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FAMILLE DES GNATHOBDELLI DES

Ces Hirudinées sont généralement armées de trois mâchoires, dont la tranche porte des denticules plus ou moins développés ; le sang est rouge et renferme de l'hémoglobine. Ce sont pour la plupart des Sangsues de taille moyenne. En tenant compte de la disposition des yeux et de la constitution des somites, on divise celte famille en deux groupes, les Hirudinides et les Néphélides.

Toutes les Hirudinides sont pourvues de cinq paires d'yeux et ont le corps formé de 26 somites, composés chacun théoriquement de cinq anneaux; la limite des différents somites est reconnaissable à ce que le premier anneau de chacun d'eux porte à l'une et l'autre de ses faces un certain nombre de papilles sensorielles, dites papilles segmeritaires. C'est seulement à la partie moyenne du corps que les somites restent formés de cinq anneaux ; à chacune des extrémités, un certain nombre d'entre eux, variable d'un genre à l'autre et môme d'une espèce à l'autre, subit une importante modification consistant en la suppression d'un à quatre anneaux ; toutefois, cette disparition ne porte jamais sur l'anneau papillifère.

Blanchard. — Zool. méd. Il, q

Le groupe des Hirudinides a pour type le genre Hirudo Linné, 1746 ; il comprend encore les genres Aulasloma Moquin-

Tandon, Ilirudinaria Whitman, Macrobdclla Verrill, Whitmania II. Bl., Haemadipsa Tenncnt el Moquînia R. Bl.

Hirudo medicinalis Rai, 1710.

Synonymie : Hirudo

latrobdella medicinalis Elainville, 1828.

vemnseclor Braun,

de

La Sangsue médicinale (fig. 424) est longue de 80 à 120 millimètres, large de 12 à 20 millimètres; elle habite les eaux douces de l'Europe et du nord de l'Afrique, particulièrement les fossés, les marais, les petites rivières peu rapides.

Son corps est déprimé; le dos est généralement gris olivâtre, avec six bandes plus ou moins distinctes ; le bord est olivâtre clair; le ventre est bordé d'une bande rectiligne. Elle présente un grand nombre de variétés qui tiennent à des différences dans la feinte du pigment et dans la disposition des lignes ou des taches de l'une et l'autre face.

Tous les auteurs s'accordent pour lui attribuer 9o anneaux :

ils comptent, en effet, les anneaux par la face ventrale, en commençant par l'anneau qui limite en arrière la ventouse buccale; d'autre part, ils négligent l'anneau rudimentaire sur lequel, ou môme en avant duquel s'ouvre l'anus. Il est plus rationnel de compter les anneaux par la face dorsale, en considérant comme le premier anneau celui qui porte la première paire d'yeux. On constate ainsi que la Sangsue est formée de

Fig. 42 i. — Hirudo medicinalis. — A, do dos et do profil. — P., par la face ventrale.

IIIHUDO MEMCINAL1S.

102 anneaux, répartis en 26 soinites : c'est dire que les somites ne sont pas tous égaux entre eux; la ligure 425 va nous permettre d'étudier leur disposition.

Les 6 premiers et les

4 derniers somites sont raccourcis ; les 1C autres, compris entre la première et la dernière paires d'organes segmentaires, sont demeurés normaux, c'est-à-dire

• formés chacun de cinq anneaux. Les 6 somites antérieurs renferment en tout 13 anneaux, savoir : les deux premiers chacun un seul anneau; le somile 3 a 2 anneaux; les somites 4,

5 et 0 ont chacun 3 anneaux. Cela revient à dire que les somites 1 et 2 ont perdu chacun 4 anneaux ; que le somite 3 en a perdu 3 et que chacun des somites 4, o et G en a perdu 2, soit une perte totale de 17 anneaux pour les G premiers somites. ,

Fig. <42.">. — Schéma do l'organisation à'Hirudo medicinalis, d'après C. 0. Wliitman. — u, anus; il, papilles latérales internes; m, papilles médianes ; mg, papilles marginales ; ol, papilles latérales externes; orifice de la première paire d'organes segmentaires ou premier pore népliridial ; 17'ty, 17« porc népliridial. Les chiures situés h droite indiquent le uumero d'ordre des anneaux; ceux de gauche indiquent le numéro d'ordre des somites.

Les 4 derniers somites renferment en lout 9 anneaux, savoir : le somite 23 à 3 anneaux; les somites 24, 25 et 20 en ont chacun 2. En d'autres termes, le somite 23 a perdu 2 anneaux; les somiles 24, 25 et 26 ont perdu chacun 3 anneaux, soit une perle totale de 11 anneaux pour les 4 somites postérieurs.

Comme on le voit, les anneaux ont une tendance à se fusionner entre eux, d'où résulte un raccourcissement des somites. Ce raccourcissement se manifeste à chacune des extrémités, mais les anneaux porteurs de pupilles sont conservés, tandis que les anneaux qui en sont dépourvus peuvent être supprimés en partie ou en totalité, comme de moindre importance. Les anneaux papillifères peuvent entrer en coalescence soit avec l'anneau précédent, soit avec l'anneau suivant. C'est ainsi que l'anneau 5, qui porte la 4e paire d'yeux, est en Irain de s'unir^ l'anneau C; l'anneau 8 est en train d'absorher l'anneau 7. Le processus de coalescence est mis hors de doute par ce fait, que les anneaux 6 et 7 sont comparativement étroits et que les sillons qui les séparent respectivement des anneaux a et 8 sonl totalement oblitérés à la face ventrale ; ces mêmes sillons sont encore bien marqués à la face dorsale, mais sans être aussi profonds que leurs congénères.

Nous venons de parler des yeux et des papilles segmentaires : voyons en quoi ces organes consistent. Si on examine un somiie normal, par exemple le somite 15, qui comprend les anneaux 34 à 38, on observe sur le premier anneau des petites taches qui, à un faible grossissement, se montrent comme des papilles à sommet arrondi. Leur nombre et leur disposition présentent une remarquable fixité : on en trouve 8 à la face dorsale et 0 à la face ventrale, soit 14 sur le premier anneau de chaque somite; aucun des autres anneaux n'en est muni, mais il est des espèces où on en trouve jusque sur la ventouse postérieure, signe certain que celle-ci résulte de la fusion et de la transformation d'un certain nombre d'anneaux.

Dans la série des somiles, les papilles se répètent avec une grande régularité. Celles de la face dorsale se disposent en huit rangées longitudinales : deux rangées médianes (fig. 428, m), deux rangées latérales internes, il, deux rangées latérales externes, ol, et deux rangées marginales, mg.

De même, on voit à la face ventrale deux rangées médianes, séparées l'une de l'autre par un peu moins du tiers de la largeur du corps, deux rangées latérales et deux rangées marginales.

Les six rangées de papilles ventrales se poursuivent sans modification sur toute la longueur de l'animal. Celles de la face dorsale se comportent de môme depuis l'anneau I I, par lequel débute le somite 6, jusqu'à l'extrémité postérieure du corps; en avant, il n'en est plus d'e môme. Les papilles médianes restent intactes sur les anneaux

IlIltUllp MEDJCINALIS. 117

2, 3, o et 8, mais se Iransforment sur l'anneau 1, de manière à constiluer les deux yeux de la première paire. Les papilles latérales internes font défaut sur le premier anneau, mais deviennent également des yeux sur les anneaux 2, 3, 5 et 8 : ce sont les yeux des quatre dernières paires. Ces papilles latérales externes se retrouvent sans modification sur tous les anneaux papillifôres ; il en est de môme pour les papilles marginales, à l'exception du premier anneau (1),

Les yeux sont donc les homologues sériaires des papilles segmenlaires : les deux premiers yeux ont pris la place d'une paire de papilles médianes; les aulres remplacent quatre paires de papilles latérales internes. Cela revient à dire que les rangées longitudinales de papilles médianes sont les équivalents métamériques de la première paire d'yeux et que les rangées de papilles latérales internes ont la môme signification par rapport aux quatre aulres paires d'yeux.

Celte remarquable homologie, basée exclusivement sur la morphologie, se trouve confirmée par l'étude anatomique de l'œil et de la papille segmentaire. L'œil delà Sangsue- est une masse cylindrique de cellules trois ou quatre fois aussi longues que larges. La portion axileest formée de grandes cellules vitreuses, fort distinctes de toutes les autres cellules du corps : chacune d'elles présente en son centre une sorte de vacuole, que remplit sans doute un liquide incolore. Le proloplasma de ces cellules constitue une épaisse enveloppe qui, par l'un de ses côtés, se projette dans l'intérieur de la vacuole en une sorte de protubérance dont la base est occupée par le noyau cellulaire. Celte partie axile, formée de cellules claires, est entourée de toutes parts d'une épaisse couche de pigment noir, sauf du côté externe. Le capuchon épidermique qui recouvre ces cellules est convexe et totalement dépourvu de pigment. Un nerf optique pénètre dans l'œil au voisinage de son extrémité profonde et suit l'axe de l'organe sur une grande partie de sa longueur; il est probable que ses rameaux se mettent en connexion avec les cellules claires.

Les papilles segmentaires ont celte même structure et renferment tous ces éléments, à l'exception du pigment; une branche des nerfs latéraux se rend à chacune d'elles. L'absence de pigment permet de douter si ces organes perçoivent la lumière; leur fonction est problematique, mais leur structure et leur situation autorisent à penser que ce sont des yeux en voie de développement.

nJii tÛh^mme ("S- «5). >cs papilles latérales externes et margi- SP , Ïp\ , C0"tlQUCnt en avant jusqu'au premier anneau; les marginales sont

cie ces .angees sont très indistinctes ou même font défaut sur les trois premiers Inné ux el| ex,stent au ^ ^ Aulas/fmm cts0 ^ ™

lavait aaonCeyTa„6rant,CS SanSSUCS de * Singapour,!

CLASSE DES ANJJËLIDES.

Nous avons noté que le premier anneau de chaque somite est caractérisé par la présence des papilles segmentaires; le dernier anneau Test lui-même par la présence des pores néphridiaw qui s'ouvrent dans son bord postérieur, à la (ace ventrale et latéralement On peut dire que ces orifices se présentent par paires, dans le sillon qui sépare deux somiles consécutifs; ils font communiquer les ornanés segmentaires avec l'extérieur.

On désigne ainsi une série de tubes très compliqués qui s'ouvrent dans la cavité générale par un entonnoir vibratile, traversent la paroi du corps en se repliant et en se contournant sur eux-mêmes, puis

Fig. 426. — Organe segmentaire do la Sangsue, d'après Giatiolet. — n, glande mucipare en anse; 6, son extrémité enroulée; c, son appendice cœcal; (/, son canal excréteur; c, vésicule terminale.

se terminent par les pores néphridiaux. Ces tubes sont très régulièrement disposés par paires dans certains somiles; leur nombre varie suivant les espèces, et leur structure acquiert parfois une extrême complication. Ils jouent le rôle d'appareil excréteur et sont caractéristiques des Annélides.

Cbez Hirtulo meditinalis, les organes segmentaires sont au nombre de 17 paires : la première (fig. 125, l5lp) s'ouvre entre les somiles 6 et 7 ou entre les anneaux 13 et 14; la 17e ou dernière (fig. 425-, 17"' p) s'ouvre entre les somiles 22 et 23 ou entre les anneaux 03 et 94. Entre les deux paires exlrêmes, il y a donc exactement 10 somiles

Il I Et IT HO MEDIC1NA.LIS. m

complets ou 80 anneaux. Ces organes diffèrent notablement de la description typique qui précède : par suite d'un développement exagéré du tissu mésodermique, qui est venu combler la cavité générale, l'entonnoir vibratile, qui s'ouvrait primitivement dans celle-ci, s'est oblitéré, en sorte que l'organe débute par un tube en cul-de-sac (tig. 426, c); l'entonnoir persiste chez les Hirudinées dont la cavité générale n'est pas oblitérée (Rranchiobdclla, Nephelis). Le tube, b, se bifurque et forme une anse, a, ou (jlandc mitdparc, dont le canal excréteur, d, aboutit à une large vésicule, e, qui recueille les produits d'excrétion élaborés parla glande elles déverse au dehors.

Les somites 0, 10 et 1 1 , soit les anneaux 24 à 32, constituent la ceinture ou clilellum, c'est-à-dire une portion du corps dans laquelle les glandes de la peau se gonflent et entrent en activité au moment de la ponte, de manière à sécréter une substance mucilagineuse, au moyen de laquelle l'animal fabrique un cocon dans lequel les œufs sont pondus. Les deux orifices sexuels se voient à la face ventrale et s'ouvrent sur le clilellum : l'orifice mâle entre les anneaux 30 et 31, c'est-à-dire entre le deuxième et le troisième anneaux du somite 10: la vulve occupe une situation analogue sur le somite M et s'ouvre entre les anneaux 35 et 36.

Les téguments ne sont pas ciliés; ils comprennent une mince cuticule, soumise à des mues fréquentes, et une couche de cellules épidermiques, auxquelles sont interposées des glandes unicellulaires particulièrement abondantes au niveau du clilellum; au-dessous vient un mince hypoderme renfermant un nombre considérable de cellules pigmentaires, diversement colorées suivant les espèces ouïes races. Une double couche musculaire entre encore dans la conslilution de la paroi du corps : la couche externe est circulaire, l'interne est longitudinale ; de plus, des fibres dorso-ventrales traversent le corps de part en part; d'aulres fibres vont encore s'insérer à la surface des organes.

La ventouse antérieure (fig. 427) est peu concave, arrondie en avant, et présente inférieurement quelques plis longitudinaux peu apparents. La bouche s'ouvre au fond : elle est grande, relativement à la ventouse; au repos, elle est limitée par trois lèvres, deux anléro-latérales, très proéminentes, et une postéro-médianc, dont les commissures présentent l'aspect d'une étoile à trois branches.

Dans l'intervalle de ces lèvres et à l'intérieur de la bouche, on trouve trois grandes mâchoires égales (fig. 428 et 420), très comprimées, ayant chacune la forme d'une petite scie demi-

CLASSE DES ANNELIUES.

circulaire, pourvue d'un manche raccourci, par lequel elle se fixe clans les téguments, ainsi que par son bord recliligne. La portion circulaire est donc saillante ; son bord convexe et tran-

Fig.427. - Ventouse Kg. 428. — Ventouso bue- -Fig. 429. - Mâchoire buccale. cale ouverte, pour mon- isolée et grossie,

trer les trois mâchoires.

chant est armé, sauf aux deux extrémités, d'une rangée d'environ 90 denlicules, placés comme à cheval sur le bord tranchant de la mâchoire. Ces denticules sont de taille inégale : les plus petits se voient du côté antérieur ou externe ; ils augmentent graduellement de grosseur en se rapprochant du bord postérieur ou interne. Chaque mâchoire est animée par un petit faisceau musculaire, dont les libres divergent en arrière et vont se confondre avec les muscles longitudinaux du larynx; en avant, ces fibres se divisent et vont prendre insertion sur la mâchoire même.

A la suite de la bouche (fig. 431, h) vient l'œsophage, i, canal petil, resserré et membraneux, pourvu de quelques rides longitudinales très fines et peu marquées; sa paroi comprend des fibres musculaires longitudinales, transversales et radiaires. Après un court trajet, il s'ouvre dans l'estomac, vaste poche' qui se trouve subdivisée par des brides transversales, /;, qui pour la plupart correspondent chacune à un somite. Chaque chambre se dilate à droite et à gauche en un cœcum avec lequel elle communique largement. Les deux derniers caecums, m,n, se distinguent entre tous par leur extrême longueur et par leur direction : ils s'étendent d'avant en arrière jusqu'au voisinage de l'anus. Les chambres gastriques et les cœcums qu'elles portent latéralement augmentent de taille du premier au dernier.

L'intestin (fig. 430, <fc;Gg. 431, p) prend naissance immédiatement après les deux derniers caecums, entre lesquels il chemine. C'est un canal grêle et rectiligne, dont la paroi ne renferme pas de couche musculaire, mais dont la dilatation est assurée par le jeu de muscles insères à sa surface. Il va s'ouvrir au-dessus de la ventouse postérieure, entre les anneaux 101 et 102 ou sur l'anneau 102; ce dernier

lllItl'DO MliDICINALlS.

est très rudimentairc. La ventouse elle-même est un peu plus grande que l'antérieure; son disque est très légèrement strié.

Dans l'épaisseur de l'œsophage se trouve un amas de petites glandes qui viennent déboucher dans la cavité de l'organe; on les a considérées comme des glandes salivaires. Le liquide qu'elles sécrètent aurait, suivant Haycraft, non la propriété de digérer les aliments, mais celle d'empêcher la coagulation du sang.

On sait qu'après une piqûre de Sangsue l'hémonhagie est difficile à arrêter et que le sang- contenu dans l'estomac de l'animal n'est pas coagulé; si on l'extrait de l'estomac après la mort du Ver, il a perdu sa coagulabilité. Ces phénomènes sont dus à l'action du liquide susdit, qui se déverse dans l'œsophage et dans la bouche et qui détruit le ferment du sang, sans amener d'ailleurs aucune modification appréciable de ce liquide Injecté à un animal à sang chaud, il ne détermine que de faibles accidents et est éliminé par le rein. Il est sans effet sur la coagulation du lait; il accélère un peu celle de la myosine et la rigidité cadavérique. Il est soluble dans l'eau, pure ou salée, mais est insoluble dans le chloroforme, l'éther, le benzol et l'alcool.

L'appareil circulatoire est bien développé et renferme du sang teinté en rouge par l'hémoglobine dissoute. 11 se compose essentiellement de trois vaisseaux longitudinaux, un dorsal et deux latéraux. Le vaisseau dorsal court tout le long de la ligne médiane et se termine à chaque extrémité par un grand nombre de ramifications. Les deux vaisseaux latéraux sont contractiles ; ils s'atténuent à chaque extrémité et s'anastomosent à plein canal. Dans chacun des 17 somites pourvus d'organes segmenlaircs, ces vaisseaux s'unissent !en outre l'un à l'autre par deux branches anaslomotiques, l'une qui

Fig. 430. — Tube digestif de la Sangsue médicinale. — a, œsophage; b, chambres gastriques ; c, cascums gastriques postérieurs ; d,e, intestin;/', rectum.

court sous les téguments delà face dorsal,., l'autre qui court sous ceux de la face verffl Irule ; cette dernière branche naît de part et d'autre par deux racines qui s'unissent bientôt entre elles.

Les dernières ramifications de ce système vasculaire se perdent dans l'épaisseur des organes et dans le parenchyme du corps. De là, le sang est recueilli par un sinus médio- ventral qui représente, non un vaisseau véritable, mais une simple lacune, dernier vestige de la cavité générale. Ce sinus renferme le système nerveux central; à chacune des extrémités, il se divise en un certain nombre de fines ramifications qui s'unissent sans doute aux vaisseaux dorsal et latéraux.

Le système nerveux est constitué par un collier œsophagien, auquel fait suite une chaîne ganglionnaire ventrale. Le collier présente en haut et sur les côtés deux ganglions cérébroïdes, d'où partent trois paires de nerfs qui se rendent aux yeux ; deux courts connectifs les rattachent à une volumineuse masse ganglionnaire ventrale, qui envoie cinq paires de nerfs à la ventouse antérieure. La chaîne ganglionnaire est formée de 21 ganglions (b'g. 431, e), répartis dans chacun des somites: le premier ganglion, b, se voit immédiatement en arrière de la ventouse buccale; le dernier ou ganglion anal, d, est à la base de la ventouse postérieure. Chaque ganglion émet de chaque côté un certain nombre de filets

Fig. 431. — Auatomie à'Hirudo medicinalis vue par la face ventrale, d'après Moquin-Tandon. — a, ventouse buccale; b, premier ganglion do la chaîne ventrale ; d, ganglion anal ; e, ganglions ; f, chaîne nerveuse ; g, nerfs partant des ganglions; //, bouche; t, œsophage; /:, chambres gastriques; m,», cœciim gastrique postérieur ; p, intestin : q, rectum ; r, organes segmontairos ;• t, épididyme; y, ventouse postérieure; w, vulve; x, fourreau du pénis; z, pénis : A, canal déférent: B, testicules; D, utérus; E, ovaires.

IIIHUnn MgDICINALIS. l-:f nerveux 9 qui se rendent aux organes; il est en réalité double et formé de deux moitiés fusionnées sur la ligne médiane ; d'un somite ••, L'autre les deux moitiés correspondantes sont réunies par une commissure particulière, en contact avec sa congénère, mais non fusionnée avec elle. Le ganglion anal est nettement subdivisé en sept segments, primitivement distincts chez la larve ; il donne naissance à 0 paires nerveuses qui se distribuent à la ventouse anale.

Les commissures de la chaîne ventrale sont accompagnées par un petit tronc nerveux ou nerf intermédiaire de Faiire, qui, comme elles, traverse tous les ganglions et semble être l'homologue du nerf sympathique impair des Arthropodes. Le stomalo-gastrique est lui-même représenté par un plexus nerveux, entremêlé de petits ganglions, qui entoure l'œsophage etprovient sans doute des ganglions cérébroïdes.

En outre des yeux et des papilles segmentaires, les organes des sens sont encore représentés par des corpuscules cupuliformes que porte l'extrémité antérieure du corps et auxquels aboutissent des filets séparés des nerfs qui se rendent aux yeux.

La Sangsue est hermaphrodite, d'ailleurs comme toutes les Hirudinées, sauf Histriobdclla. Les organes mâles sont représentés par 9 paires de testicules, situées à la face ventrale des somites 12 à 20. Chaque testicule est constitué par un corpuscule sphérique, B, entouré d'une épaisse enveloppe et émettant sur le côté externe un canal transversal qui va se jeter dans un canal déférent, A, né du dernier testicule. Ce canal déférent se porte d'arrière en avant, à la face inférieure des cœcums gastriques. Parvenu dans le somite 1 1, il se pelotonne sur lui-môme pour former Vépididyme, t, puis s'unit sur la ligne médiane à celui du côté opposé; leur union se l'ait au centre de la prostate, amas de glandes unicellulaires ; il en résulte un canal unique qui se continue et s'ouvre au dehors par un pénis exserlile, z, normalement replié dans une petite poche, x. Les glandules prostatiques sécrètent un liquide visqueux qui agglomère les spermatozoïdes en faisceaux ou spermatophores, dont la rupture ne s'effectue que dans l'appareil femelle.

Celui-ci consiste en une seule paire d'ovaires, E, contenus dans le somite il et formés d'un tube pelotonné qui émet un oviducte, bientôt réuni à son congénère. Ainsi prend naissance un utérus, D, qu'entoure la glande 'II- l'albumine et qui se continue par un vagin ovoïde aboutissant à la vulve, iv.

Lors de l'accouplement, deux individus se rapprochent ventre contre ventre et en sens inverse ; le coït est réciproque, comme chez les Escargots ; d'après Valenciennes, il dure plus de trois heures, pendant lesquelles les animaux gardent un repos absolu. La ponte s'effectue

]-* CLASSE DES ANNÉUUES.

trente à quarante jours plus lard; les œufs ne sont pas pondus isolément, mais sont réunis dans un cocon.

Quand la Sangsue veut former son cocon, elle sort de l'eau et se creuse une galerie dans la vase ou dans la terre humide. Elle laisse alors couler de sa bouche une bave écumeuse dont elle s'entoure complètement. Le clitellum so gonfle et ses glandes cutanées produisent un^ liquide qui se condense à la surface en une sorte de pellicule. L'animal, fixé par sa ventouse postérieure, parait souffrir : il se tord en tous sens, la partie postérieure de son corps demeurant immobile et servant de point d'appui. Au bout d'un certain temps, quelques ovules sortent par la vulve : ils se disposent entre la surface du corps et la pellicule ovoïde dont chaque extrémité étrangle fortement la Sangsue. Celle-ci se retire alors brusquement de la capsule, dont les deux orifices polaires se ferment aussitôt par un épais bouchon brunâtre qui tombera plus tard comme un opercule. Cette opération dure environ vingt-cinq minutes.

Dès que la capsule est achevée, l'animal sécrète une écume blanche, légère, mousseuse, semblable à celle de l'albumine longtemps battue à l'air, et la dispose autour de celle-ci. Cette écume se condense et finit par brunir et par constituer le réseau spongieux.

Chaque Sangsue médicinale produit ainsi i ou 2 cocons (fig. 432),

rarement 3 ou 4. C'est à leur intérieur que se fait le développement des ovules, à la condition que les cocons soient maintenus dans un endroit humide, mais non submergés. L'éclosion a lieu au bout de vingt-cinq à vingt-huit jours : les petits font tomber l'opercule placé à chaque pôle de la capsule intérieure du cocon, serpentent quelque temps à travers les mailles du tissu spongieux et finissent par sortir par divers points de sa surface; ils sont alors longs de 17 à 20 millimètres.

Garlet a étudié le fonctionnement des ventouses au moyen delà méthode graphique. 11 fait marcher une Sangsue sur une feuille de papier enduit de noir de fumée. L'animal laisse en

IIIHUDO MEDICINAMS. 12li blanc les traces de son passage, correspondant à ta fixation des ventouses.

La ventouse postérieure laisse deux sortes d'empreintes. Les unes(fig. 433, i) sont des anneaux blancs à centre noir, qu'on obtient en détachant la Sangsue au moment môme où elle vient

Fig. 433. — Traces laissées sur un papier enfumé par la ventouse postérieure. — 1, début de la fixation ; 2, adhérence complète.

de se fixer. Les autres (fig. 433, 2) sont des cercles entièrement blancs que laisse sur le papier la Sangsue qui se détache naturellement.

La ventouse antérieure se fixe d'une façon plus compliquée et moins rapidement. La Sangsue explore tout d'abord l'endroit où elle va se fixer : elle se sert pour cela de ses deux lèvres antéro-latérales, qui s'impriment en blanc sur le papier noirci,

n sn û o •

Fig. 434. — Graphique de la fixation de la ventouse antérieure do la Sangsue. — 1, application des deux lèvres supéro-latérales ; 2, application de la commissure antérieure; 3, application des trois lèvres; 4, abaissement du pharynx; 5, contact du fond de la ventouse.

de manière à figurer deux lignes convergentes (fig. 434, 1). Puis la commissure des lèvres antérieures s'abaisse à son tour et les deux lignes précédentes s'unissent l'une à l'autre (fig. 434, 2). La lèvre postérieure vient ensuite au contact du papier et la figure inscrite prend alors l'aspect d'un triangle

(lig. 434, 3). Le pharynx, qui n'a pas encore bougé, commence alors à s'abaisser, cL le contour triangulaire de la ventouse s'élargit sur son passage, en prenant la forme circulaire (fig. 434, 4). Enfin, le fond de la ventouse touche la surface enfumée, l'adhérence devient complète et se décèle par le tracé d'un cercle entièrement blanc (fig. 434, 5).

La fixation de la ventouse se fait donc suivant un mécanisme opposé à celui que l'on admettait généralement, puisque ce sont les bords qui s'abaissent d'abord, le centre venant adhérer en dernier lieu. Quand la Sangsue se détache, c'est encore par lepourtour de la ventouse que le phénomène commence.

Aussitôt après la fixation, la partie antérieure du corps se redresse, de façon à simuler un sabot de Cheval posé sur le sol. Cette position, qui précède immédiatement la morsure, est obtenue par la contraction des muscles longitudinaux de la partie relevée, qui sert alors de point d'appui aux muscles des mâchoires. Dès que ceux-ci entrent en action, on les voit s'accuser par trois saillies, puis trois dépressions qui se succèdent avec un synchronisme parfait, à raison de deux contractions par seconde, suivant qu'il y a contraction ou l'elâchement.

Pour étudier la façon dont se fait la morsure, Carlet applique des Sangsues sur la peau rasée d'un Lapin convenablement fixé, en ayant soin de les détacher à divers moments. Il peul alors constater ce qui suit :

Dès que la partie antérieure du corps s'est redressée en forme de sabot de Cheval, la peau se soulève à l'intérieur de la ventouse en un mamelon qui n'a subi encore aucune atteinte. Un peu plus tard, après que les mouvements de la région pharyngienne ont donné le signal de l'action des mâchoires, la peau présente trois incisions linéaires équidistantes disposées en étoile et ne se rencontrant pas. Le sang ne coule qu'un instant après, quand les trois lignes se sont rejointes : par suite du retrait des lambeaux de la peau, la blessure prend la l'orme d'un triangle dont les trois bissectrices correspondent aux mâchoires. On voit alors celles-ci s'écarter l'une de l'autre, en même temps qu'elles s'enfoncent dans la blessure, puis se rapprocher en même temps qu'elles se relèvent. En somme, les denticules des mâchoires ne sont pas assez puissants pour produire d'un seul coup une blessure qui donne lieu à un écoulement de sang; il leur faut agir à plusieurs reprises.

Quand elles s'abaissent, les mâchoires dilatent l'orifice œsophagien, qui prend la forme d'un triangle dont chaque côté correspond a

ftIRUDO MEDICINALIS. 127 la bosed'une mâchoire. L'œsophage devient lui-même un entonnoir béant dont le sang vient combler le vide. C'est ainsi que s'accomplit la succion : elle ne commence qu'au moment où la morsure a pris la forme triangulaire. .

La déglutition du sang sucé ne se lait pas par une sorte d aspiration qui se produirait en arrière de l'œsophage, mais par un véritable mouvement de pompe foulante. En remontant, les mâchoires se rapprochent l'une de l'autre, pour former une sorte de bouclion, qui agit ii la façon d'un piston et pousse le sang vers l'eslomac. Les mâchoires sont donc tout à la fois les agents essentiels de la succion et de la déglutition.

11 est intéressant de rechercher quelle quantité de sang peut prendre une Sangsue. La question a été résolue par les expériences d'Alph. Sanson, puis de Moquin-Tandon. Voici d'abord le résultat obtenu par Sanson :

10 Sangsues grosses pesant 30sf absorbent lG0er do sang, soit 5,33 fois leur poids. n moyennes 12,50 — 83,50 - G,9G —

— petites iiioy. 7— 33 — 4,70 —

— petites 5—10 — 3,80 —

Moquin-Tandon est arrivé à des résultats assez analogues :

20 Sangsues grosses pesant 58Rr absorbunt 295fe'r de sang, soit 5,9 fois leur |ioiils.

— — moyennes 29 — 150 — 5,5 —

— petites moy. 15 — 01 — 4 —

— petites 11 — 27 — 2,5 —

La quantité moyenne de sang tirée par une grosse Sangsue est de 1G grammes, d'après Sanson, de 15Br,75, d'après Moquin- Tandon. Si on admet que la quantité de sang qui s'écoule après l'application est à peu près égale à celle du sang absorbé, chaque Sangsue ferait donc subir au malade une perte de 31 grammes de sang.

Quand la Sangsue s'est gorgée de sang, elle reste immobile et dans une sorte de torpeur : la digestion est un labeur pénible, dont la durée variede six mois à un an, suivant la quantité de sang absorbée et suivant l'âge et la vigueur de TAnnélide. Le sang garde pendant plusieurs mois sa fluidité et sa couleur accoutumées, et certains observateurs ont môme pensé qu'il reste complètement intact. Jolyet et Regnard ont reconnu, au contraire, que l'hémoglobine se dépose en

128 CLASSE DES ANNËLIDES.

beaux cristaux, phénomène que Stirling et Philip ont également, étudié.

L'application des Sangsues présente-l-elle quelque danger? A part les cas où des individus mal surveillés se sont introduits dans des cavités naturelles, comme la bouche, le nez, le vagin, le rectum, Moquin-Tandon pense que la morsure en elle-même est absolument inoffensive, môme dans les cas où on vient à réappliquer, après dégorgement ou après digestion, des Vers ! ayant sucé déjà d'autres malades. « Quand la digestion est i commencée, dit-il, ou quand elle est sur son déclin, il ne paraît pas que l'emploi de ces animaux puisse entraîner de résultat fâcheux. »

Pour être juste dans la plupart des cas, cette assertion n'en j est pas moins trop absolue. On a vu plus d'une fois la morsure d'animaux servant pour la seconde fois être suivie d'inflam- i mations très vives, de chancres, d'eschares, etc. Bien plus, les notions acquises récemment sur la nature et la propagation des maladies infectieuses nous permettent d'affirmer que les Sangsues, même lorsqu'elles n'ont jamais piqué l'Homme, peuvent transmettre le germe de maladies aussi meurtrières que le charbon, la septicémie, etc.

On trouvera dans les journaux de médecine et dans divers j ouvrages des observations montrant quels redoutables acci- y dents peuvent résulter de l'emploi des Sangsues. Le danger est 1 sans cesse menaçant ; aussi convient-il de renoncer définitivement en médecine à l'usage de ces Annélides. Le scarificateur rendra les mêmes services, sans exposer aux mêmes dangers, à la condition expresse de ne l'employer que flambé ou trempé dans des solutions antiseptiques. Nos mécaniciens sont d'ailleurs assez habiles pour construire des instruments d'un manie- j ment facile et dont le fonctionnement soit en quelque sorte i calqué sur celui de la Sangsue : voilà vingt ans, Damoiseau l proposait l'emploi de la térabdelle, instrument répondant à ce besoin.

L'intervention de la Sangsue en médecine en est du reste à son déclin, comme cela ressort de la statistique suivante, dressée par Lasègue et Regnauld et indiquant la quantité de Vers employés dans les hôpitaux de Paris, de 1820 à 1874 :

IIIRUDO TROCTINA.

En 1820 la pharmacie contralo achète 183.000 Sangsues au prix do 11.000 fr.

mi] — 1.030.000 — 107.800

L'emploi des Sangsues a donc commencé à prendre de l'importance vers 1824. L'engouement arrive à son apogée de 1830 à 1842; à partir de 1842, le déclin se prononce ; jusqu'en 1850, il est modéré, puis il s'accentue et se précipite avec un irrésistible entrain.

Ces faits sont encore démontrés d'une façon plus frappante et plus concise, si on calcule les moyennes annuelles pour les diverses périodes :

Consommation moyenne Dépense moyenne par an. par an.

De 1820 à 1823 183.000 10.000 fr.

De 1824 à 1830 508.000 40.000

De 1830 à 1842 828.000 90.000

De 1842 à 1850 430.000 79.000

De 1850 à 1855 225.000 45.000

De 1855 à 1863 138.000 14.000

De 1863 à 1870 93.000 6.000

" De 1870 à 1875 52.000 1.800

A l'époque où le règne de la Sangsue était dans tout son éclat, cet animal était l'objet d'un commerce important et d'une industrie particulière, Vhirudiniculture. Nous ne nous attarderons pas à donner des détails sur ce point; on en trouvera de fort circonstanciés dans le livre de Moquin-Tandon, dans celui de Guibourt et dans quelques autres ouvrages.

Hirudo troctina Johnson, 181G.

SïNON-YMiE : Sanrjuisuga interrupta Moquin-Tandon, 1826.

Iatrobdella medicinalis, var. tesscllata de Blainville, 1827.

Cette Sangsue est longue de 80 à 100 millimètres, large de 12 à 18 millimètres, à corps subdéprimé. Le dos est généralement verdâ- Blanchaîid. — Zool. méd. H. 9

<30 CLASSE DES ANNELIDES.

tre, avec six rangées de pelilcs taches noires cerclées de rouge ou rouges cerclées de noir : ces lâches sont toujours portées par le dernier anneau de chaque somite; les anneaux 99 et 101 font exception, en ce qu'ils portent à la fois des taches et des papilles segmentâmes. La face ventrale est jaune verdâtre ou gris jaunâtre, plus ou moins maculée de taches noires, et porte deux bandes marginales en zigzag. Moquin-Tandon en décrit trois variétés. Cette espèce ne possède que 65 à 70 denticules à chaque mâchoire ; Ébrard a reconnu qu'elle est incapable de donner des hybrides avec 11. medicinalis.

Elle a été longtemps employée en Angleterre et dans les hôpitaux de Paris. Les Anglais l'appellent Trout-Leech, à cause de la ressemblance de ses taches avec celles de la Truite ; en France, on la connaît dans le commerce sous le nom de Sangsue-Dragon ou Dragon d'Alger. Pelletier et Huzard la croyaient de provenance américaine, mais P. Gervais a prouvé qu'elle est originaire d'Algérie et du Maroc; nous l'avons reçue de Tunisie, où elle est très abondante et d'où on l'envoie en Italie. Autrefois, on l'expédiait encore en Espagne, en Angleterre, en France et dans l'Amérique du Sud; on la trouvait dans les pharmacies du sud de la France presque aussi fréquemment que la Sangsue médicinale, bien que, d'après Ébrard, son pouvoir d'absorption soit très inférieur à celui de cette dernière.

Hirudo sanguisuga Bergmann, 1757.

Synonymie : Hirudo sanguisorba Lamarck, 1818.

Hœmopis sanguisorba Saviguy, 1820.

H. vora.v Moquin-Tandon, 182G.

Hippobdelta sanguisuga de Blainville, 1827. Hxmopis sanguisuga Moquin-Tandon, 1 8 'i G .

Le genre Hxmopis Savigny, 1817, est difficilement séparable du genre Hirudo, dont il est la copie exacte. Le seul caractère sur lequel il repose tient à ce que les mâchoires sont petites et pourvues d'un petit, nombre de denticules peu pointus et trop faibles pour permettre à l'animal autre chose que de percer l'épiderme. C'est là, on en conviendra, un caracLôre de bien peu d'importance ; aussi nous semble-i-il légitime de supprimer le genre ïïœmopis.

Hirudo {Hœmopis) sanguisuga (fig. 435) est longue de 80 à 100 millimètres, large de 10 à 15 millimètres; ordinairement de teinte roussâlre ou olivâtre sur le dos et plus foncée sur le ventre, elle peut présenter de grandes variations de coloration : Moquin-Tandon en décrit jusqu'à onze variétés. Cette Sangsue

mnuno SANGU1SUGA.

est ordinairement connue sous les noms de Voran ou Sangsue de Cheval. Elle vit dans les eaux douces d'Europe; elle est très commune en Espagne, en Portugal et sur tout le littoral nord

de l'Afrique. Son organisation aies plus grandes ressemblances avec celle d'/y. medicinalis ; la figure 437 met ce fait hors de doute, du moins en ce qui concerne l'appareil digestif.

Le Voran suce le sang des Vertébrés, mais ses faibles mâchoires (fig. 436) lui permettent seulement d'entamer les membranes muqueuses. Il s'introduit dans l'arrière-bouche, le larynx et les fosses nasales des Chevaux, des Bœufs, des Chameaux et même de l'Homme.

Pendant la campagne d'Égypte, en 1799, et pendant celles d'Espagne et de Portugal, nos soldats se mettaient à plat ventre pour boire

Fig. 435. — Hirudo (Hœmopis) sanguisuga. — A, variété olivâtre ; B, variété fauve.

Fig. 43G. — Mâchoires. — A, grossissement modéré; B, portion de mâchoire vue par la tranche, à un fort grossissement.

dans les ruisseaux : leur bouche et leurs amygdales étaient fréquemment piquées par le Voran. En Algérie, cette Sangsue n'est point rare dans le pharynx et le larynx de l'Homme ; on la trouve môme parfois dans le rectum, le vagin, l'urèthre ou sur la conjonctive.

En France, ce môme Ver a été vu dans la bouche des Chevaux par de nombreux observateurs, notamment par Mégnin.

Pour en débarrasser les animaux, on a recommandé de l'arracher avec des pinces ou de le couper avec des ciseaux ; le meilleur procédé consiste encore à l'arracher avec la main entourée d'un linge sec. L'injection d'eau salée ou les fumigations de tabac donnent des résultats inconstants chez les grands animaux domestiques.

Fig. 437. — Tube digestif à' H. sanguisuga.

— bc, œsophage ; cd, première chambre gastrique; de, deuxièmo; fg, troisième, quatrième , dixième ;

h, onzième et dernière chambre gastrique ; ik, caecums gastriques postérieurs; mno, intestin ; op, rectum.

Quelques auteurs séparent les Hirudinées des Annélides et les rattachent aux Plathelminthes. Moquin-Tandon rangeait parmi elles des animaux qui sont de véritables Trématodes (Phylline, Nitzschia, Axine, Capsala) et d'autres qu'on a récemment reportés parmi les Némertiens {Malacobdella). Cela suffirait déjà à mettre hors de conteste les étroites affinités des Hirudinées avec les Vers plats; ces affinités ne sont pas moins évidentes, quand on procède à une étude anatomique délicate. On peut constater enfin que le type des organes segmenlaires des Hirudinées se trouve reproduit dans l'appareil aquifère d'un Turbellarié, Gunda segmentata, comme Lang l'a démontré. Ajoutons que J. Chatin a décrit sous le nom d'Amphibildhi torpedinis un Ver qui vit sur les branchies de la Torpille et qui, comme les Phyllines, les Capsales, etc., avec lesquelles il a une grande analogie, établit encore la transition entre les Hirudinées et les Trématodes.

Les recherches de Whitman sur la constitution du somite chez les Sangsues ont prouvé queles Hirudinées actuelles dérivent d'animaux chez lesquels la métamérisation était plus marquée et dont tous les somites renfermaient un même nombre d'anneaux. Dans les espèces actuelles, le nombre fondamental des anneaux n'est plus conservé que dans les somites de la partie moyenne du corps; à chaque extré-

mité, un nombre variable de somites se sont simplifiés, grâce à la coalescence de deux ou plusieurs anneaux entre eux. Cette suppression d'anneaux suit une marche centripète; elle

est d'autant plus accentuée qu'elle intéresse des somiles plus rapprochés de l'extrémité. Elle se poursuit encore à l'heure actuelle et ne s'est pas faite partout avec une égale rapidité.

C. 0. Whitinaq, The exlernal morphology of Ihe Leech. Procecd. of thc amorican Acaelemy of arts and sciences, XX, p. 76, 1884. — Id., The segmentai sensé organs of Ihe Leech. American Naturalist, XVIII, p. 1104, 1884. — Id., The Lteches ofJapan. Quart, journal of micr. science, (2), XXVI, p. 317,

Sous-classe des Chétopodes.

Les Chétopodes sont des animaux annelés, pourvus souvent d'une téte distincte, de tentacules et de cirres, pourvus aussi de faisceaux de soies disposés par paires et implantés soit au fond de dépressions du tégument, soit sur des rudiments de pieds. Dans le premier cas, les soies sont peu nombreuses et les animaux chez lesquels s'observe cette disposition forment l'ordre des Ougochètes; dans le second cas, les soies forment au contraire des faisceaux plus ou moins volumineux, disposition caractéristique des Polychètes.

Il convient d'établir encore deux autres ordres : l'un pour Polygordius, Annélide primordiale dépourvue de segmentation extérieure, ainsi que de soies et de parapodes; l'autre pour les Myzostomes, parasites des Comatules.

Les soies, dont la forme et le développement sont extrêmement variables, sont des dépendances de la cuticule et, comme elle, sont produites par des cellules particulières ; chacune d'elles est mise en mouvement par un muscle spécial. Le tégument renferme en outre des glandes dont la répartition varie d'un type à l'autre.

Le tube digestif est ordinairement rectiligne; l'anus est terminal, rarement dorsal. L'œsophage se différencie parfois à son début en une trompe exsertile; l'intestin est plus ou moins cloisonné et segmenté en une série de loges qui correspondent à la métamérisation du corps et qui peuvent môme porter des cœcums latéraux. Des dissépiments fibreux cloisonnent également d'une façon plus ou moins complète la cavité générale au niveau de chaque étranglement.

L'appareil circulatoire est toujours clos de toutes parts et acquiert de remarquables perfectionnements chez les Polychètes. Les organes de la respiration font totalement défaut chez les Oligochètes, mais existent chez la plupart des Polychètes, où ils présentent les plus grandes variations.

L'appareil excréteur est constitué, chez toutes les Annélides, par des organes segmentaires, analogues à ceux des Hirudinées. Ces organes sont disposés par paires dans chacun des segments du corps;

pur exception, les Térébellides n'en ont que dans quelques segments Le système nerveux est constitué par un collier œsophagien formé de ganglions plus ou moins fusionnés et auquel fait suite unc'doublo chaîne ganglionnaire (fig. 438) ; les deux cordons longitudinaux do la chaîne ventrale sont parfois si rapprochés qu'ils semblent n'en

Fig. 438. — Système nerveux do Serpula contortuplicata, d'après de Quatrerages. — a, cerveau ; b, nerfs branchiaux ; c, connectifs ; d, ganglions tlioraciques do la chaîne ventrale ; d', nerfs du voile palléal ; e, ganglions abdominaux.

Fig. 139. — Système nerveux do Nereis regia, d'après de Quatrefages. — a, cerveau portant quatre yeux; 0, c, nerfs dos antennes; d, connoctif; d', connectif accessoire; e, e', nerfs des cirres lentaculaires; f, nerfs labiaux inférieurs; g, origine du stomato-gastrique ; h, chaîne ganglionnaire; i,k,m,n, o, nerfs de diverse nature qui s'eu séparent.

former qu'un seul : tel est le cas chez les Oligochètes, mais aussi chez quelques Polychèles (fig. 439). Le système nerveux viscéral se compose de ganglions pairs et impairs, d'où partent des filets qui se rendent aux premières portions du tube digestif. Les organes des sens sont assez répandus ; des yeux se voient sur le segment céphalique; les otocystes sont plus rares; le sens du tact s'exerce par les entacules, les cirres ou par divers appendices du corps.

OKDRE DES ACHÈTES

' Cet ordre comprend le seul genre Polygordius Schneider, 1800, constitué par un très petit nombre de Vers marins, efUndriquM, dont le corps présente une métamérisation interne, mais non une seg-

ait

Fig. 440. — Larve de Polygordius, d'après Hatschek. — an, anus; m, bouche ; mep, bande mésoblastique ; nph, néphridium ou organe segmentaire ; ol, estomac ; sg, ganglion sus-œsophagien.

Fig. 441 et 442. — Larves plus âgées, à deux stades successifs de leur évolution, d'après Al. Agassiz.

mentation superficielle ; la surface ne porte ni soies ni parapodes ; l'anus est terminal et est entouré de huit épines (P. lacteus) ou deux lèvres inégales (P. purpureus). Les sexes sont séparés (P. lacteus) ou réunis chez un même individu (P. purpureus, P. flavocapitatus). Les organes segmenlaires de l'adulte dérivent d'un canal excréteur vibratile qui apparaît dans la portion buccale de la léte et auquel, sous le nom de rein ce'phaUque, on a attribué une grande importance au

point de vuephylogénique. Sur les côtés de la lôte apparaissent deux fossettes ciliées qu. persistent à l'âge adulte; on les retrouve chez les larves d un grand nombre de Chétopodes et môme chez quelquesuns à 1 état adulte (Criodrilus, I'olyophthalmus).

De l'œuf provient la larve de Lovén ou trochosphére (fig 440)- la bouche s'ouvre entre deux couronnes ciliées équatoriales; lanus'cst au pôle postérieur. Cette larve subit une métamorphose qui consiste en un allongement progressif, puis en une segmentation de la région postorale (fig. 441 et 442). Plus tard, une paire de tentacules apparaît à l'extrémité antérieure du lobe préoral, puis la tôle diminue de volume proportionnellement au corps, les deux bandes ciliées disparaissent successivement, la postérieure tout d'abord, et l'animal passe ainsi à l'état adulte.

J. Fraipont, Le genre Polygordius. Une monographie. Flora und Fauna des Golfes von Neapel, XIV, 1887.

ORDRE DES 0L1G0CHÈTES

Les Oligochèles sont dépourvus de parapodes, de cirres, de branchies, de tentacules et d'armature pharyngienne. Ils sont hermaphrodites; leur développement est direct et présente de grandes analogies avec celui des Hirudinées. A l'époque de l'accouplement, certains anneaux du corps se gonflent en un clitellum destiné à former des cocons dans lesquels sont pondus les œufs; ce clitellum résulte du développement transitoire de certaines glandes cutanées et de l'apparition d'une couche vasculaire entre l'hypoderme et les muscles annulaires.

Ces animaux sont libres dans la terre ou dans la vase des eaux douces; quelques-uns habitent la vase des eaux salées; d'autres (Chœtogaster) sont parasites sur les animaux aquatiques (Limnœa). On les divise en deux sous-ordres : les Terricoles et les Limicoles.

Les Oligochètes terricoles ne comprennent qu'une seule famille, celle des Lombrics ou Vers de terre, qu'on peut subdiviser en trois groupes d'après la situation des orifices génitaux mâles par rapport au clitellum. Chez les Antôclitelliens, ces orifices sont placés en avant du clitellum (Lumbricus, Criodrilus, Helodrilus, Hypogwon et peut-être aussi Pontoscolex). Chez les Intraclitelliens, qui sont extra-européens, ces mômes orifices s'ouvrent sur le clitellum (Gcogenia, Bhinodrihts, Anteus, Titanus, Eudrilus). Chez les Postclitelliens, qui habitent les Indes, laCochinchine, la Nouvelle-Calédonie et l'Australie, le clitellum précède les orifices mâles (Acanthodrilus, Digaster, Peiïchseta,

ORDRE DES OLIGOCHÈTES. 137

Perionyx). On doit enfin placer dans un quatrième groupe des Acliteïtkns ceux qui n'ont pas de clitcllum (MeniUgaster, de Ceylan).

On trouve dans les auteurs anciens le récit de cas dans lesquels des Lombrics auraient été rendus par des malades : le plus souvent, il s'agit d'Ascarides, d'autres fois d'observations mal faites, parfois aussi de simulations et tous ces récits ne méritent guère de créance. Waldenstrom a pourtant fait connaître un cas dontl'autbenticité nous semble indiscutable.

Une vieille femme, affaiblie par un cancer des deux seins et par un rbumatisme déformant, se plaint d'une irritation insupportable des organes génitaux, accompagnée d'un léger écoulement par le vagin. Des injections d'eau tiède n'amènent aucun soulagement. Le palper abdominal montre que l'utérus a conservé sa mobilité et n'est pas le siège d'un cancer; le toucher et l'examen au spéculum sont impossibles, à cause des violentes douleurs que la malade éprouve au moindre mouvement. Au bout de quelques mois, les douleurs augmentent encore : un jour, la malade sent quelque chose lui sortir de la vulve en rampant : on trouve alors dans le lit un Lombric, après la sortie duquel les douleurs cessèrent complètement. L'animal fut examiné par G. Eisen, qui reconnut en lui le Ver de terre ordinaire [Lumbricus commanis, var. cyaneus) : il était long de 10 centimètres. 11 avait dû séjourner près d'un an dans le vagin; ses mouvements et surtout la présence de soies rigides à la surface du corps expliquent suffisamment les violentes douleurs dont souffrait la malade.

Les Oligochètes limicoles sont des inlraclitelliens, dans les cas où le clitellum existe; chez eux, les organes segmentaires fonctionnent comme organes urinaires et, dans les anneaux génitaux, jouent en outre le rôle de canaux déférents et d'oviductes; les testicules sont portés par les anneaux 9 à \ i . Ce groupe comprend des formes plus nombreuses que le précédent.

LesTubificides s'enfoncent dans des tubes vaseux, sur le bord elle fond des ruisseaux, l'extrémité postérieure faisant saillie hors du tube ; leur sang est coloré en rouge par l'hémoglobine. Le genre Tubifex Lamarck comprend un certain nombre d'espèces d'eau douce [T. rivulorum Lam., T. umbcllifer Kessler) et quelques formes marines (T. lineatus 0. Fr. Millier, T. papiliosus Claparède). Limnodrilus Cl. et Peloryctcs sont également marins; P.inguilina Sang, est parasite des Moules.

Les Enchylrœides (Enchytrseus, Pacliydrilus) et les Naïdes (Nais, Uero,Molosoma, Clixloyasler) comprennent encore des animaux d'eau douce, plus ou moins répandus dans nos contrées. Chez quelques-uns de ces Vers, notamment chez Nais (flg. 443), Dero et Chxtogaster, on

Fig. 443. — Nuis proboscidea en voie do reproduction agame. — 1, individu mère ; 2, 3, 4, jeunes individus a divers degrés de développement; 5, point où se forment de nouveaux somitos.

observe un remarquable mode de reproduction agame dont les Polychètes nous offriront encore des exemples.

En 1839, Curling décrivit sous le nom de Daclylius aculeatus et considéra comme une nouvelle espèce d'helminthe des animaux dans lesquels Henle reconnut Enchytrseus albidus. Une fillette de cinq ans, soignée par Drake, rendait ces Vers avec l'urine. Curling crut qu'ils provenaient de la vessie, mais nous pensons plutôt qu'ils avaient été amenés par une manœuvre quelconque au niveau de la vulve, comme Rhabditis pellio dans le cas de Scheiber (voir p. 64), et que le jet d'urine balayait simplement ceux qui se trouvaient sur son passage.

Un cas plus curieux encore a été publié par R. Bergh, auquel il avait été communiqué par A. Bùgel, médecin dans l'île de Môen, Danemark. Une paysanne de vingt-neuf ans, non hystérique et jusque-là bien portante, s'affaiblit et fut prise de vertiges à la fin de sa seconde grossesse. Dans les derniers jours, la production de salive devint exagérée, en môme temps que des chatouillements se faisaient sentir dans la bouche et le pharynx : un jour, la malade découvrit dans son crachoir, puis dans sa salive, une masse de petits Vers vivants, libres ou pelotonnés, longs de 4 à 12 millimètres. En examinant la bouche de la femme, Bùgel n'observa rien d'anormal; il ne vit aucune trace de Vers; la production de salive était encore exagérée, mais les glandes salivaires n'étaient pas tuméfiées. Il ordonna un gargarisme au chlorate de potasse et, le lendemain, pour la dernière fois, la malade évacuait encore quelques Vers morts.

ORDRE DES POLYGHÈTES.

Bine douzaine de Vers furent envoyés à Bergh, qui reconnut en eux Enelu/trxus ffuçhholzi. Cet animal, qui vit dans le fond vaseux ou sableux des puits, avait sans doute pénétré dans l'estomac avec l'eau de boisson, et sa cuticule cliitineuse l'avait protégé contre l'action du suc gastrique. Toutefois, la malade ne se rappelait pas avoir bu d'autre eau que celle de son puits; les échantillons qui y furent prélevés ne renfermaient point l'animal.

■ T.-B. Curling, Case of a girl who voided from the urethra a numbcr of entûznotic worms, not hitherlo described, with an account of the animais. Med.-cliir. Transactions, XXII, p. 274, 1830. Reproduit dans Kuchenmcister, On animal and vegetable parasites of the human body. London, 1857. Voir ftp. 438.

■J. A. Waldenstrôm, Lumbricus communis var. cya?wus {Hoffmeister), syn. Alhlobophora turgida {Eiscn), afgângen fer vaginam. Upsala lakaref. Krliandlingar, IX, p. 78, 1873.

I R. Bergli, To sjeldene Tilfxlde af Pseudoparasiter hos Menneskel. Hospifcls-tidende, (3), NI, p. 509, 1885.

ORDRE DES POLYCIIÈTES

Cel ordre comprend des Annélides marines, à sexes ordinairement séparés, pourvues de pieds portant de nombreuses soies. Le développement s'accomplit au moyen de métamorphoses; l'animal adulte présenle généralement des tentacules et des branchies et parfois une armature pharyngienne. Ce groupe, qui renferme un nombre considérable d'espèces, se laisse diviser en deux sous-ordres, les Sédentaires ou Tubicoles et les Néréides ou Errantes; toutefois, il est impossible d'établir entre ces deux sous-ordres une ligne de démarcation bien tranchée, car beaucoup de Néréides sécrètent des tubes membraneux minces.

Les Polychèles tubicoles sont toujours dépourvus de mâchoires; leur tôle est peu développée, parfois môme indistincte; la trompe est courte et souvent non exsertile. Les Arénicoles (fig. 444), qui vivent sur nos côtes, s'enfoncent simplement dans le sable; les Chétoplères habitent des tubes ayant l'aspect du parchemin ; les Amphicténides Veetinaria) se construisent avec de petits grains de sable un tube •qu'ils traînent en rampant comme un Escargot.

Une famille des plus remarquables est celle des Serpulides. Ces Vers vivent dans des tubes membraneux ou calcaires, fixés aux rochers ou sur la carapace de divers animaux. Les Spirographis ont à 1'exlrémité antérieure du corps deux branchies très inégales; l'une d'elles s'allonge avec l'âge et se contourne en spirale. Les Serpules (fig. 448] portent une couronne de branchies et peuvent se renfermer

lit)

lT fTf d,a'1S ICUr tUbe Cakaire' «rftcc à un hercule i un des tentacules.

Les Amphicorines (flg. 446) ont deux yeux sur le

que porlt

segment anal; le:>

Fig. 444. — Avenicola piscatorum.

Myxicoles en ont quatre, Amphiglena mediterranea en a six ou huit Ces animaux quittent volontiers leur tube, et on les voit alors rampcii

Fig. 145. — Serpula contortuplicata.

à reculons, c'est-à-dire la queue en avant, par suite de la présence ' i des yeux sur celle-ci. On observe donc là quelque chose de comparable 'il à ce qui se voit normalement chez les Sangsues, à savoir, l'existence d'organes visuels, ou tout au moins de leurs homologues, sur d'au-

ORDRE DES POLYCIIÉTES.

1res anneaux que sur ceux de la tôle. La comparaison est d'autant

plus exacte que certaines Annélides portent des yeux sur tous les segments:

la Myxicole parasite en a quatre par anneau, l'Amphicorine coureuse et l'Amphicorine argus n'en ont que deux.

Des faits du môme genre se rencontrent aussi chez les Néréides.

Ces dernières ont toujours une téle distincte (fig. 447), portant des yeux, e, des tentacules, a, des palpes, b, et ordinairement aussi des cirres tentaculaires, c. La partie antérieure du pharynx est protraclile; elle est munie tantôt de simples papilles ou de crochets, tantôt d'un puissant appareil masticateur, d.

Chez certaines espèces, les mâchoires sont assez fortes pour rendre leur mor- ;, i: sure redoutable. De Qualrefages a eu à

^mSÊmÀ'-' souffrir de la morsure de Marphysa san-

^ '\Vt6g|l9|'j/ guinea et J. de Guerne nous dit avoir

été, lui aussi, victime de celle espèce, dont la longueur ne dépasse guère

Fig. 446. — Atnpkicorina carsoria.

Fig. 447. — Tète et trompe de Nereis margaritacea vues eu dessus, d'après H. Milne- Edwards. — a, tentacules ; b, palpes ; c, cirres tontaculaires ; d, mâchoires ; e, yeux.

0 centimètres, mais dont les mâchoires sont plus fortes que celles

d'un gros Carabe; qu'on juge, d'après cela, de ce que doit être la morsure de l'Eunice géante (Eunice aphroditow), longue de plus de 2 mètres !

Les pieds ou parapodes (fig. 448, 6, e) sont plus développés que chez les Tubicoles. Chacun d'eux est accompagné d'un cirre, ci, g, et porte un bouquet de soies d'aspect très varié et fonctionnant comme des rames, e, f.

Fig. 448. — Parapodes et branchies d' Anrphinoma, d'après .T. Millier.

— a, branchies ; b, parapodc dorsal ; c , parapode ventral ; d, cirre ventral; e, soies de la raine ventrale ; f, soies de la rame dorsale ; g, cirre dorsal.

Fig. 449. — Hermione hystrix.

Les branchies, quand elles existent, sont des tubes pectinés ou arborescents, a, portés par les rames dorsales. Les soies, généralement rigides, se terminent en pointe d'une extrême finesse : elles peuvent pénétrer dans les tissus des animaux et sont ainsi des armes dangereuses pour certains ennemis. Chez Ilcrmionc hystrix (fig. 449), certaines soies, conformées en pointes de flèche barbelée, sont protégées d'une façon remarquable à l'état de repos et ne font saillie qu'au moment de l'attaque : les pécheurs de nos côtes évitent de saisir celle Annélide; si on la touche sans précaution, les soies pénètrent en grand nombre dans les doigts, s'y brisent et font autant de petites blessures qui restent douloureuses pendant plusieurs jours.

Les Néréides sont carnassières et nagent librement; elles sont fort

nombreuses dans toutes les mers. Chez quelques-unes, le dos est recouvert de larges écailles ou élytres (Polynoè), parfois plus ou moins entremêlées de soies (Aphrodite, Hermionc).

Les Eunicides (Staurocephalus, Lysarete, Lysidiee, Lwnbriconereis, Diopalra, Eunice, Marphysa, etc.) sont caractérisées principalement par leurs mâchoires: la supérieure est formée de plusieurs pièces et l'inférieure de deux lamelles; ces mâchoires sont logées dans une poche annexée au pharynx.

Pallas assure qu'on mange la trompe de certaines Aphrodites, mais, suivant la juste remarque de de Blainville, ce doit être un maigre régal. Aux îles Fidji, suivant Mac Donald, on mange Lysidiee palolo.

Les .Néréis (Lycastis, Dendronereis, Nereis) sont les plus communes des Annélides errantes ; elles sont reconnaissables à leur corps allongé, formé de nombreux segments, à leur lobe céphalique pourvu de deux tentacules, de deux palpes et de quatre yeux ; la trompe est ordinairement munie de tentacules et porte toujours deux mâchoires (fîg. 447).

. La Néréis (fîg. 450) rampe au fond de l'eau. Quand arrive le moment de la reproduction, elle subit une métamorphose : la tôte s'élargit, les yeu\ grandissent, les soies latérales muent et sont remplacées par d'autres soies d'une forme plus compliquée, qui sont d'excellents organes locomoteurs. L'animal (flg. 4SI) se montre alors divisé en deux moitiés : l'antérieure reproduit assez exactement les caractères de la Néréide, mais la postérieure a pris un tout autre aspect : ses parapodes supportent des appendices membraneux, en forme de feuille ou d'éventail, qui représentent autant de petites rames frappant l'eau à coups redoublés.

Sous ce nouvel aspect, le Ver quitte le rond et gagne la surface des flols, où il nage avec vivacité ; il ressemble fort peu à l'individu primitif et les premiers observateurs étaient d'accord pour le ranger dans un groupe dist.net, le genre lleteronereis. On sait maintenant que les Nércdes sont la forme asexuée et les Bëtéfonéréides la forme sexuée

. 450. — Nereis nimlia.

d'une seule et même espèce. Par exemple, Malmgren a reconnu, en 1 804, qu'une sem- --niable relation existait entre Nereis pclagica Linn6 et Heteronereis grandi folia, entre N. Dumerili Audouin etMilne-Edwards et H. fuckola.

La Néréide n'a donc que des glandes génitales rudimentaires ; celles-ci se développent, au contraire, chez les Iléléronéréides, qui représentent l'état adulte. Dans certaines espèces, telles que Nereis cultrifera Grube, le mâle se distingue de la femelle par sa moindre longueur, par la teinte de ses produits sexuels, visibles par transparence, et par un développement plus considérable des soies locomotrices.

Quand elle a nagé quelque temps en haute' mer, l'Hétéronéréide a grandi ; elle retombe alors au fond, s'y accouple et pond; peut-être alors meurt-elle, à moins que, reprenant son aspect primitif, elle ne retourne à l'étal de simple Néréide.

Les Syllides, assez -voisines des Néréides, renferment un certain nombre de formes (Syl- Us, Exogone, Autolytus, Myrianida, etc.), dont quelques-unes nous présentent des phénomènes de génération agame (fig. 452) qui ne sont qu'une exagération de ce que nous venons de voir. |

Autolytus comutus, qui vit sur la côte orientale des Étals-Unis, est toujours asexué. Dès qu'il a acquis 40 à 45 anneaux, on voit l'anneau 13 se transformer en la têle d'un individu sexué (fig. 433); celle téte ne ressemble qu'imparfaitement à celle de l'individu primilif, elle diffère également suivant le sexe de l'individu qui est en voie de formalion. Avant qu'il ne se détache, celui-ci acquiert, au-des- • sus de chaque pied, un tubercule sur lequel se développent de longues soies ; en môme temps, les glandes génitales entrent en activité et il n'est point rare de voir des femellespleines d'œufs mûrs qui sont encore attachéesà leur parent. Une fois qu'ils en sont séparés,

Fig. 451. — Heteronereis Schmardai.

ORDRE DES POLYCIIÈTES. 1 4:i

les individus sexués s'accouplent, et de l'œuf sort un Ver qui repro-

ressort cette conclusion : que le

Fig. 452. - Myrianida fasciata en voie do reproduction asexuée.

corps d'une Annélide représente une véritable colonie linéaire, chacun des somites ayant, comme chez les Cestodes, la signification d'un individu distinct.

Fig. 453. — Autolytus cornutui, d'après Al. Agassiz. — A, tête de l'individu asexué ; B, tête du mâle prêt à se séparer de l'individu asexué ; C, tête de la femelle.

Les Polychètes sont les plus parfaits de tous les Vers ; ils présentent quelques particularités anatomiques ou embryologiques qui établissent d'étroites relations entre les Vers et certains autres embranchements.

Blanchard. — Zool. méd. II. — 10

Fig. 454.

- Larves monotroques de Chétopodes.

Leurs larves ont les aspects les plus divers, mais se laissent pourtant ramener au type de la larve de Lovén (fig. 440). La bande ciliée postorale avorte fréquemment, mais la bande preorale est largement

répandue (fig. 434) : elle occupe la môme position que la couronne ciliée des larves des Mollusques, des Rotifères, etc.; par exemple, la larve des Serpulesest très semblable à celle des Ptéropodes, la larve polytroque des Spionides a une similitude frappante avec celle du Dentale. Ces remarquables analogies autorisent à penser que, à l'origine, les Annélides actuelles, les Rotifères, les Géphyriens, voire même les Mollusques, sont nés d'une souche commune, dont les Achètes sont les derniers survivants.

Par leur métamérisalion et par la disposition du système nerveux , entre autres caractères, les Annélides se rattachent encore étroitement aux Arthropodes, particulièrement aux Myriapodes. La transition vers ces derniers est ménagée par les Onychophores (Peripatus) , qu'on a longtemps réunis aux Vers, mais dans lesquels il est impossible de voir autre chose que des Myriapodes très inférieurs.

Enfin, on a voulu chercher dans les organes segmentaires la preuve d'une parenté des Vertébrés avec les Annélides. Cette théorie a été surtout développée par C. Semper; voici brièvement en quoi elle consiste :

Chez les embryons de Squales, on voit correspondre à chacun des segments musculaires qui se succèdent régulièrement de chaque côté de la corde dorsale un canal s'ouvrant dans la cavité générale par un Lirgepavillon vibratile. Cecanalse porteobliquement d'avanten arrière et de dedans en dehors; il se pelotonne alors sur lui-même en un corpuscule assez volumineux, puis revient obliquement vers la ligne médiane. Avant de l'atteindre, il vient s'ouvrir dans un tube longitudinal, qui lui-môme débouche au dehors au voisinage de l'anus. Chacun des tubes pelotonnés correspond à un glomérule de Malpighi ; leur ensemble représente donc le rein du Plagiostome. Le canal auquel ils aboutissent est l'uretère ; celui-ci se conserve sans modifications chez le mâle; chez la femelle, il devient l'oviducle, par suite de la formation d'un nouvel uretère, danslequelles canaliculesrén aux viennent se déverser. L'analogie de cet appareil avec les organes egmentaires des Annélides est assurément frappante ; la seule dif-

ORDRE DES MYZOSTOMES. 147

férence, d'importance loute secondaire, lient à ce que les organes rénaux viennent se jeter dans un canal commun qui s'ouvre à l'extérieur, alors que, chez les Annélides, les organes segmentaires débouchent chacun isolément au dehors.

Le rein primitif des Plagiostomes, des Cyclostomes et de certains Batraciens inférieurs, tels que les Cécilies, présente donc une disposition qui rappelle d'une manière remarquable celle des organes segmentaires des Annélides. Chez les Vertébrés comme chez les Vers, l'appareil excréteur se montre en effet constitué par une série de tubes faisant communiquer la cavité générale avec l'extérieur, tubes qui sont disposés par paires dans chacun des segments ou somites du corps. La segmentation des Annélides est évidente, mais celle des Vertébrés l'est moins ; elle existe néanmoins et devient manifeste, si on considère que, chez l'embryon, les masses musculaires sont divisées en anneaux disposés en série linéaire et qu'à chacun de ces anneaux correspond une paire de prévertèbres, une paire de tubes excréteurs, ainsi qu'une paire de ganglions rachidiens.

Chez les Reptiles, les Oiseaux et les Mammifères, le rein ne présente point les remarquables homologies dont nous venons de parler; celles-ci se voient au contraire avec la plus grande évidence dans son précurseur, le corps de Wolf, qui devient ainsi l'un des organes les plus intéressants de la vie embryonnaire, encore que son existence soit transitoire, et à coup sûr celui qui nous renseigne de la façon la plus précise sur notre propre descendance.

ORDRE DES MYZOSTOMES

Ce petit groupe, formé par le seul genre Mijzostoma F. -S. Leuckart, 1827, comprend de petits animaux discoïdes, vivant en parasites sur les Comalules; on en connaît actuellement plus de 60 espèces, provenant de toutes les mers. Les téguments sont partout recouverts de cils vibraliles et présentent sur les côtés de la face ventrale quatre paires de poches ciliées, considérées jadis comme des ventouses, mais peut-être homologues aux organes segmentaires. Ces poches sont régulièrement disposées entre cinq paires de parapodes, présentant près de leur sommet .un étranglement, première ébauche d'une articulation, et terminés par une soie à crochet, robuste et rquée; cette dernière est accompagnée de deux ou trois soies de emplacement. La circonférence du corps est ordinairement ornée de 20 mamelons raccourcis ou de 20 cirres. La houche, située à l'extrémité antérieure de la face ventrale, ren- ;rme une trompe exsertile, couverte de papilles ; l'œsophage présente n bulbe musculeux et s'ouvre dans un estomac, de chaque côté du-

quel naissent trois caecums qui se ramifient dans tout le corps. L'intestin est rectiligne et aboutit à un anus médian et situé à l'extrémité postérieure de la face ventrale.

L'appareil circulatoire Tait défaut. Le système nerveux est constitué par une masse ganglionnaire sous-jacente à l'estomac, qui émet six paires de nerfs divergentes et envoie d'autre part deux connectifs qui se réunissent à la face supérieure de l'œsophage.

Les Myzostomes sont hermaphrodites. Les organes mâles sont pairs et sont répartis de chaque côté en deux groupes de glandes ramifiées, l'un antérieur, l'autre postérieur. Les deux canaux déférents qui en proviennent s'unissent l'un à l'autre, puis débouchent par un court canal à la base, ou un peu en arrière de la base de la troisième patte. L'ovaire est représenté, suivant Nansen, par la cavité même du corps, diversement ramifiée ; il nous semble plus vraisemblable que la cavité générale a été comblée par une prolifération du mésoderme, comme cbez la Sangsue. De cet ovaire naît un large oviducte médian, qui vient s'ouvrir à la face dorsale de l'intestin anal; peut-être même, dans certaines espèces {M. giganleum), a-t-il un orifice indépendant, à côté de l'anus. Deux autres oviductes plus étroits naissent latéralement de l'ovaire, s'enfoncent vers la face ventrale, puis débouchent dans la portion initiale du rectum.

En outre des individus hermaphrodites, Nansen a observé des « mâles complémentaires » ayant une structure identique à celle des premiers, si ce n'est que les ovaires étaient remplacés par des testicules reproduisant exactement leur forme et leurs rapports; les trois oviductes étaient présents. Ce fait, dont la signification échappe encore, s'observe chez M. giganteum, M. gigas et M. Carpenteri ; on ne sait s'il est commun à toutes les espèces ou propre à quelques-unes seulement. Les Myzostomes sont donc andro-dioïques.

L'œuf subit la segmentation inégale; la gastrula se forme par épibolie. La larve est entièrement ciliée et semblable aux larves atroques des Annélides; elle passe successivement par des états où elle possède deux paires de pieds, puis trois, puis cinq ; c'est alors seulement que le tube digestif, jusqu'alors simple, émet les CEecums latéraux.

L'étroite parenté des Myzostomes avec les Chétopodes est évidente, mais ces animaux ont aussi des rapports indéniables avec les Arachnides (Linguatules, Tardigrades et peut-être aussi Pycnogonides) et avec les Crustacés. Ils ont sans doute été profondément modifiés par le parasitisme, surtout quant à leurs organes internes.

L. von Graff, Report on t/ie Myzostomida. Tho voyage of H. M. S. Challenger, Zoology, XXVII, 1884.

F. Nansen, Bidrag til Myzostomernes anatomi og histotogi. Bergen, 18S5.

ORDRE DES MYZOSTOMES.

M. Braun, Die Myzostomiden. Centralblatt f(lr Bactériologie und Parasitcnkuiule, III, p. 183, 210 U. 248, 1888.

L'embranchement des Vers est à la fois le plus vaste et le plus hétérogène de tout le règne animal; ses limites ne sont point encore tracées et, suivant la conception théorique à laquelle on s'arrête, il est certains ordres ou certaines familles que l'on peut considérer comme n'appartenant point à cet embranchement; pour d'autres, dans lesquels on reconnaît des Vers indubitables, la place dans la classification n'est point encore fixée; d'autres enfin nous présentent des caractères ambigus qui les rapprochent des Ëchinodermes, des Mollusques, des Arthropodes et môme des Vertébrés et qui nous autorisent à les considérer comme des formes de transition.

Il est donc impossible de donner des Vers une définition qui mette en relief leurs caractères communs et particuliers, c'est-à-dire qui fasse ressortir certains détails d'organisation qui se retrouvent chez tous et qui, d'autre part, les distinguent nettement de tous les autres animaux. On peut noter néanmoins un certain nombre de caractères que présentent la plupart des Vers, sinon tous.

Ce sont des animaux à symétrie bilatérale : caractères sans grande valeur, puisqu'il se retrouve chez tous les Métazoaires, au moins aux premiers stades de leur développement.

11 existe chez les Vers un appareil aquifère constitué par des canaux latéraux s'ouvrant à l'extérieur et prenant naissance dans les cavités internes. Mais cet appareil n'a pas encore été vu chez tous les Vers ; il s'observe, du reste, plus ou moins profondément modifié, chez d'autres animaux.

Le corps est fréquemment segmenté et formé d'anneaux ou somites disposés en série linéaire. Parfois la segmentation est si marquée, que chaque somite devient capable d'acquérir une individualité propre et de devenir indépendant : la métamérisation équivaut alors à une véritable reproduction asexuée par bourgeonnement. D'autres fois la segmentation est encore très accusée, mais les divers anneaux restent unis entre eux et solidaires les uns des autres. Dans les cas de ce genre, les différents organes, tout au moins le système nerveux et l'appareil excréteur, se répètent régulièrement dans chaque segment. 11 est encore des cas où la segmentation du tégument n'est nullement l'indice d'une division sériaire des organes (Rotifères) ; inversement, la division peut n'être qu'interne ou même strictement limitée au système nerveux (Géphyriens). Ajoutons que bon nombre de Vers, comme les Trcmatodes et les Némathelminlhes, ne sont jamais segmentés.

Le système nerveux fait défaut chez quelques types inférieurs

dégradés par le parasitisme (Aneuriens). Dans les autres groupes, il présente de si grandes variations qu'on ne peut songer à le ramener à un type commun. Cela est encore vrai pour le tégument, ainsi que pour les appareils digestif, circulatoire, respiratoire, reproducteur et sensoriel. L'embryologie elle-même nous fait connaître un grand nombre de formes primordiales qui n'ont certainement aucun rapport les unes avec les autres; elle démontre ainsi que les animaux réunis sous la dénomination commune de Vers dérivent de formes «ncestrales fort diverses.

Dans ces conditions, on ne peut donc songer à dresser l'arbre généalogique des Vers; tout au plus peut-on le faire assez aisément pour certaines classes (Plalhelminthes, Annélides); quant à établir les rapports réciproques des différentes classes, l'imperfection de nos connaissances rendrait vaine et illusoire toute tentative de ce genre.

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