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322 0RDH1Î DES ACAKIENS.

Sarcoptes mutons, qui vit sur les Poules, a été considéré par Heynal et Lanquetin comme pouvant passer sur l'Homme ; ces auteurs, il est vrai, ne donnent pas la preuve de celte opinion ; ils disent simplement avoir vu des filles de basse-cour souffrir de vives démangeaisons aux bras et aux mains. Déposé sur l'avant-bras et parqué sous un verre de montre, le Sarcopte a provoqué le développement d'une éruption vésiculeuse rappelant celle de la gale. Sans nier la possibilité de la transmission admise par ces auteurs, il convient de remarquer que les symptômes dont ils parlent peuvent avec autant de raison être imputés à Dermanyssus gallinœ.

Psoroptes communia vit sur le Cheval, le Bœuf, le Mouton et le Lapin. 11 se communique difficilement à l'Homme : il est alors incapable de se propager; la gale ne dure que quelques heures et reste localisée.

Chorioptes symbiotes var. bovis a été vu plus de vingt fois par Sehérémétewsky à la surface de la peau, chez des galeux; Bogdanow l'a décrit sous le nom de Dermatophagoides Scheremetewskyi. Ziirn a vu ce même animal sur la peau de la tôle dans un cas d'alopécie. Un autre Acarien a encore été trouvé par Schérémétewsky près de la narine gauche, chez un enfant de six ans atteint d'herpès; celte affection guérit rapidement après l'extraction de l'animal. 11 nous eslim- < possible de voir là autre chose que de simples coïncidences, et nous ne saurions considérer comme de véritables parasites ces animaux qui manifestement ne peuvent s'acclimater sur l'Homme.

Roynal et Lanriuotin, Maladie parasitaire des Oiseaux de basse-cour, trans- * missible à l'Homme et au Cheval. Gazette médicale, (3), XIV, p. 407, 185'J.

A. BogdanoIT, Deux Acariens trouvés par M. Schérémétewsky sur l'Homme. - Bull, de la Soc. imp. des naturalistes de Moscou, p. 341, 1864.

Ziirn. Bericht dor med. Gescllscliaft in Leipzig, p. 38, 1877.

FAMILLE DES IXODIDÉS

Les Ixodidés ont un rostre dépourvu de lèvre mobile et composé : 1° de deux maxilles soudées dans toute leur longueur à ' une languette et à une lèvre, de manière à former un dard rigide, lancéolé ou spalhuliforme, portant inf'érieuremenl, et quelquefois sur les bords, des rangées de dents à pointes rétrogrades, en nombre variable suivant les espèces ; 2° de deux palpes maxillaires quadri-articulés et creusés en gouttière à leur face interne, de manière à former par leur rapprochement une gaine en deux parties ou valves, enveloppant le dard à l'état de repos; 3° de deux mandibules terminées en harpon à

FAMILLE DES IXODIDES.

trois ou quatre crochets inégaux, articule sur une longue lige glissant sur la face supérieure du dard barbelé ; ces mandibules sont enveloppées ou non d'une gaine membraneuse chagrinée. Le rostre est infère ou marginal : d'où la division de la famille en deux genres.

Les pattes sont à six articles : les hanches immobiles sont lixées directement sur le tégument; le tarse se termine par un ambulacre composé d'une paire de crochets et d'une caroncule plus ou moins développée, se plissant en éventail. L'appareil respiratoire est formé de trachées aboutissant à une paire de stigmates, situés en arrière de la dernière paire de pattes et protégés par un péritrème discoïdal percé en écumoire; les stigmates n'existent pas chez la larve. L'appareil digestif est sacciforme, lobé, à lobes symétriques rayonnants et digités. L'orifice sexuel mâle est représenté par une ouverture circulaire située entre les hanches des premières paires de pattes, un peu en arrière du rostre ; chez la femelle, la vulve occupe la même situation, mais se présente sous l'aspect d'un orifice plissé. La reproduction est ovipare.

Tous les Ixodidés sont des parasites temporaires : P.-J. van Beneden les classe dans son groupe des « parasites libres dans le jeune âge. » Tous les Vertébrés terrestres sont exposés à leurs attaques, et l'Acarien montre la plus grande indifférence dans le choix de son hôte; on rencontre du moins la larve, la nymphe et le mâle sur les animaux les plus divers, appartenant à des ordres et même à des classes différents. La femelle choisit au contraire un animal en rapport avec sa taille et d'espèce assez fixe.

La famille des Ixodidés ne comprend que les deux genres Ixodes Latreille et Argas Latreille. Koch a proposé de distraire du premier les genres Hyalomma, Hœmalastor et Ambhjomma, qui n'ont pas été admis.

Les Ixodes sont aisément reconnaissables à leur rostre terminal, implanté dans une fossette creusée à la face antérieure d'un écusson céphalo-thoracique. Cet écusson, dont l'étendue, la forme, la couleur et l'ornementation varient suivant les espèces, est petit chez la femelle; il est grand chez le mâle et recouvre toute la face supérieure du corps. Il porte parfois près de son bord latéral, à la hauteur de la deuxième paire dé

324 ORDRE DÉS ACAHIliNS.

pattes, une paire d'yeux simples. Les palpes maxillaires sont épais ou aplatis en lame de rasoir et généralement creusés à leur bord interne d'une gouttière valvaire. Les œufs sont pondus au nombre de plusieurs milliers.

Ixodes ricinus Latreille, 1806.

Synonymie : Acarua ricinus Linné, 1790.

Cynorhœstes ricinus Hcrmann, 1808.

Cet Ixode, vulgairement connu sous le nom de Tique, ou1 Tiquet des Chiens, est très répandu dans nos pays. Le mâle est long de 2nuu,65, large de lmm,50. Corps ovo-triangulaire, arrondi et non festonné postérieurement, anguleux en avant, plat en dessous, légèrement bombé en dessus. A la face supérieure et en avant, on voit un écusson brun mat, dépourvu d'yeux, qui s'échancre antérieurement pour s'articuler avec le rostre. Celui-ci est si dissemblable dans les deux sexes qu'on serait tenté de les rapporter à des espèces différentes, si on ne les trouvait point accouplés. Chez le mâle, cet organe est long de 0mm,7, large de 0mm,4. Le dard maxillo-labial est mousse et pourvu seulement de cinq dents de chaque côté. Les mandibules se terminent par un harpon à quatre dents. Les palpes sont plus courts que ceux de la femelle, et plus larges à l'extrémité. Le pore génital, en forme de fente oblongue et transversale, est situé à la hauteur des hanches de la troisième paire de pattes.

La femelle à jeun est longue de 4 millimètres, large de 3 millimètres, ovale, aplatie, rouge jaunâtre pâle ; l'écusson est cordiforme, à extrémité arrondie, brun, lisse (fig. 592). Le rostre est court, carré, long de 0ra,n,0, large de 0mra,7 ; le dard est rectangulaire, long de 0mm,3, muni inférieure- Fig. 59?. — Ixodes ricinus. ° ' , . .. 1

Femelle un peu grossie, ment et de chaque coté de la ligne médiane, de deux rangs de huit dents.

Les mandibules glissent sur la face supérieure du dard et sont terminées par un harpon à trois dents. Les pattes sont groupées sous le thorax, de chaque côté du rostre; les hanches

Fig. 593. — Femelle gorgée de sang, do grandeur naturelle. — A, de dos ; B, par lu (ace ventrale.

IXOniîS H1CINUS. 325

sont contiguôs. La vulve s'ouvre sur la ligne médiane, près de la base du rostre. L'anus est au milieu de la face ventrale, au centre d'une dépression qui se prolonge en arrière.

La femelle fécondée acquiert un appétit vorace; elle arrive alors à décupler son volume primitif (fig. 593) et mesure communément de

10 à il millimètres de long sur G à 7 millimètres de large. Son corps, ovoïde comme une graine de Kicin, est de couleur plombée, lisse, uni, à stries transversales écartées et presque effacées supérieurement; la dépression anale est également elfacée. Les hanches sont écartées les unes des autres, surtout les postérieures.

Quand elle est repue, la femelle relire son rostre et tombe à terre. Elle pond alors des œufs dont Mégnin évalue le nombre à 12,000 environ pour une seule ponte : c'est un fait général, que les Ixodes pondent un nombre

d'œufs considérable, tandis que les Argas, pourtant si voisins, en pondent un nombre restreint, à peine une centaine. L'œuf est ovoïde, de couleur rousse, long de 0,nm,4, large de Omm,3.

11 éclot au bout de huit à quinze jours et donne naissance à une larve petite, hexapode, de couleur claire, longue de 0miu,0, large de 0mm,4, dépourvue de stigmates (fig. 594). Immédiatement après leur naissance, les larves se répandent dans toutes les directions et cherchent à s'élever sur les berbes ou les buissons. Elles se tiennent alors suspendues verticalement sur deux de leurs pattes ; un animal vient-il à passerai leur portée, elles s'accrochent à lui par les pattes qui restent libres et abandonnent la branche ou la feuille à laquelle elles étaient suspendues. Elles se fixent ainsi sur des animaux très divers, Lièvres, Lapins, Campagnols, Fouines, Putois, Furets, Taupes, Hérissons, etc. ; elles sont errâmes dans le pelage et empruntent peu de nourriture à leur hùte ; aussi conservent-elles leur teinte claire.

La nymphe octopode est longue de l à 3 millimètres, large de 0»m,6 à 2 millimètres; elle possède des stigmates respiratoires, mais est dépourvue d'organes génitaux. Son rostre et ses pattes sont semblables à ceux des adultes, mais de moindre proportion ; l'anus et les

Fig. 591. - Ixodes ricinus, de grandeur naturelle. — A, au sortir de l'œuf; B, à son second stade de développement ; C, mâle ; D, femelle.

320 ORDRE DUS ACARIENS

stigmates sont également comme chez l'adulte. La nymphe commence à l'aire des blessures aux animaux sur lesquels elle vit; elle enfonce son rostre dans la peau et, par suite de l'ingestion du sang, prend une teinte plus foncée (1).

L'Ixode ricin s'attaque surtout au Chien, mais il n'est pas rare de le rencontrer sur l'Homme, particulièrement chez les chasseurs ou les individus qui vivent en compagnie des Chiens et parcourent les landes et les fourrés. Le plus souvent, l'animal est inoITensif ou ne détermine que de légers accidents, de nature d'ailleurs très variable (cas de Dubreuilh, Moquin-Tandon, Mauvezin, Desprès, Duplain, van Beneden, etc.); d'autres fois, sa piqûre est le point de départ d'accidents fort graves (cas de Raymondaud et de Johannessen) et peut même causer la mort (cas de Chillida). Ces accidents tiennent sans doute à ce quel'Ixode transporte et inocule dans la plaie divers agents infectieux tels, par exemple, que le Bacille du charbon.

Dubreuilh, Pustule gangreneuse déterminée par la morsure d'un Insecte. Gazette des hôpitaux, XII, p. 42G, 1838.

Bazin, Leçons théoriques et cliniques sur les affections cutanées artificielles. Paris, 1862. Voir p. 147, une note de Mauvezin.

A. Desprès. Bull, de la Soc. de chirurgie, (2), VIII, p. 461, 18G7.

P.-J. van Beneden, Les comynensaux et les parasites dans te règne animal. Paris, 3° éd., 1883. Voir p. 130.

Ph. Bertkau, Bruchstueke ans der Lcbens-, namenllich Fortpflanzungsgei schiclile unserer Zecke, Ixodes ricinus. Verhandl. des naturhist. Vereins der preuss. Rhcinlando und VVostfalcns. Sitzungsberichte, p. 145, 1881.

V. Chillida, Un caso notable de enfermedad infecciosa ocasionada porta absorciôn de un virus ô ponzona no descrilo aun por los aulores y lerminado por lamuerte. Revista medico-farmacéutica, V, p. 314 y 337, 1883.

D. -J. Chillida Melia, La ponzona de la gairapata. Gaceta de los hospitales III, p. 172, 1884.

E. Raymondaud, Un chapitre ù ajouter à l'histoire pathologique des af/ections parasitaires ; esquisse monographique du genre Ixode, considéré dans ses rapports avec la pathologie. Journ.de la Soc. de méd. et de pharm. delà Haute-Vienne, VIII, p. 129 et 161, 1884.

Duplain, Observation sur un cas de parasite du genre Ixode. Loire médicale, IV, p. 57, 1885. .1

A. Johanuessen, Acule Polyurie bei einem Kinde naeh dem bttche etnef Ixodes ricinus. Archiv fur Kinderheilkunde, VI, p. 337, 1885.

Quelques autres espèces d'ixodes peuvent encore s'attaquer à l'Homme; nous ne possédons que des renseignements incomplets sur certaines d'entre elles.

(1) Mégnin attlrme que la nymphe de certains Ixodes, tels qu'Ixodes reduvius, pénètre môme sous la peau des grands animaux ot donne lieu h une affection furonculeuse.

FAMILLE DES IXODIDÉS. 327 [XODB3 rkduvius de Gecr. - Cette espèce (flg. 595) n'est pas rare en Europe, sur le Bœuf et le Mouton ; on la rencontre parfois sur d'autres animaux, tels que le Chien et le Hérisson. Aucun auteur n'a encore signalé son parasitisme chez l'Homme; mais, lors de notre passage à Kremnitz, en août 1885, le docteur Zechenter nous assura qu'elle attaquait fréquemment les bergers, dans le nord de la Hongrie.

Raymondaud rapporte à la Tique du Chien une observation dans laquelle il s'agit, pensons-nous, de l'Ixode du Mouton, autant qu'on en peut juger par une figure imparfaite. Un vagabond, qui avait coutume de coucher dans une bergerie, est trouvé mort, un matin. L'autopsie ne fut pas faite, en sorte que la cause véritable de la mort est inconnue, mais on doit vraisemblablement attribuer cette dernière à des piqûres réitérées d'ixodes. La peau était rouge et luisante par places et Y\g.h9h.-^Ixodesreduvius parsemée d'ecchymoses, d'excoriations, de grossi, pustules livides, d'ulcères gangréneux. On

trouva un Ixode solidement implanté dans la peau, à la partie supérieure et interne du bras gauche.

Ixodes jEgyptius Audouin, 1812; I. Dugesi P. Gervais, 1844; 1. algerie.nsis Mégnin, 1880. — Ces trois espèces sont originaires du nord de 1 Afrique. La première vit sur le Bœuf et s'est acclimatée dans le midi de la France, depuis que le bétail d'Algérie est importé dans la métropole; c'est son mâle qu'il est si fréquent de trouver sur les pattes ou le cou de la Tortue mauresque. La seconde est également fort répandue dans le midi de la France et semble ne pas être rare en Italie; elle vit sur le Bœuf et le Mouton. La dernière a les mômes mœurs et le môme habitat.

C'est sans doute à l'une de ces trois espèces que se rapporte l'observation suivante, citée par Moquin-Tandon.

En 1856, E. Cosson voyageait dans l'oasis d'Asla, province d'Oran. Il dressa sa tente près d'un village, sur un emplacement qui sert de marché aux Moutons. Le lendemain, son domestique portait sur le mamelon droit trois Tiques de la grosseur d'un pois, qui lui causaient une vive douleur.

Carpot dit qu'au Cayor (Sénégal) la Tique est fréquente chez le Chien et le Mouton et qu'elle passe assez souvent sur l'Homme ; il l'a vue se fixer de préférence au scrotum et aux grandes lèvres.

Ixodes reticulatus. — Celle Tique, longue de 13 millimètres à l'état de réplélion, est très commune à Natal sur le bétail et passe aussi

sur l'Homme. A la suite d'une piqûre, Allen éprouva d'assez graves symptômes qui durèrent une semaine.

Ixodes marginatus Leaeh. — Il est parfois si abondant sur les pelouses ou dans les prairies qu'il torture les ouvriers pendant le fauchage ou la fenaison.

Ixodes Nigua Guérin-Méneville. — Espèce mexicaine encore peu connue.

J. Packard a connu, dans le New-Jersey, plusieurs enfants qui étaient couverts, surtout aux jambes et au scrotum, d'une petite espèce d'ixode qui vit dans les bois et s'insinue sous la peau : la démangeaison était intolérable, surtout la nuit, et rendait tout sommeil impossible. En 1881 , ce même observateur a vu un individu qui, depuis plusieurs années, portait ensevelie dans son thorax la tôle d'un gros lxode, ce qui le gênait beaucoup.

Nous mentionnons ici pour mémoire le cas de Hagen, sur lequel nous n'avons aucun renseignement.

Les voyageurs qui ont parcouru l'Amérique centrale sont unanimes à dépeindre les souffrances atroces qui résultent de la piqûre de myriades d'Acariens, dont les espèces sont encore inconnues, mais qu'on désigne sous le nom collectif de Garrapatas : les uns sont des Ixodes, d'autres sont des Argas ou même apppartiennent à d'autres familles encore, notamment à celle des Trombididés.

A. Reclus, qui a exploré les isthmes de Panama et de Darien, de 1876 à 1878, a dû interrompre momentanément son voyage, à cause des douleurs intolérables que lui causaient ces animaux dont il parle en ces termes : « Plus redoutés que les Alligators, les Tigres, les Serpents, plus terribles môme que les Moustiques sont les Garapates, le fléau des explorateurs. L'irritation causée par les piqûres de ces Arachnides et par l'héroïque remède (1) employé pour les éloigner et, si possible, les tuer, devient bientôt intolérable ; au bout de quelques jours le corps se couvre de plaies. »

Reclus a eu surtout à souffrir de leurs attaques dans le bassin du rio Cbico, affluent du Ghucunaque. Il en a observé quatre espèces. « Les Panchas ou Burberos (saigneurs), grands comme l'ongle du petit doigt, sont les plus mauvais, mais leur taille les rend victimes de la recherclie la moins attentive. Les Joaleros bruns sont les plus communs ; les Curais sont presque microscopiques ; lorsque leur dard envenimé a fait surgir des boutons, on aperçoit sur ceux-ci un atome noir, ledit Arachnide. Les Goloradillos, également minuscules, sont de

(1) « Lo seul moyen d'obtenir uu peu de calme, c'est de se badigeonuer le soir avec de l'alcool dans lequel on a fait macérer du tabac. Nos hommes ont un moyen plus simple : chiquant toute la journée, ils crachent dans leurs mains et s'enduisent de celte liquour énergique. »

ARGAS MARGINATUS.

leiute rouge vif; s'ils restent immobiles, on ne saurait les distinguer, à moins que ce ne soit sur un endroit où la peau est tout à fait blanche; mais, par malheur pour elle, c'est une gent fort remuante, et ce point incarnat venant à se déplacer, on le remarque tout de suite. »

E. Raymondaud, De la Tique considérée comme parasite de l'espèce humaine. Bull, de la Soc. deméd. et de pliarm. de la Haute-Vienne, p. 331, 1868.

A. Reclus, Explorations aux isthmes de Panama et de Darien. Le Tour du monde, XXXIX, 1880. Voir p. 308.

R.-R. Allen, Septiaemia from a tick wound. The Lancet, II, p. 403, 1881.

J. Packard, Des plaies empoisonnées. Kncyclop. internat, de chirurgie, I, p. 7C3, 1883. Voir p. 713.

H. -A. Hagen, A living Ixodes said to hâve been four months in Ihc car of a maii. Entomol. American, 111, p. 124, 1887.

Les Acariens du genre Argas sont nettement caractérisés par leur rostre infère, situé à la face ventrale, plus ou moins loin du bord antérieur du corps. Les palpes maxillaires sont cylindriques, formés de quatre articles sensiblement égaux et très mobiles les uns sur les autres. L'écusson fait défaut, mais les yeux existent quelquefois. L'ambulacre possède une caroncule rudimentaire. Les œufs sont pondus en moins grand nombre que chez les Ixodes.

Argas marginatus A. Railliet, 1886.

Synonymie : Acarus marginatus Fabricius, 1794.

Argas reflexus Latreille, 179G (nec Fabricius, 1794). Rhynchoprion columbœ Hermann, 1808.

Argas Hermanni Audouin, 1813.

A . miniatus Koch, 184G.

Le mâle est long de 4 millimètres, large de 3 millimètres, de couleur brune uniforme et plus régulièrement ovoïde que la femelle. L'orifice génital s'ouvre sur la ligne médio-ventrale, à la hauteur de la troisième paire de pattes.

La femelle fécondée (fig. 5lJ6) est longue de 5 millimètres, large de 3 millimètres; ces dimensions augmentent d'un quart, lorsqu'elle est repue et peuvent devenir encore plus considérables. La face supérieure est d'un jaune rougeâtre; le bord, la face inférieure et les pattes sont d'un blanc jaunâtre. Quand les caecums gastriques sont distendus au maximum, le corps prend une teinte uniforme noir violacé, mais la zone

marginale conserve encore sa couleur jaunâtre. L'anus s'ouvre

au milieu de la lace ventrale, la vulve tout près de la base du

rostre.

I/Argas bordé est jusqu'à présent la seule espèce européenne du genre Argas (1). Il vil surtout dans les colombiers et se cache dans les crevasses des murs : la nuit venue, il sort de sa retraite et s'attaque aux Pigeons endormis, notamment aux jeunes, qu'il n'est pas rare de voir mourir d'épuisement, suivant Latreille et Bianconi, à la suite de ses piqûres réitérées.

Fig. 59(>. — Argas marginalus, femelle. — A, vue de dos; B, vue par la

face ventrale.

Quand il s'est gorgé de sang, il peut rester fort longtemps sans manger : Hermann en a conservé un dans cet état pendant plus de huit mois dans un verre.

Latreille avait déjà trouvé cet Acarien errant dans les habitations ; Mégnin a reçu de Strasbourg quelques exemplaires qui avaient été recueillis sur les vêtements d'une personne. On ne sera donc pas surpris d'apprendre que cet Argas peut, dans certains cas, devenir parasite de l'Homme : on en connaît, à l'heure actuelle, quatre observations.

1° Cas de Raspail, 1839. — Chez un jeune garçon de onze ans, on voit, au sortir d'un colombier, un violent érythème se développer sur

(1) On le trouvo jusqu'à Odessa. Le professeur Kowalewsky nous en a remis quelques exemplaires de grande taille qui avaient, été trouvés sur des Pigeons.

ARGAS MARGINATUS. 331 le cou et le visage; il se forme des sortes de vésicules confluentes, dont chacune est causée par un Acarieu.

2" Cas de Boschulte, 1859, — Boschulte l'ut consulté par un vieillard qui avait été piqué à la jambe par un Acarien, dans lequel Gersacker reconnut l'Argas bordé : b, l'endroit de la piqûre s'était formée une plaie suppurante, proronde, arrondie, dans laquelle une tôte d'épingle pouvait aisément se loger. A l'entour et sur une étendue considérable, la peau était d'un rouge luisant; le pied était œdématié. Quelques jours de repos surfirent pour rétablir le malade, mais la cicatrice était encore appareille au bout de plusieurs mois.

Le malade habitait une maison assez propre, mais dans laquelle les murs des chambres et des corridors étaient couverts d'Argas. La nuit, ces animaux venaient piquer les dormeurs, et leur piqûre déterminait une tuméraclion et de la rougeur, plus vives en été qu'en hiver.

Boschulte voulut constater sur lui-môme l'effet de la piqûre. Le 8 février 1860, il place un Argas sur la paume de sa main gauche, au voisinage du pouce, et le laisse sucer pendant vingt-sept minutes: la douleur est comparable à celle que produit la piqûre d'un Moustique. L'animal lâche prise de lui-môme, après avoir acquis la taille d'un petit pois. Pas de rougeur ni de tuméraclion notables par la suite; au bout de trois jours, la petite plaie est cicatrisée et semble entièrement guérie. Au dixième jour, le 18 révrier, Boschulte sent des démangeaisons à l'endroit piqué; la peau rougit et se soulève en un nodule, au centre duquel on voit encore nettement la petite cicatrice provenant de la piqûre. La rougeur finit par s'assombrir et l'élévation acquiert le volume d'un boulon de vaccine, mais sans laisser suinter aucun liquide ; le prurit devient insupportable. A partir du 24, les symptômes vont en s'atténuant, la peau reprend à peu près son aspect normal, la cicatrice se désquame, et il reste finalement une sorte de papule arrondie, à contour net, aplatie, déprimée en son centre et large de 3 millimètres. Dans le cours des années suivantes, il se forma successivement, autour de cette papule, huit autres papules semblables, mais plus petites ; la plus éloignée était distante de 8 centimètres. En 1879, c'est-à-dire dix-neuf ans après l'expérience, les choses étaient encore en cet état.

3° et 4" Casde Ghatelin, 1882. — Celte observation, due à Chatelin, de Charleville, a élé communiquée en 1882 par Laboulbène à la Société enlomologique de France.

« Un jeune enfant, mordu au pénis, présentait quelques heures plus tard un œdème séreux de la verge, du bas-ventre, des bourses, de la partie inférieure des cuisses. Cet œdème, dur et douloureux, persista pendant plusieurs jours. Le père de l'enfant, homme vigou-

reux, vient d'être mordu au coude; en ce moment, tout l'avant-bras est le siège d'un gonflement notable avec tension douloureuse et engorgement ganglionnaire dans l'aisselle. » Les Argas provenaient d'un colombier placé au-dessus de l'habitation. Ce colombier, qu'ils avaient jadis infesté, était inoccupé depuis six mois; malgré des mesures de désinfection, quelques Acariens avaient survécu et envahi l'appartement voisin.

F.-V. Raspail, Recherches d'histoire naturelle sur les Insectes morbipares. Gazette des hôpitaux, (2), I, p. 9, 1839.

Boschulte, Argas reflexus als Parasit an Menschen. Virchow's Arcliiv, XVIII, p. 55't, 1860. — Id., Ueberden Argas reflexus. Ibidem, LXXV, p. 5C2,

A. Gerstâcker, Argas reflexus Latr., ein neuer Parasit des Menschen. Ibidem, XIX, p. 457, 1800.

A. Laboulbène. Bull, de la Soc. outomol. de France, 16), II, p. xcvm, 24 mai 1882.

Argas persicus Fischer de Waldheim, 1824.

Le mâle est long de 4 à 5 millimètres, large de 3 millimètres à 3mm,o ; son orifice sexuel s'ouvre au sommet d'une saillie circulaire, située entre les hanches de la deuxième paire de

pattes. La femelle ovigère est longue de 7 à 10 millimètres, large de 5 à 6 millimètres ; la vulve est une fente transversale à lèvres épaisses et plissées, située tout près de la base du rostre.

Le corps est ovoïde (fig. 597), plus étroit en avant, plat dans l'état déjeune et de couleur jaunâtre terreuse, plus ou moins épaissi, surtout au centre, et de couleur violacée à l'état de réplétion. Le tégument est résistant, chagriné, à demi coriace ; le bord est caréné, plus clair. A jeun, la surface du corps présente des dépressions symétriques, séparées par des saillies correspondantes; dans l'état de réplétion, ces diverses dépressions s'effacent en grande partie. Les pattes s'attachent sur des saillies dépendant du tégument. La

Fig

r>97. — Argas persicus, de grandeur naturelle et grossi.

AUiiAS PEftSICDB. 333

première paire csl la plus courte (3 millimètres) ; viennent ensuite la deuxième, puis la troisième el la quatrième, cette dernière ayant ■ï millimètres de long. Le tarse des trois dernières paires de pattes présente près de sa base une fausse articulation, qui ne se voit pas sur la première paire; celle-ci, en revanche, porte en arrière de la tubérosité terminale un organe auditif, constitue par une fossette au fond de laquelle se dressent quelques soies. L'ambulacre est composé de deux petits articles, dont le terminal est armé de deux crochets. En dehors des hanches des deux dernières paires de pattes se voit, de chaque côté, un très petit stigmate, constitué par un orifice circulaire protégé par des cils.

L'Argas de Perse, ordinairement connu sous le nom de Punaise de Miânè, est appelé par les Persans Gûérib-guez, Garib-guez, Malleh et Bhebguez; cette dernière dénomination serait, d'après Schlimmer, usitée dans le Khoraçan et signifierait « mordant la nuit. » Il est doué d'une grande vitalité : quatre ans après avoir été recueillis en Perse et sans avoir pris la moindre nourriture, plusieurs Argas [Argas persicus et A. Tholozani) étaient encore vivants.

L'Argas de Perse a des mœurs assez semblables à celles de la Punaise des lits. Il se rencontre dans les habitations, mais non dans les maisons nouvellement construites. Pendant le jour, il se tient caché dans un endroit obscur, sous les tapis ou les tentures, dans les fissures des murailles ou des meubles : la nuit venue, il sort de sa retraite et attaque l'Homme endormi. Il redoute l'éclat delà lumière; cependant, au dire deKotzebue, la clarté des lampes et des bougies ne le met pas toujours en fuite. Ce même auteur rapporte qu'il ne se montre point pendant l'hiver et que son « venin » est le plus actif pendant les grandes chaleurs de l'été.

Cet Acarien a la réputation de ne pas s'attaquer aux indigènes, ou du moins les piqûres qu'il leur fait n'ont pas de suites plus graves que celles des Punaises d'Europe. En revanche, il fait une guerre cruelle aux étrangers qui passent la nuit à Miànè:il déterminerait des accidents divers, et parfois même amènerait la mort en moins de vingt-quatre heures (1).

(1) « L'Homme qui en est piqué, dit Dupré, tombe dans une consomption qui le Tait dépérir à vue d'oeil, surtout s'il no se soumet pas sans restriction au régime dicté par l'expérieuce : c'est de s'abstenir de viandes et de boissons

334 ORDRE LIES ACARIENS

Deux cas de mort ont été publiés par Kotzebue (1) : ces observations semblent se rapporter à des accidents tétaniques qui nous autorisent à penser que la nocivité de l'animal tient à ce qu'il introduit dans la plaie un microbe pathogène, tel que le Bacille du tétanos (2). La piqûre del'Argas ne semble pas être dangereuse par elle-même : Heller n'a pu trouver de glandes à venin.

Pendant longtemps, Pumouze a nourri une femelle, arrivée vivante en France avec des laines de Perse, en lui faisant piquer de temps en temps un Lapin qui ne s'en portait pas plus mal. Cette même expérience a été répétée par Mégnin sur le Lapin avec A. persicus et A. Tkolozani, et sur lui-même avec cette dernière espèce.

Ces expériences semblaient démontrer l'innocuité de l'Argas de Perse et tendaient à faire croire que sa piqûre est exactement comparable à celle de nos lxodes indigènes. Depuis lors, Tholozan a publié une série d'observations qui, à la vérité, ne prouvent pas définitivement le pouvoir toxique de l'animal, mais du moins le rendent vraisemblable.

La distribution géographique de l'Argas de Perse est encore mal établie; on peut du moins admettre qu'il se rencontre dans tout le nord de la Perse, peut-être même dans le sud de la Géorgie. De Thielmann dit qu'il est fréquent à Ardebil, dans la partie nord du

acides ou fermentées. Le sucre est regardé comme un spécifique contre la piqûre do cet Insecte. »

Le traitement usité par les habitants de Miànè consiste, d après Kotzebue, à écorchor un Bœuf et à envelopper le pied du malade dans la peau encore chaude. Le malade doit rester pendant quarante jours sans prendre autre chose que de l'eau sucrée et du miel. ■ ... •

(1) « Les Anglais de Tauris, dit Kotzebue, m'ont unanimement déclare nu'ils ont perdu à Miana un de leurs domestiques qui fut atteint par ces terribles Insectes ; il éprouva bientôt dans tout son corps une chaleur violente, tomba dans une espèce de délire et expira enfin au milieu d'épouvantables convulsions. J'ai reçu d'autres informations non moins dignes de foi du colonel

baron Wrède qui, il y a quelques années, a été envoyé on Perse comme

ambassadeur. Lorsqu'il passait à Miana, la saison était fort avanc e ne croyant rien avoir a craindre des Punaises, .1 y resta la nuit, mais avec la p.ocauLn de tenir une bougie allumée. Il n'éprouva aucun mal. Un cosaque de s n escorte eut le lendemain matin une tache noire au pied, tint des propos délirants ot tomba enfin dans un accès de fureur Le pauvre cosaque mourut dans une douloureuse agonie. » ,, .. , , , „„.,„,,

(2) Il est intéressant de remarquer que les deux ™W™j^n™%°?£ noté le décès vivaient habituellement avec les Chevaux, cond.t.on que Verneuil considère comme favorable au développement du tétanos.

A K < i A S l'EHSICUS.

EhUani Orsollc le signale comme très abondant à Pa-Chi.iar, entre Hecht et Kazhin, au pied de lttbOO» II infeste Miànc depuis un Lps immémorial et se rencontre aussi dans les local, es cnv.ro.i- Ltos, comme Turkomanchei, où il a la réputation d être un peu moins dangereux. L'expédition allemande envoyée à lspal.an eu 1875, pour observer le passage de Vénus sur le disque du soleil, n'alla pas à Miànè, mais passa dans le voisinage et put se procurer des exemplaires encore frais, qui furent étudiés par Fritsch.

L'animal est donc répandu dans tout le nord-ouest de la Perse; Fritsch dit qu'il se rencontrerait également dans tout le sud-ouest, mais aucune observation précise ne permet de considérer le fait comme démontré. On sait au contraire que l'Acarien habile le nordest de la Perse : Schlimmer le signale à Chahroud-Bastam, à 30 lieues du sud-est de la mer Caspienne, dans le Khoraçan, et Tholozan l'a reçu lui-môme de celte localité.

Dupré, Voyage en Perse fait dans les années 1807, 1808 et IH09. Paris, 1809. Voir Ilj p. 324.

• M. Kotzcbue, Voyage en Perse à la suite de l'ambassade russe en 1817. Paris, 1819. Voir VIII, p. 180.

i G. Fischer do Waklhcim, Notice sur l'Ârgas de Perse (Mallèh de Mianèh), décrit par les voyageurs sous le nom de Punaise venimeuse de Miana. Moscou, 1823.

G. Hcller, Zur Anatomie von Argas persicus. Sitzungsber. der matli.-uat. Classe der Akad. der Wiss. zu Wieu, XXX, p. 297, 1858.

A. Laboulbènc, Argas. Dictionn. encyclop. des se. méd., VI, p. 53, 18G7. — Id. Bull, de la Soc. entomol. de France, (0), I, p. lxxxviii, 1881.

J.-L. Schlimmer, Terminologie médico-pharmaceutique et anthropologique française-persane sur les maladies endémiques et particulières les plus intéressantes des habitants de la Perse. Téhéran, 1874.

G. Fritsch, Ueber die giflige Wirkung des Argas persicus Sitzungsber. der Gcsellschaft naturforschender Freunde zu Berlin, p. 61, 1875.

Baron Ernouf, Le Caucase, la Perse et la Turquie d'Asie, d'après la relalion de M. le baron de Thielmann. Paris, 2e éd., 1880. Voir, p. 256. A. Bordier, L'Argas persicus. Journal de thérapeutique, IX, p. 131, 1882. A. Laboulbène et P. Mésuin, Note sur les Argas de Perse. Compte rendu de la Soc. de biologie, p. 59, 1882. — Id., Sur les Argas de Perse. Ibidem, p. 577, 1882. — Id., Mémoire sur les Argas de Perse. Journal de l'auatomie, XVIII, p. 317, 1882.

P. Mégnin, Expérience sur l'action nocive des Argas de Perse. Compte rendu de la Soc. de biologie, p. 305, 1882.

J.-D. Tholozan, Des phénomènes morbides produits par la piqûre de parasites voisins des Ixodes ou Tiques, les Argas de Perse. Mémoires de la Soc. de biologie, p. 15, 1882.

E. Orsollc, Le Caucase et la Perse. Paris, 1885. Voir p. 176.

Argas Tholozani Laboulbène et Mcgnin, 1882.

Cet Argas est très voisin du précédent, avec lequel il a été longtemps confondu; il est encore originaire de Perse Le mâle est long de A à 5 millimètres, large de 2 à 3 millimètres La femelle ovigère est longue de 8 à 10 millimètres, large de 4 à 5 millimètres.

Le corps est rectangulo-polygonal, arrondi en arrière, anguleux en avant, à bords latéraux parallèles. Le tégument est résistant, chagriné, et présente un élégant gaufrage disposé en un réticulum aux entre-croisemenls duquel s'insèrent de fins poils.

Les pattes sont encore inégales : les deuxième et troisième paires sont les plus courtes (3 millimètres); viennent ensuite la première (4 millimètres), puis la quatrième (S millimètres). Le tarse est constitué de la môme façon que chez A. persicus; le stigmate occupe la même situation. L'anus est logé dans une dépression, un peu en arrière du milieu de la face ventrale. La vulve s'ouvre à la hauteur des hanches de la deuxième paire de pattes.

Cette espèce s'attaque aux Moutons, plus rarement à l'Homme : les] Persans l'appellent Kéné ou Punaise des Moulons. C'est à elle, croyonsnous, qu'il faut attribuer quelques-unes des observations publiées par' Tholozan ; c'est à elle encore que se rapportent les accidents dont parle Chénier, ex-médecin de la légation de France en Perse, dans une note inédite qu'il nous a communiquée :

« En 1865, dit-il, j'accompagnais M. le comte de Massignac, ministrede France pour la Perse, qui se rendait à son poste à Téhéran. J'ai' couché à Miânè : sur le conseil de M. Querry, notre dogman-chan-. celier, qui était aussi du voyage, tous les deux nous avons dormi sous une tente dressée sur une terrasse. Des sept Européens de la caravane, un seul, le comte de Massignac, a été mordu par un^- Argas (I), à la partie dorsale de la main; il n'est point mort. Deux domestiques persans, venus de Téhéran à notre rencontre, ont élé,y eux, mordus par tout le corps; ils avaient dormi dans une étable à Moutons. Ces deux Hommes ont été fort malades pendant plus de cinq mois; mais de mort, point, et c'est, j'en suis persuadé, une erreur en tous cas. »

Nous avons dit déjà que Mégnin s'est laissé piquer par l'Argas de Tholozan. Il dépose une femelle sur le dos de sa main et la recouvre d'un verre de montre. L'animal ne tarde pas à implanter son rostre

(I II s'agit probablement, ici d' Argas persicus.

ARGAS THOLOZANI. 33"

dans la peau, en provoquant une douleur semblable à celle d'une Sangsue ou même un peu plus faible. Au bout d'une demi-heure, il est assouvi et relire son bec de la blessure qu'il a l'aile : il esl devenu très replet, ses rides et ses plis se sont presque effacés. Pendant l'heure qui suivit la chute de l'Argas, l'expérimentateur éprouva encore des picotements, comme quand le parasite était en fonction; puis celte sensation disparut lout à fait. Au point piqué, une gouttelette de sang coagulé et, tout autour, sur un diamètre de 6 millimètres, on vit se dessiner une ecchymose violette, qui persista pendant trois jours, mais en s'effaçant graduellement. Pendant les quinze jours suivants, une certaine démangeaison se produisit de temps en temps au point piqué ; elle était parfois assez vive pour qu'il fût difficile de résister à l'envie de se gratter. De la sorte il se forma une petite papule rosée qui, trois semaines après la piqûre, ne semblait pas encore en voie de disparition; six semaines après, elle était tout à fait guérie.

Ces faits sont en contradiction avec les observations de Tholozan, rapportées déjà plus haut. La contradiction tient sans doute à ce que l'animal avec lequel Mégnin a fait ses expériences était conservé à jeun, dans un peu de colon, depuis plusieurs années : bon nombre d'organes, entre autres l'appareil à venin, avaient interrompu leur fonctionnement.

l/;/a.s Tholozani a été reconnu comme une espèce distincte par Fritsch, en 187o; Laboulbène et Mégnin, en 1882, sans connaître le travail de l'auteur allemand, en donnèrent une description détaillée, d'après de nombreux exemplaires envoyés par Tholozan et provenant de deux localités : de Chahroud-Bastam et de Djemalabad, à o lieues au sud de Miânè et de l'autre côté de la chaîne du Kaflankouh. A ces localités il faut ajouter encore Patchenar, sur le Sefid Rud, d'après Fritsch (1).

Nous signalerons encore quelques autres Argas, de grande taille pour la plupart.

• Argas turicata A. Dugès, 187G. — La femelle est longue de 4 à (i millimètres, large de 4 millimètres. Le mâle est plus petit d'un cinquième. Cet Argas est originaire du Mexique : il vit sur le Porc et s'attaque aussi très fréquemment à l'Homme; on le rencontre en

(I) « Une autre espèce, dit cet auteur, considérée comme beaucoup moius dangereuse (qu'Argus persicus), fit souffrir les membres do l'expédition :\ Patchenar, sur le Sctid llud. Elle détermine chez io patient de petites bosses douloureuses : chez l'un des voyageurs, ces bosses furent le point de départ d une violente inflammation du tissu cellulaire de la main et du bras Cette autre espèce ressemble beaucoup à Argas pevsicus : on l'appelle Acaro du Mouton ; elle semble être très répandue en Perse et s'attaque surtout -,u

Bunobaud, — Zool. raéd.

dd8 onnnE des acariens.

différents points du corps, jusque dans l'oreille. Sa piqûre est douloureuse et détermine parfois des accidents Tort graves, qui ont été étudiés par Jésus Aleman, de Moro-Leon (État de Guanajuato), puis par Ramon Kstrada et AKred Dugès. Les collections de la Faculté de médecine de Paris renferment quelques exemplaires de cette espèce, dont nous sommes redevable à Dugès.

A1IY. Dugès. El Repertorio (Journal politique de Guanajuato), 25 avril 187C.

— Id., Turicata y Garrapata de Guanajuato. La Naturaloza, VI, p. 195, 1883.

— ld., l'iqdve de Turicata [Argas turicata Alf. Dugte). Observation prise par mon élève Ramon Estrada à l'hôpital de Guanajuato [Mexique). Compte rendu de la Soc. do biologie, (8), II, p. 21(i, 1885.

P. Mégnin, Us Argus du Mcxii/ue. Journal de l'anatomic, XXI, p. 4E0, 1885.

Anr.As MiiGNiNi A. Dugès, 1883. — Le mâle est d'un liers environ plus pelit que la femelle. Celle-ci mesure :i à (i millimètres sur :i à 4 millimètres ; la vulve s'ouvre entre les tubercules qui donnent insertion aux pattes de la première paire. Le stigmate se voit entre les hanebes des deux dernières paires de pattes et en dehors.

Cette espèce est encore originaire du Mexique, où on la connaît sous le nom de Garrapata (1). « Cet ôpizoaire, dit Dugès, très abondant dans l'Etat de Guanajuato, se rencontre sur le Cbeval, l'Ane et le Bœuf, principalement dans les oreilles; il se fixe fréquemment sur d'autres animaux, en particulier sur l'Homme : je l'ai extrait bien des fois du conduit auditif d'enfants et môme d'adultes. On ne saurait confondre les Turicates avec les Garrapates. Ces dernières semblent être moins nuisibles : du moins, il est plus facile de leur faire lâcher prise et d'empêcher que leur rostre ne reste dans la plaie : le vinaigre suffit bien souvent pour les obliger à se détacher. »

Lors de l'expédition du Mexique, les Hommes et les Chevaux furent très fréquemment envahis par les Garrapates : les médecins elles vétérinaires du corps expéditionnaire n'ont pas remarqué que leurs attaques fussent plus redoutables que celles de nos Ixodes indigènes; aussi ne doit-on pas les considérer cumme des parasites dangereux.

C'est sans doute à cette espèce qu'appartenait l'Acarien dont il s'agit dans l'observation suivante, rapportée par Guérin :

Un militaire âgé de trente-quatre ans entre à l'hôpital de Vannes, le 2 avril 1807, pour une affection rhumatismale contractée au Mexique; il se plaint en outre d'une névralgie faciale très douloureuse du côlô droit. Le 3 ou i juillet, le malade voit sortir de son oreille droite un Acarien : la névralgie cesse après la sortie de l'animal. Le malade raconte alors qu'au Mexique il avait dû souvent coucher soit

(1) Le nom de Garrapate n'est pas particulier a cette espèce, mais s'applique d'une façon générale aux Argas m aux Ixocles, au Mexique et dans le nord de l'Amérique méridionale.

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