Partie inférieure du thorax I
Ligne blanche 1
Cette statistique prouve nettement que l'Ascaride sort presque
(1) Hippocrate, De morbis vulgaribus, sectio VII, lib. VII, § 127.
(2) Savoir : 19 cas cités par Davaine, 5 cas cités par Leuckart [Menschliclie Parasiten, II, p. 241), le cas de Pomeroy cité par Cobbold et les 4 cas de Muralto, de Vital, do Casali et de Weihe.
(3) Savoir : 21 cas cités par Davaine, G cas cités par Leuckart et les 3 cas de Doublas, Howall et Maesson cités par Cobbold.
(4) Parmi lesquels les 7 cas de Bigelow, Blatchley, Lettsom, Mac Laggan, Scheppard, Young et Reginald Pierson, cités par Cobbold.
ASCARIS LUMBIUCOIDES.
exclusivement par l'ombilic ou par l'aine. En ce qui concerne ces deux régions, il est intéressant de considérer l'âge des individus chez lesquels l'observation a été faite. Dans 40 cas nmtrant dans celle catégorie et cités par Davaine, la sortie de l'helminthe s'est faite :
A l'ombilic, 15 fois chez des individus ayant moins de 15 ans.
— 4 — — plus — A l'aine, 2 — — moins —
— 19 — — plus —
L'Ascaride sort donc généralement par l'ombilic chez les enfants et par l'aine chez les adultes. Ces faits, conclut judicieusement Davaine, parlent d'eux-mêmes : la sortie du parasite à travers les parois abdominales est en rapport avec le siège des hernies, plus fréquentes à l'ombilic chez les enfants, dans l'aine chez les adultes.
Davaine admet que l'helminthe ne joue aucun rôle dans la production de l'abcès vermineux: pour lui, les choses se passent comme dans les cas ordinaires de fistule intestinale, si ce n'est que le malade présente cette particularité toute fortuite, que son intestin renferme des parasites ; ceux-ci profitent simplement de l'occasion qui leur est offerte de sortir au dehors par un chemin inusité; leur expulsion par cette voie n'aurait donc pas plus d'importance ni d'autre signification que celle des matières fécales.
Leuckart s'élève avec raison contre cette opinion trop exclusive et émet l'avis que la plupart des abcès vermineux sont directement causés par les parasites eux-mêmes. Contrairement à l'opinion de Rudolphi, de Bremser et de Davaine, il admet que l'Ascaride ne se déplace que fort peu à l'intérieur de l'intestin, ainsi que le prouve du reste l'examen in situ de parasites analogues chez des animaux qu'on vient de sacrifier. L'animal est donc habituellement sédentaire; il le devient encore plus, quand il se trouve engagé dans un sac herniaire, comme dans l'observation de Brera. Grâce à sa rigidité, la tête vient alors butter contre la paroi de l'intestin, par suite de l'inflexion du corps en arc. La pression contre la membrane, d'ailleurs tiraillée, détermine une inflammation qui, dans de semblables conditions, a vite pour conséquence la production d'un abcès. Celui-ci finit par s'ouvrir au dehors et expulse avec le pus le parasite; ce dernier étant rejeté, toute cause d'abcès a disparu; aussi l'orifice ne tarde-t-il pas à se fermer et à se cicatriser. Si d'autres Vers se trouvent au voisinage de celui auquel est due la production de l'abcès, ils pourront sortir par la même voie ; c'est ainsi que Lini, en 1838, a vu un jeune garçon de sept ans rendre 56 Vers par l'ombilic, à différentes reprises, et que Weihe a vu un enfant de quatre ans en évacuer 21 en deux fois.
Dans les cas qui précèdent, le Ver reste passif, en quelque sorte,
608 ORDRE DÈS NÉMATODES.
et se comporte à la façon d'un corps inerte qui serait introduit dans le sac herniaire. Mais il peut quelquefois jouer un rôle plus actif, ainsi que nous l'avons dit déjà, et contribuer directement à la perforation de l'intestin. Dans ces cas, l'ombilic et l'aine sont encore les points d'élection : les dépressions en entonnoir que présente leur face interne sont à peu près les seuls endroits sur lesquels le Ver, tombé dans le péritoine, puisse avoir facilement prise; toutefois, le parasite peut sortir par des points fort différents.
Parmi les observations de tumeur vermineuse sans communication apparente avec l'intestin rapportées par Davaine, il en est 16 qui sont justiciables de cette explication (1). Il en est de même pour les cas où, au lieu de se frayer un chemin au dehors, l'helminthe quitte la cavité péritonéale pour pénétrer dans d'autres organes. C'est ainsi que l'Ascaride a été trouvé dans la cavité pleurale par Luschka en 1834 et par Mûller en 1872; qu'il a été vu dans la rate par Mayer, en 1832.
On le trouve également dans les organes génilo-urinaires. Parmi les nombreuses observations, d'ailleurs peu précises, de Némalodes dans le rein, il en est sans doute plus d'une qui se rapporte à l'Ascaride.
Celui-ci peut encore pénétrer dans les voies urinaires autrement que parle rein. Davaine cite 14 observations dans lesquelles le Ver a été rendu avec l'urine par des enfants ou des adultes des deux sexes ; il n'est pas rare de voir le malade émettre par l'urèthre des matières fécales, ce qui met hors de doute l'existence d'un trajet flstuleux faisant communiquer l'intestin avec les voies urinaires. Le nombre des M Vers expulsés de la sorte est ordinairement peu considérable : un seul dans les cas de Blasius, Pereboom, Bobe-Moreau, Chopart, iDuméril, Peter Clark, t.augier et Davaine ; 2 dans le cas d'Auvily ; 5 dans le cas d'Alexandre.
Dans ces observations, l'expulsion du parasite n'a eu lieu qu'une fois, en un seul jour ; d'autres fois, elle peut se répéter à des intervalles plus ou moins éloignés. Alghisi a vu un enfant de sept ans rendre par l'urèthre, en une année, 60 Vers, Ascarides et Oxyures.
(1) Ces observations se répartissent ainsi : Hypocondre gauche (cas de Ronsseus, 1584); aine (Tulpius, Willius, Lebeau, Wanderbach) ; abcès par congestion à l'aine (Duret, Velpeau) ; côté du bas-ventre (un cas de Cliailly et Michaud); ombilic (Blanchet, Heer et un anonyme) ; points divers de la paroi abdominale (Mondière, Destretz, Ménard) ; région périnéale (Malacarne); région sacrée (J. Cloquet). .
On peut citer encore les cas suivants : liypogastre (Bingert, 1784) ; abccs de la cuisse (Combes, 1844); région lombaire (Desanctis, Piatnitski). Ajoutons encore à cette liste l'observation de Payre, citée par Leuckart, observation dans laquelle trois Vers furent trouvés dans les muscles du dos, chez un individu mort d'un vaste abcès du psoas.
ASCARIS LUMIMICOIDES. 099
Chapotin vit à l'île de France un nègre de vingt ans rendre par la tnême voie, en plusieurs mois, un grand nombre d'Ascarides longs de ;î à 4 centimètres seulement. L'observation de Kingdon se rapporte à un enfant de sept ans qui rendit plusieurs Vers à plusieurs mois d'intervalle; celle de Krakowitzer est relative à un garçon de huit ans qui évacua trois Vers à plusieurs années d'intervalle. Enfin, Dujardin cile le cas d'un individu qui rendit 3 Ascarides par le méat urinaire, à des intervalles de huit et de deux jours.
Le trajet fistuleux par lequel l'Ascaride arrive dans les voies urinaires a été reconnu à l'autopsie dans les cas de Pereboom, de Kingdon et de Krakowitzer et sur le vivant dans ceux d'Alghisi, de Chopart et de Laugier. Le plus souvent la fistule fait communiquer la vessie avec un point quelconque de l'intestin; dans le cas de Chopart, elle s'était formée entre le rectum etl'urèthre, à la suite d'une opération de taille.
L'observation rapportée par Anciaux est sans doute encore relative à des Vers engagés dans un trajet fistuleux. 11 s'agit d'une femme qui expulsa par le vagin un certain nombre d'Ascarides.
A. Vital, Enfant scrofuleux ; foyer purulent intra-perilonéal ; tumeur ombilicale; issue d'un Ascaride lombricoïcle à travers la tumeur. Gaz. médicale, p. 353, 1874.
Dujardin, Sur l'exjmlsion de trois Ascarides lombricoïdes par le méat urinaire. France médicale, XXIV, p. 107, 1877.
T. Casali, Un caso di elmintiasi con fuoriuscita di Ascaridi lombricoidi dalV ombellico. Raccoglitore medico, Forli, (4), XII, p. 281, 1879.
G. Desanchis, Abcès de la région lombaire droite, avec issue d' Ascarides lombricoïdes. Gazz. med. di Torino, 1880. Gaz. des se. méd. de Montpellier,
' E. Marcus, Durchborung des Dannes durch Rundwùrmer. Deutsches Archiv fur klin. Med., XXIX. p. 601, 1881.
Weihe, Bcitraq zu den Wurmkrankheiten des Me?ischen. Rerliner klin. Woclienschrift, XX, p. 131, 1883.
Th. D. Viclmevsky, Vers ronds, cause de nombreux cas de chorée et de perforations de l'intestin. Vratcli, V, p. 481, 1884 (en russe).
J. J. Piatnitski, Ascaris lumbricoïdes dans la région du rein. Medizinskoie Obozrenie, Moscou, XXII, p. 431, 1884. Voyenno med. J., Saint-Pétersbourg, IlIII, p. 303, 1885 (en russe).
L'Ascaride lombricoïde est un parasite cosmopolite; il est bien peu de régions du globe où on n'ait signalé sa présence. D'une façon générale, il est surtout commun dans les régions tropicales et il diminue de fréquence dans les régions froides et tempérées; mais celte règle souffre de nombreuses exceptions et il est des pays froids, comme la Finlande et le Grœnland, où il semble être extrêmement répandu. On peut dire encore
qu'il est plus commun à la campagne que dans les villes et
que, suivant les années, il se montre en plus ou moins grande-
abondance.
En France, le parasite est à peu près également répandu i partout. Guersant le trouvait à Paris chez 20 p. 100 des enfants âgés de 3 à 10 ans, mais ce nombre doit être considéré comme' trop élevé, depuis que la population parisienne fait usage d^eau filtrée. On a observé en Fiance plusieurs épidémies d'Ascarides : Bouillet dit qu'après l'hiver peu rigoureux de 1730 la population de Béziers fut attaquée presque tout entière par l'helminthe et que beaucoup de personnes moururent.
En Allemagne, Virchow l'a trouvé à Wurzburg avec une extrême fréquence; les statistiques que nous avons publiées plus haut montrent d'autre part combien il est peu rare dans des villes comme Dresde, Erlangen et Kiel; en 17ti2, Rôderer et Wagler le trouvaient à Gôttingen 12 fois sur 13 autopsies. En Suisse, d'après Zâslein, le Ver est surtout commun dans le Miinsterthal; à Undervillier, tous les habitants en seraient atteints sans distinction, sauf les ouvriers qui boivent beaucoup de vin. A la suite de la grande inondation de 1852, on a constaté sa plus grande fréquence dans quelques villages riverains du lac de Bienne ; quelques cas furent suivis de., mort.
Le parasite est également répandu dans toute l'Angleterre, mais Abbott Smit et Gobbold sont d'accord pour reconnaître qu'il s'observe de préférence chez les habitants des campagnes. On le rencontre également avec une grande fréquence en . Belgique et son extension considérable en Hollande, en Suède et en Finlande montre nettement que sa propagation se fait plus facilement dans les régions où il y a abondance d'eau douce. D'après Magnus Huss, il n'est pour ainsi dire aucun des habitants du Smaland qui n'en héberge quelques exemplaires. Enfin, Finsen etKrabbe disent que le Ver est extrêmement rare en Islande : Finsen ne l'a vu qu'une fois, chez un I enfant de 3 ans, fils d'un fonctionnaire et peut-être l'enfant avait-il pris son parasite avant de quitter le Danemark.
L'Ascaride semble être très fréquent dans toute l'Asie. Robertson et Guys le signalent en Syrie, Pruner en Arabie. Son extrême fréquence aux Indes et dans toute l'Asie orientale
ASCARIS LUMBRICOIDIiS. TOI
a été notée dès 1830 par Ward et Grant, puis par Waring en 1859, par Day en 1862; des auteurs plus récents, Huillier, Aubœur, Cobbold, confirment ces faits. 11 a encore été observé en ('.ochinchine par Raynaud, Bernard et Beaulils, en Chine par Wilson, Senart et Sirot, etc. Duteuil admet que, dans les cas de dysenterie, il peut provoquer certaines complications, en entretenant la muqueuse intestinale dans un état permanent d'irritation. Presque tous les cas de fièvre intermittente observés par Vidal en Gochincbine s'accompagnaient d'expulsion d'Ascarides : cet auteur pense que le parasite occasionne fréquemment des accidents fort graves, dont la vraie cause passe le plus souvent inaperçue, mais qui prennent fin après l'expulsion de l'helminthe; certains cas de fièvre et de diarrhée seraient même uniquement causés par ce dernier. Challan de Belval dit que l'Ascaride est très fréquent au Toukin. Enfin, les renseignements fournis par Friedel et Wernich sur son extension au Japon se trouvent corroborés par les observations de Bâlz : suivant cet auteur, le Ver y serait plus commun que partout ailleurs. Sur 23 cadavres, il l'a rencontré 21 fois, soit dans la proportion de 93 p. 100; le parasite occasionne souvent de graves anémies chroniques et même, chez l'adulte, des épilepsies vermineuses ; on trouve fréquemment jusqu'à 30 et 50 Vers pelotonnés ensemble.
L'Afrique est également infestée par l'Ascaride. Pruner, Hartmann et Vauvray signalent sa grande fréquence en Égypte et dans la vallée du Nil; Harris et Gourbon le mentionnent en Abyssinie, Chassaniol et Garrade au Sénégal, Daniell sur la côte de Guinée, etc. Nous avons dit déjà dans quelle proportion, suivant Vital, on le rencontre à l'hôpital militaire de Constantine: d'une façon générale, il est plus commun, en Algérie, chez les habitants des tribus que chez les habitants des villes; parmi ces derniers, les musulmans et les israélites en sont surtout atteints. Dutrieux l'a encore observé dans l'Afrique intertropicale, Borchgrevink et Rey à Madagascar, Allan et Mahé aux Seychelles, Grenet à Mayotte et Dyce à l'île Maurice. « Cette maladie, dit Dyce, est presque universelle à Maurice... Dans la population noire, les Ascarides se voient en si grand nombre que j'ai été souvent dégoûté de les voir sortir en même temps de l'anus et de la bouche. Un nègre m'en
ORDRE DES NÉMATODES.
apporta plein son chapeau; il m'assura les avoir rendus peu de temps auparavant. »
Aux États-Unis, Leidy signale l'extrême fréquence de l'helminthe; il est pourtant moins commun que l'Oxyure. Sa fréquence augmente considérablement dans les régions chaudes : aux Antilles, il est signalé par Pouppée-Desportes, Levacher, Dazille, Rufz de Lavison, etc. ; tous insistent sur sa grande importance pathogénique; Levacher dit qu'il est fréquent de voir des enfants rendre jusqu'à 400 et 600 Vers. Bernouilli l'a observé dans l'Amérique centrale, Rodschied et Bajon à la Guyane, Jobim et Sigaud au Brésil, Raynaud sur la côte du Venezuela : à Gayenne, d'après Bajon, la maladie des Vers et le tétanos seraient les causes de mort les plus fréquentes et les autopsies feraient souvent découvrir dans le tube digestif un nombre prodigieux d'Ascarides. L'helminthe est également très répandu au Paraguay et dans la République Argentine. Enfin, sa fréquence a été notée à Terre-Neuve par Gras et du Bois Saint-Sevrin, au Groenland par Lange.
Signalons encore sa présence en Océanie : Waitz, Heymann et van Leent l'ont observé dans l'Archipel Indien.
Wolfring, Ueber das Vorkommen der Helminthiasis in Thalmersingen Med. Correspondenzblatt bayerischer Aerzte, p. 805, 1842.
Waitz, On diseuses incident to children in hot climates. Bonn, 1843. Voir p. 263.
E. Robertson, Médical notes on Sijria. Edinburgh med. and surg. journal, LIX, p. 233, 1843. Voir p. 247.
Sigaud, Du climat et desmaladies du Brésil. Paris, 1844. Voir p. 425.
Harris, The highlands of Aethiopia. London, 1844. Voir II, p. 407.
Wilson, Médical notes on China. London, 1846. Voir p. 193.
Daniell, Sketch of the médical topography of the gulf of Guinea. London, 1849. Voir p. 53.
A. Courbon, Observations topographiques et médicales recueillies dans un voyage à l'isthme de Suez, sur le littoral de la mer Rouge et en Abyssinie. Thèse de Paris, 1861. Voir p. 35.
Raynaud, Quelques cas de colique vermineuse observée à bord de /'Adonis, côte du Vénézuela. Thèse de Montpellier, 1864.
Duteuil, Quelques notes médicales recueillies pendant un séjour de cinq ans en Chine, Cochinchine et Japon. Thèse de Paris, 1864.
Lange, Bemaerkningar om Grœnlands sygdomsforhold. Kjœbenhavn, 1864.
Voir p. 43. ,11
M F A Vidal, De l'Ascaride lombricoïdc, au point de vue des maladies des Européens dans les mers de Chine et du Japon. Thèse de Montpellier,
n°Grenetf ^Souveyiirs médicaux de quatre années à Mayotle du {"juillet 1861 au 30 juin 1865. Thèse de Montpellier, 1866.
ASCARIS LUMBRICOIDES. 703
Chassaniol, Contributions à la pathologie de la race nègre. Archives de méd. navale, III, p. 505, 1865. Voir p. 511. Gras, Quelques mots sur Miquelon. Thèse de Montpellier, 1867. Voir
Van Leent, Contributions à la géographie médicale. Les possessions néerlandaises des Indes orientales. Archives de méd. navale, VIII, p. 161, 1867.
Voir p. 170. , '
Bernard, De l'influence du climat de la Cochinchine sur les maladies des
Européens. Thèse de Montpellier, 1867.
Rufz de Lavison, Chronologie des maladies de la ville de Saint-Pierre, Martinique. Ibidem, p. 440, 1869.
Vauvray, Contributions à la géographie médicale. Port-Saïd (Egypte). Archives de méd. navale, XX, p. 161, 1873.
A. Wernich. Statistischer Bericht ilber das in der medicinischen Klinik und Poliklinik zu Yedo vom 1. April bis zum 31. Juli 1876 zur Beobachtung gekommene Krankenmaterial... Deutsche med. Wochenschrift, IV, 1878. Voir p. 122.
Beanfils, Notes sur la topographie de Vinh-Long [Cochinchine). Archives de méd. navale, XXXVII, p. 257, 1882. Voir p. 265.
J. Aubceuf, Contribtdion à l'étude de l'hygiène et des maladies dans l'Inde. Thèse de Paris, 1881. Voir p. 70.
O. Sirot, De quelques accidents déterminés par les Ascarides lombricoides. Observations recueillies à bord de la Thémis, pendant la campagne dans les mers de Chine et du Japon. Thèse de Lyon, 1882.
P. Dutrieux, Aperçu de la pathologie des Européens dans l'Afrique intertropicale. Thèse de Paris, 1885. Voir p. 50.
Garrade, Contribution à la géographie médicale. Le jjoste de Podor (Sénégal). Thèse de Bordeaux, 1886. Voir p. 77.
Du Bois Saint-Sevrin, Deux ans aux lies Saint-Pierre et Miquelon (Terre- Neuve). Notes médicales, 1882-1884. Thèse de Bordeaux, 1886. Voir p. 52.
Nous nepouvons aborder l'étude des divers accidents sympathiques ou réflexes (lésions de l'intelligence, hystérie, attaques épileptrformes, aphonie, cécité, etc., etc.) dont la présence d'Ascarides dans l'intestin est trop souvent le point de départ. Le médecin doit avoir une connaissance précise de ces fails, qui lui donneront l'explication d'une foule de phénomènes nerveux qu'il aura fréquemment l'occasion d'observer, surtout chez les enfants. On trouvera dans le livre de Davaine (1) le résumé d'un nombre considérable d'observations de ce genre; on consultera encore avec profit le mémoire de Guermonprez ; nous donnons enfin l'indication de quelques travaux récents.
T. Welsh, Curious faels 7-especling Worms. Médical papers communicated to the Massachusetts med. Society, I, p. 87, 1790.
Schleifer, Case of deaf and dumb child restored after the discharge of worms. Amer, journal of med. science, VIII, p. 473, 1844.
G. C. Holland,i4 peculiar case of nervous disease or dérangement of the nervous system. Edinburgh med. and surg. journal, LXIII, 1845.
F. D. Lente, Report of cases occurring in the New-York Haspital. Lumbri-
(1) Traité des entozoaires, 2e éd., p. 53 et suiv.
oilhllK DES NÉMATODES.
eus in Vie slomach causing dyspnœa. New-York journal cf med. (2) V 'VI p. IG7, 1850. ' v ' '
H. Roger, Des Ascarides lombricoïdes et du rôle, qu'ils jouent dans la jjuthologie humaine. Revue méd. française et étrangère, 18G4.
P. Fidvlin, Des accidents produits par les Ascarides lombricoïdes et les ■ Oxyures vermiculaires. Thèse de Paris, 1871!.
A. Vulpian, Pérityphlile suppurée, expulsion de Lombrics dans les selles. | Arcliiv. gén. de méd., p. 22;>, 1875.
E. Goubert, Des Vei-s chez les enfants et des maladies vermineuses. Paris,
Wintrebert, Observation d'accidents causés par les Vers intestinaux.'' Journal des se. méd. de Lille, 1881.
Fr. Guermonprez, Étude sur les accidents sympathiques ou réflexes déler-"i minés par les Ascarides lombricoïdes dans le canal digestif de [Homme, spécialement pendant l'enfance. Paris, in-8° de 73 p., 1881.
J. Normann, Dôd fremkaldt ved Ascaris lumbricoïdes. Norsk Magazin for Lagevidenskab, (3), XI, p. 272, 1881.
Egeberg, Et nbste Asltarider som Dôdsarsag. Ibidem, XII, p. 76, 1882.
L. M. Reuss, Des affections vermineuses des enfants. Journal de thérapeutique, X, p. 179, 1883.
Th. Eiselt, Chorea et helminthiasi. Med. cliir. Centralblatt, p. 334, 1883.
H. Girard, Un cas d'hémiplégie passagère paraissant due à la présence de Lombrics dans le canal intestinal. Revue méd. de la Suisse romande, IV, r/A p. 448, 1884.
P. Galvagno-Bordonari, Vermi e verminazione ; contributo di patologid e clinica pediatrica. Rivista italiana di terap. ed igieite. Piacenza, V, p. 215, 277, 309, 341 e 373, 1885.
On a vu, dans certains cas, des Ascarides s'engager dans les trous de boutons, d'agrafes avalés par mégarde et être évacués de la sorte avec les excréments; certains auteurs ont môme proposé comme -J. piège à Vers des objets de ce genre ! Cobbold dit que le Musée du Royal Collège of Surgeons, à Edimbourg, renferme la préparation d'un Ver qui s'était pris dans une agrafe.
Ascaris mystax Hudolphi, 1801.
Synonymie : Lumbricus canis Werner, 1782.
Ascaris lumbricoïdes Bloch, 1782.
A. teres Goze, 1782.
A. cali Schrank, 1788.
A caniculse Schrank, 1788.
A. canis Gmelin, 1789.
A. felis Graelin, 1 789.
A.marginata Rudolphi, 1793.
Fusoria mystax Zeder, 1800.
F. marginatu Zeder, 1800.
Ascaris canis aurei Rudolphi, 1819.
'? A. microptera Rudolphi, 1819.
? A. brachyoptera Rudolphi, 1819.
A. alala Bellingliam, 1839.
ASCARIS MYSTAX.
Cet helminthe est commun dans l'intestin grêle du Chat et du Chien ; on le trouve parfois chez l'Homme. L'œuf (fig. 3V.)) est assez régulièrement sphérique et large de 68 à 72 (u; son enveloppe albumineuse externe est ornée à sa surface d'un élégant réseau, dont les mailles, larges de 3,4 p., circonscrivent de petites dépressions; de môme que chez l'espèce précédente, cette couche d'albumine se détruit pendant le cours de déve* loppement, parfois même au bout de quelques jours.
Le développement embryonnaire se fait encore dans l'eau ou dans la terre humide ; il se poursuit môme dans l'alcool, l'acide chromique et l'essence de térébenthine, comme l'a constaté Nelson. L'embryon ressemble beaucoup à celui i'Asoaris lumbricoïdes, mais est plus grand, long de 0mm,36 à 0mm,42 et pourvu' d'une dent perforante plus nette; il n'a pas d'estomac glandulaire. On ne sait pas encore d'une façon précise combien de temps l'embryon renfermé dans l'œuf conserve sa vitalité. Leuckart pense qu'il vit rarement plus de six à dix mois, mais Munk l'a trou\é encore vivant au bout de quinze mois, dans une solution de carbonate de potasse à 2 p. 100.
Nous avons démontré que l'Ascaride lombricoïde se développait directement, sans passer par un hôte intermédiaire. Il en est certainement de même pour l'espèce qui nous occupe, bien que Leuckart n'ait réussi aucune de ses tentatives d'infestation . Le développement direct se trouve suffisamment prouvé par les observations de cet auteur et par celles de Bering.
L'œuf est introduit dans l'estomac avec les aliments ou les boissons ; sa coque est dissoute et l'embryon est mis en liberté. Celui-ci ne passe dans l'intestin grêle que lorsqu'il atteint une longueur de lmm,3 à tmr",8, bientôt après, il mue et sa bouche présente alors les trois lèvres caractéristiques des Ascarides; la cuticule, jusque-là lisse et anhiste', montre une striation transversale ; l'extrémité postérieure du corps se termine par une courte pointe incurvée vers le dos.
La structure buccale définitive s'observe déjà chez des individus de moins de 2 millimètres et larges de 0mui,037. Quand le Ver est long de 2n"n,8, on peut déjà distinguer les sexes. A 6 millimètres, les ailes Blânchaiu». — Zool. méd. 45
Fig. 349. — Œuf d'Ascaris mystux, d'après Ant. Schneider.
706 ORDRE DES NÉMATOOES.
apparaissent sur les côtés du cou et les deux sexes se caractérisent par la forme de la queue : celle-ci est plus longue et plus effilée chez la femelle, plus courte et plus mousse chez le mâle. Les papilles caudales ne se montrent que plus tard, quand l'animal est long de 12 millimètres et au moment où les spicules se forment.
Les nombreuses observations de llering rendent compte de la rapidité avec laquelle croit l'Ascaride. Ce parasite est si fréquent chez les tout jeunes Chiens, que presque tous en sont atteints et souvent en hébergent plusieurs centaines. Chez un Chien de six jours, on trouve des Ascarides, mais leur longueur ne dépasse pas 2 à 4 millimètres; chez un Chien de douze jours, le parasite est long de 2i millimètres; chez un Chien de quatorze jours, il atteint 35 millimètres ; chez un Chien de vingt et un jours, il est long de 63 à 84 millimètres ; enfin, chez un Chien de vingt-huit jours, il est long de 10b millimètres et parvenu à l'état adulte. Les premiers œufs apparaissent quand le Ver est long de 38 à 60 millimètres. Quoi qu'en pense Hering, ces observations ne démontrent point que l'infestation se produit quand lejeune animal tette sa mère; elles prouvent du moins avec quelle rapidité se fait le développement de l'Ascaride.
Ascaris myslax est plus petit et plus mince qu'A, ïumbricoidesï Le mâle (fig. 350, a) est long de 40 à 60 millimètres et large de 1 millimètre. La femelle, b, est longue de 60 à 110 millimètres et large de lmm,7; sa longueur dépasse très rarement 120 millimètres, bien que Schneider fixe à 200 millimètres ses dimensions maximum. A. marginala, ou variété canine, est ordinairement plus grand qu'A, felis ou variété féline, mais ces deux variétés sont si semblables quant au reste, qu'on ne peut douter de leur identité spécifique.
L'appareil labial est large de 0mm,3, pour une hauteur à peu près équivalente. Les dents qui ornent le bord des lèvres sont hautes de 4 p vers le milieu, mais vont en s'effaçant progressivement de part et d'autre. Le parenchyme des lèvres est formé de deux lobes digiliformes, séparés l'un de l'autre par un profond sillon ; la face externe de ces lobes est bosselée, de telle sorte qu'ils semblent dédoublés en certains endroits. En outre des vrais tubercules tactiles qui ornent les lèvres inférieures, le Ver possède encore deux très petites papilles sensorielles, situées à l'extrémité antérieure des lobes supérieurs, au voisinage l'une de l'autre.
L'animal est caractérisé essentiellement par deux crêtes
ASCAKIS MYSTAX.
aliformes, c, d, qui courent chacune le long du corps, sur une longueur de 2 à 4 millimètres. Elles naissent à quelque distance de l'extrémité antérieure et sont représentées par un simple repli cuticulaire dans la constitution duquel n'entre aucun muscle; leur forme générale est celle d'un cœur renversé; elles présentent d'ailleurs, dans leur forme et dans leur hauteur, de notables variations individuelles.
L'extrémité postérieure est conique, à peine plus longue que large et terminée par une pointe incurvée vers la face dorsale. Chez le mâle, la queue porte 8 papilles post-anales, diminuant de taille d'avant en arrière et disposées en deux rangées longitudinales, de chaque côté et au voisinage de la ligne médiane ventrale ; une paire de papilles plus grosses se voit immédiatement en arrière de l'orifice génital; enfin, on remarque en avant de celui-ci deux nouvelles rangées divergentes, comprenant chacune environ 30 papilles. Aussi loin que ces dernières s'étendent, l'extrémité caudale du mâle est enroulée en spirale.
La paroi du corps est assez mince, les
vésicules musculaires n'ayant qu'un faible
développement; il en résulte que la cavité
générale est plus vaste que dans l'espèce Fis- 350- — Ascaris mys- , . T . , , taxj d'après, van Bene-
précédente. Le tube aigestif, qui s y trouve
den. — a, mâle; 6, femelle ; c, d, expansions aliformes de la partie antérieure, vues de face et de profil.
librement suspendu dans toute son étendue, présente entre l'œsophage et l'intestin, au niveau même de l'extrémité postérieure des ailes latérales, un petit estomac glandulaire, segment sphérique, large de 0mm,8 au maximum. L'intestin est d'apparence cylindrique, mais sa lumière est encore réduite à une étroite fente transversale.
Le tube testiculaire a près de 5 fois la longueur du corps : il mesure 170 millimètres chez un individu long de 39 millimètres; il est compris presque tout entier dans la moitié anté-
708 ORDRE DES NÉMATODES.
rieure du corps et remonte en avant jusqu'à 6 millimètres de l'extrémité. La vésicule séminale est très développée : c'est un important canal, aussi large que l'intestin et prenant déjà naissance dans la moitié antérieure du corps; tout en se portant en arrière, elle s'effile peu à peu, jusqu'à prendre le diamètre restreint de 0mm,3; mais, à 3 ou 4 millimètres du cloaque, elle double subitement de grosseur et forme ainsi le canal éjaculateur. Les spicules ont une forme remarquable : ce sont deux bâtonnets chitineux, fortement incurvés, grêles et longs de près de 3 millimètres chez un mâle de grande taille; leur épaisseur n'est que de 0mm,03 et diminue progressivement de la base à la pointe; cette dernière est arrondie. Chacun de ces bâtonnets est pourvu de deux larges crêtes longitudinales, divergentes et insérées sur toute la longueur de sa face concave : le spicule se trouve ainsi transformé en une véritable gouttière. Ces crêtes, assez épaisses à la base, vont en s'amincissant vers leur bord libre ; l'interne est un peu plus large que l'autre. Toutes deux sont enroulées à l'intérieur de la gaine des spicules, la plus large recouvrant la plus étroite; la paroi de la gaine s'infléchit entre elles, de manière à combler presque tout l'espace. Ces expansions aliformes des spicules semblent ne se développer qu'après les spicules euxmêmes : chez un jeune mâle de 20 millimètres, dontles spicules W sont longs de 1 millimètre et larges de 0mm,01, on n'en trouve pas encore la moindre trace. L'extrémité postérieure du corps, toujours aplatie chez Ascaris lumbricoides, l'est ici moins fréquemment.
Le tube ovarien est long de 35 millimètres chez un Ver de 45 millimètres, qui arrive seulement à maturité sexuelle; il mesure 160 millimètres chez une femelle longue de 65 millimètres ; ses circonvolutions s'étendent encore surtout dans la portion antérieure du corps. Le receptaculum seminis est long de 18 millimètres chez un Ver de 48 millimètres, de 24 millimètres chez une femelle de 74 millimètres. L'utérus est d'autant plus court que le réservoir séminal est plus long : chez une femelle longue de 48 millimètres, il mesure 23 millimètres ; chez une femelle de 78 millimètres, il est long de 35 millimètres ; ses dimensions sont rarement supérieures à 40 millimètres. De l'union des deux utérus résulte un canal impair dont le
ASCARIS MYSTAX.
tiers antérieur, long de 3 à -4 millimètres, correspond au vagin ; celui-ci n'est reconnaissable qu'à sa structure, aucun signe extérieur n'indiquant ses limites. La vulve s'ouvre vers le milieu de la première moitié du corps.
Ascci7-is mystax vit normalement dans l'intestin grêle du Chien et du Chat; on l'a encore trouvé chez le Renard et le de Lynx. On l'a rencontré chez le Lion au Jardin zoologique Berlin; von Olfers et Sello , au Brésil, l'ont observé chez le Puma; enfin, Ant. Schneider le croit identique à A. microptera Rudolphi, du Lion, et à A. brachyoptera Rud., de la Genette. Ce même helminthe se rencontre parfois chez l'Homme : on en connaît actuellement huit observations au thentiques (1).
{"cas. Pickells, 1824. — Mary Riordan, vingt-huit ans, du comté de Cork, rend un Ver en avril 1822 ; le Dr J. V. Thomson, de Cork, lui trouve beaucoup de ressemblance avec Ascaris mystax. Au bout de vingt-deux mois, en février 1824, plusieurs autres Vers sont encore expulsés; puis 11 autres en novembre 1825; puis 9 autres vivants en mars 1826. La malade rend en tout environ 50 Vers, de taille variable, tant par la bouche que par l'anus, le plus souvent sans médicament ; elle évacue en même temps des Ascarides lombricoïdes et un nombre considérable de larves de Mouches et de Blaps mortisaga à l'état de larves et à l'état parfait.
La malade était hystérique: elle avait eu autrefois l'habitude de boire de l'eau argileuse, puisée dans le sépulcre d'un prêtre, dans l'espoir de se mettre à l'abri du péché et de la maladie. Aussi Leuckart considère-t-il cette observation comme un cas de simulation.
2e cas. Bellingham, 1839. — Un enfant de cinq ans présente des symptômes d'helminthiase; on lui administre un vermifuge. Un ou deux jours après, on apporte à Bellingham deux Vers morts : c'étaient deux femelles, dont la ressemblance avec A. mystax fut reconnue, mais pour lesquelles, à cause de prétendues différences secondaires, on crut devoir créer la nouvelle espèce A. alata.
3e cas. Leuckart, 1861. — En février 1861, Max Schultze adresse à Leuckart 7 Vers que lui avait remis un médecin des environs de Bonn : c'était un mâle et 6 femelles d'A. mystax; ils avaient été vomis pendant un accès de toux par une paysanne qui souffrait depuis long-
(I) Un cas dont parle Krabbe (Om Forekomsten af Biïndelorme hos Menneslcet i Dunmark. Nordiskt med. Arkiv, XII, n° 23, 1880) est certainement apocryphe.
710 ORDRE DES NÉMATODES.
temps d'un catarrhe chronique; aucun d'eux n'était complètement développé.
4" cas. Cobbold, 1863. - Le 20 novembre 1862, le DrEd\v. Lankester, de Londres, donne à Cobbold 8 A. mystax qu'il avait reçus de Scattergood, de Leeds. Ces Vers avaient été trouvés dans les matières fécales d'un enfant de treize mois (1); ils étaient sorlis spontanément; l'administration d'un anthelminthique demeura sans résultat.
5e cas. Morton, 1865. — Un enl'ant de quatorze mois expulse une femelle longue d'environ 10 centimètres.
6° cas. Heller, 1872. — L'Institut pathologique d'Erlangen possède une femelle à' A. mystax, longue de 55 millimètres et donnée par le Dr Bôhm, de Gunzenhausen ; elle avait été évacuée par un jeune garçon.
7e cas. Leuckart, 1876. — Leuckart a reçu du professeur Steenstrup un Ascaride qui, d'après les renseignements fournis par Olrik, avait été rejeté dans un accès de loux par une femme de Godhavn, Groenland.
8e cas. Kelly, 1884. — Une femme vomit environ 25 Vers, longs de 4 à 6 millimètres.
Ces observations démontrent d'une façon indiscutable la présence d'A. mysiax chez l'Homme; cet helminthe n'est jamais qu'un parasite rare et accidentel. Grassi a cherché vainement chez plus de 1000 personnes l'Ascaride ou ses œufs; au contraire, il l'a toujours trouvé chez le Chat en plus ou moins grand nombre. D'autre part, ce même expérimentateur a avalé à 4 reprises 3 ou 4 Vers, sans parvenir à les garder vivants dans son intestin. Il conclut de ces recherches quA. mystax n'est pas un vrai entozoaire de l'Homme, conclusion assurément inexacte.
W. Pickells, Case of a young woman who lias dhcliarged, and continues io discharge, from lier stomach a number of insects in différent stages of their existence. Transaclions of the assoc. of fellows and licentiates of the King and Queen's Collège of physicians of Ireland, IV, p. 189 and 441 ; V, p. 171,
O' Brien Bellingham, On an undescribed species of Ituman intestinal worm. The Dublin med. press, I, p. 104, 1839.
Id., Sur mie espèce non décrite encore de Ver intestinal chez l'Homme. Gazette des hôpitaux, (2), I, p. 97, 1839.
T. Sp. Cobbold, On the occurence of Ascaris mystax in the human bodg. The Lancet, I, p. 31, 1 863.
T. Morton, Ascaris mysiax. Ibidem, I, p. 278, 1865.
(1) Et non de 14 ans, comme le dit Leuckart [Menschliche Parasiten, II, p 260).
OXYURUS VERMICULARIS.
C. Heller, Ueber Ascaris lumbricoïdcs. Sitzungsbor. dor Erlanger pliys. med. Societiit, IV, p. 71, 1872.
D. Grassi, Contribuzipne allô studio dfilC elmintologia. — V. Intorno uW Ascaris mystax. Gazz. med. ital. Lombardia, XXXIX, p. 276, 1879.
H. A. Kelly, The occurence of the Ascaris mystax [Rudolphi) in the human body. With a case. Amer, journal of med. sciences, (2), LXXXV1II, p. 483,
Ascaris maritima Leuckart, 1876.
Cet Ascaride n'a encore été observé qu'une fois. Le seul exemplaire connu est une femelle longue de 4-3 millimètres, large de 1 millimètre au maximum, non encore parvenue à maturité sexuelle; le maximum de largeur s'observe au commencement du tiers postérieur du corps. L'extrémité caudale a l'aspect d'un cône effilé, long de 0mm,5; l'appareil labial (fig. 351) est de petites dimensions (largeur 0mm,16; Fie- 351- — Lèvre SUP6"
. , . , . .„. rieure d Ascaris mari-
hauteur 0mm,065), bien que, à 1 milli- iima^ d,après Leuckart.
mètre en arrière, l'extrémité antérieure soit déjà large de 0mm,5. Les expansions membraneuses font défaut sur les côtés de la tête, mais la cuticule se relève légèrement en forme de crête.
Ce Ver a été envoyé à Leuckart par Krabbe, qui l'avait reçu en 1867 de Pfaff, médecin de district à Jakobshavn, non loin de Godhavn, dans le Groenland du nord; il avait été vomi par un enfant, en avril 1865. Il appartient au groupe d'Ascaris lumbricoïdes et ôlA. mystax, c'est-à-dire aux Ascarides dont les lèvres sont dentelées sur les bords et ne sont point séparées les unes des autres par des saillies plus ou moins proéminentes. Il est très voisin d'A. transfuga, de l'Ours, mais ne lui est point identique
Oxyurus vermicularis Bremser, 1819.
Synonymie : 'Atjy.api? Ilippocrate.
Lumbriculus Aldrovande.
Ascaris vermicularis Linné, 17G7.
Fusaria vermicularis Zoder, 1800.
L'œuf de l'Oxyure vermiculaire (fig. 352) mesure 50 à 52 p
t\% ORDRE DES NÉMATODES.
sur 16 à 24 p : vu pur on haut, il est de forme ovale ; vu de * profil, la face ventrale paraît aplatie et la face dorsale bombée, l'extrémité céphalique étant plus effilée quel'autre. La coque est lisse, résistante, formée de trois couches superposées et entourées en outre d'une mince enveloppe albumineuse, grâce à laquelle les œufs adhèrent entre eux après la ponte. L'acide acétique sépare le chorion du reste de la coque, sauf en un point large de 7 p, situé à la face dorsale de l'œuf, en arrière du pôle céphalique; à ce niveau, la couche moyenne de la coque fait défaut, en sorte que les deux couches externe et interne entrent en contact. Cette particularité de structure a une grande importance : sous l'influence des acides, du suc gastrique ou de la putréfaction, le point en question se détache à la moindre pression, laissant derrière lui un étroit orifice par lequel l'embryon pourra s'échapper.
L'œuf est encore dans l'utérus quand il parcourt les premières phases de son développement. Au moment de la ponte, il renferme déjà un embryon gyriniforme, découvert par Claparède : le corps est une masse ovoïde qui remplit toute la cavité de l'œuf et à laquelle est appendue une queue effilée, repliée sous la face ventrale. Si les conditions extérieures sont favorables, si l'humidité est suffisante et si la température n'est pas inférieure à 30 ou 32° C, le développement de l'embryon se poursuit plus ou moins activement; à 40°, il est très rapide. L'embryon perd alors sa forme Fig. 352. - Œufs de d u s>ailonge surtout dans la région d Oxyure, d après
Eichhorst. postérieure; le corps s amincit, la queue se-
tire et s'épaissit. Quand elle a atteint le pôle antérieur de l'œuf, elle se réfléchit en arrière et continue à croître jusqu'à ce qu'elle ait parcouru de nouveau toute la longueur de l'œuf; parfois môme elle se termine par un court crochet, commencement d'une inflexion nouvelle.
Quand son développement est achevé, l'embryon est long de 140 (a, dont 21 (a sont occupés par la queue; sa largeur maximum est de 10 (x. L'extrémité antérieure est arrondie et large de 8 p.; la queue est un cône effilé, large de 5 j* à la base. Le tube digestif se voit distinctement à travers la paroi du corps : l'œsophage, long de 42 (A, s'élargit en poire à son extrémité, mais est encore dépourvu
OXYURUS VERMIGULAUIS.
de dents; sa lumière est limitée pur une mince couche chilineuse. L'embryon est mobile à l'intérieur de l'œuf, mais l'activité de ses mouvements dépend de la température.
L'embryon ne se développe pas seulement au dehors : si l'œuf séjourne assez longtemps dans l'intestin de l'Homme, le développement peut tout aussi bien s'y accomplir. Les œufs que Ton rencontre dans les matières fécales fraîches renferment des embryons complètement développés, bien plus souvent que des embryons gyriniformes (1). Vix a vu, dans le mucus du rectum et de la région anale, des œufs à embryons mûrs et des embryons en train d'éclore; il en conclut que le jeune Oxyure est capable de se développer sur place, sans passer par une phase d'existence libre, mais cette déduction hâtive ne s'appuie sur aucune preuve (2).
On doit admettre, au contraire, que les œufs à embryons mûrs sont normalement rejetés au dehors avec les excréments et subissent désormais le môme sort que ceux qui, pondus au stade gyriniforme ou même plus tôt, ont achevé leur évolution en dehors de l'organisme humain. L'œuf restera en vie latente pendant des semaines ou des mois, jusqu'à ce qu'il se trouve ramené dans l'estomac de l'Homme. L'embryon ne résiste pas à l'action prolongée de l'eau : celle-ci ne jouera donc que rarement le rôle de véhicule pour l'œuf; mais ce dernier, mélangé à la poussière qui résulte de la dessiccation des matières fécales, pourra être amené à la surface des fruits, de la salade, ou de tout autre objet qui pénétrera dans l'estomac ou simplement dans la bouche.
L'absence d'hôte intermédiaire pour l'Oxyure est démontrée par une foule d'observations journalières, et notamment par voie expérimentale. En octobre ISo'o, Leuckart et trois de ses élèves avalèrent chacun quelques douzaines d'œufs, cultivés dans une étuve et renfermant des embryons mûrs. Vers la fin de la deuxième semaine, trois des expérimentateurs trouvèrent dans leurs fèces quelques Vers longs de 6 à 7 millimètres, c'est-à-dire presque adultes; Leuckart en évacua encore plus tard, jusqu'à la quatrième semaine, et en rendit en tout 18 à 20.
Grassi a voulu répéter sur lui-même cette expérience. 11 com-
(1) Quelques heures après l'évacuation de ces matières, on observe le phénomène inverse, les femelles rejetées avec elles s'étaut mises, sous l'influence des agents extérieurs, à vider leurs utérus et à pondre des œufs de plus en plus frais.
(2) Kuchenmeister a adopté, en l'exagérant, l'opinion de Vix. Non seulement il admet que l'Oxyure peut se développer sur place, il pense même que ce parasite peut se propager, par exemple si on partage le lit d'un individu, enfant ou adulte, qui en est infesté : le Ver sortirait spontanément de l'anus du malade et cheminerait à la rencontre de l'autre dormeur!
714 ORDRE DES NÉMATODES.
mence par s'assurer qu'il ne porte pas d'Oxyures, puis avale six femelles prises sur un individu mort depuis vin^t-qualre heures ; c'était à la fin de janvier 1879. Au bout de quinze jours, il commence' à ressentir du prurit à l'anus et à trouver dans ses selles de nombreuses femelles remplies d'oeufs; il les observe dans chaque selle pendant plus d'un mois.
Dès que l'œuf est parvenu dans l'estomac, sa coque est attaquée et ramollie par le suc gastrique et se perce au point que nous avons indiqué : sous les efforts de l'embryon, une sorte de clapet se détache et laisse derrière lui un orifice ovalaire qui livre passage au jeune Ver. Celui-ci, long de 0mm,14, se rend alors dans la partie supérieure de l'intestin grêle, où il subit une ou deux mues successives, tout en s'accroissant rapidement : sa queue a la forme d'une alêne ou d'un poinçon et il est encore impossible de reconnaître à quel sexe il appartiendra par la suite; il n'a encore ni lèvres, ni vésicule céphalique, ni dents pharyngiennes. Mais quand il a atteint une certaine taille, les caractères sexuels apparaissent : la queue prend la forme caractéristique, en même temps que l'appareil génital se développe; le spicule du mâle se montre déjà. Le jeune mâle mesure alors lmm,l à lmm,8 de long sur 0mm,8 de large; sa queue est longue de 0mm,l. La femelle est longue de lmm,78 à lmm,97; sa queue mesure 0mra,4; la vulve est à 0mm,8 de l'extrémité céphalique. Quand il a acquis la structure et les dimensions que nous venons de lui assigner, l'animal subit une nouvelle mue, prélude de son passage à l'état adulte.
Selon toute apparence, le mâle arrive à maturité sexuelle plus rapidement que la femelle. Un mâle long de 3 millimètres a déjà des spermatozoïdes dans la plus grande partie de son testicule, alors que, chez une femelle de même taille, les organes génitaux sont fort peu développés. Mais, quand la femelle a atteint une longueur de 5 millimètres, leur développement s'achève rapidement. Le premier accouplement se fait peu de temps après : chez des individus longs de 6 à 7 millimètres, le vagin a acquis sa structure définitive et se montre presque toujours rempli de sperme, même avant que l'utérus ne renferme des œufs ; les premiers œufs embryonnés ont été rencontrés par Leuckart chez une femelle longue de 7mm,3 et large de 0mm,48.
L'Oxyure adulte est de petites dimensions et effilé à chacune de ses extrémités. Le mâle (fig. 353) est long de 3 à 5 millimètres, large de 0mm,16 à 0",m,20; son extrémité postérieure est assez brusquement tronquée. Après la mort, il se raccourcit
OXYURUS VERMICULARIS.
notablement, en môme temps que son épaisseur augmente; sa queue, légèrement sinueuse pendant la vie, s'enroule alors plus ou moins en spirale. La queue porte encore six paires de papilles, dont les antérieures et les postérieures sont les plus grosses; ces dernières sont situées au bord externe et donnent à l'extrémité du corps un aspect fourchu.
La femelle (fig. 354) est longue de 9 à i2 millimètres; sa plus grande largeur est de 0mm,4 à 0mm,6 et s'observe au niveau de la vulve qui, chez l'adulte, s'ouvre à 3 millimètres environ en arrière de l'extrémité cépha- 2 lique, c'est-à-dire un peu en avant du milieu du corps. La queue a conservé la même forme que chez la larve : elle est longue, en alêne, occupe à peu près le cinquième de la longueur totale du corps et présente à sa pointe une légère incurvation en vis; l'anus débouche à sa base.
Le mâle est resté longtemps inconnu. Bremser pensait que l'espèce se reproduisait par parthénogenèse, mais Sommerring lui envoya plusieurs mâles qu'il avait recueillis. On crut dès lors à la grande rareté du mâle. Rudolphi et von Siebold n'en rencontrèrent aucun et admirent l'hypothèse
de Bremser, au moins pour certains cas. Depuis lors, Zenker a prouvé qu'il est aisé de rencontrer le mâle dans les autopsies, si on râcle légèrement avec un scalpel la surface de la muqueuse, dans les endroits débarrassés de matières fécales, et qu'on étale sur une lame de verre les mucosités ainsi enlevées : Zenker admet donc que le mâle est à peine plus rare que la femelle. Leuc-
Fig. 353. — Oxyurus vermicularis mâle. — a, de grandeur naturelle ; b, grossi.
Fig. 354. — Oxyurus vermicularis femelle. — a, de grandeur naturelle; b, grossi.
716 OKDRE DES NÉMATODES.
kart combat celle opinion, mais en se basant sur des observations faites sur le vivant; en examinant avec soin des selles diarrbéiques, il trouve dans un cas 12 mâles et HO femelles, dans un autre cas 9 mâles et 80 femelles, soit une moyenne de 1 mâle pour 9 femelles. Il est d'ailleurs possible que les mâles, dont la maturité sexuelle précède celle des femelles, meurent et soient évacués plus tôt que ces dernières, en sorte qu'ils seront devenus rares au moment où le prurit anal dénoncera la présence du parasite, c'est-à-dire au moment de la maturité sexuelle des femelles. La proportion relative des deux sexes varie donc aux diverses époques de l'infestalion : au début, les deux sexes sont à peu près en même nombre.
Fig. 355. - Extrémité antérieure de l'Oxyure, vue de profil, d'après Leuckart.
Le corps de l'Oxyure est limité par une culicule épaisse de o à 6 (a, et formée de trois couches, dont l'externe porte des stries transversales, écartées de 12 à 17 p. La strialion est peu apparente, mais devient de plus en plus nette dans la région antérieure ; elle s'efface parfois chez les femelles ovigères, par suite de la distension [\ du corps. Au-dessus de chacune des lignes latérales se voit une crôle longitudinale, qui se poursuit en arrière presque jusqu'à l'extrémité de la queue et en avant jusqu'au voisinage de la vésicule céphalique. Celle crête est un simple épaississement triangulaire de la culicule, haut de 20 y. et large de 40 (/.; on pourrait la prendre tout d'abord pour la projection du canal latéral, mais celui-ci est de petites dimensions; les lignes latérales sont elles-mêmes fort difficiles à voir sur l'animal intact, leur largeur étant exactement celle de la crête qui les surmonte.
L'extrémité antérieure du corps est très effilée. A son niveau, la cuticule se creuse d'une cavité dans laquelle s'accumule un liquide clair qui se coagule sous l'action de certains réactifs. Cette vésicule se soulève, aux faces supérieure et inférieure, en une sorte de crête semi-lunaire (fig. 355) qui n'a rien à I voir avec la crête latérale du corps et que l'on a parfois comparée à tort à l'expansion latérale de la tête d'Ascaris mystax. j
OXYURUS VERMICULARIS. 717
La vésicule céphalique donne à la tôle de l'Oxyure l'aspect du bout d'ambre d'une pipe turque; sa surface est striée transversalement, son bord libre est orné d'environ 25 dents chez la femelle, de 15 dents chez le mâle. Elle a environ le quart de la longueur du pharynx et disparaît totalement, chez la femelle, à 0mm,24 en arrière de l'extrémité céphalique ; en avant, elle est limitée par le bord postérieur des trois lèvres.
Leuckart considère la vésicule céphalique comme un appareil élastique destiné à propulser les lèvres. A l'état de repos, celles-ci sont saillantes; quand leurs muscles se contractent, elles se retirent plus ou moins profondément. Aucun muscle n'étant affecté à la protraction; la saillie de la tête doit alors résulter du choc du sang contre l'extrémité antérieure. Leuckart admet que cette propulsion se fait avec une grande force : le prurit insupportable qu'occasionne le parasite tient, non pas au frétillement de la queue, comme on le croit généralement, mais aux mouvements de l'appareil labial et aux mordillements consécutifs de la muqueuse.
L'Oxyure est platymyaire et méromyaire, d'après la nomenclature de Schneider. Ses muscles consistent en un petit nombre de cellules, en tout 40 à 50, disposées en deux rangées dans chacun des espaces interposés aux lignes longitudinales. Chaque cellule est large de i 50 (j. et longue de près de 2 millimètres, mais cette longueur [est en grande partie occupée par les deux extrémités, étirées en membrane ou en fibre; le reste correspond au segment moyen, plus épais et plus large.
La cellule est d'une épaisseur remarquable, qui peut atteindre parfois jusqu'à 0mm,16. Elle n'est pas contractile dans toute sa substance, mais seulement par sa partie externe. La couche contractile est épaisse de 50 p, et de structure fibrillaire ; le reste de la cellule, qui proémine plus ou moins dans la cavité du corps, est formé d'une masse claire, renfermant un grand nombre de granules jaunâtres et un noyau nucléolé. Les cellules musculaires s'étendent en avant jusque dans l'épaisseur des lèvres; en arrière, elles deviennent de plus en plus petites et surbaissées, mais se retrouvent jusqu'à l'extrémité de la queue.
La ligne latérale est constituée essentiellement comme chez les Ascarides : elle est divisée en deux moitiés symétriques par une sorte de cloison qui renferme le canal latéral. Le pore terminal de l'appareil excréteur s'ouvre à 0mm,8 en arrière du pharynx : en ce
718 ORDRE DES NÉMATODES.
point, les lignes latérales s'unissent l'une à l'autre au moyeu d'une
bande transversale qui passe au-dessus des muscles abdominaux.
L'anneau nerveux (fig. 355), bien plus apparent que l'appareil excréteur, se voit au niveau de l'extrémité postérieure de la vésicule céphalique. 11 s'unit aux lignes latérales et médianes ; ces dernières ont en ce point à peu près la môme largeur que les lignes latérales; partout ailleurs, elles sont très réduites.
La bouche est entourée de trois lèvres, une dorsale plus grande et deux lat.éro-ventrales plus petites; leur bord n'est pas dentelé. La cavité buccale est courte et triangulaire et se continue avec l'œsophage. Celui-ci est très musculeux et s'élargit insensiblement en arrière; après un trajet de 0mm,5 chez le mâle et de 1 millimètre chez lafemelle.il aboutit à l'estomac ou: bulbe pharyngien, puissante masse musculaire arrondie, dont la surface interne est armée de trois dents chitineuses, disposées de manière à empêcher les substances ingérées de repasser dans l'oesophage; ces organes ne servent aucunement à mâcher les aliments, qui d'ailleurs sont puisés à l'état plus ou moins liquide, mais les poussent dans l'intestin.
Tandis que l'œsophage et l'estomac étaient revêtus intérieurement d'une cuticule imperforée, l'intestin est tapissé d'un épithélium dont la surface porte une cuticule percée d'un grand nombre de pores. Celte portion du tube digestif traverse en ligne droite la cavité générale et présente des mouvements péristaltiques à son extrémité. Ceux-ci sont dus à la contraction de fibres annulaires délicates, disposées à quelque distance les unes des autres et anastomosées entre elles ; ces fibres se condensent en un véritable sphincter, au point où l'intestin se continue avec le rectum. A ce même niveau, on remarque de chaque côté de l'intestin deux glandes unicellulaires, larges de 82 [jl. Le rectum est long de 0mm,25 ; chez le mâle, il débouche dans le cloaque; chez la femelle, il s'ouvre à la base de la queue. L'anus peut se dilater sous l'action de fibres musculaires qui, de chaque côté, rayonnent en éventail et vont s'insérer sur la paroi du corps, au voisinage de la ligne dorsale.
La cavité du corps est assez vaste, sauf aux extrémités, où elle s'effile et se réduit à un étroit canal. Elle est remplie par le liquide nourricier, au sein duquel nagent des sphérules brillantes, larges de 3 à 13 p., les plus grosses donnant
OXYURUS VERMICULARIS. 719
naissance aux plus petites par une véritable segmentation.
L'appareil génital mâle est d'une grande simplicité. 11 est formé d'un large tube rectiligne, rapproché de la face dorsale et dont la longueur n'est pas supérieure aux deux tiers de la longueur totale du Ver; son extrémité antérieure s'infléchit vers la face ventrale en un crochet long de 0mm,2 au plus. Ce tube se subdivise, assez nettement en quatre segments : testicule, canal déférent, vésicule séminale, canal éjaculateur. Ce dernier s'unit au rectum pour constituer un cloaque, dans lequel débouche d'autre part la poche du spicule. L'organe d'accouplement est en effet constitué par un unique bâtonnet chitineux, assez épais et dépourvu d'appareil de soutien; sa longueur peut atteindre jusqu'à 70 [/.; son extrémité s'amincit et s'incurve en S. Le cloaque vient s'ouvrir à la face ventrale, au voisinage immédiat de l'extrémité caudale ; celle-ci, comme on sait, ne se termine point en alêne, mais se tronque brusquement et s'infléchit en demi-cercle vers la face ventrale; cette disposition facilite sans doute l'accouplement, comme le montrent d'ailleurs les papilles qui ornent l'extrémité caudale.
Les deux tubes génitaux femelles des Ascarides couraient parallèlement l'un à l'autre et se disposaient symétriquement par rapport au plan médian. Chez l'Oxyure, il n'en est plus de même : les deux tubes sont symétriques par rapport à un plan transversal, c'est-à-dire que l'un d'eux occupe la moitié antérieure avec ses différents replis, tandis que l'autre remplit la moitié postérieure. La symétrie est d'ailleurs imparfaite, le tube antérieur étant plus court que l'autre : chez une femelle adulte, le premier est long de 6 à 7 millimètres, le second de 10 à 11 millimètres. Ces dimensions varient d'ailleurs notablement, suivant que l'ovaire et l'utérus sont plus ou moins distendus par les œufs. Ceux-ci peuvent s'accumuler en si grande abondance, que le tube génital se dilate au point de remplir et de distendre toute la cavité du corps: les autres organes sont comprimés et l'animal entier a l'aspect d'un sac bourré d'œufs. Leuckart estime de 10 à 12,000 le nombre des œufs qui peuvent ainsi distendre l'utérus.
Les deux utérus s'unissent l'un à l'autre à 0mm,5 environ en avant du milieu du corps. Le vagin qui prend ainsi naissance est long de lmm,3 à lmm;3 : il court d'arrière en avant, le long de
720 ORDRE DES NÉMATODES.
sa face ventrale et débouche au dehors par une vulve située à 3 millimètres environ de l'extrémité céphalique.
Au moment de la fécondation, l'œuf est encore dépourvu de coque. Celle-ci prend naissance quand, après avoir traversé le réservoir séminal, il pénètre dans la première portion de l'utérus. Résulle-t-elle d'une sécrétion particulière ou, commele pense Schneider, d'une différenciation du vitellus? on ne sait; toujours est-il que sa* production est rapide, car il est fort rare de trouver dans l'utérus des œufs à coque imparfaitement développée; le clapet ne se solidifie que plus tard.
C'est seulement chez les femelles dont l'ovaire est encore turgescent que la poche séminale se trouve remplie de sperme. Par exception, les œufs de l'Oxyure ne se forment pas et ne se détachent pas d'une façon continue, mais par intervalles, en sorte qu'il y a de véritables périodes de rut. A chaque période, la provision de sperme est utilisée : on ne trouve donc point de sperme dans la poche séminale, en dehors du moment du rut ; d'autre part, chaque période nouvelle nécessite un nouvel accouplement.
On croit généralement que l'Oxyure se tient de préférence dans le rectum; mais c'est là une erreur que les obserrations de Zenker ont redressée. Après son éclosion, l'embryon pénètre dans l'intestin grêle, pour y subir ses mues et y atteindre sa maturité sexuelle. Les jeunes Vers séjournent plus ou moins longtemps dans l'intestin grêle; ils y achèvent leur croissance et la plupart d'entre eux s'y accouplent. On trouve ainsi, depuis le duodénum jusqu'à la valvule de Bauhin, un grand nombre d'Oxyures à tous les états de développement; après l'accouplement, les femelles fécondées passent dans le caecum, accompagnées d'un petit nombre de mâles; la plupart de ces derniers demeurent dans le jéjunum et l'iléon. Il arrive donc un moment où l'intestin grêle ne contient plus que quelques jeunes femelles, à côté d'une grande quantité de mâles, tandis que le caecum renferme un grand nombre de femelles et une petite quantité de mâles; dans ces conditions, on conçoit que certains accouplements puissent également se faire dans le caecum. Les mâles meurent du reste rapidement après la copulation ; ils sont éliminés avec les fèces avant qu'aucun symptôme soit venu signaler la présence du parasite.
Les femelles fécondées séjournent dans le caecum, tant que
OXYURUS VERMICULARIS.
le développement des œufs n'est pas achevé ; elles peuvent môme pénétrer dans l'appendice iléo-caîcal, mais ce dernier semble être le recoin préféré des mâles (1). Quand les œufs ont enfin acquis leur maturité, les femelles cheminent le long du côlon et arrivent au rectum, dans lequel elles effectuent en partie leur ponte ; elles tendent également à quitter l'intestin, comme le prouve le prurit insupportable que le malade éprouve à l'anus. Un grand nombre d'œufs sont donc pondus dans le mucus anal et sur le tégument humide de la région voisine : leur dissémination et leur introduction possible dans l'estomac de l'Homme se font par les procédés que nous avons déjà signalés. La propagation de l'helminthe est encore assurée par l'effritement des matières fécales, qui contiennent des œufs libres et des femelles plus ou moins bourrées d'œufs, suivant que leur ponte s'est effectuée ou non dans l'intestin.
Nous avons dit que l'œuf, au moment de son évacuation, renferme déjà un embryon gyriniforme; celui-ci ne peut continuer son développement qu'autant que le suc gastrique, en ramollissant la coque de l'œuf, a contribué à le mettre en liberté. L'infestation n'est donc possible que si l'œuf est ramené dans l'estomac, au bout d'un temps variable (2). Vix croyait que les embryons encore renfermés dans l'œuf étaient capables de se développer dans le rectum ; mais cette opinion n'est pas soutenable.
J.-M. Barry, On the origin of intestinal worms, particularly the Oxyuims vcrmiculcu is. Transactions of the Assoc. of fcllows and licentiatcs of king's and quoen's Collège of physicians in Ireland, II, p. 383, 1 8 1 S .
E. Vix, Ueber Entozoen bei Geisleskranken, ins Besondere ùber die Bedeumng, dus Vorkommen und die Behandlung von Oxyurus vermicularis. Allgemeine Zeitschrift fiir Psychiatrie, XVII, p. I, 149 et 225, 18G0.
W. Stricker, Physiologisch-pathologische lïemerkungen ùber Oxyurus vermicularis. Virchow's Archiv, XXI, p. 300, 18CI.
J. H. L. Flôgel, Ueber die Lippen einiger Oxyurisarten. Z. f. w. Z., XIX, p. 231, 18G9.
(1) En recherchant le sexe des Oxyures trouvés dans l'appendice, Heller a noté : dans un cas, 3G mâles; dans un autre cas 19 femelles et 19 mâles; une autre fois, 9 femelles et 30 mâles; dans un dernier examen, 27 femelles et 4G mâles.
(2) On ignore si l'œuf introduit prématurément dans l'estomac, c'est-â-dire avant la formation complète de l'embryon, est capable d'y poursuivre son évolution. Le fait ne semble pas impossible, si on considère que le développement de l'embryon est très rapide et que l'action du suc gastrique sur la coque n'est pas instantanée.
Blanchard. — Zool. méd. 46
ORDRE DES NlïMATODES.
Zenker, Tageblatt der 42. Versammlung deutscher Naturforscher und JEnic ' zu Dresden, p. 140, 1808. — Id., Veber die Nalurgeschichte des Oxyuvus ver--: mtcularis. Verhandlungen der phys. med. Societutzu Erlangen, II, p. 20, 1870.
L'Oxyure est généralement transmis à l'enfant par le linge ou par les mains sales des personnes qui le soignent, quand ces dernières en sont elles-mêmes infestées. Dès que quelques Vers se sont développés dans l'intestin, la persistance du parasite chez le même malade s'explique aisément sans qu'il soit I nécessaire de supposer que des œufs nouveaux sont sans cesse introduits dans l'estomac. En effet, les conditions sont très favorables à l'auto-infestation.
Sous l'influence de la chaleur du lit, l'Oxyure descend dans le rectum et provoque dans la région anale un prurit insupportable, qui engage les malades à se gratter. S'il s'agit d'enfants ou d'adultes négligeant trop les soins de propreté, les ongles se ! chargent ainsi de matières fécales et de mucosités, au sein desquelles le microscope permet de reconnaître un grand nombre d'oeufs, dont le transport à la bouche se fait pendant le sommeil, ou si le malade a l'habitude de sucer son pouce oui de se ronger les ongles: Zenker et Heller ont vu, en effet, à j plusieurs reprises, des œufs et même des femelles entières • dans le pli ou sous le bord de l'ongle. L'auto-infestation peut ; êtresans limites; les conditions qui la favorisent augmentent de I plus en plus avec le nombre des Vers; ainsi s'explique la per- M sistance du parasite chez un même individu pendant de longues années : Cruveilhier et Marchand l'ont vu persister pendant dix et quinze ans; Oppolzer, Hervieux et d'autres l'ont même I vu infester des individus depuis l'enfance jusqu'à un âge avancé. 1 De cette façon s'explique encore, dans une certaine mesure, la propagation du Ver d'un individu à l'autre, par l'usage du même linge ou du même lit. Aussi l'helminthe s'observe-t-i. j surtout, et parfois sous forme endémique, clans les maisons I d'éducation, dans les orphelinats, les prisons, les casernes, les! asiles d'aliénés (1). La prédisposition aux Oxyures, que l'on! admettait jadis, trouve encore son explication dans les faits! dont nous venons de parler.
La contamination se fait donc avec la plus grande facilité, J
(1) Yix l'a trouvé 56 fois chez 8G aliénés, soit dans GO p. 100 dos cas.
OXYURUS VERMICULAHIS. 723
pour peu qu'on ait affaire à des personnes infestées par l'Oxyure ou qu'on ait occasion de toucher des objets quelconques leur ayant appartenu. A l'époque où ils étudiaient le parasite, Leuckart et Heller en furent eux-mêmes atteints, bien qu'ils eussent pris les plus grandes précautions.
Puisque le périnée et môme la vulve, comme nous le verrons par la suite, sont ordinairement parsemés d'un grand nombre d'oeufs, il n'est pas impossible que la mère, au moment de l'accouchement, transmette le parasite à l'enfant. Peut-être doit-on expliquer de la sorte le fait, observé par Heller, d'un enfant de cinq semaines dont l'appendice iléo-cœcal renfermait des Oxyures adultes. Ce fait, en tout cas, est intéressant, en ce qu'il nous démontre avec quelle rapidité se fait le développement de l'helminthe.
Le nombre des Oxyures hébergés par un môme malade est soumis aux plus grandes variations : ils sont parfois si abondants et si serrés les uns contre les autres que, d'après Vix, la surface entière du gros intestin ressemble à de la fourrure. Leur présence n'exclut pas celle d'autres parasites : les statistiques de Mûller et de Heller nous en donnent la preuve. Sur 135 autopsies d'aliénés faites à Erlangen, l'Oxyure a été observé 78 fois, soit dans la proposition de 57,77 p. 100, savoir : 35 fois seul, 6 fois avec l'Ascaride lombricoïde, 26 fois avec le Trichocépbale, 11 fois avec l'Ascaride et le Tricbocéphale. Sur 611 autopsies faites à Kiel, il a été vu 142 fois, soit dans la proportion de 23,24 p. 100, savoir : 57 fois seul, 16 fois avec l'Ascaride, 35 fois avec le Trichocéphale, 34 fois avec l'Ascaride et le Trichocéphale.
Nous empruntons encore à Mûller pour Dresde et Erlangen, et à Heller pour Kiel, les statistiques suivantes relatives à la fréquence de l'Oxyure. A Dresde :
1164 hommes ont présenté l'Oxyure 24 fois, soit 2, 1 p. 100.
739 femmes — — 10 — ?, 5
36 enfants — — 0 — 0
Au total, 1939 individus — 43 — 2, 2 —
Pour Erlangen, le résultat était le suivant :
8 if) hommes ont présenté l'Oxyure 113 fois, soit 13, 4 p. 100.
513 femmes — — 57 — 11, l —
397 enfants — — 43 — 10, 8 —
Au total, 1755 individus — — 213 — 12,13 —
Enfin, le résultat des autopsies faites à Kiel a donné les chiffres suivants :
ORDRE DES NÉMATODES.
2GG hommes ont présenté l'Oxyure 50 fois, soit 18, 8 p. 100.
194 femmes — 41 — 21 1
151 enfants — — 51 gg' g
Au total, Gll individus — — \\i 2:s' 2 —
A Bâle, d'après Zâslein, le parasite a été vu 10 fois dans oO autopsies consécutives, soit dans 20 p. 100 des cas.
L'Oxyure se rencontre à tout âge, mais est plus commun chez les enfants et chez les femmes : Heller l'a observé chez un enfant de cinq semaines et chez un vieillard de 82 ans; Dremser l'avait vu chez un autre vieillard de 80 ans.
Les anciens observateurs prétendaient que l'Oxyure est plus fréquent et plus vivace au printemps et en automne qu'en toute autre saison; P. Frank et Grassi assurent qu'il est plus abondant au voisinage du printemps ; c'est même, suivant ce dernier auteur, le seul moment de l'année où l'on puisse assez facilement se le procurer à Milan.
On sait quel est l'habitat normal du parasite et par quelle voie il est expulsé au dehors; néanmoins, on le voit parfois s'engager dans des voies anormales. Brera dit en avoir rencontré plusieurs amas dans l'œsophage d'une femme morte d'une maladie chronique, et P. Frank rapporte plusieurs cas analogues : « Une société médicale d'Angleterre, dit-il, parle d'un malade qui en rejeta une grande quantité par le vomissement. Un enfant nous présenta, à Vienne, en 1802, un cas absolument semblable. Chez un autre enfant du même âge, qui venait de succomber à une violente cardialgie, nous trouvâmes l'estomac rempli de cette espèce de Vers : ils étaient encore adhérents aux parois de ce viscère. » Enfin, Pomper a publié l'observation d'une fillette de dix ans, qui avait des Oxyures à l'anus et qui, tous les soirs, en rendait par la bouche.
Il est moins rare, chez les femmes et surtout chez les petites filles, de voir l'helminthe sortir de l'anus, pénétrer dans la vulve et remonter dans le vagin; Davaine (1) en rapporte quelques cas. Le Ver produit un prurit incommode et parfois une excitation des plus fâcheuses; il provoque la masturbation et même donne lieu à des accès de nymphomanie, ainsi que Raspail en a observé un cas ; enfin, il détermine une leucorrhée persistante chez les femmes qui ne se__ soignent pas. Carteaux parle d'une femme âgée de 78 ans, qui portait un pessaire depuis 35 ans environ; ce pessaire, ayant été oublié depuis deux ans dans le vagin, provoqua des accidents divers; la partie inférieure du vagin était remplie de mucosités et d'Oxyures. Heller vit dans une au-
(1) C. Davaine, Traité des entozoaires. Paris, 2" éd., 1877. Voir p. 300-313, 851 et 852.
OXYURUS VERM1CULARIS. 72d
topsie un Oxyure dans le vagin; le môme auteur rapporte que Westphalen, à l'aide du spéculum, en observa un autre sur le museau de tanche.
Les Vers erratiques dans la vulve ou le commencement du vagin peuvent être balayés par l'urine, comme le montrent les cas d'Andry et de Frank. D'autres fois, le parasite passe du rectum dans la vessie, à la faveur d'une fistule, et est réellement expulsé par le canal de l'urèlhre : les cas de Fabrice de Hilden, d'Alghisi et de Kiibn appartiennent à cette catégorie.
C'est encore à des Oxyures erratiques que se rapporte l'observation publiée par Michelson, de Kônigsberg. Cet auteur a rencontré, chez un jeune garçon, un eczéma intertrigo simple, localisé à la peau du sillon génito -crural et à la portion où le scrotum et la cuisse étaient en contact; le reste du scrotum et le périnée étaient intacts. Dans les régions malades, l'épiderme était perforé et occupé par un nombre immense d'œufs d'Oxyure.
Ajoutons enfin que, d'après Heller, le Ver arrive quelquefois, mais très rarement, sous le prépuce et dans l'urèthre de l'Homme.
L'helminthe est ordinairement inoffensif; le seul symptôme qui dénote sa présence est le prurit anal qui se manifeste au début de la nuit, sous des influences encore mal déterminées; ce prurit, Grassi a cherché en vain à le retarder ou à l'avancer, en changeant l'heure des repas et des selles; peut-être eût-il obtenu un meilleur résultat en changeant l'heure de son coucher. Le retour du prurit et des divers phénomènes qui peuvent l'accompagner se fait parfois avec une si ponctuelle régularité qu'on a pu croire, dans certains cas, avoir affaire à une fièvre intermittente. D'autres fois, les démangeaisons et les élancements que le Ver occasionne à l'anus et dans le rectum se propagent jusqu'aux organes génitaux et provoquent des érections, des sensations incommodes ou douloureuses, dont l'enfant cherche à se débarrasser par des attouchements qui, trop souvent, lui feront prendre l'habitude de la masturbation. A un âge plus avancé, l'irritation provoquée par les Vers pourra même être suivie de pertes séminales involontaires, ainsi que Raspail et Lallemand en citent des exemples.
Comme l'Ascaride, l'Oxyure détermine parfois, par voie sympathique ou réflexe, des accidents fort divers, dont le médecin aura grand'peine à reconnaître l'origine. Ce sont des lésions de l'intelligence, des attaques épileptiformes, de l'incoordination motrice, de l'amaurose, des syncopes, de l'incontinence d'urine, etc. ; on trouvera dans le livre de Davaine le résumé des principaux cas (1).
(t) Loco citalo, p. 53-GO.
726 ORDRE DES NÉMÀTODES.
L'Oxyure vermiculaire n'a encore été rencontré que chez l'Homme ; les Singes d'Amérique sont infestés par une espèce très voisine, mais différente, Oxyurus minuta- Schneider. Ce parasite est vraisemblablement cosmopolite; on le connaît par toute l'Europe; il est fréquent en Islande, d'après J6n..Finsen. En Asie, on l'a signalé en Syrie et aux Indes; Fedchenko l'a recueilli chez des enfants kirghis, et Bâlz dit qu'il est un peu moins abondant au Japon qu'en Europe. D'après Yital, il est fréquent à Gonstantine parmi les diverses races dont se compose la population. Pruner le signale encore en Égypte et Tutschek à Tumale, dans l'Afrique centrale. Leidy le considère comme le plus commun de tous les helminthes des Anglo- Américains. Il est très rare à la Martinique, d'après Rufz, mais est fréquent dans l'Uruguay, à Java, à Sumatra, aux Moluques et au Groenland; Olrik dit que, dans cette dernière région, il incommode extrêmement les Européens et les indigènes.
J. A. Chr. Kûhn, De Ascaridibus perurinam emissis, adjuncta commenta' tione de vermium intestinalium generatione. Ieuîe, 1798.
Carteaux, Extraction d'un pessaire après un séjour de plusieurs armées dans la cavité du vagin. Journal de méd. et de chir. pratiques, II, p. 98, 1836.
F. V. Raspail, Sur la cause immédiate et la médication de la plupart des cas de surexcitation des organes sexuels (satyrians, nymphomanie, pertes séminales involontaires et habitude précoce de la masturbation). Gazette des hôpitaux, XII, p. 559 et 563, 1838. — Irt., Sur la structure anatomique, les habitudes, les effets morbides de l'Ascaride vermiculaire {Oxyurus vermicularis) et sur les moyens curatifs propres à prévenir ou à dissiper les désordres pathologiques que détermine sa présence dans nos divers organes. Ibid., XII, p. 579, 591, 604, 607, 612 et 615, 1838. — Id., Histoire naturelle de la santé et de la maladie. Paris, 1843. Voir II, p. 198.
Lallemand, Des pertes séminales involontaires. Paris, 1842. Voir III, p. 116.
E. Marchand, Essai sur l'Oxyure vermiculaire. Gazette des hôpitaux, (2), IX, p. 367, 395, 455 et 503, 1847.
Hervieux, De quelques accidents graves déterminés par les Oxyures et de leur traitement. Union médicale, (2), II, p. 345 et 352, 1859.
Le Cœur, Traitement des Oxyures vermiculaires par les lavements au chlorure de zinc. Ibidem, (2), II, p. 599, 1859.
Alph. Loreau, Des Ascarides vermiculaires. Simple note sur quelques-uns de leurs méfaits et sur les moyens d'en triompher. Le Progrès, 1860.
Fr. Mosler, Ueber den Nutzen der Einfùhrung grôsserer Mengenvon Flùssigkeit in den Darmkanal bel Behandlung interner Krankheiten. Berliner klin. Wochenschrift, X, p. 533, 1873.
Hegar, Ueber Einfùhrung von Flùssigkeiten in Darm und Hamblase. Deutsche Klinik, XXV, p. 73, 1873. Berliner klin. Wochenschrift, XI, p. 61 und 74, 1874.
Michelson, Die Oberhaut der Genitocruralfalte und ihrer Umgebung als Brutstàtte von Oxyurus vermicularis. Berliner klin. Wochenschrift, XIV, 1877.
EUSTRONGYLUS GIGAS. 727
Pomper, Beitrag tuf Lehre vom Oxyurus vermicularis. Inaug. Diss., Berlin,