‹ Traité de zoologie médicale [electronic resource] (volume 2)Chapitre 61 sur 77 · BOTHRIOCIÎPIIALUS LA.TUS. SU · texte numérisé non relu

BOTHRIOCIÎPIIALUS LA.TUS. SU

une délicate membrane anhiste. Moniez a démontré la fausseté de cette opinion et prouvé que les trois lobes ovariens avaient une même origine et une même structure : les ovules proviennent de cellules parencbymateuses modifiées ; celles-ci forment tout d'abord des amas séparés, mais qui, par suite de la croissance de leurs éléments, se rencontrent et se fusionnent de manière à se disposer en traînées irrégulières et réticulées, que ne limite aucune membrane d'enveloppe. Moniez a constaté en outre que l'ovaire central est déjà en voie de régression dans les anneaux mûrs; ses cellules perdent leur noyau, subissent la dégénérescence graisseuse et se détruisent sans se transformer en ovules. Cet auteur admet que le lobe ovarien impair n'est plus qu'un organe rudimentaire, sorte de vestige d'un état primitif dans lequel il était plus développé, les lobes latéraux n'ayant pas acquis eux-mêmes l'extension actuelle.

Les lobes latéraux représentent donc l'ovaire véritable. La partie moyenne, par laquelle ils s'unissent l'un à l'autre, donne naissance, par son bord postérieur, à un large pavillon infundibuliforme, dont l'épaisse paroi, formée de muscles circulaires, émet par sa périphérie de grosses cellules musculaires qui vont se perdre en rayonnant dans le tissu voisin. Du fond de ce pavillon (fig. 283, e) part l'oviducte (fig. 282, k; fig. 283,/). Ce canal a lui-même une paroi épaisse sur une assez grande longueur, mais il ne présente pas les fibres circulaires caractéristiques du pavillon. L'oviducte se dirige en arrière, à la rencontre du lobe médian de l'ovaire : au point où celui-ci vient s'y aboucher, il se continue à plein canal avec l'utérus, dont le commencement est marqué d'une dilatation fusiforme (fig. 283, h). Vers le milieu de sa longueur, l'oviducte communique encore, au moyen d'un étroit canal (fig. 282, h; fig. 283, b), avec le réservoir séminal (fig. 282, g ; fig. 283, a), qui se trouve situé à l'extrémité interne du vagin.

A l'appareil génital femelle se rattachent les vitellogènes, dont les Ténias ne possèdent aucune trace. Ils constituent un système de follicules pairs, situés dans les champs latéraux de l'anneau, / (fig. 282, C) et développés dans la couche corticale seulement, entre le tissu sous-cuticulaire et les muscles longitudinaux.

Moniez a pu suivre le développement de ces organes, que

512 ORDRE DES CESTODES.

Sommer et Landois considéraient à tort comme un appareil glandulaire très ramifié. On voit apparaître d'abord, dans l'espace que nous venons d'indiquer, des cellules très grandes, ayant le caractère des ovules, nucléées, pourvues d'un nucléole et chargées d'un grand nombre de granulations vitellines. Ces cellules, dont le prolongement se continue avec les éléments du tissu ambiant, sontrapprochées, mais très distinctes les unes des autres. Par la suite, elles augmentent beaucoup de volume, en môme temps que leurs granulations se multiplient et deviennent plus grosses. Quelques-unes d'entre elles évoluent isolément, mais la plupart se groupent en follicules ovales ou arrondis, larges de 64 à 110 |*.

Les vitellogènes prennent donc naissance de la môme façon que les follicules testiculaires ou ovariens; pas plus que ces derniers, ce ne sont des glandes véritables; comme eux encore, ils sont dépourvus de membrane d'enveloppe et de canaux excréteurs préformés.

Quand les autres parties de l'appareil reproducteur sont prêtes à entrer en fonctions, les cellules vitellogènes deviennent complètement granuleuses, en commençant par les plus proches du centre : elles rompent leur paroi et mélangent plus ou moins leur contenu à celui des cellules et des follicules voisins, en fusant entre les mailles du tissu. Ainsi se forment des traînées de vitellus, les conduits jaunes d'Eschricbt (fig. 282, m), qui se réunissent les uns aux autres. On observe alors pour les follicules vitellogènes le fait remarquable que nous avons signalé déjà pour les testicules, c'est-à-dire que ceux de la partie antérieure de l'anneau vont déverser leurs produits dans l'anneau précédent.

Ces produits progressent donc ainsi dans les tissus de la zone corticale de l'anneau, chassés par une sorte de vis atergo résultant de leur active élaboration. Formés uniquement dans le champ latéral, ainsi que nous l'avons déjà dit, ils empiètent alors sur la zone médiane, en convergeant vers la région occupée par le lobe médian de l'ovaire. En ce point, les traînées vitellines aboutissent à un canal à paroi propre, le vitelloducte, qui prend naissance en dedans de la couche des muscles annulaires, par un pavillon comparable à celui de l'oviducte. Le vitelloducte (fig. 281, m; fig. 282, n; fig. 283, c) se dresse verlica-

BOTIIRIOCEPriALUS LATUS. 513

lcment à. travers le parenchyme central et, après un très court trajet, dont notre figure 283, empruntée à Sommer etLandois, ne donne pas une idée très exacte, il vient s'ouvrir dans l'oviducte, au point môme où celui-ci se continue avec l'utérus.

Le vagin (fig. 280, h; fig. 282, /) débute par une vulve (fig. 280, g ; fig. 282, d) située dans le sinus génital, au voisinage immédiat de son bord postérieur. Cet orifice est large de 52 à 9i n et conduit dans un tube rétréci, le vestibule du vagin (fig. 282, e), qui passe à la face inférieure du bulbe de la poche du cirre. Au delà de cette première région raccourcie, le vagin s'élargit progressivement, à mesure qu'il se dirige d'avant en arrière, en suivant la face ventrale de l'anneau; son trajet n'est pourtant pas absolument rectiligne, mais légèrement sinueux, surtout dans sa partie postérieure. Il passe immédiatement audessus du plan musculaire inférieur, c'est-à-dire qu'il est renfermé dans la zone moyenne du corps ; il est recouvert par les circonvolutions de l'utérus, mais recouvre à son tour la terminaison antérieure de cet organe, ainsi que la partie médiane des lobes latéraux de l'ovaire.

Le vagin, découvert par Stieda, est limité par des petites cellules pourvues de cils dans toute sa longueur. En arrière, il se termine par une vaste dilatation ou réservoir séminal (fig. 282, g; fig. 283, a), dont la paroi est dépourvue de cils, mais est tapissée par des cellules plus petites que celles du tube vaginal. C'est dans ce réservoir, dont les dimensions peuvent varier de 150 y. à 220 suivant son état de réplétion que les spermatozoïdes, introduits par la vulve, viennent s'accumuler en attendant le moment de la fécondation. Quand ce moment est venu, ils s'engagent dans un canal (fig. 282 h • fig. 283, b), large seulement de 7 que nous avons déjà signalé plus haut comme faisant communiquer le réservoir spermati que avec l'oviducte.

La seconde moitié de l'oviducte est donc une région d'une haute importance, puisque c'est là que viennent se rencontrer les ovules amenés par le pavillon, les spermatozoïdes déversés par le vag.net les éléments vitellins charriés par le vitelloductetoutefois, les choses sont disposées de telle sorte que le germe' jusqu a ors représenté par une cellule nue, puisse être fécondé avant d'être englobé par le vitellus. C'est évidemment en cet Blanchard. — Zool. méd.

51 * ORDRE DES CESTODES.

endroit que l'œuf complet s'organise, sans que nous puissions encore préciser comment se fait cette organisation. Un peu plus loin, au commencement de l'utérus, l'œuf est déjà parfaitement isolé : sa coque, qui a la signification d'une membrane vitelline, a acquis son épaisseur, sinon sa solidité définitive; elle renferme la jeune cellule-œuf avec tout le vitellus de nutrition. A parlir de ce moment, l'œuf se trouve définitivement constitué : il a la forme et la structure que nous lui avons reconnues au début de ce chapitre.

Après avoir acquis dans l'oviducte ses derniers éléments, l'œuf pénètre dans l'utérus. Cet organe est représenté par un tube dont la direction générale s'étend d'arrière en avant, suivant la ligne médiane, mais dont le trajet est, en réalité, des plus sinueux (fig. 280, q; fig. 281, r; fig. 282, p). L'utérus débute par une dilatation fusiforme, large de 40 p (fig. 280, p ; fig. 281, p; fig. 283, h), qui se continue par un canal rétréci, dont les ondulations et les sinuosités ont été comparées aux circonvolutions de l'intestin de l'Homme (fig. 281, q; fig. 283, i).

Au delà de cette première région, l'utérus s'élargit graduellement, sans présenter pourtant de calibre bien régulier, et décrit, de chaque côté de la ligne médiane, cinq à sept grandes anses qui passent au-dessus de l'ovaire et du vagin et s'étendent à peine, sur les côtés, jusqu'au vaisseau longitudinal. Les deux dernières anses atteignent le niveau de la poche du cirre, en arrière de laquelle elles se disposent en arc de cercle. Finalement, le tube utérin vient se terminer sur la ligne médiane et déboucher au dehors par un pore ventral, situé un peu en arrière du sinus génital (fig. 282, k').

L'utérus n'a pas la même structure sur toute son étendue. La partie initiale a une paroi cellulaire relativement très mince, tandis que le reste du tube a une paroi fort épaisse, constituée par plusieurs assises de grosses cellules fusiformes, rattachées au parenchyme par leurs prolongements. Quand les œufs viennent s'accumuler dans sa cavité, l'utérus se dilate considérablement ; ses circonvolutions s'écartent les unes des autres, par suite de l'allongement de l'anneau; en môme temps, les cellules de la paroi du canal se disposent sur une seule couche et parfois même perdent leur contact réciproque.

I10TIIRI0CEPIIALUS LATUS.

Telle est la structure des anneaux mûrs. Parvenus à cet état, les segments vont commencer à pondre leurs œufs dans l'intestin (I), en môme temps que leurs glandes génitales entreront en régression. L'évolution des appareils reproducteurs marche rapidement et la ponte commence de bonne heure, puisque Braun a constaté qu'elle se faisait déjà à oO ou GO centimètres de la tête : les œufs sont déjà développés, quoique en petite quantité, chez un Bothriocéphale âgé de deux semaines.

Quand l'utérus est distendu par les œufs, ses sinuosités se voient facilement par transparence, si on examine l'animal par la face ventrale : il se présente alors sous l'aspect d'une rosette ou d'une fleur de Lis, aspect que les anciens auteurs avaient grand soin de signaler comme la principale caractéristique du «Taenia lata » (fig. 276, d, e, f; fig. 284) ; en particulier, c'est à cause de cette structure, qui parcourt l'axe du corps du Bothriocéphale comme l'épine dorsale parcourt la ligne médiane du corps d'un Vertébré, qu'Andry décrivit ce Ver sous le nom de Ténia à épine.

A mesure que l'utérus se vide, l'anneau se rétrécit etla rosette disparaît.

Ce n'est donc point, comme chez les Ténias, sur les derniers anneaux de l'animal, mais bien sur les anneaux du milieu de sa longueur, que les caractères distinctifs sont le mieux accusés. Toutefois, même pour les segments dont la ponte est achevée, l'existence d'un double orifice sur la ligne médiane de la face ventrale permettra toujours de reconnaître à coup sûr la nature du parasite.

(1) Meschede U'ageblatt der 45. Versammlung deutscher Naturforscher und Àerzte n Lopng, p 180 1872. - Voir aussi : Zuv pflthologischen Anatomie d>- f Hcscssenheitswakns. Allgem. Zoitsclirift fur Psychiatrie, XXX, p 109 1874) attribue un cas de folie cpileptique à la présence d'œufs do Bothriocéphale Coccidte SUbSlanCe du CerveaiK Dans ce cas' il «'agissait probablement de

Fiji;. 28 i. — Trois anneaux du Bothriocéphale, vus par la face ventrale et montrant la rosette formée par l'utérus.

— a, mamelon formé par la poche du cirre; b, pore ventral de l'utérus. Sur le premier anneau, le cirre fait saillie au dehors.

5* G ORDRE DES CESTODES.

D. F. Escliricht, Anatomiseh-physioloyische Untersuchunrjen iiher die Bo thnoccphalen. Nova Acta Acad. cœs. Loop.-Carol. naturœ curiosorum \|\ suppl. II, 1841.

Em. Blanchard, Recherches sur l organisation des Vers. Annal™ des *r nat., (3), XI, p. U3, 1849.

L. Stieda, Ein Beitrag zur Anatomie des Bothrioccphalus latus. Archiv (Hj Anatomie, p. 17i, 1 S G 4 .

Arth. Bôttcher, Sludien ûber den Bau des Bolhriocephalus latus. Virchow's Archiv, XXX, p. 97, 18G4. — Id., Verschiedene Mittheilunqen. — I. Dus oberfliichliche Gefâsssystem des Bothrioccphalus latus. Ibidem, XLVII, p. 370, 18G9.

F. Sommer und L. Landois, BeitrUge zur Anatomie der Plattwùrmer. — I. Ueber den Bau der geschlechtsreifen Glieder von Bothrioccphalus latus Brnnser. Z. f. w. Z., XXII, p. 40, 1872.

J. Niemiec, Sur le système nerveux des Botlirioccphalid.es. Comptes rendus de l'Acad. des sciences, C, p. 1013, 1885.

Co mme les Ténias, le Bolhriocéphale est sujet à diverses anomalies dont la connaissance n'est pas indifférente au médecin.

Le dédoublement des orifices sexuels est une des monstruosités les pius fréquentes. Le Musée de Vienne, au dire de Bremser, a reçu de Sômmerring « un fragment de Bolhriocéphale qui fait voir, à l'endroit où il a été déchiré (ce qui a pu avoir lieu dans toute la longueur de l'animal) deux fossettes sur chaque articulation ; ces fossettes ne sont pas placées l'une après l'autre, mais bien l'une à côté de l'aulre. Cette disposition des fossettes ne se trouve cependant que sur onze articulations, car au delà de la onzième il n'y a, sur le reste du morceau, qu'une seule fossette sur chaque articulation. » Délie Chiaje figure également un individu chez lequel celte anomalie s'observait sur six anneaux.

Cette monstruosité est très fréquente chez certaines espèces de Bothriocéphales : Krabbe l'a rencontrée sur plusieurs exemplaires de BotltriocQphalus variabilis, parasite de Phoca cristata. La duplicité des organes génitaux serait même la règle cbez B. fasciatas, parasite de Phoca hispida.

Une autre anomalie, dont on ne connaît encore qu'un seul exemple et que nous croyons devoir rapprocher de celle qui donne aux anneaux des Ténias l'aspect trièdre, a été décrite par Pittard, d'après un échantillon du Musée Huntérien du Collège of Surgeons : « Du côté droit, il y a trois demi-segments ; celui du milieu s'unit à deux demi-segments du côté gauche et laisse isolées et indépendantes la supérieure et l'inférieure de ces trois moitiés droites ; l'une de cellesci renferme un appareil reproducteur. »

Le Ver décrit par Grassi sous le nom de Bothrioccphalus latus, var. tenellus ne constitue évidemment qu'une simple variété du parasite qui nous occupe : l'individu examiné par le naturaliste italien présentait une extrême finesse et une largeur maximum de 2 mil-

BOTIIRIOCEPHALUS LATUS.

lirûètres. Pallas signalait déjà, en 1781, une variété semblable.

Par contre, nous croyons devoir considérer, au moins provisoirement, comme appartenant à une variété à larges anneaux, les Vers observés récemment à Lausanne par le Dr Ed. Bughion, et dont ce savant a bien voulu nous adresser de belles photograpbies.

L'anomalie de toutes la plus fréquente est la perforation des anneaux : le Bolhriocéphale présente alors l'aspect si singulier que nous avons étudié déjà chez les Ténias (fig. 239); ses segments sont percés à jour, par suite d'une perte de substance due à la rupture de l'utérus et à l'expulsion de son contenu. La perforation peut se développer à des degrésdivers : dans le cas le plus simple, elle ne siège que sur quelques anneaux, comme cela se voyait dans les cas observés par Rayer et par Laboulbcne (fig. 285).

A un degré plus avancé, elle s'étend à un grand nombre d'anneaux et les troncs de plusi eurs anneaux consécutifs peuvent s'unir entre eux pour former des fentes plus ou moins allongées, comme si le Ver était bifide. Si l'animal vient à se rompre' au niveau de cette fente longitudinale, l'extrémité postérieure du corps se montrera corn me bifurquée sur une étendue plus ou moins considérable, formant ainsi deux lanières longues et étroites.

On conçoit d'ailleurs que ces divers degrés de l'anomalie puissent se rencontrer sur un seul et môme Bolhriocéphale, comme cela s'obervau dans les cas de Pallas, de Bremser, de Boéchat et de Fock (cite par Lereboullel).

Pallas est le premier auteur qui ait décrit et figuré la perforation s anneaux du Bolhriocéphale. En outre des observateur! que nous

Fig. 28.j. — Botliriocépliales Pénétrés.

— A, cas de Rayer; B, cas de Laboulbcne.

ORDRE DES CESTODES.

avons nommés, délie Ghiaje cl Fiével ont encore signalé cette anomalie ; Seeger la considérait comme 1res fréquente.

Pallas, Neue nordische Beitrâge. Saint-Petorsburg und Leipzig, 1781. — Bemerkungen ùber die Bandwùrmer in Menschen und Thieren, fig. III ']<;.

Bremser, Traité zoologique et physiologique sur les Vers intestinaux de l'Homme. Paris, 1837. — Voir p. 112 et Atlus do Ch. Leblond, pl. IV, fig. 8 à 12.

S. délie Chiaje, Blmintografia umana. Napoli, 2" edizione, 1833 pl III fig. 3. — 4° ediz., 1844, pl. IV, fig. 3.

J. C. Fiévet, Quelques mots sur les helminthes de l'Homme. Thèse de Paris n" 255, 1855. Voir p. 11.

S. R. Pittard, Symmetry. Todd's Cyclopaîdia, IV, p. 818, 1849-1852.

H. Krabbe. Recherches helmint'hologiques..,, p. 34 et 35. — Id., Diplocolyle Olri/ci, en uleddet Baendelorm af Buthriocephalernes Gruppe. Yidcnskab. Medd. Ira den naturhist. Forening i Kjôbenhavn, p. 22, fig. 7, 8 et 9, 1874.

P. Boéchat, Sur un cas de Vers intestinaux chez l'Homme. Compte rendu de la Soc. de biologie, p. 33G, 1874. Gazette médicale, p. 581, 1874.

Lereboullot, Présentation d'un Bothriocephulus latus fcnélré et à extrémités bifides. Bull, de la Soc. méd. des hôpitaux, (2), XIII, p. 320, 1876.

Laboulbène, Communication sur le Bothriocéphale. Ibidem, XIV, p. 2G9, 1878.

13. Grassi, Intorno ad un Botriocefalo dell' Uomo. Milano, 1880.

L'appareil de fixation du Bothriocéphale semble être moins parfait que celui des Ténias. On a cru devoir en conclure que ce parasite restait moins longtemps dans l'intestin et était plus facile à expulser que les autres Cestodes : or, c'est précisément l'inverse qui se produit et, suivant Laboulbène, ce Ver est, de tous les Cestodes, le plus tenace et le plus difficile à évacuer. Mosler a vu à Greifswald, où le Bothriocéphale n'est pas endémique, un Ver expulsé par un malade qui, 6 ans auparavant, avait habité la Suisse française. Bremser parle d'un jeuneSuisse, sorti depuis 12 ans de son pays et qui ne fut averti qu'au bout de ce temps, par l'évacuation de quelques morceaux, qu'il hébergeait un Bothriocéphale dans son intestin. Le malade observé parFrazer à Dublin était originaire de la Pologne russe: il avait voyagé quelque temps dans l'Allemagne du nord et habitait l'Irlande depuis 12 ans. Leuckart parle également d'un professeur allemand qui nourrissait depuis 12 ans un Bothriocéphale contracté à Dorpat. Mosler cite encore let cas d'un individu qui ne se débarrassa définitivement qu'en 1873 d'un parasite acquis à Dorpat en 1859, c'est-à-dire 14 ans auparavant. Knoch a vu la maladie durer 20 ans et Seeger 21 ans.

Pas plus que le Ténia, le Bothriocéphale n'est expulsé spontanément au cours des maladies graves : dans la seconde observation de Mosler, ce parasite avait résisté à une fièvre

BOTHRrOCEPHÀLUS LATU8. 519

typhoïde et à une fièvre rémittente. L'opinion de Rudolphi et de Bremser, d'après laquelle on n'aurait jamais rencontré de Botlnïocéphale sur le cadavre est donc difficilement admissible a priori : en effet, des observations nombreuses sont venues démontrer qu'elle n'était pas exacte.

O'Brien Bellingham signale comme constituant le troisième cas de Bothriocéphale en Irlande un Ver trouvé à l'autopsie d'un individu mort dans les hôpitaux de Dublin. Bôttcher parle d'une femme, à l'autopsie de laquelle on trouva dans l'intestin près d'une centaine de Bothriocéphales, qui tous ne mesuraient que quelques pouces de longueur, à l'exception d'un seul, long d'environ une aune. D'après Gruse, le parasite a été rencontré à Dorpat 28 fois sur 482 autopsies, soit dans 6 pour 100 des cas; Hirsch dit qu'on le trouve à Saint-Pétersbourg dans 15 autopsies sur 100. Le professeur Damaschino a vu dans l'intestin grêle un Bothriocéphale long de 70 centimètres.

Jusqu'à présent, on ne connaît aucun exemple de Bothriocéphale expulsé par une autre voie que l'anus. Seule, l'observation rapportée par Itzigsohn pourrait donner le change : ce médecin fut appelé à Neudamm (Brandebourg), où le Bothriocéphale n'est pas endémique, auprès d'un enfant d'un an qui, assurait-on, venait de vomir un Yer. On lui montra effectivement un Bothriocéphale, mais un examen rigoureux des circonstances permit de reconnaître que l'enfant avait joué avec un Pigeon tué la veille par son père et dans lequel on put retrouver un Ver tout semblable.

Le Bothriocéphale est ordinairement solitaire dans l'intestin ; on a pu pourtant, dans bien des cas, en observer un plus ou moins grand nombre chez le même individu. Sur les côtes de la province de Norrbotten (Suède), où ce parasite est endémique, le Ver, au dire de Magnus Huss, est rarement solitaire ; en Danemark, d'après Krabbe, on trouve également, dans la plupart des cas, 2 ou 3 parasites de cette espèce chez le même malade. Bonnet dit que Herrenschwand lui fit voir 2 Vers, longs de plusieurs aunes, expulsés à la l'ois par la même personne. Brandt, Wagler et Rontet (d'Anvers) en ont également vu évacuer 2. Goze, qui cite l'observation de Wagler, dit qu'on en trouve fréquemment 3 et davantage. Une femme qui était, en 1843, dans le service de Rayer, à la Charité, rendit 3 Bothriocé-

phales à la fois; Parona vit, à l'hôpital de Varese, un malade expulser 3 Vers, dont chacun mesurait près de 16 mètres ; Schoch (de Zurich) vit un cas semblable. Cari Vogt vit expulser 4 parasites d'un coup. Le professeur Laboulbène a vu, à l'hôpital de la Charité, un Polonais, récemment arrivé à Paris, qui rendit 4 ou 5 Bothriocéphales. Ronus (de Bâle) en vit expulser 6. Polese, en 1837, vit rendre d'un seul coup 9 Vers, dont G étaient entiers et longs de 15 à 20 pieds ; Maurice a rapporté récemment une observation analogue. Enfin, Heller a vu un malade expulser 48 jeunes Bothriocéphales et Bottcher en a trouvé près d'une centaine en pratiquant une autopsie.

Le Bothriocéphale peut vivre dans l'intestin à côté d'autres Cestodes. Aux observations de Creplin, de Boéchat et de Davaine, que nous avons citées déjà plus haut (1), nous pouvons en ajouter quelques autres. Rudolphi et Bôhniont noté la coexistence du Bothriocéphale et du Ténia chez un même individu. Seeger rapporte l'histoire d'un jeune homme, vu par Frank (de Tiibingen) et qui expulsa en même temps un Ténia et un Bothriocéphale. Des observations toutes semblables ont été faites par Maier, par Bruckert (de Berlin), par Breton, par Vrolik (cité par Creplin) et par Valenta. Enfin, Krabbe et Brandt ont vu chacun un malade expulser tout à la fois deux Bothriocéphales et un Taenia solium.

Gôze, Versuch einer Naturgescltichte der Eingcweidewiirmer..., p. 32 et 272. Creplin, Eingeweidewûrmer. Ersch und Grube's Encyclopadie, XXXII, 1839. Maier. Wurttemberg. medic. Correspondenz-Blatt, VI, p. 192. P. Breton, On the efficacilg of the bark of the pomcgranate tree in cases ofTœnia. Medico-chirurgical Transactions, XI, p. 301, 1821. Seeger, Die Bawtwùrmer des Menschen, p. Cl.

O'Brien Bellingham, Catalogue of the entozoa indigenous to Ireland. Armais and magasin of natural history, XIII, p. 424, 1844.

H. Itzigsohn, Pathologische Bagatcllen. — IL Aïigebliches Bandwurmùrechen bci einem Kinde. Virchow's Archiv, XV, p. 1G7, 1858.

Wra. Frazer, Case of Bothriocephalus lattis occurring in Ireland. Mcd. Press and Circular, III, p. 333, 1807.

Al. Valenta, Ein Fait von gleichzeitigem Vorkommen dcr Txnia solium und drs Bothriocephalus latus in ei?iem Individuum. Memorabilien, XIII, p. 181, 1808.

Bottcher. Silzungsberichte der naturf. Gesellscliaft in Dorpat, Fcbr. 1871. Mosler, Ueher Lebensdaaer und Renilenz drs Bothriocephalus latus. Virchow's Archiv, LVII, p. 529, 1873.

(1) Voir page 370.

BOTURIOCEPHALUS LATUS.

En. Parona, Tre casi di lîothriocephalus latus, di oui uno triplice. Osscrvatore, Gazzetla dolle clinicl.e, XVI, p. 545, 1880 namaachino Bull, de la Soc. méd. des hop., (2), XVII, p. 200, 1881.

Soc de méd. de Saint-Étienne et de la Loire, VU, p. 0G3 880

E. K Brandt, /VOncc simultanée de deux Bothriocephalits latus et dun Tœiiia solium. Roussk. med. voskresensk, I, p. 14, 1883.

Le Bothriocéphale s'observe surtout chez les adultes, mais, clans les pays où il est endémique, on le rencontre à tous les âges, jusque dans la plus tendre enfance. C'est ainsi que Magnus Huss cite le fait de Waldenstrom (de Lulca), « qui a vu le Cestode chez des nourrissons qui n'avaient encore pris d'autre nourriture que le lait maternel. »

Dans 18 cas rapportés par Krabhe, la répartition du parasite

était la suivante :

De 20 à 30 ans 7 cas.

De 30 à 40 ans.. . 5 »

De 40 à 50 ans 4 »

De 50 à 60 ans 0 »

De 60 à 70 ans 2 »

Total 18 »

Pas plus que pour le Ténia, nous ne pouvons admettre que le sexe puisse constituer une prédisposition à contracter le parasite; une semblable influence serait totalement inexplicable. Aussi enregistrons-nous, à titre de document, et sans y attacher une grande importance, le fait qu'un seul homme se trouvait parmi 20 malades dont parle Krabbe.

Les relations de la profession et du régime avec la présence du Ver sont plus manifestes. Puisque le Bothriocéphale est transmis à l'Homme par un Poisson, on doit penser déjà, d'après cette seule notion, que le parasite doit être surtout fréquent chez les pêcheurs ou dans les populations particulièrement ichthyophages ; ce qui va suivre confirmera celte prévision.

Contrairement aux Ticnia saginata et solium, qui sont de véritables parasites cosmopolites, le Bothriocéphale est loin d'être répandu à la surface entière du globe; ilne se rencontre même pas dans toute l'Europe, mais sa distribution géographique est en rapport intime avec la constitution hydrologique du pays et avec la distribution de certaines espèces de Poissons.

La patrie classique du Bothriocéphale est la Suisse française,

:i22 ORDRE DES CESTODES.

la région des lacs de Genève, de Neuchâtel, de Bienne et de Morat; Lebert dit n'avoir jamais vu d'autres Cestodes dans le canton de Vaud. Ziislein a décrit avec un soin méticuleux la distribution du parasite sur le territoire de la République helvétique. Au voisinage immédiat des quatre grands lacs que nous venons de nommer, le Ver est partout commun, si commun même qu'à Nidau, sur le lac de Bienne, on le voit chez 20 pour 1U0 des habitants.

A Genève, il était jadis si universellement répandu, qu'Odier a pu émettre cet aphorisme : « Le Tsenia lala est si fréquent à Genève, qu'au moins le quart des habitants l'a, l'a eu ou l'aura. » 11 y a 50 ans, bon nombre de Génevois hébergeaient au moins un Bothriocéphale et les étrangers qui faisaient dans la ville un séjour, même peu prolongé, acquéraient presque sûrement ce parasite. Depuis 30 ans, au dire de Garl Vogt, la faune helminthologique de Genève s'est modifiée : le Bothriocéphale est devenu plus rare et a cédé la place au Ténia inerme.

La fréquence du Bothriocéphale diminue graduellement, à mesure qu'on s'éloigne des lacs pour s'enfoncer dans l'intérieur des terres. Dans les villes distantes des lacs de plus de cinq lieues, il est déjà devenu très rare : à Berne, il est à peu près aussi commun que le Ténia ; à Bâle, on ne rencontre plus que 16 Bothriocéphales pour 116 Ténias (2 cas sur 1,326 autopsies, soit 0,13 pour 100), à Zurich 7 Bothriocéphales pour 68 Ténias.

Dans les villages situés à une même distance des. lacs ou dans la campagne, le parasite ne se montre plus qu'à l'état sporadique ou même est complètement inconnu : à Sierre- Saxon, dans le Valais, le Dr Bonvin n'a vu que 2 Bothriocéphales en 25 ans ; aux environs de Soleure, le parasite n'a pas été vu depuis de longues années; à Moutier, le Dr Herzog n'en a pas vu un seul cas en 27 ans.

Il importe encore de remarquer qu'aucun des autres lacs de Suisse ne transmet le Bolhriocéphale : dans la région des lacs de Constance, de Zurich, de Zug, des Quatre-Cantons, de Thun, de Brienz, de Lugano, etc., le Ver ne s'observe jamais, ou du moins ne s'observe que chez des individus qui sont allés précédemment dans la Suisse française ou qui ont consommé du Poisson venant de cette contrée.

Le Ver se rencontre encore dans la Haute-Italie; il semble y

UOTIIRIOCEPIIALUS LATUS. 523 être endémique, mais beaucoup plus rare que les Ténias. Déjà G P Franck et délie Chiaje avaient noté sa présence. Grassi, Ern. Parona et Bizzozero précisèrent ces faits, en démontrant l'existence du Bothriocéphale chez des Lombards qui n'avaient jamais quitté leur province. A l'hôpital de Varese, en Lombarde, Ern. Parona put en observer 3 cas dans l'espace de quelques mois; un des malades rendit 3 Vers. Le Dr Petracchi, au dire de Bizzozero, en avait lui-même noté 2 cas, en 1880, dans cette même localité. Le professeur L. Maggi, <*e P»vie; en Pos" sède un exemplaire, rendu par un individu de Varallo Pombia, qui n'avait jamais quitté l'Italie. A Milan, Dubini en a observé plusieurs cas.

Le Piémont n'est pas épargné davantage. Perroncito parle d'une dame qui n'était jamais allée à l'étranger et qui rendit un Bothriocéphale long de 5m,75. Ce même savant a, dans sa collection, des Vers rendus par des Chiens qui étaient nés et avaient été élevés dans la contrée.

Le Bothriocéphale s'observe parfois encore en d'autres pays de l'Europe. Davaine dit qu'il n'est pas rare en Hollande et en Belgique; nous pensons le contraire. Van Beneden ne le signale dans aucun de ces deux pays et Fock (d'Utrecht) affirme qu'il est extrêmement rare en Hollande : en 40 ans, il n'en a observé que deux cas, chez des israélites.

En France, ce parasite est toujours très rare, sauf dans les départements voisins de la Suisse; on doit admettre alors qu'il s'observe de préférence, sinon exclusivement, chez des individus qui l'ont contracté en Suisse. 11 en est de même quand on le rencontre à Paris (1) : le malade dont le professeur Laboulbène rapporte l'observation était un Polonais. Disons pourtant que ce Ver peut être transmis exceptionnellement à l'Homme par des Poissons indigènes : Dujardin l'a vu à Saint-Malo et Mégnin a constaté sa présence chez un Chien né et élevé à Vincennes.

Cobbold dit expressément qu'on ne le voit en Angleterre que

(I) Le Bothriocéphale semble n'avoir pas été rare à Paris, au commencement du siècle dernier. Andry en a eu d'assez nombreux exemplaires à sa disposition. Dans la 3« édition de son ouvrage, publiée en 1141, les ligures des pages 19.), 196, 197, 201 et 200, ainsi que la planche II de la page 200, représentent ce parasite.

524 ORDRE DES CESTODES.

chez des personnes qui sont allées à l'étranger. Il est indigène en Irlande et, pour ce fait, on l'a appelé « irish tapeworm ». Toutefois, il semble être fort rare dans ce dernier pays : les quatre ou cinq cas connus ont été publiés par Graves, par Bellingham et par Frazer; cette dernière observation, que nous avons déjà signalée, se rapportait à un Polonais.

En Prusse, ce Ver est à peu près inconnu. On le signale parfois dans les grandes villes (1), où le Poisson des lacs suisses est importé; il n'y est donc pas spontané. En 1853, Mmc Heller faisait connaître à Kiichenmeisler sa présence à Hambourg, mais seulement parmi les Juifs. A Berlin, Rudolphi n'en a constaté qu'un seul cas, chez une jeune Poméranienne. Mosler dit expressément qu'on ne l'observe jamais à Greifswald chez des personnes qui n'ont pas quitté la contrée. Von Siebold ne l'a jamais rencontré à Dantzig, mais n'a vu que lui à Konigsberg. Ce dernier fait va s'expliquer tout à l'heure.

Le Bothriocéphale n'existe pas non plus en Autriche-Hongrie: Bremser et Wawruch ne l'ont vu que chez des étrangers. En revanche, les médecins bavarois ont récemment attiré l'attention sur sa fréquence relative dans l'Allemagne du sud. De 1879 à 1885, Bollinger a pu en recueillir huit observations; quelques malades n'avaient jamais quitté Munich ou son voisinage immédiat; d'autres n'avaient pas voyagé depuis longtemps. Toutefois, 5 d'entre eux avaient séjourné sur les bords du lac de Starnberg; ce lac fournit à la capitale de la Bavière la plus grande partie de son Poisson, notamment des Brochets. L'examen de la collection helminthologique de Munich prouva qu'aucun cas de Bothriocéphale n'avait été observé dans cette ville, depuis de longues années, fait que von Siebold vint d'ailleurs confirmer. Bollinger pense donc que le lac de Starnberg a été infesté tout récemment, par l'un des nombreux étrangers qui viennent le visiter. Toujours est-il que le Bothriocéphale, inconnu naguère en Bavière, y est actuellement autochtone et endémique. A la suite de ces observations de Bollinger, Huber (de Memmingen) constata également la présence du parasite chez un individu qui n'avait jamais quitté la Souabe et la Vieille-Bavière.

(1) Stein en possède un exemplaire long do 7m,5G, provenant d'un Juif qui n'avait pas quitté Francfort depuis 15 ans.

BOTIÏRIOCEPHÀLUS LATUS. m

Le Bothriocéphale ne s'observe point seulement dans la Suisse française, en Bavière et dans la Haute-Italie : il occupe encore en Europe une vaste zone qui, partant de la rive droite de la Vistule, s'étend le long du littoral de la mer Baltique, en contournant les golfes de Riga, de Finlande et de Bothnie. Cette zone, déjà plus importante que la précédente par son extension, l'est surtout par la fréquence extraordinaire du parasite en certaines de ses contrées; elle comprend la Poméranie orientale, les provinces russes de la Baltique (Courlande, Livonie, Esthonie, Saint-Péterbourg), la Finlande et la côte orientale de Suède.

Le cours inférieur de la Vistule constitue donc la limite occidentale et méridionale de cette vaste zone: cela nous explique un fait que nous signalions tout à l'heure, à savoir l'absence du Bothriocéphale à Dantzig et son endérnicité à Kunigsberg.

Schauinsland a fait les observations que nous avons résumées plus haut sur des Vers provenant de la région du Kurisches Haff. Là, le parasite est en si extraordinaire abondance, qu'aucun des pêcheurs qui habitent la Kurische Nehrung n'en est dépourvu. Ils contractent le Ver en faisant usage de Poisson cru, entre autres de Lottes et de Brochets; ils emploient encore, comme remède contre les maux d'estomac, les viscères de la Lotte, principalement les appendices pyloriques à peine desséchés.

Les habitants de la terre ferme s'infestent d'une autre manière, mais non moins sûrement. On vend sur les marchés des Brochets faiblement fumés, dans lesquels les Plérocercoïdes sont d'ordinaire encore vivants. Au printemps, au moment du frai, on pêche le Brochet en telle abondance, qu'on en apporte au marché des charges entières de voitures ou de bateaux. Avec les œufs mal séparés de l'ovaire et faiblement salés, on prépare une sorte de caviar qui, à cause de son prix peu élevé, est fort recherché des gens du peuple : il renferme également des larves vivantes.

Nous avons assez longuement parlé des recherches de Braun pour n'avoir pas à démontrer la fréquence extrême du Bothriocéphale dans les provinces russes de la Baltique. A Dorpat, Szydlowski a trouvé les œufs du Ver dans les selles de

526 ORDIUi DES GESTODES,

10 pour 100 des habitants. Cruse indique une proportion un peu plus faible, G pour 100; en revanche, il porte à 15 pour 100 le chiffre des individus qui, à Saint-Pélersbourg, hébergent le parasite.

Si, partant de ce centre, on pénètre en Russie ou dans la Pologne russe, on voit le Ver devenir de moins en moins fréquent; on le rencontre pourtant dans presque toute l'étendue des provinces polonaises; on le voit môme quelquefois à Moscou, mais il est vraisemblablement introduit par des Poissons d'importation.

Nous ne pouvons donner aucun renseignement précis quant à sa fréquence ou son aire de distribution en Finlande; il est indiqué comme très commun; Faxe l'a trouvé en abondance à Bjorneborg. Pour la Suède, les documents dont nous pouvons disposer sont déjà anciens, puisqu'ils remontent à 1854. Dans les provinces de Lappmark et de Norrbotten, suivant Magnus Huss, le Botbriocéphale est extrêmement abondant sur la côte ; à mesure qu'on s'enfonce dans les terres, sa fréquence diminue; il disparaît finalement à une distance de 8 à 9 lieues. En raison de cette remarquable concordance avec ce que nous avons observé en Suisse, on doit se demander si, dans cette partie de la Suède, le parasite ne serait pas transmis à l'Homme par un Poisson de mer, par exemple par un Salmonide?

La fréquence du Ver est d'ailleurs démontrée par ce fait que, à Haparanda et dans les environs, « c'est à peine s'il existe une maison dont une ou plusieurs personnes ne soient atteintes du parasite. » A Gefle, celui-ci s'observe chez un habitant sur quinze; sa fréquence a beaucoup augmenté vers la fin de la première moitié de ce siècle.

Il n'est pas très rare en Danemark. Avant 1869, Krabbe en a relevé 9 cas; de 1869 à 1880, il a pu en recueillir II autres observations. Parmi ces 20 malades, 14, qui tous habitaient l'île de Seeland, avaient sûrement acquis le parasite dans le pays môme.

On a dit pendant longtemps que le Botbriocéphale ne s'observait pas en dehors de l'Europe : aujourd'hui, semblable opinion n'est plus soutenable. L'expédition de Fedchenko dans le Turkesfan a prouvé que le Ver qui nous occupe était à peu

BOTHRIOCEPHALUS LATUS. 53*3

près le seul Geslode de 1 Homme dans ces contrées : Krabbe en a du moins reconnu 45 exemplaires pour un seul Taenia sarjinata. Baelz l'a rencontré très communément au Japon.

Nous n'avons pas de renseignements pour les autres pays d'Asie; on peut affirmer pourtant qu'on le signale à tort à Ceylan, l'animal indiqué par Schmidtmiiller, sous le nom de Bothriocephalus tropicus, étant vraisemblablement le Ténia inerme et non le Bothriocéphale. Il manque en Afrique, probablement aussi dans l'Amérique du sud et aurait été signalé quelquefois dans l'Amérique du nord; il était inconnu aux États-Unis du temps de Weinland.

Graves. Occurence of the Bothriocephalus latus in several members of a family. The Dublin journal of med. science, XVII, p. 514, 1840.

Dubini, Entozoografia umana per servira di complemanto agli studi di anatomia pato/ogica. Milano, 1849. Voir p. 19G.

M. Huss, Ueber die endemischen Krankheiten Schwedens. Bremen, 1854.

— Voir p. 5 et 24.

Fock, Bull, de la Soc. méd. des hôpitaux, (2), XV, p. 38, 1872. — Voir aussi : Cobbold, Parasites, p. 108.

Szydlowski, Beitrâge zur Mikroskopie der Faces. Inaug. Diss. Dorpat, 1879.

— Voir p. 51.

0. Bollinger, Ueber das autochtone Vorkomman des Bothriocephalus latus in Mûnehen. Aerztliches Inlelligenblatt, XXVI, 1879. — Id., Ueber das au~ tochtone Vorkommen des Bothriocephatns latus in Mûnehen, ?iebst Bernerkungen ùber die geographische Verbreitung der Bandwùrmer. Deutsches Archiv fur klin. Medicin, XXXVI, p. 277, 1884.

Ern. Bernier, Observations sur divers poi?its ignorés, obscurs, ou mal vulgarisés de l'histoire du Bothriocéphale et observation d'un cas de Bothriocéphale. Bull, de la Soc. méd. des hôpitaux, (2), XVI, p. 246, 1879.

Ed. Perroncito, // Bothriocephalus latus in Piemonte. Osservatore, Gazzetta délie cliniche, XVI, p. 641, 1880.

Fedchenko, Voyage dans le Turkestan.— III. Becherches zoogéographiques, 2e partie. — Vers, 1er fascicule : Cestodes, par H. Krabbe. Isviesta imp. obtchestva lioubilelei estestvosnania, anthropologii i ethnographii, XXXIV 1883. — Voir p. 20.

Huber, Helminthologische Notizen. Aerztliches Intelligenzblatt , XXXII p. 75, 1885.

L. Hahn, Le Bothriocéphale, son développement, ses migrations, sa distribution géographique tl sa prophylaxie. Gazette hebdom. de méd. et de chirurgie, (2), XXII, p. 450, 1885.

Bothriocephalus cordatus Leuckart, 1863.

Ce Ver atteint une longueur maximum de lm,15 ; il peut comprendre jusqu'à 660 anneaux, mais n'en présente d'ordinaire

->~R ORDRE DES CESTODES.

que 400 environ. 11 est extrêmement contractile : pour une longueur de 20 centimètres seulement, le seul spécimen jusqu'à présent connu comme provenant de l'Homme (fig. 280) comptait au moins 300 anneaux; les 100 premiers occupaient une longueur d'à peu près 30 millimètres, les 100 suivants une longueur de 100 millimètres et les 100 derniers une longueur de 130 millimètres.

Au lieu d'être allongée et cl a vi for me et de porter ses ventouses sur le bord latéral comme chez Bothriocephalus lalus, la tête est courte, large, aplatie dans le sens latéral et porte une bothridie sur chacune de ses deuxfaces(l). La tête (fig. 287) est longue de 2 millimètres et large également de 2 millimètres. A partir de sa région moyenne, elle va en s'effilant en avant, tandis que ses deux moitiés latérales font en arrière une saillie plus ou moins considérable, suivant l'état de contraction ; dans son ensemble, elle présente l'aspect d'un cœur de carte à jouer ou d'une pointe de flèche. Elle s'aplatit peu à peu à partir de sa pointe, sans pourtant acquérir une mineeur considérable ; sa plus grande épaisseur s'observe dans la moilié postérieure.

La moitié antérieure de la tête, déjà Fig. m. -Bothriocephalus remarquable par sa minceur, l'est encordatus de l'Homme, d'à- core plus par la grande profondeur

près Leuckart. Grandeur bothridies, qui ne sont plus sénaturelle.

parées l'une de 1 autre que par un étroit pont de substance (fig. 288, a). A mesure qu'on s'éloigne

(1) On se rappelle qu'il en est de môme chez BoUn: lalus et que les bothridies ne semblent occuper les côtés de la tûte que par suite d une torsion de 90" subie par le cou. Voir plus haut page 499.

IlOTHItlOCKIMIALUS CtfRDÂÏUS.

Fig. 287. — Tête et partie antérieure du corps de Buthriocepludus cordât us, d'après Leur kart.

du sommet de la tôte, on voit celles-ci devenir moins profondes et moins spacieuses et se réduire progressivement à une simple fente longitudinale (fig. 288, b). En quelque point qu'on les examine, les lèvres qui les bordent se montrent toujours dépourvues de muscles spéciaux, comme il est aisé de s'en convaincre sur des coupes transversales ; c'est là du reste un caractère commum à tous les Bothriocéphales.

La musculature des bothridies est simplement constituée par un renforcement de la couche- des muscles souscuticulaires.

A proprement parler, le cou fait défaut, la tête est immédiatement suivie par le corps, muni, dès le début, de segments visibles à l'œil nu (fig. 286 et 287). Ceux-ci s'élargissent si rapidement que la partie antérieure du corps a la forme d'une lancette; ils se développent si vite, qu'à 3 centimètres de la tête, ils sont déjà parvenus à maturité sexuelle; 3 centimètres plus loin, ils ont acquis toute leur largeur.

Le nombre des anneaux non mûrs est tout au plus d'une cinquantaine; et encore la plupart d'entre eux présentent-ils déjà, sur la ligne médiane de la face ventrale, des orifices sexuels. Ces anneaux sont reconnaissables à ce que leur utérus ne renferme point d'œufs à coque solide et à ce que, par suite, on ne dislingue à leur surface ni champ moyen ni champs latéraux. Ces différentes zones ne deviennent apparentes que plus tard, à mesure que la maturité s'accentue : elles sont d abord claires, mais les champs latéraux finissent par prendre une teinte sombre.

Blanchvrd. - Zool. mcd. JL

Fig. 288. — Coupes transversales

de la tête de Bothriocephalus cordntus, d'après Leuckart. — a, en avant de la partie moyenne ; b, en arrière de la partie moyenne.

Fig. 289. — Anneaux mûrs do Bothriocephahis corda lus , d'après Leuckart.

530 ORDRE DES CESTODES.

La face dorsale est parcourue, suivant sa ligne médiane, par un sillon longitudinal. Un sillon analogue se voit également à la face ventrale de chaque anneau, en arrière des orifices sexuels. Ce sont la de bons caractères dislinctifs, mais l'animal est encore mieux caractérisé par les corpuscules calcaires, larges de 28 à 30 (x, qui sont renfermés en grande abondance dans son parenchyme, ainsi que par la forme de la rosette utérine : celle-ci (fig. 289) est plus longue, plus étroite et présente un plus grand nombre de branches latérales (6 à 8) que chez le Bothriocéphale large.

Les anneaux mûrs ontune longueur moyenne de 3 à 4 millimètres ; mais le Ver est doué d'une contractililé si considérable qu'ils peuvent se raccourcir au point de ne plus présenter qu'une longueur de lmm,3 ; la largeur maximum est de 7 à 8 millimètres. Les derniers anneaux peuvent être plus ou moins carrés et présenter un diamètre de S à 6 millimètres.

L'animal n'émet point isolément ses anneaux, mais les rejette par chaînons plus ou moins longs, comme le fait le Bothriocéphale large. L'examen du seul Ver observé dans l'espèce humaine (fig. 286) met le fait hors de doute. A 23 millimètres de l'extrémité postérieure, cet individu présente un étranglement annulaire tendant à isoler les 17 derniers anneaux ; un second étranglement, moins profond et isolant 13 anneaux, se voit 16 millimètres plus loin.

L'étude des glandes génitales était difficile en raison de l'état de conservation des Vers. La poche du cirre a une taille remarquable et mesure 0mm,60 de long sur 0mm,43 de large. L'œuf (fig. 290) est très semblable à celui de Bothrîocephalus lalus; il est long de 75 à 80 |x, large de 50 pu Un ignore complètement comment il se développe et quel hôte héberge le Plérocercoïde; en revan-

Fig. 290. — OEufs de Ho-

thriocephalus cordatus, grossis 245 fois, d'après Krabbe.

H0TI1R10CEPI1ALUS CORDATUS. 531 che on connaît les premiers états du développement de , IV Zle. Leuckart, en effet, a pu étudier quelques jeunes mdividus provenant du Chien et présentant différents stades de l'évolution

(fig. 291).

Le plus petit de ces Vers est long de 30 millimètres. Clair et presque transparent, par suite du manque de corpuscules calcaires dans la zone corticale et à cause du faible développement de la musculature, il a une largeur maximum de 3 millimètres ; celle-ci s'observe à peu de distance de la tête. A part des dimensions plus réduites, l'extrémité céphalique présente exactement la même structure que chez l'adulte; l'extrémité postérieure*- s'effile, au contraire, progressivement et s'étire en une pointe amincie. Le corps est formé de 140 anneaux; ceux de la partie moyenne sont à la fois les plus larges et les plus allongés.

Les autres individus présentaient la même structure que celui-ci: leur longueur était de 40 à 100 millimètres, leur largeur allait jusqu'à 5mm,5. Chose remarquable, malgré ces différences de taille, le nombre des anneaux restait pour tous à peu près le même, 125 à 154. Le développement s'arrête donc à un certain moment, en tant qu'il porte sur la multiplication des segments : il concentre alors toute son activité sur l'augmentation de taille de ceux-ci et sur la formation des organes génitaux.

Sur un Ver long de 80 millimètres et non tronqué à son extrémité postérieure, les anneaux médians sont plus grands que les autres ; on y voit déjà un orifice sexuel et les premiers rudiments des glandes génitales. Ces dernières ne sont bien

Fig. 281. — Quatre jeunes BothriocephaluscordatuSj d'après Leuckart. Grandeur naturelle.

■r>:!-2 ORDBE DES ÇESTODES.

accusées que sur un individu longde 100 millimètres; en môme temps, lu champ médian du corps s'esl surélevé comme chez l'adulle, sous l'orme d'une bande longitudinale; c'est là l'indice du développement de l'appareil reproducteur qui, chez ce môme animal, n'occupe encore que les segments de la partie moyenne. C'est seulement quand le Ver a atteint une longueur d'environ 270 millimèLres que la maturité sexuelle gagne les derniers anneaux; sur les 184 segments qui le composent, les 40 à 50 premiers sont seuls encore stériles.

On ignore encore quel est le premier hôte de Bolhrioceplialus cordalus et de quelle manière il est transmis aux animaux et à l'Homme. Sa présence à l'état adulte chez des Esquimaux et chez les animaux essentiellement ichthyophages, comme les Pinnipèdes et le Chien des régions polaires, démontre suffisamment que l'état larvaire se passe chez un Poisson.

Ce Ver est, en effet, particulier aux régions boréales. Il a été découvert dans le nord du Groenland, à Godhavn, par Olrik, inspecteur du gouvernement danois. Une vingtaine d'exemplaires furent recueillis par Olrik chez cinq Chiens; un seul fut rendu par une femme de trente-quatre ans, en 1860; ce dernier individu, représenté par notre figure 286, ne se distinguait de ceux du Chien que par sa taille relativement moindre. C'est là l'unique observation dans l'espèce humaine; on peut donc penser que le parasite est rare-chez l'Homme.

En revanche, il est très fréquent chez le Chien. Trois Chiens examinés par Pfaff, médecin dans le nord du Groenland, hébergeaient un total de 24 Vers. A l'île de Disco, Pfaff rencontra encore 4 Vers dans l'intestin grêle d'un Phoque barbu ; il en trouva également chez le Morse.

Bolkriocepkalus cordalus n'a pas encore été rencontré en dehors du Groenland. Krabbe dit expressément qu'il n'habite pas l'intestin du Chien islandais, et Max Braun a reconnu qu'un Ver de la collection de Stieda, à Dorpat, signalé par Leuckart comme appartenant à l'espèce B. cordalus, n'était autre chose qu'un B. latus.

R. Leuckart, Jahvesbericht liber die wissens:h. Leistungen in der Naturgcschichle der niederen T/iiere fur 1861. Arcliiv fûr Naturgescliiclite. p. 81, 18G2.

BOTHRIOCEPHALUS CRISTATUS. .:i:i3

Max Braun, Berichtiyinig betreffend dus Yarkommen von Bothriocephalus cordatus leuck. in Dor/,at. Zoologischcr Anzeiger, V, p. 'iG, 1882,

Bothriocephalus cristatus Davaine, 1874.

«Pp.

Ce Bothfiocéphale n'a encore été vu que deux fois d'une façon certaine; les seuls exemplaires connus font partie de la collection helminthologique de la Faculté de médecine de Paris. Ils ont été décrits par Davaine, dont nous nous bornons à reproduire la description. Le premier spécimen a été évacué par un enfant de cinq ans, né et élevé à Paris : il se composait de plusieurs fragments, dont l'un portait la tête; il a été remis à Davaine par Féréol. Le second spécimen, long de 92 centimètres, n'avait point de tête; il avait été expulsé spontanément par un indi vidu âgé d'environ quarante ans et habitant le département delà Haute-Saône.

Bû t hriocep halus cris tatus constitue un long ruban, épais et raide; il est grisroussâtre, opaque, finement et très élégamment strié en travers avec un sillon longitudinal médian visible sur .les deux faces et constitué surtout par la dépression des pores génitaux. Sur la face ventrale, ce sillon est limité par deux lisérés

étroits, blanchâtres, formés par la saillie du champ médian des anneaux.

La tête (fig. 292) est très remarquable et diffère beaucoup de

Fig. 292. — Tèto de Bothriocephalus iristalus, vue de face et de profil, d'après Davaine. a, crête médiane; b, son prolongement en arrière; e, traînée externe de corpuscules calcaires; d, traînée interne.

È>3i ORDRE DES CESTODES.

celle de B. latus. Elle est aplatie, ovale-lancéolée, pointue en avant et a la forme d'une graine de Lin dont le bout obtus se continuerait avec le cou. Elle est longue de 3 millimètres, large de I millimètre, épaisse de 0mm,6. L'extrémité libre et pointue présente sur chacune de ses faces planes une crête longilunale saillante et longue de 1 millimètre. Cette double crête constitue un véritable rostre, qui est raide et couvert de papilles saillantes, disposées en séries ; les autres parties de la têle sont dépourvues de semblables papilles. Chacune de ces crêtes se continue en arrière par deux prolongements ou cuisses, qui s'écartent de la ligne médiane et laissent entre elles une sorte de calamus scriptorius. Il n'existe aucune apparence de ventouse (1), à moins qu'on n'en trouve l'indice dans un sillon de la ligne médiane qui semble séparer en deux lèvres longitudinales le limbe de chacune des crêtes, comme on le voit d'une manière très marquée chez B. cordatus. Le reste de la tête offre des rides transversales. Le tissu en est serré, compact et renferme une grande quantité de corpuscules calcaires, disposés en quatre traînées longitudinales, c, cl, se prolongeant jusque dans le cou. Les deux traînées latérales c, sont remarquables par le grand nombre de corpuscules calcaires qui les constituent.

Le cou continue la tête sans délimitation bien appréciable; il s'amincit jusqu'à 2 millimètres en arrière de celle-ci. Il ne mesure alors que 0mm,5 dans le sens transversal. Il s'élargit ensuite insensiblement; à 15 centimètres de la tête, il est large d'un millimètre; de lo à 20 centimètres, il s'élargit brusquement et acquiert une largeur de 4 millimètres.

Le corps du Ver continue de s'élargir régulièrement jusqu'à la distance de 90 centimètres en arrière de la tête : il atteint en ce point sa plus grande largeur, qui est de 9 millimètres. Il décroît ensuite lentement et insensiblement; à l'extrémité postérieure, les anneaux ne sont plus larges que de 3 millimètres.

La longueur totale du Ver ne dépasse probablement pas 3 mètres.

(I) Une coupe transversale eût pu décider de l'existence de deux lèvres longitudinales formant chaque erôte et interposant entre elles une ventouse qui, quoi qu'il en fût, eût été très rudimentaire. En raison de la rareté du parasite, Davaine n'a pas cru devoir lu sacrifier pour cet examen.

HOTIIRÏOCEPHALUS CRISTATUS. Mo

Les anneaux sont remarquables par leur peu de longueur. A 2 millimètres de la tète, ils sont déjà bien distincts : il sont akTrs longs de 0mm,085. Leur longueur est de 0nim,4 à 10 centimètres de la tête; elle est de 1 millimètre à 60 centimètres, de imm,15 à 90 centimètres, où les anneaux ont atteint leur plus grande largeur, de lmu\42 à lœ,90, qui est l'extrémité du premier segment. Leur plus grande longueur se trouve à l'extrémité postérieure du second segment, où elle est de 2mm,5, alors que leur largeur n'est plus que de 3 millimètres.

Les anneaux sont encore remarquables par la saillie de leur bord postérieur, qui embrasse l'anneau suivant comme une manchette. Ce rebord a jusqu'à 0mm,2 de saillie. La série des bords postérieurs donne au Ver une apparence fortement striée sur les faces et dentelée en scie sur les côtés.

L'épaisseur et l'opacité des anneaux ne permettent pas de distinguer la structure des organes génitaux. Ceux-ci, par la saillie du champ médian, semblent exister déjà à 15 ou 20 centimètres en arrière de la tête. Sur un anneau situé à lm,90, le sinus génital, situé sur la ligne médiane de la face ventrale, se voit à 0mm,2o du bord antérieur de l'anneau. Il est entouré de plusieurs cercles de papilles cutanées fortement saillantes, arrondies, quelquefois bifurquées au sommet et mesurant jusqu'à 0mm,5 de largeur et 0mm,4 de hauteur. Ces papilles occupent une zone ovalaire dirigée transversalement et mesurant environ 1 millimètre dans son plus grand diamètre. L'orifice du fond de l'utérus se voit à 0mm,3 en arrière du précédent, sur le bord de la zone des papilles.

Les sinuosités de l'utérus ne sont distinctes que sur les derniers anneaux, en partie vides et flétris. La rosette, qui n'a que 2 millimètres de large, paraît plus étroite et plus longue relativement que chez B. îaiu's.

Les corpuscules calcaires sont nombreux, surtout dans le cou ; ils ont jusqu'à 20 f/. de diamètre.

Les œufs ne diffèrent point sensiblement de ceux de B. latus. Assez variables dans leurs dimensions, ils mesurent environ 75 (x sur 55 <j.. On voit assez ordinairement à l'un des pôles, et quelquefois aux deux, un épaississement de la coque en forme de bouton.

A cela se bornent les renseignements fournis par Davainc

ORDRE DES CESTOllKS.

sur le Bothriocéphale crêté; l'histoire du Ver esl donc encore fort incomplète; on ignore notamment de quelle manière il pénètre chez l'Homme. Malgré l'imperfection de nos connaissances à son égard, un point capital est pourtant acquis : les deux spécimens recueillis par Davaine provenaient d'une contrée où ne se trouve pas d'ordinaire le liothriocéphale large ; ils avaient été rendus par des Français qui n'avaient jamais quitté leur pays.

Les deux observations de Davaine ne sont certainement pas les seules qui se puissent rapporter à ce Ver remarquable; peut-être est-il assez fréquent, mais par manque d'examen microscopique suffisant, on le confond avec B. talus. Davaine a du reste reconnu qu'il ne s'agissait pas d'une autre espèce dans le Ver décrit et dessiné de grandeur naturelle, en 4777, par un auteur anonyme, d'après un exemplaire rendu par un homme de trente ans, à Kempten en Bavière. De son côté, Cobbold pense que plusieurs Bothriocéphales de l'Homme, conservés à Londres dans le musée du Westminster Hospital médical Collège, peuvent lui être rapportés.

Anonyme, Beschreibung des B'indwurms, nebst den Mitteln wider deiiselben, besonders desjenigen, welcher auf B-'feld Sr. jetzt regierenden kgl. Mnj. in Franhreich ohnlûngst bekannt worden. Kempten, 2. Auflage, in-4", 1776.

C. Davaine, Cestoïdes. Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales(I), XIV, p. 589, 1873. — Id., Traité des entozoaires, 2° éd., p. 928, 187 7.

Cobbold, Tapeworms, 3rd éd., 1875. — Voir p. 21.

Bothriocephalus Mansoni R. Bl., 1886.

Synonymie : Ligula Mansoni Cobbold, 1883.

Bothriocephalus ligidoïdes Leuckart, 188G.

Ce Ver, trouvé par Patrick Manson, d'Amoy, et décrit par Cobbold, n'a encore été vu qu'une seule fois chez l'Homme; il s'y trouvait à l'élat larvaire.

Le 24 septembre 1881, en faisant l'autopsie d'un Chinois mort de dysenterie et d'ulcère de l'œsophage, à la suite de l'opération de l'éléphantiasis scrolal, Manson rencontra 43 Vers dont les mouvements étaient lents comme ceux d'un Ténia : 42 étaient situés au-dessous du péritoine, au voisinage de la fosse iliaque, derrière les reins; un seul était libre dans la plèvre droite.

BOfHRIOCEPHALUS MANSONI.

A l'état vivant, ces Vers étaient longs de 30 à 35 centimètres, larges de 3m"\17 et épais deOn""/i. Ils furent envoyés à Cobbold, qui les étudia seulement à la fin de septembre 1882. L'alcool les avait fortement rétractés : le plus long mesurait seulement8°m,2o, et le plus court 3CLn,04. La plupartprésentaient leur plus grande largeur à la tête et mesuraient à ce niveau 2mm,5.

Cobbold crut reconnaître en eux des Ligules et les décrivit sous le nom de Ligula Mansoni. Un examen ultérieur permit à Leuckart de constater qu'il s'agissait de jeunes Bothriocéphales, appartenant à une nouvelle espèce pour laquelle il propose le nom de Bothriocephalus liguloïdes. Mais les règles de la nomenclature zoologique s'opposent formellement à un semblable changement dans le nom spécifique et la seule dénomination qui soit désormais applicable aux parasites en question est celle de B. Mansoni.

vi'.h, i ',r„ Rothnocephaliis Mansoni, d'après Cobbold. - A, indi-

l-eu gross, vu par la face ventral,. 15, individu un peu grossi v i par la face dorsale C papille cépbaliquc grossie 15 fois. D, extrémHé de la Pap.lle, montrant la fossette et les corpuscules calcaires.

L^'animal; dont nous avons indiqué déjà les dimensions, est °Dane, aplati, plus large en avant qu'en arrière (fig. 293, A, B).

538 ORDRE DES CESTODES.

A la loupe, on dislingue sur tout le corps des stries transversales, plus apparentes et plus régulières dans la région céphalique. La tête présente à son extrémité une sorte de papille, C, dont la pointe est rétractée en une coupe profonde ayant l'aspect d'une ventouse, D. Sur quelques spécimens, on dislingue à la face ventrale une rainure longitudinale s'élendant de la tête à la queue. Il est impossible, même sur des coupes microscopiques, de trouver la moindre trace d'organes génitaux. Les corpuscules calcaires sont ovales, aplatis, larges d'environ 25 w..

Quelque incomplète qu'elle soit, cette observation n'en présente pas moins un intérêt considérable. Elle est, en effet, la première qui démontre la présence de larves de Bolhriocéphale, non seulement chez l'Homme, mais aussi chez les Vertébrés autres que les Poissons.

On est réduit aux conjectures, quant à la manière dont l'infeslation s'est faite : on se heurte ici aux mêmes difficultés que pour les Piérocercoïdes du Brochet. Les parasites proviennentils directement d'embryons ciliés nageant librement dans l'eau et introduits avec elle dans le tube digestif, ou bien ont-ils élé amenés avec les viscères d'un animal aquatique, chez lequel ils auraient accompli les premières phases de leur état larvaire? Ces points sont encore incertains. Ce qu'on sait du développement des Bolhriocéphales autorise du moins à rejeter l'opinion de Cobbold, qui croyait pouvoir expliquer la présence de ces parasites par une sorte d'auto-infeslation analogue à celle dont nous avons reconnu l'existence dans les cas de ladrerie de l'Homme, lorsqu'on trouve chez le même individu un Txnia solium et des Cysticerques.

P. Manson, Case of lymph scrotum, associated with Filariae ami olher varasites. The. Lancet, II, p. 016, 14 oct. 1882.

T Sp. Cobbold. Description of Ligula Mansoni, a new human Cestode. Journal ofthe Linnean Soc. of London, Zoology, XVII, p. 78, 1883.

A l'ordre des Ceslodes se rattachent encore quelques formes remarquables, constituant plusieurs familles et appartenant aux genres Anthocephalus, Tètrarhynchus, Echine, bothrium, PhylMothrium, Anthobothrium, Acanthobothrium, Caryophylleus, etc. Tous sont parasites des Poissons. Nous les passerons sous silence et nous nous bornerons simplement à dire quelques mots des Ligules.

BOTIIRIOCEPIIALUS MANSONI. 530

Ce sont des Vers très allongés, aplatis, dont la tôle n'a pas de ventouses proprement dites, mais est pourvue de deux fossettes latérales, allongées en forme de fentes ; elle est munie ou non de crochets. Le corps présente le minimum de segmentation qui s'observe chez les Ceslodes, celle-ci portant exclusivement sur les organes génitaux, dont les cirres sont disposés en série longitudinale sur la ligne médiane de la face inférieure; les ovaires sont disposés en une série simple ou double.

Les Ligules, dont on ne connaît qu'un très petit nombre d'espèces, vivent à l'état larvaire dans la cavité générale des Poissons osseux, notamment des Cyprins; celte forme asexuée correspond à Ligula ïtiiijilicissima Rudolphi. Elles achèvent leur développement dans le tube digestif des Oiseaux aquatiques, tels que le Canard, et y deviennent sexuées (L. alternons Rud., L. interrupta Rud., L. sjxirsa Rud.). Les migrations et les métamorphoses des Ligules ont été décrites pour la première fois par Creplin, en 1839, longtemps avant que P.-J. van Beneden ne découvrît celle des Ténias.

On a trouvé des Ligules à l'état larvaire {Ligula rcptans Diesing) chez un très grand nombre de Mammifères, d'Oiseaux ou de Reptiles ; elles étaient enkystées en divers organes ou libres dans la cavité générale. On n'en a pas encore signalé chez l'Homme.

Rudolphi a rapporté à une Ligule un Ver que Lorenz Moulin eut l'occasion d'examiner en 1763 et qui avait été expulsé par une femme de vingt-cinq ans. L'observation, décrite avec détails, n'est pas douteuse, mais la détermination du parasite est certainement inexacte: il s'agissait probablement d'un fragment de Ténia présentant l'anomalie dont nous avons parlé plus haut (I) sous le nom de Tœnia fusa. Montin dit du reste que sa malade rendit des Ascarides et des Ténias, en môme temps que sa prétendue Ligule.

Dans certaines contrées de l'Italie, le peuple rechercherait comme un mets délicat les larves de Ligule qui se trouvent enkystées chez les Poissons ; Rriganli les a décrites sous le nom de Ligula edulis. Rudolphi rapporte celte coutume dans les termes suivanls : « Ligula? in pisciculi, Cyprino barbo affînis, abdomine obviœ Ilalis, nominc vwaroni piatti edules, in deliciis sunt. »

L. Montin, Utdrag nf en Casus, om Faseioîa intestinalis med ftere slaq M maskar //os en sjuk. Vetensk. Acad. Handlingar, p. 1 13, 1763.

Dans l'état actuel de nos connaissances, il est fort difficile d'établir les affinités des Cestodes, animaux évidemment dégénérés par suite de leur adaptation à la vie parasitaire. On ne saurait méconnaître

(I) Voir page 300.

OR DM E DES CESTODES.

pourtant leur étroite parenté avec les Trémalodes, et il est à peu près certain que ces deux groupes d'animaux, aujourd'hui nettement différenciés et classés en deux ordres distincts, ont eu à l'origine un point de départ commun.

A part la conformation de la tôle, la différence essentielle que l'on constate entre les Ténias et les Bolhriocéphales tient à ce que, chez ceux-ci, le pore génital s'ouvre sur le milieu de la face ventrale de l'anneau, tandis que chez les premiers il est situé sur le hord latéral, soit d'un seul côté, soit des deux côtés. Il est intéressant de constater qu'il existe des termes de passage entre ces deux formes: par exemple, un Ténia du Renard, encore incomplètement étudié (Taenia litterata Batsch),nous a montré ses pores génitaux dans une situation identique à celle que ces mômes orifices occupent chez les Bolhriocéphales.

Les Cestodes dérivent d'animaux qui devaient vivre à l'état de liberté: ils possédaient alors un appareil digestif et leur bouche était armée d'une ventouse. Les rudiments de celle dernière se retrouvent chez Rhynchobothrium corollatum, parasite des Plagiostomes, et chez quelques Télrarhynques. Chez ces derniers, on retrouve encore des glandes salivaires plus ou moins développées, analogues à celles des Trématodes et des Turbellariés; on les voit môme chez Anthocephalus elongatus, parasite à'Orthagoriscus mola, déboucher dans le fond delà ventouse buccale rudimenlaire. Enfin, nous avons déjà noté plus haut que certains Ténias (Tsenia perfoliata) présentaient les débris des muscles pharyngiens. Tous ces faits remarquables nous autorisent à conclure à l'existence ancienne d'un appareil digestif, qui est allé en s'atrophiant sous l'influence du parasitisme.

11 est tout aussi certain que la métamérisalion des Cestodes, c'est-à-dire la formation d'anneaux disposés en série linéaire, est un phénomène se-

Fig. 204. — Caryôphyllxus mutabilis, d'après Em. Blanchard. — a, testicule; b, capsule spermatique ; c, origine de l'utérus. Los ovaires se voient dans presque toute la longueur du corps.

conduire : de même que les Trémalodcs, ces animaux étaient lout d'abord dépourvus de segmentation. Cet état primitif est conserve, dans une certaine mesure, chez Caryophyllxus mutabilis (fig. 294), dont le corps n'est point segmenté et dont l'appareil génilal est simple. Les Ligules, dont le corps est également non segmenté, mais dont les organes génitaux sont multiples et disposés en série linéaire, nous présentent le premier degré de différenciation. Celle-ci s'accentue chez les Bothriocéphales, est plus nette encore chez les Ténias et atteint son maximum chez Eckeneibotknum. L'anneau isolé est alors capable de vivre indépendant, à la façon d'un véritable animal: non seulement il se contracte et exécute des mouvements de reptation, mais encore il se nourrit et augmente de volume.

L'ordre des Trématodes renferme des Vers plats vivant en parasites chez les animaux les plus divers; leur corps est inarticulé; ils présentent une bouche et un tube digestif bifurqué, mais, sont dépourvus d'anus.

D'après l'ensemble de leurs caractères morphologiques, embryologiques et biologiques, on peut les diviser en deux groupes naturels ou sous-ordres : les Disïomiens et les Polystomiens.

Les Distomiens sont munis au plus de deux ventouses; ils vivent en parasites à l'intérieur des organes et présentent des phénomènes fort compliqués de génération alternante. La plupart sont hermaphrodites, mais quelques formes sont unisexuées (Monostoma , Bilharzia). Ce groupe comprend les quatre familles des Monostomidés, des Holostomidés, des Distomidés et des Gastérostomidés ; la première et la troisième renferment des parasites de l'Homme.

Les Polystomiens sont au contraire des ectoparasites ; ils se développent sans génération alternante et présentent toujours deux petites ventouses antérieures et un plus ou moins grand nombre de ventouses postérieures. Ps comprennent les trois familles des Tristomidés, des Polystomidés et des Gyrodactylidcs, dont chacune renferme plusieurs genres; aucun ne se rencontre chez l'Homme.

ORDRE DES TRÉMATOliKS.

Page 1