‹ Traité de zoologie médicale [electronic resource] (volume 2)Chapitre 67 sur 77 · GG · texte numérisé non relu

GG

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L'Ascaride lombricoïde, parvenu à l'état adulte, est un Ver cylindrique, grisâtre ou rougeâtre pendant la vie, effilé à chacune de ses extrémités, mais surtout à l'antérieure. La surface du corps est marquée d'une fine striation transversale. Le mâle est long de 15 à 17 centimètres, d'après Davaine ; de 15 à 25 centimètres pour une largeur maximum de 4 millimètres, d'après Kiichenmeister. Le premier de ces auteurs attribue à la femelle une longueur de 20 à 25 centimètres, le second une longueur de 16 à 40 centimètres et une largeur de 6 millimètres. On a vu parfois la femelle dépasser ces dimensions et mesurer jusqu'à 45 centimètres de longueur, comme Morland en cite un exemple. Les mâles sont toujours 3 ou 4 fois moins abondants que les femelles.

En outre de la taille, la forme de l'extrémité caudale fournit de bons caractères pour la distinction des sexes. Chez le mâle (fig. 311), cette extrémité est incurvée en crochet vers la face ventrale, et plus ou moins aplatie du côté de la concavité : à sa terminaison se voit l'orifice cloacal, par lequel il est habituel de voir sortir deux spicules chitineux, auxquels est dévolu un rôle important dans l'acte de la copulation. C'est du reste en vue de cet acte que le corps présente l'enroulement dont il vient d'être question : il permet au mâle de saisir la femelle et

Fig. 341. — Extrémité postérieure d'un mâle, d'après Leuckart.

070 ORDRE DES NÉMATODES.

de se fixer à celle-ci au niveau de l'orifice vulvaire. C'est sans doute un rôle analogue que jouent les papilles qui s'observent a la face ventrale, sur la partie enroulée. Ces papilles s'étendent sur une longueur de près de 36 millimètres et sont plus serrées en arrière qu'en avant ; on en compte de 69 à 75 de chaque côté. Le sexe mâle est encore caractérisé par un léger élargissement latéral que présentent les téguments en arrière du cloaque. L'extrémité postérieure de la femelle (fig. 342) a une tout a d autre forme. Elle est constituée

par une pointe raccourcie, à la base et à la face ventrale de laquelle se voit l'anus, sous forme d'une fente transversale à lèvres saillantes. Elle est dépourvue de papilles et n'est point enroulée sur elle-même.

Le corps de l'Ascaride est limité

„. „/n „ . . ... ' . extérieurement par une cuticule Fig. 342. — Extrémité postérieure . , /•,„,«,,. , .,

d'une femelle, d'après Leuckart. - incolore (fig. 343, a), lisse et bnl- A, vue de profil ; B, vue par la face lante, qui se réfléchit à l'intérieur ventrale. par les orifices buccal, anal et gé-

nital. Son épaisseur peut atteindre jusqu'à 90 p.; elle diminue progressivement du milieu du corps vers les extrémités, mais se renfle pourtant d'une façon considérable au pourtour de la bouche, de manière à former les trois papilles dont il a déjà été question.

Chez le jeune Ver, la cuticule est mince et homogène ; chez l'adulte, par suite des mues successives, on y reconnaît plusieurs couches. L'externe, de nature chitineuse, est la plus mince ; elle est striée transversalement et formée de rubans larges d'environ 12 [/.. Chacun de ces rubans est dirigé en travers et s'étend sur une demi-circonférence; ses extrémités aboutissent aux champs latéraux, au niveau desquels elles s'unissent à celles des rubans de l'autre demi-cercle par un raccord irrégulier. Une seconde couche cuticulaire, qui peut avoir jusqu'à 45 (* d'épaisseur, est totalement anhiste; elle a été reconnue par Czermak. Viennent ensuite deux assises de fibrilles délicates, b, dirigées obliquement et disposées de manière à s'entrecroiser : les fibrilles de la couche externe sont dirigées à gauche, celles de la couche profonde sont dirigées à droite; chacune de ces assises est épaisse de 14 |*. Au-dessous d'elles se voient enfin deux minces couches homogènes, épaisses de 3 y., S.

ASCARIS LUMBRICOIDES. 671 La couche sous-cuticulaire ou hypoderme, c, doit être considérée comme la matrice des précédentes. Elle a une épaisseur notable, parfois jusqu'à 16 |*. Elle est tout d'abord formée de cellules, mais celles-ci se modifient et se transforment en fibrilles à direction transversale. Cette couche est en rapport par sa face interne avec la cou-

Fig. 343. — Coupe transversale d'Ascaride femelle passant par la région moyenne du corps, au niveau des tubes génitaux, d'après Vogt et Yung. — a, cuticule; b, couche fibrillaire; c, couche granuleuse sous-cuticulaire ou hypoderme ; d, soulèvement en bourrelet de la couche granuleuse, prenant part à la formation des champs latéraux; e, champs latéraux ; f, repli de la cuticule des champs latéraux, pénétrant dans la masse granuleuse et la divisant en deux moitiés dans le sens longitudinal; g, canal excréteur; h, portion fibreuse striée des cellules musculaires ; i, portion vésiculaire des muscles, dirigée vers l'intérieur du corps ; k, bourrelet de la couche granuleuse constituant la ligne médio-dorsale ; k', ligne médioventrale ; /, lamelle cuticulaire externe de la paroi intestinale ; m, épithélium cylindrique de l'intestin ; n, lamelle chitineuse interne do l'intestin ; o, tubes ovariens coupés transversalement et montrant les ovules groupés régulièrement autour du rachis ; p, les deux utérus coupés transversalement et montrant les replis de leur épithélium papillifère. On n'a pas représenté les œufs qui, chez l'adulte, remplissent toujours en nombre immense la cavité de chaque utérus.

che musculaire, entre les faisceaux de laquelle elle s'insinue. Elle est continue à elle-même sur tout le pourtour du corps, mais prend un développement considérable le long de chacun des côtés, ainsi que le long des faces supérieures. Ainsi prennent naissance quatre bourrelets longitudinaux qui font saillie dans la cavité générale du corps de l'Ascaride et qui, sur des individus frais, se voient facilement par

672 ORDRE DES NÉMATODES.

transparence; ils interrompent la couche musculaire et la divisent en quatre faisceaux.

Les bourrelets qui occupent les côtés du corps ont reçu le nom de champs latéraux, e; ils résultent d'un épaississement local do la couche granuleuse sous-cuticulaire. A leur base, cette dernière se soulève en une sorte de crête longitudinale, d, dont la surfoce libre est recouverte d'une lamelle chitineuse; celle-ci s'infléchit même cà l'intérieur de la masse granuleuse, de manière à la diviser en deux moitiés ovalaires ou pyriformes, e, f. Les champs latéraux se présentent sous l'aspect de deux cordons blancs, qui se continuent d'une extrémité du corps à l'autre et ont près de 0mm,5 de largeur. En arrière, ils se rapprochent l'un de l'autre et, par leur face interne, entrent en contact avec le rectum. Celui-ci se portant vers la face ventrale du corps pour se terminer à l'anus, les champs latéraux se comportent de même et s'atténuent progressivement ; finalement ils disparaissent en se confondant avec la couche granuleuse sous-cuticulaire. En avant, ces organes se terminent d'une manière analogue, au delà du collier nerveux œsophagien.

Les crêtes qui courent le long des faces supérieure et inférieure du corps constituent les lignes médio-dorsale, k, et médio-venlrale, A'. Elles sont de même nature que les champs latéraux, mais moins volumineuses; elles font à l'intérieur du corps une saillie bien moins considérable et s'effilent encore à leurs extrémités pour disparaître dans l'hypoderme. Au point où elle est contiguë à l'anneau œsophagien, la ligne médio-ventrale porte un amas de cellules nerveuses, le ganglion ventral; au voisinage de l'anus, elle porte encore le ganglion anal, moins volumineux que le précédent. Chez la femelle, cette même ligne se dévie et contourne la vulve; elle ne l'embrasse point comme l'admettait Cloquet.

La couche musculaire est formée de cellules pyriformes et vésiculaires, remplissant toute la cavité du corps, qu'elles réduisent à quelques lacunes étroites, occupées par le liquide nourricier; la figure 343 ne donne donc qu'une idée insuffisante de leur disposition : elles se sont rétractées sous l'action des réactifs.

Ces cellules s'appliquent par leur extrémité sur l'hypoderme, e, qui s'insinue entre elles plus ou moins loin ; chacune d'elles est formée de deux parties distinctes. La portion externe, h, est striée transversalement et séparée en deux moitiés par une sorte de fissure qui n'est, en somme, qu'un prolongement de la portion interne. Celleci, i, est renflée, vésiculeuse, quatre à cinq fois plus longue que la précédente et limitée par une délicate membrane d'aspect conjonctif (1) :

(1) La partie vésiculeuse de la cellule musculaire était désignée par

ASCARIS LUMBRICOIDES. 673

elle contient une substance claire, finement granuleuse, striée longitudinalement, et un gros noyau nucléolé.

La vésicule musculaire émet par sa l'ace interne des prolongements filamenteux, simples ou multiples; suivant le champ musculaire qu'on examine, on voit ces prolongements converger soit vers la ligne médio-dorsale, soit vers la ligne médio-ventrale, au sommet de laquelle ils se réunissent tous en un seul faisceau. Quelques filaments vont s'insérer sur le tube digestif; cette disposition s'observe principalement dans les régions pharyngienne et rectale, aussi Leuckart attribue-t-il à ces prolongements le rôle de muscles dilatateurs et rétracteurs. Semblable disposition s'observe sur les canaux excréteurs des glandes génitales.

Les cellules musculaires forment par leur réunion des faisceaux longitudinaux, disposés suivant des lignes légèrement diagonales, qui marchent des champs latéraux vers les lignes médio-dorsale et médio-ventrale.

Celte remarquable structure musculaire ne s'observe pas chez tous les Nématodes. Ceux qui la présentent constituent le groupe des Polymyaires ou des Cœlomyaires. Tous les autres forment le groupe des Platymyaires, dont nous indiquerons plus loin la caractéristique.

D'après von Siebold, l'humeur exhalée par la Filaire de Médine serait acide et les Nématodes ne seraient pas tout à fait inoffensifs sous ce rapport. En étudiant Ascaris megalocephala, Miram fut atteint à deux reprises d'accidents morbides: éternuements, gonflement des caroncules lacrymales, abondante sécrétion de larmes, vives démangeaisons et gonflement des doigts. Des accidents analogues ont été éprouvés par Cobbold, Bastian et Huber.

Bastian a observé que le Ver est capable de produire des accidents, môme lorsqu'il est conservé dans l'alcool depuis un certain temps. Nous avons pu nous-même constater la réalité de cette assertion : une étudiante en médecine, en disséquant des Ascarides du Cheval, conservés dans l'alcool depuis quelques jours, eut le front couvert de véhicules séreuses qu'on eût prises pour des bulles d'urticaire ; ces vésicules disparurent rapidement et, le lendemain, il n'y en avait plus trace.

Cette action remarquable est attribuée par Leuckart à une substance soluble dans l'alcool, et probablement huileuse, qui semble se trouver principalement dans le renflement vésiculeux des fibres musculaires.

Cloquet sous le nom d'appendice nourricier. Lowne en a également méconnu la signification et a voulu la rattacher à l'appareil excréteur; Joseph a émis une opinion analogue.

Blanchard. — Zool. méd.

ORDHE DES NÉMATODES.

Huber, Einige Bemerkungen ùber die klinische Bcdeutung von Ascaris lum bncoides. Deutsches Archiv fttr klin. Medicin, VIII, p. 450f 1870. -

Le système nerveux (fig. 344) passe aisément inaperçu enchâssé qu'il est dans les lignes longitudinales. Les centres

nerveux sont représentés par un collier œsophagien, b, qui se voit, chez les individusd'assez grande taille, à lmm,5 ou 2 millimètres en arrière de l'extrémité céphalique et immédiatement en avant du pore excréteur. Ce collier enserre étroitement l'œsophage et se soude d'autre paî t aux champs latéraux, a,

Fig. 344. Schéma du système nerveux, d'à- Gt &UX HgneS médi°-do1'près Leuckart. — a, champs latéraux mon- sa'e et médio-ventrale , trant çà et là des cellules nerveuses dans c, en sorte qu'on pourle voisinage de l'anneau œsophagien ; 6, an- -.i -w neau œsophagien ; c, ligne médio-ventrale; raitle considérer comme d, ganglion ventral; e, cellules nerveuses; une sorte de commissure f, canaux excréteurs au point où ils se réu- circulaire étendue entre

nissent en un canal impair, g, qui s'ouvre .

par un pore excréteur sur la face ventrale. ^es (îua''re lignes longitudinales , bien qu'en réalité celles-ci ne se fusionnent avec lui que par leur partie la plus superficielle; toutefois, un examen attentif de ce collier permet d'en reconnaître la véritable nature et de constater qu'il est formé de fibres nerveuses et de cellules ganglionnaires, dont l'accumulation constitue trois ganglions, un ventral et deux latéraux.

Le ganglion ventral, d, est un épaissement de la ligne médioventrale; il est situé au niveau du canal impair, g, par lequel se termine l'appareil excréteur. En arrière, il se prolonge en deux lobes latéraux renfermant des cellules larges de 36 jj. en moyenne; son extrémité antérieure se relie à l'anneau œsophagien et renferme des cellules larges de 15 (a. Le ganglion renferme environ 60 cellules, dont les prolongements constituent l'anneau.

Les ganglions latéraux sont représentés par quelques cellules peu

ASCARIS LUMBRICOIDES. 675

nombreuses, e, disséminées dans les lignes latérales au voisinage de l'anneau œsophagien. Ces cellules commencent à se montrer au point où les canaux excréteurs, f, quiltent les lignes latérales et s'infléchissent l'une vers l'autre pour se rencontrer sur la ligne médiane de l'abdomen et constituer le canal impair, g; elles deviennent de plus en plus nombreuses jusqu'au niveau de l'anneau œsophagien; quelques-unes se voient encore au-delà de ce dernier. Ce sont des éléments de taille variable : les cellules postérieures sont larges de 65 a, avec un noyau de 28 i* ; les antérieures n'ont que 14 à 18 jt, mais quelques-unes d'entre elles atteignent par exception une taille considérable. Une partie des fibres nerveuses émanées du ganglion latéral se prolongent au-delà de l'anneau, jusqu'à la bouche. L'anneau lui-même ne contient qu'un très petit nombre de cellules de petites dimensions.

Le système nerveux périphérique est d'une étude plus délicate ; la méthode des coupes facilite son observation. En outre des nerfs latéraux, qui parcourent la partie antérieure des lignes latérales, on observe encore quatre autres nerfs qui ont la môme direction et se séparent du collier œsophagien dans l'intervalle des lignes longitudinales, à la face dorsale comme à la face ventrale : ce sont les nerfs submédians de Schneider. Chacun de ces nerfs est entouré d'une gaîne conjonctive; les nerfs latéraux sont les plus gros et renferment environ 20 fibres. Sans aucun doute, d'autres nerfs se distribuent également au reste du corps : ils sont enfouis dans la profondeur des lignes longitudinales. On reconnaît aisément un nerf ventral et deux nerfs latéraux, correspondant aux trois ganglions décrits plus haut; Leuckart admet en outre l'existence d'un nerf dorsal, que Vogt et Yung n'ont pas observé. Ces nerfs postérieurs peuvent être suivis jusqu'à un pouce en arrière du collier œsophagien ; plus loin, ils deviennent indistincts et ne se retrouvent plus que sur des coupes transversales. Le nerf ventral aboutit à un ganglion anal, amas ganglionnaire de forme triangulaire, situé immédiatement en avant de l'anus et renfermant un nombre restreint de cellules.

Les organes des sens sont représentés par les quatre papilles que portent les lèvres et par celles qui se trouvent au voisinage de l'anus. Les yeux font défaut; on les rencontre seulement chez quelques Nématodes libres (Enoplus, Pkanoykne, Enchelidium).

Les Nématodes sont toujours pourvus d'un appareil digestif tubulaire, rectiligne et débouchant au dehors par chacune de ses extrémités.

6'6 ORDHE DES NÉMATODES.

La bouche est entourée d'un appareil labial (fig. 345) qui surmonte l'extrémité antérieure du corps à la façon d'un bouton et qui se trouve délimité à sa base par un profond sillon. Cet appareil, qui peut avoir jusqu'à un millimètre de large chez les femelles de grande taille, est formé de trois lèvres, dont l'une est dorsale et impaire, et les deux autres inférieures, latérales et symétriques. Chaque lèvre est formée d'une pièce chitineuse dont les faces internes ou latérales sont planes, tandis que la face externe est convexe. Cette dernière est bordée d'un ourlet qui, sur les côtés, est pourvu de dentelures microscopiques servant à la mastication; elle porte en outre des papilles tactiles : la lèvre dorsale en possède deux,

Fig. 345. — Extrémité céplialique d'Ascwis lumbricoïdes, d'après Leuckart. A, face dorsale; B, face ventrale.

les lèvres inférieures seulement chacune une. Les trois lèvres sont contiguës par leur face latérale à leur point d'attache; elles sont mobiles et peuvent alternativement s'écarter et se rapprocher, grâce à deux faisceaux musculaires qui proviennent des muscles longitudinaux du corps et se continuent à leur intérieur : le plus gros faisceau joue le rôle de rétracteur, le plus faible est son antagoniste.

Même lorsqu'elles sont rapprochées les unes des autres, les lèvres laissent entre elles un étroit canal triangulaire qui, à leur base, se continue avec l'infundibulum buccal. Ce dernier se continue lui-même avec l'œsophage, tube cylindrique, long de 6 à 7 millimètres, large de lmm,3, à lumière étroite et d'ordinaire plus ou moins régulièrement triangulaire. L'œsophage

ASCARIS LUMBRICOIDES. 077

est constitué par une épaisse couche de muscles radiaires, limitée à chacune de ses deux faces par une cuticule chitineuse ; la cuticule interne provient d'une réflexion de la couche chitineuse du tégument. Ce tube est limité en arrière par un étranglement circulaire, sorte de sphincter qui se ferme au moment de l'ingestion des aliments et qui s'ouvre ensuite pour permettre à ceux-ci de pénétrer dans l'intestin.

D'après Lowne, l'œsophage présenterait à son origine trois crêtes en forme de raquette, alternes avec les lèvres et couvertes d'un grand nombre de pointes acérées : ainsi seraient constituées trois dents pharyngiennes, dont la face externe donnerait insertion à des muscles pharyngiens transversaux ; ceux-ci correspondent sans doute au sphincter que Leuckart signale et qui a pour antagoniste de courtes fibres rayonnantes allant de l'extrémité antérieure de l'œsophage au tégument.

L'œsophage ne joue aucun rôle dans les phénomènes chimiques de la digestion : il aspire simplement les liquides au milieu desquels le Ver est plongé. Le jeu de ses muscles radiaires dilate sa cavité et le remplit de substances que le simple relâchement de ces mêmes muscles, joint sans doute à l'occlusion du sphincter supérieur, suffit à refouler jusque dans l'intestin.

Ce dernier est la portion la plus importante de l'appareil digestif : il occupe toute la longueur du corps et, chez les individus de grande taille, peut avoir jusqu'à 2 millimètres de largeur; il est aplati de haut en bas et élargi dans le sens des champs latéraux, auxquels il se rattache par du tissu conjonctif délicat. C'est seulement à chacune de ses extrémités, au voisinage de l'œsophage et du rectum, qu'il présente une section transversale circulaire. Dans ses deux tiers postérieurs, il est entouré par les circonvolutions des tubes génitaux (fig. 346 et 348) ; dans le reste de son trajet, il est uni aux vésicules musculaires d'une façon si intime, que la cavité du corps s'oblitère en entier et se réduit aux étroits espaces situés entre les lignes latérales et la paroi de l'intestin.

L'intestin a une teinte brunâtre, qui tient à ce que son épithélium renferme, surtout dans sa moitié externe, de nombreuses granulations graisseuses. Cet épithélium est formé de cellules cylindriques, longues de 140 à 180 j*, larges de 10 jx :

b,ii ORDRE DES NÉMATODES.

leur surface interne est recouverte d'une cuticule percée de fins canalicules. L'intestin est totalement dépourvu de muscles : la progression des aliments ne peut s'y faire que grâce à la contraction des muscles du corps.

Le rectum est représenté par un court canal cylindrique, plus étroit que l'intestin dont il est séparé par un léger étranglement. A peine appréciable chez la femelle, il est un peu plus apparent chez le mâle et reçoit à la face dorsale le canal éjaculateur. Il est reconnaissable à son épithélium cylindrique, plus surbaissé que celui de l'intestin, mais recouvert d'une cuticule épaisse et plissée; il est pourvu extérieurement de muscles longitudinaux, dont l'équivalent ne se retrouve point sur l'intestin. Celui-ci présente enfin à sa terminaison deux glandes unicellulaires, larges de 200 p et situées à la face ventrale. Chez le mâle, le rectum et les organes génitaux s'ouvrent dans un cloaque commun (fig. 347), qui débouche au dehors par un orifice subterminal, percé à la face ventrale; chez la femelle, le rectum s'ouvre seul au dehors, par un anus également subterminal et ventral, limité par deux lèvres saillantes (fig. 342).

L'Ascaride est dépourvue d'appareil vasculaire. Lowne a décrit comme tel un système compliqué de vési&ules et de canaux. Les vésicules ne sont autre chose que la partie interne des cellules musculaires; elles seraient réunies par des branches transversales à quatre troncs longitudinaux qui se ramifieraient en avant pour former un réseau; celui-ci serait limité finalement par un anneau que Bastian a pris jadis pour un anneau nerveux et duquel partiraient six courtes branches longitudinales, allant s'ouvrir chacune à la base et sur le côté des trois lèvres. L'existence de ce système n'a été constatée par aucun autre observateur.

Le liquide nourricier remplit donc la cavité du corps, représentée par les espaces compris entre la couche musculaire et l'intestin : c'est un liquide albumineux, clair et sans granulations.

L'appareil excréteur est constitué par deux canaux qui courent tout le long des lignes latérales, au voisinage de la surface interne, et qu'il est aisé de reconnaître sur les coupes transversales (fig. 343, g; fig. 344, f). Ces canaux avaient été observés déjà par Bojanus et Cloquet; leur lumière est ovale et large de 2b p. au maximum. Arrivés à un demi-millimètre environ en arrière du collier œsophagien, ils s'infléchissent vers la ligne médio-venlrale et se réunissent en un seul tronc médian (fig. 344, g), qui s'ouvre

ASCA.KIS LUMHRICOIDES.

à la face ventrale au-dessous du ganglion ventral (flg. 345, B).

Les canaux excréteurs (1) s'oblitèrent en arrière, au point où les champs latéraux se confondent avec la couche granuleuse de la cuticule. Ils renferment un liquide incolore et transparent qui, en raison de l'absence de cils, ne peut être mis en circulation que par la vis à tergo ou par les contractions générales du corps.

Comme la grande majorité des Némalodes, l'Ascaride lombricoïde est toujours unisexué ; nous avons indiqué déjà quels caractères extérieurs permettent de distinguer les deux sexes (fig. 341 et 342).

L'appareil génital mâle est formé d'un simple tube auquel sont annexés deux spicules jouant le rôle d'organes d'accouplement (fig. 346 et 347). Le tube a environ huit fois la longueur du corps : il occupe la moitié postérieure du corps et n'empiète que fort peu sur la moitié antérieure ; il se replie sur lui-même un grand nombre de fois et se loge surtout à la face inférieure de l'intestin. En l'examinant de près, on reconnaît dans sa disposition générale une branche montante et une branche descendante, toutes deux très sinueuses.

A son extrémité libre, le tube testiculaire est si fin qu'il est difficilement visible à l'œil

(I) D'après Joseph, ces canaux ne pourraient s'injecter d'avant en arrière, par le pore excréteur; l'injection ne pourrait se faire que d'arrière en avant, vers le milieu de la longueur du corps.

Fig. 346. — Ascaride mâle, de grandeur naturelle, ouvert dans une partie de sa longueur, d'après Davaine. - a, extrémité antérieure ; b, extrémité pos-

ORDRE DES NÉMATODES.

nu : il n'a que 34 [/. de largeur. Son diamètre va en augmentant progressivement et mesure déjà 0mm,2 dans la partie inférieure de la branche ascendante ; il atteint 1 millimètre et plus au point où la branche descendante vient se terminer sur la vésicule séminale (fig. 346, d).

Le tube lesticulaire est limité extérieurement par une cuticule anhiste; en dedans, il est tapissé d'un épithélium dont la structure présente, suivant les régions, les modifications les plus grandes; celte structure a été bien étudiée par Ed. van Beneden et Julin. La lumière du canal est remplie dans presque toute son étendue, sur plus d'un mètre de longueur, par les cellules-mères des spermatozoïdes, éléments globuleux, larges de 22 (/. et renfermant un gros noyau. Dans la portion la plus externe du tube, sur une longueur de 40 à 30 millimètres seulement, les cellules-mères des spermatozoïdes se divisent en deux, puis en quatre et donnent ainsi naissance à des globules arrondis, infiltrés de grosses granulations, larges de 13 à 16 y., dépourvus d'enveloppe, mais munis d'un gros noyau.

Ces globules ne sont autre chose que les spermatozoïdes : ceux-ci ont donc un aspect tout particulier, reconnu tout d'abord par von Siebold; ils sont dépourvus du long flagellum qui caractérise les zoospermes des autres animaux. Ils se déplacent au moyen de mouvements amiboïdes et, chez les Strongylides, les changements de l'orme sont tellement accentués qu'ils rendent parfois l'organisme totalement méconnaissable.

Leuckart appelle canal déférent la partie inférieure du tube testiculaire, celle où les cellules-mères subissent les modifications qui doivent donner naissance aux spermatozoïdes. Le canal déférent aboutit à la vésicule séminale (fig.

346, d; fig. 347, a), canal cylindrique, dirigé d'avant en arrière. Celle-ci est longue de 60 à 70 millimètres, large de près de 2 millimètres et située au-dessous de l'intestin. Sa cuticule est épaissie ; sa couche épilhéliale est formée de cellules fusionnés

Fig. 347.— Coupe longitudinale dorsoventrale de l'extrémité postérieure de l'Ascaride mâle, d'après Leuckart.

— a, vésicule séminale; ô, intestin ; c, cloaque ; d, anus; e, spicule.

ASCARIS LUMBRICOIDES. 08 1

en une masse granuleuse, dont la surface libre est irrégulière et recouverte de papilles. Celles-ci supportent enfin des faisceaux de longs filaments ramifiés, ayant l'aspect des pseudopodes des Foraminifères et animés comme eux de lents changements de forme. La vésicule séminale est un réservoir dans lequel le sperme s'accumule. Elle se rétrécit en arrière et présente à sa terminaison une sorte de sphincter; celui-ci ne peut être forcé que par la contraction de certains faisceaux musculaires qui s'étendent des faces latérales à la ligne médio-ventrale et fonctionnent à la façon de compresseurs de la vésicule séminale.

Cette dernière communique finalement avec le cloaque par l'intermédiaire du canal éjaculateur , conduit long de 7 à 8 millimètres, dont l'épithélium est formé de hautes cellules cylindriques qui le réduisent à une étroite lumière. Ce canal possède une double assise musculaire : une couche longitudinale et une couche transversale, qui s'intriquent et s'anastomosent l'une avec l'autre, de manière à constituer un réseau dont les diverses parties se contractent en même temps. Ces muscles ont pour effet d'aider à l'éjaculation du sperme, au moment du coït.

Sur la paroi dorsale du cloaque, un peu en arrière de la terminaison du canal éjaculateur, viennent déboucher deux étroits culs-de-sac, dans chacun desquels se trouve logé un spicule (fig. 347, e). Les spicules sont des bâtonnets chitineux longs de 2 millimètres environ, larges de 0mm,25 au maximum et légèrement incurvés. Leur extrémité interne ou antérieure est comme tronquée et donne insertion à quelques fibres musculaires qui les mettent en mouvement et qui vont se perdre d'autre part dans la paroi du corps ; l'extrémité postérieure est effilée, obtuse et peut faire saillie au dehors, à travers les lèvres du cloaque (fig. 341 ; fig. 346, b). Grâce à l'incurvation de son extrémité caudale, l'Ascaride mâle peut s'enrouler autour du corps de la femelle dans l'acte de la copulation : les spicules proéminent alors et s'introduisent dans la vulve qu'ils maintiennent béante.

L'appareil génital femelle (fig. 348) est formé de deux tubes, repliés un grand nombre de fois sur eux-mêmes et dont la longueur est encore plus considérable que celle du tube

ORDRE DES NÉMATODES.

testiculaire : chez une femelle longue de 20 centimètres, les deux tubes ont une longueur totale de 280 centimètres ; chez une femelle de 28 centimètres, leur longueur totale atteint près de 3 mètres ; ils sont donc proportionnellement plus longs chez le jeune que chez l'adulte. Les deux tubes, e, s'unissent finalement l'un à l'autre pour constituer un court vagin. Celuici s'ouvre au dehors par la vulve, c, au niveau de laquelle le corps s'élargit légèrement.

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Le tube génital, e, se compose de trois parlies à structure bien distincte: l'ovaire, l'oviducte et l'utérus. L'ovaire occupe une longueur d'environ 120 centimètres: il commence par une extrémité effilée, fermée en cul-de-sac et consiste en un long tube blanc, à mince paroi. Celle-ci est constituée par une cuticule anhiste, tapissée intérieurement par un épithélium granuleux, dont les cellules très allongées ont pris l'aspect de fibrilles. L'axe du canal est occupé par un cordon fibreux, le rachis, sur lequel sont attachées les cellules ovulaires. Celles-ci sont en nombre si considérable qu'on en trouve parfois jusqu'à cent et davantage sur une même coupe transversale: elles sont en forme de coin, rayonnent autour du rachis et, dans les parties inférieures de l'ovaire, atteignent une longueur de 200 t>., alors que leur base n'est large que de 40 y.. Dans ces mêmes régions, le rachis s'amincit notablement et se divise en petites grappes ovulaires. En même temps, les ovules perdent leur aspect conique; ils se raccourcissent et se renflent, de manière à prendre davantage leur

Fig. 348. — Ascaride femelle, de grandeur naturelle, ouvert dans toute sa longueur, d'après Davaine. — a, extrémité antérieure ; 6, extrémité postérieure; c, vulve; d, ligne latérale; e, les deux tubes génitaux s'unissant l'un à l'autre au voisinage de la vulve, pour former un court vagin.

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