‹ Traité de zoologie médicale [electronic resource] (volume 2)Chapitre 64 sur 77 · L. H. Bojanus, Enthelminthica. Oken's Isis, I · texte numérisé non relu

L. H. Bojanus, Enthelminthica. Oken's Isis, I

C. Fr. L. Mehlis, Observationes anatomicœ de Distomate hej atico et lanceoluto. Gottingce, 1825.

J. Fr. Laurer, Disquisitiones anatomicœ de Amphistomo conico. Inaug Diss. Gryphiœ, 1830.

Km. lilancliard, Recherches sur l'organisation des Vers. Annales des se r.at., Zoologie, (3), VII, p. 87; VIII, p. 119 et 271, 1847.

G. Walter, BeUriige zur Anatomie unrt Histologie einzclner Trematodcn. Arcliivfur Naturgcschiclitc, I, p. 287, 1858.

L. Stieda, Beitnige zur Anatomie der Plaltwurmer. — 1. Zur A?ialomie des Dtstoma hepaticum. Arcbiv fur Anatomie, p. 52, 1807. — Id., Ueber den angeblichen inneren Zusammenliaiig der munnlichen und weiblichen Orqane bei den Trenvitoden. Ibidem, p. 31, 1871.

Blumborg, Ueber den Bau des Amphistoma conicum. Dorpat, 1871.

J. Leidy, On Distoma hepnticum. Proceed of tbe Acad. of nat. se. ofPhiladelpbia, p. 3Gi, 1873.

A. Villot, Sur Vappareil vasadaire des Trématodes. Comptes rendus de

l'Acad des sciences LXXXII p. 134i, 1876. - ld„ L'appareil vascwairr fcj Irèmatodes, considéré sous le double point de vue de sa structure cl âe set fonctions. Zoolog. An/.eiger, V, p. 505, 188'\

0, Butschli iiemerkungen ûber den evcretorischen GefUssapparat der lremntoden. Zoolog. Anzeiger, II, p. 588, 1870.

F;ST"r,'j DiC Anaiomie des leberegels, 'Dislomum hepnlicum L. Z f w. Z., XXXIV, p. 539, 1880.

E. Macé, Recherches anatomiqucs sur la grande Douve du foie (Disloma liepaticum). Thèse de Nancy, 1882. Paris, in-8" de 91 p., 1882.

E. Gaffron, Zum Nervensystem der Trematoden. Zoolog. Anzeiger, VI, p . oOS , 1 883.

Looss, Bdlriigezur Kemtniss der Trematoden. Z. f. w. Z., XLI, p. 31)0, 1884 J. Poirier, Contribution à l'kistnirc des Trémnlodes. Thèse de' la Sorbonnc' 1885. Archives de zool. expérim., (2), III, p. 4G5, 18S5.

La Douve hépatique s'observe avec une extrême fréquence dans les voies biliaires du Mouton (1); elle détermine une maladie qu'il convient de désigner sous le nom de distomalose, mais que les vétérinaires connaissent mieux sous ceux de pourriture et de cachexie aqueuse (2). Dans les années pluvieuses, la Douve peut devenir si abondante, qu'il en résulte de véritables épizooties qui déciment les troupeaux : on cite notamment les épizooties qui ont sévi aux environs d'Arles, en 1743 et 1744, dans le Boulonnais en 1761 et 1762, dans le Beaujolais en 1809, dans les départements du llbône, de l'Hérault et du Gard en 1812, aux environs de Béziers en 1820, dans la Meuse en 1829 et 1830, dans le Berry, le Gâtinais et la Sologne en 1833 et 1854, etc. Le nombre des parasites qui se rencontrent dans les canaux biliaires d'un animal présente de grandes variations : s'il est habituel de n'en trouver que quelques-uns, ou tout au plus quelques dizaines, il n'est pourtant point rare d'en voir 100 et davantage; parfois même, on en trouve jusqu'à 600. II va sans dire que, dans ces cas extrêmes, le parasite détermine des lésions hépatiques, des Lroubles digestifs et même un état cachectique général qui peut causer la mort.

Les auteurs sont d'accord pour admettre que la Douve ne demeure dans le foie de son hôte que pendant un certain temps, après lequel elle est évacuée par l'intestin : Pech et Friedlânder l'évaluent à 9 mois, Gerlach à 13 mois au plus.

(1) Le parasite se rencontre encore chez la Chèvre, le Bœuf, le Chameau, le Cheval, l'Ane, le Porc, le Lièvre, le Chat, etc.

(2) Les Anglais donnent à la disiomatose le nom de rot; les Allemands lui donnent ceux de Leberfdute, Egelfciu'c, Leberegelkrankheit, Leberegelseuchc. Anbrùchigheit.

D1ST0MA IIEPAT1CUM. ;i89 Thomas a constaté, de son côté, qu'elle peut vivre plus d'une année et. a trouvé les appareils digestif et reproducteur en pleine activité chez des individus âgés de 13 mois au moins. Quelques-unes des observations ci-dessous donnent à penser que la longévité du parasite est encore plus grande.

Distoma fiepaticum se rencontre très rarement dans l'espèce humaine. La première observation positive est due à Pallas et date de 1700; avant lui trois auteurs, Pierre Borel, Malpighi et Bidloo, avaient déjà signalé la présence du parasite dans les voies biliaires de l'Homme, mais sans rapporter d'observations précises.

Les observations authentiques de Douve hépatique dans les voies biliaires de l'homme sont jusqu'à présent au nombre de 17. Nous croyons utile de les résumer ici.

1° Cas de Pallas, 1760. — « In hepate et biliario systemale... abundant Fasciolœ variae, inque humano jecinore a se visas asserit Bidlous, quemadmodum ipse quoque Berolini easdem mortuas, contractasque ramo hepatici ductus incuneatas in feminse cadavere vidi. » Ailleurs : « Et mea me denique docuit experientia in Iheatro anatomico Berolinensi, ubi in feminœ fibris Fasciolam ramo ductus hepatici insertam vidi. »

2° Cas de Fortassin (1), 1804. — « Bidloo a cru en avoir vu (des Douves) dans le foie d'un Homme... 11 y a longtemps que j'en ai trouvé deux dans les pores biliaires du l'oie d'un Homme. »

3° Cas de Frank, 1821. — « Antoinette Aragnoli, âgée de huit ans, fut reçue à l'hôpital de Milan le 27 novembre 1782; elle était réduite au dernier degré du marasme ; elle avait le pouls fréquent et très faible, la face cadavéreuse, l'abdomen météorisé. La diarrhée la fatiguait depuis six mois et s'accompagnait d'une douleur à la région hépatique. Cette douleur devenait quelquefois si vive que la malade l'exprimait par des contorsions et une anxiété violente; malgré la longueur delà maladie, on n'observa jamais de nuance ictérique. La vie se soutint encore quelques jours dans cet état fâcheux et la mort survint au milieu des convulsions. A l'ouverture du cadavre, on remarqua que le conduit hépatique avait le volume d'une plume à écrire de médiocre grosseur; il. présentait de plus, à sa naissance, une poche au milieu de laquelle étaient cinq Vers roulés en peloton, tous vivants, de couleur vert jaunâtre, de la grosseur d'une paille plate, de la longueur d'un Ver à soie. »

(1) Le nom do cet auteur devient Fo?itas$ùi clans l'ouvrage de Leuckart et Fontaine dans celui de Ktichenmeister,

Celte observation, dont Frank n'indique point la source, est Tort ' incomplète, au moins en ce qui touche à la description des parasites ; il est pourtant difficile de reconnaître en ceux-ci autre chose que des Douves hépatiques.

i° Cas de Mehlis, 1825. — L'observation rapportée par Mehlis a été considérée par Kiichenmeister et par Lcuckart comme apocryphe. Nous ne pouvons partager cette manière de voir et l'authencilô du cas en question ne nous semble pas douteuse; il est môme particulièrement intéressant de remarquer la grande similitude do celle observation avec celle de Prunac, dont nous parlons plus loin.

Une femme de trente et un ans vomit à plusieurs reprises, au printemps de 1821, du sang coagulé renfermant des Douves vivantes. L'administration d'un purgatif n'amène l'évacuation d'aucun parasite; la malade se porte mieux. Deux semaines plus tard, elle rend par l'anus un assez grand nombre de Vers (« salis mullos illorum vermium ») enveloppés dans une masse muqueuse et non mélangés aux matières fécales. Dans le courant de l'année suivante, la malade présente divers phénomènes nerveux : jaunisse et dyspnée fréquentes, toux sèche, tuméfaction de l'abdomen, douleur et tension des hypocondres, grande lassitude dans les membres; de temps à autre, vomissements muqueux ou sanguinolents, après quoi une amélioration notable s'établit; l'état général est d'ailleurs bon, l'appétit est conservé. En juin 1823, tous ces symptômes s'aggravent considérablement ; la malade finit par vomir des matières bilieuses contenant plusieurs Distoma hepaticum. Quelques jours plus tard, les vomissements reviennent : ils renferment encore des Douves hépatiques, soil t entières, soit à l'état de débris, et jusqu'à cinquante D. lanceolatum ; aucun Ver dans les selles. Depuis lors, la malade va mieux, mais son foie ne semble pas être encore totalement débarrassé de ses parasites.

5° Cas de Partridge, 1852. — Ce cas est rapporté par Budd. En assistant à l'autopsie d'un individu mort à l'hôpital de Middlesex, le professeur Partridge, de King's Collège, fut frappé de l'apparence de la vésicule biliaire qui, au lieu d'être colorée comme d'ordinaire par la bile, était parfaitement blanche. Il trouva dans son intérieur un Distome que le professeur Owen ne put différencier en rien de la grande Douve du Mouton. La vésicule elle canal cystique, qui étaient parfaiment sains, sont conservés dans le musée de King's Collège.

6° Cas de Kratter, 1858. — Diesing rapporte, d'après le dire do Jos. Kralter, médecin de district dans la basse Dalmatie, que la Douve y est très commune chez l'Homme: « In incolarum ad Narentam ductibus hepaticis, in Dalmatia frequentissime. »

7° Cas de Lambl, 1859. — Un Italien de vingt et un ans meurt de

DISTOMA I1EPATICUM. 391

pleurésie purulente à l'hôpital militaire de Prague. A l'autopsie, on trouve une Douve dans L'un des canaux biliaires du grand lobe du foie. Cet organe était notablement hypertrophié, mais Lambl ne pense pasqucccttehyperlrophiedoiveôtre attribuée àla présence duparasite.

8° Cas de Biermer, 1863. — Un individu igô de quarante-trois ans, originaire du canton de Borne et depuis trois ans soldat à Sumatra, entre le b janvier 1863 à la clinique médicale de Berne (1), où il meurt le 18 février. En juin 18G2, se montre un ictère, avec accompagnement de phénomènes fébriles. En août, départ de Java pour l'Europe: survient une amélioration notable, mais l'ictère persiste et les matières fécales sont décolorées ; le malade présente des signes de péribépatite. Arrivée en Europe à la fin de novembre : amaigrissement considérable pendant la traversée ; l'ictère s'accentue.

Le b janvier 1863, jour de l'entrée à l'hôpital, la peau est d'une teinte brun jaunâtre intense; pas de fièvre; le foie est lisse et non hypertrophié. Le 10, très vives douleurs dans la région hépatique. Le 12, crachats sanguinolents ; les douleurs hépatiques arrivent au paroxysme ; l'ictère augmente. Du 21 au 29, symptômes thoraciques: toux et vomissements consécutifs; infiltration du poumon droit ; vue indistincte au crépuscule. Le 29, frissons, vomissements, douleurs dans la région gastro-hépatique. Le 31, selles sanguinolentes; abcès diffus et extrêmement douloureux de la région parotidienne gauche. Le lor février, céphalalgie, fièvre intense (40°2) ; les douleurs parolidiennes augmentent et l'inflammation se propage au tissu cellulaire du cou ; la fièvre tombe. Le 11, symptômes d'un nouveau genre : très vive douleur dans le côté droit, suffusion sanguine au-dessous de l'aisselle; en ce point, la peau est lisse, chaude, brillante. Le lb, le malade commence à délirer; la température tombe à 3b°4; collapsus qui, le 18, se termine par la mort.

A l'autopsie, le foie est de volume à peu près normal. Vers la moitié du trajet du canal cholédoque, on trouve une Douve de taille moyenne, qui remplit tout le canal, mais sans le dilatér. Le canal cyslique est perméable, mais le canal hépatique est totalement oblitéré et transformé en un cordon plein, sur une longueur de b millimètres, au point où il se bifurque. En amont de cette oblitération, les canaux biliaires sont extrêmement dilatés et présentent un grand nombre de dilatations ampullaires. Biermer n'hésite pas à considérer tous les graves symptômes que nous avons sommairement décrits ainsi que les lésions trouvées à l'autopsie, comme uniquement dus à la présence du parasite.

(H Leuckart, Duvaine et d'autres auteurs disent par erreur que le cas a été observé à Zurich.

9° Cas de Wyss, 1808. - En faisant l'autopsie d'une femme de trente-trois ans, morte d'une intoxication, le Dr Cari Bock, de Breslan] trouva dans le canal cholédoque un peu élargi, mais d'ailleurs absolument sain, une Douve enroulée sur elle-même dans le sens de la longueur, La malade n'avait jamais eu d'ictère ni de douleurs hépatiques. Par son absolue bénignité, ce cas so range donc à côté de ceux de Parlridge et de Lambl.

10° Cas de Klebs, 1869. — Cas observé à Berlin par Vircliow, à l'époque où Klebs était son assistant. Deux Douves furent trouvées dans les canaux biliaires; ceux-ci ne présentaient pas trace de dilatation ni d'aucune autre lésion. L'individu était mort de lièvre typhoïde.

11° Cas deMurahison, 1877. — Un Homme de trente-neuf ans, ayant joui jusqu'alors d'une excellente sanlé, devient gravement ictérique; inappétence, abattement; pas de douleurs ni de vomissements; selles peu colorées, urine foncée. Le 8 mai 1874, foie un peu gros; voussure légère, mais distincte en avant des cartilages costaux, à droite de l'extrémité inférieure du sternum : légère sensibilité en cet endroit, mais rien qui ressemble à de la fluctuation. Le 13 octobre 1874, l'ictère est, depuis quelques semaines, plus inLense;la voussure persiste; les selles sont très claires et l'urine très foncée; l'appétit est bon, le malade est bien disposé et n'éprouve aucune douleur dans la région du foie. Le 3 février 1876, amélioration notable: les forces et l'appétit augmentent ; les selles ont la couleur et la consistance normales ; la voussure des côtes s'est effacée. Le malade reste en cet état et continue à vaquer à ses occupations jusqu'en août 1876. Alors se développe une ascile, qui augmente lentement et s'accompagne de douleur intense dans la région hépatique et d'émaciation rapide. Les selles sont claires et muqueuses, l'urine chargée de bile. Une ponction amène l'évacuation de près de 9 litres de liquide séreux, jaune. Un grand soulagement s'ensuit, mais le malade continue à maigrir et meurt le 26 janvier 1877.

A l'autopsie, on trouve les canaux cholédoque et cyslique complètement oblitérés parla rétraction cicatricielle du tissu libreux dans la scissure porte. Vésicule biliaire considérablement distendue, pleine, d'un liquide incolore, floconneux. Les canaux biliaires sont modérément distendus : l'un d'eux contient une Douve.

12° Cas de Pritnac, 1879. — Celle très remarquable observation, fort analogue à celle de Mehlis, a élé faite chez une femme de trente et un ans. « Depuis trois ans, la malade se plaint de troubles digestifs : elle éprouve souvent de vives douleurs à l'épigaslre et de l'ondolorissement dans les hypocondres , spécialement à droite. Les digestions sont lentes, laborieuses. Elle eut, en 1876, une hématé-

D1ST0MA 11EPATICUM. 393

mèsc abondante qui s'est reproduite à cinq reprises différentes et à intervalles plus ou moins éloignés. Depuis six mois, elle vomit du sang presque toutes les semaines. Elle s'administre 30 grammes d'huile de ricin, qui amènent l'expulsion de quatre Lombrics par les garderobes. Depuis deux mois, mélœna en môme temps que syncopes fréquentes, presque continuelles; elle en a éprouvé autrefois, mais plus éloignées; actuellement, elles sont d'une excessive fréquence.

« Cette femme est sujette aussi à la toux, mais à une toux sèche accompagnée d'oppression. Rien à l'auscultation du cœur et de la poitrine, souffle très intense dans les carotides. Pâleur considérable des téguments. Aménorrhée, amaigrissement et perle de l'appétit. Constipation opiniâtre ; selles noirâtres, constituées par du sang coagulé. A plusieurs reprises, tremblements violents dans les'membres; durant ces crises, intégrité de l'intelligence, mais aphonie complète, modifications sensibles du caractère de la malade, qui devient apathique et indifférente.

« En raison de ces divers phénomènes, le diagnostic d'ulcère simple nous avait, paru rationnel: nous trouvions, en effet, réunis tous les symptômes classiques de cette affection, jusqu'aux points rachidien et xiphoïdien qui nous étaient nettement accusés. Seule, l'absence de vomissements alimentaires nous inspirait des doutes sur la nature vraie de la maladie.

« La diète lactée, le nitrate d'argent à l'intérieur, les alcalins furent concurremment employés ; cette médication resta sans résultat. Pour faire cesser la constipation, nous eûmes recours au sel de Seignelte (30 gr.). Peu d'instants après survinrent des convulsions générales avec perte de connaissance et consécutivement l'expulsion, par le vomissement, de deux Distomes mélangés avec du sang coagulé, en même temps que des selles sanguinolentes noirâtres, dans lesquelles la malade découvrit un amas de Distomes pelotonnés (une trentaine environ), vivants et animés de mouvements parfaitement perceptibles.

« Le lendemain, nouvelle purgalion qui amena l'expulsion de fragments de Ténia (2b à 30 centim.). Nous prescrivons, le soir, 8 grammes d'extrait éthéré de Fougère mâle, puis 30 grammes de sel de Seignetle. Le Ténia est expulsé avec la tête, en môme temps qu'un nouvel amas de Distomes (une vingtaine environ). » Les troubles digestifs diminuent alors notablement, mais l'inappétence et la constipation persistent. Les règles, supprimées depuis sept mois, se rétablissent: l'étal général s'améliore. Une nouvelle purgalion p'ro^ voque des selles diarrhéiques non sanguinolentes et ne renfermant plus ni Uistomes ni anneaux de Ténia.

« Le mois suivant, nouvelle hématémèse; la diarrhée persiste. On Blanchard. — ZjoI. méd. ao

constate, par intervalles, du sang dans les garde-robes; la région du l'oie est toujours douloureuse ; la pression et les mouvements exaspèrent la douleur. Les jours suivants, expulsion, par le vomissement de trois Distomes mélangés avec du sang liquide et rutilant. »

Les Vers rendus par la malade qui fuit l'objet de celte curieuse observation lurent remis au professeur Martins, de Montpellier, qui reconnut en eux des Distoma hepaticum. Au bout de cinq ans, la malade continuait à se bien porter.

13° Cas de WiZson, 1879. — Une jeune fille de seize ans évacue par l'anus une Douve, que l'on retrouve sur la chemise au moment où on va la laver. Après enquête minutieuse, Wilson ne doute pas que le Ver ait été rendu par l'anus : la patiente se plaignait à cette môme époque de douleurs internes et de troubles gastriques.

14° Cas de Humble et Lush, 1881. — Un laboureur de cinquantedeux ans vient consulter le Dr Humble, le 6 novembre 1879 : depuis deux mois, il souffre de vomissements incoercibles et de douleurs à la partie supérieure de l'abdomen ; son état général rappelle celui des malades atteints de cancer de l'estomac ou de cancer du foie, mais le diagnostic n'est pas net. Le malade entre au Dorset County Hospital, le 21 novembre et meurt le 31 mars 1880. A l'autopsie, le foie pèse 3 livres et présente une coloration rouge grisâtre; il est mou et friable. Les canaux biliaires, considérablement épaissis et dilatés, renferment à peu près vingt-six Douves adultes.

15° Cas de Roth, 1881. — Cette observation, rapportée par Zâslein, est duc au professeur Roth, de Bâle. Le canalcholédoque d'un Homme de vingt-quatre ans renfermait un jeune Distoma hepaticum, dont la présence n'avait occasionné de troubles d'aucune sorte.

10° Cas de Perroncito, 1881. — Des œufs de Douve ont été vus dans les selles d'un individu dont l'intestin renfermait des Ankylostomes.

17° Cas de Bosirôm, 1883. — Un individu âgé de soixante-cinq ans, garde d'écluses sur le canal du Danube au Main, entre à la clinique médicale d'Erlangenle 28 juillet 1880 et meurt le 9 août. Les premiers signes de maladie apparurent le 11 juillet, sans cause appréciable : inappétence, douleurs à l'épigastre, sécheresse de la bouche. Le 26, jaunisse, teinte ictérique de l'urine, faiblesse généralisée. Le 28, jour de l'entrée à l'hôpital, hypertrophie du foie et de la rate; la palpalion de celte dernière est douloureuse; la vésicule biliaire, très dilatée, soulève la peau. Les jours suivants, cette vésicule augmente encore de taille et soulève la peau de plus en plus. Le 6 août, l'ictère est encore augmenté. Une pneumonie du lobe inférieur gauche, en voie d'évolution depuis le 3, s'accentue et amène la mort, le 9 aoùl. Depuis le 7, le volume de la vésicule biliaire avait diminué considérablement.

DISTOMA IIEPATICUM. b'Jb

A l'autopsié, on trouve un rétrécissement cicatriciel du canal hépatique et de ses branches, avec induration conjonctive des tissus voisins; ce canal renferme une Douve. Los canaux biliaires sont très dilates. Le canal cystique est oblitéré ; bydropisie de la vésicule biliaire. Pneumonie pseudo-membraneuse du lobe inférieur gauche ; indurations plates du sommet des deux poumons; emphysème et œdème pulmonaire. Hypertrophie du ventricule droit du cœur.

Dans tous les cas qui précèdent (1), les Distomes étaient logés dans les voies biliaires : nous rangeons dans cette catégorie les observations de Mehlis et de Prunac, car la présence de parasites dans le foie nous semble être démontrée par les vives douleurs que ressentaient les malades dans la région hépatique. Les Vers évacués par le vomissement ou avec les matières fécales provenaient sans aucun doute du foie et étaient amenés dans l'intestin avec la bile, ce qui explique leur évacuation intermittente.

Le nombre des Douves est variable : le plus souvent, on n'en trouve qu'une seule (cas nos 1, 5, 7, 8, 9, 11, 13, 15, 17), quelquefois 2 (nos 2, 10), plus rarement 5 (n° 3), plus rarement encore 26 ou un plus grand nombre (nos 4, 12, 14). Klebs croyait à l'innocuité du parasite, lorsqu'il était unique : la lecture des observations qui précèdent montrera combien cette opinion est erronée : s'il est des cas où la mort ne semble pas avoir été causée par le parasite (nos 5, 7, 9, 15), il en est d'autres où elle doit lui être attribuée (noS 3, 8, 11, 17). Dans les cas de Distomes multiples, la mort peut de môme survenir (n° 14) ou le malade peut, au contraire, revenir à la santé, après avoir évacué ses parasites, soit par la bouche, soit par l'anus (nos 4, 12).

Les 17 observations que nous avons rapportées nous semblent être d'une authenticité incontestable (2) : seule, celle de

(1) Aux cas rapportés ici nous pouvons en ajouter trois autres, observés en Australie par H. B. Allen (Fluke in the human liver. The Australian mcd. journal, (2), III, p. "257, 1881). « Pendant les cinq dernières années, dit cet auteur, j'ai trouvé trois fois des Douves dans les canaux du foie' de l'Homme. Dans un cas, il y en avait sept; dans chacun des autres cas, une seulement. L'espèce était le Distome hépatique ordinaire. Il y avait, dans chaque cas, un abcès du foie. » En ajoutant ces trois observations aux précédentes, on arrive donc à un total de vingt cas de Distoma hepaticum chez l'Homme. (Note ajoutée ûu moment de la mise en pnges.)

(2) Nous signalons, dans notre index bibliographique, une note de Shibazaburo Kirazato, sur laquelle nous n'avons aucun renseignement. L'Index

VVilson (n° 13) pourrait donner prise à la critique, mais l'expulsion d'une Douve vivante par l'anus peut se faire sans que le malade en ait conscience; qu'on se rappelle ce que nous avons dit plus haut (page 357) de l'évacuation des anneaux de Tœnia saginala et on demeurera convaincu que la Douve peut se comporter de la même manière..

Disloma hepalicum ne se rencontre point seulement dans les voies biliaires de l'Homme : un certain nombre de faits précis nous montrent que des individus erratiques peuvent pénétrer dans les vaisseaux sanguins et, par l'intermédiaire de ceux-ci, s'en aller dans diverses régions du corps.

Treutler a décrit, en 1793, sous le nom d' ' Hcxathyridium venarum, un Ver plat (&g. 311) qu'il aurait extrait de la veine libiale antérieure, ouverte spontanément chez un jeune Homme, pendant que celui-ci se baignait à la rivière. « Jam igitur enarrabo historiam morbi ado- « lescentis sedecim circiter annorum... Hic « nimirum adolescens sordidam fabri fer- « rarii arlem ediscens ad munditiem cor- « poris servandam frequenti lavatione in « flumine uti admonitus est. Is igitur cum » aliquando pedetentim aquam intrasset, « vix per horre momentum ibi commoranti « sponte rupta est vena tibialis antica dex- « tri pedis, atque non levis lircmorrhagia « eam rupturam secuta est, quœ modo « intermisit, modo vehementior rediit.

« Quod sanguinis prolluvium nec reme- « diis stipticis, nec firmiori fascia cohiberi « poterat ; in quod diligentius inquirendum eapropter sum « provocatus. Et dum huic examini praSessem, sanguis modo « lenliori, modo citation flumine promanavit, atque cum ea « vena materiem aliquam densiorem eminere viderim, eam « pro cruore sanguinis coagulato primum habui, sed accura- « lius intuenti duo animalcula vivendi et se movendi facultate « inslructa se obtulerunt, quibus sine magna opéra e vena

medicus la dormo comme se rapportant ;'i Distoma hepaticum; l'auteUr japonais ne parle-t-il pas plutôt de D. sinense ou de D. japonicum ?

Fig. 311. — Hexathyridium venarum, d'après Treutler. — a, de grandeur naturelle ; b, grossi six fois.

DISTOMA HEPATICUM.

« rupta extractis, confeslim sanguis effiuere desiit : vulnus au- « tem ruptum post très fere septimanas demum coaluit (1). »

L'observation ci-dessus a donné lieu à bien des controverses ; il était, en effet, difficile de l'admettre, tant qu'on ne connaissait point d'exemples plus authentiques de la présence de Distomes dans les vaisseaux sanguins. Mais ce fait, longtemps considéré comme douteux, est aujourd'hui démontré. On peut donc admettre que les Hexathyridium venarum de Treutler n'étaient autre chose que des Dis t orna lanceolalum ou, plus vraisemblablement, de jeunes D. hepaticum, ainsi que semblent l'indiquer les ramifications latérales portées par chacun des deux caîcums intestinaux (2).

Un cas plus remarquable est rapporté par Duval, professeur d'anatomie à l'École de médecine de Rennes. En disséquant le système veineux abdominal chez un Homme âgé d'environ quarante-neuf ans, mort de maladie indéterminée, mais qui, de son vivant, ne s'était jamais plaint de rien de particulier, Duval trouva cinq à six Disloma hepaticum de grande taille. Ces helminthes étaient contenus dans le tronc de la veine porte, dans le sinus et les divisions sous-hépatiques de ce vaisseau et dans les branches de la veine situées à l'intérieur du foie.

D'après Vital, une observation analogue aurait été faite en 1845, à l'hôpital militaire de Constantine : en faisant l'autopsie

(1) Brera [Memorie, p. 114) rapporte que ce même parasite a été trouvé chez une nonne, en 1807, dans le sang extrait d'une veine par une saignée Dello Ghiaje assure également qu'il a été vu dans le sang d'individus hémoptysiques par Gallo, par Fol.nea, par Civinini et par lui-même (S. délie Chiaje Compendio di elmmtografia umana. Napoli, 2« cdizione, p. 15 1833 Elmin tografia umana, 4» ediz., p. 18, 1844).

(2) Treutler a encore fait connaître sous le nom d' Hexathyridium pinouicola un prétendu Trématode trouvé par lui dans une petite tun/eur adipeusf ou^ rant rovairo d'une femme de vingt-six ans, morte à la suite d'un Lcouchement laboneux. L'observation est vraisemblablement apocryphe, amTque ce a ressort du passage suivant de Rudolphi : . Phialam cfuidem b Revoie mecum commumcavit (Treutlerus), qUœ Pinguicolam forsan contiuerê s eandem Bero m attentissime perscrutando non nisi 'corpuscu lum

fCoSmFI/0UrUni ,,ePeri' qU°d °mnem °W»*«oni. n'otam Zeg v » (Kudolphi, Entozoorum synopsis, p. 437-438 1819 ) ,ck-*>"- »

« d*- 1 m. &s iz izLzr^zvizi •r ,"r,r: zz^r^s* Var'm° (Deiia W

d'un Maltais de quarante-trois ans, mort de pleuro-pneumonie, on trouva dans le sang veineux un Ver vivant, long de 22 millimètres, large de 13 millimètres aussitôt après le cou, qui était très court, et large seulement de 4 millimètres à l'extrémité caudale. Vital ne doute pas qu'il ne s'agisse là d'une Douve hépatique.

Il convient de rapprocher de ces cas ceux où des Douves ont été trouvées dans des tumeurs sous-cutanées. Ces Vers, sans aucun doute, étaient primitivement libres dans le sang : entraînés avec celui-ci, ils se sont arrêtés dans les capillaires et leur présence s'est manifestée par la production d'une tumeur.

Le premier cas de ce genre a été rapporté par Giesker. Depuis plusieurs mois, une femme présentait à la plante du pied droit une tuméfaction indolore et sans fluctuation. La tumeur fut ouverte : elle ne laissa échapper ni pus ni corps étranger, mais seulement du sang coagulé. Après que l'écoulement du sang fut arrêté, on fit un pansement avec de la charpie et on laissa l'appareil pendant huit jours. Au bout de ce temps, on leva les pièces du pansement pour la première fois : en comprimant de haut en bas, on fit sortir de la plaie deux jeunes Distomes hépatiques; l'un d'eux fut écrasé par mégarde, l'autre était vivant et mesurait 13 millimètres de longueur. La guérison se fit rapidement.

Penn Harris, de Liverpool, cite l'observation d'un enfant de vingt-cinq mois, chez lequel une tumeur large comme une orange se développa à la partie supérieure de l'occiput. L'abcès s'ouvrit spontanément et rendit une grande quantité de pus : il continua à suppurer pendant environ trois semaines, quand un jour, après avoir enlevé le cataplasme et abstergé le pus, on aperçut, sur la serviette destinée à cet usage, six Distomes qui ne donnaient aucun signe de vie (1).

Une observation très analogue est rapportée par Fox, de Topsham, Devonshire. Il s'agit d'un marin âgé de trente-huit ans, chez lequel un bouton apparut un peu en arrière de l'o-

(I) Cette observation de Penn Harris est généralement considérée comme une mystification. Il est, en effet, possible que la bonne foi de l'auteur ait été surprise et que la serviette sur laquelle ont été trouvés les Distomes ait déjà servi à d'autres usages, par exemple à envelopper uu foie de Mouton; mais ce n'est là qu'une supposition toute gratuite.

DISTOMA I1EPATICUM. oS'J

reille. « Ce boulon grossit et atteignit la taille d'une petite noix. Une solution iodée fut appliquée pour dissoudre la tumeur, mais sans succès. Quelque temps après, pendant que cet homme était en mer, le bouton s'enflamma et s'ouvrit, rendant par deux petites ouvertures un liquide séro-sanguinolent. Le bouton se guérit alors, et, après quelque temps, se remplit de nouveau d'un liquide semblable. On en fît l'ouverture et la plaie fut pansée avec de la charpie sèche. Le lendemain, examinant cette plaie, je crus voir quelque chose se mouvoir, et, l'ayant extrait, je reconnus un Distome. »

Le dernier cas a été publié par Dionis des Carrières. Un Homme de trente-cinq ans portait dans la région hypocondriaque droite une petite tumeur très douloureuse, qui le privait de sommeil et l'empêchait de vaquer à ses occupations. Cette tumeur, de la grosseur d'un œuf de Pigeon, était très dure et non fluctuante. Au bout de quelques mois, elle n'était pas encore acuminée et n'offrait pas la moindre trace de fluctuation; la peau avait partout sa coloration normale, mais au centre se voyait un petit point bleuâtre de la grosseur d'une tête d'épingle et formé par une pellicule mince et transparente comme une pelure d'Oignon, derrière laquelle on distinguait facilement une gouttelette de sérosité de couleur violacée. En pressant à droite et à gauche avec les deux pouces, comme on ferait pour une petite tumeur sébacée, une goutte de sérosité jaillit, et aussitôt après s'échappa un Distome hépatique très vivace, ayant à. peine 1 centimètre de longueur. Des pressions plus fortes et réitérées ne firent plus rien sortir. En quelques jours la tumeur s'affaissa, et depuis ce temps le malade n'a plus rien ressenti.

Il ne sera pas hors de propos de rappeler encore que des Douves erratiques ont été vues dans le poumon du Bœuf par Rivolta et par iMégnin ; dans l'observation de ce dernier auteur, elles étaient renfermées dans des tumeurs à paroi fibreuse très épaissie et bosselée.

M. Malpighi, Opéra posthuma. Londoni, 1G07. Voir p. 84.

G. Bidloo, OLservatio de animalculis, in ovino aliorumque animantium hepate detectis. Delft, 1C98.

Bidloo et P. Borel cités par D. Le Clerc, llistoria naturalis et medica latovum Lumbricorum. Genevœ, p. 119 et 283, 1715.

P. S. Pallas, Disserlatio de infestis viventibus intra viventia. Lucd Bat 1700. Voir p. 5 et 28. ' '

Fr. A. Treutler, Observationes pathologico-analomicx ouctarium ad helminthologiam humani corporis continentes. Lipsiaj, I7LC!.

L. Fortassin, Considérations sur l'histoire naturelle et médicale des Vers du corps de l'Homme. Thèse de Paris, an XII, 1804. Voir p. 19.

P. Frank, Traité de médecine pratique. Paris, 1823. Voir V, p. 351.

Duval, Note sur un cas de Distome hépatique. Gaz. méd., X, p. 7G9, 1842.

Giesker und Frey, Uehninthologischer Beitrag. Mitthoil. der naturforsch. Gesellschaft in Zurich, II, p. 89, 1850.

Delafond, Traité sur la pourriture ou cachexie aqueuse des bêles a laine. Paris, 2e édition, 1854.

Ch. Fox et J. Penn Harris, cites par Edw. Lankester dans l'édition anglaise de Kuchenmeister, I, appendice B, p. 434. Londres, 1857.

G. M. Diesing, Revision der Myzhelminthen. Sitzungsber. der k. k. Akad. der Wiss. in Wien, XXXII, 1858. Voir p. 331.

W. Lambl, Mikroskopische Vntersuchungen der Darm-Excrete. Pragyr Vierteljahrsschrift, LXI, 1859. Voir p. 49.

A. Biermer, Distomum hepaticum beim Menschen. Schweizerische Zeitschrifi fur Heilkunde, II, p. 381, 1863.

Al. Ah. Florance, De la distomatose chez l'Homme et les animaux. Thèse de Strasbourg, 1866.

O. Wyss, Ein Fall von Distomum hepaticum beim Menschen. Archiv der Heilkunde, IX, p. 172, 1868.

E. Klebs, Handbuch der pat hologischen Anatomie. Berlin, 1869. Voir I, p. 520.

E. D. Harrop, Remarks on the Fluke (Fasciola hepatica). Proceed. of the R. Society of Tasmania, p. 12, 1809.

A. Vital, Les entozoaires à l'hôpital militaire de Cons/antine. Gazette inéd., (4), III, p. 274, 1874. '

Dionis des Carrières, cilé par Davaine, Traité des entozoaires, 2e éd., p. 386. Paris, 1877.

C. Murchison, Ciinical lectures on diseuses of the liver. London, 2"d éd.,

1877. Voir p. 034. — Leçons cliniques sur les maladies du foie. Paris,

1878. Voir p. 637.

A. Prunac, De la Douve ou Distome hépatique chez l'Homme. Gazette des hôpitaux, LI, p. 1147, 1878. — Id., Note siir la grande Douve du foie (Distoma hepaticum). Montpellier et Paris, in-8° de 14 p., 18S1.

A. Wilson, On the occurrence of the common Fluke (Fasciola hepatica) in the human subject. Edinburgh med. journal, XXV, p. 413, 1 879.

Zûndel, La distomatose ou cachexie du Mouton; sa nature, ses causes et les moyens naturels de la combattre. Strasbourg, 1880.

Wm. Edw. Humble and Wm. Vawdrey Lush, A case of Distoma hepaticum (liver-fluke) in m an. Brilish med. journal, II, p. 75, 1881.

Ed. Perroncito, L'anémia dei contadini, fornaciai e minatori in rapporto coll' attuale epidemia negli opterai del Gottardo. Annali délia R. Accad. d'agricoltura di Torino, XXIII, 1881.

P. Mégnin, Tubercules des poumons chez une Vache causés par des Douves (Distoma hepaticum). Compte rendu de la Soc. do biologie, p. 221, 1882.

Eug. Bostrôm, Ueber Distoma hepaticum beim Menschen. Deutsches Archiv f. klin. Medicin., XXXIII, p. 557, 1883.

Shibazaburo Kitazato. Chiuga Iji Shinpo. Tokio, n" 99, 10 mai 1884 (en iaponais).

L. Hahn et Ed. Lcfôvre, Douves. Dictionnaire encyclop. des se. méd., 1884.

DISTOMA HEPVriCUM. 0U1

On serait tenté d'admettre que la distribution géographique de Disloma hepaticum doive être intimement liée à celle de limnxa truncatulu, qui lui sert d'hôte intermédiaire. Ce Mollusque habite toute l'Europe, la Sibérie, l'Afghanistan, le Thibet, le territoire de l'Amour, le Maroc, l'Algérie et la Tunisie (1). Mais la répartition du Distome à la surface du globe n'est pas absolument corrélative de celle de son hôte : il manque en certaines régions où se trouve celui-ci ; inversement, on l'observe dans des pays où la Limnée fait défaut. On doit donc penser que le Ver est capable d'accomplir les premières phases de son développement chez des hôtes appartenant à des espèces diverses, dont une seule nous est actuellement connue.

La Douve est répandue par toute l'Europe, sauf l'Islande, ainsi que Krabbe et Jonsson le disent expressément; L. truncatula et L. peregra se trouvent pourtant dans cette île, d'après Morch. Elle est très fréquente dans les îles Shetland, où, d'après Forbes, on ne trouverait que L. peregra; elle n'est pas rare aux îlesFserœ, d'après Krabbe. Ceparasite cause parfois en Europe des épizooties désastreuses, dont on trouvera le récit dans le livre de Davaine et dans divers ouvrages de médecine vétérinaire.

Le Distome, que nous sachions, n'a pas encore été observé en Asie, bien que son hôte intermédiaire vive en plusieurs contrées et bien que le Mouton soit partout abondant. 11 est rare en Afrique (Egypte (2), Algérie). Peu répandu dans l'Amérique du nord (3), où le genre Limnœa est représenté, mais par aucune des deux espèces L. truncatula et L. peregra, il devient très fréquent dans l'Amérique du sud.

Dans la République argentine, d'après Wernicke, deux espèces de Planorbes et une espèce de Limnée lui servent probablement d'hôtes intermédiaires. Dans le district de Tandil, plus de 100,000 Moutons ont succombé à la distomatose

(1) Limnxa peregra habite toute l'Europe, la Sibérie, le Thibet, l'Asie Mineure et le territoire de l'Amour.

(2) W. Youatt (S/ieep, their breeds, management tind diseases. London, 1837. Voir p. 4G0, en note) dit que la distomatose est très fréquente en Egypte, notamment après les crues du Nil. Hamont, fondateur de l'École vétérinaire en Egypte, a donné des détails précis sur les ravages causés par cette maladie.

(3) « Heureusement pour les fermiers américains, cette maladie destructive est comparativement peu fréquente dans leurs troupeaux. » L. A Morrell The amencan shepherd. New- York, 18G3, p. 3G2.

602 0 H DRE DES TRÉMATODF.S.

pendant les huit premiers mois de l'année 1886 : de petits éleveurs n'ayant que 6 à 8,000 Moutons ont perdu leurs troupeaux presque en totalité. On trouve jusqu'à 280 exemplaires chez un même animal; dans un cas, on en a môme vu jusqu'à 480. Le Ver se rencontre aussi chez le Bœuf, mais cause rarement la mort.

On le voit encore en Tasmanie et en Australie, pays où les Limnées ne se rencontrent pas, d'après les observations de Hutton. EnGn, Leuckart le signale au Groenland, mais Rolleston fait remarquer que c'est là sans doute une erreur : vers l'année 1855, il n'y avait au Groenland, d'après Rink, que 30 à 40 Vaches, 100 Chèvres et 20 Moutons ; cette poignée de bétail était réunie à Julianshaab, sur la côte occidentale.

O. A. L. Môrch, Faumda Molluscorum hlcuidiœ. Meddelelser fra den naturhistorisk Forening, I, p. 185, 186S.

F. W. Hutton, On the geographical relations of the New Zealand faunu. Transactions of the New Zealand Institute, V, p. Vil, 1872. Voir p. 214.

Sn. Jonsson, Hauslliierzucht und Hausthierkranhheiten inlsland. Deutsclic Zeitschrift f. Thiernied. und vergl. Pathologie, V, p. 388, 1879. Voir p. 413.

G. Rolleston, Note on the geographical distributio7i of Limax agreslis, Arion horlensis and Fasciola hepatica. Zoologischer Anzeiger, III, p. 400, 1880.

R. Wernicke, Die Parasiten der Haustierc in Buenos-Ayres. Deutsche Zeitschr. f. Thiermed. und vergl. Pathologie, XII, p. 304, 1886.

Distoma lanceolatum Mehlis, 1825.

Synonymie : Pla?iaria laliuscula Gôze, 1782.

Fasciola hepatica Bloch, 1782.

Distoma hepaticum Zeder, 1800; Rudolphi, 1810.

F. lanceolata, Rudolphi, 1803.

D. (Dicrocœlium) lanceolatum Dujardin, 1845.

Dicrocœlium lanceolatum Weinland, 1858.

L'œuf du Distome lancéolé est noirâtre, long de 40 à 45 p, large de 30 p.; les deux pôles sont émoussés; l'antérieur est muni d'un clapet, tandis que le postérieur est orné d'un épaississement en forme de bouton. La coque de l'œuf est plus épaisse que chez la Douve hépatique et est constituée par deux couches différant par leurs propriétés optiques. Le développement commence déjà dans l'utérus; il se fait avec une telle rapidité qu'au moment de la ponte on peut voir déjà dans chaque œuf l'embryon tout formé.

D1ST0MA LANCEÔLATUM. 60:i

Celui-ci, d'après Moulinié, se présente sous l'aspect d'un corps pyriforme clair et dont la partie postérieure arrondie serait ornée latéralement de deux amas granuleux de forme ovale et de nature encore indéterminée. Il est long de 26 à 33 ;x, large de 16 y.; chacune des masses granuleuses mesure 7(x, 5. Le parenchyme du corps est formé d'une substance claire et transparente, à peu près homogène. L'embryon a toujours son extrémité céphalique effilée et tournée du côté du clapet; elle en est séparée encore par un coussinet de mucus relativement plus développé que dans l'œuf de la Douve hépatique.

Malgré l'état de développement avancé dans lequel se trouve

l'embryon au moment de la ponte, l'éclosion n'a guère lieu

qu'après trois semaines de séjour dans l'eau.

On voit alors sortir de l'œuf un animalcule

sphérique ou pyriforme (fig. 312), moins agile

que l'embryon de l'espèce précédente, ce qui

tient à ce que les cils, longs de 10 (x, ne se

montrent que dans la partie antérieure du

corps, sur le prolongement céphalique. Ce Fig. .312. — Em-

dernier a une structure granuleuse particulière bryon de Dislo~ . , , . „ , , . malanceolatum,

et est armé d une épine frontale, qui peut être d'aprèsLeuckart.

tour à tour projetée en avant ou rétractée et

qui joue, mais plus efficacement, le môme rôle que le rostre

chez l'embryon de Disloma hepatitum.

On a longtemps ignoré chez quel animal l'embryon se fixait: la présence de l'épine frontale faisait néanmoins penser à un Mollusque ; le revêtement ciliaire indiquait d'autre part un animal aquatique. Il est donc surprenant, en tenant compte de ces importantes considérations, de voir Piana émettre l'avis que Cercaria lungo-caudata, parasite d'Hélix carlhusiana, doit être la larve de la Douve lancéolée. Les observations de Leuclart et de von Willemœs-Suhm donnent à penser, malgré les récentes dénégations d'Ercolani, que ce Distome accomplit sa période larvaire chez Planor/ns marginalus, dans les organes duquel il se présenterait sous la forme de Cercaria cyslophora Wagener. Toutefois, la démonstration de ce fait rte saurait encore être considérée comme définitive.

Eu 1866, Guido Wagener décrivit chez le Planorbe bordé des Spo-

rocystes qu'il faudrait considérer comme provenant des embryons décrits ci-dessus. Ce sont des sacs allongés, fusiformes, visibles à l'œil nu. I.e tégument est marqué de fines stries transversales, régulièrement espacées, et recouvre une double couche musculaire, audessous de laquelle se voit la couche cellulaire donnant naissance aux Rédies. Celles-ci remplissent la cavité du corps, soit à l'état de morulas, soit à l'état de Rédies plus ou moins parfaites. L'appareil excréteur est très développé, mais n'a été qu'incomplètement étudié. Les entonnoirs vibratiles sont nombreux : ils sont surtout abondants vers le tiers postérieur du corps et se montrent à ce niveau disposés en une sorte de large ceinture, en rapport avec des vaisseaux à direction transversale.

Les Rédies sont mises en liberté par la déchirure des parois du Sporocyste; elles ont plus de 2 millimètres de longueur, sont très agiles et sont remplies de germes de Cercaires. Le pharynx est très petit; le cul-de-sac digestif est de couleur brunâtre et occupe plus de la moitié de la longueur du corps. Le tégument est dépourvu de slriation transversale, mais renferme un riche système vasculaire émanant de deux gros troncs longitudinaux. Ceux-ci occupent les parties latérales, sont limités par une paroi propre et, un peu avant d'atteindre chacune des extrémités, se résolvent en un bouquet de vaisseaux plus petits; ils reçoivent d'autre part un grand nombre de branches latérales. L'orifice qui livre passage aux Cercaires mûres semble être situé sur la ligne médiane, immédiatement en arrière du pharynx.

Lés Cercaires ont une structure des plus remarquables. Lorsque leur évolution est encore peu avancée, un élranglement annulaire vient séparer leur partie postérieure, de manière à former une portion caudale, dont l'extrémité se bifurque bientôt : l'une des branches de bifurcation reste courte et épaisse; l'autre est plus longue et plus mince; cette dernière deviendra la queue.

La Cercaire arrivée à son complet développement présente une ventouse buccale presque deux fois aussi large que la ventouse postérieure, et surmontée d'une sorte de capuchon mobile, formé par les muscles du cou. Le pharynx est immédiatement accolé à la ventouse buccale; l'œsophage reste assez longtemps sans se diviser et donne naissance à deux caecums latéraux, qui s'avancent en décrivant de légères sinuosités jusqu'au voisinage de la portion caudale. Le tégument est orné de pelils spicules dans la région céphalique.

La portion caudale s'est transformée en un kyste globuleux, limité par une épaisse paroi et rempli intérieurement par une masse transparente et finement granuleuse; celle-ci disparaît de bonne heure. Le kyste est alors devenu une sorte de calice, au fond duquel la Cer-

DtSTOMA LANCEOLATUM. «Oo

Lire s'attache par son extrémité postérieure et dans lequel la queue prend également insertion. Ce long appendice, mince et aplati, est formé d'une membrane anhiste dont l'extrémité renflée se creuse d'une petite cavité à contenu très réfringent; au voisinage de ce renflement, on remarque à la surface de la queue une situation transversale des plus nettes.

Le kyste s'ouvre au dehors par un col marqué de replis annulaires. La Cercaire peut se rétracter complètement à son intérieur et peut également y rétracter sa queue : l'animal se replie alors sur lui-môme à la façon du chiffre 8, et l'orifice finit par s'oblitérer.

Cercaria cystophora a été trouvée par von Willemœs-Suhm chez des Planorbes bordés vivant dans des aquariums dont l'eau avait été ensemencée quelques mois auparavant avec des œufs de Douve lancéolée : avant cet ensemencement, on n'avait rencontré chez ces mêmes Mollusques aucune Cercaire de ce genre, et il ne fut pas possible d'en découvrir davantage chez d'autres Planorbes capturés à l'endroit même d'où provenaient les premiers.

Quant à l'évolution ultérieure de la Cercaire, elle se ferait, au moins partiellement, chez le Planorbe lui-même : à l'intérieur de son kyste, la Cercaire prendrait les caractères d'une Douve lancéolée (1). C'est ainsi que vers 1861, en examinant des Planorbes bordés qu'il conservait depuis quelque temps dans un aquarium, Leuckart rencontra, presque dans chaque exemplaire, des kystes de Dis tome longs d'environ 0mm,2 ; les jeunes animaux qui y étaient renfermés ressemblaient si complètement à la Douve lancéolée par plusieurs caractères, qu'il résolut de les utiliser pour une expérience d'infestation. Il fit avaler quelques douzaines de ces kystes à un agneau de quatre mois qui, depuis sa naissance, n'avait été nourri qu'avec du fourrage sec et par conséquent à peu près inoffensif. Au bout de six semaines, l'autopsie fut faite : on trouva dans les canaux biliaires huit Distorna lanceolatum complètement adultes.

G. R. Wagener, Uebcr Redien und Sporocysten Filippi. Archiv filr Anatomie, p. 145, 18G6.

R. von Willemœs-Sulim, Uebcr einige Tremifoden und Nemathelminlheii. Z. f. w. Z., XXI, p. 175, 1871.

î (I) Quelque singulier qu'il paraisse, le fait n'est pas sans exemple : de la Valette Saint-George l'a signale chez Cercaria ec/tùtifera.

606 ORDRE DES T.RÉMA.TODËS.

Distomn hnceolatum (flg. 313) est un animal de forme lancéolée, long de 8 à 10 millimètres, large de i2 à 2""",L Le corps est lisse, dépourvu d'écaillés, aminci et elTilé à ses 'deux extrémités, l'antérieure étant la plus étroite; la plus grande largeur s'observe à la région postérieure, par suite de l'accumulation des œufs dans les circonvolutions de l'utérus.

Les cellules musculaires du tégument sont à peu près d'aussi grande taille que chez D. hcpaticum, mais elles sont peu nombreuses et fortement séparées les unes des autres; elles sont plus serrées dans la couche circulaire que dans la couche diagonale. Elles se condensent surtout dans la partie antérieure du corps ; aussi cette région est-elle de toutes la plus mobile; elle peut, comme chez la grande Douve du foie, s'allonger au point de ressembler à un appendice en forme de filament ou de trompe.

Les deux ventouses sont situées à la race ventrale : par rapport aux dimensions du corps, elles sont plus grandes que chez D. hepaticum, mais leur grandeur absolue est moins considérable. La ventouse antérieure, large de 0mm,5, est surmontée d'un rebord cutané dont la surface est criblée d'orifices glandulaires ; sa marge est ornée de délicates denticulations et pourvue d'un puissant sphincter, ce qui semble devoir faire attribuer à celles-ci un certain rôle dans la préhension des aliments. La ventouse elle-même est dans le fond d'une dépression ; pendant la vie, son orifice a fréquemment la forme d'une fente transversale; après la mort, il redevient circulaire. La ventouse postérieure est large de 0mm,6 et, par conséquent, un peu plus grande que la précédente. L'espace qui les sépare l'une de l'autre correspond à peu près à la cinquième partie de la longueur totale et se confond insensiblement avec le reste du corps.

Le parenchyme a la même structure que chez la Douve hépatique, si ce n'est que les cellules sont beaucoup plus petites; elles ont rarement plus de 25 ji. de largeur; leur noyau mesure 7 à 9 (i..

Fig. 313. — Distoma lanceolatum, vu par la face dorsale.

DISTOMA LANCEOLATUM. bU7

L'appareil excréteur est moins compliqué que dans l'espèce précédente. Les entonnoirs vibratiles ont été vus par Walter ; les canalicules qui en partent donnent naissance de chaque côté du corps à un canal qui, devenu apparent dans le tiers antérieur, se porte en avant. Arrivé au voisinage du pharynx, ce canal s'infléchit sur lui-même et, changeant de direction, continue son trajet vers l'extrémité postérieuse ; son diamètre est alors d'à peu près 20 p. Tout en décrivant des sinuosités plus ou moins accusées, il court à côté du caecum intestinal et du nerf latéral ; vers le tiers postérieur du corps, on le voit se rapprocher de la ligne médiane, de manière à s'anastomoser avec son congénère. De la sorte prend naissance un tronc dorsal médian et impair qui occupe à peu près le quart de la longueur totale et qui s'ouvre à l'extrémité postérieure par un for amen caudale large de 45 p et pourvu d'une sorte de sphincter.

Le pharynx, immédiatement accolé à la ventouse buccale, est assez régulièrement sphérique. A sa suite vient un œsophage long de 0mm6, large de 18 p, mince canal pourvu de puissants muscles circulaires. Immédiatement en avant du sinus génital, il se divise en deux cœcums intestinaux qui diffèrent considérablement de ceux de la Douve hépatique, en ce qu'ils ne présentent pas la moindre ramification latérale. Ce sont deux tubes dont le calibre augmente progressivement en arrière : larges de 20 p à l'origine, ils atteignent finalement un diamètre de 100 à 130 \j. ; leur largeur varie du reste avec leur degré de réplétion. Les deux caecums s'avancent jusqu'au voisinage du quart postérieur du corps; ils restent normalement distincts L'un de l'autre et séparés par un large espace qu'occupent les circonvolutions de l'utérus, mais ils peuvent parfois se rapprocher sur la ligne médiane et entrer en coalescence, ainsi que J. Chatin l'a observé.

Walter a décrit comme des organes salivaires déversant leur produit dans la ventouse buccale, des cellules glandulaires dispersées en assez grande quantité dans la partie antérieure du corps. Ces cellules mesurent jusqu'à 37 p, leur noyau est large de 11 f*; chacune d'elles possède un long canal excréteur, large de 7 p, qui vient s'ouvrir, après un trajet plus ou moins rectiligne, à l'un des pores dont nous avons déjà noté l'existence sur

le prolongement cutané qui recouvre la ventouse buccale.

Le système nerveux a la disposition générale que nous lui avons déjà reconnue dans l'espèce précédente : la commissure transversale qui unit l'un à l'autre les deux ganglions pharyngiens antérieurs est seulement un peu plus reportée en arrière. Les nerfs partent tous du bord externe du ganglion. Ils sont au nombre de cinq : l'antérieur, remarquable par sa grande finesse, se rend à la ventouse buccale; les autres ont le trajet habituel! Le postérieur ou nerf latéral passe à la face inférieure du cœcum intestinal correspondant, puis poursuit son trajet en suivant le bord interne de ce môme csecum.

Les organes génitaux sont également beaucoup moins compliqués que chez la grande Douve du foie ; leur disposition réciproque n'est pas non plus la même, les diverses glandes étant forcées, en raison de l'allongement du corps, de se loger les unes à la suite des autres. Le sinus génital occupe exactement l'angle de bifurcation du tube digestif; à l'état de repos les deux orifices sexuels sont placés l'un derrière l'autre, la vulve étant située en avant; mais quand le cirre vient à faire saillie au dehors, la vulve se trouve rejetée du côté gauche.

Les testicules se voient immédiatement en arrière de la ventouse postérieure, sur la ligne médiane et entre les ''eux branches de l'intestin. Ce sont deux sacs aplatis, à contour plus ou moins sinueux et occupant toute l'épaisseur du corps ; leur largeur est presque de 1 millimètre. Le testicule antérieur émet le canal déférent du côté gauche; le postérieur donne le canal du côté droit, de longueur à peu près double. L'union de ces deux canaux se fait au niveau du bord antérieur de la ventouse ventrale : ainsi se constitue un canal éjaculateur qui atteint presque aussitôt l'extrémité postérieure arrondie de la poche du cirre, à l'intérieur de laquelle il se dilate en une large vésicule séminale contournée en S ou en spirale. Cette vésicule est ordinairement remplie de sperme; sa paroi possède une couche musculaire assez puissante et est tapissée intérieurement d'une couche de cellules granuleuses, larges de 15 p., que Leuckart considère comme produisant quelque substance qui se mélange à la masse spermatique. La vésicule séminale se continue finalement par le cirre, appendice mince et filiforme, long de 0mm,3, peu ou point recourbé sur lui-même et dans la

DISTOMA LANCROLATUM.

paroi duquel on reconnaît, au-dessous do Là cuticule, une double couche musculaire. La poche du cirre est assez allongée; elle occupe à peu près tout l'espace compris entre la bifurcation intestinale et la ventouse postérieure; c'est un organe de forme ovale, long de O^Go, large de 0'u'",26 et légèrement effilé en avant.

En arrière des deux testicules se voit un organe arrondi, de taille plus petite et large seulement de 0mm,4. Quelques observateurs, entre autres Mehlis, l'ont décrit comme un troisième testicule, mais on sait maintenant que ce n'est autre chose que l'ovaire ou germigène. Le germiducte, qui s'en échappe à la partie postérieure et du côté droit, se renfle aussitôt en un réservoir spermatique large de 0mm,15, auquel aboutit un mince conduit provenant du bord droit du testicule postérieur, conduit qui se montre toujours plein de sperme.

Les deux vitellogènes sont relativement peu développés et occupent à peine la cinquième partie de la longueur du corps. Ils sont situés dans la région moyenne, en dehors des caecums intestinaux. Chacun d'eux est formé d'un canal longitudinal auquel sont appendus un grand nombre de petits sacs glandulaires plus ou moins arrondis, dont la largeur est de 20 à 40 (x etdontla longueur peut atteindre jusqu'à 150 (x. Vers le milieu de l'organe, c'est-à-dire au niveau du réservoir spermatique, ce canal donne naissance à un vitelloducte transversal qui vient s'ouvrir dans le germiducte, à quelque distance en arrière du réservoir spermatique et au sein même de la glande coquillère. Celle-ci est encore constituée comme chez la Douve hépatique, mais les glandes unicellulaires ne sont pas aussi serrées les unes contre les autres que chez cette dernière.

L'oviducte ou utérus fait suite au germiducte, il prend naissance au delà du point de rencontre des deux vitelloductes avec ce dernier et renferme des œufs dont la structure et les dimensions nous sont déjà connues et dont le nombre est extrêmement considérable, puisque Leuckart l'évalue à plus d'un million; leur coque brunit progressivement, en sorte que les œufs qui séjournent depuis longtemps dans l'utérus présentent une teinte noirâtre plus ou moins foncée.

Le tube utérin est relativement beaucoup plus étendu que chez Distoma hepaticum / il a plus de douze fois la longueur de Blanchaiu). — Zool. méd. 39

010 UHDKE DES TffÉMATÔDÉS.

l'animal, c'est-à-dire qu'il mesure au moins 10 centimètres de longueur; à l'état de vacuité, il est large de 23 u., mais atteint jusqu'à 70 il quand il est distendu par les œufs. Il occupe toute la partie postérieure du corps et forme, entre les caecums intestinaux et en arrière de ceux-ci, un grand nombre d'élroites circonvolutions qui s'étendent d'un côté à l'autre du corps et se disposent en deux couches : l'une, rapprochée de la face ventrale, contient des circonvolutions dont la direction générale est antéro-postérieure; l'autre, reportée vers la face dorsale, est formée de replis dont la direction générale est posléro-antérieure. La distinction entre ces deux couches n'est d'ailleurs pas absolue et les circonvolutions de l'une s'entremêlent plus ou moins avec celles de l'autre.

Dès que les circonvolutions antérieures de la face dorsale ont atteint le niveau des vitelloductes transversaux, elles restreignent considérablement leur parcours et s'insinuent dans l'espace laissé libre entre l'ovaire, le testicule postérieur et le caecum intestinal du côté gauche; elles s'atténuent alors au point de devenir un tube à peu près rectiligne qui passe entre les deux testicules, chemine le long du bord droit du testicule antérieur, puis, confournantle bord gauche de la ventouse postérieure, va se terminer dans le sinus génital par un vagin pourvu d'une puissante couche de muscles annulaires.

G. Walter, Beitriige zur Anaiomie und Histologie einzelner Trematoden, Arcliiv fur Naturgeschichte, p. 269, 1858.

J. Chatin, Ano)nahes de l'appareil digestif chez la Douve lancéolée. Compte rendu de la Soc. de biologie, p. 244, 188G.

La Douve lancéolée se rencontre dans les canaux biliaires du Mouton (1), très souvent en compagnie de la Douve hépatique; elle vit ordinairement en colonies nombreuses, formées de plusieurs centaines d'individus. Comme l'espèce précédente, elle peut également produire parfois de véritables épizoolies, notamment pendant les années pluvieuses: les rivières et les ruisseaux débordent dans les prairies et les eaux, en se retirant, abandonnent dans les pâturages les Mollusques porteurs de Gercaires.

(I) On la trouve encore chez d'antres animaux, tels que le Bœuf, la Chèvre, l'Antilope, le Cerf, le Porc, le Lapin, le Lièvre et le Chat.

D1ST0MÀ LAMCEOLATUM . 61 1

Distuma lanceolatum n'a encore été vu que cinq fois chez l'Homme; dans le cas de Mehlis, il était associé à D. hepalicum.

1° Cas de Buchhnlz, 1790. — Celle observation a élé publiée par Jôrdcns. « La nouvelle découverle de l'eu le conseiller des mines Buchholz, à Weimar, éloigne ce qu'il y a de douteux dans celte observation (de Vers dans le l'oie) et les autres pareilles; en effet, il a trouvé, en 1700, dans la vésicule biliaire d'un forçat, mort de fièvre putride, une grande quantité de Vers qu'il envoya au professeur

Lenz, qui me les a communiqués Malheureusement, Buchholz ne

nous a rien dit des circonstances particulières de la maladie de ce condamné et des changements contre nature qu'il a trouvés dans le cadavre. » Les parasites sont conservés dans la collection de Weimar; ils ont élé examinés par Itudolphi et Bremser, puis par Leuckart, qui reconnut en eux des Douves lancéolées.

2° Cas de Chabert, 1810. — Ce cas a élé publié par Rudolphi ; le célèbre vétérinaire français lui avait envoyé une grande quantité de Vers rendus par une jeune fille, à laquelle il avait administré son huile empyreumatique. Rudolphi décrit ces parasites comme de jeunes Douves hépatiques ; il prenait en effet Distoma lanceolatum pour l'état jeune de D. hepaticum.

3° Cas de Brera, 1811. — « Le cadavre d'un individu scorbutique et liydropique m'offrit un foie assez dur et volumineux, couvert à la surface d'Hydatides et rempli de Douves dans sa substance interne, lesquelles ici solitaires, là réunies en nombre plus ou moins grand, se trouvaient principalement dans les acini biliaires. » Leuckart considère cette observation comme douteuse; avec Davaine, nous lu croyons authentique, mais nous pensons qu'il s'agit du Distome lancéolé.

4° Cas de Mehlis, 1825. — Nous ne reviendrons pas sur cette observation, qui se trouve déjà résumée plus haut.

5° Cas de Kirchner, 1863. - L'observalion est rapportée par Leuckart. « Je suis redevable de ce cas à la communication amicale du D' Kirchner, de Kaplilz eu Bohême, qui, sur ma demande mit à ma disposition un certain nombre de Vers, en accompagnant son envoi de la notice suivante, fort intéressante pour l'histoire de Distoma lanceolalum et de son existence chez l'Homme.

« C'est comme dans le cas de Chabert, une jeune fille (de quatorze ans) qu, hébergeait ces parasites. Son père était berger communal a Kaphlz et, depuis sa neuvième année, elle était employée à la sarde des Brebis La lande sur laquelle elle paissait sou troupeau était entourée de bois, traversée par deux fossés et couverte d une dizaine do mares, dont l'eau malpropre était habitée par un grand n „

de Batraciens et de Mollusques (Limnées, Paludines, elc). La fillette se désaltérait tout le jour avec l'eau de ces fossés ou de ces mares. Sa nourriture consistait en pain sec, auquel elle peut avoir ajouté! suivant la coutume des pâtres bohémiens, du Cresson qui croissait abondamment en cet endroit. Depuis assez longtemps déjà, la fillette était maladive : l'abdomen se tuméfiait, les jambes maigrissaient, les forces disparaissaient. Elle dut prendre le lit six mois avant sa* mort. Le Dr Kirchner, qui la vit pour la première fois trois jours seulement avant son décès, la trouva gonflée, avec les pieds œdémateux, et le foie fortement hypertrophié. L'enfant prétendait y avoir ressenti de vives douleurs depuis plusieurs années. A l'autopsie, on trouva dans le foie très hypertrophié (du poids de H livres) huit calculs biliaires, et dans la vésicule du fiel, qui était d'ailleurs très contractée et presque vide de bile, 47 Dislomes lancéolés complètement développés. On ne put déterminer si les deux lésions étaient en rapport l'une avec l'autre ou indépendantes l'une de l'autre, de môme que rien ne permettait de croire d'une façon précise que l'état anormal du foie fût déterminé parles parasites. »

LaDouve lancéolée a une aire de distribution à peu près identique à celle de la Douve hépatique, autant qu'on en peut juger d'après des renseignements fort incomplets. Sa distribution n'est qu'imparfaitement liée à celle de PlanorLis marginalus : c'est ainsi que, d'après Thomas, le parasite n'existerait pas en Angleterre, pays où le Mollusque se rencontre pourtant. Ce dernier habite toute l'Europe, la Sibérie, le territoire de l'Amour et l'Algérie.

Les lésions déterminées par le Distome'lancéolé sont identiques à celles que provoque l'espèce précédente, si ce n'est que, en raison de la plus petite taille du parasite, elles sont en général beaucoup plus bénignes.

J. H. Jôrdens, Entomologie and Helminthologie des menschiiehen KOrpers. llof, in-4°, 1802. Voir p. 64 et pl. VII, flg. 13 et 14.

Gbabert, cité par Rudolphi, Entozoorum sive vermium inlestinalium historia naturalis. Paris, 3 vol. in-8\ 1810. Voir I, p. 326; II, p. 35(5.

V. L. Brcra, Memorie fisico-mediche sopra i principali Yevmi d-l corpo umano vivenle. Crema, in-4°, 1811. Voir p. 94.

Distoma conjunctum Cobbold, 1859.

Cet animal (fig. 3U) est de forme lancéolée, effilé à ses deux extrémités, mais plus obtus en arrière; il est long en moyenne

DISTOMA CONJUNCTUM-

de

grandeur naturelle, d'après Mac Connell.

de 9mm 5 large de2mm,5et couvert sur toute sa surface depetites écailles. La ventouse buccale (flg. 315, a) est plus grande que la postérieure, d. Les ca3cums intestinaux, c, sont dépourvus de ramifications latérales. Les deux testicules, k, l, globuleux et bien distincts, sont situés dans la région postérieure du corps, en arriére des Fig. 314. — Dis/oma organes femelles. Ceux-ci sont représentés par deux vitellogènes, h, et un germigône, g, duquel part un utérus très sinueux, f. Le sinus génital, <?, est situé immédiatement en avant de la ventouse postérieure. L'œuf (fig. 316) est ovale, à double contour, long de 34 large de 21 p.

Ce parasite a été découvert en 1858 par Cobbold, chez un Renard américain (Canis fulvas) mort dans la ménagerie de la Société zoologique de Londres : les canaux biliaires renfermaient un grand nombre de Vers longs de 6 millimètres environ. Lewis et Cunningbam ont retrouvé ce même helminthe à Calcutta, dans le foie du Chien paria ; il y serait même assez fréquent. Enfin, Mac Connel l'a rencontré deux fois chez l'Homme.

lur cas. Mac Connell, 187G. — Jamalli Khan, coolie mahométan, âgé de vingt- Fig. 315. — Distomaconjtmcquatre ans, enlre à l'hôpital du Médical Collège de Calcutta le 25 décembre 1875. Depuis deux mois, il souffre d'une fièvre qui, d'abord intermittente, est devenue plus ou moins continue. Le malade est très émacié et très affaibli. La compression du foie et de la rate esl douloureuse; cette dernière est hypertrophiée. La mort arrive le 8 janvier 187G.

L'autopsie est faite treize heures après la mort. Tous les organes sont plus ou moins anémiés ; la rate est

tum grossi environ 6 fois, d'après Mac Connell. — a, ventouse buccale ; 6, pharynx ; c, caecum intestinal ; d, ventouse postérieure; e, sinus génital; /', utérus; g, ovaire ou germigène ; k, vitellogène; i, vitelloducte ; k, testicule antérieur ou droit; l, testicule postérieur ou gauche ; p, appareil excréteur.

ORDRE DES THÉMATODES.

hypertrophiée. Le foie est de volume à peu près normal: sa substance est résistante, mais d'une teinte foncée anormale. Les canaux biliaires sont épaissis, dilatés et remplis de Dislomes: la première incision en laisse échapper environ une douzaine et on en trouve à peu près deux fois autant dans les canaux d'une partie du lobe droit; le l'oie entier n'en contenait probablement pas moins d'une centaine. Tous ces parasites étaient morts. La vésicule biliaire ne contient ni \Mj ^ Douve, ni œufs; le canal cyslique n'est pas obs-

trué : la bile coule normalement dans l'intestin. Fig. 316.— OEufsde La présence des Disîomes semble avoir occasionné Distoma conjunc- un catarrhe de la muqueuse des canaux biliaires, ron" 3oo° fois Ta- en m6me lemps que Lépaississement et la dilalaprès Mac Co'nneîl. tlon de ces canaux. Pas d'ictère. Le tissu hépatique est sain, hormis une légère infiltration graisseuse des lobules. Le côlon transverse et le côlon descendant présentent de nombreuses ulcérations pigmentées; dans le rectum se voient d'autres ulcérations, de formation plus récente; le tissu sousmuqueux est partout épaissi.

2e cas. Mac Connell, 1878. — Bhanoo, batelier mahomélan, âgé de vingt-quatre ans, entre à l'hôpital du Médical Collège de Calcutta, le 23 janvier 1878, pour une dysenterie. Celle-ci dure depuis environ deux mois; le malade est amaigri et anémique. Les selles, d'abord rares, sont devenues abondantes, séreuses et souvent involontaires. Le foie et la rate ne sont pas hypertrophiés ; pas de douleur à la région hépatique. Le malade meurt le 20 février, toute médication ayant été inefficace.

L'autopsie est faite dix-huit heures après la mort. La totalité du gros intestin, mais surtout l'S iliaque, est couverte d'un nombre immense de petits ulcères. Le foie est petit; sa capsule est épaissie; à la section il est foncé et grisâtre. Les canaux biliaires sont dilatés, remplis d'une bile jaune et épaisse et renferment un grand nombre do Douves; on en rencontre deux autres dans la vésicule biliaire, mais aucune dans l'intestin. Tous ces parasites sont morts.

Dans chacun de ces deux cas, les Distomes mesurent 9mm, S, parfois même jusqu'à 12ram,7 de longueur et sont, par conséquent, un peu plus grands que les exemplaires décrits par Cobbold, ceux-ci ne mesurant que 6mra,3; il y a, quant au reste, complète identité de structure.

La provenance du parasite est encoreignorée ; il accomplit probablement ses premiers développements chez un petit Mollusque.

DISTOMA SINENSE.

T Sp. Cobbold, Synopsis of the Dislomidœ. Journal of the Llnnpan Soc. of London, Zoology.V, p, I, 1859, - Ici., Further observations on Entozoa, toith expérimente. Transact. of the Linncan Society, XX11I, p. 849, 1800. — ld., LUI of Entozoa, including Pentastomes, from animais dying at the Society* Ménagerie, between the years 1857-00. Procecd. of the Zoolog. Soc, p. 117, 1801.

T. R. Lewis and D. D. CuniMiigham, Microscopical and phystological researches. L'ighth animal report of tho sanit. commission with the government of India. Calcutta, 1872. Voir appendix C, p. 108, en note.

J. F. P. Mac Connell, On the Distoma conjunclum as a human entozoon. The Lancet, I, p. 348, 1870. — Id., Distoma conjunctum. Ibidem, I, p. 470,

Distoma sinense Cobbold, 1875. .

Synonymie : Distoma spathulatum Leuckart, 1870.

Ce Distome (fig. 317) a une longueur moyenne de 18 millimètres et une largeur maximum de 4 millimètres. Il est étroit, aplati, lancéolé, l'extrémité antérieure étant plus effilée que la postérieure. La surface du corps est lisse, sans spicules ; les bords sont légèrement ondulés.

La ventouse buccale (fig. 318, a), large de 1 millimètre environ, est intimement accolée au pharynx, 6, en arrière duquel le tube

digestif se divise immédiatement en deux FiS- 3l7- — Distoma ,. ,,, , . . sinense de grandeur

cœcums intestinaux, c, qui s étendent jus- naturellej daPrès

qu'à l'extrémité postérieure du corps et ne Mac Connell. présentent de ramifications latérales en aucun point de leur trajet. La ventouse ventrale, d, est large de 0mm,8 et est par conséquent plus petite que la précédente, à 4 millimètres de laquelle elle est située.

L'appareil excréteur est représenté par un canal impair et médian, p, dont l'origine n'a pas été reconnue. II devient apparent en arrière de l'ovaire, g; il passe au-dessus de l'appareil génital mâle et se termine au foramen caudale, après un trajet sinueux.

Contrairement à ce qui s'observe chez Distoma lanceolalum, l'appareil mâle est situé en arrière de l'appareil femelle; sa structure n'a pas été suffisamment élucidée. Le testicule est représenté par une sorte de canal à ramifications dendritiques, m, en rapport avec deux organes ovoïdes, k, /, dont la nature

oi r,

Fig. 318. — Distoma sinense grossi environ G fois, d'après Mac Connell. — e, vulve; k, glande coquillèrc (?) ; /, réservoir spermatiquo (?) ; m, testicule ; )i, canal déférent; o, terminaison du canal déférent. — Les autres lettres comme dans la figure 315.

Connell, mais il est plus cher au commencement

est indéterminée (i) . Le postérieur, /, de l'aveu môme de Mac Connell, n'aurait pas une existence constante; l'antérieur, k, est peut-être une glande coquillôre, auquel cas ses rapports avec les parties voisines n'auraient pas été figurés exactement. L'ensemble de ces organes est granuleux et d'une teinte de rouille.

Le canal déférent, n, s'échappe de la partie antérieure du testicule et se dirige en avant. Dès qu'il a atteint l'ovaire, il échappe à la vue, mais on le retrouve dans la partie antérieure, sous forme d'un étroit canal, o, qui contourne le côté droit de la ventouse postérieure et s'ouvre dans le sinus génital, à côté de la vulve. La poche du cirre semble faire défaut.

L'ovaire ou germigène, </, est situé immédiatement en avant des organes mâles, mais occupe la partie la plus postérieure de l'appareil génital femelle. Il est aplati, plus ou moins carré et reçoit de chaque côté un vitelloducte, i, provenant du vitellogène correspondant, h (2). D'autre part, l'oviducle eu utérus, /, se sépare de la portion antérieure de l'ovaire : c'est un long tube, rempli d'œufs et replié sur lui-même, de manière à former des circonvolutions inextricables. Il occupe tout le tiers moyen du corps; il passe finalement à gauche

(1) Cobbold considère les doux organes le et / comme des réservoirs spermatiques ; Mac Connell les prenait au contraire pour les véritables testicules et considérait l'organe m comme un réservoir spermatique.

(2) Telle est la description donnée par Mac vraisemblable que les vitelloductcs viennent déboude l'oviducte.

DISTOMA SINENSE. 017 de la ventouse ventrale, en avant de laquelle il aboutit à la vulve, e. L'œuf (fig. 319) est ovoïde, long de 30 jx, large de 16 \j. et présente un clapet à sa petite extrémité.

On ignore chez quel hôte s'accomplissent les premiers développements du parasite. Macgregor et Mac Connell pensent que celui-ci

est transmis à l'Homme par le Tripang, mets E.ig#810.__Œufe

fort estimé en Chine et préparé avec des Ho- de Bistomasi-

lothuries; plus vraisemblablement il provient nense grossis

n j> j environ 300

d un Mollusque d eau douce. foig) d'après

Disloma sinense a été observé dix fois chez Mac Connell. l'Homme; il habite les canaux biliaires. On ne l'a vu encore que chez des Chinois, ce qui tient sans doute à quelque habitude culinaire de ce peuple.

1er cas. Mac Connell, 1 874. — Le 9 septembre i 874, en faisant l'autopsie d'un charpentier chinois âgé de vingt ans, le professeur Mae Connell, du Médical Collège de Calculta, trouva les canaux biliaires obstrués par un grand nombre de Douves d'une espèce particulière. L'individu avait été apporté mourant à l'hôpital, la veille à minuit, en sorte qu'on ne put avoir que peu de renseignements sur son compte; on sut seulement qu'il avait eu continuellement la fièvre pendant la dernière quinzaine. A l'autopsie, faite cinq heures et demie après la mort, la conjonctive a la teinte iclérique ; le foie est gros, gonflé, rouge pourpre à sa surface, plus pâle intérieurement. En incisant l'organe, on trouve les canaux biliaires obstrués çà et là par un grand nombre de parasites, dont aucun n'est vivant. La vésicule biliaire est pleine de bile, mais ne renferme ni œufs ni Douves; les canaux cystique et cholédoque sont perméables. Le tissu du foie est en voie de dégénérescence granulo-graisseuse, mais la mort tiendrait bien plutôt â des accidents de cholémie, déterminés par l'obstruction des canaux biliaires. Mac Connell pense que la découverte de Distoma sinense est de nature à éclairer la palhogéuie de certaines hypertrophies du foie, avec ou sans ictère, qu'il est fréquent d'observer dans la région indo-chinoise.

2e — 9e cas. Macgregor, 1874-1877. — En 1877, Macgregor, médecin de la colonie de Fiji, lit connaître huit cas nouveaux, observés par lui à l'hôpital civil de Port-Louis, île Maurice : tous se rapportaient à des Chinois et quatre avaient été mortels. Les malades présentaient une forme spéciale de paralysie réflexe à marche rapide, accompagnée d'atrophie musculaire : les jambes elles bras étaient ordinaire-

618 OUDRE DES TRÉMATODES.

ment le siège de cette paralysie, mais k face, la langue et les sphincters restaient indemnes. Macgregor considère la paralvsio comme liée à la présence du parasite.

10e cas. Mac Connell, 1878. — Aiïoo, Chinois de quarante-cinq ans, mailre-coq à bord d'un des paquebots Taisant le service entre Calcutta et Hong-Kong, entre à l'hôpital le 2 janvier 1878 : il ne comprend ni l'anglais ni l'hindoustani, en sorte qu'on ne peut avoir aucun renseignement positif sur son histoire. Un mois avant son entrée à l'hôpital, il a été pris d'une sorte de fièvre intermittente; pendant les dix derniers jours, œdème des jambes avec gône de la respiration. L'auscultation révèle une dilatation du cœur droit et une insuffisance aortique et mitraîe. Le foie n'est pas notablement hypertrophié, mais la pression exercée dans la région bépatique s'accompagne de douleur; la raie est normale. La mort arrive le 5 janvier, sans fièvre, pendant une syncope.

A l'autopsie, le diagnostic de la lésion cardiaque se vérifie; quelques îlots de pneumonie lobulaire; muqueuses stomacale et intestinale l'orlement congestionnées par places. Le foie est un peu petit; sa capsule est épaissie, sa surface est granuleuse. 11 résiste à l'incision et présente la teinte muscade. On trouve 5 Douves dans les canaux biliaires ; on n'en rencontre ni dans la vésicule biliaire ni dans l'intestin. Mac Connell ne pense pas qu'il y ait la moindre relation entre la présence de ces parasites dans le foie et une forme quelconque de paralysie.

J. F. P. Mac Connell, Remarks on the anatomy and palhological relation? of a new species of Liver-fluke. The Lancet, II, p. 271, 1875. — Id., Disloma si?ie?ise (Mac Connelli). Ibidem, I, p. 40C, 1878.

T. Sp. Gobbold,T/(e new human Fluke. Ibidem, II, p. 423, 1875.

Macgregor, A new for m of paralylic disease associated viitlt the présence of a new species of liver parusite. Glasgow med. journal, 1877. Analysé dans The Lancet, I, p. 775, 1877.

Distoma japonicum R. Bl., 1886.

Synonymie : Distoma hepatis endemkum sioe perniciosum Ba'z, 1883. D. hepatis innocuum Biilz, 18S3.

Nous croyons devoir réunir l'une à l'autre el décrire sous ce nom les deux sortes de Douves que Bàlz, de l'Université de Tokio, a découvertes au Japon en 1883; il les a décrites sous les deux noms indiqués en synonymie. En comparant avec soin les descriptions de ces deux formes, on se convainc que toutes deux appartiennent aune seule et môme espèce ; les différences

DISTOMA JAPOMCUM. 610 qu'elles présentent sont trop secondaires pour légitimer une distinction spécifique. Nous reproduirons tout d abord les descriptions de B&li, en adoptant provisoirement ses dénomma-

[°lltoma kepatis endemiciim sive perniciosum (fig. 320) est long de 8 à 1 1 millimètres, large de 3 à 4 millimètres. G est un Ver de couleur rougeâtre, aplati, un peu transparent; sa forme est celle d'un ovale allongé; il s'effile en avant et s'arrondit en arrière.

La ventouse buccale (fig. 32i, a) est très puissante, ses mus-

Fig. 320. — Distoma perniciosum de grandeur naturelle, d'après Biilz.

Fig. 321. — Distoma perniciosum, d'après Fig. 322.— OEuf Biilz. — e, point où débouche le canal de Distoma déferont ; /*, vulve. Les autres lettres perniciosum comme dans la figure 318. grossi 300

fois, d'après Biilz.

cles circulaires sont très développés. La ventouse postérieure, d, plus petite que la précédente, est à 2 millimètres en arrière de celle-ci. Elle présente en dedans une couebe de muscles annulaires et en dehors une couche de muscles rayonnants; elle est fixée aux muscles du tégument par des fibres musculaires plus ou moins longues.

A l'intérieur de la cavité buccale se trouvent de nombreux petits crochets culiculaires. Le pharynx, b, se continue par un

long œsophage qui, longtemps avant d'atteindre la ventouse postérieure, se divise en deux caecums non ramifiés, c. L'appareil excréteur est bien développé : en arrière, on reconnaît aisément l'existence d'un canal impair et médian, p.

Les testicules sont situés dans la partie postérieure du corps et représentés par un organe tubulaire à ramifications dendritiques, m, formé tantôt d'un seul lobe, tantôt do deux. Le canal déférent, légèrement sinueux, remonte le long de la face dorsale. L'ovaire, g, est en avant du testicule. Les vitellogènes, h, occupent surtout la moitié antérieure du corps : ce sont des organes foncés, dendritiques, qui souvent se divisent en six à huit glomérules distincts. L'oviducte ou utérus, f, est long de 2 à 3 millimètres, krge de 1 à 2 millimètres et débouche au dehors immédiatement en avant de la ventouse postérieure. La vulve, f, est située à gauche et assez distante de l'orifice du canal déférent, e.

L'œuf (fig. 322) est brunâtre, entouré d'une mince coquille, long de 20 à 30 jx, large de 15 à 17 jx. Il présente un clapet à son plus petit pôle; l'autre pôle est souvent orné d'une sorte de petit bouton. Les œufs qui séjournent depuis quelque temps dans l'utérus sont absolument noirs et donnent à cet organe une teinte sombre.

Le développement etla provenance de ce Ver sont inconnus ; il se développe sans doute chez quelque Mollusque et la Cercaire pénètre dans l'estomac de l'Homme avec l'eau de boisson.

Le parasite est endémique dans deux régions bien circonscrites du centre du Japon; il y cause une véritable calamité publique, tant sa fréquence est considérable. L'une de ces régions, comprise clans la province d'Okayama, est limitée à quelques petits villages bâtis sur un sol insalubre, fangeux, gagné depuis peu sur la mer et transformé en rizières; celles-ci sont recouvertes par les vagues à marée haute. Les habitants de ces villages boivent une eau depuis longtemps stagnante, trouble et d'une incroyable saleté : aussi sont-ils envahis par le parasite dans la proportion de plus de 20 p. 100, sans distinction d'âge ni de sexe. Déjà à 1 ou 2 kilomètres dans les terres, là où l'eau de boisson est meilleure, la dislomatose est à peu près inconnue.

La seconde région où se rencontre le parasite est éloignée

DISTOMA JAPONICUM. «21 de la précédente de 70 kilomètres et en est séparée par un territoire absolument indemne. Là, l'affection est encore mieux localisée; elle ne frappe que Katayama, petit village de 200 habitants. Il est vraisemblable que cette affection peut s'observer encore en d'autres région du Japon.

La maladie peut être diagnostiquée pendant la vie, l'examen microscopique des selles permettant de reconnaître la présence des œufs. Elle est caractérisée par les symptômes suivants : la faim augmente, on éprouve une sensation de pression et de douleur à l'épigaslre, le foie s'hypertrophie considérablement; il est habituellement douloureux à la pression. Pas d'ictère. La rate est notablement hypertrophiée. Cet état peut durer plusieurs années, supporté tant bien que mal. Mais tôt ou tard, malgré une nourriture abondante, surviennent des troubles de la nutrition : diarrhées incoercibles, souvent sanguinolentes, ascite, œdème des jambes, cachexie et mort.

A l'autopsie, on trouve le foie hypertrophié, mais de couleur normale. Dans la paroi de la vésicule biliaire et des canaux biliaires se voient des diverlicules kystiques ou des cavités dont la taille va de celle d'une noisette à celle d'une noix; ils renferment des centaines de petits Vers rougeâtres. Ces espaces communiquent avec les canaux biliaires largement dilatés, en sorte qu'on peut trouver quelques Vers libres dans les canaux, et môme dans le duodénum. Le tissu hépatique est atrophié au voisinage des kystes et des canaux biliaires. La rate a augmenté de volume ; catarrhe gastro-intestinal ; ascite, œdème.

Distoma hepatis innocuum (fig. 323 et 324) est identique au précédent, comme suffit à le prouver l'examen comparatif des figures et des principales mensurations. Les caractères invoqués par Bâlz pour légitimer la séparation spécifique de ces deux formes sont sans aucune importance : D. innocuum pourrait atteindre jusqu'à 20 millimètres de longueur ; ses œufs seraient longs de 21 Fig. 323. — Distoma à 36 |x, larges de 18 à 20 a, hepatis innocuum

p„ /,-, , . ,, de grandeur natu-

Ce parasite a été trouvé, au nombre d'en- relle* d>rès Bâlz viron oO exemplaires, dans le foie d'un phthisique qui, pendant sa vie, n'avait présenté aucun trouble hépatique. Le foie n'était ni hypertrophié ni affecté d'une façon

quelconque par la présence du parasite. Les canaux biliaires] étaient élargis, leur paroi était fortement épaissie; ils étaient

remplis d'une masse jaunâtre semiliquide qui renfermait un grand nomlire d'œufs. Cette première observation se rapporte à un Japonais de Tokio.

Six mois plus lard, le môme belmintbe fut retrouvé à Okayama chez un individu mort d'une maladie de cœur.

Bis t orna japonicum aies plus grandes analogies avec B. sinense; peut-être des études ultérieures démontreront-elles l'identité spécifique de ces deux formes.

Nakabama Toichiro. Journal de médecine de Tokio, 1883 (en japonais).

E. Balz, Ueber einiyenrue Parasiten des Ment-, chen. Berliner klin. Wochenschrift, p. 235, 1883.

Cb. Rémy, Notes médicales sur le Jnpon. Archives générales de médecine, I, p. 513, 1883.

W. Taylor, Distomata hominîs. China. Impérial maritime customs. Médical reports, XXVII, p. 44, 1884.

Distoma Buski Lankester, 18o7.

Synonymie : Dicrocœlium Buski Weinland, 1858.

Distoma crassum Busk, 1859 (nec von Siebold, 183G).

Ce Dislome, l'un des plus grands que l'on connaisse, est plat, très épais, oblong, obtus à cbacune de ses extrémités, mais plus étroit en avant qu'en arrière. Il est long de 4 à 7 centimè- 2 centimètres. Le tégument est lisse, Les deux ventouses sont arrondies et distantes l'une de l'autre de 3 millimètres ; la postérieure, qui est la plus volumineuse, est circulaire et large de lmm,6.

Les caîcums intestinaux s'étendent jusqu'à l'extrémité postérieure du corps; ils sont dépourvus de ramifications latérales. L'appareil excréteur est formé d'un tronc médian qui se divise en avant en deux brandies latérales.

Fig. 324. — Distoma hepatis invocuum, d'après Bâlz.

— Les lettres comme dans la figure 321.

très, large de lcm,7 à dépourvu de spicules.

DISTOMÀ BU SKI.

Les testicules sont représentés par deux niasses volumineuses, situées l'une derrière l'autre, dans la moitié postérieure du corps. L'ovaire n'a pas été vu; il se trouve probablement en avant du testicule antérieur. Les vitellogènes sont très développés. L'utérus décrit de nombreuses circonvolutions qui occupent toute la partie antérieure du corps et qui aboutissent au sinus génital, situé immédiatement en avant de la ventouse postérieure et un peu à gauche. L'œuf a une dimension moyenne de i~2o (x sur 75 fx.

Ce parasite a été rencontré six fois chez l'Homme.

1" cas. Bush, 1843. — Cette observation est rapportée par Budd en ces termes : « Dans l'hiver de 1843, 14 Douves furent trouvées par M. Busk dans le duodénum d'un lascar mort au Seamen's Hospital. Il n'y en avait ni dans la vésicule ni dans les conduits biliaires. Ces Douves étaient beaucoup plus épaisses et plus grandes que celles du Mouton ; elles avaient d'un pouce et demi à près de trois pouces de longueur. Leur forme rappelait celle de Distoma hepaticam, mais leur slruciure était semblable à celle de D. lanceolatum. Comme chez ce dernier, les deux canaux digestifs étaient sans ramificationsl'espace compris entre eux, dans la région postérieure du corps, était occupé par un utérus ramifié. Deux des Douves qui m'ont été données par M. Busk se trouvent dans le musée du King's Collège (prép. 346). »

Des 14 Vers recueillis par Busk, plusieurs ont été perdus. Cobbold remit à Leuckart celui qu'il avait lui-môme reçu de Busk. Un second exemplaire se trouve au musée du Middlesex Hospital. Un troisième le mieux conservé de tous, est au musée du Royal Collège of Surgeons.

2" cas. Kerr, 1873. - Une fillette de quatre ans, née de parents anglais et habitant Canton, rejette par l'anus 9 Vers en une seule fois.

3- eoi. Kerr 1873. - Un jeune Chinois de quinze ans, habitant Canton, vomit un Ver ayant l'aspect d'une Sangsue. Le Ver encore vivant est apporté au Dj J.-G Kerr, qui le fait parvenir au professeur J. Leidy, de Philadelphie. Celui-ci le présente à l'Academy of natural scences, le 14 octobre 1873, et le considère comme un Dùton.a kcpa- Ucum malgré d'importants caractères différentiels. L'animal est notablement plus grand que la Douve hépatique : après un séiom prolongé ans l'alcool fort, il est long JrfjwiïSL, l ^Z 4 milhmètres et epa.s de 2 millimètres en son milieu. Le tégument est Usse sur toute son étendue. La ventouse antérieure est arge de

0mm,8; lu postérieure est large de i«"»,7. Le sinus génital est situé immédiatement en avant de cette dernière; le cirre est évaginé.

4°, B" et 0° cas. Cobbôîd, 1873-1878. — Un missionnaire et sa femme font en Chine un séjour de quatre ans. Ils demeurent quelque temps dans la province de Ningpo et, pendant ce temps, se nourrissent principalement d'Huîtres et de Poissons. En novembre 1872, ils quittent, Ningpo et s'avancent jusqu'à 130 milles dans l'intérieur du pays. Eu septembre 1873, le missionnaire est atteint d'une diarrhée qui persiste jusqu'à ce qu'il évacue quelques parasites ; quelques mois plus lard, sa femme elle-même est prise de diarrhée. Chez tous les deux, les selles sont décolorées et d'autres symptômes encore font croire à une affcclion du foie; indigestions; filets de sang dans les selles, mais pas de dysenterie.

En 1874, ces deux malades sont l'evenus à Londres. Ils consultent le Dr G. Johnson pour leurs parasites. Celui-ci les adresse à Cobbold, auquel ils apportent deux Douves conservées dans l'alcool. Cobbold reconnaît des Distoma Buski et insiste pour qu'on lui procure des individus frais : quelques jours après, on lui en apportait 7, dont 3 étaient mutilés. Cobbold put ainsi examiner 12 exemplaires, dont le plus grand mesurait à peine 5 centimètres de longueur; sa largeur maximum était de lcm,4. Le plus petit, déposé dans le musée de l'Université d'Oxford, avait moins de 2CIU,5. Aucun de ces Vers n'approchait des dimensions que Busk assigne à quelques-uns de ceux qu'il a examinés.

En février 1875, Cobbold revoit le missionnaire et sa femme : les symptômes indicateurs de la présence du Distome sont tous revenus. Toutefois, les médications les plus variées sont incapables d'expulser le moindre parasite. Le missionnaire retourne alors en Chine.

Il revient en Europe au printemps de 1878 : il avait récemment ressenti les attaques du parasite, ainsi que sa femme. Bien plus, un de ses enfants, une, fillette, est elle-même atteinte de ce môme helminthe et en rend quelques exemplaires par l'anus.

G. Budd, On discases of the livev. London, 2nd édition, 1852 ; éd., p. 494,

Edw. Lankester, dans Kùchenmeister's Manual of animal and vegelable parasites, I, appendix B, p. 437. Londres, 1857.

T. Sp. Cobbold. Synopsis of the Bistomidx. Journal of the Linnean Society, V, p. I, 1859. — Id., On the supposed rarity, nomenclature, stnclure, affinities, and source of the large hurnan Fluke {Distoma crassum Busk). Ibidem, XII, p. 285, 1875. — Id., Oùservatio?is on the large human Fluke, with notes of two cases in lolnch a missionary and his wife were the victims. The Veterinarian, fnbr. 1876. — Id., Remarks on the human Fluke fauna, with especial référence io récent additions from India and the east. Ibidem, april 1870.

DISTOMA BETEROPflYES.

J. Leidy, On Distoma hepaticum. Proceed. of the Acad. of nat. se. of Phi-

ladclphia, 'p. 364, 1873. . ,

Q. C. Smith, The Distomum crassum. Nashville journal med. and surg.,

(2), XXVIII, p. li, 1881.

Synonymie

Distoma heterophyes von Siebold, 18b2.

Dicrocœlium heterophyes Weinland, 18j8.

Fasciola heterophyes Moquin-Tandon, 1860.

Cette Douve (fig. 325 j a été vue deux fois par Bilharz au Caire, dans l'intestin grêle. Le 26 avril 1851, en faisant l'autopsie d'un jeune garçon, il trouva dans l'intestin une masse de petit points rouges, dans lesquels le microscope permit de reconnaître des Distomes adultes. Un peu plus tard, Bilharz eut encore l'occasion de faire une observation analogue.

Les parasites étaient en nombre considérable : il en recueillit à peu près une cen- ctaine, mais en laissa une quantité plus / grande encore dans l'intestin. Ces Yers furent donnés au musée de Halle, où Leuckart put s'en procurer quelquesuns, sur lesquels il rectifia et compléta la description de Bilharz; deux exemplaires furent également transmis à Cobbold par Leuckart.

Distoma heterophyes a la forme d'un ovale allongé ; il est effilé en avant et arrondi en arrière. Sa longueur est de i millimètre à ln,m,5; sa largeur maximum est de 0mm,7. La face inférieure est plane; immédiatement en avant de sa partie moyenne, elle présente une puissante ventouse, d, qui est large de 0mm, 25 à 0mm,35, et qui occupe plus du tiers de la largeur totale. La face supérieure est légèrement bombée. La moitié antérieure du corps est couverte d'un revêtement serré de petits piquants dirigés en arrière ; au delà de la moitié de la longueur, ces piquants disparaissent progressivement.

Blànchaud. — Zool. m.;d. 4q

Fig. 325. — Distoma heterophyes, d'après Bilharz.

— a, ventouse buccale; b, pharynx; c, cascum intestinal; d, ventouse ventrale; f, utérus; g, germigène; h, vitellogene ; k, testicule gauche; l, testicule droit; o, bourrelet circulaire entourant les orifices sexuels ; p, appareil excréteur.

La venlouse buccale, a, est subterminale et reportée à la face inférieure; elle est large de Omm,40 à Omm,43 et est, par conséquent, près de trois fois plus petite que la ventouse ventrale. Le pbarynx, b, est situé à quelque dislance en arrière de la boucbe; il est à peu près quatre fois moins large que la ventouse postérieure. L'œsophage, qui lui fait suite, se porte directement en arrière : arrivé au niveau de la ventouse ventrale, il se divise en deux caecums intestinaux, c. Ceux-ci gagnent les côtés et se prolongent jusque dans la partie postérieure du corps; en arrière, l'espace qu'ils laissent entre eux est occupé par les deux testicules, k, l, disposés symétriquement, et par la poche pulsatile de l'appareil excréteur, Sur les côtés de l'œsophage, on remarque des traînées sombres, dues sans doute à la présence de ce tissu spécial que, chez Distoina lanceolatum, nous avons étudié sous le nom de « glandes salivaires. »

Les testicules, dont nous venons reconnaître la position, sont larges d'environ 140 [*; les canaux déférents n'ont pas été vus. L'appareil génital femelle est situé en avant des glandes mâles, entre les caecums intestinaux. Le germigène, g, mesure à peu près 0mm,l ; il est peu apparent, caché qu'il est par les circonvolutions utérines. Ces dernières, f, sont assez développées ; elles sont remplies d'œufs qui mesurent 26 sur 15 t/. et dont la coque, épaisse et colorée en rouge brunâtre, communique à l'animal tout entier la teinte rouge que nous avons déjà signalée. Les vitellogènes, h, sont de petites dimensions ; ils sont constitués par quelques culs-de-sac claviformes, situés au niveau du germigène, en dehors et au-dessus des caecums intestinaux.

Les orifices sexuels présentent une disposition fort remar* quable ; ils s'ouvrent en arrière de la ventouse ventrale, et non en avant de celle-ci, comme c'est la règle pour les autres Distomes. Ils sont entourés d'un bourrelet circulaire, o, qui a l'aspect d'une ventouse surnuméraire et que Bilharz considérait comme la poche du cirre. Ce bourrelet est large d'au moins Qmm 2 . ii a presque la taille de la ventouse, à gauche et en arrière de laquelle il est situé, tout en lui étant accolé. Sur une coupe transversale, il a la forme d'un prolongement semilunaire, dont la base est entourée d'une collerette de mus-

DISTOMA RINGER1. 627

clos circulaires. Leuckart n'est pas éloigné de penser que cet organe est capable de s'enfoncer dans le corps, de manière à représenter une fossette dont l'orifice serait fermé par une sorte de sphincter ; dans cette fossette viennent déboucher les organes maies et femelles, encore que l'orifice de la vulve ou du canal déférent n'ait pas été vu; on n'a vu non plus ni poche du cirre ni réservoir spermatique.

Le bord interne de ce sinus génital est orné d'un cercle de 70 à 72 petits bâtonnets cornés ou chilineux, longs de 20 (x et enchâssés dans la cuticule par toute leur longueur (1). Chacun d'eux présente, sur son côté convexe, cinq branches latérales longues de 7 y. et qui donneraient insertion à des fibres musculaires.

On ignore si la présence du parasite détermine quelque phénomène pathologique. Peut-être une irritation plus ou moins considérable de la muqueuse intestinale est-elle occasionnée par le grand nombre de Vers et par les épines qui hérissent leur surface.

La provenance de ce Distome est inconnue. En raison de l'existence de « glandes salivaires » le long de l'œsophage, on peut penser qu'il dérive d'une Gercaire armée, et alors son premier hôte a pu être tout aussi bien un Insecte ou une larve d'In* secte qu'un Mollusque. Les centaines d'exemplaires que Bilharz a trouvés sur le même cadavre montrent que l'infestation s'est faite à plusieurs reprises. Et comme d'autre part ce parasite n'est observé que très rarement, on doit probablement l'attribuer à une perversion du goût, par exemple à l'ingestion d'Insectes.

Bilharz, Ein Beitrag sur Hdminthogrctphia humana, nebst Bemerkunqen von Prof. C. Th. von Siêbold. Z. f. w. Z., IV, p. 53, 1852. Voir p. 02.

Distoma Ringeri Cobbold, 1880; Synonymie : Distoma pubnonale Balz, 1883.

GeVer(fig. 326) eslparasite du poumon de l'Homme ; il cause des hémoptysies. C'est un animal trapu, de forme cylindrique,

(I) Chez Octobo.thrium, le pourtour des orifices génitaux est éKalemerit orne de baguettes cornées disposées en cercle, niais ceiles-cl font Sê comme des griffes. ■a«ue

long de 8 à 10 millimètres, large de 5 à G millimètres; fortement arrondi en avant, il l'est un peu moins en arrière, ll.est épais, la coupe transversale du corps étant presque circulaire. L'animal vivant est brun rougeâtre; après la mort, il est gris mai. Ses mouvements ressemblent à ceux de la Sangsue. Les ventouses buccale et postérieure sont presque d'égale taille; cette der- Fig. 32G. — Distoma nière a une limite nette, comme si elle était

Ringeri de gran- creusée à l'emporte-pièce. L'œuf est ovoïde

deurnaturclle, d a- , ,

près Daiz. el mesure en moyenne de 80 à 100 \x sur

50 (A. La coque, d'un brun rougeâtre sale,

est à double contour, sans ornements et pourvue d'un opercule

à sa grosse extrémité.

L'anatomie de ce Distome est encore très peu connue; la seule figure détaillée que l'on en ait a été publiée dans le Journal de médecine de Tokio rédigé en langue japonaise et a été reproduite par Wallace Taylor; elle est trop imparfaite pour que nous la donnions ici. On ignore également la provenance et les migrations du parasite; on sait du moins, par les expériences de Patrick Manson, que l'œuf se développe dans l'eau.

Les œufs sont entraînés bors du poumon avec les mucosités expectorées par le malade. Celles-ci tombent à terre et se dessèchent; l'œuf reste ainsi en vie latente pendant un temps plus ou moins long. Il se trouve finalement entraîné par la pluie ou de tout autre manière jusque dans l'eau des ruisseaux ou des étangs; son développement commence alors. Au bout de vingt-six à vingt-huit jours, par une température de 26 à 34 degrés, on reconnaît déjà dans l'œuf un embryon mobile, couvert de longs cils vibratiles dans ses deux tiers postérieurs ; la partie antérieure est nue et munie d'une sorte de rostre. C'est seulement après six semaines à deux mois d'incubation que l'embryon est apte à sortir de l'œuf : il soulève le clapet, puis nage dans l'eau à la façon d'un Infusoire.

Quel est le sort ultérieur de cet embryon? On l'ignore encore ; Manson a pu le garder vivant pendant vingt-qualre heures. Il passe sans doute alors dans le' corps d'un Mollusque d'eau douce et, si celui-ci vient à être avalé par l'Homme, pénètre ainsi chez ce dernier. La Cercaire, devenue libre, peut encore être introduite dans le tube digestif avec l'eau de boisson ou

DISTOMA R1NGERI. 629

avec des plantes aquatiques, à la surface desquelles elle serait enkystée. De l'intestin, la jeune Douve est transportée parles vaisseaux sanguins jusque dans le poumon.

Elle s'arrête dans les branches de l'artère pulmonaire et, à mesure qu'elle grandit, provoque des ruptures vasculaires qui détruisent partiellement le tissu pulmonaire et occasionnent parfois des liémoptysies dangereuses. On trouve alors les parasites, non dans la paroi ou dans la cavité des bronches, mais isolés dans des espaces caverneux disposés à la périphérie de l'organe, à peu près comme des infarctus hémorrhagiques. Ces cavités renferment une sorte de bouillie rougeâtre formée de mucus, de globules rouges, de leucocytes, de débris du tissu pulmonaire, de cristaux de Charcot et d'un nombre immense de Douves. Ces cavités sont limitées par une paroi plus ou moins épaisse formée de tissu conjonctif condensé; elles ne communiquent avec les bronches que par des orifices rétrécis, par lesquels les œufs sont expulsés. Ceux-ci se retrouvent dans les crachats, parfois en très grande abondance, en sorte que le diagnostic peut se faire pendant la vie.

Le malade tousse fréquemment et rejette des crachats sanguinolents, auxquels la présence des œufs à coque brunâtre donne, d'autre part, l'aspect des crachats de la pneumonie. La maUdie ne serait pas incurable. Manson a obtenu des guérisons à la suite d'inhalations de diverses substances, telles que teinture et infusion de Quassia, infusion de Kousso, solutions alcooliques de térébenthine et desantonine.

La distomatose pulmonaire est une maladie extrêmement commune à Formose; d'après des documents recueillis par Manson, elle frapperait au moins 15 p. 100 de la population. Elle semble ne pas exister dans la région continentale correspondante, par exemple, dans les environs d'Amoy. En revanche, elle est également très répandue au Japon; Balz (1) en a observé plus de cent cas dans toutes les parties du pays; elle semble particulièrement fréquente dans les provinces d'Okayama et de Kumamoto, toutes deux très montagneuses, et Taylor dit qu'elle est surtout répandue dans le sud du Japon!

(I) Dès 1880, Bai? avait reconnu les œufs du parasite dans les expectorations; il les prenait tout d'abord pour un Sporozoairo auquel il donnait! nom de Greganna pulmonalis ou G. fusca. uomiait le

630 ORDRli DES TRÉMATODES.

B&lz a constaté encore que l'hémoptysie parasitaire n'esl point particulière aux îles, mais se retrouve aussi sur le continent asiatique. Il a pu l'observer chez un prince de la famille royale de Corée qui, depuis huit ans, avait chaque jour des crachats sanguinolents et qui, peu auparavant, avait eu deux fortes hémoptysies.

E. Btilz, Ueber parasitée Ilâmoptoë [Gregarinosis pulmomim). Ceritralblalt fur die med. Wissenschaften, p. 721, 1880.

P. Manson, Distoma Ringeri. China. Imp. maritime customs. Médical reports, XX, p. 10, 1881. Médical Times and Gazette, II, p. 8, 1881. — Id., Distoma Ringeri and parasitioal ksmoptysis. China. Imp. mar. customs. Med. reports, XX, p. 55, 1882. Med. Times and Gazette, II, p. 42, 1882.

Nakbama Toichiro, Sur les Dis tomes du poumon et du rein. Chiugai Jji Slnnpo, Tokio, 25 février 1883 (en japonais).

P. Sonsino, Délia emottisi da Distoma endemica in Giappone e in Formosa in confronto colla emaluria da Mlharzia enrlemica in Egilto e in (dire ■contracte affricane, Lo Sperimentale, LIV, p. 17, 1884.

Chédan, Le Distoma Ringeri et l'hémoptysie parasitaire. Archivos de méd. navale, XLV, p. 24J, 1886,

Distoma oculi humani von Ammon, 1833.

Synonymie : Distoma aphthalnobium Diesing, 1850.

Dicrocœlium oculi humani Weinland, 1858.

Fasciola oculnris Moquin-Tandon, 1862.

Le professeur von Ammon, de Dresde, eut l'occasion d'examiner l'œil d'un enfant de cinq mois, venu au monde avec une cataracte lenticulaire accompagnée d'opacité partielle de la capsule et mort d' « atrophie mésentérique ». Entre le cristallin et sa capsule étaient logés quatre Distomes, dont Gescheidt a donné la description. En examinant la capsule par sa face externe, on pouvait reconnaître à l'œil nu le lieu qu'ils occupaient, à de petites taches opaques. Les animalcules étaient longs d'une demi-ligne à un quart de ligne (1 millimètre à 0mm,50) et étaient entourés par une matière blanchâtre non transparente, qui formait autour d'eux comme une enveloppe. Leur largeur était à leur longueur comme 1 : 3; leur couleur était blanche. La ventouse antérieure, d'un tiers plus petite que la postérieure, paraissait demi-circulaire avec des bords garnis de bourrelets à peine perceptibles et avec des fibres rayonnantes. Le pharynx était court et étroit et se terminait brusquement par un œsophage de dimension à peu près égale, qui se bifurquait un peu au-dessus delà ventouse postérieure,

DISTOMA OCUI.I HUMANI. °31 descendait sur les deux côtés de celle-ci, vers l'extrémité caudale et là, recouvert par les ovaires, devenait invisible. Il était difficile de reconnaître l'organisation de ces derniers.

Les Distomes observés par Gescbeidt étaient de jeunes individus chez lesquels les organes sexuels n'étaient pas encore développés ; aussi est-il difficile de dire s'il s'agit là d'une espèce particulière ou simplement de l'état jeune d'une des espèces habituellement parasites de l'Homme. Leuckart les considère comme de jeunes Distomes lancéolés qui auraient pénétré jusque dans l'œil, soit par les vaisseaux sanguins, soit directement du dehors en perforant la cornée. La question ne peut être actuellement résolue.

Gescheidt, Die Entozoen des Auges. Zeitschrift fur Ophtlialmologie, III, p. 405, 1833.

Von Aramon, Klinische Darstellungen (1er Kranhhciten des menschliohen Auges, 1838. Voir I, pl. XII, fig. U et 25; III, pl. XIV, flg. 19 ot 20.

Avec Distoma ocidi humani finit la liste des Distomes qui se peuvent observer chez l'Homme. Le tableau suivant fera ressortir quelques-uns de leurs caractères distinctifs, ceux du moins qui sont de nature à conduire à une détermination rapide.

Tableau comparatif des Distomes parasites de l'Homme.

Distoma hepalicnm.

D. lancenlatum . . . .

D. conjunclum

D. sinense

D. japonic.um

D. crasuum

D. heterophyes. . . .

D. Rmgeri

I). octili humani. . .

Page 1