 \>.

Dans son tiers antérieur, le corps est mince comme un fil ; il s'élargit assez rapidement au delà de cette limite, puis conserve à peu près partout la même largeur jusqu'à sa terminaison. Les corpuscules calcaires sont peu abondants et sont de très petite taille. Le nombre des anneaux est de 150 à 170 ; les 20 à 30 derniers sont remplis d'œufs mûrs. Leur longueur est très peu considérable et, même dans les dernières portions du corps, égale à peine le quart de la largeur.

L'appareil excréteur et l'organe mâle

n'ontpas été vus ; les testicules sontvrai-'

semblablement situés de chaque côté des

ovaires. Seule, la poche du cirre est

bien visible : elle accompagne l'ovaire,

en avant duquel elle est située et se

présente sous l'aspect d'un organe clavi-

forme, à contours nets, rapproché du

bord antérieur de l'anneau et dirigé en

travers de ce dernier (ûg. 267). Par son

extrémité la plus épaisse, elle s'étend

d'abord jusqu'au milieu de l'anneau, mais

à mesure que celui-ci s'élargit et se laisse Leuckart. * . .. , ,

distendre par les œufs, elle semble se

rapprocher de l'un des bords latéraux. Elle est creusée d'un

Fig. 265.

grossi

— Tsenia nana, 18 fois, d'après

TjENIA. nana. 467 canal cylindrique, terminaison du canal déférent, dont l'extrémité interne se rende en une cavité sphérique. Contrairement à ce que nous présentaient les Ténias précédents, tous les pores marginaux sont situés d'un seul et même côté, sur toute la longueur de l'animal.

Les organes génitaux femelles se montrent de bonne heure : on voit déjà sur le milieu des premiers anneaux un amas de granules sombres, qui devient d'autant plus abondant et d'autant plus net qu'on s'avance davantage en arrière et qui prend aussi peu à peu des contours plus arrêtés. En se rapprochant de la partie moyenne du corps, cette masse granuleuse se montre comme formée de lobules fortement serrés les uns contre les autres : ce sontlà les ovaires.

Les lobes de l'organe femelle se groupent en une figure irrégulière bilobée, qui s'étend sur les deux moitiés latérales de

l'anneau, de manière à constituer deux lobes ovariens (germigènes de Leuckart). En arrière de ceux-ci se voit encore un lobe ovarien impair, d'aspect plus finement granuleux (vitellogène de Leuckart).

Les anneaux du milieu du corps (fig. 267, b) présentent, en dedans de la poche du cirre, une poche pyriforme, remplie de sperme : c'est le réservoir séminal, communiquant avec le vagiD. Celui-ci s'ouvre à côté, plutôt qu'en arrière de la poche du cirre et, comme cette dernière, se trouve de plus en plus repoussé vers le bord antérieur, à mesure que l'utérus se gorge d'œufs.

La forme de l'utérus est caractéristique. Sur les anneaux mûrs (fig. 267, c), les glandes génitales ont disparu : il ne reste plus, comme traces de l'ancien appareil hermaphrodite, que la poche du cirre et le réservoir spermatique. Le reste de l'anneau, considérablement distendu, est occupé par l'ulérus,

Fig. 2G6. — Tète de Txnia nana, grossie 100 fois ; le rostre est invaginé. — a, crochet isolé, grossi G00 fois. D'après Leuckart.

468 ORDRE DES CESTODES.

dont la forme se moule exactement sur celle du segment. C'est un vaste sac bourré d'oeufs. Ceux-ci sont entourés de deux membranes claires et minces, mais assez résistantes, séparées l'une de l'autre par un large espace. Us mesurent 40 p de dia-

Fig. 2G7. — Anneaux de Tœnia nona, grossis 100 fois, d'après Leuckart. — a, anneaux dont l'ovaire est développé ; b, anneaux dans lesquels les tenfs commencent à se former; c, anneau mûr.

mètre et renferment des embryons hexacanthes, larges de 23 p.. Les crochets de ces derniers sont difficiles à voir : ce sont des bâtonnets longs de 9,o p et recourbés en faux à leur extrémité.

On ignore encore la provenance de Txnia nana, mais, en raison de son analogie avec les Ténias des Insectivores, on doit penser qu'il passe sa période larvaire chez un Insecte; peutêtre est-il amené chez l'Homme par suite d'une perversion du goût.

Ce Ténia a été découvert au Caire par Bilharz, en 1851, dans l'iléon d'un jeune homme mort de méningite; il s'y trouvail

T/ENIA NANA. 409

en nombre considérable. Von Siebold cl Bilharz en ont donné une description succincte, que Leuckart a pu compléter, d'après les exemplaires donnés par Bilharz aux Musées de Vienne et de Halle. Quatre exemplaires de ce même Ténia figurent dans la collection helminthologique de la Faculté de médecine de Paris ; ils avaient été donnés à Davaine par Burguières.

Le Ténia nain a encore, été trouvé à Belgrade, en 1885, chez une enfant de sept ans, fille d'un barbier. A la suite de troubles digestifs, imputables à la présence d'un Gestode, le Dr Holez administre à la fillette l'extrait éthéré de Fougère mâle : elle expulse un Taenia solium, quelques Oxyures et 50 Txnia nana. Le pharmacien militaire Helic conseille alors l'administration de nouvelles doses de l'anlhelminthique : à quatre reprises successives, la malade expulse environ 50 exemplaires nouveaux du Ténia : en cinq fois, elle rejette donc un total de 250 Ténias nains. Ceux-ci, communiqués à Leuckart, ont été reconnus par ce savant comme identiques à Txnia nana. Nous avons pu nous-même nous assurer de l'exactitude de cette détermination, sur quelques exemplaires qu'a bien voulu nous remettre le professeur Dokitch, en septembre 1885, lors de notre passage en Serbie; ces exemplaires sont déposés au Musée Orfila.

En 1873, Spooner crut avoir rencontré aussi le Ténia nain aux États-Unis, chez un jeune homme; des exemplaires en furent présentés au Collège of Physicians de Philadelphie. C'étaient des Vers longs de 8 à 10 lignes (17 à 21mm), composés de 150 à 170 anneaux. La tête était large, obtuse, quadrangu-

Ilaire ; le cou, long et rétréci, s'élargissait vers le corps; celuici était trois fois plus large que la tête.

I Les dimensions que Spooner assigne à ces Ténias concordent bien avec celles de T. nana, mais la description qu'il en donne

|est trop incomplète pour qu'on puisse se prononcer sur la détermination spécifique. Contrairement à l'opinion de Leuckart nous ne pensons pas qu'il s'agis.e ici de T. flavopunclata, dont la tadle est bien plus grande, à moins que Spooner n'ait eu affaire qu'à des individus très jeunes.

/;//' T1u o;n ^ieb0ld' ?in Beitra9 zur Oelmvithogrflphia humana, ans brief- Voîr 61 ^ ™ în Cair°- Z 'L W- Z'' 1V' |5- -

470 ORDRE DES CESTODES.

E.-A. Spooner, Spécimens of Ténia nana. Amer. Journal of med. sciences (2), L\V, p, 13G, 1873.

Taenia flavopunctata Weinland, 1858.

Synonymie : Hymenolepis flavopunctata Weinland, 1858.

Ce Ténia, encore très incomplètement connu, est long de 20 à 30 centimètres, d'après Weinland, de 33 à 42 centimètres d'après Leidy. La tête est très petite, cuboïde, large de 0"'m,5; elle est arrondie en avant, dépourvue de rostre et de crochets (1) et ressemble assez, sauf par la taille, à celle de Taenia saginata; elle présente dans sa région antérieure quatre ventouses elliptiques, mesurant 88 (x sur 112 a. Le cou est filiforme, long de

2 à4mm; large de 0mm,l. Il débute par un étranglement et se continue insensiblement avec le corps, dont les anneaux sont bien délimités.

Ceux-ci sont trapézoïdes, à angles arrondis, toujours moins longs que larges; on les voit augmenter progressivement de taille, aussi bien dans le sens de la longueur que dans le sens transversal, à mesure qu'ils s'éloignent de la tète. Dans la région antérieure, ils sont, d'après Weinland, longs de 0mm,2 à 0mm,S et larges de lmm à lmm,25; d'après Parona, longs de 0mm,5 et larges également de 0mm,5.

La région postérieure est occupée par des anneaux mûrs dont la longueur atteint 1 millimètre et la largeur 2mm,3 d'après Weinland ; Parona leur attribue une longueur maximum de

3 millimètres et une largeur maximum de 4 millimètres. C'est sur ces anneaux que la forme trapézoïde se voit avec le plus de netteté : le bord antérieur est plus ou moins rétréci, parfois jusqu'à donner à l'anneau tout entier l'aspect d'un triangle.

Les corpuscules calcaires sont petits et rares. Les lacunes longitudinales sont très visibles. Comme chez le Ténia nain, les pores marginaux sont tous situés du môme côté.

Les anneaux antérieurs non mûrs ne montrent pas la moindre trace d'organisation interne : ils renferment simplement de grosses granulations. Un peu plus en arrière, le segment est marqué, dans sa partie médiane, d'une assez grosse tache

(1) Peut-être les crochets sont-ils simplement de fort petite taille et difliciles h voir, comme chez Tœnia nana.

'JVENIA FLAVOPUNCTATA.

jaune, que Weinland a considérée comme caractéristique de l'espèce et qui n'est autre chose que le réservoir spermatique (1). Plus loin encore, les anneaux ont perdu leur tache jaune et, par suite de l'accumulation des œufs à leur intérieur, présentent une coloration gris brunâtre.

Les organes génitaux mâles n'ont pu être reconnus, à moins qu'on ne doive considérer comme des testicules des corps arrondis, ordinairement au nombre de 2 à 5, que Leidy a vus disséminés au sein du parenchyme des anneaux qui demeurent stériles.

La connaissance de l'appareil génital femelle est également très imparfaite. Le réservoir séminal (fig. 268, a, b), formé d'une vaste poche plus ou moins subdivisée par un étranglement, a le même aspect et la même disposition générale que chez Tsenia nana. Ses rapports avec l'oviducte, l'ovaire et l'utérus sont encore inconnus; il communique avec l'extérieur au moyen d'un vagin large et court, c, dont l'orifice, d, est situé sur le bord latéral, un peu en arrière du milieu de la longueur. Réservoir spermatiquc et vagin se trouvent refoulés vers le bord antérieur de l'anneau, au fur et à mesure que les œufs, e, distendent l'utérus. Ici encore, ce dernier est une simple cavité creusée dans le parenchyme et limitée par la paroi amincie de l'anneau.

A la partie postérieure du Ver, les anneaux mûrs ne forment pas une série

ininterrompue : çà et là s'interposent entre eux un nombre variable d'anneaux stériles, c'est-à-dire dans lesquels les œufs ne se sont point développés (2). Ce caractère, reconnu par

(1) Ce caractère est d'ailleurs inconstant. Weinland et Parofla l'ont cons* tato mais Leuckart et Leidy ont note son absence.

des an«a« kS) /ï! *7ϰ' Leidy a reCOnnu la ^cession suivante des anneaux fertiles et stériles : à la suite de deux anneaux stériles venaient

■llilIBIIliBf

Fig. 268. — Anneaux mûrs de Tsenia flavopunciata , d'après Weinland. — a,

b, réservoir spermatique ;

c, vagin ; d, son orifice extérieur; e, œufs.

*« OUDUE DES CESTQDÈS.

Weinland et par Leuckart et mentionné depuis par Leidy, permet d'affirmer que ces observateurs ont eu bien réellement affaire à des parasites de même nature. Les anneaux mûrs renferment un très grand nombre d'œurs.

Ceux-ci (tig. 269) sont spbériques d'après Weinland, ovoïdes d'après Parona; ils sont limités par une membrane vitelline, a, à l'intérieur de laquelle se voit une masse vilelline, b, renfermant un embryon hexacanthe, cl, entouré d'une coque assez épaisse, striée radiairement. Les dimensions de l'œuf sont de 54 p. d'après Weinland, de 60 p. d'après Leuckart, de 58 y. sur 68 u.

d'après Parona. L'embryon hexacanthe est large de près de 30 p. ; après action de la potasse, il montre nettement ses deux crochets, longs de 17 f*.

On ignore encore chez quel animal s'accomplit la phase larvaire de Txnia flavopunctala; il est alors probablement parasite des Insectes. Ce Ténia est très voisin du Ténia nain; il en diffère néanmoins par l'état inerme de sa fête, si les observations de Parona sont exactes et si elles ont porté véritablement sur le même parasite que celles de Weinland et de Leidy.

Tsenia flavopunctala n'a encore été observé que trois fois. Les premiers exemplaires connus figurent à Boston dans la collection de la Médical Improvement Society, sous len° 903 du catalogue. Le Dr Ezra Palmer les obtint, en 1842, d'un enfant de dix-neuf mois, bien portant et sevré depuis six mois; il les prit d'abord pour des fragments de JJolhriocephalus lalus. En 1858, Weinland eut l'occasion d'examiner ces exemplaires et reconnut qu'ils appartenaient à un Ténia d'espèce nouvelle, qu'il appela Hymenolcpis [Tsenia) flavopunctala et dont il fit une description sommaire. Il s'assura notamment que les fragments qui se trouvaient à sa disposition provenaient de six individus, dont aucun n'avait été rendu avec la tête ; il reconnut les affinités de ce parasite avec certains Ténias des Mammifères et des

1, 2, 1,0, \, 1, I, 5, l, 18, 1, 3, I, 3, 5, l, 1, 3, 4, U 1, 3, I, î, M, 7, 10, 1, 0, 3, 3, 15, 1,2, 2, -i, 2 anneaux alternativement fertiles ut stériles.

Fig. 201). — OEuf de Tœnia Jluvopunctata , d'après Weinland. — a, membrane vitelline ; à, niasse vitelline ; c, enveloppe de l'embryon liexacantlie ; d, embryon liexacantlie.

TjENIA MADAGASCAhlENSIS. *P

Oiseaux insectivores. De retour en Allemagne, Weinland transmit à Leuckart quelques anneaux, grâce auxquels ce savant put compléter la description du parasite.

Une seconde observation est due à Leidy. En 1884, le professeur AV. Pepper lui adressa quelques fragments expulsés par un enfant de trois ans, après administration de la santonine. Le D1' T.-V. Crandall, dans la clientèle duquel le cas s'était présenté, raconta que l'enfant, né à Philadelphie de parents allemands, avait été sevré à vingt mois, et depuis lors, avait toujours eu la même nourriture que ses parents. Ces spécimens consistaient en une douzaine de fragments provenant sans doute de trois Ténias ; la tête était absente.

La dernière observation nous vient d'Italie; elle est due à Ed. Parona. Ayant trouvé dans les selles d'une fillette de deux ans, des environs de Varese, des œufs ressemblant à ceux de Taenia solium, il administra divers ténifuges à la petite malade et lui fit rendre ainsi quatre fragments d'un Ver incomplet; ces fragments étaient identiques entre eux, longs chacun de 12 à 20 centimètres. La tête ne faisait pas défaut.

J. Leidy, Occurrence of a rare human Tapeworm {Tœnia flavopunctala) . Amer. Journal of med. se. (2), LXXXVIII, p. 110, 1884. — Id., A rare human Tape-worm {Tœnia jlavopunclata ?). Proceed. of the Academy of nat. se. of philadelphia, p. 137, 1881.

E. Parona, Di un caso di Tmnià flavo-punclala (?) riscontrata in una bambina di Varese. Giornale délia r. Accademia di medieina di Torino, XXXII, p. rJ9, 1884.

Taenia madagascariensis Davaine, 1869.

Le Ténia de Madagascar est très imparfaitement connu. Davaine pense que c'est un Ver long de 10 centimètres environ ; les anneaux doivent être au nombre d'environ 125; la tête est inconnue. Les anneaux les plus proches du cou sont courts et larges et mesurent 2mu\2 sur 0mm,8 ; les derniers anneaux sont carrés et mesurent 2mm,G en long comme en large. Il importe de remarquer que ces mesures ont été prises sur des échantillons conservés depuis plusieurs mois dans l'alcool et par conséquent très rétractés. Les anneaux mûrs, vus par Grenet au moment de leur sortie de l'intestin, étaient doués d'une grande contractilitô.

K?4 ORDIlE DES CESTODES.

En l'absence de la tête et du cou, les premiers anneaux sont asexués. Les suivants possèdent un organe mâle dont les portions apparentes, après action de la potasse caustique ou de la glycérine, sont le canal déférent et le pénis. Celui-ci est court, lisse, cylindrique, exsertile, pouvant faire au dehors une saillie de 40 et ayant un diamètre de 23 jx. Le pore génital est situé au milieu de la marge de chaque anneau ; à cet orifice aboutit aussi un vagin distinct. Tous les pores génitaux sont unilatéraux; aucun des anneaux ne possède deux pores génitaux opposés.

Sur les anneaux mûrs, l'appareil femelle est très remarquable. L'anneau est complètement rempli de petits corps sphériques ou ovoïdes, opaques au centre, demi -transparents à la périphérie, offrant l'apparence d'un œuf formé par un vitellus entouré d'un albumen abondant. Ces corps, que le Dr Grenet prenait pour des œufs, sont disposés en séries juxtaposées, dont l'ensemble donne l'image d'un quinconce. Rien ne paraît relier tous ces petits corps entre eux; ils semblent, dans l'anneau mûr, tout à fait indépendants les uns des autres. Ils ont environ 0mm,9 dans leur grand diamètre, sur 0mm,6 pour le plus petit. La partie centrale opaque a 0mm,5 sur 0mn\3. Ces corps sont au nombre de cent vingt à cent cinquante dans chaque anneau.

L'examen microscopique montre que ces corps ne sont pas des œufs, mais des poches ovariennes d'une structure particulière, dont la partie centrale opaque contient une grande quantité d'œufs, au nombre de trois ou quatre cents.

La couche externe de la poche ovarienne a une structure qui la fait ressembler à un cocon de Sangsue : elle est formée d'un tissu fïbruïde dont les fibres partent en rayonnant de l'amas ovulaire et se dirigent vers la périphérie en se ramifiant de plus en plus ; on dirait des nervures de la feuille des plantes dicotylédones ; souvent l'extrémité des plus fines ramifications se termine par un petit renflement. Dans le parenchyme demitransparent que constituent toutes ces ramifications, se trouve un petit nombre de corpuscules calcaires.

L'œuf est limité par une membrane vitelline, plissée et ratatinée, de telle sorte qu'on ne puisse se faire une idée exacte de ses dimensions; on peut les évaluer approximativement à

T/ENIA MADAGASCARIENSIS. 4™ 40 En dedans se trouve une coque membraneuse, large de 20 (x el enveloppant un embryon hexacanthe qui mesure luimôme 15 (x.

Tsenia madagascariensis est une espèce fort bien caractérisée par la structure de son ovaire. Celles dont il se rapproche le plus sont assurément T. nana et T. flavopunctala, mais il en diffère par la configuration de ses glandes génitales femelles.

Ce Ver n'a encore été rencontré que deux fois. Ces deux cas ont été observés par le Dr Grenet, chef du service de santé à Mayotte (Comores), l'un chez un petit garçon de dix-huit mois, créole des Antilles, l'autre chez une petite fille de deux ans, créole de la Réunion. Le petit garçon était à Mayotte depuis cinq mois, la fillette depuis deux mois seulement.

Dans l'un et l'autre cas, les symptômes ont été les mêmes : l'enfant est en parfaite santé, quand soudain ses yeux se voilent, ses pupilles se dilatent, se portent en haut. L'enfant tombe dans un état convulsif avec menace de suffocation ; il est tantôt pâle, tantôt bleu jusqu'à l'asphyxie; il a l'écume à la bouche, est sans parole et sans cris ; la tête va de côté et d'autre ; la mort paraît imminente. Au moyen de révulsifs externes, on le rappelle à la vie. Puis, une dose d'huile de ricin provoque l'expulsion des parasites.

Les Ténias, envoyés par Grenet à Le Roy de Méricourt, ont été décrits par Davaine; ils font actuellement partie de la col lection helminthologique de la Faculté de médecine de Paris. L'un d'eux consistait en plusieurs fragments, dont le plus long avait 6,5 centimètres et formait environ soixante-quinze anneaux ; deux autres plus courts étaient composés de dix-sept et dix-huit anneaux; enfin, trois fragments n'avaient chacun que deux anneaux. L'autre Ténia était représenté par une chaîne de quinze anneaux mûrs, dans lesquels l'organe mâle avait disparu.

Grenet et Davaine, Note sur une nouvelle espèce de Tœnia recueillie à Mayotte {Comores), stdvie de l'examen microscajnque de ce Tarnia. Mém. de la Soc. de biologie, (5), I, p. 2:i3, 18C9. — Archives do méd. navale, XIII, p. 13*, 1870.

ORDRE DES CESTODES.

Taenia canina Linné, 1707 (nec Balscli, 1786).

Synonymie : Tœnia osculis marginalibus opposilis Linné, 1748. T. moniliformis Pallas, 1781.

T. cuciimerina Blocli, 1782.

T. cateniformis Giize, 1782 (pro parle:). T. elliptica Batsch, 178G (pro parte). T. cuneiceps Zeder, 1800.

Alyselminthus ellipticus Zeder, 1800 [pro parle). Halysis elliptica Zeder, 1803 (pro parle). T. (Alyselminthus) cucumerina Weinland, 1858. T. (Dipylidium) cucumerina Leuckart, 1803.

Gomme son nom l'indique, ce Ténia est normalement parasite du Chien, mais il n'est pas très rare de le rencontrer aussi dans l'espèce humaine, chez les jeunes enfants. Ses migrations ont été étudiées par Melnikow.

L'œuf, dont le développement, suivi par Monicz, présente de notables différences avec ce que nous avons observé chez les espèces appartenant au type de T. serrata, est large de 37 à 46 (x d'après Davaine, de 50 [x d'après Leuckart. L'embryon exacanthe mesure lui-même 23 à 30 p. d'après Davaine, 33 u. d'après Leuckart ; ses crochets ont 15 p de longueur.

Avec les matières fécales ou avec l'anneau mûr qui le renferme, l'œuf va être expulsé de l'intestin du Chien : il se trouve mélangé à la poussière du sol ou à la litière sur laquelle le Chien a l'habitude de se coucher et il pourra de la sorte être transporté dans le pelage de l'animal. Là, les Ricins ou Trichodectes (Tric/wdectes canis), Hémiptères parasites du Chien, pourront le rencontrer et s'en repaître.

L'embryon hexacanthe, mis en liberté dans l'intestin du Trichodecte, se rend dans la cavité générale de l'Insecte et s'y transforme en une larve cysticercoïde (fig. 270). A l'œil nu, cette larve a l'aspect d'un petit point blanc ; examinée au microscope, elle est pyriforme, fortement contractée, de couleur gris-noirâtre, en raison de la grande réfringence de ses nombreux corpuscules calcaires ; elle est entourée d'une zone claire et brillante et mesure environ 0u,ni,3. L'appareil excréteur est bien apparent; il s'ouvre au dehors par un large pore situe à l'extrémité postérieure. L'extrémité antérieure est au contraire occupée par une invagination, au fond de laquelle se voit un

TAENIA CANINA. 4W rostre claviformo, dont le sommet présente plusieurs rangées de très petits crochets ; contrairement à ce qui s'observe pour les lûtes renfermées dans les vésicules proligères des Hydatides, ce rostre est simplement refoulé au fond de la dépression, et non retourné sur lui-même en doigt de gant; ses crochets ne sont pas renversés.

Tel est le Gystique auquel Villot propose de donner le nom de Cryptocystis trighadectis. On l'a comparé à une tête d'Échinocoque invaginée en elle-même. Villot fait remarquer avec raison que l'analogie entre ces deux êtres est au moins lointaine.

Dans le but de démontrer que leTriehodecte était véritablement l'hôte intermédiaire de Tœnia canina, Melnikow entreprit quelques expériences et chercha à faire développer le Cysticercoïde dans le corps de l'Insecte. Sur une portion de la peau du Chien, envahie par un grand nombre de Ricins, il applique une sorte de bouillie faite d'anneaux de Ténia mûrs et broyés. Au bout de sept jours, les Trichodectes. qui s'étaient' nourris de la bouillie, furent examinés : dans la cavité du corps de l'un d'eux, on trouva quatre embryons hexacanthes, entièrement semblables à ceux que renferment les œufs mûrs, mais deux fois plus gros ; ils mesuraient 60 (x de longueur. Chez un autre, on rencontra encore des embryons, mais à un stade plus avancé.

De cette unique tentative, Melnikow conclut que rien n'est plus clair que les migrations de Tœnia canina. Les œufs arrivent tôt ou tard avec les excréments sur les poils du Chien, soit renfermés encore dans les anneaux, soit isolés. LesTrichodectes qui habitent le pelage du Chien avalent ces œufs et le développement du Cysticercoïde peut ainsi s'effectuer. D'autre part, le Chien, tourmenté parla démangeaison que lui causent ses Poux, mord et avale ceux-ci : le Cysticercoïde, parvenu dans l'intestin, s'y transforme en Ténia parfait.

Fig

270. — Cysticercoïde de Tœnia canina, grossi GO fois, d'après Leuckart.

es migrations s'accomplissent réellement, ainsi que nous

478 ORDRE DES CESTODES.

venons de dire, il est vraisemblable que le Ricin du Chat (Ti ichodectes subrçstratus) est également l'hôte intermédiaire de Taenia elliptica. Ce Ver, fort analogue à T. canina, n'est probablement qu'une variété féline de ce dernier; du moins, les différences qui les séparent l'un de l'autre sont tellement faibles, qu'elles peuvent s'expliquer suffisamment par la diversité de l'habitat des animaux adultes.

Si Txnia canina, dont la fréquence est extrême, provenait toujours du Trichodecte, celui-ci devait être lui-même un parasite fort commun. Or, c'est le contraire qui est vrai. Ilering l'a cherché « avec zèle « pendant des années sans pouvoir le rencontrer ; nous-môme avons bien des fois examiné soigneusement, sans jamais y trouver des Trichodectes, le pelage de Chiens dont l'intestin renfermait pourtant un très grand nombre de Ténias.

On sait, d'autre part, que les Chiens d'appartement, qui n'ont jamais eu de Poux, sont hantés du Ténia presque aussi fréquemment que les Chiens de campagne. On doit donc penser que la théorie de Melnikow ne nous donne qu'une explication incomplète de la provenance du parasite. Ces réserves ne sauraient d'ailleurs nous amener à partager l'opinion de Hering, d'après laquelle le Ténia se développerait directement, sans passer par aucune phase larvaire.

D'autres critiques peuvent encore être adressées à Melnikow. Si le Trichodecte héberge normalement le Cysticercoïde, il est surprenant que, parmi le grand nombre d'Insectes qui, dans son expérience, pullulaient dans le pelage du Chien et se sont repus des œufs du Ténia, deux seulement aient été trouvés porteurs déjeunes larves. Enfin, l'expérience est incomplète : pour arriver à une démonstration indiscutable, il eût fallu voir se développer en Ténias, dans l'intestin d'un Chien, les Cysticercoïdes de la cavité générale des Trichodectes. Nous pensons donc qu'il faut conclure à la nécessité de nouvelles recherches sur ce point.

Le Ver adulte est long de 15 à 35 centimètres. La tête, ornée de quatre ventouses, est à peu près rhomboïdale et deux fois aussi large que le cou. Elle est surmontée d'un prolongement claviforme, assez court et obtus, dont le diamètre est égal à 0mm,l : c'est le rostre. Celui-ci peut, à l'état de repos, s'invaginer dans la tête. Quand, au contraire, il est en protraction, on voit à sa base des crochets disposés sur trois ou quatre rangs : il semble y avoir, à cet égard, assez peu de constance. Le nombre des crochets n'est pas moins variable : Leuckart en aurait compté environ 60, mais Davaine n'en a vu que 48 au maximum : ce dernier auteur a constaté du reste qu'ils tombaient

T/ENIA CANINA,

aisément. Les plus grands crochets forment le cercle le plus élevé : ils mesurent de 11 à 15 fx; les plus petits forment le cercle le plus inférieur et mesurent à peine 6 fx.

Le cou est très contractile. A l'état d'extension, il est filiforme et large de 0mn\ 15 ; contracté, il a 0mm,25 de largeur. Les 40 premiers anneaux sont très courts et très étroits; ils n'occupent qu'une étendue de 6 à 8 millimètres. Au delà de ce point, les anneaux s'allongent et deviennent successivement carrés, arrondis, moniliformes, enfin semblables à des semences de Courge : ils sont alors 4 à 5 fois plus longs que larges et mesurent 6 à 7 millimètres de long sur 2 à 3 millimètres de large.

A mesure que la taille des anneaux va en augmentant, on voit ceux-ci se séparer plus nettement les uns des autres. Les points de réunion s'étranglent, les angles s'arrondissent et la partie postérieure du Yer prend ainsi un aspect de plus en plus nettement caténulé. Les anneaux mûrs, au nombre de 10 à 25 et plus, ont une teinte rougeâtre due aux ovules ; ils se détachent avec la plus grande facilité du reste de l'animal.

D'après Steudener, la première trace de l'appareil génital se montre déjà sur l'anneau 17. Ici encore, le développement des organes mâles précède celui des organes femelles, en sorte que les spermatozoïdes sont formés assez longtemps avant que ces derniers se soient entièrement constitués. La maturité sexuelle est atteinte vers l'anneau 50 ; à partir de l'anneau 60, l'ovaire entre déjà en régression.

L'anneau mûr (fig. 271) a un aspect des plus caractéristiques. Chacun de ses bords latéraux présente, un peu en arrière de la moitié de sa longueur, un pore marginal auquel aboutissent un canal déférent et un vagin ; il y a, dans chaque anneau, un double système de glandes génitales, un double oviducte, un double corps de Mehlis mais l'utérus est unique et médian.

Fig. 271. — Anneau mûr do Tsenia el/iptica, d'après P.-J.

van Beneden. — «, œufs; c, canal déférent; d, poclio du cirre; e, vagin ; f, parenchyme de l'anneau.

Les vésicules testiculaires sont presque sphériques, logées

en

480 ORDRE DES CESTODES.

grand nombre dans la couche moyenne de l'annea u . Chacune d'elles produit un grand nombre de spermatozoïdes, que de fins canalicules amènent vers le milieu de l'anneau. Là prend naissance, de chaque côté, un canal déférent, c, qui court vers le bord latéral en dé rivant des sinuosités de plus en plus grandes. Ce canal pénètre dans la poche du cirre, d, organe lagéniforme et musculaire, long de 160 u, épais de 60 au sein duquel il se contourne encore une fois en boucle; finalement il s'ouvre sur le bord latéral de l'anneau.

Chaque moitié latérale de l'anneau renferme encore trois glandes ovariennes : les deux antérieures, symétriquement placées par rapport au vagin, communiquent directement avec la terminaison de celui-ci au moyen de courts canaux excréteurs. La glande impaire et postérieure, formée d'un grand nombre de tubes anastomosés entre eux, déverse ses produits dans l'oviducte, au niveau du corps de Mehlis.

L'oviducte se continue d'une part avec le vagin, dont il est séparé par un large réservoir spermatique, d'autre part avec l'utérus, sans ligne de démarcation appréciable. Le vagin, e, est dirigé très obliquement d'arrière en avant et de dedans en dehors ; il décrit quelques légères sinuosités et débouche au dehors par un orifice situé immédiatement en arrière de la poche du cirre.

L'utérus est unique et commun aux deux groupes de glandes sexuelles. Il affecte la disposition d'un réseau qui se ramifie entre les vésicules testiculaires et forme des caecums sur les parties latérales de l'anneau. Ceux-ci se laissent distendre par les œufs et, par rupture de leur pédoncule, s'isolent et simulent alors des poches, à l'intérieur desquelles on reconnaît un nombre d'oeufs plus ou moins considérable, 3, 4, 10, 15, 20, ou davantage.

Tsenia canina est un parasite extrêmement fréquent chez le Chien, dans l'intestin grêle duquel il peut produire ce rtai lésions décrites par Schiefferdecker. Krabbe l'a rencontré à Copenhague chez 240 Chiens sur 500, soit 48 fois sur 100 ; i Islande, chez 57 Chiens sur 93. «Le nombre de ces Vers, dit Krabbe, était souvent inférieur à 10, mais, dans la plupart des cas, il y en avait une quantité plus considérable, jusqu'à 100. et il n'était pas rare d'en rencontrer plusieurs centaines ; j'en ai même une fois trouvé 2000. » A Paris, nous sommes lia» tués à trouver ce parasite au moins dans les trois quarts d s Chiens ; il y existe en nombre variable, ordinairement plusieurs dizaines.

Ce Ver, avons-nous dit, peut s'observer aussi chez l'Homme,

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