‹ Traité de zoologie médicale [electronic resource] (volume 2)Chapitre 68 sur 77 · MR · texte numérisé non relu

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ASCARIS LUMBRICOIDES. MM forme définitive. Finalement, les œufs se détachent de leur support et le rachis disparaît.

L'oviducte fait suite à l'ovaire, dont il se dislingue par l'absence de rachis et par la présence d'une couche musculaire transversale qui va en augmentant d'épaisseur vers l'utérus. Son épithélium, formé de cellules courtes et larges, rappelle celui de la vésicule séminale, chez le mâle : elles sont recouvertes de longues villosités claviformes, qui réduisent d'un tiers au moins la cavité de l'organe. Cette cavité est -remplie d'ovules libres qui, lorsqu'ils sont abondants et répartis par petits amas, la distendent et lui donnent un aspect noueux.

Leuckart appelle receptaculum seminis la portion du tube génital qui fait suite à l'oviducte : c'est un segment cylindrique, long de 16 millimètres et dont la largeur, variable avec le degré de réplétion, est à peu près double de celle de la partie précédente. L'épithélium a la môme structure générale que dans l'oviducte, mais les villosités sont plus écartées les unes des autres; au lieu d'être claviformes, elles ont l'aspect de hautes lamelles triangulaires, dont les contours délicats sont munis d'expansions de forme si changeante qu'on ne peuL douter de leur nature amiboïde. La surface entière des lamelles est constamment recouverte des spermatozoïdes. L'intérieur de la poche, dont la cavité est notablement plus vaste que celle de l'oviducte, est également remplie d'un nombre immense de spermatozoïdes : c'est en cette partie de l'appareil femelle que s'accomplit la fécondation. Après leur pénétration dans les voies génitales femelles, les spermatozoïdes subissent de profondes modifications dont Ed. van Beneden a repris l'étude chez Ascaris megalocephala.

Les muscles du receptaculum seminis sont la continuation directe de ceux de l'oviducte. Ils sont disposés circulairement et forment une couche distincte ; quelques fibres longitudinales se séparent à angle droit des précédentes et, après un trajet plus ou moins long, se terminent par des ramifications nombreuses.

L'utérus communique avec le réservoir séminal par un rétrécissement en forme de sphincter ; il est dirigé d'avant en arrière, à la face inférieure du tube digestif. 11 estreconnaissable à sa grande épaisseur, qui est de lm«,5 à lmm,7. Sa longueur est de 200 millimètres chez une femelle longue de 280 millimètres; elle est de 113 à ISO millimètres chez une femelle longue de 205, d'après Leuckart. Cet auteur évalue la capacité des utérus à 900 ou 1000 millimètres cubes et à dix ou onze millions la quantité d'œufs qu'ils peuvent contenir. Comme ces organes sont toujours remplis, on peut ainsi se faire une idée de l'étonnante fécondité de l'Ascaride; Eschricht évalue à 60 millions le total des œufs renfermés dans l'appareil femelle tout entier.

La paroi utérine est constituée par une tunique propre anhiste, en

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dehors de laquelle se voit une couche musculaire dont les fibres, plus ramifiées que celles du réservoir séminal, s'intriquent entre elles ; les fibres longitudinales, situées en dehors des fibres circulaires et plus indépendantes que dans le précédent segment, sont relativement peu nombreuses. L'épithélium qui tapisse la cavité de l'utérus est assez semblable à celui qui, chez le mâle, revêt la moitié inférieure de la vésicule séminale. Il est hérissé d'un grand nombre de grosses papilles, longues parfois de 70 p. et dont chacune renferme un noyau large de 20 [/.: par leur base, elles s'intercalent les unes entre les autres et on les prendrait pour des cellules, comme l'a fait Claparède pour l'Ascaride du Porc, si on ne constatait qu'elles se perdent dans une couche granuleuse commune. Les papilles n'ont pas la même forme dans toutes les parties de l'utérus : dans la région postérieure, elles s'aplatissent peu à peu, de manière à passer insensiblement aux lamelles du receptaculum seminis; du côté du vagin, elles cessent au contraire brusquement.

Le vagin est long de 6 à 10 millimètres. Sa face interne est parcourue de plis longitudinaux, recouverts d'une cuticule claire et assez épaisse ; la lumière de l'organe est presque entièrement comblée par ces plis et se réduit à une fente étroite et étoilée. Les muscles et la couche granuleuse dont dépendent les plis occupent environ un tiers de l'épaisseur totale; les muscles longitudinaux, du moins dans la moitié antérieure, sont presque aussi développés que les muscles circulaires.

Quand l'œuf arrive dans l'utérus, il n'est encore constitué que par un amas vitellin plus ou moins régulièrement ovale, long de 50 à 65 [x, large de 43 y. et dépourvu de membrane d'enveloppe ; il n'est pas rare de voir des spermatozoïdes attachés à sa surface. La coque se montre bientôt, sous forme d'une mince membrane à contour net : par suite de son épaississement, elle se dédouble en deux membranes superposées. L'interne est la plus résistante et la plus réfringente; une assez forte pression est nécessaire pour la rompre. L'externe est plus friable, malgré sa plus grande épaisseur : elle est formée de couches concentriques indiquées par une délicate striation. Quand cette double coque s'est constituée, l'œuf arrive dans la moitié antérieure de l'utérus : une substance albumineuse claire se dépose alors à sa surface. Cette substance forme d'abord un revêtement homogène, mais se soulève bientôt en petits tubercules hémisphériques, longs

ASCARIS LUMBRICOÏDES.

de 5 à 6 (x, qui donnent à l'œuf un aspect caractéristique (fig. 340). Les œufs sont agglutinés entre eux par leur enveloppe d'albumine, de manière à former dans la partie antérieure de l'utérus des amas plus ou moins volumineux; ils ne se séparent les uns des autres qu'au moment du passage à travers le vagin; mais leur union est parfois si intime que, plutôt que de se rompre, les tubercules s'étirent en longs et minces filaments.

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On admet généralement que l'Ascaride lombricoïde ne vit pas très longtemps et que son existence ne dépasse pas une année : la femelle mourrait ou serait expulsée quand la ponte est achevée et la présence de Vers chez un même individu pendant plusieurs années tiendrait à la continuité de l'infestation. Cette opinion est sans donte le plus souvent exacte; elle est néanmoins contredite par les cas exceptionnels où le parasite détermine certains accidents de longue durée, qui prennent fin au moment de son évacuation.

Le Ver se tient dans les premières portions de l'intestin

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grêle; l'anus est la voie par laquelle il est normalement I expulsé, mais il n'est point rare, ainsi que nous le verrons plus loin , de le rencontrer en d'autres points du tube digestif et de le voir sortir par d'autres orifices. En dehors de l'observation du parasite, la présence des œufs dans les matières fécales (1) ou même dans les vomissements (2) est un signe certain de diagnostic.

L'Ascaride est rarement solitaire; il est habituel de trouver dans l'intestin deux à six individus, mais c'est par exception, du moins dans les climats tempérés, qu'on en trouve un plus grand nombre; clans les régions tropicales, les parasites peuvent au contraire devenir extrêmement nombreux et constituer un véritable danger. Cobbold parle d'un cas dans lequel le Dr Cooper Rose aurait vu un entant de quinz-e mois expulser 30 Vers, à la suite de l'administration de la santonine. Smith cite un enfant qui en a rendu 39; Playfair en vit évacuer 69, Spalding 100, Kuchenmeister 103, Victor 122, Martin 140 chez un enfant de cinq ans. Mackeith, de Sandhurst, Kent, en fit rendre 300, d'après Cobbold, à une fillette de cinq ans et demi. Morland en trouva 36b dans l'intestin grêle d'un enfant qui en avait déjà rendu un grand nombre par la bouche. Kuchenmeister cite encore un enfant qui en rendit de 3 à 400. Pôle en vit évacuer 441 en trente quatre jours et Gilli parle d'un enfant qui en rendit 510. Levacher dit avoir vu souvent, aux Antilles, des enfants rendrejusqu'à 400 et 600 Ascarides. Cruveilhier estime à plus de 1000 le nombre de ceux qui- ' furent trouvés dans l'intestin d'une fille idiote : l'intestin grêle en était tout rempli. D'après Vital, le nombre des Ascarides observés à l'hôpital militaire de Constantine est le plus souvent de 2 à 4 chez les Européens, de 2 à 7 ou 8 chez les indigènes; il s'est élevé plusieurs fois à une trentaine chez ces derniers et, chez un enfant, il a même dépassé 1 800 ; l'enfant revint à la santé en très peu de jours. Petit, de Lyon, parle d'un jeune garçon qui en rendit 2 500 en cinq mois. Enfin Fauconneau-Dufresne a publié un cas dans lequel un garçon de douze ans rendit plus de 5 000 Vers en moins de trois années, la plupart par le vomissement; 600 furent évacués en un seul jour.

La présence de l'Ascaride n'exclut point celle d'autres parasites

(1) Il faut bien se garder de commettre l'erreur diuis laquelle sont tombés certains observateurs. Debey, d'Aix-la-Chapelle (Deuische Klinik, nos 1, 2 et 5, 1867), a trouvé constamment l'œuf de l'Ascaride dans les selles des cholériques et l'a décrit comme un Champignon particulier au choléra. En Angleterre, Swayne, Budd et Brittan ont attribué la môme signification aux œufs de l'Ascaride, de l'Oxyure et du Trichocéphale.

(2) Ruggi en cite un cas dont il sera question plus loin.

ASCARIS LUMRRICOIDES. 687

dans l'intestin. Millier a relevé le résultat de 135 autopsies faites à l'asile des aliénés d'Erlangen : le parasite a été rencontré 39 fois, savoir : 14 fois seul, 6 fois avec l'Oxyure, 8 fois avec le Trichocépliale, Il fois avec l'Oxyure et le Trichocépliale. De même, sur OU autopsies pratiquées à Kiel du Ier octobre 1872 au 30 septembre 1875, Arn. Hellera trouvé 108 fois l'Ascaride, savoir : 32 fois seul, 16 fois avec l'Oxyure, 26 fois avec le Trichocéphale, 34 fois avec l'Oxyure et le Trichocéphale. 11 est inutile d'insister davantage sur ce point et de faire ressortir que l'Ascaride peut encore se rencontrer dans l'intestin avec des Cestodes ou des Trématodes.

Le parasite s'observe surtout chez les enfants, quelques auteurs disent môme exclusivement. Puistienne a recueilli 100 observations d'après lesquelles il conclut que la plus grande fréquence est de six à dix ans; il a cherché en vain des cas se rapportant aux deux âges extrêmes de la vie. Gribbohm le dit plus fréquent d'un à quinze ans. A Bâle, Zâslein indique sa prédominance de un à dix ans (19,4 p. 100 des cas) et de onze à vingt ans (21 ,3 p. 100 des cas). De Lille dit l'avoir observé chez un enfant de onze semaines.

Pendant un an et demi de service à Indret, J. Duval a observé 153 cas d'Ascarides ayant manifesté leur présence par des troubles de la santé de ceux qui en étaient porteurs. Ces 153 cas peuvent se répartir ainsi :

De 8 mois et demi à un an 2 cas

De 1 an à 10 ans 72

De 10 ans à 16 ans 51

De 16 ans à 26 ans 18

De 26 à 35 ans 9

A 85 ans 1

De son côté, Millier est arrivé au résultat suivant, d'après les autopsies faites à Dresde de 1852 à 1862 et à Erlangen de 1862 à 1872 :

De 1 à 5 ans 10,09 p. 100

De 15 à 20 ans 27,58 —

De 45 à 50 ans 15,12 —

Ces statistiques démontrent que l'Ascaride peut s'observer chez l'Homme à tous les âges de la vie (1), mais qu'il est particulièrement fréquent dans la jeunesse et dans l'adolescence. La prédominance du parasite dans le jeune âge a été constatée par la plupart des observateurs, encore que, dans certains cas, elle soit très peu marquée; parfois même on observe sa plus grande fréquence à l'âge adulte et chez les femmes.

(I) Heller l'a vu à Kiel chez un vieillard de 78 ans.

088 ORDRE DES NÉMATODES.

K. Muller a encore donné des renseignements précis sur la fréquence du parasite d'après l'âge et le sexe. Pour Dresde, la statistique était la suivante :

1164 hommes ont présenté l'Ascaride 95 fois, soit 8,1 p. 100

739 femmes — 70 9 5

36 enfants — 15

Au total, 1939 individus — 180 g'j

Pour Erlangen, le résultat était fort différent, en ce qui concerne le jeune âge :

845 hommes ont présenté l'Ascaride 93 fois, soit 11 p. 100

513 femmes — 81 15 7

397 enfants — 53 jg'3

Au total, 1755 individus — 527 12' 9 —

Enfin, Arn. Heller a publié une statistique analogue, d'après les

autopsies pratiquées à Kiel du 1" octobre 1872 au 30 septembre 1875 :

266 hommes ont présenté l'Ascaride 32 fois, soit 12 p. 100

194 femmes — — 43 22 2

151 enfants — — 33 2 1 8

Au total , 611 individus — — 108 — 17,7 —

Dans ces différentes statistiques, on compte comme enfants tous les individus âgés de moins de quinze ans.

Sur 482 autopsies faites à Dorpat, Cruse a observé le parasite dans 9,9 p. 100 des cas, savoir : chez 8 p. 100 des individus mâles et chez 12,4 p. 100 des individus femelles. A Kiel, Gribbohm dit qu'on le trouve dans 18,3 p. 100 des autopsies. D'après 752 autopsies faites à Bâle, de 1877 à 1880, Zàslein dit qu'on l'a rencontré 86 fois, soit dans la proportion de 11,4 p. 100. Enfin, Vital dit que, à Constanline, on le voit 1 fois sur 7 indigènes et 1 l'ois sur 33 Européens.

Le sexe n'a aucune influence sur l'aptitude à contracter le parasite ; il en est évidemment de même de l'état social et de la profession. Sa plus grande fréquence à la campagne qu'à la ville s'explique par l'usage plus répandu d'eau non filtrée.

Quant à sa fréquence chez les aliénés ou les idiots, elle s'explique bienplusparuneperversiondugoûtqueparun étatconstilutionnel particulier. A Erlangen, tandis qu'on ne rencontre l'Ascaride que 227 fois sur 1755 autopsies faites dans les hôpitaux, c'est-à-dire dans la proportion de 12,92 p. 100, ce môme parasite s'observe 39 fois sur 135 autopsies faites à l'asile d'aliénés, c'est-à-dire dans la proportion de 28,88 p. 100.

ASCARIS LUMBRICOIDES. 689

Ces résultats sont d'accord avec ceux qu'avait obtenus Vix, auquel est due la découverte de la prédominance des helminthes chez certains aliénés, notamment chez les coprophages. A l'asile de Hofheim, cet observateur a examiné 3U coprophages qui tous avaient des parasites (I), tandis que, dans le même établissement, les personnes saines et les individus légèrement malades n'étaient atteints que dans la proportion de 8 p. 100. Sur 86 aliénés ayant des helminthes, Vix a trouvé l'Ascaride 18 Cois, c'est-à-dire dans la proportion de 21 p. 100.

On attribue généralement à la saison une certaine influence sur la propagation de l'Ascaride. A l'exemple d'Hippocrate, de nombreux auteurs assurent qu'il est plus commun en automne, peut-être parce qu'ils attribuent aux fruits une certaine action sur sa dissémination; d'autres considèrent le printemps comme la saison la plus favorable à son développement. Ces faits tiennent sans doute à ce que les pluies, plus abondantes en ces saisons, entraînent dans les puits ou les ruisseaux un plus grand nombre d'oeufs et favorisent ainsi l'infeslalion.

Chr. Ev. De Lille, De pnLpatione cordis. Zwollae, 1755.

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(1) Il ne s'agit pas ici seulement de l'Ascaride, mais également de l'Oxyure et du Tnchocéphate, ce qui montre bien que la transmission de ces divers Jinlminthes reconnaît comme cause commune la voracité et la malpropreté des malades. *

Blanchard. — Zool. méd.

ORDRE DES NÉMATODES.

11 n'est point rare de voir l'Ascaride sortir par la bouche ou s'engager dans toute autre voie. Nous ne pouvons songer à entrer dans de longs détails relativement aux Ascarides erratiques; nous nous bornerons à quelques exemples récents et nous renverrons pour le reste au livre de Davaine.

L'Ascaride remonte fréquemment par le pylore jusque dans l'estomac. Ruggi parle d'une fille de vingt-trois ans qui, à la suite de coliques, vomit un liquide acide dans lequel on reconnu! les œufs du parasite. Haueur cite le cas d'un jeune enfant qui, sous l'influence de 4 dragées de santonine, rendit, tant parles vomissements que par les selles, 83 Ascarides.

Le Ver peut remonter dans l'œsophage et jusque dans le pharynx. Il sort alors habituellement par la bouche (1) ou par les narines; mais s'il rencontre sur son chemin quelque abcès ou quelque trajet fistuleux, il pourra s'y engager et occasionner des accidents plus ou moins graves. Lepelletier, du Mans, a vu deux fois des Ascarides sortir par des abcès de l'œsophage : chez le premier malade, un enfant de douze ans. 2 Vers occupaient la partie inférieure du lobe moyen du poumon gauche, un troisième était encore engagé dans l'ulcère; six autres étaient contenus dans l'œsophage. Le second malade était une fillette de cinq ans, chez laquelle l'œsophage était perforé sur un pouce au moins d'étendue: un Ver se trouvait engagé dans l'orifice; deux autres occupaient la partie correspondante du rachis ; trois étaient encore dans l'œsophage. Minaglia, cité par Leuckart, a vu un Ver pénétrer dans un trajet fistuleux existant depuis longtemps entre le pharynx et les muscles du cou : sa tête s'était insinuée entre les corps vertébraux et avait occasionné une méningite mortelle.

Davaine ne cite que deux cas d'Ascarides ayant pénétré dans la trompe d'Eustache; celui de Winslow et celui de Bruneau ; nous pouvons ajouter trois autres observations. Reynolds cite le cas d'une femme de trente-cinq ans qui, à la suite de phénomènes généraux graves et à la suite de douleurs d'oreille très intenses, rendit un Ascaride par le conduit auditif externe droit et deux autres par le conduit gauche. Turnbull parle d'une fillette de huit ans qui, depuis un an environ, se plaignait de légères douleurs d'oreille : à la suite d'une scarlatine, celles-ci devinrent plus vives et toute médication fut im-

(1) Il s'agit sans doute d'un cas de ce genre dans ce passage de Hollerius : « Constat enim longos et rotundos (vernies) in superioribus intestinis contineri et per os rejici. Anno 1553, in Collegio D. Barbarœ puer annos 12 natus intervallis vomere solebat longos vermes albos, e ventriculo. Sentiebat motum morsum et commotionem. Dum urgebant, sitiebat, angebatur. Nutntus fuerât lacté, et fructibus.» J. Hollerius, Omnia opéra practica, Parisns, 1664. Voir p. 420.

ASCARIS LUMRRICÛIDES.

puissante à les combattre. Subitement, l'enfant ressentit une vive douleur dans le conduit auditif externe ; elle tira elle-même un Ascaride hors de ce conduit ; les douleurs qui duraient depuis dixneuf mois cessèrent alors. Dagand rapporte un exemple analogue : au cours d'une rougeole, un enfant fut atteint d'un grand nombre de Vers; l'un d'eux sortit par le canal auditif.

On a vu encore des Ascarides passer des fosses nasales dans le canal nasal et déboucher par les points lacrymaux, à l'angle interne de l'œil: tels sont les cas d'Amatus Lusitanus (Rodriguez) et de Vrayet, cité par N. Andry.

Le parasite peut encore s'introduire par la glotte jusque dans les voies respiratoires et déterminer la mort par suffocation. Davaine en cite 15 cas, dont 9 se rapportent sûrement à des Vers introduits dans les voies respiratoires pendant la vie : dans un cas, la guérison s'établit; dans un autre, l'introduction de l'helminthe dans le larynx ou la trachée n'est pas certaine; enBn, dans les trois derniers cas, le <ite s'était peut-être introduit après la mort dans l'appareil respiratoire. Donati a vu un garçon de cinq ans mourir suffoqué par un Ascaride.

De l'intestin grêle, l'animal peut passer dans le canal de Wirsung et s'enfoncer plus ou moins dans la substance du pancréas. Davaine en cite 4 exemples; Nash en a observé un autre.

Ruggi, Uova d'Ascaridi lombricoïdi trovata accidentalmente in liquida rigetta pervomite. Rivista clinica di Bologna, (2), II, p. 15, 1872.

Haueur. Union méd. et scientif. du nord-est, I, p. 53, 1877.

Donati, Un caso di suffocazione per un Ascaride penelrato ne lie vie aëree. Annali univ. di medicina, 1878.

Turnbull, Communication concerning two cases of perforation of ihemembrana tympani from Ascaris lombricoïdes, with remarks upon the curious habits of this human parasite. The med. and surgical Reporter, XIV, 1881.

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11 est beaucoup plus fréquent de voir le parasite s'engager dans les voies biliaires. En 1858, Bonflls en citait déjà 23 cas ; Davaine a pu en réunir 39 et, depuis lors, divers observateurs ont constaté des faits analogues : c'est ainsi que Schiïppel en a vu 6 cas. Le parasite se comporte de diverses façons : dans le cas le plus simple, il n'est engagé qu'en partie dans le canal cholédoque, le reste de son corps étant encore dans le duodénum ; d'autres fois, il est contenu en entier dans le canal cholédoque, dans la vésicule biliaire ou dans les

6»2 OUDRE DES NÉMATODES.

conduits biliaires plus ou moins dilatés, mais sans que le tissu du foie soit altéré ; dans d'autres circonstances, les canaux biliaires sont rompus, le tissu hépatique est plus ou moins altéré ; enfin, le Ver a été vu par Rœderer et Wagler dans un kyste hydalique du foie.

On ne trouve ordinairement qu'un seul Ascaride, ou qu'un petit nombre d'Ascarides, le plus souvent encore vivants, dans les canaux biliaires sains. On peut croire alors que le parasite a pénétré dans les voies biliaires peu de temps avant la mort, peul-ôire môme après celle-ci. Dans d'autres cas, le Ver séjourne depuis plus longtemps dans les canaux : il détermine alors de profondes lésions soit des canaux eux-mêmes, soit du foie, et provoque l'apparition de graves symptômes qui peuvent amener la mort.

L'helminthe pénètre par l'ampoule de Vater : le pore biliaire, large de 2 millimètres, s'élargit alors considérablement. Davaine admet qu'il a dû être élargi au préalable par diverses causes, telles que le passage d'Échinocoques ou de calculs biliaires ; mais il n'est pas nécessaire d'invoquer une semblable explication, car le pore biliaire est facilement dilatable et on sait d'ailleurs que c'est surtout dans le foie des enfants que se rencontre le parasite. Celui-ci a toujours la tête dirigée en avant; s'il se présente en sens inverse à l'intérieur des canaux biliaires, c'est qu'il a fait volte-face soit dans une dilatation de ceux-ci, soit dans la vésicule.

On doit considérer comme exceptionnels les cas où l'Ascaride pénètre dans les voies biliaires par une autre voie que celle dont il vient d'être question. Dans un cas rapporté par Gôller, Schûppel a vu chez un vieillard les ganglions lymphatiques voisins du duodénum devenir le siège d'un ramollissement qui s'était ouvert d'une part dans l'intestin, d'autre part dans le canal hépatique et dans la veine porte: plusieurs Ascarides avaient suivi cette route pour arriver jusque dans les canaux biliaires et dans les vaisseaux du foie.

Le nombre des Vers trouvés dans les voies biliaires chez un même individu est très variable. On en rencontre ordinairement un seul, rarement plus de 3 ou 4. D'après Leidy, le Musée de l'Université de Philadelphie renferme la préparation d'un foie d'enfant, dans les canaux biliaires duquel un certain nombre d'Ascarides s'étaient engagés. Pellizzari a vu chez un seul individu 16 Vers, renfermés en différents points des voies biliaires. A l'hôpital général de Vienne, Murchison a vu une préparation dans laquelle le canal cholédoque était transformé en une poche grosse comme le poing et remplie d'un grand nombre de parasites. Chez un vieillard de soixante ans, mort d'ictère généralisé avec fièvre intense, Vinay a trouvé plus de 20 Ascarides dans le canal cholédoque ; le canal pancréatique en contenait également dans presque toute son étendue ; on en trouvait encore dans

ASCARIS LUMBRICOIDES.

le crecum et jusque dans la partie moyenne de l'œsophage. Chez un individu âgé de trente ans, Kanulis a trouvé dans le foie environ 80 Vers, longs de 6 à 14 centimètres ; la plupart étaient encore vivants. Les canaux biliaires, extrêmement dilatés et tapissés d'une muqueuse rugueuse, étaient entourés d'une énorme quantité de petits abcès; le lobe droit renfermait la plupart des parasites, le lobe de Spigel n'en contenait que 5 ou 6. De plus, le canal cholédoque en renfermait 3, le canal hépatique 3 et la vésicule biliaire o ; on en trouvait encore plus de 120 dans l'intestin grêle, plus de 20 dans le gros intestin, plus de 20 dans l'estomac, 20 encore dans l'œsophage et le pharynx.

Les lésions provoquées par les Ascarides engagés dans les voies biliaires sont généralement très graves. Ils obstruent les canaux et arrêtent ainsi le cours de la bile : il en résulte de l'ictère, de la cholémie, de la dilataLion des canaux. La dilatation est parfois limitée, sacciforme; elle peut aller jusqu'à la rupture du canal, mais Schuppel admet que cette rupture est préparée par quelque ulcération due au parasite. Quand ce dernier séjourne longtemps dans les canaux, ceux-ci s'enflamment, leur paroi se remplit de pus et l'inflammation peut se propager au tissu hépatique lui-même : ainsi prennent naissance des abcès du foie, parfois fort étendus.

Ces abcès s'ouvrent de diverses manières. En 1786, Kirkland a vu sortir un Ascaride, en même temps que le pus, d'un abcès du foie qui s'était ouvert à travers la peau, au niveau de la dernière fausse côte droite. Chez une fille de quinze ans, Lebert a vu un abcès du foie s'ouvrir à travers la diaphragme, puis se frayer un chemin à travers le poumon droit jusque dans les bronches.

La mort est la terminaison habituelle de cas aussi graves. Toutefois, même dans les cas d'hépatite suppurée, la guérison peut se faire, si les abcès s'ouvrent et expulsent les Vers soit à travers la peau, soit dans l'intestin.

11 ne sera pas hors de propos de consigner ici une observation dont nous sommes redevables au Dr J. Cassagnon, médecin de la marine : il s'agit d'un Ascaride d'espèce indéterminée, trouvé dans le foie d'un Chimpanzé mâle, venu du Gabon et mort à Saint-Louis du Sénégal, après un séjour d'une dizaine de jours environ. Le Ver avait causé un abcès de la grosseur d'un fort œuf de Pigeon ; il était encore vivant quand on l'en retira, plus de douze heures après la mort. Quelques jours auparavant, leChimpanzé avaitrendu par l'anus un assez grand nombre de parasites de même nature.

E. A. Bonfils, Des lésions et des phénomènes pathologiques déterminés par la présence des Vers Ascarides lombricoïdes dans les canaux biliaires. Arcli. gén. de méd., I, p. G61, 1858.

ORDRE DES NÉMATODES.

G. Pellizzari, Di sedieci vermi lombricovli penetrati net condotti biliàri net fegato durante la vita dell' infermo. Bollettino del Museo e délia scuola cfanat. patol. di Firenze, 1864.

Vinay, Observation d'ictère généralisé tenant à la présence de Lombrics dans les voies biliaires. Lyon médical, I, p. 251, 1809.

O. Schuppel, Die Krankheiten der Gal/enwege und der l'forlader. H. von Zicmssen's Handbuch der spec. Pathol. und Thérapie, VIII 1 Hïilfte 2. Abth., 1880. Voir p. 171.

Kartulis, Ueber einen Fall von Auswanderung einer grossen Anzahl von Ascariden {Ascaris lumbricoïdes) in die Gallengànge und die Leber. Centralblatt fur Bactériologie und Parasitenkunde, I, p. G3, 1887.

Il arrive parfois que l'Ascaride passe de l'intestin dans la cavité péritonéale. A l'autopsie, on trouve dans celle-ci un ou plusieurs Vers : par exception, Mangon en a rencontré 29 et Duben 47. La provenance du parasite n'est pas douteuse : on trouve d'autres Vers de même espèce dans l'intestin el la paroi de celui-ci est le plus souvent percée de trous plus ou moins nombreux qui ont livré passage aux individus erratiques.

La cause de ces perforations a été très discutée : Spigel, Andry, van Dœveren et d'autres l'attribuent uniquement à l'action des Vers, soit que ces derniers les aient produites eux-mêmes, soit qu'ils aient déterminé la formation de foyers de gangrène ; Plater, Rudolpbi, Bremser, Kùchenmeister et Davaine admettent au contraire qu'elles se forment toujours sans la participation du parasite. Ces deux opinions sont évidemment trop absolues.

Mondière, de Loudun, émit une autre manière de voir, qui fut adoptée par différents auteurs, notamment par von Siebold. Le Ver serait capable de traverser la membrane intestinale (1), en écartant simplement les fibres ; son passage achevé, celles-ci reviendraient sur elles-mêmes, grâce à leur élasticité et à leur contractilité, et toute trace de perforation pourrait disparaître. Ainsi s'expliqueraient les cas où, à l'autopsie, la paroi de l'intestin se montre intacte sur toute son étendue.

Il est certain que beaucoup d'helminthes traversent la paroi de l'intestin delà manière invoquée par Mondière : des exemples nombreux de ce fait nous sont fournis parla classe même des Nématodes (Trichine, Filaire du sang, Filaire de Médine), mais il est à remarquer que les animaux qui se comportent ainsi sont toujours de fort petite taille. Or, on ne saurait admettre que l'Ascaride, même jeune, puisse traverser la paroi de l'intestin sans laisser derrière lui un orifice, comme trace de son passage. Aussi Davaine a-t-il eu raison de rejeter l'explication proposée par Mondière.

(1) Stôrck a rencontré des Ascarides dans l'épaisseur même de l'intestin, chez une femme.

ASCARIS LUMUIllCOIDES.

Davaine fuit remarquer d'ailleurs que, dans les cas où on l'observe, l'intégrité de l'intestin ne saurait surprendre, puisque l'Ascaride ne traverse pas toujours la paroi de celui-ci : sur 15 cas qu'il rapporte, le Ver a perforé 6 fois l'intestin grôle, 6 fois l'estomac, 2 fois l'appendice iléo-cœcal et une fois le cœcum. A ces 15 observations, nous pouvons en ajouter 15 autres (I) : dans 14 cas, la perforation siégeait sur l'intestin grôle; dans le dernier cas, elle siégeait sur l'estomac. L'intestin grôle n'est donc percé que dans 20 cas sur 30, soit dans la proportion de 66, 6G p. 100.

Comment donc se produisent les perforations intestinales? Remarquons tout d'abord que, en dehors de la présence de l'Ascaride, les perforations sont fréquentes dans les cas d'abcès de l'intestin; si l'intestin renferme des parasites, ceux-ci pourront s'engager par ces déchirures et tomber ainsi dans le péritoine.

On ne saurait méconnaître d'autre part que, si elles sont impuissantes à perforer la paroi de l'intestin, les lèvres de l'Ascaride peuvent du moins en exciter et, pour ainsi dire, en brouter la muqueuse Ces mordillements peuvent, parleur persistance, produire des foyers inflammatoires qui, suivant les cas, se termineront par résolution ou au contraire formeront de petits abcès, au niveau desquels la membrane s'ulcérera et pourra môme se perforer.

Dans 15 cas cités par Davaine, 5 seulement avaient été accompagnés de péritonite; et encore, dans 2 cas, celle-ci avait été de faible importance. Considérant qu'un parasite de la taille de l'Ascaride ne saurait guère séjourner dans le péritoine sans en provoquer l'inflammation, Davaine admet que, dans la grande majorité des cas, la pénétration de l'helminthe dans la séreuse abdominale est un phénomène post mortem, dont il trouve la cause dans le refroidissement du cadavre. Les parasites, dit-il, n'ont généralement aucune tendance à quitter la partie qu'ils habitent, tant qu'ils y trouvent les conditions d'existence ; ils se hâtent au contraire de l'abandonner, dès que ces conditions leur font défaut. C'est ainsi que les Ascarides cherchent à quitter l'intestin qui se refroidit; dans leur agitation, ils rencontrent ou achèvent les perforations qui leur livrent passage ; de

(1) Ce sont les cas de Tisseire, de Bourguet, de Le Bariller, de Sandwith, cités par Davaine dans son Supplément (2° éd., p. 936) ; ceux que cite Leuckart [Menschliche Parasilen, II, p. 240) ; ceux de Buchner (3 cas), de David, de Kell et de Morgan, cités par Cobbold [Parasites, p. 251 etsuiv.); enfin ceux de Kovatsch, de Marcus et de Vichnevsky.

L'observation de Kovatsch se rapporte à un enfant de 3 ans : entre les viscères et dans l'interstice desanses intestinales, on trouvait dans le péritoine au moins une centaine d'Ascarides ; l'estomac et l'intestin grêle ne renfermaient point de Vers, mais le caecum et le côlon en contenaient un grand nombre.

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là la multiplicité des Vers émigrés, de là aussi l'absence d'accidents consécutifs à leur migration.

Cette explication est assurément fort plausible, mais elle n'envisage qu'un seul côté de la question; il n'en reste pas moins acquis que le Ver peut, pendant la vie, provoquer la production de petits abcès qui, après rupture, pourront lui livrer passage jusque dans la séreuse abdominale. La péritonite qui en résulte peut demeurer bénigne et ne pas compromettre l'existence, si le contenu de l'intestin ne s'engage pas lui-même par la même voie: l'orifice se cicatrise alors et le Ver demeure plus ou moins longtemps dans la séreuse. Au bout de quelque temps, il cherche un autre séjour et il peut traverser ainsi la paroi de l'abdomen pour s'échapper au dehors.

Il est, en effet, très fréquent de voir des Ascarides sortir à travers la paroi de l'abdomen ; on se trouve alors en présence d'abcès vermineux, tels qu'Hippocrate en cite déjà un exemple (1). Ces abcès ont l'apparence ordinaire. Ils s'ouvrent au dehors et livrent passage, soit dès leur ouverture, soit plus tard, à un ou plusieurs Vers; il est habituel de les voir également évacuer avec le pus des excréments ou une bouillie alimentaire, ce qui met hors de doute leur communication avec l'intestin.

En ajoutant aux observations citées par Davaine et par Leuckart celles que nous avons pu relever nous-même, nous arrivons à un total de 81 cas d'Ascarides sortis par les parois du corps. Ces cas se répartissent comme suit, quant au point de sortie du parasite :

Ombilic 29 fois (2)

Aine 30 (3)

Point indéterminé de l'abdomen 10 (4)

Hypocondre 2

Région lombaire 2

Abcès inguinal par congestion 2

Région sacrée 1

— pubienne 1

— périnéale 1

Abcès de la cuisse 1

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