‹ Traité de zoologie médicale [electronic resource]Chapitre 29 sur 86 · ORDRE DES C II I L 0 G N A T II ES · texte numérisé non relu

ORDRE DES C II I L 0 G N A T II ES

Les Chilognalhes ou Diplopodes sont en général très allongés, de forme cylindrique (Mus, fig. 628) ou subcylindrique (Polyzonium,

Fig. (128. — luliis maximus

Glomeris, fig. 629); ils sont parfois aplatis (Polydesmus). Le nombre des anneaux est très variable : 9 chez Polyxenus, 12 chez Glomeris

Fig. C29. - Glnmei

is marginaia.

fj^l^otherium, environ 20 cbez Polydemus, environ 50 chez Volyzomum; le nombre est indéfini chez Mus. Ce nombre n'est d'ail!

*"U CLASSE DES MYRIAPODES

leurs, pas lixe chez, une infinie espèce, mais augmente uvec l'âge. Certaines espèces s'cnrouleni en spirale ou en ressort de montre [Mus, Polyzonium, Polydesmm) ; d'autres se ramassent en boule, à la layon des Cloportes [G-lomeris).

La tête porte deux antennes à 7 articles, plus rarement à 6 Sphs ropeus). Au-dessus de celles-ci, on remarque des yeux simples, sauf chez quelques formes aveugles [Blaniulus, Polydesmus, Siplwnophora . Les yeux sont au nombre de 2 chez Siphonotus; Polyzonium en a 6 de chaque côté, Glomeris H, lulus 28, etc. Chacune des deux mandibules est munie d'une grande plaque masticatrice, destinée à triturer les aliments de nature végétale, et d'une sorte de dent mobile, pointue et tournée en dedans. Les deux paires de mâchoires se fusionnent en une languette ou lèvre postérieure, caractère dont l'ordre a tiré son

nom ; chez Polyzonium, les deux mâchoires se transforment en un suçoir. L'anus s'ouvre à l'extrémité du corps.

Les pattes de la première paire se dirigent en avant de la bouche, mais ne se terminent jamais par une griffe venimeuse. Les trois anneaux thoraciques n'ont chacun qu'une seule paire de pattes; il en est de même pour les deux ou trois anneaux suivants et, chez le mâle, pour le septième. Tous les autres segments portent deux paires de pattes, ce qui indique qu'ils résultent de la fusion de deux somites primitifs. En dedans de la hanche de chaque patte, on voit un stigmate qui aboutit à une loulTe de trachées ; celles-ci se distribuent dans les organes voisins, sans s'anastomoser avec leurs congénères.

Des glandes particulières, produisant un liquide acide et d'odeur désagréable, que l'animal rejette comme moyen de défense, s'ouvrent par paires à la face dorsale de certains anneaux. Chez Fontaria gracilis, le liquide que rejettent ces foramina repugnatoria est de l'acide

ORDRE DtfS CÛlLOPOOBSi 401

cyanhydrique, curieux exemple de l'identité des fonctions chez les animaux et chez les plantes.

Les sexes sont séparés. Les deux orifices sexuels se voient sur les hanches de la deuxième poire de pattes ou entre celle-ci et la troisième. Le mâle porte, sur le septième anneau, un double organe copulatcur, sauf chez Glomeris, où il est remplacé par deux paires de membres accessoires situées en avant de l'anus.

La ponte a lieu au printemps ; les œufs sont déposés dans la terre. Il en sort une larve apode qui acquiert trois paires de pattes après la première mue (fig. 630, A) ; pendant les mues suivantes, de nouvelles pattes se développent sur les anneaux déjà existants, tandis que le dernier anneau se subdivise en un certain nombre de nouveaux anneaux (fig. 630, B) ; souvent aussi, les yeux augmentent de nombre à chaque mue. 11 est d'autres types chez lesquels l'animal possède déjà trois (Strowjytosoma), six ou huit paires de pattes au moment de son éclosion.

Hàpkea si gnalé des Iules phosphorescents, mais ce fait demande confirmation.

0. von Linstow a émis l'opinion, contraire à la réalité, que Blaniulus gutiulalus était l'hôte intermédiaire de l'Ascaride lombricoïde (tome I, page 664). Ce même Chilognathe ou d'autres espèces voisines pourraient vivre dans le tube digestif ou dans le vagin, comme cela semble ressortir de nombreuses observalions; mais il s'agit, dans tous ces cas, soit d'une simulation hystérique, soit d'une erreur d'observation. Laboulbène a cité le cas d'une femme qui croyait avoir rendu des Blaniules par le vagin, parce qu'elle en avait trouvé au fond du vase, après une injection vaginale; ces animaux avaient tout simplement été amenés avec l'injection; ils ne reparurent pas, quand celle-ci fut faite avec de l'eau préalablement passée à travers un linge.

M. Wcbcr, IJeber eine CyanwasserstofTsauve bereitende Drtise. Archiv f mikr. Anatomie, XXI, 1882.

Al. Laboulbène, Faux parasitisme d'une espèce de Myriapode, le Blaniulus • yullulalus. Comptes rendus de la Soc. de biologie, p. 003, 1882.

ORDRE DES CHILOPODES

Scolopendra morsitans P. Gervais, 1847.

Cette Scolopendre (fig. 031) est commune en Provence et sur tout le l.ttoral de la Méditerranée ; elle se tient cacbée sous les pierres Son

Blanchard. — Zool. méd. U 2«

corps est formé de trois parties distinctes, d'inégale importance.

La téle (lig. 632 et C33) est globuleuse et porte deux antennes filiformes, insérées dans une fossette du bord antérieur et formées chacune de 20 articles (lig. 632, a). A la face supérieure et sur les côtés on observe 4 paires d'yeux simples ou ocelles! La face ventrale présente enfin une paire de mandibules et les deux premières mâchoires. Chez l'embryon, ces divers appendices étaient portés par des somiles distincts, en sorte que la tele résulte de la fusion de trois somiles ou môme de quatre, si, avec Newport, on croit devoir considérer les yeux comme des appendices.

A la suite de la tôle vient le set/ment cervical ou badlaire, fort réduit, mais résultant aussi de la coalescence de quatre somiles ; le premier porte la deuxième paire de mâchoires ; le second, 1 a paire de pattes-mâchoires (fig. 632, Pi »»i ; fig- 633, 1); le quatrième, la première paire de pattes ambulatoires (fig. 632, p3 ; fig. 633, 3); le troisième somite ne serait pas apode, au moins dans le jeune âge, d'après Metchnikoff.

Le corps est formé de 21 somiles déprimés, semblables entre eux et encroûtés de chitine à leurs faces dorsale et ventrale; il se forme ainsi, pour chaque anneau, un arceau supérieur composé de deux tergites, ordinairement soudés en un scutum, et de deux épimères, et un arceau inférieur formé de deux sterniles distincts, de deux épislernites et de deux pièces accessoires.

La coalescence des somiles deux à deux, que nous avons constatée chez les Chilognathes, s'observe chez les Chilopodes à un degré plus élevé : des deux somites qui se fusionnent, l'antérieur s'alrophie et demeure apode : il n'est plus représenté que par quelques pelits nodules ventraux. Chaque anneau ne porte donc qu'une seule paire de pattes. Celles-ci s'insèrent sur le bord de la face ventrale; elles sont formées de 7 articles, le tarse étant biarliculé, ainsi que chez Hetcrostoma et Scutir/cra, et terminées par un crochet ; la dernière, plus allongée que lesaulres, s'attache au bord postérieur du dernier anneau.

Fig. 631. — ScolojM-ndra morsilans, de grandeur naturelle.

iiiiniti<: oks ciiilopouks.

La bouche est une J'en te longitudinale percée à lu l'ace inférieure de la tête. Limitée en avant par un luhra cintré, elle est bordée tout d'abord par une paire do mandibules unalogues à celles des Insectes, en ce qu'elles ont un bord tranchant et denté ; puis vient la première paire de mâchoires, formées d'une large pièce triturante, que surmonte une dent. Les mâchoires de la deuxième paire (fig. 032,

/>,;»,; fi8- c33> 0 sont P,us Srûlos et sur" montées d'un palpe Inarticulé ; elles représentent en réalité la première paire de pattes; elles se fusionnent par leur article basilaire, de manière à constituer une lèvre inférieure qui limite la bouche en arrière. Ces mâchoires sont recouvertes par la seconde paire de pattes, transfor- p/g, G32. Extrémité antémées en pattes-mâchoires (fig. 632, p2ws; Heure de Scolopendra infig. 33, 2) ; celles-ci sont formées d'une grande plaque médiane ou mentonnière, sur .laquelle s'insèrent latéralement deux foreipules biarticulées, capables de mouvements de latéralité et constituant pour l'animal une arme redoutable. Les foreipules sont, en effet, en rapport avec un appareil à venin, dont Lespès a fait l'élude chez une Scolopendre des Indes et que Mac Leod a décrit avec soin chez Se. horrida.

signis. — a, antenne avec les yeux îi la base ;/),»!,, première paire de pattes constituant une patlcmàchoire : Pîin.2, seconde paire de pattes ou foreipules ;pj, troisième paire de pattes ; pit quatrième paire de pattes.

Fig. (,.} !. Les deux premiers segments de Scolopendra montions A, vus ou dessus ; B vus en dessous; I, première paire de pattes ou pattesmachoircs; 2, deux.eme paire de pattes ou crochets à venin ; 3, première paire de pattes ambulatoires.

Cet appareil se compose d'une glande étroite et allongée qui occupe la moitié distale de l'article basilaire de la forcipulè

404 CLASSE DES MYRIAPQDÉS.

et toute la longueur de l'article terminal; elle remonte ainsi le long du bord externe, puis vient déboucher au fond d'un étroit sillon dont la forcipule est marquée à l'extrémité de sa face supérieure; ce sillon favorise l'introduction du venin dans la plaie produite par la forcipule. La glande n'occupe qu'une faible partie de cette dernière; elle est dépourvue de paroi musculaire propre, mais est complètement entourée de masses musculaires, qui, lorsque l'animal cherche à mordre, la compriment assez pour expulser son produit.

La glande à venin est un simple tube, limité par une tunique propre, homogène, en dedans de laquelle se voit une couche unique de très longues cellules rayonnant autour du canal excréteur. Celui-ci occupe l'axe de l'organe; il est cylindrique, chitineux et offre des épaississements spiraloïdes analogues à ceux de la paroi des trachées. Sa surface entière est criblée de petits orifices circulaires donnant accès dans de petits tubes claviformes ou coniques, à paroi chitineuse, dans chacun desquels vient s'engager le canal effilé qui résulte de l'allongement de la cellule sécrétoire.

L'étude physiologique du venin des Chilopodes est encore à faire, mais l'action nocive de ce venin est incontestable. B. d'Hers, Sébastiany,Soulié et Bachelier ont rapporté des observations remarquables d'envenimation par piqûre de Se. morsilans, accident qu'il n'est point rare d'observer dans le Midi de la France et dans le Nord de l'Afrique.

Le cas de Worbe, cité par Gervais et van Beneden, se rapporte vraisemblablement à une Scolopendre du Sénégal, car, suivant Carrade, ces animaux sont communs en ce pays et sont très redoutés : leur piqûre est douloureuse et détermine un état fébrile avec quelques accidents nerveux. Le marquis de Compiègne a vu également au Gabon des Heterostoma dont la piqûre donnait une fièvre ardente.

D'autres espèces, dont quelques-unes ont jusqu'à 23 centimètres de longueur (Scolopendra giganlea), vivent encore dans les régions chaudes de l'Asie et de l'Amérique, notamment aux Antilles : leur piqûre est redoutée à l'égal de celle des Scorpions. Curtis a décrit les accidents occasionnés par Sèutigera {Cermatia) forceps, grand Myriapode qui se rencontre jusque dans le Nord des États-Unis; le groupe auquel il appartient est re-

onnnE pes ciiilopoûbs.

/.or

présenté chez nous par Seul. CQleoptvala (fig. 034), dont la piqûre, suivant U. d'IIers, lue une Mouche instantanément. Mougeot rapporte le cas d'un olïicier, en garnison à Cayenne, qui avala une Scolopendre en buvant dans une cruche : l'animal s'attacha fortement à son pharynx et ne put être extrait que par morceaux; une énorme tuméfaction se produisit et il se déclara des accidents nerveux qui causèrent la mort du malade au hout de peu de temps.

Le tube digestif parcourt en ligne droite toute la longueur du corps. L'œsophage est cylindrique et est accompagné de deux paires de glandes salivaircs qui viennent s'ouvrir dans la bouche. L'estomac est long et large, d'aspect ovoïde :

il est couvert extérieurement de courts tubes glandulaires qui déversent leur produit dans sa cavité. L'intestin est bosselé à sa surface; à son extrémité déboutent deux tubes de Mulpiyhi, longues glandes tubulaires et grêles, jouant le rôle d'organe d'excrétion.

Le rectum, court et large, débouche à l'exlrémité postérieure du corps.

Le cœur ou vaisseau dorsal s'étend tout le long du corps : il est divisé' en chambres ou ventriculites en nombre égal à celui des somiles; il est animé de pulsations rythmiques et rattaché à la paroi dorsale par des muscles aliformes.

Chaque venlriculite est percé de deux boutonnières supérieures et latérales, par lesquelles le sang passe de la cavité générale à son intérieur; il émet d'autre part deux

^Saaltr,îe8' QUi V°nt SC dislribuer a«* organes de l'anneau cor-

ÏSÏÏÎu.'i" ventnculite anl6rieur se prolonge C" u"e ^ V*

brades oui *™r d°nné naiSSanC6' dèS SOn orlV"e> à

SXr ^T^"1^8 de ^"Phagc, constituant ainsi un collier vascula.re pér.œsophagien. De celle réunion résulte

Fig. 034.'— Scutigera coleôptrala, île grandeur naturelle.

une artère slernule récurrente, qui se porte en arrière, le long de la lace ventrale, et fournit à chaque anneuu deux urlôres pédieuses. Le sang qui vient de baigner les organes s'accumule dans la cavité générale et se rassemble surtout dans un sinus qui, comme chez les llirudiuées, entoure complètement la chaîne ganglionnaire ventrale.

Les stigmates sont percés de deux en deux segments, dans la membrane qui unit les arceaux dorsal et ventral ; ils ont la forme de • boutonnières cl conduisent l'air dans un canal longitudinal, qui le distribue à son tour dans tous les organes.

Le système nerveux est très analogue à celui des Annélides :

la chaîne ventrale, dont les deux moitiés sont étroitement soudées, parcourt toute la longueur du corps et se renfle, au niveau de chaque somile, en un ganglion d'où partent quatre paires nerveuses ; deux paires se rendent aux muscles, une autre aux pieds, la dernière aux stigmates.

Les deux ganglions cérébroïdes (fig. 635, 6) représentent un cerveau bilobé, d'où partent les deux nerfs antennaires, a, et les deux nerfsjopliques, c, qui aboutissent à l'œil, d. Le cerveau émet d'au-

Fig. C35. — Système nerveux stoniatogastrique d'un Myriapode, d'après Newport. — a, nerf antennaire ; b, ganglions cérébroïdes; c, nerf optique; d, épanouissement du nerf optique ; e, nerf reliant le cerveau au ganglion frontal, /'; g, collier œsopbagien ; h, ganglion sous-œsophagien ; i, premier ganglion du nerf récurrent; k, nerf récurrent, ou viscéral; l, nerf vague; m, ganglions viscéraux reliés au cerveau par le connectif, n ; o, deuxième ganglion du nerf viscéral .

Ire part deux commissures, g, qui contournent l'œsophage et aboutissent au ganglion sousœsophagien, h, point de départ de la chaîne ventrale. Il donne encore naissance, par son bord antérieur, à un système viscéral ou stomato-gastrique analogue à celui des Insecles et comparable au système nerveux grand sympathique des Vertébrés. Les deux racines, e, se rejoignent sur la ligne médiane et forment un ganglion frontal, f, qui donne naissance à tout le système. Celui-ci comprend un nerf récurrent ou viscéral impair, k, pourvu de deux ganglions, i, o, et se prolongeant sur l'œsophage par le nerf vague, l. Il comprend en outre deux groupes de ganglions latéraux, m, réunis

MIMIK DES cnii.oponEs.

Fig. G3G. — . Organes màlcs de Scolo- Fig. G37. — Organes femelles de

pendra complunata, d'après Fabrc.

— bs, bourse des spormatopliores ; cd, canal déférent ; gl, glandes accessoires; /, utricules testiculairos ; vs, vésicule séminale.

Scolopendra complanata, d'après Fabrc. — gl, glandes accessoires î l, réservoir séminal ; ocl, oviducto ; OU, ovaire.

au cerveau par deux conncctil's, n, el au ganglion médian, o, par un autre coiïneclif.

L'appareil génital màle((ig. 63C) consiste en un canal déférent, cd, long et sinueux, auquel sont appendues 12 paires d'utricules testiculaires, t. Il est suivi d'un tube élargi, fis, dans lequel se forment les spermalophores, puis d'un canal ôjaciilateur rectiligne, qui s'ouvre à l'extrémité postérieure du corps. Dans ce canal se jettent deux paires de glandes accessoires, gl; une vésicule séminale, vs, disposée en anse, s'y ouvre également par ses deux bouts. Il n'y a pas d'organe copulaleur; on ignore comment les spermalophores sont introduits dans l'organe Ternelle.

Ce dernier (fig. 637) se compose d'un long ovaire, ou, suivi d'un oviducte, od, qui aboutit également à l'extrémité postérieure et dans lequel se jettent encore deux glandes accessoires, gl, et deux réservoirs séminaux, l.

Le développement est mal connu : les Scolopendres sont vivipares et donnent naissance à des petits ayant déjà tous leurs membres.

B. d'Hers, Thèse zoologico-méd/eale. Venins. Thèse de Montpellier, 1843. Sébastiany, Piqûre de la Scolopendre mordante. Gazette des hôpitaux, p. 7G3, 1870.

J. Curtis, The Myriapod Cennatia poisonous. American Naturalist, VIII, p. 3G8, 1874.

Mia de Compiègne, L'Afrique équntnriale. Paris, 1875. Voir p. 51.

J. Mac Leod, Recherches sur F appareil venimeux des Myriapodes chitopodes. Bull, do l'Acad. de Belgique, (2), XLIV, 1878.

Fr. Meinert, Capul Scolopendre : the head of the Scolopendra aud its >hu.iculàr System. Copenhague, 1883.

H. Soulic, Appareil venimeux et venin de la Scolopendre. Esquisse analomique, physiologique et pathologique. Thèse de Montpellier, 1885.

L.-R.-E. Carrade, Contribution à la géographie médicale. Le poste de Podor [Sénégal). Thèse de Bordeaux, u" 55, 1885-G.

L. Bachelier, La Scolopendre et sa piqûre. Des accidents qu'elle détermine chez l'Homme. Thèse de Paris, 1887.

Les Ghilopodes sont tous 'carnassiers ; ils se nourrissen t d'Insecles el d'autres petits animaux. En outre de la famille des Scolopendrides [Scolopendra, Crijptvps, Hcterostoma, etc.), il convient de mentionner la famille des Géophilides [Geophilui, Orya> Scolioplanes, Himantarium), qui comprend des formes aveugles; les anneaux sont tous égaux et portent chacun une paire de stigmates; les antennes sont rnrmces de 14 articles, le tarse est uniarliculé.

Les Géophilides sont les seuls Myriapodes chez lesquels on ait observé la phosphorescence : on ne la connaît d'une façon certaine que chez quelques espèces d'Europe {Geophilus simplex, <>• longicornis, Scolioplanes cmssipes). Nous l'avons, observée aussi chez On/a barbarica, du Nord de l'Afrique, el Gazagnaire a reconnu sur celle môme

onnnrc ors omf.oponEs. 409

espèce que lu luminosité est duc à une substance jaunâtre, visqueuse, d'une odeur spéciale et émettant des vapeurs qui irritent la conjonctive. Celle substance est répandue à la face ventrale du corps par des pores aisément reconnaissables à la loupe sur la lame sternale et sur les lames antérieure el postérieure des épisternilcs de chaque somite. Les glandes qui la sécrètent ne sont pas sans analogie avec les foramina repugnatoria des Chilognathes. La luminosité s'observe dans les deux sexes.

Les Lithobiides (lig. 038), se rapprochent des Chilognathes en ce que, chez eux, la coalescence des anneaux deux à deux ne s'est faite que très incomplètement : ils présentent 9 grands arceaux dorsaux et (i plus petits. Ces derniers correspondent au somite antérieur, destiné a disparaître; ils sont néanmoins pourvus d'une paire de

Fig. G38. — Lithobius forflcatus.

pattes, moins développées que celles des grands arceaux. Henicops n'a qu'un seul ocelle de chaque côté, Lithobius en a un grand nombre. Comme chez les Chilognates, le jeune animal sort de l'œuf avec 3 paires de pattes.

Les Sculigérides ou Schizotarscs (fig. 634) ont les antennes plus longues que le corps ; les pattes, à tarse biarticulé, augmentent de longueur d avant en arrière. Les ocelles se groupent en si grand nombre, que leur reunion constitue de véritables yeux composés.

On connaît un assez grand nombre de cas de pseudo-paras.t.sme des Myriapodes chez l'Homme; presque tous se rapportent à des Géophiles. Si parfois ce pseudo-parasitisme n'est pas douteux, il est d'autres circonstances dans lesquelles il n est qu apparent et où il faut l'attribuer soit à des supercheries de la pari d'hystériques, soit à de simples erreur,

410 CLASSÉ DBS MYniAPOnRS.

d'observation. Nous ne citerons ici que quelques cas typiques, renvoyant pour plus de détails au mémoire de Ticdemann et à la note de Giard. .

Cas de Littrc, 1708. - Une femme de irenle-six ans éprouve un violent mal de léte, qui persiste pendant 4 années : elle rejette alors en se mouchant un Myriapode, qui semble s'être logé dans le sinus frontal droit.

Cas de KercMng, 1717. - Une femme éprouve des maux de tête de la toux et de l'oppression. En se mouchant, elle expulse un Géophile.

Cas de Sandifort, 1789. - Une jeune fille est depuis longtemps tourmentée par des maux de tête; elle en est débarrassée après avoir évacué un Myriapode en se mouchant.

Cas de Blumenbach, 1807. - Une jeune femme souffre depuis un an d'une céphalalgie intolérable; elle en est guérie après avoir rendu, en se mouchant, une grande quantité de mucus avec un Geophilus longicornis (Scoîopendra electrica L.) vivant.

Cas de Scoulelten, 1827. — Une femme de vingt-huit ans, fermière aux environs de Metz, ressent dans les narines un fourmillement très incommode, accompagné d'une abondante sécrétion muqueuse. Au bout de quelques mois, de fréquents maux de tête viennent s'ajouter à ces symptômes; les maux de tôle se renouvellent par accès, sans avoir rien de régulier dans leur retour ni dans leur durée; les narines laissent écouler des mucosités sanguinolentes, à odeur fétide. Les douleurs sont parfois tellement atroces, que la malade croit elre frappée d'un coup de marteau et qu'on lui perfore le crâne. Après une année de souffrances, elle expulse un G. longicornis et se sent définitivement guérie.

Cas de Lcfévre, 1833. — La femme d'un peintre en bâtiments, demeurant à Paris, ressent depuis plusieurs années de violents maux de lôte, principalement dans la région des sinus frontaux, où elle assure sentir un être vivant se mouvoir. Elle sent bientôt que ce corps étranger se fixe vers un œil ; « après des douleurs atroces, ce dernier cessa bientôt ses fonctions. L'autre œil lut ensuite attaqué; enfin, au bout de plusieurs années de souffrances continues, qui privaient la malade de tout sommeil, ce corps étranger mouvant lui parut se fixer entre les deux yeux; de vives démangeaisons, accompagnées de fréquentes envies d'éternuer, se manifestèrent et un malin, après avoir éternué à plusieurs reprises et rendu quelques gouttelettes de sang, elle sentit couler avec ce dernier, comme un petit Ver qu'elle recueillit dans son mouchoir ; c 'était une Scolopendre de la longueur de deux pouces environ et de la grosseur d'un très

on nn k nr.s ciiilopoors.

gros fil. Dès cet inslanl, les douleurs cessèrent, lu malade recouvra le sommeil, et éprouva un bien-être général dont elle n'avait pas joui depuis tant d'années. » Il s'agit, ici encore, d'un Géophile.

Cas de Laboulbcne, 1807. — Une jeune fille assure avoir vomi un G. longicomis. Laboulbène pense que cet animal était tombé par hasard dans le vase contenant les déjections.

Cas de J.-J. Le Roy, 1878. — Le D* W. F. Biichner, de Deventer (Hollande), apporte à Le Roy deux G. similis, longs de 55 et 60 millimètres et pourvus de 55 paires de pattes; un jeune Homme de dixsept ans les avait rendus par la bouche. Depuis plus d'un an, le malade éprouvait des vertiges; pendant les 3 ou 4 derniers mois, il se plaignait surtout de maux île télé. Un jour, pendant le déjeuner, il fut pris d'un accès de toux et rejeta un premier Myriapode; le lendemain, il expulsa le second dans les mêmes circonstances. Le Roy ajoute que G. similis n'est pas rare à Deventer; on l'a rencontré plusieurs fois pendant l'hiver dans la literie et les couvertures, ce qui permet de supposer comment il a pu pénétrer dans l'organisme humain.

Cas de Giard, 1880. — Giard signale deux cas bien authentiques de la présence de Géophiles dans les fosses nasales de l'Homme.

Littre, Histoire de l'Académie des sciences, p. 42, 1 708.

Th. A. Kerckring, Opéra omnia. Lugduni Batavorum, 1717. Voir p. 97.

Ed. Sandifort, Observaliones anatomo-pathologicx . Lugduni Batavorum 1789. Voir lib. III, p. 123.

F. Blumenbacb, Gescliichte und Beschreibung der Knocben. Gdttineon 1807. Voir p. 113.

Scoutetten, Hémicrdnie due A laprése?ice d'une Scolopendre dans les sinus frontaux. Comptes rendus des travaux de l'Acad. des se. méd. de Metz, 1827. Al. Lefèvre. Annales de la Soc. entoraol. do France, II, 1833. Bulletin'

p. LXVI. '

Fr. Tiedemann, Von lebenden Wûrmern und Insecten in den Geruchs- Organen des Menschen. Gesellschalt fur IVatur- und Heilkunde, 24 mai 1844

Al. Laboulbcne, Sur un Geophilus electricus trouvé dans le corps humain Ann. de la Soc. entomol. de France, (4), VII, 1807. Bulletin, p. lxxxix.

Du Moulin, Accidents morbides produits par la présence d'un Lithobie dans la cavité rétropharyngienne. Bull, de la Soc. méd. de Gand, p. 454, 1870

J.-J. Le Roy, Mededeeling over Arthronomalus similis Newp. Tiîdschrirt der nederl. dierkundigeVereeniging, III, p. ii9, 1878.

„ k'?{mKï0te Sw' l'exis^nce temporaire de Mgriapodes dans les fosses nasales de l Homme, suivie de quelques réflexions sur le parasitisme indicatif. Bull, scientaf. du département du Nord, (2), III, p. 1 , 1880 (n'a pas été achevé).

deU> 1 1 V \ Z° m.CaS° diPresen™ di nette cavilà nosali

dell uomo G.ornale délia r. Accad. di med. di Torino, XXXII, p. 319, 1884.

,,v Sïï? 0lbsermllon «ardents morbides produits par la présence de Muuapodes chez un jeune garçon. Arch, méd. belges, (3), XXVIII, p. 381, 18sL J. Gazagna.re, La phosphorescence chez les Myriapodes. Bull, de la Soc znol. de France, XIII, p. 182, 1888. C'

Blanc,lîll'd. l'scudo-parasiles. Diction n. encyclop. dos se. méd., 1889. .

CLASSE nrcs MYRIAPODES.

ORDRE DES SYMPHYLES

Col ordre a élé constitué par ltyder pour le seul genre Scolopendrella I'. Gervais, dont les caractères sont nettement inlermédiaires entre ceux des Myriapodes et ceux des Insectes. Se. notacantha Cervais vit en France, Se. iinmaculata Newporl en Anglelerre el eu Allemagun, Se. miencolpa Mulir en Rohôme; Se. americana Packard se trouve dans le Massachusetts.

La lôle est construite sur le même plan que celle de certains Thysanoures [Campodea) ; elle possède des mandibules, des maxilles, un labre, un labium et des antennes formées de 14 à 28 articles. Le corps comprend 13 segments, sans compter la tôle : il y a 12 paires de pattes à 5 articles, terminées par deux grifl'es. Chaque patte, sauf celles de la première paire, a son article basilaire muni de deux éperons coxaux et d'une glande coxale.

L'intestin est rectiligne et pourvu de deux longs tubes de Malpigbi. L'appareil respiratoire est formé d'une série de tubes trachéens arques, dépourvus de filament spiral et naissant de stigmates percés à la face ventrale, en dedans des pattes. L'orifice génital se voit, dans les deux sexes, sur le troisième ou le quatrième anneau du corps.

J.-A. Ryder, Scolopendrella as the type of a new order of Articulâtes [Symphyla). American Naturalist, XIV, p. 375, 1880. — ld., The structure, a/'/inilies timl species of Scolopendrella. Prococd. Acad. nat. se. of Pliiladelpliia, p. 79, 1881.

A. -S. Packard jr, Scolopendrella and Us position in nature. Amer. Naturalist, XV, p. 698, 1881.

.T. Wood-Mason, Notes on the structure, postembryonic developmenl ami systemalic position of Scolopendrella. Aimais and magasin ofnat. liistory, 5 , XII, p. :'>3, 18S3.

B. Grassi, / progenitori der/li Inselti edei Miriapodi. Morfologià délie Scolopendrelle. Atti dell' Accad. dollo scienze di Torino, XXI, p. 48, 188G.

Les rapports des Myriapodes avec les Onychophores sont évidents; par l'intermédiaire de ceux-ci, ils se rattachent non moins sûrement aux Chélopodes. 11 est donc vraisemblable que les Chélopodes et les Myriapodes dérivent d'une souche commune; la séparation de ces derniers s'est faite de très bonne heure, car on les trouve déjà nettement différenciés dans le carbonifère [Xylubius sigillariac Dawson, Mus eonslans Fritsch). Mais avant de se constituer définitivement, lé pfcylum des Myriapodes s'est lui-môme bifurqué, dès les premiers âges de la période carbonifère, pour donner naissance aux Insectes. La transition s'est faite sans doute par des Tonnes telles que Scolopendrella, qui en est le dernier survivant.

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