FAMILLE DES SARC0PT1DES
tribus, savoir : les Sarcoplides délriticoles ou TyroglypMnéïf, plumicolesou Analgésinés, cysticolcs ou CylodUinés, glùyoles ou Lislrophorinés et psoriques ou Saïcoptinés. Les derniers sont des Acariens venimeux qui déchirent les téguments de leur bote, aûn de mettre à nu les tissus sous-épidermiques et provoquer ainsi l'apparition des humeurs dont ils se nourrissent : les dermatoses qu'ils produisent sont connues sous le nom de gales. Les autres Sarcoptidcs nous arrêteront moins longtemps.
Les Sarcoptides détriticoles vivent dans les substances animales ou végétales en décomposition lente; ils comprennent les cinq genres Glyciphagus, Carpoglyphus, Tyroglyphus, Cœpophagus et Serrator. On décrivait jadis sous les noms de Hypopus, Homopus et Trichodactylus, et on considérait comme constituant des genres spéciaux, de petits Acariens qu'il est fréquent de rencontrer sur divers animaux. Mégnin a découvert que ce sont, non pas des espèces distinctes, mais simplement des nymphes transformées de Tyroglyphes, de Cépophages et de Serrators, chargées de la dissémination et de la conservation de l'espèce. La nourriture vient-elle à manquer, les adultes et les larves meurent, mais les nymphes deviennent cuirassées, acquièrent des organes d'adhérence représentés par un groupe de ventouses sous-abdominales; les orifices buccal, anal et vulvaire disparaissent. La nymphe hypopiale se met alors en quête d'un animal quelconque et se fixe à lui jusqu'à ce qu'il vienne à passer dans un milieu où se trouvent de nouvelles ressources alimentaires: elle abandonne alors son hôte d'occasion, reprend la forme première et, à la suite d'une mue, devient sexuée et fonde une nouvelle colonie.
Les Glyciphages ne subissent pas la transformation hypopiale : dans les circonstances où celle-ci se produit, la substance entière de leur corps et de leurs pattes devient molle et gélatineuse, comme au moment de la mue, et se rassemble dans la cavité du corps en une masse sphérique qui s'entoure d'une membrane kystique. Ce kyste est donc renfermé à l'intérieur de la cuticule chilineuse vide : celleci persiste et, en raison de ses appendices et de sa légèreté, est balayée par le vent avec les grains dépoussière. Vient-elle à tomber dans un milieu favorable, il se produit dans le kyste de rapides phénomènes de bourgeonnement et un nouveau Glyciphage sort de son intérieur.
P. Mégnin, Mémoire sur lus Hypopus {Dugès), Acariens parasites encore .nommés Homopus Koch el Trichodactylus L. Dufour. Détermination de leur position zoologique el de leur rôle physiologique. Journal de l'anatomie, X,
290 OKDR-E DES ACARIENS.
Glïïtyïfït 7 ,d-: No"vc!les '''"des anatomiquet et physiologiques sur le, I ï h's °S, re,ui.us ^° l'Acud. des se, CIII, ,,. 5w, 18,4. Compte rendus de la Soc. do biologie, (H), m, p. 524, 188(>.
Glyciphagus cursor P. Gervais, 18il;
Synonymie : Acarus domeslicus de Geer, 1735.
Glyciphagus prunorum Hering, 1838.
Sarcoptes hippopodos Hering, 1838.
Cet Acarien (fig. 584) vit sur les Oiseaux et les Insectes desséchés sut- les squelettes mal dégraissés, sur les cadavres dans les salles de dissection, sur les fruits desséchés, etc.; on le trouve en abondance, en même temps que Gl.
spinipes, sur toutes les momies d'enfants laissées à l'air libre et arrivées à la deuxième année après la mort.
Hering l'a rencontré en abondance dans les sabols d'un Cheval dont les deux pieds de derrière élaienl ulcérés; il conimi l'erreur de le considérer connu lu cause de la maladie. Plus récemment, Moriggia décrivit, chez une femme de soixante-dix ans, une corne longue de 20 centimôlres, ayant 10 centimètres de circonférence à la base et se dressant sur le milieu de la face dorsale de la main droite ; l'intérieur de celte corne était rempli d'Acariens que l'on peut considérer comme des Glyciphages, d'après la figure imparfaite qu'en donne Moriggia.
C'est encore à une espèce voisine, sinon à la même espèce, qu'il faut rapporter le parasile accidentel connu sous le nom de Gl. Bushi Murray et trouvé par Busk, en 1841, à la surface d'un ulcère qu'un nègre présentait à la plante du pied.
Les magasins de sucre sont souvent envahis par ce Glyciphage ou par des espèces voisines. Les Acariens passent sur les mains des garçons de boutique ou de ceux qui manient le sucre: ils déterminent
Fig. 584. — Glyciphagus cursor,
TYROGI.YPIIUS SIRO.
ainsi une inflammation temporaire qui, suivant Murray, est fréquente en Angleterre et est connue sous le nom de i/ale des épiciers.
G. Busk, On t/ie occurrence of a new Acarus (?) j'rom a pustule in a sai- (or's l'oot. Tho microscopic journal, 11, p. G5, 18iî.
Al. Moriggia, Descrizione di una escrescenza cortiea sviluppalasi sulla mano diu/ia donna. Atti doit' Accad. délie scienze di Torino, I, p. 449, I8G0.
Curpoglyphus passularum Ch. Robin, 1860, et d'autres formes voisines se rencontrent, souvent eu compagnie de la précédente, à la surface de figues sèches, de conserves, dans la poussière des dattes ou des pruneaux, etc. Cette espèce peut être introduite dans l'estomac avec ces fruits, et c'est ainsi que Reinhardt, de Baulzen, l'a trouvée dans les vomissements.
Tyroglyphus siro Latreille, 1806.
Cet Acarien (fig. 585) vit, en compagnie de 7'. lonyior P. Gervais, 1844 (fig. .-i86), sur les cadavres desséchés à l'air libre, dans la poussière qui recouvre les membres ouïes os, à la fin de la deuxième année après la mort. Ces deux animaux se rencontrent encore dans la croûte de divers fromages, dans la farine, dans la poussière des caves, des garde-man-
Flt*' — Tyoglyphus siro, grossi •10 fois — A, do dos ; B, par la lare ventrale.
Fig. 586. — Tyroglyplms lonyior.
Tl^nï^ r°ir 1^ P,usieurs fois d0 cata^« stomacal B M.les. le catarrhe disparaissait quand on cessait cel usage.
Ce môme auteur ajoute que, dans certaines contrées d'Allemagne, on se livre à un véritable élevage de Tyrolyphus siro, dans le but de' livrer à la consommation du fromage aux Mites, dont le goût acidulé est fort apprécié des gourmets.
Laboulbène a vu T. siro dans la vieille farine de graine de Lin ; à plusieurs reprises, il a encore reconnu cette môme espèce dans des animalcules trouvés à la surface de plaies soignées avec des cataplasmes.
C'est encore à cet Acarien, qu'on a rapporté des Mites que Rolander, élève de. Linné, aurait rencontrées dans ses selles (au dire de Nyander) dans trois cas de diarrhée. Rolander avait l'habitude de ne pas boire pendant ses repas; la nuit, tourmenté par la soif, il buvait à môme un vase de bois, dont les rainures étaient habitées par une innombrable colonie d'Acariens en tout semblables à ceux qui avaient été observés dans les selles. Linné les désigna sous le nom d'Acarus dysenteries; Latreille y voit simplement T. siro, toutefois sans que la détermination spécifique soit assez précise. Lambl a pu voir aussi, à l'hôpital des enfants à Prague, un cas dans lequel Acarus dysenteriw se rencontrait presque dans chaque goutte des déjections dysentériques.
T. siro a été décrit et très exactement figuré par Galès comme le véritable parasite de la gale, erreur qui a été rectifiée par Raspail.
Hessling a trouvé dans la plique polonaise deux espèces d'Acariens, qu'il désigne sous les noms d'Eularsus cancri forints etCcelognathus morsilans : il en donne une description fort imparfaite; mais, en se reportant à ses figures, reproduites par Fôrster, on reconnaît en ces animaux un Trichodaclyle, c'est-à-dire une nymphe hypopiale de Tyroglyphe, et un véritable Tyroglyphe.
C'est probablement encore un Tyroglyphe qui a été vu au Brésil par da Silva Araujo dans la lymphe extraite du scrotum d'un éléphantiasique et par P. S. de Magalhâes dans l'urine d'un hémalo-chylurique. Il est bien évident qu'il s'agit ici d'Acariens qui se trouvaient accidentellement soit sur la lamelle de verre ayant servi à faire la préparation, soit dans le récipient renfermant la lymphe ou l'urine : ce serait une faute grave que d'attribuer à de pareils animalcules la moindre importance pathogénique.
J.-C. Nyander, Exanthemata viva. Linnœi Amœnitates académies, V, p. 9.'. Dissertatio LXXXII. Erlangse, 175".
J.-C. Galès, Essai sur le diagnostic de la gale, ses causes et sur les consé-' guences médicales pratiques à déduire des vraies notions de celle maladie. Thèse de. Paris, n° 151. 1812.
Hessling, Mûnchner illustrirte Zeilung, I, p. 5, 1852.
Fôrster, Manuel d'anatomie pathologique. Paris et Strasbourg, 1853. Voir; pl. IV, flg. 42, b et c.
SERRATOR NECROPIIAGUS.
•f'W Lambl, Wkros&opische Unterswhungen der Uarm-E.vcrete. Pragcr yierteljahrssclirirt fûr clic praktiscbc Heilkundc, LXI, p. I, 1859. Voir p. 45,
en note. ,
Troupeau, «es Acariens de lu farine; moyen sur et rapide de les reconnaître. Recueil (le raoni. de méd. militaire, (3), XXXII, p. 93, 1870.
A. P. da Silva Araujo, Gazota medica da Bahia, (2), II, n° 11, 18" 7. — M., A proposito de « um novo Acariano. ». Ibidem, (2), III, p. 1, 1878.
P.-S. de Magalbàes, Um novo Acariano. Progrosso inodico, n° 4, 15 déc.
■ f.-J. da Silva Lima, Novo Acariano. Gaz. med. da Balua, (:'), III, p. 39, 18,8.
A. Nalepa, Die Anatomie der Tyroglt/phen. Sitzungsber. der Wiener Akad. der Wiss., 1. Abth., XC, p. 197, 1881; XC1I, p. 11G, 1885.
Cœpophagus echinopus Mégnin, J 880.
Synonymie : Tyroglyphus echinopus Fumouze et Cb. Robin, 1807.
Cette espèce, la seule du genre, abonde sur les bulbes des Liliacées qui commencent à s'altérer, sur les tubercules de Pomme de terre et sur d'autres matières végétales mortes. Mégnin l'a reconnue dans un Acarien rencontré par Baratoux, en 1878, dans le conduit auditif d'une femme atteinte d'olorrhée et se faisant des injections de décoction de racine de Guimauve. Dans le procès de Villemomble (disparition d'Élodie Ménétret), Mégnin a pu, par l'étude des générations successives de ce même Acarien, tirer des conclusions fort importantes au point de vue médico-légal et arriver ainsi à la détermination précise de l'époque à laquelle des ossements humains avaient été enfouis dans la terre.
P. Mégnin, Un nouvel exemple de l'application de l'histoire naturelle à la médecine légale.' Comptas rendus de la Soc. de biologie, (8), III, p. 23'», 1880.
G. Yovanovitch, Entomologie appliquée à la médecine légale. Tbèse de Paris, 1888.
Serrator necrophagus Mégnin, 1888.
Cet animal se trouve en abondance sur les cadavres momifiés, dans les mêmes conditions que Glyciphagus cursor, Gl. spinipes, Tyroglyphus siro et T. longior. Le mâle mesure 0mm,39 sur 0mm,2l, la femelle 0m">,5G sur 0mni,31; le corps est blanc jaunâtre, opaque, presque glabre, rectangulaire, à angles arrondis. Le rostre est anguleux, en boutoir; les mandibules sont transformées chacune en une scie à dents nombreuses, irrégulières et aiguës, toutes inférieures. La nymphe hypopiale mesure 0'nm,22 sur 0,mm16 : sa quatrième paire de pattes est incomplète et terminée par une longue soie; son abdomen porte à la face inférieure une paire de grosses ventouses et deux paires de toutes petites ventouses.
oimniï des acaiuens.
Une espèce voisine, 5. «mphibius Mégnin, a le corps couvert de' gros tubercules portant chacun un poil court et arqué, lillc vit dans les Champignons en voie de décomposition humide, dans les conserves de légumes décomposés, dans les résidus de choucroute, etc.
Les Sarcoptides psoriques se distinguent de tous les autres par leur salive venimeuse, qui produit la gale. Ils comprennent trois genres et neuf espèces, savoir : Sarcoptes (S. scabiei Latreille, S. noloedres Delafond et Bourguignon, .S', mutans Ch. Robin, S. fossor Ehlers et S. laevis Railliet), Psoropies (Ps. communis Fùrstenberg), Chorioples {Ch. symbiolcs Verhev, Ch. selifer Mégnin et Ch. ecaudatus Mégnin). La plupart de ces espèces peuvent vivre en parasites sur des animaux de nature diverse et, suivant leur habitat, présentent des modifications plus ou moins profondes, caractéristiques d'autant de variétés : c'est ainsi que Sarcoptes scabiei Latreille, i80G, ne comprend pas moins de neuf variétés qui sont, par ordre de taille croissante, les variétés lipminis, hydrockseri, ovis, cameli, capra . lupi, vulpis, equielsuis.
Sarcoptes scabiei var. hominis Mégnin, 1877.
Synonymie : Acanis scabiei Liane, 1748.
A. exulcerans Linné ex Nyantlor, 1757.
A. psoricus Pallas, 1760.
A. humanus subeutaneus Linné ex Avelin, 1701.
A. siro Linné, 17GI.
A. siro, var. scabiei Fabrlcius, 1775.
Sarcoptes scabiei Latreille, 1 800.
Acarus brachypus 01 fers, 18 1G.
Sarcoptes exulcerans Nitzscli, 1818.
.S. homïnis Kaspail, 1834.
.S. galei Owon, 1853.
Cheylctus scabiei Cloqnnt, 18 .
S. communis Delafond et Bourguignon, 1857.
Le Sarcopte de la gale a une histoire des plus curieuses : il est d'abord décrit et figuré par divers auteurs et considéré comme la cause de l'éruption psorique, ou tout au moins comme un épiphénomène constant de cette éruption; à la fin du siècle dernier, les observateurs sont inhabiles à le déceler et on en arrive à nier l'exil tence de l'Acarien et la nature parasitaire de la gale; celle opinion a cours dans la science jusqu'en 1 834, époque à laquelle Renucci, alors étudiant, fit voir à Aliberl comment on avait coutume de procéder en
SÀACOPTES SCABIBI. 301
Corse pour découvrir le Sarcopte et pour s'en débarrasser. Nous n'insisterons pas sur cet historique, dont Raspail, Bourguignon, Fûrstenberg, Kiichenmeister et Mégnin ont fait le récit détaillé.
Sarcoptes scabiei est ovipare. La femelle gravide (fig. 588) vit dans un sillon ou plutôt dans une galerie couverte ou cuniculus, qu'elle s'est creusée dans l'épidcrme et le long de laquelle elle pond ses œufs. Ceux-ci sont mûrs au moment de la ponte; ils sont même déjà en voie de segmentation et c'est là ce qui explique leur rapide éclosion, qui se fait en trois à six jours, et souvent même en soixante-quatre à soixante-seize heures.
L'œuf est ovale, gris perle, brillant, et mesure 150 à 160 \j. sur 100 p. Il en sort une larve hexapode, qui porte deux soies au bord postérieur et, sur la face dorsale, dix épines assez longues, disposées sur quatre rangs : les deux paires de pattes postérieures se terminent par un ambulacre à ventouse, la paire postérieure est très distante des précédentes et est ornée d'une longue soie. La larve quitte aussitôt la galerie, soit qu'elle s'enfouisse dans l'épidémie à quelque distance, soit qu'elle arrive à la surface de la peau : elle peut alors remonter la galerie jusqu'à son orifice ou se creuser, comme l'admet Bourguignon, une galerie verticale qui l'amène au dehors. Elle erre quelque temps sur la peau, puis s'enfonce dans l'épiderme. C'est là que, vers le sixième jour après son éclosion, elle subit sa première mue, qui dure trois ou quatre jours et la transforme en nymphe.
La nymphe est octopode et pourvue de douze épines dorsales et de quatre soies postérieures, les primitives étant devenues internes; les pattes de la quatrième et dernière paire sont beaucoup plus petites que celles de la paire précédente et se terminent par une soie plus grêle et moitié plus courte. Au bout d'une nouvelle période de six jours, l'animal subit une seconde mue, après laquelle il possède quatorze épines dorsales. Mégnin a reconnu qu'il existe des nymphes de deux tailles différentes, les plus petites donnant des mâles, les plus grandes donnant des femelles.
Vers la fin de la quatrième semaine après l'éclosion, le Sarcopte est pubère : il quitte alors sa retraite et se fraye un chemin à travers l'épiderme, à la surface duquel il erre alors librement.
302 OHDBE UES ACARIENS.
Le mâle (fig. 587) a été découvert par K ramer en 1845, puis a été revu par Eichstedt en 1846 et par Lanquetin en 1851 • on le trouve ordinairement sous les écailles ou sous les croûtes
épidermiques ; il est relativement rare et sa petite taille le rend difficile à voir. 11 est long de 200 à 250 large de 160 jx, et n'a, par!
conséquent, que le tiers ou la moitié de la taille de la femelle ovi- gère; son corps est gris roussàlre et de forme tétragone. Nous n'indiquerons ici que les caractères qui lui sont propres et le distinguent de la femelle, réservant pour plus tard l'étude des caractères communs aux deux sexes.
A la partie médiane et supérieure des deuxième et troisième anneaux du céphalothorax, le té-, gument s'est modifié en un large plastron ; deux autres petits! plastrons discoïdes et grenus se voient sur le nologastreou faeel dorsale de l'abdomen, l'un à droite, l'autre à gauche. Les pa-j pilles cutanées coniques sont peu nombreuses et ne s'observent, que près du bord, au niveau du quatrième anneau.
Le squelette se complique par l'adjonction de quelques pièces dépendant de l'appareil génital. Il existe probablement,* dans la région postérieure de l'abdomen, deux testicules quffl se continuent par deux canaux déférents, réunis en un canal commun au niveau du pénis. Celui-ci est accompagné de pièces cbitineuses diverses, colorées en roux, situées au milieu de la face inférieure du dernier anneau thoracique et se prolongeant sous l'abdomen.
Fig. 587. — Sarcoptes scaltiei niàlo, vu par la face ventrale et grossi 250 fois.
La première pièce ou stérilité est impaire, médiane et longitudinale : elle se bifurque en T à son extrémité antérieure, mais souvent reste simple; elle s'articule imparfaitement par chacune de ses branches avec le quatrième épimère. L'extrémité postérieure du sternite se divise également en deux brandies courbes ou épislerniles, circonscrivant un espace ogival dans lequel est enchâssée la deuxième pièce ou hyposternite. Celle-ci a la forme d'un fer à cheval ouvert en
SAHCOPTES SCABIEI. 303
arriére; l'exlrémilé de ses deux brandies s'articule avec celle des épistcrnites, de manière à pivoter d'avant en arrière et à découvrir ou recouvrir tour à tour l'espace que délimitent les épislcrniles et au milieu duquel se trouve le pénis.
Ce dernier est formé de deux pièces courbes se regardant par leur convexité : large à sa base, il s'el'file à son extrémité libre; il se dirige en arrière au moment de l'érection, qui coïncide avec le renversement de l'hyposlernile en arrière.
Les épimères des pattes de la troisième et de la quatrième paires sont plus courts que ceux des pattes des deux premières paires : ils s'incurvent en sens inverse à leur extrémité antérieure ou interne et convergent de manière à circonscrire un espace circulaire, complètement fermé chez le mâle, incomplet chez la femelle.
Les pattes des première, deuxième et quatrième paires se terminent chacune par deux crochets mousses et presque égaux : à la base du plus grand, s'insère un pédoncule cylindrique et lubulé, à peu près aussi long que le membre luimême et portant à son extrémité une ventouse ambulacraire, en forme de clochette. Les pattes de la troisième paire portent une longue soie à la place de la ventouse.
La femelle pubère est longue de 280 large de 230 |a; ses soies sont grêles et courtes; elle est encore dépourvue d'oviducte. Elle erre quelque temps à la surface de la peau, puis commence à s'enfoncer dans l'épiderme, en creusant un sillon ou plutôt une galerie dans laquelle le mâle s'engage à son tour pour procéder à l'acte de la copulation : celle-ci se fait par l'anus, auquel aboutit le vagin et qui présente des dimensions en rapport avec la fonction copulatrice ; la vulve et l'oviducte font encore défaut.
Le coït achevé, le mâle s'enfonce dans l'épiderme, en se creusant une galerie latérale, dans laquelle il meurt au bout de six à huit jours et après avoir vécu environ huit semaines. Gerlach est d'avis qu'un même mâle est capable de féconder plusieurs femelles.
Après la fécondation, la femelle subit une mue eL passe à l'état de femelle ovigère (fig. 588). Elle est alors longue de 300 à 350 ^ et large de 230 à 260,/. Le corps est oblong, à face supérieure convexe, à face inférieure un peu excavée. Le céphalothorax
est séparé du l'abdomen par un profond sillon Iransversal ondulé ; il csL en outre divisé en quatre segments, surtout visibles sur les parties latérales. Les deux premières paires do pattes sont très écartées des deux dernières, qui se trouvent reportées à la partie postérieure du corps.
Les téguments sont transparents, un peu jaunâtres. Ils sont; marqués de plis plus ou moins profonds, un peu obliques à la face dorsale, transversaux à la face ventrale et interrompus sur le thorax : dans la partie médiane de la face ventrale, ils sont.
Fig. 588. - Sarcoptes scabiei, foraollo grossie 250 fois. - A, de dos; B, par
la face ventrale.
remplacés par un plastron chitineux, finement grenu; à la face dorsale, ils cèdent la place à de petits tubercules, au nombre de 1-40 environ et s'étendant depuis les derniers plis transversaux du deuxième segment cépbalothoracique jusque sur les premiers plis de l'abdomen ; ces tubercules sont coniques et disposés en séries concentriques.
En outre de ces tubercules, le tégument est orné d'appendices variés, disposés symétriquement: ce sont des soies longues et flexibles, des piquants aigus, courts et rigides, des spinale» rigides, à pointe mousse et tronquée. Ces appendices sont cana-
SARCOPTES SGÀBIEI. 305
liculés quand ils sont gros, et pleins quand ils sont grêles ; tous s'insèrent sur une papille arrondie; ils se brisent aisément, mais cette dernière persiste et semble alors être percée d'un trou central.
En examinant le Sarcopte par la face dorsale, on remarque sur l'épislome une paire de piquants courts, aigus el recourbés. Au niveau de la deuxième paire de pattes el non loin de la ligne médiane, se trouve une paire de soies flexibles, dirigées en arrière, plus courtes cl plus grêles chez la l'emellc que chez le mâle. Chacun des trois derniers anneaux thoraciques porte, vers son bord postérieur, une p;, ire d'aiguillons gros et courts, coniques cl insérés sur un large tubercule basilaire : ceux de la première paire sont les plus internes, ceux de la seconde sont les plus externes; ces piquants, semblables entre eux, sont rangés en triangle de chaque côté de la ligne médiane.
Le notogaslre porte deux groupes latéraux de gros piquants inclinés en dedans et en arrière, lubuleux el insérés sur une large papille : chaque groupe est formé de deux rangées, l'externe comprenant 4 piquants et l'interne 3; chez le mâle, ces deux rangées entourent le pelit plastron que nous avons déjà signalé. Enfin, Robin a vu chez un grand nombre d'individus, mais non chez tous, un piquant impair, assez long, inséré sur la ligue médiane, à la marge antérieure de l'anus.
A la face ventrale, on remarque une paire de piquants aigus et rigides, au niveau de la deuxième paire de pattes, et une autre paire sur la lèvre antérieure de ,1a vulve de ponte; cette dernière paire est caractéristique de la femelle ovigère. Le dernier anneau tboracique porte enfin trois paires d'appendices : la première est constituée par des poils assez longs, insérés en dehors des épimères de la troisième paire de pattes; la seconde est formée de poils grêles et courts, placés entre les épimères des deux dernières paires de pattes ; la troisième comprend deux aiguillons situés en dedans des épimères de la dernière paire de pattes.
On voit encore, de chaque côté du quatrième anneau thoracique, une longue soie flexible, puis, à la partie postérieure de l'abdomen, deux longues soies flexibles de chaque côté de l'anus ; l'interne est la plus longue et atteint à peu près la moitié de la longueur du corps, l'externe est d'un tiers plus petite.
Le tégument se renforce et s'épaissit en certains points, de manière à constituer une sorte de squelette qui tombe à chaque mue, avec le reste de la cuticule, dont il se distingue par sa teinte roussûlre plus ou moins foncée. Ce squelette comprend Blanchard. — Zool. méd. II. — 20
d0b ORDRE DES ACARIENS.
quatre paires d'épimères correspondant aux quatre paires de pattes, plus cinq pièces pour chacune des pattes. L'armature génitale du mâle est également de môme nature.
Les épimôres présentent à leur race profonde un épidème ou lamelle faisant saillie dans l'épaisseur des tissus et donnant insertion à des muscles. Ce sont des pièces solides, grêles, effilées à leur extrémité interne et présentant à leur extrémité externe une cavité avec laquelle s'articule le premier article d'une patte. Les épimères de la première paire se soudent sur une partie de leur longueur, de manière à constituer une pièce médiane et longitudinale ou sternum, plus courte et plus large que chez le mâle; ils s'articulent en outre avec la hase des palpes, tandis que ceux de la deuxième paire s'articulent avec la base des deux premières pattes. Nous avons noté déjà comment se comportent ceux des deux dernières paires de pattes.
Les cinq pièces du squelette des pattes sont plus ou moins annulaires, sauf la dernière qui est conique : ce sont la hanche ou rotule, Vexinguinal ou trochanter, le fémoral ou cuisse, le libial ou jambe et le tarse.
La hanche s'articule avec l'épimère correspondant; elle porte un poil au milieu de sa face inférieure. L'exinguinal a la forme d'un segment de cylindre très oblique : il porte, en bas et en dehors, un poil qui s'attache au pied d'un tubercule transformé en un forlcrocbel; dans la patte postérieure, il est très court et n'a ni tubercule ni poil.
Le fémoral est un anneau à peu près régulier, étroit à sa face inférieure : il présente à son bord antérieur une longue soie ayant un petit aiguillon h sa base et à son bord postérieur une soie courte et raide.
Le tibia est un simple anneau, élargi en avant et en haut, portant en arrière une petite épine et en avant un aiguillon mousse et cylindrique ; dans la patte postérieure, cet anneau est très court et inerme.
Le tarse se termine par deux crochets aigus, qui sont presque égaux aux deux paires de pattes postérieures, mais sont inégaux aux pattes antérieures, le plus grand étant terminal. Ses appendices sont, de la base vers la pointe : deux aiguillons cylindriques et à pointe mousse, sur la face antérieure; deux longues soies à la face inférieure. De la base du plus grand crochet part un ambulacre pour chacune des deux paires de pattes antérieures et une longue soie pour chacune des deux paires de pattes postérieures.
SARCOPTES SCABIÉI. 307 Les téguments du céphalothorax se prolongent en avant en une sorte de bourrelet qui entoure le rostre, dans le tiers de sa longueur, exactement comme le prépuce entoure et protège le gland. Ainsi se forme le camérostome, loge dans laquelle lerostrc est littéralement enchâssé : il est largement incisé en dessous, au niveau du menton, mais sa lame supérieure ou épistome s'avance au-dessus du rostre.
Le camérostome porte de chaque côté un prolongement mince, transparent et incolore, qui ne porte pas de poils, n'est pas formé de pièces articulées et s'étend jusqu'au hout du palpe correspondant. Ce prolongement est spatuliforme, caréné et creusé en dedans : Ch. Robin l'a appelé joue, Bourguignon le nommait faux palpe ou palpe secondaire. Les joues n'existent que chez les Sarcoptes et les Laminosioptes.
Le rostre est comme enchâssé dans le camérostome. 11 a la forme d'un cône arrondi en avant, un peu aplati et incliné en bas et en avant; il est coloré en jaune roussâtre et formé de pièces disposées sur deux plans : le supérieur comprend les deux mandibules glissant entre les deux palpes, que bordent les joues ; l'inférieur comprend les deux mâchoires et la lèvre qui n'en est que la continuation.
Les mandibules ou chélicères occupent le milieu de la face supérieure et se touchent par leur bord interne : leur grosse extrémité est tournée en arrière et cachée sous l'cpistome, mais une pression exercée sur celui-ci les détache facilement. Chacune d'elles est formée d'une lige et d'une pince à deux mors, dont l'inférieur seul est mobile et se meut verticalement.
Les palpes sont coniques, incurvés en dedans, à base très large ; le bord externe est net, mais l'interne se confond avec la lèvre qui y adhère. Us sont formés de trois articles peu mobiles : le basilaire, qui est le plus grand, s'articule vers la mâchoire et s'appuie sur l'épi? mère de la première patte ; le second article, plus étroit et plus court que le précédent, porte deux soies, donll'anlérieure est très longue, près du bord externe. Le dernier article, plus court, est conique, fortement tourné en dedans et est libre sur presque toute l'étendue de son bord interne; son extrémité est effilée et bifide, il porte une soie assez longue.
Les mâchoires ou maxilles sont formées chacune d'une pièce étroite et épaisse, contournée en S et soudée à une pièce médiane appelé le tnqnlon : l'ensemble des deux mâchoires et du menton représente un fer à cheval presque entièrement fermé.
âOÔ ORDRE DES ACARIENS.
Là lèvre est un organe membraneux, fixé en arrière aux mâchoires et sur les côtés au bord inférieur des palpes : elle forme avec ces derniers une goultière où les mandibules glissent alternativement. Sa face inférieure porte deux soies divergentes, une de chaque côté de la ligne médiane ; à sa face supérieure se voit la languette ou Ibjule. La bouche s'ouvre entre la lèvre et les deux mandibules.
On ne sait que peu de chose des organes internes. Gudden a reconnu que l'œsophage se dilate, en arrière de la deuxième paire de pattes, en un estomac pourvu de deux lobes latéraux ; l'intestin est rectiligne. Une glande contiguë à l'estomac émet en avant un canal qui vient déverser dans la bouche une salive irritante, à laquelle sont dus en grande partie les phénomènes morbides dont s'accompagne la présence du Sarcopte. L'anus s'ouvre à l'extrémité postérieure du corps, du côté dorsal : c'est une fente longitudinale, souvent un peu entr'ouverle, autour de laquelle le tégument forme bourrelet.
On ne trouve pas trace d'appareil respiratoire, bien que l'ardente imagination de Fiirstenbeig ait cru reconnaître des sacs à air et des stigmates; on peut pourtant considérer comme des stigmates rudimenlaires deux trous borgnes contigus, qui se voient au bord antérieur du plastron thoracique supérieur.
L'appareil circulatoire fait également défaut. Le système nerveux n'a pas encore été vu, ce qui n'empêche pas Fiirslenberg de figurer des ganglions et des nerfs (1).
En passant de l'état de femelle pubère h celui de femelle ovigère, le Sarcopte a acquis une vulve de ponte, située à la face inférieure, entre les deuxième et troisième anneaux du thorax, et ayant l'aspect d'une fente transversale à lèvres plissées. L'oviducte ou oviscaple qui y aboutit est un lube cylindrique, large et court; on le voit marcher en arrière, en suivant la ligne médiane, jusqu'au niveau de la dernière paire de pattes.
La femelle gravide continue à s'enfoncer dans l'épiderme et notamment dans la couche de Malpighi, dont les cellules succulentes lui fournissent une abondante nourriture. Chemin faisant, elle pond des œufs, qui se trouvent ainsi espacés le long de la galerie et dont le développement est d'autant plus avancé qu'ils sont de date plus ancienne, autrement dit qu'ils sont plus éloignés de la femelle (flg. 589). La ponte achevée, l'animal meurt au fond de sa galerie.
(1) Fliretenborg, Die KrUlzmilben des Menschen und der Tiiiere. Leipzig, 18G1. Voir fig. 13U.
Fig. .iti!). — Sillon renfermant un Sarcopte femelle à son extrémité, d'après Hcbra. Ce Sarcopte contient un œuf; derrière lui, on voit une série d'œufs rangés dans l'axe du sillon : dans les plus éloignés, l'embryon est de plus en plus développé. Les points noirs sont les excréments du parasite. Grossi "0 fois.
on n'en rencontre jamais plus de 20 à 25 dans une même
dl° ORDRE QES ACARIENS,
galerie, à cause de l'usure superficielle de l'épidémie, qui rait disparaître progressivement les premières portions 'de la galerie. On admet que la femelle peut vivre de trois mois à trois mois et demi et pondre un ou deux œufs par jour : la durée totale de sa ponte est de quatre à six semaines. Sa fécondité est telle que, par suite de la transmission d'une seule femelle gravide à un individu sain, deux mois suffisent pour que la gale s'étende à la plus grande partie du corps de celui-ci.
La galerie, dont l'importance diagnostique a été reconnuepar Albin Gras, dès 1834, a ordinairement une profondeur de 0mm,b à 3 millimètres, mais elle atteint parfois jusqu'à 3, 4 et môme 5 centimètres; Hebra en a observé une qui présentait la longueur exceptionnelle dè 16 centimètres. Elle est rarement droite, mais se contourne et s'infléchit de façons diverses (fig. 590). Les sillons, renfermant chacun une
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Fig. 690. — Divers aspects du sillon, d'après Hardy.
seule femelle, se rencontrent de préférence en certains points du . corps, tels que les poignels, l'interstice et la face latérale des doigls, le bord cubital et la paume de la main (fig. 591) ; on les trouve encore sur le dos du pied, au voisinage des malléoles, entre les orteils, sur l'avant-bras, le bras, en avant des aisselles, sur le dos, le ventre, les cuisses; leur fréquence particulière sur le pénis, le scrotum, le prépuce et même le gland, ainsi que sur le mamelon, cbez la femme indique clairement que, dans nombre de cas, la transmission du parasite se fait au moment du rapprochement sexuel.
La pénétration de la femelle dans l'épidémie détermine des démangeaisons violentes, que le malade cherche à atténuer en se grattant. 11 se produit alors à la surface de la peau des éruptions de nature diverse, que Hebra considère toutes comme étant le résullat du grattage. Pour Hardy, le prurigo elles excoriations auraient réellement celte origine, mais les vésicules isolées qu'on voit aux mains et aux pieds, les petites excoriations arrondies qui se développent principalement aux avant-bras et aux aisselles, les vésico-puslules des coudes reconnaîtraient une autre cause : elles sont spéciales à la gale et sont dues sans doute à l'action du venin déversé par le Sarcopte.
L'action irritante du venin a été démontrée par Hardy qui, s'étant inoculé sous la peau du dos de la main la matière vis-
SARCOPTES SÇAJUET, 3il
q lieuse résultant de l'écrasement de huit Sarcoptes, éprouva, au bout de quinze à vingt minutes, une sensation de chaleur avec
Fig. 591. — Mains de galeux sur lesquelles on voit les lieux d'élection des Sarcoptes et les sillons qu'ils creusent dans la peau. — e, eczéma; s, sillon.
chatouillement et vives démangeaisons; cette sensation ne dura guère que cinq à six minutes, mais reparut plusieurs fois dans la matinée et le lendemain malin.
OB HUE DES ACARIENS
La gale est exlrômemenl répandue à la surface du globe. On l'observe de préférence parmi les populations ignorantes ou sales et parmi les grandes agglomérations humaines, par exemple dans les armées. Pendant les guerres de Napoléon I", on comptait des galeux par centaines de mille, aussi bien dans l'armée française que dans les armées ennemies. Plus récemment, le nombre des galeux admis à l'hôpital de Prague était de 2,256 en 1867 et de 1,129 en 1868; ces chiffres contrastent par leur élévation avec ceux des années précédentes ou suivantes et sont la conséquence de la guerre de 1866.
En Europe, la gale est surtout fréquente dans l'est de l'Allemagne, en Pologne, en Russie, en Islande, aux Fa?rœer, en Norvège, en Turquie et aux îles Ioniennes : elle était si commune à Céphalonie en 1818, d'après Robertson, qu'un tiers de la population élait galeuse.
En Asie, la maladie est très répandue en Sibérie, au Kamtchatka, en Chine, en Perse et dans l'archipel Indien. Au Japon, elle atteindrait les trois quarts des habitants, d'après Vidal. Young et Huilletla signalent comme très fréquente aux Indes parmi les indigènes. Palgrave dit qu'elle abonde dans toute l'Arabie : elle est très commune chez le Chameau et semble passer de cet animal à l'Homme.
En Afrique, elle est endémique à la côte de Mozambique ; en Abyssinie, d'après Courbon et H. Blanc; en Egypte, d'après Pruner; en Tunisie, d'après Ferrini. Les Arabes d'Algérie, et surtout les Kabyles, l'ont communément. Elle est également très répandue sur la côte occidentale, où un grand nombre d'observateurs l'ont signalée et où on la connaît sous le nom portugais de sarna. Elle est encore très fréquente dans le Haut Sénégal, d'après des notes communiquées par le Dr Bellamy : « Elle présente les mômes symptômes que chez les Européens; les noirs ne se soignent pas. » Enfin, elle sévit aux Canaries et attaque presque toute la population des îles Gomera et Palma.
On la signale encore dans toute l'Amérique, notamment au Brésil, à la Guyane et au Pérou. En Océanie, elle est très commune chez les Canaques des îles Sandwich, d'après Duplouy.mais estrareaux Samoa et serait inconnue à Taïti.
Carus et Engelniann, Bibliotheca zoologica, I, p. 474-475.
Taschenborg, Bibliotheca zoologica, II, p. 1281-1284.
M.-H.-F. Fiirstenberg, Die Krdtzmilben der Mcnschen und Thiere. Leipzig, in-folio do 240 p. et 15 pl., 18C1. Pour la bibliographie, voir p. 224.
G. Hertwig, Ueber Kràtz-und Riiudemilben. Wiegmann's Archiv, p. 398,1835.
Alb. Gras, Du rôle que joue l'Acarus de l'Homme dans la production de la gale. Cuil. do l'Acad. de médecine, I, p. 77, I83G.
SAHCOPTES SCAniEI.
Gurit und Hertwlgi Vergleiohende Unlerauchungeh (lier die fiant des Mensehen und iiber die Kratz- und Riiudcmilben. Berlin, 1835; 2. Auflage,
Cli. Robin, Recherches sur le Sarcopte de la gale humaine. Mém. de la Soc. do biologio, (3), I, p. 21, 1850.
- B. Guddon, Beitrag zur Lehre von der Scabies. Wurzburgcr modic. Zeitschrift, II, p. 301, 1861.
P. Mégnin, Sur certains détails anatomiques que présentent l'espèce Sarcoptes scabiei et ses nombreuses variétés. Comptes rondus do l'Acad. des sciences, LXXXI, p. 1058, 1875.
Sarcoptes scabiei var. hominis se transmet de l'Homme à l'Homme ; il ne nous est point communiqué normalement par les Carnassiers, comme le croyait Bourguignon, mais peut, en revanche, passer de l'Homme sur certains animaux, tels que le Chien et la Chèvre, d'où il revient parfois à l'Homme.
Hardy professe qu'aucune des nombreuses variétés de gale des animaux ne peut se transmettre à l'Homme, c'est-à-dire déterminer chez celui-ci une affection psorique incapable de guérir spontanément. Cette opinion est trop absolue, comme il est aisé de s'en convaincre déjà par l'interprétation de certains faits d'observation et comme l'ont démontré expérimentalement divers auteurs, entre autres Delafond et Bourguignon, puis Mégnin.
N. Got, De la gale de l'Homme et des animaux, produite par lesAcares, et de la transmission de cette maladie à l'Homme par diverses espèces d'animaux vertébrés. Thèse de Paris, 1844.
H. Bourguignon, Recherches sur la contagion de la gale des animaux à l'Homme et sur les mœurs de VAcarus de la gale. Gazette médicale, p. 621, 1851. Mém. de la Soc. de biologie, III, p. 109, 1851. — Id., Observations sur la contagion de la gale des animaux à l'Homme. Ann. se. nat., (4), III, p. | H, 1855. Gazette bebd. de méd. et de cuir., II, p. 105, 1855.
O. Delafoud et H. Bourguignon, Recherches sur les animalcule de la gale des animaux et sur la transmission de la gale des animaux à l'Homme Bull Acad.de méd., XXIII, p. 140, 1858. Archives gén. de méd.. (5), XI, p. 18, 1858.'
P. Mégnin, Sur l'étiologie de la gale de l'Homme et de animaux. Ibidem (G), XXVIII, p. 602 et 714, 1876. - Id., Mémoire sur l'acclimatation des Acariens psonques des animaux sur d'autres espèces animales et sur l'Homme La France médicale, XXIII, p. 1GG, 175, 190, 198 et 20G, 1876.
Sarcoptes scabiei var. cameli Mégnin, 1877. Bthontmib : Sarcoptes dromedarii P. Gervais, 1811.
Le maie, long de 240 M, large de 1C0 u., est ovoïde et de couleur roussaire. La femelle, longue de 440 |i, large de 330 p., est ovale allongée, de couleur blanc rosé. L'œuf mesure 120 v. sur 80 v.
J1* 01IDIIE UliS ACAIUENS.
Ce Sarcopte a été trouvé sur le Dromadaire et le Lama par Gervais sur la Girafe par Mégnin, sur l'Antilope bubale par Mégnin et Railliet! Le Dromadaire, amené récemment au Jardin des Plantes, transmit la gale aux gardiens de la ménagerie et dut être abattu pour arrêter la contagion : la maladie s'accompagnait, outre l'éruption caractéristique, d'un prurit d'une violence extrême. Nous avons noté déjà que, suivant Palgrave, on observerait souvent en Arabie le passage de la gale du Chameau à l'Homme.
Bérenger-Féraud a observé au Sénégal une affection psorique appelée larbisch par les Ouolofs et les Toucouleurs et caractérisée par la présence, aux doigts et en d'autres points du corps, de sillons analogues à ceux de la gale. Cette maladie est fréquente au Oualo à l'époque des pluies et s'observe surtout chez les cultivateurs et ceux qui traversent les marais. Les nègres s'en débarrassent au moyen de lotions faites avec une décoction de tabac ou de plantes astringentes. L parasite n'a pas encore été vu, mais Carpot pense qu'il n'est autr que le Sarcopte de la gale du Dromadaire.
Borenger-Fôraud, Traité clinique des maladies des Européens au Sénégal. Paris, 2 vol. in-8°, 1875-1878. Voir I, p. 239.
Sarcoptes scabiei var. caprse Mcgnin, 1877. Synonymie : Sarcoptes caprse Fiirsleubci'g, 1861.
Le mâle est ovoïde, long de 243 n, large de 100 ji. La femelle csL arrondie, longue de 34o' p., large de 342 |a. La larve hexapode est longue de 180 u. et large de 160 (/..
En Angleterre, on a vu ce Sarcopte passer d'une Chèvre d'origine persane sur quinze Chevaux avec lesquels elle habitait, aiusiquesurles Hommes qui les soignaient : ceux-ci présentèrent une éruption de boutons rouges, accompagnée d'un prurit excessif. En Suisse, dans la vallée de Praltigau, Grisons, Walbraff vit également la gale passer des Chèvres à l'Homme et à quelques animaux domestiques.
Sarcoptes scabiei var. lupi Mégnin, 1877.
Synonymie : Avaria elephantiacus Dubini, 1850.
Sarcoptes scabiei crustosx Furstenberg, 1801.
Le corps est ovoïde ; le thorax est plus large que l'abdomen, qui ressemble à un triangle à sommet arrondi. Le mâle est de couleur roussâtre ; ses plastrons sont très apparents. La femelle est gris-perle
SARCOPTES SCABIEI. 315
rosé, ainsi que les jeunes. Les dimensions de l'animal à ses différents élals sont les suivantes :
Œuf
Larve hexapode
Nymphe
Mâle
Joune femelle pubère
Femelle ovigèrc
Longueur.
Largeur.
Les quatre anneaux thoraciques sont bien accusés, surtout sur les côtés du corps qui sont profondément festonnés. Les soies de la face supérieure et des côtés sont très longs. L'épimérite de l'organe mâle est étroitement uni aux épimères des pattes postérieures.
Ce Sarcopte vil sur le Loup, le Lion, la Hyène et passe parfois sur l'Homme ; il est capable aussi de s'acclimater chez le Cheval, ainsi que Mégnin l'a constaté par voie expérimentale. Chez ce Solipède, la gale devient rapidement très grave et présente d'abord les caractères de celle du Loup, puis se rapproche de la gale ordinaire du Cheval : le Sarcopte se modifie au bout de quelques générations; il augmente de taille et s'allonge, au point de ressembler à celui du Cheval.
Delafond et Bourguignon citent un cas où la gale avait été transmise à trois personnes par les Lions d'une ménagerie ; elle ne céda qu'à un traitement approprié; Mégnin a montré qu'il s'agissait là de Sarcoptes scubiei var. lupi.
En l'absence de tout traitement, cet Acarien se multiplie dans la peau de l'Homme avec une incroyable fécondité et cause une remarquable dermatose connue sous le nom de gale norvégienne. Sur divers points de la peau, mais surtout aux; mains, au carpe, au pli du coude, aux pieds, au creux poplité, voire môme au visage, se développent des croûtes épidermiques qui ont ordinairement de 1 à 6 millimètres d'épaisseur, mais atteignent parfois 12 millimètres (cas de Rigler) et môme 50 millimètres (cas de Danielssen) : leur couleur est blanc de craie (Gumpert), gris verdâtre (Rigler, Bœck) ou jaune brun sale (Féréol). En raison de son singulier aspect, cette gale est généralement connue sous le nom de scubies erustosa. Quand elle envahit le cuir chevelu, les cheveux peuvent tomber en môme temps que les croûtes Bœck, Gumpert); d'autres fois ils restent intacts (Bergh). Au microscope, on reconnaît dans ces croûtes la présence d'une incroyable quantité de Sarcoptes à tous les états de développement; on trouve aussi leurs fèces et les résidus de leurs mues; ils occasionnent un prurit abominable.
les ongles des mains et des pieds peuvent ôtre eux-mômes le siège d'une hypertrophie caractéristique : dans le second cas de Bergh,
OR DUE DES ACARIENS
c'est par eux qu'avait dèbulé la maladie. Ils s'épaississent, se détachent plus ou moins de la gouttière unguéale et prennent l'aspect d'énormes griffes, dont la haulcurpeut atteindre jusqu'à 40 millimètres ctl'épaisscur jusqu'à20 millimètres. Leur surface est excoriée, sèche, cassante ; leur croissance est si rapide, que l'un des malades de fiergh les raccourcissait de près de 7 millimètres tous les quinze jours. Eux aussi sont envahis par des myriades de Sarcoptes.
Sans parler des cas probables, mais peu authentiques de Biichner, de Gudden, de Wendt, de von Duben, de Petters et de Finsen, on connaît actuellement quinze cas certains de gale croûteuse chez l'Homme. L'énumération suivante les résume suffisamment :