FAMILLE DES STRONGYLI DES
Cette famille renferme des Vers dont le caractère principal est fourni par le mâle : il se termine en arrière par un appareil copulateur particulier, sorte de bourse urcéolée qui entoure l'orifice cloacal et dont le bord porte un nombre variable de papilles. Quand elle atteint de grandes dimensions, la bourse est membraneuse et est parcourue par des faisceaux musculaires dont ebacun aboutit à une papille marginale; grâce à ces muscles, dont le nombre et la disposition présentent de bons caractères spécifiques, la bourse peut s'écarter ou se resserrer au contraire et contribuer ainsi à fixer le mâle contre le corps de la femelle, dans l'acte de la copulation. La bouche, dont la forme et la structure sont variables et également caractéristiques, est entourée de papilles plus ou moins grosses; l'œsophage est musculeux, sans bulbe pharyngien, et parcouru dans le sens de la longueur par des crêtes chitineuses.
Les Strongylides comprennent environ 10 genres, dont les principaux sont Eustrongylus, Strongylus, Ankylostoma, Sclerostoma, Syngamus, Physaloplcra, Cucullanus ; les 3 premiers renferment des espèces parasites de l'Homme.
Eustrongylus gigas Diesing, 1851.
Synonymie : Serpent des rogno?is des Loups Jean de Glamorgan, 1570. Dracuncidus longissimus Césalpin.
Ascaris canU et martis Schrank, 1788.
A. visceralis Gmelin, 1789.
A. renalis Graelin, 1789.
Fusaria visceralis Zeder, 1800.
F. renalis Zeder, U00.
Dioctophyme Gollet-Meygret, 1802.
Strongi/lus gigas Rudolphi, 1802.
St. renalis Moquin-Tandon, 18G0.
Le genre Eustrongylus, qui ne renferme qu'un très petit nombre d'espèces, dont la plupart sont très imparfaitement connues, a été confondu avec les Vers du genre Slrongylus, jusqu'au jour où Diesing mit en relief ses caractères différen-
728 OU DRE DES NÉMA.TODES.
tiels : lesEustrongles sont polyrnyaires el n'ont qu'un spicule et qu'un utérus ; les Strongles sont méromyaires et possèdent deux spicules et deux utérus.
L'Eustrongle géant habite les voies urinaires d'un certain nombre de Mammifères, plus rarement de l'Homme. Il pond des œufs ellipsoïdes, un peu amincis vers les pôles, mesurant 64 à 68 (i sur 42 à 44 p, (fig. 356). La coque est chitineuse, épaisse, mais cependant très fragile, de couleur brune, sauf aux deux extrémités, où elle est incolore ; elle est également plus épaisse aux pôles, bien que ce soit le point de moindre résistance. Elle présente une structure caractéristique : sa surface est criblée de petits pertuis, larges de 2 à 5 p, qui tranchent en
strongylus gigas , clair sllr Ia teinte brune générale et dont d'après Baibiani. chacun est entouré d'une assez large bordure ; les uns sont circulaires, les autres sont bi ou trilobés. Ces pertuis ne sont autre chose que l'embouchure de petits canaux en entonnoir qui traversent la coque de part en part, sans pourtant mettre le vitellus en communication avec l'extérieur; celui-ci, en effet, est enveloppé de la membrane vitelline, qui s'unit intimement à la face interne de la coque. Cette remarquable structure s'observe sur toute la surface de l'œuf, sauf aux pôles, qui offrent toujours un aspect homogène.
Baibiani a démontré que l'Eustrongle est ovipare. L'œuf pondu ne renferme encore que deux blastomères, et rien n'autorise à penser qu'il se segmente davantage dans le tube génital de la femelle. Il est entraîné au dehors avec l'urine, au moment de la miction. S'il arrive alors dans l'eau ou dans la terre humide, il s'écoule, en hiver, 5 à 6 mois avant que le développement de l'embryon ne soit achevé; en été, l'évolution du Ver est sans doute plus rapide.
L'embryon peut séjourner au moins cinq ans dans l'œuf sans périr. Si on vient à le faire éclore artificiellement et qu'on le mette dans 1 eau pure, il s'y altère rapidement et ne vit bien que dans les liquides albumineux; ce fait montre donc que l'eau n'est pas le milieu qui convienne au jeune Ver à sa naissance. D'autre part, l'embryon ne résiste pas à une dessiccation prolongée, comme l'explique du reste
EUSTRONGYLUS OIGAS.
la structure de la coque. Cette grande fragilité rend suffisamment compte de l'extrême rareté de l'Eustrongle, bien qu'il produise des œufs en nombre immense.
L'embryon (fig. 357) a une longueur moyenne de 240 y. pour une largeur de 14 [/.; il est fusilorme et se termine en arrière par une queue conique. La bouche s'ouvre à l'extrémité antérieure : c'est une petite ouverture arrondie, qui n'offre aucune trace des six papilles qui l'entoureront chez l'adulte; elle est munie, au contraire, d'une petite dent perforante, à laquelle le jeune animal imprime à son gré des mouvements d'extension et de rétraction. La cuticule est finement et régulièrement striée en travers. L'œsophage est cylindroïde et occupe environ le cinquième de la longueur du corps ; sa portion antérieure est plus large et se termine par une petite armature dentaire, formée de trois petites dents chitineuses développées aux dépens de la cuticule interne.
Balbiani a cherché sans succès à infester des Chiens auxquels il avait fait avaler des œufs embryonnés ; il conclut de ses études que l'Eustrongle géant passe forcément par un hôte intermédiaire avant de pénétrer chez son hôte définitif. Cela étant admis, quel peut être l'hôte intermédiaire?
Schneider et Leuckart ont observé chez quelques Poissons exotiques (Symbranchus laticaudatus et Galaxias scriba) des kystes renfermant des larves d'Eustrongle (Agamonema cysticum Dies.) ; ainsi s'expliquerait la présence des adultes chez des animaux ichlhyophages : par exemple, Eustrongylus [Hystrichis) tabifex vit chez divers Oiseaux aquatiques (Harle, Grèbe, Plongeon, Canard). L'Eustrongle géant s'est lui-même toujours montré plus fréquent chez les Mammifères ichthyophages, tels que le Phoque, la Loutre, le Vison d'Amérique, etc., que chez ceux qui ont un régime différent; s'il a été vu aussi chez le Chien, le Loup, le Renard, le Cheval, l'Homme, etc., cela pourrait s'expliquer, d'après Schneider, par ce fait que, dans les localités où le Poisson abonde, celui-ci peut entrer parfois dans la nourriture de ces animaux. Pour vérifier ces présomptions, Balbiani fil avaler à. des Anguilles, à des Carpes, à des Cyprins dorés, des œufs d'Eustrongle renfermant un embryon bien développé; le résultat fut toujours négatif. Des expériences du môme genre furent faites sans plus de
Fig. 35"
Embryon
CCEustrongylus gigas et portion antérieure du môme, d'après Balbiani.
730 ORDRE DES NEMATODIÎS.
succès sur le Chien, le Lapin et la Couleuvre; les œufs furent rendus intacts. L'hôte intermédiaire est donc encore inconnu, mais l'opinion de Leuckart et de Schneider demeure la plus vraisemblable.
G. Balbiani, Recherches sur le développement et le mode de propagation du Strongle géant {Enslrongylus gigas Dies.). Journal de l'anatomie, VII, p. 180, 1870. — Id., Comptes rendus de la Soc. de biologie, (G), I, p. 125, 1874.
L'Eustrongle est un Ver de grande taille, à corps cylindrique dans presque toute son étendue et effilé en avant, surtout chez le mâle; il présente normalement une coloration rouge (1) ; l'extrémité postérieure varie notablement suivant le sexe. Le mâle, long de 14 à 35 centimètres et large de 4 à 6 millimètres, est pourvu à son extrémité postérieure d'une bourse copulatrice (fig. 361) qui le rend aisément reconnaissable et sur laquelle nous aurons à revenir. La femelle est longue de 25 centimètres à 1 mètre et large de 4mm,5 à 12 millimètres (2) ; elle se termine en arrière par une surface arrondie, percée d'un anus transversal (ûg. 360).
Le tégument est mince, transparent et strié en travers; chez les individus conservés dans l'alcool, on peut voir par transparence les lignes latérales et les cellules musculaires. Au niveau des lignes latérales, la cuticule porte un grand nombre de petites papilles disposées en séries longitudinales (fig. 358); ces papilles punctiformes sont plus écartées les unes des autres dans la partie moyenne du corps qu'aux extrémités; on en compte environ 150 de chaque côté. On trouve encore des papilles au pourtour de la bouche et d'autres au voisinage de l'anus : cbez la femelle, ces dernières sont portées par une sorte de crête qui contourne la lèvre inférieure de l'anus et ne sont que la continuation de la rangée de papilles qui occupe chacune des lignes latérales.
Celles-ci n'ont que 0mm,14 de largeur et 0mm,03 d'épaisseur; ce sont d'étroites bandes de substance granuleuse. Les lignes
(1) Quand on le plonge dans l'eau, le Ver se gonfle par endosmose et finit môme par éclater avec un certain bruit, en projetant le liquide sanguinolent dont il est rempli, ainsi que Hartmann et Rudolphi l'ont constaté.
(2) Une femelle chargée d'œufs, observée par Balbiani, était longue de 860 millimètres, large de 7 millimètres et pesait 40er,8. Le même auteur a observé deux mâles : le premier était long de 270 millimètres, large de 4 millimètres et pesait de'/t; l'autre était long de 230 millimètres, large de 3mm,5 et pesait 2Kr,45.
EUSTRONGYLUS GÏGÀS- M1
médianes sont d'une structure tout aussi simple, mais elles ont jusqu'à 0mn\2 d'épaisseur; leur largeur est peu considérable. Le nombre des lignes longitudinales n'est plus de quatre, comme chez les Ascarides, mais de huit, par suite d'un véritable dédoublement des quatre champs musculaires primitifs ; chacun d'eux présente en son milieu une étroite lacune longitudinale, à laquelle on donne le nom de ligne submédiane et qui donne insertion à des muscles radiaires se rattachant à l'intestin.
La couche des muscles sous-cuticulaires est assez faible : elle se divise en huit champs dont chacun comprend, dans le sens transversal, 20 à 24 cellules fusiformes ou cylindriques, larges de 0mm,t cl dont la longueur dépasse 4 millimètres; ces cellules ne sont contractiles que par leur partie externe.
Par suite du faible développement de la musculature, la cavité générale du corps est assez vaste : elle est tapissée d'une sorte de séreuse qui se comporte à la façon d'un véritable péritoine. Celte membrane recouvre de toutes parts la couche musculaire et passe sans s'infléchir au-dessus des lignes latérales ; elle forme un certain nombre de replis, dont les uns s'insinuent entre les cellules musculaires, tandis que les autres s'unissent à l'intestin comme le ferait un mésentère et servent à le consolider. On voit ainsi deux mésentères s'attacher tout le long du tube digestif, l'un à droite, l'autre à gauche : ces deux lamelles divisent la cavité du corps en deux étages superposés, qui ne communiquent l'un avec l'autre que par un petit nombre de perforations.
Nous avons mentionné déjà l'existence de muscles radiaires s'insérant d'une part le long des lignes submédianes et d'autre part à la surface du tube digestif. Ces muscles, formés de fibres larges et plates, presque lamelleuses, sont comprises dans l'épaisseur d'un repli péritonéal et forment ainsi quatre cloisons longitudinales qui divisent la cavité générale en quatre chambres, une dorsale ou supérieure, une ventrale ou inférieure, une latérale droite et une latérale gauche ; les mésentères cloisonnent les chambres latérales.
L'extrémité antérieure est arrondie et percée d'une bouche hexagonale, large de 0mm,28 chez les plus grands individus et entourée d'une couronne de six nodules saillants (fig. 358; fig. 339, a). Ceux-ci peuvent mesurer jusqu'à 0mm,2o de largeur; ils sont groupés de façon que deux d'entre eux correspondent aux lignes latérales, les quatre autres étant répartis par paires à chacune des faces dorsale et ventrale. Le nodule
732 ORDRE DES NÉMATODES.
est surmonté d'une papille large de 0mm,12. Le pourtour de la
bouche est encore orné de quelques autres papilles plus
petites.
La bouche est une cavité cupuliforme, profonde de 0mm,5 ; elle devient triangulaire dans sa profondeur, et sa lumière se rétrécit à tel point que, déjà en se continuant avec l'œsophage,
Fig. 358. — Extrémité cépha- Fig. 359. — Eustrongylus gigas mâle, d'après lique A' Eustrongylus gigas Davaine. — a, extrémité céphalique monvue de profil, d'après Leuc- trant les six nodules qui entourent la boukart- che ; b, extrémité caudale avec la bourse co-
pulatrice, du centre de laquelle sortie spicule.
elle a l'aspect d'une étoile à trois branches. Elle est constituée par une coque chitineuse, à la surface de laquelle s'insèrent un certain nombre de puissants muscles radiaires, qui ont pour effet delà dilater et d'aider ainsi à sa réplélion; ces muscles sont au nombre de six en avant et interposés aux nodules labiaux ; en arrière ils se bifurquent et leur nombre devient double.
L'œsophage est un étroit canal qui s'épaissit progressivement en arrière ; il occupe un cinquième de la longueur totale chez les individus de petite taille et un quatorzième seulement chez les adultes. Un mésentère le rattache de chaque côté à la paroi ventrale, à peu près au niveau des lignes submédianes inférieures. Dans leur partie antérieure et sur un parcours d'environ 10 millimètres, ces deux mésentères sont traversés par des fibres musculaires rayonnantes et un peu obliques en arrière, qui vont de la paroi du corps à l'œsophage; elles ont pour but d'allonger celui-ci et de le mouvoir soit en avant, soit en arrière.
Au-dessous de la couche péritonéale qui revêt extérieurement l'œsophage, on trouve une couche de muscles diagonaux, dont l'analogue n'est guère représenté que chez Filaria papillosa, et qui communique au bol alimentaire son mouvement de progression. Puis viennent, entre celle-ci et la cuticule interne, des faisceaux de muscles
EUSTKONGYLUS GIGAS. 733
radiaires entre lesquels sont interposées des colonnes granuleuses. Ces dernières sont au nombre de 3 au début de l'œsopbage, de 6 dans la partie antérieure, de 14 dans la partie moyenne ; leur nombre augmente donc d'avant en arrière, par des dichotomies successives. Chacune de ces colonnes est percée d'un canal central large de 40 p. et dans lequel circule pendant la vie un liquide granuleux. Schneider considère ce système de canaux comme des glandes, dont il n'a d'ailleurs pas vu le pore excréteur; Leuckart y voit plutôt un appareil de brassage et de déplacement pour le contenu de l'œsophage.
L'intestin est rectiligne et de coloration jaune. Aplati de haut en bas dans sa moitié antérieure et large de 3mm,S au moins, il offre néanmoins quatre arêtes latérales, c'est-à-dire qu'il présente deux faces latérales hautes chacune d'un millimètre environ. En arrière, ces dernières deviennent de plus en plus hautes, jusqu'à ce qu'elles atteignent, dans le quart postérieur du Ver, les mêmes dimensions que les deux faces dorsale et ventrale, soit 2mm, 7 environ. L'intestin a donc partout quatre faces et quatre arêtes ; celles-ci donnent insertion aux quatre bandes musculaires. Il aboutit finalement à l'anus, dont Figàudale de^a^enous indiquerons bientôt la disposition chez le nielle, vue par dermâle et qui, chez la femelle, a l'aspect d'une rière, d'après Leucfente transversale, incurvée en croissant et per- kartcée à l'extrémité postérieure du corps (fig. 360).
Les glandes sexuelles sont relativement courtes : elles ne dépassent pas le double ou le triple de la longueur totale du Ver : la fécondité est moindre que chez les Ascarides. Elles se développent à la face ventrale et devraient donc être, chez l'adulte, renfermées dans la chambre ventrale, mais certaines parties peuvent traverser les bandes musculaires ou les mésentères et passer secondairement dans les chambres voisines.
Chez un mâle long de 150 millimètres, le tube génital mesure 337 millimètres, soit un [peu plus du double de la longueur : il est formé d'une branche montante ou postéro-antérieure, le testicule, et d'une branche descendante ou antéro-postérieure, le canal déférent. Le cul-de-sac testiculaire se trouve dans la chambre gauche, à 10 millimètres environ en avant de l'extrémité caudale; il est rattaché à la paroi du corps par du tissu conjonctif. Le tube remonte jusqu'à 7 millimètres de l'extrémité antérieure; il s'infléchit alors (1)
(1) Au point où il s'infléchit et sort de la chambre gauche pour pénétrer dans la chambre caudale, le tube testiculaire présente un petit caecum long
et redescend dans la chambre ventrale, qu'il parcourt suivant toute sa longueur. Ces deux branches ne sont sinueuses que dans leur tiers antérieur, c'est-à-dire que les sinuosités ne portent que sur le tiers moyen du tube génital mâle.
Celui-ci finit par s'unir au tube digestif pour constituer un cloaque, dans lequel débouche d'autre part un unique cul-de-sac renfermé dans la chambre dorsale et contenant un seul spicule. Cette poche est longue de 17 millimètres et libre par toute son étendue : elle est formée de deux parties; l'antérieure est épaisse, longue de 7 millimètres et large de 0»m,4; la postérieure est effilée et longue de 10 millimètres. Le spicule n'occupe que cette dernière : c'est un bâtonnet large de 0mm,2 à sa base, mais qui s'effile assez rapidement en arrière jusqu'à 0mm,l et même jusqu'à 0mm,03.
Le cloaque débouche dans le fond de la bourse caudale, sorte de pavillon cupuliforme superposé à l'extrémité postérieure du corps et rappelant l'aspect d'une ventouse (fig. 359, b; fig. 361). Cette bourse est de forme ovale et a son plus grand diamètre dirigé transversalement ; chacun de Fig. 361. — Bourse ses deux Dords supérieur et inférieur est caudale du mâle. — éebancré en son milieu, de manière à la
a, vue de profil; B, transformer en une sorte de pince dont les vue par la face pos- , ,
térieure. mors latéraux sont destinés a saisir et à em-
brasser le corps de la femelle dans l'acte de la copulation; Ch. Drelincourt a pu constater, en effet, chez le Chien, que l'accouplement se fait bien de la sorte et dure assez longtemps. Le bord de la bourse est orné d'un grand nombre de papilles qui n'ont aucun rapport avec celles des lignes latérales; elles sont espacées les unes des autres de 0ram,4 à 0mm,l et sont difficilement visibles à l'œil nu. La bourse, dont l'épaisseur est assez notable et partout uniforme, comprend trois couches musculaires distinctes: une couche superficielle de fibres diagonales, un sphincter marginal, puis une couche de fibres rayonnantes qui rappellent les muscles des ventouses des Trématodes et des Hirudinées. Le fond de l'organe se soulève en une saillie conformée en Y (fig. 361, B), dont la branche impaire correspond au bord ventral; au point où celle-ci s'unit
de 2 minimètres, qui se dirige en avant et qu'Otto avait déjà vu, mais mal interprété.
EUSTRONGYLUS GIGAS. 735
aux deux branches dorsales, on remarque une petite papille large de 0mm,3 dont le sommet est percé d'un orifice cloacal par lequel il est fréquent de voir sortir le spicule, sous l'aspect d'une soie longue de 5 à G millimètres (fig. 359, b).
L'appareil génital femelle se compose d'un seul tube qui se replie sur lui-môme de manière à constituer deux branches montantes et une branche descendante. Le cul-de-sac ovarien, fixé à l'intestin par du tissu conjonctif, est logé dans la chambre ventrale, à 5 millimètres en avant de l'extrémité caudale. L'ovaire reste dans cette même chambre pendant un trajet d'environ 80 millimètres, puis passe dans la chambre droite; il demeure dans cette dernière jusqu'à ce qu'il ne soit plus qu'à 40 millimètres de la vulve, fl rebrousse alors chemin, pénètre de rechef dans la chambre ventrale et y chemine jusqu'au point où le cul-de-sac ovarien pénètre dans la chambre droite; il passe alors dans la chambre gauche ; parvenu à l'extrémité postérieure du corps, il revient sur lui-môme et se dirige en avant, pour passer dans la chambre ventrale après un parcours de 80 millimètres environ ; tant qu'elle est dans la chambre gauche, la branche montante décrit de nombreuses sinuosités.
Revenu dans la chambre ventrale, le tube génital se dilate progressivement en un utérus rectiligne, qui se termine à 24 millimètres de la vulve. Le vagin s'en sépare brusquement et représente un tube large de 0mni,8 qui, aussitôt après avoir pris naissance, se dirige en arrière; mais après un trajet d'environ 9 millimètres, il se reporte en avant et passe dans la chambre droite, où il reste pendant un parcours de 30 millimètres, c'est-à-dire jusqu'au voisinage de la vulve ; il regagne alors la chambre ventrale pour aboutir aussitôt à la vulve. Celle-ci, fortement reportée en avant, est à 70 ou 75 millimètres de l'extrémité céphalique, chez les femelles de grande taille; elle s'ouvre sur la ligne médio-ventrale, en sorte que, pour lui livrer passage, le cordon ventral se déjette sur le côté gauche.
Au moment où il pénètre dans l'utérus, l'œuf est encore nu ; il s'entoure alors d'une première membrane chilineuse, mince et lisse, à contour net; puis on voit se déposer autour de lui une masse granuleuse assez épaisse, qui s'organise progressivement en une enveloppe chilineuse et criblée de dépressions.
L'Eustrongle géant vit ordinairement chez le Chien; on le rencontre dans le rein ou la vessie, parfois dans l'urèthre, plus rarement encore dans les lombes ou aux environs des reins ; il peut tomber dans la cavité péritonéale, où Gréhant l'a rencon-
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tré chez le Chien, et devenir migrateur à la façon des Ascarides ; Lisitsin L'a vu se loger dans le lobe gauche du foie et déterminer de l'éclampsie.
Le parasite ne semble être particulier à aucune espèce animale : on l'a encore trouvé chez le Loup, le Renard, le Chien d'Amérique, le Vison, la Martre, la Loutre, le Putois, le Cheval, le Bœuf, le Phoque et l'Homme. Ce Ver n'est jamais commun : Rayer l'a cherché à Paris sur 3,000 reins d'Homme sans le rencontrer une seule fois ; il ne fut pas plus heureux avec 500 reins de Chien, mais il le vit chez le Loup; en Hollande, Kerkring en trouva trois exemplaires à sa quarante et unième autopsie de Chien, pui*s n'en observa plus jamais ; Érasme Miller en cite 6 cas chez le Vison ; Mégnin l'a vu aussi à plusieurs reprises chez le Chien, qui semble être son hôte favori. Le nombre des Helminthes hébergés par un même hôte se réduit le plus souvent à 2 ou 3 ; il y en a rarement plus de 8.
Cet helminthe produit parfois de graves désordres. La substance rénale est détruite ; on y constate des hémorrhagies, et souvent, sous la capsule externe qui persiste seule, il n'y a plus qu'une sorte de bouillie sanguinolente ou purulente : Pallas a vu le rein se réduire à l'état d'un simple sac membraneux. Le bassinet peut s'épaissir et se calcifler par places : l'animal s'enroule dans sa cavité et l'oblitère complètement; les urines sont sanguinolentes, bourbeuses, purulentes et renferment sans aucun doute des œufs, dont la recherche microscopique sera le seul moyen d'éclairer le diagnostic. Le rein sain s'hypertrophie par compensation physiologique. Parfois cependant, l'animal ne semble pas être incommodé de son parasite, comme Ruysch l'a remarqué pour le Chien et Miller pour le Vison.
L'Eustrongle a été signalé pour la première fois, en 1570, par Jean de Clamorgan, seigneur de Saave et capitaine de chasse. «11 y a une chose, dit-il, qui n'a esté escrite par aucun, au moins que je l'ay lue ou ouy dire : que, dedans les rognons d'un vieil Loup, s'engendrent et nourrissent des Serpents, ce qu'ay veu à trois, voire à quatre Loups. Aucune fois, à un Loup, y a en un rognon deux Serpents, l'un d'un pied, l'autre d'un pouce de long. Les autres, moindres et par succession de temps, font mourir le Loup et deviennent Serpents et bêtes fort venimeuses. »
A la suite de Jean de Clamorgan, un grand nombre d'observateurs ont rencontré l'helminthe ; on le prit tout d'abord pour un Serpent et, comme on le rencontre surtout chez le Chien, on crul
EUSTRONGYLUS GIGAS. 737
qu'il pourrait engendrer la rage, à cause de son venin. Sa véritable nature, déjà soupçonnée par Ch. Rayger (1), fut reconnue par Redi et Vallisnieri; mais c'est seulement au début de ce siècle que sa place dans la classification fut définitivement prouvée : elle le fut simultanément par Collet-Meygret, qui donna au Ver le nom de Dioctophyme, par Albers et par Rudolphi.
Il est certain que l'Eustrongle géant se voit parfois chez l'Homme, mais les cas de ce genre sont fort rares. Malgré le nombre considérable d'observations que renferme la littérature médicale, on ne saurait réunir plus de six cas indiscutables, bien que Davaine en considère sept comme très probables. Le plus souvent, en effet, les auteurs ont confondu avec l'Eustrongle des Ascarides erratiques, par exemple dans le cas de Moublet; d'autres fois il s'agit de Vers dont la taille est restreinte et l'espèce indéterminée ; parfois encore de simples caillots fibrineux trouvés à l'autopsie ou évacués par l'urètbre. Ajoutons enfin qu'on a vu des hystériques s'introduire dans le canal de l'urèthre et dans la vessie des intestins d'Oiseau dépourvus de mésentère, qui plus tard furent rejetés avec l'urine et décrits comme des Vers : tel estle cas d'Arlaud, que les observations ultérieures de Ch. Robin ont réduit à une simple mystification.
Nous donnons ci-après le résumé des six observations dont l'authencité nous semble certaine.
1° Cas de Bises, 1674. — « Renem hune illumve in Canibus substantiâ suâ non solùm privari, verùm et Lumbricis, ssepe plurimis, variisque, loco consumpto se exhibentibus, repleri, frequentissimum adeo anatomicis, ut vix altenlionem aliquam mereri videatur. At in homine talia evenire rarissimum, licet plurium dissectîoni prœfuerim adfuerimve, non nisi unicâ tantum vice in emaciato sene reperire mihi concessum Vermes duos, ulnse ad minimum longitudinem habentes, rubicundioris coloris , aquoso liquore scatentes, similes omninô iis quos in caninis renibus reperiri dixi. Adumbrat unum eorum figura IX, licet annulos ipsos ex quibus videtur constare haud clarè adeo exhibere queat. »
(1) Cet auteur, en 1675, trouve deux Vers daus les reins d'un Chien et s'exprime en ces termes : « Je ne déciderai pas si on doit donner le nom de Serpents à ces deux Vers, et si, plus tard, ils auraient pu devenir venimeux, ou si les Loups sont les seuls animaux dans lesquels les Vers prennent ainsi la forme de Se rp6nts. »
Blanchard. — Zool. raéd. 47
738 ORDRE DES NÉMATÛDES.
Dans un autre ouvrage, le professeur d'Amsterdam rapporte encore celte môme observation : « Calculis renés domicilium prœbere quam frequentissimum, tam rarum Lumbricos hic colligi. In viro emacialo ulnoe et quod excedit longitudinem habentes duos aliquando reperi; coloris erant rubicundi, aquoso humore turgidi quasi ex annulis plurimis affabrè junctis constare videbantur. »
2° Cas de Ruysch, 1737. — « In renibus humanis semel eos mej vidisse memini quales in canum renibus longé frequentius occurrunt. «
3° Cas de Joscphi, 1819. — Cette observation est rapportée par Rudolphi : « Cel. Josephi, professor Rostochiensis, eiitozoa magna ex hominis urethra dejecta vidit, amico qui mihi mitteret data, sed casu perdita, hue certe pertinentia. »
4° Cas d'Aubinais, 1846. — Un cultivateur, âgé de soixante ans..., fut pris de douleurs aiguës et profondes dans la région du rein droit... Après trois ans de douleurs atroces et incessantes, le malade, dont l'obésité était considérable au début du mal, se trouvait réduit à une maigreur squeletlique. Dans les six derniers mois, cette maigreur permettait de sentir à travers les parois de l'abdomen et même de voir des mouvements de gonflement et d'ondulation qui agitaient le rein droit. Le malade accusait la sensation d'un mouvement de reptation dans la région du rein; le péritoine sembla rester sain jusqu'aux derniers instants de la vie; des eschares se manifestèrent au sacrum et aux trochanters, et le malade succomba dans le marasme.
« L'autopsie complète ne fut pas permise par les parents qui, seulement, autorisèrent le médecin à inciser le flanc droit, pour examiner le rein. Vingt heures après la mort, cet organe fut extrait de l'abdomen, et les mouvements ondulatoires qui s'y manifestaient prouvaient que l'entozoaire était encore vivant. Le rein étant ouvert, on y trouva un Strongle d'un peu plus de 43 centimètres de longueur sur S à 6 millimètres de grosseur. Le tissu du rein était profondément altéré, son parenchyme détruit en grande partie et son poids réduit de moitié. »
5° Cas de Sheldon, 1857. — Une femelle longue de 18 pouces fut trouvée dans le rein d'un malade par Th. Sheldon. Elle figure dans la Hunterian Collection ou Musée royal du Collège des chirurgiens, à Londres, et provient de la collection Jos. Brookes. D'abord signalée par Edw. Lankester, en 18S7, elle fut ensuite décrite et disséquée par Cobbold, en 1863; Ralfe l'a vue également.
6° Cas de R. Blanchard, 1886. — « En pratiquant l'autopsie d'un homme, en 1879, dans la section de chirurgie et d'ophthalmologie de l'hôpital Coltsa, à Bucharest, on trouva dans la vessie un Eustrongle
EUSTRONGYLUS G1GAS. 739
géant. Le Ver est conservé actuellement dans l'armoire L, n° 20, du musée d'anatomie de Bucharest; il porte le n° 814 du catalogue. 11 est long de 87 centimètres, et présente tous les caractères d'Eustrongijlus gigas femelle, ainsi que cela ressort nettement, de l'examen que nous en avons pu faire. Nous n'avons pu malheureusement recueillir aucun renseignement précis sur l'histoire clinique de l'individu chez lequel cette observation a été faite; il eût été intéressant de savoir si la présence du Ver avait occasionné quelques accidents du côté de l'appareil urinaire. »
Nous ne citerons point ici les cas de Grotius et de Jansonius, deRodriguez (Zaculus Lusitamis), d'Albrecht, d'Ent, de Pechlin, de Raisin, de Lapeyre et d'Arlaud, dont aucun ne se rapporte à l'Eustrongle géant et queDavaine considère avec raison comme très incertains ; nous dirons simplement quelques mots de deux observations que cet auteur considère comme probables, puis d'autres cas dont il ne parle pas ou qui lui sont postérieurs en date.
Dans l'observation de Moublet, il s'agit simplement d'Ascarides erratiques sortis par l'urèthre et par un abcès de la région lombaire, chez un enfant de cinq ans. Le Ver d'un rouge brun, que le malade de Duchâteau évacua par l'urèthre, n'était sans doute qu'un simple caillot fibrineux. C'est encore un caillot de fibrine qu'un Homme de cinquante et un ans évacua par l'urèthre, le 4 août 1866, dans la clinique de Bartels et que von Linstow (1) décrivit comme un fragment d'Eustrongle. Enfin, le cas de Scheuten et celui, plus récent, de Gannon à Valparaïso, ne sauraient être expliqués d'une autre manière.
L'Eustrongle géant semble avoir une très vaste extension géographique. Il a été vu en France et à Paris, par Duverney, Méry, Mégnin, etc.; en Hollande par van Swieten, Bartholin, Ruysch; en Italie par Redi et Vallisnieri; en Allemagne par Sennert, Hartmann, Wolf, etc.; en Russie, par Lisitsin. On l'a encore observé au Canada, aux États-Unis, au Paraguay, au Chili.
Jean de Clamorgan, La citasse au Loup. Lyon, 1570. Édition de 1583, in-4°, p. 5.
(1) Ce môme auteur, bien connu des helminthologistes, décrivit et figura également (fig. a,b, et v-vn) pour les œufs de l'Helminthe des spores de Lycopode qui se trouvaient par hasard dans ses préparations.
ORDRE DES NÉMATODES.
Ch. Rayger, Sur un Serpent qui sortit du corps d'un Homme après sa mort. Ephemerides naturffl curiosorum, decas I, anno VI et VII, obs. CGXV, 1075. Collection académique, partie étrangère, III, p. 309.
Ger. Blasii, Observata anatomica in Homine, Simia, Eguo, etc. Lugduni Batavorum, 1674. Voir p. Vlb, Lumbrici in renibus. — Id., Observationes anatomica rariores. Amstelodarai, in-18, 1077. Voir p. 80, pars VI, obs. XII, Vernies in rené geniti.
Fr. Ruyschii, Opéra omnia. Amstelodami, 1737. Voir I, p. 60.
Moublet, Sur des Vers soi'iis des reins et de Vurèthre d'un enfant. Journal de méd. et de chir., IX, p. 544, 1758.
G. F. H. Collet-Meygret, Mémoire sur un Ver trouvé dans le rein d'un Chien. Journal de physique, de chimie et d'hist. nat., LV, p. 458, 1802.
Albers, Beitràge zur Anatomie und Physiologie der Thiere. Bremen, 1802. Voir I, p. 115.
Duchâteau, Observations sur des Vers contenus dans les voies urinaires. Journal de méd., de chir., XXXV, p. 242, 1816.
C. A. Rudolphi, Entozoorum synopsis. Berolini, 1819. Voir p. 261.
P. Rayer, Traité des maladies des reins. Paris, 1841. Voir III, p. 728.
C. Arlaud,Swr une observation de Strongles géants sortis des voies urinaires d'une femme. Bull, de l'Acad. de médecine, XI, p. 246, 1846. — Id., Lettre au directeur de la Gazette des hôpitaux. Gaz. des hôp., p. 869, 1881.
Aubinais. Journal de la section de méd. de la Soc. académique du département de la Loire-Inférieure, livraison CVI. Revue médicale, p. 569, 1846.
Edw. Lankester in Fr. Kûchenmeister, On animal and vegetable parasites ofthe human body. London, 1857. Voir I, p. 379, en note.
J. Lecoq, Du Strongle géant dans les voies urinaires de V Homme. Archives gén. de médecine, I, p. 666, 1859.
T. Sp. Cobbold, Catalogue of entozoa in the Muséum of the Royal Collège of surgeons. London, 1866. Voir p. 3.
O. von Linstow, De Eustrongylo gigante Dies. (Slrongylo aut.) in Hominis rené observato. Diss. inaug. Kiliœ, 1860.
Al. Laboulbène, Histoire des maladies parasitaires. Du StroJigle. Gazette des hôpitaux, p. 794 et 817, 1881.
F. V. Lisitsin, Archiva veter. naouk. Saint-Pétersbourg, XV, p. 18G, 1885 (en 7-ussc).
Ch. H. Ralfe, A practical treatise on diseases of the kidneys and tirinary dérangements. London, 1885. Voir p. 378.
R. Blanchard, Nouvelle observation de Strongle géant chez l'Homme. Compte rendu de la Soc. de biologie (8), III, p. 379, 1886.
R. Cannon, Case of Strongylus gigas. The Lancet, I, p. 264, 1887.
Strongylus longevaginatus Diesing, 1851.
Synonymie : ? Filaria trachealis Bristowe et Rainey, 1855.
Metaslrongylus longevaginatus Molin, 1861.
Ce Ver n'a encore été vu qu'une seule fois, en 1845: leDr Jortsits (1), de Klausenburg, en Transylvanie, le trouva en grande
(1) Jortsits ou Jovitsits : Diesing emploie d'abord la première orthographe, puis la seconde.