‹ Traité de zoologie médicale [electronic resource] (volume 2)Chapitre 65 sur 77 · DIMENSIONS · texte numérisé non relu

DIMENSIONS

DK L'OEUF

en millièmes de millimètre.

Longueur.

Largeur.

Longueur.

Largeur.

Cosmopolite. . . .

Foie.

70 il 90

Cosmopolite

Foie.

Indes, Amérique

Foie .

Chine

Foie.

Foie.

Indes, Chine. . . .

Intestin

tri-èle.

1 ntestin

Chine, .hipon. . .

g pèle.

Poumon.

Œil.

Les Amphistomcs, dont on connaîL à peine vingt-cinq espèces, sont représentés chez l'Homme par une espèce dont la découverte est assez récente.

Amphistoma hominis Lewis ol Mac Connell, 1870.

Ce Trémalode n'a encore été vu que deux fois, dans l'Hindou s l an , et les deux observations, ainsi que la description de l'animal, ont été publiées par T. R. Lewis et J. F. P. Mac Connell.

Le 28 mai 1871, le Dr J. O'Brien, de Gowhatty, envoyait à Lewis des parasites qu'il avait trouvés avec le Dr R. H. Curran dans le gros intestin d'un Assamite mort du choléra. Ces animaux s'y rencontraient par centaines, surtout au voisinage de la valvule de Bauhin; ils se trouvaient également en grand nombre dans l'appendice iléo-cœcal. Vus à l'état frais et en place dans l'intestin, ils ressemblaient à des Limaces en miniature et paraissaient s'attacher à la muqueuse au moyen de leur ventouse postérieure.

Cette observation attira l'attention de Lewis et Mac Connell sur une pièce d'anatomie pathologique, donnée par le Dr Simpson au musée du Médical Collège de Calcutta et menlionnée comme suit au catalogue :

« Ctecum d'un prisonnier indigène mort du choléra à l'infirmerie de la prison de Tirhoot, avec un grand nombre de parasites particuliers et probablement inconnus jusqu'à ce jour, trouvés vivants dans cette partie du tube digestif. »

En même temps qu'il déposait cette pièce au musée, Simpson consignait, dans le rapport annuel de la prison de Tirhoot pour 1857, l'histoire du malade et les résultats de l'autopsie. Le prisonnier, âgé de trente ans, fut atteint du choléra le 13 juillet et mourut le 14; jusqu'alors, il n'était jamais allé à l'hôpital et était employé à nettoyer la prison. L'autopsie fut faite trois heures après la mort. « Côlon livide extérieurement, contracté ; contient un peu de sérosité avec des flocons de mucus. Membrane muqueuse saine, à part une injection veineuse. Dans le cœcum et le côlon ascendant, de nombreux parasites ressemblant à des têtards, vivants, adhérant à la muqueuse par la

AMPIUSTOMA HOMINIS. r>:i:>

bouche (i). Membrane muqueuse marquée d'un grand nombre de petites taches rouges semblables a des piqûres de Sangsue, produites par ces parasites. Ceux-ci ne se trouvent que dans le cœcum et le côlon ascendant; aucun ne se rencontre dans l'intestin grêle. Je n'ai jamais vu de semblables parasites et, apparemment, ils sont inconnus aux indigènes. Ils sont de couleur rouge, de la taille d'un têtard, les uns jeunes, les autres adultes, bien vivants et adhérant à la membrane muqueuse. Tête ronde, munie d'une bouche circulaire, qu'ils peuvent dilater et contracter. Corps court et terminé en pointe mousse (2). »

Dans le cas de Simpson, comme dans celui de 0' Brien et Curran, le parasite fut trouvé chez un cholérique, mais il ne faut voir là qu'une simple coïncidence, car de semblables animaux n'ont été observés dans aucun autre cas. Peut-être aussi peut-on admettre que, par suite de l'irritation produite à la surface de la muqueuse intestinale, des accidents cholériformes sont venus se surajouter, dans l'un et l'autre cas, à toute autre maladie mortelle. Lewis et Mac Connell ont pu reconnaître, sur la préparation de Simpson, que les glandes solitaires du caecum étaient partout proéminentes et hypertrophiées ; cet état, il est vrai, s'observe communément dans le choléra, mais il semble avoir été particulièrement accentué dans ce cas, probablement à cause de l'irritation déterminée par la présence du parasite.

Amphistoma hominis (fig. 327) est long de o à 8 millimètres et large de 3 à 4 millimètres, dans le sens du plus grand diamètre. 11 a la forme d'un disque aplati,

auquel se rattache une sorte de pédon- .

, , j . , Al Fig. 327. — Amphistoma

cule; on peut donc aisément y reconnaître hominis, vu par la face

deux parties: le disque correspond au ventrale et par la face

corps et le pédoncule à la région an té- d?rf le, d'après Lewis

. / i ,. et Mac Connell. Grossi

neure ou céphalique ; cette dernière est deux fois.

à peu près moitié aussi longue que le

corps. La face supérieure de l'animal est lisse et dépourvue

d'orifices; du moins, le canal de Laurer n'a pas été reconnu.

(1) Ce que Simpson prend ici pour la bouche n'est autre chose que la ventouse postérieure.

(2) Ici encore, Simpson se trompe sur la signification des parties : il prend le corps pour la tête et réciproquement.

La face ventrale présenle au contraire plusieurs particularités intéressantes : la petite ventouse buccale, située à l'extrémité antérieure, puis le pore génital, vers le milieu de la longueur du pédoncule. Le corps est formé d'une bourse circulaire à l'extrémité postérieure de laquelle est située la ventouse ventralecette bourse se montre à différents étals de contraction cbez les divers spécimens : quand elle est dilatée et aplatie, elle est large d'environ 4 millimètres. La ventouse postérieure a la forme d'une coupe et est constituée par des muscles annulaires et rayonnants. Son diamètre transversal est de lmm,25, mais elle présente une largeur de 2*V0, si on la mesure en partant de

Fig. 328. — Ampliistoma hominis, d'après Lewis et Mac Connell. Section longitudinale grossie 1.2 fois. — a, ventouse buccale; 6, pliarynx; b', œsophage ; c, cascum intestinal ; d, ventouse postérieure; e, pore génital; f, vagin ; g, ovaire; h, vitellogène vu par transparence à travers la peau; k, testicule; n, canal déférent; p, canal excréteur; vitelloducte; s, ganglion œsophagien ; t, nerf.

la lèvre externe du bourrelet qui la limite; dans la figure 328, elle est coupée suivant un plan vertical.

La ventouse buccale, a, dont nous avons indiqué déjà la si-

AMPHISTOMA IIOMINIS. 635

tuation, se présente sous l'aspect d'un orilice ovale, dirigé transversalement et entouré d'un anneau musculaire. Elle conduit à un pharynx bulbeux et cordiforme, b, à sommet dirigé en avant, et auquel fait suite un œsophage, b', long de lmni,6 à 2nm,l, qui se bifurque au niveau ou un peu au-dessus du pore génital ; chacun des deux canaux ainsi formés se termine en CEecum à peu près en face de La partie moyenne de la ventouse postérieure.

L'appareil exciéteur est représenté de chaque côté par un tronc principal, en connexion intime avec le tube intestinal et duquel se détachent un grand nombre de fins canalicules.

Le système nerveux consiste en deux ganglions que réunit une commissure sous-œsophagienne et qui émettent des nerfs en tous sens; on voit notamment, de chaque côté, un gros tronc nerveux, t, courir le long delà face ventrale de l'intestin.

Le pore génital, comme nous l'avons dit déjà, est situé à 2 millimètres environ en arrière de la bouche ; c'est à lui qu'aboutissent le vagin et le canal éjaculateur; il est entouré de muscles circulaires et radiés. L'appareil reproducteur mâle est formé d'un testicule, k, situé à peu près à l'union du corps avec la partie céphalique, et qui se continue par le canal déférent, n; ce canal se replie ordinairement deux fois sur lui-même ; il est large de 90 [i.

L'appareil femelle se compose d'un ovaire, g, en rapport avec un tube extrêmement contourné et dont les ciconvolutions occupent une grande partie de l'intérieur de l'animal : c'est l'utérus, à la suite duquel vient le vagin, f (1). Ce dernier, chez les individus à maturité sexuelle, est rempli d'œufs et a, près de son orifice de sortie, un diamètre transversal d'environ 180 [*, c'est-à-dire qu'il est deux fois plus large que le canal déférent. L'œuf (fig. 329) a une capsule solide; il est muni d'un clapet et mesure en moyenne 72 jx sur 150 jx. Déjà à tra-

(I) L'organe que, d'après Lewis et Mac Connell, nous décrivons ici comme J'ovaire est considéré par Gobbold comme un second testicule et par Kiichenmeister comme la glande coquillère : Lewis et Mac Connell disent en effet qu'on y voit parfois aboutir les canaux du vitellogène. 11 se peut que l'une ou l'autre de ces opinions soit exacte, mais, dans l'impossibilité où nous sommes de traneber la question, il nous semble prudent de réserver notre appréciation et de nous en tenir, au moins provisoirement, à la description des deux auteurs anglais.

vers le tégument de l'Amphistome, on peut voir les canaux ramifiés duvitellogène présenter un arrangement dendriforme, particulièrement distinct sur toute la surface de la bourse. Ces conduits principaux (lig. 328, r) se portent vers l'ovaire.

L'Amphistome de l'Homme a les plus gj) grands rapports avec Gaslrodiscus Sonsinoi ^ Cobbold,.vers lequel il sert de transition. Ce Fig. 329. - OEufs dernier, découvert à Zagazig (Egypte), en grossis 65 fois. 1876, par Sonsino, dans l'intestin du Cheval, ressemble à notre Amphistome, en ce que sa face ventrale est transformée en une sorte de large capsule, à bords relevés, en arrière de laquelle est située la ventouse postérieure ; mais cette capsule ventrale présente en outre, disséminées à sa surface, un grand nombre de très petites ventouses.

T. R. Lewis and J. F. P. Mac Connell, Amphistoma hominis : n. sp. A new parasite offecting man. Proceed. of tho Asiatic Society of Bengal, p. 182, 187G.

Bilharzia haematobia Cobbold, 1858.

Synonymie : Distomum hœmatobium Bilharz, 1852.

Gynxkophorus hœmatobius Diesing, 1858.

Schislosoma hsemntobium Weinland, 1858.

Thecosoma hœmatobium Moquin-Tandon, 1 800. Distoma capense Hailey, 18G5.

Ce Trématode appartient à un groupe remarquable de Distomes unisexués. Il a été découvert en 1851, dans le sang de la veine porte, par Bilharz, alors professeur à l'Ecole de médecine du Caire.

Le mâle (fig. 330, m) est long de 11 à 14 millimètres ; sa largeur peut atteindre 1 millimètre; il est à peu près gros comme un Oxyure et d'un blanc d'opale. L'extrémité antérieure du corps est nettement aplatie et porte les ventouses. Celles-ci, a, d, sont à peu près d'égale taille, situées à peu de distance l'une de l'autre, et font une notable saillie à la surface du corps; elles ont un diamètre d'environ 260 \>..

En arrière de la ventouse ventrale, le corps s'épaissit assez brusquement, puis conserve la même épaisseur jusqu'à l'extrémité caudale, terminée en pointe arrondie. Le corps semble

lilLUARZIA H.-EMATOUIA. 637

ôutd'abord cylindrique, mais un examen plus attentif permet de Connaître qu il est lui-même aplati, plus aplat, même que t partie antérieure. L'apparence cylindrique tient, ainsi qu on peut le constater aisément sur des coupes transversales (fig.

331), à ce que la face ventrale s'est enroulée sur elle-même en gouttière ; cet enroulement est si complet que les deux bords chevauchent l'un sur l'autre. Il se forme de la sorte, à la partie postérieure du corps du mâle, un canal incomplètement clos (fig. 330, r), qui sert d'abri à la femelle, f. Ce canal a été reconnu par Bilharz, qui lui donna le nom de cana/is gijnœcophorus.

Quand la femelle est fécondée et qu'elle grossit par suite du développement des œufs, les lèvres du canal s'écartent l'une de l'autre, mais jamais assez pour ne plus la retenir et pour la laisser tomber.

La partie antérieure du corps n'occupe que la huitième ou la neuvième partie de la longueur totale; le tégument en est lisse et mou. Le reste du corps est au contraire orné, sur sa face supérieure ou externe, d'un grand nombre de papilles surmontées de petites épines. La face ventrale, c'est-à-dire l'intérieur du canal gynécophorc, est elle-même pourvue d'innombrables petites saillies coniques, très serrées les unes contre les autres; seule, la ligne médiane du canal reste lisse. Les deux ventouses ont un aspect chagriné, grâce à la juxtaposition d'un nombre considérable de granules aplatis qui se trouvent disposés à leur surface interne.

Fig. 330. — Deux individus de Bit' karzia hxmalobia en voie d'accouplement, d'après Dilharz. Le mâle, m, renferme dans sa rainure ventrale ou canal gynécophore, r, une femelle, f, dont les deux extrémités sont libres et pendantes; o, ventouse buccale du mâle; a', ventouse buccale de la femelle ;

c, branches intestinales ; c', culde-sac unique provenant de leur réunion dans la partie postérieure ;

d, ventouse ventrale du mâle; d', ventouse ventrale de la femelle; /", corps de la femelle ; m, corps du mâle; r, canal gynécophorc; s, fond du canal.

ORDRE DES TRÉMATODIÎS.

Au-dessous de la cuticule se voit une double assise musculaire; la couche longitudinale, qui est la plus importante, est

formé de cellules fusk formes parallèles entre elles, bien distinctes les unes des autres et longues de 30 )x; la couche diagonale estconstituée par des faisceaux très Fig. 331. — Sections transversales du corps do espacés les uns des ail- Bilhnrzia hxmatobia mâle, d'après Leuc- très. Le parenchyme du kart. — a, coupe au niveau des organes génitaux; 6, coupe pratiquée vers le milieu de corPs est tormô de Cella longueur du corps. Iules conjonctives ser-

rées, dont le noyau mesure 4 ij.. L'enroulement de la partie postérieure du corps n'est point dù à l'action des muscles.

L'appareil excréteur est représenté par deux canaux clairs et étroits, de largeur inégale et non ramifiés, qui sont situés dans les parties latérales du corps, mais se réunissent en arrière, suivant la ligne médiane, en un canal unique : celui-ci, après un court trajet, s'ouvre à l'extrémité de la queue. Au point où les deux branches latérales s'anastomosent, on voit également aboutir un fin canalicule qu'il est possible de suivre quelque temps sur la ligne médiane.

Le tube digestif commence à la ventouse antérieure ou buccale ; il se renfle en un pharynx de petites dimensions, puis se continue, sous forme d'un canal étroit et sinueux (fig. 332, b), jusqu'à la ventouse ven* traie, d. Immédiatement en avant de celle-ci, il se divise en deux branches, e, dont chacune se porte dans la partie latérale correspondante et présente un diamètre transversal de 40 y. au

Fig. 332. — Partie antérieure du corps de Bilharzia Iiœmatobia mâle, vue par la face ventrale, d'après Bilharz. — a, ventouse buccale ; b, œsophage; c, branches intestinales ; d, ventouse ventrale ; e, orifice génital ; k, vésicules testiculaires.

BIL1IARZIA II/EMATOBIA. 639 maximum. Les deux branches intestinales poursuivent leur trajet d'avant en arrière, puis finissent par se réunir en un seul cœcum, dont le fond se trouve situé à peu près à 0""u,3 de l'extrémité caudale.

Les organes génitaux ont une structure des plus simples. Un peu en arrière de la ventouse postérieure, au point précis où la partie antérieure du corps, lisse et aplatie, se continue avec la partie postérieure, on voit cinq à six vésicules testiculaires arrondies, serrées les unes contre les autres, larges de 120 \j. et disposées en alternance suivant la longueur (fig. 332, k). Ces vésicules aboutissent à un canal déférent que limile une paroi propre et qui s'ouvre presque aussitôt dans le fond du du canal gynécopbore par un orifice qui semble être circonscrit par un bourrelet, e. A sa terminaison, ce canal présente du côté gauche un diverticule constitué par une vésicule séminale à paroi contractile. L'appareil copulateur fait défaut; il n'existe pas de poche du cirre.

La femelle (fig. 330, /') est plus longue que le mâle, dont elle diffère considérablement par sa complication anatomique; elle mesure de 15 à 20 millimètres, son corps est plus élancé, presque cylindrique et rappelle par son aspect général celui des Nématodes. Elle est d'une grande ténuité, fine comme un fil de soie et passe aisément inaperçue dans le sang de la veine porte, si on n'a pas soin de verser celui-ci en mince nappe sur une assiette, pour l'examiner attentivement ; elle se présente alors sous la forme d'un filament blanchâtre, tandis que le mâle, environ quatre fois plus épais, est enroulé sur lui-même en une sorte de grumeau.

Sur une coupe transversale, le corps de la femelle présente une forme très variable. Depuis la ventouse buccale (fig. 330 a'; fig. 333, a) jusqu'à la ventouse ventrale (fig. 330, d' ; fig. 333, d)[ la section a l'aspect d'un ovale aplati. La distance entre ces deux ventouses est seulement de 0mm,22o, malgré la taille relativement considérable de l'animal ; elles font saillie à la surface du corps et ont un diamètre de 80 A la ventouse postérieure commence un profond sillon qui s'étend tout le long de la ligne médiane de la face ventrale et qui correspond au canal gynécophore de mâle ; ce sillon s'efface vers la partie moyenne du corps, mais réapparaît dans la

?w ORDRE DES TIIÉMATODE9.

région caudale et se continue jusqu'à l'extrémité postérieure. \

Le corps s'épaissit progressivement d'avant en arrière et son épaisseur va de 70 p à 280 p. La cuticule n'est pas complètement lisse, mais porte de fines épines cylindriques, qui sont particulièrement développées dans la région caudale, où elles forment un revêtement serré à la surface du sillon ventral : ces épines sont dirigées en avant et s'opposent peut-être à ce que la femelle ne glisse dans le canal gynécophore.

La ventouse buccale, étirée en avant en une pointe mousse et profondément échancrée sur les côtés, conduit par un étroit orifice dans un large pharynx en forme de bocal et à faible musculature. A celui-ci fait suite un œsophage sinueux qui, immédiatement en avant de la ventouse ventrale, se divise en deux branches, dont la largeur est considérable, mais qui se rétrécissent notablement, aux points où les organes génitaux viennent à les comprimer. En arrière de ces derniers, les deux branches intestinales (fig. 330, c) se réunissent comme chez le mâle, en un tube assez large, c', qui se contourne d'ordinaire légèrement en spirale et se termine en un cul-de-sac dont le fond est séparé de l'extrémité caudale par une distance de 0um,12 à 0mm,28.

Dans les premières portions du tube digestif, l'épithélium est souvent mal développé, surbaissé, indistinct; plus loin, mais surtout après la fusion des deux branches latérales, il est encore t iirégulier ,mais devient plus puissant, sans que pourtant on y puisse reconnaître de hautes cellules cylindriques. Les cellules cubiques ou cylindriques surbaissées portent à leur surface libre des filaments protoplasmiques granuleux, analogues à ceux qu'a décrits Sommer chez la Douve hépatique. Ces prolongements remplissent en grande partie la cavité intestinale; ils se séparent parfois des éléments sous-jacenls, sous forme de masse cohérente et laissent derrière eux des cellules à contours bien accusés et à sommet arrondi. Plus l'intestin est étroit, plus sa paroi devient visible; celle-ci est certainement contractile, bien qu'on ne puisse encore rien dire de précis sur les muscles qui entrent dans sa structure.

L'appareil excréteur est très développé; sa disposition générale est la même que chez le mâle. Deux larges canaux, qui occupent les côtés et qu'il est facile de suivre jusque vers le milieu

BILHARZIA ll.EMATOBIA. 041

delà longueur du corps, s'anastomosent entre eux; à leur confluent aboutit également un petit canal médian. Ces différents canaux sont tapissés par un épithélium vibratile; ils constituent par leur rencontre une pocbe collectrice longue de 80 à 180 [x; cette poche communique avec l'extérieur au moyen d'un orifice étroit et contractile, percé à l'extrémité caudale.

Les organes génitaux femelles ont la même structure générale que chez les Distomes, si ce n'est qu'ils sont plus dissociés, en raison de l'allongement exceptionnel du corps.

L'ovaire ou germigène est de forme ovale allongée; on le trouve dans l'angle que constituent les deux branches intestinales en se fusionnant en un cul-de-sac unique. Il est lobé, épais, long de 0miD,4 ; son épithélium est formé de cellules polyédriques très distinctes et de taille différente suivant leur état de maturité. Les cellules ovulaires les plus mûres sont ovales et entourées d'une couche d'albumine, substance qui s'accumule çàetlà en grande quantité à l'intérieur de l'ovaire et sépare les ovules les uns des autres.

De l'extrémité postérieure de l'ovaire part un canal qui se réfléchit aussitôt en avant et se dirige vers l'orifice sexuel : ce canal est l'oviducte; on voit souvent à son intérieur des ovules en plus ou moins grand nombre, reconnaissables à la réfringence de leur vésicule germinative. Après un assez long trajet, il aboutit à la glande coquillère; mais avant, il s'est uni au conduit qui provient des vitellogènes.

Ceux-ci sont représentés par deuxorganes glandulaires, longs de 12 à 14 millimètres et situés de chaque côté du cœcum intestinal. Ils émettent de toutes parts des canaux courts et à mince paroi, de l'union desquels résulte un canal unique, le conduit vitellin.

L'oviducte et le conduit vitellin suivent la même direction; ils s'enroulent l'un autour de l'autre, mais sans quitter pourtant la ligne médiane, serrés qu'ils sont de part et d'autre par les branches intestinales. Ils sont d'ailleurs assez faciles à distinguer l'un de l'autre; le conduit vitellin augmente progressivement de calibre, jusqu'à acquérir une largeur à peu près égale à celle de l'oviducte; il est en outre caractérisé par son contenu, formé d'éléments vitellins cellulaires, à grosses granulations, agglomérés entre eux et de même taille que les ovules. Blanchard. — Zoo!, méd. 41

ORDRE DES TUÉMATODES.

L'oviducte et le conduit vitellin Hnissent donc par s'anastomoser : le canal unique qui résulte de leur fusion se jette immédiatement dans la glande coquillère. Celle-ci a la forme d'un fruit légèrement effilé par sa partie supérieure et supporté par un court pédoncule ; elle semble ne pouvoir contenir qu'un seul œuf à la fois. Elle est revêlue intérieurement d'un épithélium glandulaire, dont les cellules cubiques sont disposées en séries longitudinales, ce qui détermine une sorte de slriation; cet épithélium se surbaisse peu à peu, pour se continuer jusque dans le pédoncule. Le produit sécrété par la glande se dispose autour de l'œuf dont il forme la coquille; la cavité du pédoncule produit elle-même l'éperon dont tout à l'heure nous reconnaîtrons l'existence à la surface de l'œuf. Cet éperon, d'après Fritsch, serait exactement terminal quand l'utérus débouche dans le fond même de la glande coquillère; il serait latéral quand l'orifice utérin est situé en dehors de l'axe de la glande.

Par son extrémité antérieure, située à 0mm,6 en arrière de la ventouse ventrale, la glande coquillère donne naissance à l'utérus, canal large et sinueux, limité par une mince paroi, qui se dirige d'arrière en avant et se termine par un rétrécissement subit. Au delà de celui-ci, se voit une chambre spacieuse, à paroi épaissie, longue de 160 (/., large de 100 [/.. Cette chambre ou réservoir séminal se continue finalement par un vagin étroit et musculeux, long de 180 [a, large de 30 f/. (fig. 333, f), qui débouche au dehors par une vulve située immédiatement en arrière de la ventouse ventrale, comme l'orifice sexuel du mâle.

Nous avons dit déjà que le canal gynécophore, formé par l'enroulement du corps du mâle sur lui-même, était destiné à donner abri à la femelle, lors de l'accouplement. Le corps de cette dernière est trop long pour être contenu en entier dans le canal : il s'en échappe par chacune de ses extrémités, mais

Fig. 333. — Partie antérieure du corps de Bilharzia hsematobia femelle, vue de profil, d'après Bilharz. — a, ventouse buccale; c, branche intestinale; d, ventouse ventrale ; /, vagin.

BILI1ARZIA H/EMATOUIA. 643

surtout en arrière; les parties qui sont ainsi pendantes représentent plus de la moitié de la longueur totale de la femelle (flg. 330).

Les deux animaux en copulation sont disposés ventre a ventre. Par suite de l'absence de tout organe d'accouplement, le sperme s'écoule dans le canal gynécophore et fuse sans doute le long du sillon ventral de la femelle, jusqu'à l'orifice vaginal qui l'aspire par capillarité. Cette manière de voir est d'autant plus vraisemblable qu'on n'a pas observé jusqu'à présent d'une façon certaine le canal de Laurer.

L'œuf est de forme allongée (lig. 334), assez régulièrement ovale et mesure 160 jj. sur 60 ; il porte à l'un de ses pôles un éperon effilé, long de 25 (* et terminé par une pointe très acérée (1). A part cet appendice, dont le rôle Fi|;^ha~ie^,uJ important va nous être révélé tout à l'beure, près j. chatin. la coque de l'œuf est absolument lisse; elle est du reste très mince, doublée intérieurement d'une seconde enveloppe ovulaire et dépourvue du clapet caractéristique de l'œuf des Distomes hermaphrodites.

L'éperon est d'ordinaire exactement polaire, c'est-à-dire situé à l'une des extrémités du grand axe de l'œuf; parfois il est plus ou moins latéral : nous avons indiqué plus haut quelle disposition anatomique semblait être cause de cette variation. Certains observateurs ont voulu en conclure à l'existence de deux espèces distinctes de Bilharzies , mais cette opinion doit être définitivement rejetée; on trouve en effet tous les intermédiaires entre l'œuf à éperon polaire et l'œuf à éperon franchement latéral. De même, on peut voir, dans certains cas, l'éperon diminuer de taille, au point que l'œuf semble dépourvu d'appendice; mais on ne saurait considérer cette variété d'ovules comme caractéristique d'une espèce particulière de Bilharzie, puisque, cette fois encore, on peut trouver toutes les transitions entre l'œuf à éperon et l'œuf à coque inerme :

(1) L'œuf de Distoma ovatum Rud., qui vit dans la bourse de. Fabricius de divers Oiseaux {Fringilla cœlebs L., Passer montanus L., Turdus viscivorus L.), a également une épine polaire, mais plus petite et plus courte.

Harley admettait que cette dernière variété était propre à l'espèce nominale Billiarzia capensis, du cap de Bonne-Espérance, alors que B. hxmatobia, d'Égypte, avait toujours des ovules éperonnés.

L'embryon ne se développe qu'après la ponte, mais son évolution commence fréquemment avant que l'œuf soit expulsé : aussi, en examinant avec attention un assez grand nombre d'ovules éliminés avec l'urine, en trouve-t-on toujours quelques-uns à l'intérieur desquels l'embryon est déjà complètement formé.

La segmentation est totale et semble être régulière. Elle aboutit à la formation d'un embryon cilié, assez semblable à celui des Distomes et ressemblant, comme lui, à un Infusoire

abc

Fig. 335. — Premières phases du développement de la Bilhaizie, d'après J. Chatin. — A, embryon inclus dans l'œuf et vu par transparence; B, embryon plus avancé, mais non encore éclos ; C, embryon éclos et expulsant ses corpuscules contractiles. — p, rostre; s, corpuscules contractiles; v, caecum principal; v', caecums latéraux.

holotriche(fig. 335, A). Sa masse interne est encore remplie par tin amas cellulaire et ne présente aucune trace de différenciation . Cependant, un cœlôme ne tarde pas à se creuser, en même temps que la région céphalique se trouve indiquée par la production d'une sorte de mamelon conique, B, p, au niveau duquel les cils vibraliles disparaissent. En ce même point naît alors par invagination un caecum intestinal, v, qui plonge dans le cœlôme; on voit en même temps apparaître, vers le pôle

BILIIARZIA ÎI.I'MATOHIA. 645

opposé, deux ou trois grosses masses arrondies et réfringentes, s, véritables germes de Rédies qui se meuvent librement dans la cavité et dont le nombre ira en augmentant.

Le caecum ne se développe parfois qu'après l'éclosion; plus rarement ses branches latérales se sont déjà formées avant l'éclosion.

Jusqu'à ce moment, l'embryon était demeuré immobile ; il devient alors le siège de vigoureuses contractions, qui se produisent surtout dans la région antérieure. Celle-ci vient heurter par saccades et à de courts intervalles la paroi de l'ovule, qu'elle cherche à briser comme ferait un bélier. Sous ces chocs répétés, la coque se déchire longitudinalement sur les deux tiers de sa longueur; presque toujours la première rupture se fait entre l'éperon et la région médiane. L'embryon apparaît donc au dehors, mais il est rare qu'il parvienne à se dégager d'un seul coup, et de nouveaux efforts sont nécessaires pour qu'il puisse atteindre ce résultat. Au moment de sa sortie, il s'étrangle en son milieu à la façon d'un sablier, par suite de l'étroitesse de la déchirure pratiquée dans la coque; quand il est définitivement mis en liberté, sa forme redevient promptement ovalaire.

La rapidité avec laquelle l'embryon sort de l'œuf varie notablement suivant la nature du liquide au sein duquel se fait l'éclosion ; d'après Gobbold, deux minutes suffiraient dans l'eau pure; si l'on ajoute quelques traces d'urine, l'éclosion serait beaucoup plus lente et exigerait cinquante-cinq minutes; elle ne se ferait pas dans l'urine pure et les embryons ne donneraient aucun signe de vitalité. Zancarol a eu pourtant l'occasion de trouver l'embryon libre dans la vessie même, dans le parenchyme rénal ou dans la muqueuse du gros intestin.

A partir du moment de l'éclosion, le tégument de l'embryon s'épaissit notablement, et l'on voit s'y développer un appareil aquifère constitué essentiellement par deux troncs principaux qui se dirigent d'avant en arrière en suivant un trajet sinueux et en émettant un certain nombre de branches anastomotiques ; on ne trouve pas de pore excréteur à l'extrémité postérieure!

Pendant que cet appareil se développe, le cœcum intestinal (fig. 335, B et C, v) donne bientôt naissance, par une invagination nouvelle, à deux branches latérales, v\ que Gobbold croft

'"" ORDRE DES TRËMÀTODES.

pouvoir comparer aux lemnisques des Echinorhynques. Finalement, les masses sarcodiques réfringentes augmentent de nombre et de volume à l'intérieur de la cavité somatique.

Quand la formation de ces corpuscules a pris (in, l'embryon cilié ne tarde pas à se rompre ; les globules sarcodiques, dans lesquels il faut sans doute voir des Rédies en voie de développement, sont ainsi mis en liberté et on les trouve nageant et se contractant au sein du liquide ambiant. L'embryon se vide donc peu à peu comme le fait le Sporocyste des Distomes; quand tous les globules se sont séparés de lui, il continue encore à nager quelque temps, bien que réduit à sa cuticule ciliée.

A cela se bornent nos connaissances sur le développement de la Bilharzie; les phases ultérieures de l'évolution sont encore inconnues, et on ne pourrait sans doute les étudier avec succès que dans les pays infestés.

Cobbold a entrepris le premier des expériences d'infeslation avec l'embryon infusorilbrme : il le mit en présence de Mollusques d'eau douce, de petits Crustacés, de Poissons ; il essaya de faire pénétrer les œufs chez des larves de Diptères, chez des Entomostracés, des Écrevisses, des Limnées, des Paludines, des Planorbes et chez d'autres espèces de Mollusques fluviatiles : toutes ces tentatives demeurèrent infructueuses ; il vit simplement les embryons éclore et émettre leurs germes contractiles. Dans une autre série d'expériences, le même observateur put voir l'embryon essayer de pénétrer dans le corps d'Hélix alliaria.

Des tentatives du môme genre furent faites par Harley : pensant que la Bilharzie se développait directement, sans passer par un hôte intermédiaire, ce dernier fit avaler des embryons à des animaux vertébrés, tels que le Chien et le Lapin ; il n'obtint aucun résultat.

Cette même question fut encore reprise, sans plus de succès, par Sonsino; les expériences étaient faites avec des œufs séparés de l'urine aussi soigneusement que possible, puis divisés en deux lots : un premier lot servait pour les expériences faites directement sous le microscope, le reste était mis dans un aquarium renfermant un certain nombre de Gastropodes d'eau douce (Vivipara unicolor, Cleopatra cyclostomoides, Cl. bulimoides, Pliysa alexandrina et Melania tuberculata) ; on ne retrouva pas la moindre trace des œufs ni de leurs coques dans aucun organe de ces Mollusques, malgré l'examen le plus attentif. Le résultat ne fut pas plus favorable avec des larves

BILHARZIA II KMATOHIA.

d'Insectes, avec de petits Coléoptères ou Névroptères aquatiques.

En présence de tentatives aussi infructueuses, Sonsino considère comme assez probable que la Bilharzie, qui s'éloigne à tant de points de vue des autres Distomes, ait pour hôles intermédiaires des animaux appartenant à d'autres classes que ceux chez lesquels se fixent ces derniers, ou môme puisse accomplir tout son cycle évolutif en pénétrant chez un hôte unique et définitif (Homme, Singe); peut-être môme se développerait-elle sans génération alternante.

Nous croyons devoir faire les plus expresses réserves à l'égard de cette opinion. Malgré l'insuccès des expériences que nous venons de rapporter, il demeure probable que la Bilharzie passe par un hôte intermédiaire et que celui-ci est un Gastropode.

L'infestation se fait par les eaux de boisson, soit qu'on ingère l'hôte intermédiaire lui-même, et alors il s'agirait d'un Mollusque de petites dimensions, soit plutôt qu'on avale la Cercaire nageant librement dans l'eau. Cette larve, autant qu'on en peut juger par analogie, doit être armée d'une dent perforante, grâce à laquelle elle s'enfonce dans les parois intestinales et tombe dans une des brandies d'origine de la veine porte.

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On a supposé que le parasite pénétrait dans l'organisme à travers la peau et, par suite, on a interdit formellement les bains de rivière. Cette interdiction ne nous semble aucunement justifiée; encore que nous ignorions les phases ultimes du développement, il y a de sérieuses raisons d'admettre que l'Helminthe pénètre réellement par la voie que nous avons indi-

648 OUDRE DES TRÉMATODES.

quée plus haut. C'est donc l'usage d'eau non filtrée ou non bouillie qu'il faut rigoureusement proscrire dans les pays contaminés ; l'usage des bains est indifférent.

LaBilharzie se rencontre à l'état adulte dans la. veine porte et ses branches (notamment dans la veine splénique), dans la veine rénale et dans les plexus veineux de la vessie et du rectum. On a vu de quelle manière la larve pouvait s'introduire dans le système porte, mais la présence du parasite dans les veines du petit bassin ou dans les branches de la veine cave est moins facile à comprendre. Le fait n'est pourtant pas inexplicable.

Les veines du système porte sont, comme on sait, dépourvues de valvules ; rien ne s'oppose donc à ce que la Bilharzie descende par la veine mésentérique inférieure jusque dans les veines rectales. De celles-ci, elle peut passer également dans les veines hémorrhoïdales moyennes et inférieures, qui s'anastomosent avec les branches pelviennes de la veine cave; des hémorrhoïdales inférieures, elle peut remonter dans les veines honteuses internes et gagner les veines vésicales par l'intermédiaire du plexus de Santorini.

Le parasite se nourrit de sang; on en retrouve les globules en grand nombre dans son tube digestif. Kiichenmeister admet qu'il puise ce sang dans les vasa vasorum bien plus que dans le torrent circulatoire au sein duquel il est plongé ; cette opinion nous semble peu soutenable.

Zuckerkandl, Ueber die Wandenmg des Distomum hsemntobium aus der Pfortader in die Blase. Eine anatomische Notiz ans dem Nach/asse des Herrn Dr H. Sachs-Bey. Wiener med. Blâtter, III, p. 1253, 1880.

Les œufs sont pondus par amas dans les vaisseaux sanguins ; le cours du sang les entraîne dans les capillaires de divers organes où ils s'accumulent et déterminent à la longue des lésions dont la nature est très variable, suivant l'organe qui en est le siège. Ces lésions et les symptômes qui les accompagnent ont été étudiés déjà par de nombreux observateurs : Bilharz, Griesinger, Harley, Sonsino, Mantey, Guillemard, etc. Les recherches les plus complètes et les plus récentes sont dues à Zancarol, Damaschino, Belelli etKartulis.

Pour les lésions anatomo-pathologiques, dans le détail des-

BILHARZIA II i:\lATiiltlA. m

quelles le cadre de cet ouvrage ne nous permet pas d'entrer, nous renverrons le lecteur à notre article Hématozoaires du Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales. Disons seulement que la Bilharzie est un des plus redoutables parasites de l'Homme ; elle détermine, dans les organes urinaires ou du côté du rectum, des lésions assez souvent mortelles.

La bilharziose, dont 1' « hématurie d'Egypte » n'est que la manifestation la plus ordinaire, n'a encore été observée qu'en Afrique ou du moins chez des individus ayant fait dans ce continent un séjour plus ou moins long (1). Gomme on sait, le parasite qui la cause a élé découvert en Egypte, et c'est encore dans ce pays que la maladie semble être le plus répandue. Elle y est si fréquente que Griesinger trouvait le Ver 117 fois sur 363 autopsies, et Sonsino 30 fois sur 54 autopsies de sujets arabes; ces chiffres suffisent à montrer que le parasite reste très fréquemment à peu près inoffensif, sans doute parce que le patient n'a été soumis qu'accidentellement et pendant un .temps fort court aux causes d'infestation.

La race semble n'être pas sans influence sur la production de la maladie, mais ce n'est là qu'une simple apparence due à ce que certaines castes, par leur habitat et par leur genre de vie, se trouvent particulièrement exposées à ses atteintes. C'est ainsi que l'hématurie est surtout fréquente dans les villages et chez les individus de la classe pauvre, qui ne font jamais usage d'eau filtrée ; elle est plus rare chez les femmes. D'après Bilharz, les fellahs et les Coptes sont le plus fréquemment atteints ; puis viennent, par ordre de fréquence, les Nubiens et les nègres. Quant à la provenance du parasite, Belelli accuse formellement l'eau du Nil et note qu'il est à peu près inconnu dans les villes qui reçoivent de l'eau filtrée.

La bilharziose s'observe dans toute l'Égypte, notamment dans le delta du Nil. Les médecins qui nous ont laissé des relations de l'expédition d'Égypleen 1799, ont noté que les soldats français avaient souffert d'hématurie ; il est à peu près certain que ces désordres étaient causés par la Bilharzie.

D'Egypte, le parasite s'étend tout le long de la côte orientale d'Afrique, jusqu'au cap de Bonne-Espérance ; il est vrai que sa

(1) Wortabeh en a observé deux cas à Beyrouth. Il ne dit pas si ses malades étaient allés ou non en Égypte.

présence n'a pas été suffisamment observée sur toute l'étendue du littoral, mais on l'a notée en des points si divers, qu'on est autorisé à penser que des recherches ultérieures nous la feront connaître dans les régions où on ne l'a point encore signalée. Les habitants de Tibbu, de Tciad, du Darfour et du Kordofan sont fréquemment atteints d'bématurie que Nachtigall attribue à la Bilharzie. Au bord du lac Nyassa et dans tout le bassin du Zambèze, les habitants sont également atteints d'hématurie et en font remonter la cause à des Vers qu'ils verraient sortir de temps en temps par le canal de l'urèthre.

Le parasite a été du moins reconnu d'une façon certaine à Zanzibar, à Natal (Cobbold), à Pietermaritzburg (Allen). On le voit aussi, mais plus rarement, dans la Cafrerie anglaise; Spredy l'a observé à East London, ville côtière à l'embouchure du Buffalo et à King William's Town, ville située plus haut sur ce même fleuve ; on ne le cite pas plus avant dans les terres. On le rencontre encore assez fréquemment au Gap, où John Harley l'a vu le premier, en 1864; on l'a vu notamment à Uitenhage, ville située sur le Zwartekop Biver, à 3 lieues de son embouchure dans la baie d'Algoa, et à Port-Elisabeth, ville située sur la baie même et tirant ses légumes d'Uitenhage.

Quant aux cas que certains auteurs disent avoir observés à Madagascar, à Maurice et à la Béunion, nous les considérons comme insuffisamment démontrés et nous les rapportons à l'hématurie intertropicale causée par la Filaire du sang.

L'espèce Bilharzia hsematobia n'est point particulière à l'Homme ; Cobbold l'a retrouvée chez un Singe égyptien [Cercopithecus fuliginosus), mort au Jardin zoologique de Londres. D'autre part, Sonsino a découvert chez le Bœuf et le Mouton une espèce particulière qu'il décrivit d'abord sous le nom de B. bovis, puis sous celui de B. crassa.

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BILHARZIA B^MATOBIA.

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Les Trématodes, avons-nous dit déjà (page 340), ont avec les Ces- Iodes des relations si étroites, qu'on doit considérer ces deux ordres de Vers comme ayant eu à l'origine un point de départ commun. Tous deux se sont adaptés à la vie parasitaire et ont subi des régressions diverses : très accentuées chez les Cestodes, celles-ci sont moins considérables chez les Trématodes, qui se rapprochent par conséquent davantage du type primitif. Comme il arrive souvent chez les parasites, l'atrophie a porté notamment sur les organes des sens: c'est ainsi que la Douve adulte ne présente plus aucune trace de l'appareil oculaire, parfois pourvu d'un cristallin, qui s'observe chez l'embryon infusoriforme.

La structure de ce dernier rappelle si bien celle des Aneuriens, et particulièrement celle des Orthonectides, qu'on ne sera point surpris de nous voir maintenir ces animaux parmi les Vers : ils apparaissent comme des Plathelminthes demeurés au premier état larvaire, bien qu'ils soient capables de se multiplier par voie sexuelle.

L'appareil excréteur des Trématodes ressemble beaucoup, dans sa disposition générale, à celui des Cestodes. Comme chez ces derniers, il se réduit essentiellement à un système de fins canalicules qui

ORDRE DES TURBELLAR1ÉS. 053 prennent naissance dans de petits entonnoirs ciliés communiquant avec un cœlôme rudimentaire, représenté par un système lacunaire ; ces canalicules se réunissent entre eux, de manière à former de gros canaux qui s'étendent dans toute la longueur du corps et qui aboutissent finalement à une vésicule terminale débouchant à l'extérieur. L'appareil excréteur des Cestodes, il est vrai, est caractérisé par la présence de foramina secundnria et par l'absence habituelle de vésicule terminale, mais ce sont là, comme l'a montré Fraipont, des différencesqui n'ont rien d'essentiel et qui s'expliquent amplement par l'allongement du corps et la tendance plus ou moins accusée à la métamérisation.

ORDRE DES TURUELLARIÉS

LesTurbellariés ressemblent beaucoup aux Trématodes, tant par la forme extérieure que par l'organisation interne. Sauf de rares formes parasites (Graffilla, Fecampia), ils vivent librement dans l'eau douce ou salée ou môme dans la terre humide : aussi sont-ils dépourvus de tout appareil fixateur (ventouses, crochets) et recouverts de cils vibratiles sur toute leur surface. Le tégument renferme des organes urticanlsde conformation variable, nés dans des cellules particulières : ce sont des nématocystes semblables à ceux des Cœlentérés {Microstoma lineare), des toxocystes (1) ou cellules lançant au loin une aiguille libre (Planaria quadrioculala) , des bâtonnets de formes très diverses (Mcsostoma), des filaments mueilagineux (Plagiostomu) : leur situation le long des nerfs ou à proximité des ganglions permet de les considérer comme des organes tactiles. On trouve encore dans les téguments diverses matières pigmenlaires (chlorophylle : Vortex viridis) et des glandes muqueuses piriformes : celles-ci deviennent parfois de véritables organes à venin, surmontés d'une épine chitineuse canaliculée (Convoluta parudoxa). Le système dermo-musculaire est formé au moins de deux assises de fibres longitudinales et transversales ; il comprend parfois encore une couche diagonale. Le cœlôme n'est représenté que par les fines lacunes dans lesquelles prend naissance l'appareil excréteur; quelquefois cependant on observe des lacunes plus vastes autour du lube digestif.

Ce dernier est toujours dépourvu d'anus, sauf de très rares exceptions {Microstoma lineare). La bouche, située à la face ventrale, est quelquefois reportée jusqu'au milieu, parfois même encore plus en arrière. Elle mène dans un pharynx ordinairement musculeux, qui est souvent protractile à la façon d'une trompe et dans lequel viennent

1) To^ûw, lancer des flèches; xOotti;, vessie, cellule.

0;i* ORDRE DES TURBELLARIÉS.

fréquemment aboutir des glandes sulivaires. Quant au reste, l'appareil

digestif présente d'importantes variations que nous étudierons plus

loin : c'est sur sa structure que repose la classification des Turbel-

lariés.

Le système nerveux, analogue à celui des Trématodes, est formé de deux ganglions antérieurs, réunis par une commissure transversale et émettant en divers sens des filets nervenx; les deux nerfs principaux se portent en arrière et, dans certains cas, se rattachent l'un à l'autre par une ou plusieurs commissures transversales.

Les organes des sens sont représentés par des taches oculaires et par des otocystes. Les premières sont des amas de pigment noir, brun ou rouge, disposés par paires sur les ganglions cérébraux ou recevant de ceux-ci des nerfs particuliers; les taches pigmentaires ne sont souvent qu'au nombre de deux et renferment alors en leur milieu un ou plusieurs organes réfractant la lumière, véritables cristallins à chacun desquels aboutit un nerf. Les otocystes sont plus rares; quand il existe, l'organe auditif est toujours simple, médian et situé dans le voisinage des ganglions nerveux; il renferme un ololithe sphérique ou discoïde, ayant parfois encore la forme d'un boulon de chemise. Les yeux et les otocystes coexistent souvent (Convoluta Schultzei).

Delage a décrit chez cette même espèce, sous le nom d'organe frontal, un appareil sensoriel particulier, constitué par une masse ovoïde, claire, réfringente, située à l'extrémité antérieure. Le corpuscule s'étend du système nerveux central à la face profonde des téguments qui, à ce niveau, sont dépourvus de cils et munis de courtes papilles coniques. L'organe est limité sur les côtés par une double couche de cellules ganglionnaires; quelques autres cellules de même nature se trouvent à son intérieur, entremêlé es à un réseau nerveux d'où parlent finalement des filets qui viennent se terminer chacun dans l'une des papilles susdites. L'appareil est très mobile et l'animal s'en sert pour explorer sans cesse à l'environ.

Si l'organe précédent appartient certainement au sens du toucher, il faut sans doute rapporter à celui de l'odorat un autre organe découvert par Hallez chez Mesostoma lingua. 11 s'agit d'une fossette située sur la ligne médiane ventrale, entre l'extrémité antérieure et la bouche, un peu en arrière du cerveau. Elle se dirige obliquement d'arrière en avant et se bifurque à son extrémité ; elle reçoit ses nerfs de la face inférieure du cerveau.

L'appareil excréteur fait défaut chez les Acœles ; il est diversement conformé dans les autres groupes, bien que construit sur le môme plan général que chez les Trématodes. Parfois formé d'un seul tronc médian (Stenostoma), il comprend plus ordinairement deux troncs qui

ORDRE DES TURBELLARIÉS. 655

se réunissent postérieurement en une seule branche débouchant au dehors par un orifice unique (Plagiostoma, Pronotis). Dans d'autres cas, les deux troncs restent distincts et s'ouvrent séparément à l'extérieur, par des orifices situés soit en arrière et sur les côtés (Derostoma, Gyrator), soit vers le milieu du corps, au moyen de branches tratis2 larsales (Prorhynchus), soit enfin dans le vestibule du pharynx (Vorlex, Mesostoma). Chez Gunda segmentata,. l'appareil aquifère a une disposition rappelant celle des organes segmentaires des Hirudinées.

La plupart des Turbellariés sont hermaphrodites et se reproduisent par voie sexuelle ; par exception, Microstoma et Stsnostoma sont dioïques et peuvent se reproduire par un bourgeonnement analogue à celui qui produit la chaîne des anneaux d'un Ténia, si ce n'est que ce bourgeonnement se fait ici à l'extrémité postérieure, comme l'a démontré Hallez. L'intestin se ferme par une double cloison, puis un nouveau pharynx et un nouveau système nerveux central se développent dans chaque segment. Les glandes génitales sont diversement conformées ; la présence du cirre est constante, mais sa forme et son armature sont variables. Les orifices mâle et femelle, habituellement réunis en un même sinus génital, sont parfois séparés {Macrostoma, Convoluta).

Le sous-ordre des RHABDOCŒLEscomprend les Turbellariés, dont l'intestin est droit et sans ramifications ou absent. Ce dernier cas s'observe chez lesAcœles, dépourvus d'appareil aquifère, mais possédant tous un otocyste (Convoluta, Proporus) : les aliments sont amenés par l'œsophage dans une masse sarcodique qui les englobe et les digère à peu près comme cela se fait chez les Infusoires; d'après Pereyaslawzew, on trouverait pourtant une cavité digestive sur des coupes transversales.

Les Rhabdocœles proprement dits ont un appareil aquifère, mais rarement un otocyste. A l'exemple des Acœles, les Macrostomides {Macrostoma, Orthostoma) et les Microstomides (Microstoma, Stenostoma, Binophylus) ont un pharynx simple et non musculeux; dans les autres groupes, cet organe présente les formes les plus diverses et, par suite de la production d'un repli particulier , est précédé d'une sorte de vestibule dans lequel viennent s'ouvrir les canaux excréteurs.

La plupart des Rhabdocœles vivent dans l'eau douce: de Man a fait voir pourtant que quelques-uns sont terrestres (Geocentrophora sphyrocephala), et Giard a décrit sous le nom de Fecampia erythrocephala une curieuse espèce marine, très commune sur les plages deFécamp etd'Yport et qui, pendant le jeune âge, vit en parasite dans la cavité générale de divers Crustacés décapodes.

Le sous-ordre des Dendrocœles renferme des espèces à intestin ra-

656 ORDRE DES TURBELLARIÉS.

miflé, à pharynx musculeux et ordinairement protraclile; on les connaît sous le nom général de Planaires. Certaines formes, dont la plupart sont d'eau douce ou terrestres, ont un orifice génital unique (Triclades ou Monogonopores : Planaria, Dendrocœlum , Wycelis

(fig. 936), Geoplana) ; d'autres, marines, ont un orifice sexuel double (Polyclades ou Digonopores : Stylochus, Leptoplana, Ccphalolepla, Thysanozoony Les Triclades ont un appareil excréteur ; les Polyclades en semblent dépourvus.

Nous avons déjà signalé les affinités des Turbellariés avec les Trématodes. Il est extrêmement remarquable de constater que ces mômes animaux se rattachent aux Cténophores, au moins par deux formes de passage.

Kowalewsky a décrit sous le nom de Cœloplana Metsclmikowi une Planaire de la mer Rouge qui, de chaque côté de l'otocyste, présente une poche dans laquelle peut s'abriter un long tentacule rélractile ; ce dernier est ramifié et fort semblable à celui de Cydippe ou d'Eschscholtzia, si ce n'est qu'il n'est creusé d'aucun canal. L'estomac est quadrilobé et rappelle l'entonnoir des Cténophores ; il émet un grand nombre de canaux qui rayonnent vers la périphérie et se jettent tous dans un canal circulaire marginal.

D'autre part, Korotneff a trouvé à Poulo-Pandane un Cténophore rampant, Clenoplana Kowalewskyi. Cet animal se rapproche beaucoup des Planaires et est muni de huit paires de plaques vibratiles qui peuvent se retirer dans des poches spéciales.

Les Turbellariés sont donc alliés aux Cœlentérés, mais l'adaptation à la vie de reptaiion les a profondément modifiés. Nous avons noté déjà qu'une Triclade marine, Gunda, faisait d'autre part la transition avec les Hirudinées.

Fig. 336. — Anatomie de Polycelis levigatus. — a, bouclie ; b, trompe ; c, cardia; d, estomac; e, ramifications gastriques; f, cerveau et nerfs; g, testicule; h, vési'-ule séminale; i, cirre ; /c, oviducte; /, poche copulatrice; m, orifice génital femelle. — Des œufs sont répartis dans toutes les lacunes du corps.

ORDRE DES NÉMERTIENS.

P Hallez, Contributions à L'histoire naturelle des Turbellariés. Thèse de la Sorbonne, 1879. — Id„ Sur un nouvel organe des sens du Mesostomn hngua Ose. Schm. Comptes rendus de l'Acad. des sciences, Cil, p. G84, 1886.

A. Kowalewsky, Ueber Cœloplana Metschnitkowi. Zoolog. Anzeiger, US,

A Giard Un nouveau type de tra?isition, Cœlof>lana Metschnikowi. Bull, scientif. dû département du Nord, (2), IH, p. 251, 1880. — ld., Sur un Rhabdocœle nouveau, parasite et nidulant (Fecampia erythrocephala). Comptes rendus de l'Acad. des sciences, CI1I, p. 4 99, 1886.

S. Pereyaslawzew, Sur le développement des Turbellariés. Zoolog. Anzeiger, VIII, p. 269, 1885.

Y. Delage, De l'existence d'un système nerveux chez les Planaires acœles et d'un organe des sens nouveau chez la Co?woluta Schultzei 0. Sc/im. Comptes rendus de l'Acad. des se, CI, p. 256, 1885.

A. Korotneff, Ctenoplana Kowalewskyi. Z. f. w. Z., XLIII, p. 242, 1886. — Id., Compte rendu d'un voyage scientifique dans les Indes néerlandaises. Bull, de l'Acad. de Belgique, (3), XII, p. 540, 1886. Voir p. 562.

G. Dutilleul, Un nouveau type de transition, Ctenoplana Kowalewskyi. Bull, scientif. du département du Nord, (2), IX, p. 282, 1886.

ORDRE DES NÉMERTIENS

Les Némerliens sont souvent confondus avec les Turbellariés, dont ils se distinguent pourtant par leur corps allongé, par leur taille considérable et par leur organisation plus parfaite. Le corps, souvent aplati, est limité par un épiderme cilié.

Le système nerveux a la même disposition que chez les animaux précédents, mais prend un grand développement; le cerveau se divise en deux groupes ganglionnaires formant un anneau qui entoure la trompe. Le tube digestif débute par une bouche située à la face ventrale et dans la région antérieure; il est rectiligne et présente toujours à son extrémité postérieure un anus terminal. L'intestin, pourvu de cils vibratiles à son intérieur, présente souvent des caecums latéraux. Au-dessus du tube digestif se voit une trompe tubuleuse, protractile, plus longue que le corps, à l'intérieur duquel elle se replie sur elle-même ; elle fait saillie au dehors par un orifice situé au sommet de la tête.

Les organes des sens sont représentés par des taches oculaires dont l'existence n'est pas constante, par des otocystes et par des fossettes ciliées, situées dans la région céphalique et à propos desquelles on a émis les opinions les plus diverses : Saint-Loup pense que leur rôle varie suivant les espèces et qu'elles sont, suivant leur structure, tantôt un organe auditif (Amphiporus sipunculus), tantôt un appareil d'irrigation [Unms viridis), tantôt un appareil excréteur (Borlasia Elizabetliœ). Les fossettes ciliées manquent chez Cephalothrix et chez Malacobdella.

Blanchard. — Zool. méd. • 42

658 ORDRE DES NÉMEIITIENS.

L'appareil excréteur est encore peu connu; toutes les espèces ne semblent pas en être pourvues. Il en est autrement pour un remarquable appareil circulatoire, constitué par trois vaisseaux longitudinaux, deux latéraux et un dorsal. Ces vaisseaux, dont la paroi est contractile, sont réunis entre eux par des anses à chacune des extrémités et à la hauteur du cerveau ; de nombreuses anastomoses transversales les rattachent encore les unes aux autres tout le long de leur trajet. Le sang qu'ils renferment est habituellement incolore; il est parfois coloré en rouge par des globules imprégnés d'hémoglobine (Amphiporus splenclens, Borlasia splendida).

Les Némertiens sont unisexués, sauf de rares exceptions {Borlasia hermaphroditica, B. hefersteini). Quelques-uns sont vivipares, les embryons se développant soit dans l'ovaire (Prosorochmiis Claparedei), soit dans la cavité viscérale (Tetrastemma obscurum , flg. 337).

w'&Ëlif^a tt -1 L& plupart de ces Vers vivent dans la mer, sous les pierres ou dans la boue ; quelques-uns habitent les eaux douces (Prorhynchusstagnalis), d'autres encore vivent à terre (Tetrastemma agricola, Geonemertes pseelensis, G. chalicophora) . Leur vitalité est surprenante; des parties mutilées repoussent sans difficulté et des fragments du corps peuvent, dans certains cas, reproduire un animal entier. Quelques espèces sont pélagiques (Pelagonemertes) ; d'autres sont parasites, comme Nemertes carcinophila, qui se rencontre dans l'abdomen de la femelle de Carcinus mœnas, et Malacobdella grossa, qui vit sur le manteau et les branchies des Lamellibranches.

Le sous-ordre des Enopla comprend des Vers qui se développent sans métamorphose et dont la trompe est armée d'un stylet mé- Fig. 337. - Tetrastemma dian et pourvue latéralement de deux sacs obscurum. glandulaires ; l'animal projette sa trompe en

ORDRE DES NEMERTIENS.

la retournant complètement sur elle-même. Ce premier groupe renferme les genres Ampkiporus, Tetrastemma, NemeHes, Prorhynchus et Geonemertes.

Dans le sous-ordre des Anopla, la trompe est inerme et le développement se fait ordinairement au moyen de larves ciliées. Une forme larvaire spéciale, dite larve de Desor, n'a encore été vue que chez Lineus ; cette larve n'a pas d'existence libre. Dans d'autres Némertiens de ce groupe, la larve libre et ciliée porte le nom de Pilidium

Fig. 338. — Deux stades du développement de Pilidium, d'après Metschnikoff.

(fig. 338); la jeune Némerte ne provient point de sa transformation, mais se développe plutôt à son intérieur.

Le groupe des Anopla renferme les genres Lineus, Cerebratulus, Micruria, Carinella, Cephalothrix et Malacobdella. Signalons aussi Avenardia Priei, Némertien long de plus d'un mètre, qui n'a encore été trouvé qu'au Pouliguen; ses cœcums intestinaux présentent des ramifications dendritiques rappelant celles des Planaires et dont on ne trouve d'autre exemple, parmi les Némertiens, que chez Pelagonemertes Rollestoni. La Malacobdelle est un véritable Némertien, bien que longtemps ou l'ait classée parmi les Hirudinées : elle n'a pas de fossettes céphaliques et, comme les Sangsues, présente une large ventouse à son extrémité postérieure.

Les affinités des Némertiens sont encore incertaines : d'importants caractères les éloignent notablement des Turbellariés et des types qui en dérivent (Tuématodes et Cestodes); par la Malacobdelle, ils se

ORDRE DES NÉMATODES.

rapprochent, au contraire, des Ilirudinées, avec lesquelles ils n'ont pourtant que des rapports très lointains. 11 n'est pas possible, dans l'état actuel de nos connaissances, de fixer d'une façon précise leurs relations avec les autres animaux.

J. Barrois, Mémoire sur l'embryologie des Némertes. Annales des se. nat., (6), XI, 1877.

A. Giard, Sur l'Avennrdia Priei, Némertien géant rie la côte occid'ntale de France. Comptes rendus de l'Acad. des sciences, LXXXVII, p. 72, 1878.

R. Saint-Loup, Sur les fossettes céphaliques des Némertes. Ibidem, Cil, p. 1576, 1886.

W. Salensky, Bau und Métamorphose des Pilidium. Z. f. w. Z..XLIII, p. 481, 1886.

CLASSE DES NÉMATHELM1NTHES

Les Némathelminlhes sont des Vers filiformes, cylindriques, non ciliés, à corps non segmenté, bien que le tégument présente souvent une annulation superficielle; presque tous sont unisexués.

Cette classe comprend trois ordres importants, les Nématodes, les Gordiens et les Acanthocéphales, dont nous aurons à faire l'étude; elle renferme encore trois ordres secondaires, les Chétognatiies {Sagilta, fig. 339), les Chéïoso.mes (Chœtosoma, Rhabdogaster) et les Desmoscolécides [Desmoscolex), dont la description nous entraînerait trop loin.

ORDRE DES NÉMATODES

Les Nématodes ont le corps allongé, fusiforme ou filiforme; ils sont pourvus d'une bouche et d'un tube digestif se terminant par un anus. Cet ordre renferme un nombre considérable d'espèces, dont le genre de vie est des plus variables : les unes sont libres dans l'eau douce, dans la mer, dans la terre humide, ou encore dans des liquides organiques (vinaigre, colle de pâle, etc.) ; les autres sont para-

Fig. 339. — Sagitta bipunc tata, d'après Krobn.

ASCARIS LUMBRICOIDES. 661

sites chez des animaux ou chez des plantes. On peut les répartir en un certain nombre de familles naturelles , dont plusieurs sont représentées chez l'Homme.

FAMILLE DES ASCARIDES

Les Vers de ce groupe ont le corps relativement ramassé sur lui-même, bien que quelques-uns puissent atteindre de grandes dimensions. La bouche est entourée de trois lèvres ou nodules : l'une occupe la face dorsale, les deux autres se touchent sur la ligne médiane de la face ventrale. Cette importante famille renferme, entre autres, les genres Ascaris, Heterakis, Oxyuris, Nematoxys et Oxysorna; le premier et le troisième renferment des parasites de l'Homme.

Ascaris lumbricoides Linné, 1758.

Synonymie : "EXy.iv; Hippocrate.

"EXp.iv:; aTpoyyûXY) Aristote.

Tinea rotunda Pline.

Lumbricus teres Celse.

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