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FAMILLE DES DÉ MODICI DÉS

Les Démodicidés ou Dermatophiles sont des parasites vermiformes, glabres, à organisation rudimentaire ; les pattes ne sont formées que de trois articles raccourcis; la femelle est ovipare, le jeune subit des métamorphoses. Cette famille ne renferme encore que le seul genre Demodex, dont l'espèce unique, /). folliculorum, vit dans les glandes sébacées et les follicules pileux de l'Homme et de divers animaux.

Demodex folliculorum Owen, 1843.

Synonymie : Acarus folliculorum Simou, 1842.

Macrogasler platijpus Miesclier, 1843.

Simonea folliculorum P. Gcr'vais, 1844.

Entozoon folliculorum Er. Wilson, 1845.

Steatozoon folliculorum Er. Wilson, 1847.

En 1841, Henle, alors professeur à Zurich, découvrit ce parasile 'dans les glandes sébacées du conduit auditif externe, chez un cadavre humain. Prenant la tôle pour la queue, il décrivit à celte dernière quatre paires de saillies armées de crochets et comparables au disque de ventouses de certains helminthes (Octobothrium, Gyrodaclyhis), raison pour laquelle il le rangea parmi les Vers.

L'année suivante, Gustave Simon, de Berlin, découvrit à son tour le parasite dans les comédons de l'aile du nez, chez trois Hommes parfaitement sains et très propres, dont l'âge était de 40, 30 et 22 ans; l'animal fut cherché en vain chez sept autres personnes. Simon examina encore les glandes de l'aile du nez chez dix cadavres (deux nouveau-nés, un enfant de trois ans et sept adultes des deux sexes): sur huit de ces cadavres, dont sept avaient des comédons, il trouva le parasite, soit dans les follicules pileux malades, soit dans les follicules sains. Il reconnut en lui un véritable Acaricn et le considéra

comme capable d'irriter les glandes sébacées et de produire ainsi les comédons et les pustules d'acné.

L'étude de cet animal fut alors reprise par Miescher, par Valentin qui le trouva sur lui-même, par Wilson et Tulk en Angleterre, puis par Gruby en France. Les travaux plus récents de Mégnin et de Csokor ont achevé de nous le faire connaître.

Demodex folliculorum (fig. 576) rappelle assez l'aspect de Linguatula serrata, mais la taille est différente : le mâle est long de 0mm,30 environ, la femelle ovigère mesure de 0mm,36 à 0^,40. Le corps est effilé, totalement glabre et assez nettement divisé en deux parties. Le céphalothorax est rigide, aplati à la face inférieure, convexe à la face supérieure, délicatement strié en différentes directions. L'abdomen est allongé, mou, conoïde et finement strié en travers.

Fig. 57G. — De modex follicu lorum.

L'appareil buccal ou rostre fait saillie à l'extrémité antérieure et est recouvert dans sa partie postérieure par l'épistome, qui se prolonge lui-même latéralement par deux lamelles analogues aux joues des Sarcoptides. Le rostre est long de 30 y., large de 30 \>. à sa base dans l'un et l'autre sexe, et comprend : une paire de mâchoires ou maxilles soudées plus ou moins loin par leur base et adhérant au premier article des palpes ; une paire de palpes maxillaires à quatre articles, le premier cylindroïde et de grande taille, le dernier portant deux papilles aiguës et un fort crochet à pointe tournée en arrière ; une paire de mandibules ou chélicéres soudées par la base, fixes et ayant l'aspect de stylets lamelleux, tronqués à leur extrémité; enfin une languette impaire, mobile et triangulaire, située à la face supérieure des mâchoires. Les articles basilaires des palpes présentent à leur face dorsale, près du bord externe, une paire de tubercules puncliformes, que Wilson considérait comme des yeux et qui donnent simplement insertion à des muscles se distribuant à la tête ou au thorax. Trois paires de papilles semblables se voient également sur les parties latérales de la face dorsale du thorax : "Wedl les considérait comme des stigmates, mais cette opinion a été reconnue fausse par Landois; pour Geber, ce seraient des sortes de spicules particuliers au sexe mâle. Un sillon circulaire sépare la tête du thorax. Celui-ci est long de

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93 à 100 f* et large de 45 \l] vu par la face ventrale, il présente de chaque côté quatre épimercs ou liges chilineuses résultant d'un renforcement de la cuticule : les épimères prennent naissance sur le bord latéral, se portent transversalement et se rencontrent sur la ligne médiane; là, ils sont réunis les uns aux autres par un slernitc longitudinal qui divise la face inférieure du thorax en huit petits carrés,0 ouverts sur les côtés et dont le dernier s'ouvre en outre posté.rieurement.

A la naissance de chaque épimére s'attache un membre à trois articles : la hanche ou coxa a la forme d'un tronc de pyramide à trois faces; la jambe ou tibia est conique; le tarse est un simple tubercule surmonté de deux ongles mousses, dont l'interne est le plus grand.

La taille de l'abdomen diffère notablement dans les deux sexes, ce qui explique la différence dans la longueur totale du corps : chez la femelle ovigère, il est arrondi en arrière et environ un quart plus long que chez le mâle.

La bouche s'ouvre entre les mâchoires ; l'œsophage chilineux court d'avant en arrière et se dilate en estomac au niveau de la dernière paire de pattes; l'intestin est rétréci et revêtu d'une cuticule. L'anus s'ouvre à la base et à la face ventrale de l'abdomen, sous la l'orme d'une fente longitudinale et médiane, longue de 10 à la (j.. L'appareil circulatoire ne semble pas exister. Il en est de môme pour l'appareil respiratoire; pourtant, Leydig et Csokor ont décrit deux systèmes de trachées communiquant entre eux à la partie postérieure de la tête et s'élendant de là jusqu'à la dernière paire de pattes. On peut rapporter au système nerveux deux masses granuleuses latérales, qui siègent au niveau du sillon séparant la tête du thorax et qui émettent des filaments délicats.

Les organes génitaux sont contenus dans l'abdomen et se voient assez facilement à travers le tégument. L'organe mâle comprend un testicule et un canal déférent : ce dernier s'ouvre au dehors par un petit orifice situé un peu en avant de l'anus, mais en arrière de la dernière paire d'épimères, et dans lequel on remarque, à l'époque de l'accouplement, un pénis ayant la forme d'un tronc de cône. L'organe femelle comprend un ovaire et un oviducte qui débouche dans la terminaison du rectum.

On n'est pas d'accord pour savoir si la femelle est ovipare ou vivipare. La première opinion est celle de Simon, Wilson, Owen, Leydig, Csokor, Geber et Railliet; la seconde est celle de Wedl etMégnin.

L'œuf est cordiforme ou fusiforme, long de 60 à 80 n, large de 40 à S0 |j. et entouré d'une mince membrane; il donne naissance à une larve hexapode qui présente déjà le rudiment des pièces buccales et

des trois premières paires de pattes. Une mue survient et la larve devient octopndc, par suite de l'apparition des deux dernières pattes. A la suite d'une seconde mue, la larve s'est transformée en nymphe: son rostre et ses pattes sont définitivement constitués, mais les organes génitaux manquent encore, comme l'indique le faible développement de l'abdomen ; ces organes se développent sans que l'animal subisse une nouvelle mue. Les individus sexués sont rares et assez difficilement reconnaissables au milieu des nymphes qui ont la môme apparence ; mais la présence des œufs ou des larves hexapodes est un signe certain de la présence des adultes.

Le Démodex se trouve très ordinairement dans les glandes sébacées du visage, du nez, des lèvres, du front et des joues; Henle et Berger l'ont vu dans le cérumen, Majocchi dans les glandes de Meibom, Wilson au ventre, Remak au dos, Gross sur le mont de Vénus et Gruby en d'autres régions encore. Le parasite occupe de préférence le conduit excréteur de la glande, qui se dilate en ce point ; la tête est toujours tournée vers le fond de la glande, les pieds sont appliqués contre la paroi.

Le nombre des parasites renfermés dans une même glande varie suivant l'état de celle-ci. Les glandes sébacées normales n'en renferment pas ou n'en renferment que 1 ou 2, rarement 3 ou 4. Les comédons en contiennent ordinairement de 2 à 6, d'après les observations de Simon sur le cadavre, aussi bien que sur le vivant; parfois on en trouve 11, 13 et même, suivant Gruby, jusqu'à 16 et 20; sur le cadavre, Henle les a trouvés encore vivants au bout de six jours.

Le parasite s'observe à tout âge, sauf cbez les très jeunes enfants ; Geber l'a vu sur des enfants de deux ans et de quatre ans : il y est très rare, mais devient beaucoup plus fréquent à l'âge adulte. Gruby l'a vu 40 fois sur 60 personnes et 2 fois sur 3 cadavres : il conclut donc à son existence chez la plupart des individus et à toutes les époques de l'année, conclusion qui est également celle de "Wilson et de Geber; toutefois, Mégnin dit ne l'avoir observé que chez un dixième environ des hommes d'un régiment d'artillerie.

On peut trouver le Démodex dans des glandes parfaitement saines : aussi certains auteurs, tels que Geber, lui refusent-ils tout rôle pathogénique. D'autres admettent avec Simon cl

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Gruby que sa présence prolongée et son accumulation dans les glandes finissent par irriter celles-ci et causent ainsi l'inllammation, puis la purulence caractéristique de l'acné ; l'action du parasite dans l'étiologie de cette affection n'est sans doute pas négligeable, mais se réduit pourtant à fort peu de chose.

Des Démodex ont été signalés chez un certain nombre de Mammifères : chez le Chien, dans les follicules pileux de toule la surface du corps, par Topping, Tulk et Gruby ; chez le Chat, au nez et dans l'oreille, par Leydig et Mégnin; chez la Chèvre, à la région des côles, par .Niederhâusern, puis par Railliel etNocard; chez le Henard et le Cheval, par Gros ; chez le Bœuf, par Gros et Faxon ; dans les glandes de Meibom du Mouton, par Oschatz; chez le Porc, par Csokor, en 1878; enfin, chez un Chiroptère {Pliyllostoma) de Surinam par Leydig, en 1859.

Toutes ces formes représentent-elles autant d'espèces ou simplement des variétés d'une seule et môme espèce? La question n'est pas encore tranchée. L'unicité du Démodex est admise par Gruby, Heubner, Darin, Railliet, mais est contestée par Leydig, Csokor, Geber, etc.

Divers observateurs ont tenté de transplanter le parasite d'un animal sur l'autre ou de l'animal sur l'Homme, mais leurs tentatives ont donné des résultats douteux (Friedberger, Martin) ou même complètement négatifs (Martemucci, Rivolta). La question reste donc pendante ; elle ne présente du reste que peu d'intérêt au point de vue médical, en raison de la réelle innocuité du parasite. Le Chien et le Porc ne jouissent point à cet égard du môme privilège que l'Homme : chez eux, le Démodex détermine une très grave affection cutanée.

Carus et Engelmann, Bibliotheca zoologica, I, p. 468. Taschcnberg, Bibliotheca zoologica, II, p. 1274.

J. Henle. Bericht ùb. die naturf. Gescllscliaft in Zurich. Beobachter aus der Ostlichcn Schweiz. Zurich, dec. 1841. — Id., Bericlit iiber die Arbeilen im Gebietder ralionellen Pathologie. Zeitschrift fur rat. Medicin, III, p. 1, 1844. Voir p. 28.

G. Simon, Sur les Acares vivant dans les follicules pi/eux de l'Homme, en santé et en maladie. Archives de médecine comparée par Bayer, I, p. 45, 1843.

F. Miescher, Ueber einen neuen Parasiten der menschlichen Haut. Vcrhaudl. der Baseler naturf. Gesellschaft, V, p. 191, 1842.

Krdl, Ueber den Acarus folliculorum. Gelehrto Anzeigen der k. baicrischen Akadcmic, XVII, p. 143, 1843.

G. Valentin. Repcrtorium fur Anatomic und Physiologie, VIII, p. 248, 1843. Fr. Leydig, Ueber Haarsackmilben und Krutzmilbcn. Archiv fin- Naturges-

chichto, XXV, p. 338, 1859.

F.dw. Sparks, On a diseuse o/'lhe skinproduced by the Acarus folliculorum, Ulustrated by cases observed in the don. Modico-clnrurgical Transactions LVII, p. 239, 1874.

ORDRE DES ACAUIliiNS.

Dàrlli, Lettre sur le Demodex ou Acarus des follicules. Gazette dos hôpitaux p. 807, 187 4.

C. Wodl, Uèber die Haarsackmilbe (Acarus folliculorum). Zoitsohrift der Cicsellschal't dei- .'Erzto zu Wicu, IV, p. 177, 1817.

Majocchi, L'acaro dei follicoli ne/te. gïandole iMcibomiane dell' uomo. Atti dcll' Accad. di mod. di Roma, V, p. 43, 187!).

Laulanié, Sur une pseudo-tuberculose cutanée du Chien, provoquée par le Demodex folliculorum. Compte rendu de la Soc. do biologie, p. 058, 1885.

FAMILLE DFS TROMBIDIDÉS

Les Trombididés constituent une famille importante, dont les nombreuses espèces sont vagabondes ou parasites des végétaux ; un petit nombre seulement sont parasites des animaux ou de l'Homme. Ce sont des Acariens avec ou sans yeux, dont le rostre, en forme de suçoir conique, renferme une paire de mandibules diversement conformées; ce rostre est accompagné de palpes plus ou moins volumineux, portant des crochets soit sur l'avant-dernier article seulement, soit sur le dernier, soit sur les deux derniers. Les pattes, à 5 ou 6 articles, sont terminées par des ongles crochus qu'accompagne ou non un cirre ou une caroncule étroite et velue. L'appareil respiratoire trachéen s'ouvre au dehors par une ou plusieurs paires de stigmates. Le corps est mou, plus ou moins velu ; le squelette est réduit aux épimères.

La famille des Trombididés se divise en onze tribus : trois seulement nous intéressent, celles des Cheylétides, des Tétranycides et des Trombididés.

Les Cheylétides sont caractérisés par leurs mandibules styliformes et parleurs palpes dont l'avant-dernier article s'allonge en un fort crochet.

Cheyletus eruditus Latreille, 1806.

Synonymie : Acarus eruditus Schrank, 1781.

Tyroglyphus Mericourli Laboulbène, 1851.

Acaropsis peclinala Moquin-Tandon, 18G0.

A. Mericoarti Moquin-Tandon, 1860.

Cet Acarien abonde dans les vieux livres (d'où son nom spécifique) dans le vieux linge, la vieille charpie, les vieilles éloupes, les fourrages altérés et moisis, la poussière des fenils et des greniers. I e Roy de Méricourt l'a observe à Terre-Neuve, sur un officier de ma-

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rinc : trois individus furent recueillis uu milieu du pus qui s'écoulait de l'oreille, après une inflammation du conduit auditif; ils avaient probablement été portés en cet endroit par la charpie ou les linges à pansement. Laboulbène les décrivit tout d'abord sous le nom de Tyroglyphus Mcricourti (fig. 577), mais reconnut plus tard la véritable nature de l'animal.

Ce même Acarien a été souvent rencontré par Mégnin sur des Chevaux, avec d'autres Acariens des fourrages tombés c m me lui du râtelier.

Récemment, Picaglia a attribué à celte espèce une dermatose observée chez le Cheval et ressemblant à celle que produit Bermanytsus gallinse : il base son opinion sur ce fait insuffisant, que le foin dont se nourrissait le Cheval renfermait un grand nombre de Cheylètes.

Leuckart a encore reconnu cet animal dans des Acariens qui lui avaient été envoyés d'Angleterre : par suite de la restauration de l'église Saint-Pierre, à Londres, les lombes avaient été ouvertes et nettoyées ; il se répandit alors, sur les ouvriers et les fidèles, des myriades d'animalcules.

Fig. 577. — Cheyletus eruditus.

Al. Laboulbène, Description de quelques Acariens et d'une Hydrachne. Ann. de la Soc. entomol. de France, (2), IX, p. 295, 1851. Voir p. 300.

L. Picaglia, Sopra una particolare dermatosi dcl cavallo. Atti dolla Soc. dei naturalisa di Modena. Rendiconti délie adunanze, (3), II, p. 8G, 1884.

Pediculoïdes ventricosus Canestrini, 1888.

Synonymie : lleleropus ventricosus Newport, 1850.

Acarus tritici Lagrèze-Fossot, 1851.

Physogasler larvarum Lichtenstein, 1868.

Sphxrogyna venlricosa Laboulbène et Mégniu, 18S5.

Le mâle (fig. 578), long de 0mm,12 et large de 0mm,03, est de forme o aie. Son corps, beaucoup plus ramassé que celui de la femelle, est aplati, anguleux latéralement, à face dorsale un peu bombée et pré-' sentant six paires de poils. En arrière se voit un plastron chitineux, lyriforme, grenu, élargi en avant, et dont le bord postérieur tronqué sert d'armature à l'organe génital qui est terminal.

Les pattes sont cylindriques, à cinq articles et disposées en deux

groupes; les deux paires antérieures, rapprochées du rostre, sub-

murginales, un peu infères, s'articulent à des épimères soudés deux à deux par paires et rappelant ceux des Sarcoptides ; les épimères des deux paires de pattes postérieures restent libres.

Les stigmates arrondis s'ouvrent sur la face dorsale, entre les hanches des pattes antérieures.

La femelle non gravide (fig. K79) est longue de 0mm,20 et large de 0m°\07. Elle est allongée, cylindroïde et présente deux paires de soies sur l'abdomen et une paire de soies anales. Les pattes sont plus allongées et plus grêles que celles du mâle. Les stigmates sont plus marginaux et sont accompagnés en arrière d'une forte soie, en avant et en bas d'un cirre spa-

Fig. 578. — Pediculoïdcs venlricosus, d'après Laboulbène et Mégnin. Mâle vu par la face dorsale.

Fig. 579. — Femelle non gravide. Fig. 580. — Femelle un peu plus avancée

dans son développement.

tuliforme rappelant celui qui accompagne ces mûmes orifices chez certains Oribatides.

PEDICULOIDES VENTMCOSUS. 285

La femelle esl ovo-vivipare. Après la fécondation, quand les œufs commencent à se développer, on la voit subir de curieuses transformations : le tronc, le thorax et le rostre restent semblables à ceux de la femelle non gravide, mais l'abdomen se dilate en une sorte de sphère qui atteint des dimensions vingt fois plus considérables que le corps et qui présente à sa surface une douzaine de nervures servant à la rattacher au reste du corps (fig. 580 et 581). 11 y a là quelque chose d'analogue à ce qui s'observe chez la Puce pénétrante cl chez les Termites.

La sphère abdominale (fig. 581) est d'une couleur jaune plus ou

moins foncée et opaque. Elle est remplie d'œufs et d'embryons à tous les degrés de développement. On en voit sortir des individus adultes, mâles et femelles, qui se fécondent en quelque sorte en naissant, ce qui fait qu'il n'y a ni larve hexarll^*^^ pode ni nymphe, et que tout le développement est intra-utérin.

11 est facile déjà, pendant le cours du développement, de distinguer les œufs qui donneront des mâles de ceux qui donneront des femelles ; dans l'utérus, les Fig. 581. — Femelle ovigère. embryons destinés à produire des femelles sont toujours accolés deux à deux et téte-bèche dans un œuf allongé qui se sépare en deux parties contenant chacune un embryon.

Le Pédiculoïde ventru semble être normalement parasite des larves d'Insectes. Newport l'a trouvé sur une larve de Monodontomerus, qui était elle-même parasite dans le nid d'un autre Hyménoptère, Anthohhora retusa. J. Lichtenstein, de Montpellier, l'a vu vivre aux dépens de toutes sortes de larves d'Hyménoptères et produire de la sorte de grands dégâts dans ses cages à éducation. Laboulbène l'a trouvé dans les galeries à métamorphose de Corxbns bifasciatus, Coléoptère nuisible au Chêne vert; divers observateurs avaient pris la femelle ovigère pour l'œuf même du Coléoptère. Enfin, aux Étals-Unis, Webster signale la môme espèce et dit qu'elle est très utile, en détruisant la larve de la Teigne du Blé, Gelechclla cercaleïla.

Cet Acarien nous intéresse en raison des accidents qu'il peut occasionner quand il esl transporté sur le corps de l'Homme.

1° Cas de Lagréze-Fossol el Montant'. — En 1849, un propriétaire d'Iispalais (Tarn-et-Garonne) vendait sa récolte de blé à un commissionnaire de la Magistère ; l'acheteur n'en prit livraison que six mois plus tard, en juin 1850. Dans cet intervalle, le blé ne fut ni pelleté ni

ventilé. Lo jour de la livraison, les hommes employés au transport des sacs, ainsi que le mesureur et l'acheteur, éprouvèrent de vives démangeaisons. Le mesureur, ne pouvant résister à la douleur cuisante qu'il éprouvait sur tout le corps, alla se baigner dans la Garonne; il fut guéri en sortant de l'eau.

L'acheteur expédia ce blé en partie a. Bordeaux, en partie à Moissac. Dans ces deux villes, le déchargement dut bientôt cesser, les ouvriers refusant de continuer leur travail. Tous se plaignaient d'une vive démangeaison à la poitrine, aux bras, à la face, autour du cou et sur les épaules; quelques-uns la disaient plus intolérable que celle occasionnée par la gale. Chez la plupart, cette irritation cutanée fut suivie d'une éruption de boutons plus ou moins enflammés, dont quelques-uns renfermaient un peu de sérosité.

Ces faits causèrent une vive émotion sur les quais de débarquement de Bordeaux et de Moissac. Des rumeurs sinistres circulèrent: on prétendit que le blé avait été empoisonné. L'autorité intervint et, malgré un rapport erroné du conseil de salubrité, on reconnut que les accidents trouvaient une explication suffisante dans la présence parmi le blé d'un nombre considérable de petits Acariens. Le blé luimême était de belle qualité et ne renfermait aucune trace de matière toxique : lavé dans des tonneaux avec de l'eau, puis séché au soleil, il fut entièrement débarrassé des Mites, et les portefaix qui le transportèrent après cette opération n'éprouvèrent aucune démangeaison.

2° Cas de Ilouyer. — Pendant l'été de 1866, une maladie cutanée sévissait épidémiquement dans un grand nombre de communes du département de l'Indre. Après de longues pluies, le blé avait été tacheté et les paysans qui étaient occupés à le remuer étaient atteints d'une éruption prurigineuse sur toutes les parties exposées. Des individus qui n'avaient pas touché le blé, mais qui couchaient au-dessous des greniers, furent atteints également. La maladie débutait par un prurit très pénible, qui durait seulement quelques heures : la peau rougissait, puis la maladie cessait au bout de trois ou quatre jours, soit spontanément, soit à la suite de simples lotions vinaigrées. Rouyer vit à la surface de la peau des malades un très grand nombre d'Acariens; il retrouva la même espèce dans le blé avarié. L'examen des animalcules fut fait par Ch. Robin, qui reconnut des Acariens à l'état de nymphes octopodes, n'ayant pas 0mm,l de long, et les rapporta au genre Oribates; l'adulte n'a pas été vu.

Les accidents occasionnés chez l'Homme par le Pédiculoïde tiennent à la salive venimeuse dont celui-ci est doué. Celte salive, inoculée aux larves et aux nymphes d'Insectes sur lesquelles vit l'Acarien, est la cause principale de leur mort. Elle est produite par

TARSONEMUS MONUNGUICULOSUS. 287 Ltre paires de glandes vésiculeuses, disposées le long de l'œsophage et s'ouvrant dans le pharynx.

G Newport, Furlher observations on Ihe habits of Monodonlomerus ; with lome accLt of a new Acarus (lleleropus venlrœosus), a parasde m Ihe Zl ofAntlwphora retusa. Trans. of the Linnean Soc. of London, XXI,

P'a° I aïèze-Fossot et R.-J. Montané. Recueil agronomique de la Société des sciences? agriculture et belles-lettres du département de Tarn-et-Garonne, XXXII n° -1 1851.

Ch. Robin' et Rouyer, Éruption cutanée due à l'Ararus du blé. Compte rendu de la Soc. de biologie, (4), IV, p. 178, 18G7.

A. Laboulbène et P. Mégnin, Mémoire sur le Spherogyna ventricosa. Journal de l'anatoraic, XXI, p. 1, 1885.

Tarsonemus monunguiculosus R. Bl., 1889.

Sy.no.nymie : Chrithoples monunguiculosus Geber, 1870. Kritoptes monunguiculosus Gober, 1884.

Acarus hordei Geber, 1884.

Tarsonemus uncimilus Flemming, 1884.

T. inleclus Karpelles, 1885.

Cet Acarien est très voisin du précédent et mérite peut-être d'être rangé dans le genre Pediculoides, dont il se rapproche, entre autres caractères, par l'existence d'un appendice claviforme situé sur le bord latéral, entre les deux premières pattes. Il peut passer accidentellement sur l'Homme et produire alors des exanthèmes accompagnés de vives démangeaisons.

1° Caa de Geber. — Dans les premiers jours de juin 1879, on reçoit à une station de chemin de fer, non loin de Klausenburg, des sacs d'orge provenant de la Basse-Hongrie. Au bout de quelques minutes, les ouvriers occupés à décharger ces sacs sont pris de telles démangeaisons, qu'il leur est presque impossible de continuer leur travail : ces démangeaisons sont dues à des animalcules que le microscope permet de reconnaître comme constituant presque exclusivement la poussière qui tombe des sacs, quand on vient à les remuer. Au bout de dix jours, l'inflammation de la peau est encore considérable. L'animal est blanc jaunâtre, long de 22 p. en moyenne, uniquement à l'état de nymphe octopode. Des essais de culture sur les Souris et dans la terre humide ne donnent aucun résultat satisfaisant.

2° Cas de Koller. — En 1882, un bateau amène de Calafat à Budapest 210 sacs d'orge : tous les ouvriers qui travaillent à les décharger sont atteints des mômes symptômes que dans le cas précédent. Koller considère l' Acarien comme une nymphe d'Oribate; il se rappelle avoir observé, quelques années auparavant, un cas identique chez

quatre ouvriers qui déchargeaient du 1)16; il pense que, là encore, la cause était la môme.

Horvàth rapporte ce môme cas et croit aussi que l'Acarien est une nymphe d'Oribate.

3° Cas de Flemming. — Des ouvriers de Klausenburg, en déchargeant du blé venu de Russie, sont atteints soudain d'un exanthème causé par des Acariens, que Flemming décrit sous le nom de Tarsonemus uncinatus. Kramer a montré depuis que la forme décrite par Flemming comme adulte appartenait au genre Pyymephorus.

4° Cas de Karpelles. — En juin 1885, on amène de Bulgarie à Steinbruch, près Budapest, 2,S00 quintaux d'orge. Les ouvriers occupés à transporter celle-ci sont envahis par une Mite de couleur blanche, qui provoque l'apparition d'un exanthème analogue à l'urticaire, caractérisé par des vésicules rougeàtres, grosses comme un grain de Pavot ou de Mil et accompagné d'un prurit violent ; l'orge égrugée ne renferme pas d'Acariens. Ceux-ci sont à l'état de nymphe ou à l'état adulte et mesurent alors environ 0mm,33.

Tarsonemus monunguiculosus est encore peu connu, malgré l'étude que Karpelles en a faite. 11 semble être assez répandu dans les pays riverains du cours inférieur du Danube et dans le sud de la Russie.

E. Geber, Bôrlobok eddig nem ismert atkafaj âltal okozva. Orvosi lietilap,

XXI, p. 737, 1877 (en magyar). — ïd., Entztindliche Prozessc der Haut, dnrcli eine bis jelzt nicht beslinimle Milbc verursacht. Wiener med. Presse, XX, p. 13èl, 1393 et 1428, 1870.

J. Koller, Gabondn élôskôdô atkafaj dlczdi dltal okozott bôrbetegség ûjable esetei. Orvosi hetilap, XXVI, p. 821, 1882 (en magyar). Pester med. chir. Presse, n° 30, 1882.

G. Horvàth, Jelenlés a: orszdgos phylloxera-kisérleti dllomds 1882-i/i évi mitkudésérôl. Budapest, 1883 (en magyar).

J. Flemming, Ueber eine geschlechlsreife Form der ats Tarsonemus beschriebenen Tiere. Zoitschrift fur Naturwissenscharten, (4), III, p. 472, 1884.

Kramer, lu Tarsonemus uncinatus Flemming. Ibidem, p. G7I, 1884.

L. Karpelles, Eine auf <lem Menschen und (tuf Getreide lebende Milbc {Tarsonemus inteclus n. sp.). Anzeigor der k. k. Akad. der VViss. zu Wien,

XXII, p. 100, 1885. — Id., Egy érdekes tlj atka-faj. Math. term. értcsltô, IV. p. 58, 1880 (en magyar). — Id., Eine intéressante Milbe. Math, und naturw. Berichte aus Dngarn, IV, p. 45, 1S87.

Les Tétranvcides sont caractérisés par leurs mandibules styhïormes, dont le' stylet a sa base longuement repliée, par leurs palpes dont les deux derniers articles portent des crochets, par la présence de deux yeux; des stigmates impairs s'ouvrent sur le dos; les deux premières paires de pattes sont très éloignées des postérieures.

TROMBIDIUM IIOLOSEKIU.IM.

Tetranychus molestissimus Weycnbergh, 1886.

Cet Axarien est extrêmement commun dans la République Argentine et dans l'Uruguay, où on le connaît sous le nom de Bicho oolorado, à cause de sa couleur rouge. Il se tisse une toile à la face inférieure des feuilles de Xanthium macrocarpum et s'y lient blotti pendant la plus grande partie de l'année; de décembre à janvier, il l'abandonne pour passer sur quelque animal à sang chaud, à l'occasion sur l'Homme. L'implantation de son rostre dans la peau détermine une démangeaison insupportable. Haller rapproche l'exanthème qu'il produit de l'affection analogue dont Delegorgue eut à souffrir à Natal et qui était causée par des « milliers de Tiques roussâlres, dont les proportions étaient infiniment petites. »

Ad. Delegorgue, Voyage da?is l'Afrique australe. Paris, 1847. A. L. Donnadieu, Recherches pour servir à l'histoire des Télranyques. Lyon et Paris, 1875.

G. Haller, Vorlâufige Nachrichten Uber einige noch wenig bekannte Milhen. Zoolog. Auzeiger, IX, p. 52, 1885.

G. Fritsch, Bemerkung zu Eerrn Haller' s Aufzatz. Ibidem, IX, p. 229, 188G.

Les Trombidides proprement dits sont caractérisés par leurs mandibules unguiculiformes, leurs téguments mous et sans anneaux distincts et leurs palpes dont le dernier anneau, en forme de massue, s'articule avec la base du précédent. La surface du corps est veloutée ; les deux stigmates s'ouvrent à la base des mandibules. Les yeux sont pédonculés [Trombidium) ou sessiles (Oltonia).

Ces animaux sont phytophages; toutefois la larve des Tronibidions est carnassière: elle s'attaque aux Arachnides, aux Insectes, etc. La larve de TV. holosericcum, l'une des trois espèces indigènes, s'attaque même aux Mammifères et à l'Homme.

Trombidium holosericeum Fabricius, 1776.

Synonymie : Leptus aulumnalis Latreille. 1Î9G. Acarus aulumnalU Shaw.

Acarus holosericeus Linné.

Tetranychus aulumnalis Murray, 1884?

Le Trorabidion soyeux (fig. 582) est commun au printemps et jusqu'en août; il abonde dans les jardins. En avril, on trouve quelques mâles et beaucoup de femelles; à la lin de mai, on ne rencontre plus (lue des femelles fécondées; la ponte a lieu en juin et juillet. L'œuf, Blanchahd. — Zool. m6d. II. — 19

290 ORDHK DES ACAK1ENS.

d'abord de couleur orangée, devient coriace, brun foncé et éclot en se divisant en deux segments égaux.

11 en sort une larve hexapode presque sphérique (fig. 583), de cou-

Fig. ÔSÏ. - Trombidium ho/oseri- Fig. 583. — Larve de Trombidium holoccum, vu par la face ventrale et sericeum vue par la l'ace ventrale et grossi 8 fois. grossie près do 100 fois, d'après M6-

gnin.

leur rouge orangé, longue de 0"»», 23, large de 0mm,19 ; en arrière de la dernière paire de pal tes, un sillon circulaire peu profond divise le corps en deux parties à peu près égales. Vu par la face dorsale, le céphalothorax al'apect d'un plastron portant eu son milieu deux stigmates circulaires, à bords saillants et munis chacun d'un poil protecteur; cinq autres poils plus petits forment un demi-cercle en avant des stigmates. En arrière de ceux-ci et de chaque côté, le plastron porte encore un œil simple. A la face inférieure, les épimères des pâlies se présentent sous forme de larges plaques correspondant aux hanches ; ces deux premières paires se réunissent en une paire de chaque côté; ceux de la dernière paire sont libres. La hanche de la patte antérieure porte un grand stigmate circulaire à rebord saillant. Sur toutes les parties non occupées par le plastron et les épimères, le tégument est mou, extensible, finement strié en travers et planté de quelques rares poils symétriques.

Le rostre est court, cylindro-conique et s'altache au céphalothorax par une plaque résultant de la soudure des deux maxilles et creusée en gouttière, de manière à former un tube presque complet, taillé en avant en bec de plume. Cette plaque donne insertion de chaque côté à un énorme palpe ravisseur à cinq articles : le deuxième est très renflé, le pénultième est unguiculé, le terminal est orné de soies et d'un cirre incurvé. Les mandibules ont la forme d'une lame de serpette et glissent dans la gouttière. L'anus est une courte fente médiane percée au milieu de la face inférieure de l'abdomen.

TR0MU1UIUM HOLOSBRÎCBOM. 201 Les patlcs sont cylindriques, effilées, à six articles, comme chez l'adulte : les deux derniers sont les plus longs, le terminal porte trois crochets, dont le médian est le plus long.

Dès qu'elle est éclose, la larve erre à la recherche d'un animal, aux dépens duquel elle puisse se nourrir; elle se fixe ainsi au tégument d'un Insecte cl surtout d'un Vertébré (Poule, Lièvre, Chauve-Souris, Chat, Chien, Taupe, etc.). Elle implante ses mandibules dans la peau et, la nourriture étant abondante, grandit insensiblement jusqu'à ce que sa taille primitive soit au moins quintuplée; la croissance porte uniquement sur l'abdomen; le céphalothorax conserve les mêmes dimensions et le môme aspect que précédemment, si ce n'est que les épimères des pattes postérieures se sont un peu écartés des autres.

La nymphe oclopode n'est plus parasite; elle est un peu moins grosse que la larve repue, dont elle ne diffère guère que par la présence d'une quatrième paire de pattes.

La larve hexapode s'attaque fréquemment à l'espèce humaine, surtout aux. individus dont la peau est délicate (femmes, enfants) : on la connaît sous les noms vulgaires de Rouget, à'Aoutat, de Vendangeur, elc, en raison de sa couleur ou de la saison à laquelle elle se montre; avant que Mégnin n'eût démontré ses relations avec Trombidium holosericeum, les zoologistes la désignaient sous le nom de Leptus autumnalis. Quand on traverse les jachères où elle abonde, ou bien quand, en été, on se tient à proximité des Groseillers à maquereaux (1), des Sureaux, des Haricots, etc., ou encore quand on se couche sur l'herbe des jardins ou des bois, on est souvent assailli par les Rougets. Ces animaux remontent le long des jambes et se propagent avec agilité sur toute la surface du corps; les jarretières ou la ceinture leur barrent-elles le chemin, ils s'accumulent et se fixent au niveau de l'obstacle.

Leur présence détermine une affection que Grubya proposé d'appeler érylhhne automnal. La peau est le siège de démangeaisons intolérables, qui enlèvent tout sommeil et que Latreille comparait à celles de la gale ; elle se gonfle, devient rouge ou même violacée ; sa surface se recouvre de plaques

(I) D'où le nom de Stachelbeerh'ankheit donné à l'exanthème produit par le Rouget. Dans quelques parties de 1'Écosse, par exemple dans l'East Lothian, cet animal est si abondant, au dire de Whitc, qu'il empêche les femmes et les enfants de cueillir les groseilles.

ayant jusqu'à un et deux centimètres de largeur, isolées ou confluences et dont le centre est occupé par un petit point rouge qui n'est autre chose que le parasite. Le patient se gratte avec force, le plus souvent jusqu'au sang cl augmente encore l'intensité de l'inflammation; la lièvre se déclare, le derme s'infiltre de sérosités dont l'animal semble se nourrir; du moins ne trouve-t-on jamais son estomac rempli de sang.

Duméril observa chez un jeune enfant plus de 12 Rougets vivants, agglomérés à la base d'un cheveu; il crut que les ongles des pattes étaient le principal organe de fixation et la cause unique du prurigo. Johnslon, de Berwick, a vu aussi les parasites se suspendre aux cheveux en si grand nombre qu'ils formaient des amas ayant l'aspect de gouttes de sang coagulé.

Oken avait reconnu dès 1835 que le Rouget s'implante clans la peau à la racine des. poils. Jahn, puis Gruby et Mégnin précisèrent cette notion en démontrant qu'il insinue son rostre dans le canal excréteur des glandes cutanées, le corps entier restant au dehors ; il se fixe si fortement qu'il est exceptionnel d'obtenir l'animal intact, encore pourvu de son rostre, lorsqu'on cherche à le détacher.

Un bon nombre d'auteurs ont rapporté des cas particulièrement remarquables. Moses a vu toute une famille ôlrc envahie par le Kouget et souffrir d'une inflammation vésiculaire avec prurit insupportable.

Gudden a publié le cas d'un phtisique dont le corps entier était couvert de ces Acariens, sauf le dos, qui était rendu inaccessible par le décubitus : ils se trouvaient en nombre immense sur tout le tronc et à la face interne des bras et des jambes ; les uns étaient libres et couraient à la surface de la peau, les autres étaient fixés et souvent réunis en groupes. Contrairement à l'opinion courante, Gudden n'a pas vu les parasites se fixer à la base des poils. 11 pense qu'ils avaient été amenés avec les bouquets dont l'infirmier avait coutume d'orner la salle; plus vraisemblablement ils provenaient de ce que la paillasse du malade avait été chargée de paille fraîcbe.

En Danemark, à Thisted, il règne tous les ans, dans la seconde moitié de l'été, un exanthème épidémique désigné par les habitants sous le nom de boutons d'août (Avgusl Jumeler); il s'observe surtout chez les personnes qui vivent dans les jardins, lleiberg a reconnu qu'il était dû à l'invasion de la peau par le Rougel, que des lotions avec la teinture de Pyrèlhrc tuent rapidement.

TnOMIliniUM IIOLÔSERl'CBUM. 293

Tasclionbcrg, Bihliotheca zoolor/ica, If, p. 1278, 1281 et 1283.

Jalni, Die Slaçhelbeerkrankhèit, Jcnaische Annalen fttr Pfiysiôl. uud Mcdi-

OiD, I. p. 10, I8f>0.

G. VVhite, The nulural histonj of Selborne. Londo», in-1?, 18jO.

H. -A. Pagenater, Zur Anatomie der Milben, Leipzig, 1801. Southwortb, Acarodermalilis autumnalis. Vierteljabrssclirift fttr Dcrmatol.

and Syphilis, 'p. 120, 1874.

P. Mégnin, Mémoire sur les métamorphoses des Acariens en général el en particulier sur cellesdes Trombidions. Annales des se. nat., (0), IV, n°5, 1870.

H. Henking, lleitrage zur Anatomie, Entwickelungsgeschichte und Biologie von Trombldium fuliginosum Herm. Z. f. w. Z., XXXVII, p. 553, 1882.

J. Mac Leod, De l'hermaphrodisme du Trombidium mille. Bull, de l'Acad. de Belgique, (3), VIII, p. 393, 1881.

On connaît au Mexique, sous le nom de Tlalsahuate, un petit Acarien rouge qui vit dans le gazon et passe fréquemment sur l'Homme ; il est très commun dans les terres tempérées, mais est inconnu dans les régions chaudes. Lemaire croit pouvoir rapporter à celle espèce un animalcule d'une teinte jaune-orangé très vif, qu'il trouva entre les cils d'une fillette de quatre ans, dont les parents avaient reçu du Mexique des caisses renfermant des nattes et divers autres objets. Avec Mégnin, nous croyons simplement que le parasite en question n'était autre chose que notre Rouget indigène.

La bête rouge, que le P. Labat signale déjà comme très abondanle dans les régions chaudes de l'Amérique (Guyane, Antilles, Honduras), s'attaque à l'Homme comme chez nous le Rouget, c'est-à-dire seulement lorsqu'elle est à l'état de larve hexapode; peut-ôtre est-elle identique au Tlalsahuate? Bonnet, qui l'a vue à la Guyane, l'appelle Pou d'Agouti. C'est, dit-il, un animalcule long de 0""u,4, large de 0,um,3. Il fourmille à la Guyane; on le rencontre surtout dans les herbes, en savane. Il vit sur un grand nombre de Mammifères (Agouli, Paca, Akouchi) et d'Oiseaux marcheurs; il s'atlaque journellement à l'Homme : on ne peut s'asseoir à terre sans en avoir sur tout le corps. Il ne se fixe pas au point piqué, comme la Tique, mais se déplace comme un Pou; sa piqûre n'est aucunement dangereuse, mais occasionne des démangeaisons insupportables. Bérenger-Féraud, qui signale son extrême fréquence à la Martinique, dit que, dans certains cas, sa piqûre « entraîne une réelle invalidation du sujet. C'est ainsi, par exemple, que pour mon compte j'ai passé plus de trois semaines sur une chaise-longue avec un véritable phlegmon à la jambe, peu de temps après mon arrivée à la Martinique, pour n'avoir pas su, dès le premier moment, qu'il existait dans le pays de petits animaux avec lesquels il fallait compter. »

Au Japon, on connaît, sous le nom d' Akamushi, un petit animal rouge, hexapode, long de 0""",lo, qui est probablement la larve d'un Ar.mcn voisin de noire Trombidion. Sa morsure est réputée 1res

dangereuse : on la considère comme la cause d'une maladie appelée tsutsuga mushi ou shima mushi, suivant les localités, ("cite maladie, signalée d'abord par Palm, puis étudiée soigneusement par Bœlz et Kawakami, s'observe en juillet et août en certaines contrées bien circonscrites, qui, au printemps, ont été submergées par le débordement des fleuves. Après une incubation de quatre à sept jours, elle débute par une nécrose circonscrite de la peau et aboutit à un engorgement des ganglions lymphatiques et à un exanthème cutané. Bœlz a montré qu'il s'agissait là d'une maladie infectieuse et non d'une affection parasitaire.

J. Lemaire, Importation en France du l'ialsahuate. Comptes rendus do l'Acad. des sciences, LXV, p. 215, 18G7.

G. Bonnet, Contribution à t'élude du parasitisme. Thèse de Montpellier, 1870. Voir p. 53.

Th. A. Palm, Some account of a diseuse called « Shima-mushi » or « island-insect disease, » by the natives of Japan ; pecu/iar. il is believed, lo lhat country, and hitherto nol described. Edinburgh med. journal, XXIV, p. 128, 1878.

E. Bœlz und Kawakami. Das japanische Fluss- oder Ueberschwemmungsfieber, fine acide Infectionskrankheit.Virchcm's Arcliiv, LXXVlIt, p. 373, 1879.

L.-J.-B. Bérenger-Eéraud, Traité clinique des maladies des Européens aux Antilles [Martinique). Paris, 1881 . Voir 11, p. 448.

Andr. Murray, Economie e.ntomology. Aplera. South Kensington Muséum science handboolcs. London, s. d. (1881?)

FAMILLE DES SARCOPTIDES

Les Sarcoptidés sont des animalcules blanchâtres, longs au plus d'un millimètre; le corps est toujours mou et n'est cuirassé que dans quelques genres, chez la nymphe adventive ou hypopiaie ; les yeux et l'appareil respiratoire font défaut. Les pattes sont à cinq articles et disposées en deux groupes, l'un près du rostre, l'autre près de l'abdomen : le tarse est terminé par un, rarement par deux ou plusieurs crochets inégaux, accompagnés ordinairement d'une caroncule vésiculeuse ou d'une ventouse membraneuse en cloche, pédonculée. Les mâchoires sont inermes, soudées avec la lèvre et la languette, de manière à former une cuiller demi-cylindrique, creuse, tronquée, sur laquelle glissent deux mandibules chéhformes, courtes, à mouvements indépendants ou plutôt alternatifs; les palpes maxillaires sont à trois articles, cylindriques et libres ou soudés en partie à la cuiller maxillo-labiale

Cette importante famille a été divisée par Mégnin en cinq

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