‹ Traité de zoologie médicale [electronic resource]Chapitre 4 sur 86 · FI LA NIA OCULI 1IUMANI · texte numérisé non relu

FI LA NIA OCULI 1IUMANI

que, quinze jours auparavant et sans cause appréciable, son œil gauche s'était obscurci, comme s'il renfermait un Lombric; il n'éprouvait du reste aucune douleur, mais souffrait d'une légère amblyopie. A l'aide de l'ophlhalmoscope, Fernandez reconnut de l'opacité du corps vitré et vit un petit animal traverser d'un mouvement ondulatoire l'épaisseur de celui-ci. Le patient fut examiné de nouveau les jours suivants, et tantôt le parasite était visible, tantôt il échappait au contraire aux investigations. Des frictions à l'onguent mercuriel belladoné rendirent la vision normale.

Que penser maintenant des faits rapportés par Chiralt et Piccirilli, ainsi que d'une seconde observation de Santos Fernandez? Il nous est malheureusement impossible d'en rien dire, les mémoires originaux ne s'étant point trouvés à notre disposition.

Des Filaires, disons-nous, ont encore ét<: trouvées dans la chambre postérieure de l'œil de divers animaux : chez le Chien et chez le Faucon {Falco lagopus) par Gescheidt ; chez la Gélinotle [Tetrao bonasia), l'Eglefin (Gadus xglcfinus) el la Grenouille par von Nordmann, etc.

On n'a encore qu'une seule observation de Filaire dans la chambre antérieure de l'œil de l'Homme : elle est due à Barkan, de San Francisco. Celui-ci vit chez un Homme de trente ans, originaire d'Adélaïde (Australie), et arrivé depuis peu en Californie, un corps étranger filiforme et blanchâtre, qui adhérait à la partie inférieure de l'iris. Ce corps ne remuait pas et gardait toujours la môme situation; le patient n'en souffrait pas et n'en soupçonnait môme pas la présence. Barkan en fit néanmoins l'extraction et crut y reconnaître une Filaire de Médine, détermination que vint confirmer l'examen microscopique pratiqué par H. Knapp, de New- York.

On connaît, en revanche, un très grand nombre de cas où des Filaires vivantes ont pu être observées dans l'humeur aqueuse de divers animaux. Von Nordmann en a signalé sous le nom d'Oxyuris velocissima (I) dans l'œil de la Perche, mais c'est surtout chez les Mammifères que ces observations sont nombreuses, particulièrement chez le Bœuf et le Cheval. Ce dernier est remarquable entre tous à cet égard :

le fait a été constaté un certain nombre de Fig. 389. FUariu lois en brance et en Amérique, mais nulle equina. part il ne semble ôtre aussi habituel que

dans les Indes. Le parasite dont il s'agit ici est connu sous le nom de Filnria equina Abildgaard (F. papillosa Budolphi) (fig. 389).

ekllns600^1 * reCOnnu qu,il s'a6issa't <c' de l'embryon de Cucullanus

8 ORDRE DES NÉMATODES.

En résumant tous ces fails, on voit que les Vers observés dans l'œil de l'Homme ont présenté, dans les cas où les mesures en ont été données, des dimensions qu'indique le tableau suivant :

Cas de von Nordmann. i }° f\. do ^'6ne' soit 'ram-72 ( 2° 5 lignes et demie 12 ,C

Cas do Goscl.eidt j î° ***** 4 •58

( 2° 3/i do ligne 1 ,72

Cas de Fano (?) 7

La taille du parasite oscillerait donc entre lmm,70 et 12 millimètres, autant qu'on en peut juger d'après les observations actuelles. Cette différence du simple au décuple indique déjà qu'il s'agit dans tous ces faits d'individus arrivés à divers états d'évolution ; elle permet aussi de se demander si on a bien eu toujours affaire à une seule et même espèce, en d'autres termes si l'espèce Filaria oculi humani est valable. La question ne saurait être tranchée, car, ainsi que l'a montré Kiichenmeister, et quoi qu'en aient dit von Nordmann et Gescheidt, aucun des individus examinés jusqu'à ce jour n'était parvenu à l'état adulte: il s'agissait dans tous les cas de larves plus ou moins jeunes, dont les caractères incertains ne permettent pas de tracer la diagnose spécifique; celle qu'a proposée Diesing ne sau • rait donc être admise. 11 est probable en effet que les « cotylédons » ou corpuscules de couleur sombre que von Nordmann décrit comme remplissant l'utérus et comme disposés autour de l'intestin, ne représentent pas autre chose que l'épilhélium intestinal desquamé.

La provenance de ces parasites est encore inconnue, mais, en tenant compte des faits analogues qui nous sont mieux connus, on est en droit de supposer qu'ils ont été amenés dans le tube digestif, soit à l'état d'œufs, soit à l'état de jeunes larves, et qu'ils ont ensuite été conduits jusque dans l'œil par les vaisseaux sanguins. S'il en est ainsi, ces parasites devront se rencontrer aussi en d'autres points de l'organisme. En ce qui concerne l'Homme, ce n'est encore là qu'une simple conjecture, mais le fait semble être démontré chez le Cbeval : bon nombre d'auteurs qui ont signalé Filaria equina dans l'œil de ce Solipède ont également rencontré en diverses régions du corps des Nématodes qui lui étaient tout à fait semblables; Cobbold notamment a reconnu chez le Cheval la présence simultanée de Filaires dans l'œil et dans le sang.

On n'est pas mieux fixé sur la valeur.palhogénique de la Filaire de l'œil que sur sa provenance, au moins chez l'Homme. Dans les cas rapportés par Schôler, Quadri, Fano et Barkan, l'œil semble n'avoir été le siège d'aucune lésion; dans ceux de von Nordmann et de Cescheidt, le cristallin était atteint de cataracte, et c'est précisément

F1LARIA OCULI I1UMANI. 9

dans son inlérieur que se Irouvaient les parasites. Faut-il considérer ceux-ci comme étant la cause de la maladie? Nous ne le pensons pas, car, dans la grande majorité des cas de cataracte, on chercherait vainement des Kilaires; d'autre part, il esL des circonstances dans lesquelles les parasites ne s'observent que d'un seul côté, bien que la cataracte soit bilatérale.

Ce n'est pas à dire pourtant que la présence de Vers dans les milieux de l'œil ne puisse amener des accidents plus ou moins graves : ce qui se constate chez les animaux peut tout aussi bien se rencontrer chez l'Homme. Chez les Perches, dont le cristallin renferme fréquemment des parasites, Gescheidt a vu le plus ordinairement les couches superficielles de la lentille devenir troubles et plus ou moins opaques et quelquefois aussi la cristalloïde se troubler ellemême. Filaria cquina peut produire de graves altérations dans la chambre antérieure du Cheval et du Bœuf, mais surtout du premier. Si le Ver ne quitte pas l'humeur aqueuse et n'y exécute que des mouvements lents, l'inflammation est médiocre; mais ordinairement elle s'aggrave considérablement et s'étend au globe oculaire, à la conjonctive et aux paupières. La cornée et l'humeur aqueuse se troublent; du pus s'accumule entre les lamelles de la cornée et dans la chambre antérieure, le cristallin et l'iris se détruisent, et finalement l'œil est entièrement perdu.

Al. von Nordmann, Mikrographische Deitrùge zur Naturgeschichte der wir/jellosen Thiere. Berlin, in-4°, 1832. — ld., Sur les helminthes dans l'œil des anitnaux supérieurs. Archives de méd. comparée, I, p. 67, 1843.

Grœfo. Journal fur Chirurgie und Augenheilkuude, III, 1822.

Gescheidt, Die Entozoen des Auges. Eine naturkistorische, ophlhalmonosologische Slcizze. Zeitschr. fur Ophilialmologie, 111, p. -405, 1833. Voir p. 420 et 435.

P. Rayer, Noie additionnelle sur les Vers observés dans l'œil ou dans l'orbite des animaux vertébrés. Arch. de méd. comp., I, p. 113, 1843.

Quadri, Compte rendu du Congrès oplithalmologique de Bruxelles, par Warlomont. Paris, 1858. Voir p. 153.

Sicliel père. Ibidem, p. 155.

Macnamara, On Fitaria papillosa in the eye of man of and the horse. Indian ann. med. se, 1864.

Fano, Observation de Filaire vivante du corps vitré. Union med . (3). V p. 389, 1868. '

J. Butler llamilton, Observations on the power that round worms (Nematelmia) possess lo penetrate the (issues of the bodij. Indian med. Gazette, lst may 1871.

J. Hirschbcrg, Trichinen im Auge? Doutsche Zeitschr. f. prakt. Medicin, n° 49, 1875.

Schôler, Eine lebende Triclmie im Glashorper. Berliner klin. Woch., XII. p. 682, 1875. — Id., Entozoon {Trichosomum) im Gtaskiirper. Ibidem, XIII, ?„,,' 18lG- Jallresber. der f.ulier Evers'schen Augenklinik in Berlin, p. 39,

10 ORDRE DES NÉMATODES.

A. Barkan, A case of Filaria mèdinensis in the anterior chafnber. Archives of ophthalroology and otology, V, p. 15, 187C. - Id., Eîn Fall von Filaria m (1er vorderen Augenkammer. Archiv fui' Augen- und Ohrcnlieilkunde, V p. 381, I8ÎG.

Bayer, Fadenwiirmer im Schapparate. OEsterr. Viertelialirsschrift, XLIX p. US, 130 et 135, 1878.

Turnbnlt. Med. and surg. Reporter, oct. 1878.

V. Chiralt, Sobre un caso de Filaria oculi. Actas de la sesion del Congreso régional de ciencias medicas, 1870. Càdiz, 1882. Voir p. 473.

L. Piccirilli, Dell' elmentiusi oflalmica. Indipendonte. Torino. XXX, p. 4?5 1880. 1

J. Santos Fernandez, Fi/aria en el caerpo vilreo. Crônica medico-quirurgica do laHabana, V, p. 43G, 1880; VIII, p. 116, 1882.

Filaria Loa Guyot, 1778.

Synonymie : Filaria lacrymalis Dubini, 1850 (nec Gurlt, 1811). Draeuneulus oculi Diesing, 18G0.

Filaria oculi Gervais et van Beneden, 1859 (nec von Nordmann, 183;').

Draeuneulus Loa Cobbold, 18G4.

Le Loa est un Ver long de 16 à 70 millimètres (1), mais le plus souvent de 30 à 40 millimètres; il est fin comme une corde de violon, effilé à un bout, obtus à l'autre ; l'extrémité épaissie semble être l'antérieure; elle présente une bouche proéminente, en forme de papille, inerme. L'intestin semble être rectiligue ; on ignore encore la situation de l'anus. Les champs latéraux ont une largeur et une hauteur considérables et sont séparés l'un de l'autre par 1 8 à 20 faisceaux musculaires creusés en gouttière. Le tube génital renferme des œufs mesurant 33 [/. sur 23 p. et contenant déjà des embryons.

Tels sont les seuls détails anatomiques que l'on ait encore sur le Loa : on les doit à Leuckart et à Leidy. On ignore les migrations de ce parasite et on ne sait pas davantage si les individus de petite taille, vus par Nassau, Bajon, Lestrille, Guyot eL d'autres, ne seraient pas les mâles.

Ce parasite se loge entre la conjonctive et le globe oculaire; il se déplace aulour de l'œil et peut aussi se retirer plus ou moins profondément dans l'orbite. Blot l'a vu, chez une jeune négresse de la Martinique, passer d'un œil à l'autre, en rampant sous la peau de la racine du nez. Nassau, missionnaire au Gabon, a eu fréquemment l'occasion de l'observer : le Ver ne se montre pas seulement sous la

(1) Guyon a présenté à l'Académie des sciences, en 18Gi, un Ver extrait de l'œil d'un nègre du Gabon et long do 150 millimètres : c'était sans doute un parasite autre que le Loa, peut-6tro Filaria inermis, comme Grassi est «nclin à l'admettre.

FILARIA LOA.

Conjonctive, mais encore en divers autres points du corps, aux doigts, aux paupières.

Quand le Loa manifeste sa présence, au dire de Nassau, la peau se tuméfie, se tend, devient chaude, mais non enflammée et est le siège de violentes démangeaisons. On ne peut s'empêcher de se gratter l'œil ou la main. La tuméfaction augmente de plus en plus, les yeux pleurent involontairement et finissent par s'enflammer, mais l'inflammation ne serait occasionnée que par le frottement. Dans l'œil, et suivant la ligne qu'occupe le parasite, on éprouve à de courts intervalles des douleurs soudaines, comme des névralgies. La sensation continue de tension et de démangeaison est vraiment insupportable ; la douleur est surtout vive pendant la nuit. Ces symptômes ne durent pas plus de deux ou trois jours et cessent toujours sans traitement; le Ver peut alors rester deux semaines sans manifester sa présence.

La manière dont le Loa pénètre chez l'Homme est encore ignorée. Ce qu'on sait de certains autres parasites, tels que la Pilaire de Médine, nous autorise à penser qu'il est introduit dans l'organisme à l'état de larve, avec l'eau de boisson ; il devient adulte dans l'intestin et les mâles ne survivent pas à l'accouplement. Les femelles fécondées pénètrent au contraire dans l'intimité des organes et viennent ramper sous la peau au bout d'un temps plus ou moins long, lorsqu'elles sont arrivées à maturité sexuelle et que le moment de la ponte est venu; il est probable qu'elles sont ovovivipares.

Le parasitisme du Loa est de longue durée, comme en témoignent les observations faites autrefois en Amérique sur des nègres amenés de la côte d'Afrique : le transport des esclaves se faisait au moyen de navires à voile, auxquels il fallait, plusieurs semaines et même plusieurs mois pour accomplir la traversée; la négresse vue par Roulin à Monpox était en Amérique depuis cinq à six ans. Les nègres de la côte d'Angola savent du reste que le Ver se montre et disparaît tour à tour pendant un temps assez long, puis disparaît à tout jamais, sans que rien n'indique son expulsion.

Ce Ver est particulier à la côte occidentale d'Afrique : on le trouve en Guinée, à la côte d'Angola, au Gabon, à l'Ogooué, au Congo; les indigènes de celte dernière région lui donnent le nom de Loa. On peut fixer approximativement son aire de distribution en disant qu'il est endémique depuis l'équaleur ou quelques degrés au-dessus jusqu'au 10e degré de latitude sud; on ignore encore jusqu'à quelle distance il pénètre dans les terres. Il a été tout d'abord rencontré à Cayenne par Hajon, puis a été revu à Saint-Domingue par Mongin, Mercier et de Lassus, et dans d'autres parties de l'Amérique par divers observateurs. Toutefois, le Loa n'est point originaire d'Amé-

ORDRE DES NÉMATODES.

rique et il ne s'y est point acclimaté : on ne l'y a jamais vu que chez des nègres venus récemment d'Afrique, et il y est inconnu depuis l'abolition de la traite des esclaves.

Ce Ver a été confondu par Bajon et par Kuchenmeister avec la Filaire de Médine ; au contraire, Guyot, Blot, van Beneden et Nassau le considèrent comme une espèce particulière; en trouvant ses embryons déjà formés dans l'œuf utérin, Leuckart est venu donner une démonstration anatomique de ce fait, déjà prouvé par la distribution géographique: en effet, la Pilaire de Médine est totalement inconnue dans les pays où se rencontre le Loa.

Mongin, Observations sur un Ver trouvé dans la conjonctive, à Mariborou, isle Saint-Domingue. Journal de méd., XJiXII, p. 338, 1770.

Bajon, Mémoires pour servir à l'histoire de Cayenne et de la Guyane française. Voir 1, p. 325. — Reproduit par J. N. Arrachart, Mémoires, disserlatio?is et observations de chirurgie. Paris, 1805. — Mémoire sur /es Vers des yeux, lu à l'Acad. do chirurgie en 1778, p. 217.

De Lassus, cité par D. J. Larrey, Mémoires de chirurgie militaire et campagnes. Paris, 1812. Voir I, p. 22!.

Roulin, Dragonneau. Arcli. gén. de méd., XXX, p. 573, 1832. — Cette observation est à tort attribuée à Clot-Bey.

Guyon, Note sur des Vers observés entre la sclérotique et la conjonctive, chez une négresse de Guinée, habitant la Martinique. Comptes rendus de l'Acad. des sciences, MI, p. 755, 1838. — ld., i\ole sur un Ver trouvé dans le tissu cellulaire sous-conjonctival. Gazette méd., p. 10G, 1841. — Id., Sur un nouveau cas de Pilaire suus-conjonctival ou Filaria oculi des auteurs observé au Gubou. Comptes-rendus de l'Acad. des se, LIX, p. 74:3, 1SG4.

VV. Loncy, Extirpation of Dracunculi from the eye. The Lancet, I, p. 309,

J. F. X. Sigaud, Du climat et des maladies du Brésil. Paris, 1844. Voir p. 135.

Lallomant, Filaria im Auge eines Negers. Caspcr's Wochenschrift fur die ges. Heilkunde, p. 842, 1844.

Lestrille, cité par Gervais et van Beneden, Zoologie médicale, Paris, 1859. Voir II, p. 143.

Ch. ïrucy, Remarques sur la Pilaire de Médine et en particulier sur son traitement. Thèse de Montpellier, n° 22, 1873. Voir p. 40.

R. Leuckart, Berichl ilber die -miss. Leistungen in der Naturgeschichlc

Arcbiv fur Naturgescbichte, II, p. 5G3, 1877.

Th. G. Morton, Account of a worm (Dracuncidus, or Filaria Loa) removei by a native woman from beneath the conjuncliva of the eue-bail of a negress at Gaboon, VVest-A frica, with a brie f his tory of the parasite and professor Leidy's description oftlie spécimen. Amer. Journal of the mod. se, (2), LXX1V, p. 113, 1877.

H. M. Bachelor, Filaria Loa and Pulex penetrans. New-York med. Record, XIX, p. 47C, 1881. Bull, of the New- York pathol. Soc, (2), I, p. 108, 1881.

R.' Blanchard, La Pilaire sous-conjonctivale (Filaria Loa Guyot). Progrès médical, (2), iv' p. 591 et G 1 1 , 188G.

P1LAJWA I10MINIS OfUS.

Filaria restiformis Leidy, 1880.

Pendant l'hiver de 1876, un laboureur d'environ cinquante ans vint consulter le Dr C. L. Garnett, de BuR'alo, Putnam Go., West Virginia. Ses usines déposaient et il éprouvait une sensation de brûlure pendant et après lamiction. Il avait jusqu'alors été traité pour une blennorrhagie, diagnostic que confirma Garnett. N'obtenant aucun résultat, le malade alla voir d'autres praticiens. En avril 1878, il revînt chez Garnett et lui apporta un Ver rond, d'un rouge vif, bien vivant et animé de mouvements très actifs, qu'il venait de rendre par l'urèthre. Peu de jours auparavant, son urine était devenue laiteuse, puis sanguinolente et mêlée de mucus.

Le Ver fut envoyé à Washington, au Dr J. J. Woodward, àl'Army médical Muséum, puis fut soumis à l'examen du professeur J. Leidy. C'était un Nématode long de 66 centimètres, large en arrière et effilé en avant. La largeur était de 0mm,37o immédiatement en arrière de l'extrémité cépbalique; de 0""n,62o au niveau du commencement de l'intestin ; de lm,î> depuis le milieu de la longueur du corps jusqu'à l'extrémité caudale.

Le corps est long, restiforme, arrondi, lisse, élastique et dépourvu de toute annulation. L'extrémité antérieure est légèrement effilée, arrondie, lisse, sans le moindre appendice (tig. 390, A). L'extrémité postérieure, B, est obtuse et arrondie, incurvée, également dépourvue d'appendices et imperforée, ou du moins l'orifice anal ou génital n'a pas été vu.

La bouche est un simple pore terminal, dépourvu de lèvres, de papilles ou d'armature. L'œsophage, long lm,125 est cylindrique et s'ouvre dans un intestin qui semble se terminer en cul-de-sac. Les organes génitaux n'ont pas été observés.

J. Leidy, On a Filaria reported to have corne fvom a man. Proceodings of tbe Academy ofnatural sciences of Philadelphie, p. 130, 1880.

Filaria hominis oris Leidy, 18o0.

Le professeur J. Leidy (1), de Philadelphie, a décrit sous ce nom, d'après un seul exemplaire conserve dans l'alcool, un parasite éli-

(I) Et non Cobbold, comme le dit Brass.

Fig. 3'JO. — Filaria restiformis, d'après J. Leidy.

— A, extrémité céplialique. B, extrémité caudale. Les lignes diagonales indiquent l'entrecroisement des libres du tégument. Grossies 5 fois.

14 ORDRE DES NÉMATODES.

quelé comme « oblained from the mouth of a child. » C'est un Ver long de 14 centimètres, large deOmm10, filiforme et d'un blanc opaque. La bouche est ronde et simple. L'extrémité postérieure est obtuse et munie d'un crochet cuticulaire court, incurvé, long de 50 p. et large

de 12 jj. à sa base.

Ce Ver, dont la provenance est inconnue, ne saurait être confondu avec Filaria labialis; Leidy se demande si ce ne serait pas une jeune Filaire de Médine mâle, et Leuckart adopte cette opinion: il la croit vraisemblable en raison de la forme de l'extrémité caudale et parceque, dit-il, « la Filaire de Médine paraît être répandue assez loin dans l'Amérique centrale. »

Cette manière de voir nous semble absolument inadmissible. 11 est probable que le Ver décrit par Leidy a été recueilli à Philadelphie môme ou aux environs, contrée où la Filaire de Médine n'a jamais été vue.

Déplus, nous ignorons encore si le mâle de cette espèce est capable de vivre dans l'intérieur des organes, à l'instar de la femelle, en supposant du reste que la Filaire de Leidy ail été extraite de la môme façon que celle de Pane.

J. Leidy, Descriptions of three Filaris. Proceedings of the Pliiladclphia Academy of natural sciences, V, p. 117,

Filaria labialis Pane, 1864.

Fig. 391

— Filaria labialis, grossi six fois.

Ce Nématodc n'a été vu qu'une fois et la description qui en a été donné est très incomplète. Il a été trouvé et décrit par Pane, alors étudiant en médecine à Naples(l); le professeur Panceri en a fait un dessin demi-schématique (fig. 301).

(I) Davaine et Max Braun disent à tort qne ce parasite a été découvert chez un étudiant; c'est par un étudiant qu'il faut lire.

FILARIA LYMI'llATICA.

C'est un Ver mince et long d'environ 30 millimètres. L'extrémité antérieure est eflilée et se termine par une bouche munie de quatre papilles disposées en couronne. L'extrémité postérieure est au conrnire légèrement renflée eu massue; à 0mm,5 au devant d'elle se trouve l'anus; la vulve est située du môme côté que celui-ci et débouche à2mœ,5 plus haut. Elle s'ouvre par un court vagin dans undouble utérus dont les deux branches se dirigent en sens contraire et sont très inégales: l'une d'elles remplit de ses sinuosités la portion antérieure du corps et s'étend jusqu'à 8 millimètres de l'extrémité céphalique; l'autre se dirige en arrière et reste presque rudimenlaire. Celte structure de l'appareil génital et surtout cette situation de la vulve sont exceptionnelles pour une Filaire ; néanmoins, en l'absence du mâle et en face d'une description aussi incomplète, il convient de conserver à ce Ver le nom que lui a donné Pane.

Le Ver fut rencontré chez un individu qui, depuis quelques jours,, éprouvait une sensation de brûlure et de fourmillement àla l'ace interne delà lèvre supérieure et au voisinage de la ligne médiane. En examinant dans une glace l'endroit malade, il remarqua une petite pustule blanche qu'il ouvrit avec la pointe d'une plume d'acier. 11 vit alors, au fond de la petite plaie, un filament blanc qu'il voulut extraire, mais qui se retira vivement sous la muqueuse. Le lendemain, comme la sensation de brûlure et de prurit persistait encore, une nouvelle extraction fut tentée, qui réussit parfaitement.

Pane, Nota su di un elminte nematoïde. Annali dell' Accadeniia degli aspiranti naturalisé. Napoli, (3), IV, 18G4.

Filaria lymphatica Moquin-Tandon, 1860.

Synonymie : Ilamulnria lymphatica Treutler, 1793.

Tentacularia subcompressa Zeder, 1800.

Ilamulnria subcompressa lludulphi, 1810.

Filaria hominis bronchialis Rudolplii, 1819. F. hominis Diesing, 1851.

Slrongylus bronchialis Cobbold, 1879.

Ce Ver a une longueur maximum de 26 millimètres ; il est allongé, arrondi, un peu comprimé latéralement, de couleur noir brunâtre, parsemé en partie de taches blanches, un peu aminci en avant, demitransparent en arrière et recourbé aux deux extrémités après la mort.

L'animalainsiimparfaitemenlcaractériséaété trouvé par Treutler, en 1790, à l'autopsie d'un Homme de vingt-huit ans : il siégeait d'ans les ganglions lymphatiques avoisinant les bronches, ganglions qui se molliraient hypertrophiés la tfile, peu distincte et terminée eu une

OHDUE DES NÉMATODES.

pointe obtuse, portait deux crochets proéminents, mobiles au gré de l'animal (flg. 392). Parla suite, Rudolphi et Bremser ont démontré que Treuller avait pris la queue pour la tôte et les deux spicules sortant du cloaque pour deux crochets Qiamuli) émergeant de la cavité buccale.

Diesing et Weinland ont cru cet helminthe identique à Strongylus longevaginatus ; Kiïchenmeister partagea tout d'abord celte opinion, qu'il abandonna ensuite, mais à laquelle Cobbold est demeuré fidèle. De môme, Leuckart crut d'abord que les Vers de Treuller n'étaient que des mâles à'Ascaris mystax mal observés, mais il changea bientôt d'avis, en considérant que ces parasites avaient été rencontrés en un point qui n'est pas le siège habituel des Ascarides. Sans être précise, leur détermination est suffisante pour nous montrer que ce sont des Nématodes ; aussi est-on surpris de voir Brass prétendre que ces parasites étaient des larves de Mouche.

Rencontrée pour la première fois par Treuller, la Pilaire des. ganglions lymphatiques a été revue à Genève, en 1879, par le professeur \V. Zahn, qui a bien voulu nous communiquer Fig. .192. — Uamularia son observation encore inédite. Chez un jeune lymphatica , d'après Homme mort de tuberculose, « les ganglions Treutler. lymphatiques péribronchiques et trachéaux

étaient notablement tuméfiés ; leur capsule était hyperémiée; sur la coupe, ils étaient pâles et comme œdémaliés. Je ne fus pas peu surpris de trouver dans une coupe d'un ganglion particulièrement endémalié et siégeant à la bifurcation de la trachée, deux Pilaires, dont l'une était coupée en deux et l'autre encore intacte. Ces Pilaires étaient incolores et avaient approximativement la taille de celles qui se trouvent assez fréquemment dans le sang des Grenouilles.}) L'observation, faite en présence de Waldeyer, ne fut pas poursuivie.

Fr. Aug. Treutler, Obsevvationes pathologico-anatomica: aitclavium ad hetminthologiam liumani corporis continentes. Lipsise, 1793.

FILARIA MEDINENSIS.

Filaria mediuensis Gmelin, 1780.

Synonymie : Apaxi-mov [Aixpèv Agatharchides, dans Plutarque. Venu mcdinensis Velsch, 1074.

Dracunculus Lister, 1G90.

D. l'ersarum Kampfer, 1094.

Vermis mediuensis Grundlcr, 1740.

Gordius mcdinensis Linné, 1707.

Furia mediuensis Modeer, 1795.

Filaria dracunculus Bremser, 1819.

Dracunculus medinensis Cobbold, 1801.

Moïse semble ôlre le premier auteur qui ait parlé de la Filaire de Médine. Avec Bartholin, nous n'hésitons pas à reconnaître le parasile dans les « Serpents de feu » dont les enfants d'Israël furent atteints pendant leur séjour au voisinage de la mer Rouge.

Le Ver est mentionné ensuite, d'une façon plus précise, par Agatharchidès de Cnide, qui vivait 140 à 150 ans avant notre ère. « Et ceulx, dit Plutarque, qui furent malades àl'entour de la mer Rouge, ainsi comme Agatharchides escrit, eurent des accidens estrauges, que personne n'avoit jamais ne leus ne veus, et, entre autres, qu'il leur sortoit de petits serpentaux qui leur mangeoient le gras des jambes, et les souris des bras. Et, quand ou leur cuidoit toucher, ils rentroient en dedans, et s'enveloppant parmy les muscles, engendroient des bosses et aposthumes qui laissoient des douleurs intolérables. »

Au commencement du m0 siècle de notre ère, Léonidès d'Alexandrie parle également de la Filaire : il la compare à un Ascaride et semble, par conséquent, ne pas douter de sa nature animale; il dit qu'on la rencontre aux Indes et en Ethiopie.

Galien, qui ne l'a jamais observée par lui-môme, se demande au contraire si c'est réellement un animal, et si la maladie qu'on lui attribue, et pour laquelle il adopte le nom de Jpoocovriaai;, ne serait pas plutôt analogue aux varices. Soranus lui refuse définitivement l'animalité et la considère comme de nature nerveuse, erreur qui a été le point de départ des opinions les plus contradictoires et qui s'est maintenue jusqu'au commencement de ce siècle.

Les médecins arabes ont eu l'occasion de voir eux-mêmes le parasite, dont ils signalent l'existence en Arabie et en Perse; néanmoins, ils n'ont sur sa nature aucune opinion arrôléc ; ils l'appellent ark, aerk ou irk almedini, noms qui se sont changés en vena ou nervus medinensis sous la plume des traducteurs et des commentateurs du moyen âge. Aldrovandc déclare que c'est une tumeur ou un abcès produit par du sang purulent, opinion que devaient adopter plus tard Ambroisc Paré, Monlanus et Larrey.

Blanciiahd. — Zool. méd. II. — 2

18 ORDRE DES NÉMATODES.

Guy de Chauliac y voit simplement une veine allongée, Tagantius de l'atrabile, Jean Wier des comédons, Pollux de la substance nerveuse modiûée, Lat'aye une aposlume occasionnée par l'épaississement du sang. Fieîitz, en 1788, prend le parasite pour un simple abcès sébacé; au commencement de ce siècle, Brera se demande encore si ce ne serait pas une sorte de Chenille, et Jacobson n'y reconnaît rien autre cbose qu'un tube adventice, sorte de kyste développé autour des embryons.

Cependant, l'animalité du parasite était proclamée par divers auteurs. Cunélius le confond avec le Gordius, erreur qui devait être commise par divers auteurs, notamment par Fucbs (1), par Velsch, qui l'avait observé en Europe chez des individus revenant des Indes, puis par Lind et Gallandat, qui l'avaient vu sur la côte occidentale d'Afrique, et par Kampfer, qui l'avait étudié sur les rives du golfe Persique. Houppe voit également le parasite à Curaçao et le considère comme un animal ; Pouppé-Desportes et Peré, qui l'observent à Saint-Domingue, sont du même avis. D'après le récit de Kampfer, Linné l'avait du reste classé déjà parmi les Vers et rapproché des Gordius; Gmeliu détermina ses affinités avec plus de précision et le rangea parmi les Pilaires.

Plutarque, £u[xirô(jiov, livre VIII, question 9. Traduction d'Amyot, p. 423. Léonidès, cité par Aétius, lib . XIV, cap. 86. Galien, De locis affeclis, lib. VI, cap. 3. Soranus, cité par Paul d'Égine, lib. IV, cap. 59.

Albucasis, Methodus medendi. Basilae, 1541. Voir lib. II, cap. 91, p. 16?, De extraelione venx crui'is.

Avicenna, Canon, lib. IV, fen. III, tract. II, cap. 21. Vcnetiis, 1564. Voir II, p. 128.

Avonzoar, Theisir, lib. II, tract. VII, cap. 19. Venetiis, 1490. Voir fol. 32 b. J.-B. Montani, Libri de excrementis, etc. Vcnetiis, 1556. G. Cunelius, De dracunculis. Inaug. diss. Basileaa, in-4°, 1589. Villault, Relation des costes d'Afrique, appelées Guinée. Paris, iu-12, 1669. Voir p. 302.

G.-J. Velsch, Exercitalio de vena medinensi ad menlem Ebensinx, sive de dracunculis velerum, spécimen exliibens novx versionis ex arabico, cum commentario uberiuri : cui accedil altéra de vermibus capillaribus infuntum. Augustœ Vindelicoruin, in-4°, 1674. Voir p. 312.

D.-tl. Gallandat, Lettre sur te Dragonncau ou veine de Médine, et sur l'usage du sublimé corrosif dans cette maladie. Journal de mod. , X 1 1 . p. 24, I7UU. Reproduit avec additions clans Nova Acla Acad. nalurx curiosorum, V,

(1) Par suite de coite erreur, un grand nombre d'auteurs ont désigné à tort le Gordius sous le nom de Dragonncau, confusion regrettable que Cuvier semble avoir été le premier h introduire dans lo langnge. Le mot Dragonncaun'est qu'une adaptation française du latin Dracunculus : il ne peut et no doit designer que laFilairo de Médine, et les anciens auteurs lui donnaient cette signification exclusive; là logique veut qu'on la lui conserve,

FiLAKI.V MEulNENSIS.

Rouppe, De morbis navigantiin». Lugduni liatavorum, 17C4. Voir p. 282. Liud, Essay on diseuses inddental to Europeans in hol ctimales. London, I7C8. Voir p. 57 et CS.

Pouppc-Dcsportes, Histoire des maladies de Saint-Domi7ir/uc. Paris, 1770.

Vuir II, p. 271.

Pero, Sur le Drar/onneau. Journ. do méd., XL1I, p. 121, 1774. G. Fr. Clir. Fuchs, Commentatio historico-medica de dvacunculo Pevsarum seu venu medinensi Arabum. Icnoe, in-4°, 1781.

La Filaire de Médine se loge sous la peau de l'Homme. Au point où elle s'arrête, il se forme un abcès qui s'ouvre au dehors et l'expulse, soit en totalité, soit par fragments : quoi qu'il en soit, le Ver est rejeté sur le sol, ses tissus se putréfient et les embryons sans nombre dont son corps est bourré peuvent arriver jusque dans l'eau.

Le fait que la Filaire est vivipare a été découvert par Rudolphi : u Filariac nostrœ proie quasi farclœ sunt, quod si harum longitudinem illius vero minutieoi spectas, fœtuum multa millium millia singulis tribuit. » En 1834, Jacobson refit celte môme observation à Copenhague, sur un garçon de 13 à 14 ans, né sur la côte de Guinée. Ce même fait a encore été vérifié à Calcutta par Duncan, à Bombay par Forbes, puis par Mac Clelland et Maisonneuve.

L'embryon renfermé dans le corps de la Filaire (fig. 393 et 394) est long de 0mm,50 à 0mui,6o et large de 15 à 20 (x; Ch. Robin lui a trouvé des dimensions un peu plus grandes, 0mm,75 pour la longueur, 26 [/. pour la largeur et 19 pour l'épaisseur. Cet embryon est en tous points semblable à celui de Cucultanus elccjans, parasite de la Perche, si ce n'est qu'il est un peu plus grand; il ressemble encore beaucoup à celui à'ichthyonema et à celui de Filaria bispinosa, parasite du Boa.

L'extrémité antérieure du corps est très légèrement effilée : elle se termine par une surface plane dont le milieu est occupé par la bouche. Dès la seconde moitié de sa longueur, le corps, jusque-là cylindrique, se rétrécit graduellement et se transforme ainsi en une queue très erfilée. Celle-ci occupe les deux cinquièmes de la longueur totale ; elle est donc longue de 23 à 28 p.; elle est droite et rigide sur toute son étendue ; c'est tout au plus si elle est un peu incurvée à sa racine; sa contraclilitc semble être des plus bornées. On voit souvent les embryons s'unir et s'accrocher les uns aux autres par leur queue; isolés, ils ont d'ordinaire la partie antérieure du corps

ORDRE DES NÉMATODES.

enroulée en arc ou en spirale aplatie : comme chez les Trichotiachélides, la face ventrale correspond à la concavité La paror du corps est épaisse de 7 suivant Robin ; la cuti-

Fig. 393. — Embryons grossis 500 fois, Fig. 394. — Embryon grossi 500 fois, d'après Bastian. d'après Cobbold.

cule est très épaisse, solide, réfringente et striée en travers. La striation est plus apparente que chez la plupart des autres Némalodes : les stries sont à li u. environ les unes des autres, mais sont beaucoup moins distantes sur la queue; en même

FILARIA. MEDINENSIS. 2t

temps elles deviennent plus indistinctes, en sorte que l'annulation va en se perdant petit à petit; finalement, la cuticule est complètement lisse sur la dernière moitié delà queue.

L'embryon est doué d'une grande résistance. Jacobson prétend qu'il ne vil pas dans l'eau plus de 24 heures, mais Maisonneuve l'a vu y vivre plusieurs jours, môme à une basse température; de même, d'après G. Lang, des embryons placés dans un mélange d'albumine et d'eau stagnante vivaient encore au sixième jour; enfin, Forbes a conservé vivants, pendant 15 à 20 jours, les embryons dans la terre humide. Il est probable que ces animaux sont capables de demeurer encore plus longtemps en vie dans l'eau ou dans la vase : comme nous le verrons, c'est presque indispensable pour assurer la propagation de l'espèce. Une autre propriété qui est en rapport avec le même phénomène, c'est la faculté qu'ont les embryons de résister à la dessiccation et de présenter un, certain pouvoir de réviviscence : Robin les a vus revenir à la vie et reprendre leurs mouvements quand on les humectait, après une dessiccation de li à 12 heures; Mac Clelland a pu faire la même observation au bout de 24 heures. Jusqu'à quel point sont-ils réviviscents et combien de temps sont-ils capables de rester en vie latente? Nous l'ignorons encore.

On remarque, à la racine de la queue et de chaque côté, une sorte de sac qui communique avec l'extérieur par un orifice et que tapisse une invagination delà cuticule; sa cavité est remplie par un cône particulier qui s'insère sur le fond. Cet organe a été pris par Carter pour une glande, par Busk pour le pore du système excréteur, par Davaine pour l'anus : c'est simplement une papille caudale; le cône qui y est inclus est capable de faire saillie au dehors, comme Bastian donne à le croire.

La couche musculaire s'étend jusque vers la moitié de la queue, mais son épaisseur va en diminuant notablement. La cavité du corps est fort étroite. La bouche est presque infundibuliforme; elle est dépourvue de dent perforante, contrairement à ce qui se voit chez Cucullanus. Le tube digestif est un canal assez régulier, dont la paroi est infiltrée de grosses granulations L œsophage et l'intestin diffèrent très peu d'aspect, mais sont pourtant faciles à distinguer : leur union se fait vers la limite du ' premier tiers du corps. D'après Robin, la longueur totale du tube

22 ORDRE DES NÉMATODES.

digestif estdeOmm,463àO'>'m, 467: l'œsophage mesuredeO""", 17!) à Om°>, 183, l'intestin de 0-»,284 àOmm,288. Baslian admet que l'intestin se termine en cul-de-sac à quelque distance des papilles caudales ; Carter et Robin ont au contraire reconnu un anus, situé à la racine de la queue, sur la face concave, au niveau du bord postérieur des papilles. Cet anus est une fente transversale, large de 6 à 7 fi et entourée d'un bourrelet contractile; le rectum est tapissé d'une mince cuticule chitineuse. Le rudiment des glandes génitales est situé vers le milieu de l'intestin et sur sa face ventrale ; l'appareil excréteur n'a pas encore été vu.

Telle est la structure de l'embryon; recherchons maintenant quelle est sa destinée.

Dans bien des régions, la croyance est répandue que l'helminthe est avalé avec l'eau de boisson; les observations de Forbcs, d'après lesquelles l'embryon mourrait dans l'estomac au bout de quelques heures, montrent que le Ver n'est pas avalé en cet état. Pour ne citer que quelques auteurs, parmi un plus grand nombre, Hugues de Linscot, Thévenot, Chardin, Kâmpfer et le P. Martin ont rencontré celte croyance dans le sud de la Perse; de Marchais, Moore et Gallandat l'ont recueillie sur la côte occidentale d'Afrique; Dubois et Kennedy aux Indes; Marucchi dans le Cordofan. Semblable opinion a été soutenue récemment par Joubert et Stambolski. Ce dernier rapporte qu'en Arabie les indigènes ne boivent jamais les eaux stagnantes : ils savent par tradition qu'elles sont nuisibles à la santé; pour se procurer de l'eau de bonne qualité, ils creusent de petites fosses au bas des flaques d'eau stagnante : l'eau Iranssude comme à travers un filtre et devient inofl'ensive. Niebuhr dit également que les habitants de l'Yémen filtrent l'eau à travers un linge, pour se préserver du Ver.

D'autres auteurs ont pensé que la draconliasc était contagieuse : Mac Grégor, Bruce, Clot-Bey sont de cet avis. Ce dernier dit que le Ver n'est pas endémique en Egypte : on ne l'y voit que chez les Arabes qui sont en rapport avec les nègres, et jamais chez les individus qui n'ont pas de communication avec ceux-ci. Lind conseille aux Européens « de ne pas habiter les chambres des nègres qui en sont atteints et d'éviter toute communication trop particulière avec eux. » Mais l'idée de la contagion est combattue par Trucy. « Au bataillon des tirailleurs sénégalais, les soldats européens sont en contact continuel avec les soldats indigènes; les premiers sont très rarement atteints,

tandis que les cas de Filaire sont très nombreux chez les seconds. »

On a encore prétendu que le Ver pénétrait par la peau et provenait soit de l'eau, soit de la terre humide. Bruce a remarqué, d'ailleurs,

FILARIA MEDLNENSIS.

sans que celte remarque ait jamais été confirmée, qu'aux Indes les Béhistées ou porteurs d'eau, qui portent leurs outres sur l'épaule, présentent ordinairement des Pilaires sous la peau du dos et des (lancs. Heath rapporte que les officiers, qui s'habillent à l'européenne et qui ne dorment pas à terre, sont épargnés. Busk dit au contraire avoir observé le parasite, à la côte de Guinée, chez des matelots européens qui avaient les pieds nus et qui avaient séjourné quelque temps dans les bateaux des indigènes, sans môme aller à terre.

Suivant Clot-Bey, les habitants du Cordofan, du Sennaar et du Darfour pensent que l'animal pénètre à travers la peau quand on prend un bain, ou plus ordinairement quand on marche dans l'eau, par exemple en traversant un gué. Les médecins hindous partagent cette croyance, dont quelques voyageurs, entre autres Burckhardt, se sont fait l'écho; il faut bien reconnaître qu'elle a une certaine vraisemblance, à cause de la prédilection marquée avec laquelle le Ver se loge aux extrémités inférieures, notamment au voisinage du pied.

De quelle manière se ferait donc la pénétration du parasite ? Jôrdens, Chapotin et Carter admettent qu'il s'enfonce dans les pores de la peau, c'est-à-dire dans l'orifice des glandes sudoripares; Davaine pense plutôt qu'il pénètre par la gaine d'un poil.

Carter a encore émis l'opinion que la Filaire était capable de vivre librement. Dans les eaux douces de l'Inde, il a trouvé un grand nombre de petits Nérnatodes, dont l'organisation présentait certaines ressemblances avec celle de la Filaire : il les désigne sous le nom d'Urolabes. Il les rencontre en abondance dans un étang ou les élèves d'un établissement voisin avaient coutume de venir se baigner; ces élèves étaient atteints de dracontiase dans la proportion de 21 sur 50. D'autres étangs étaient indemnes, et les écoles voisines n'avaient qu'un nombre insignifiant de malades, 2 ou 3 sur 346. Carier pense donc à une relation génésique entre les Urolabes et la Filaire. Quand une occasion favorable s'offre à eux, les jeunes Urolabes pénétreraient par les glandes sudoripares jusque dans le tissu conjonctir souscutané : là, sous l'influence de la vie parasitaire, ils deviendraient des Vers longs de plusieurs aunes, tandis que.les autres conserveraient leur aspect habituel. S'il en était ainsi, les embryons d'Urolabes et de Filaire devraient être identiques : or, il n'en est rien. Claus a voulu expliquer cette dissemblance en attribuant aux Urolabes une reproduction bélérogonique, analogue à celle qui s'observe chez les Rhabdonémides.

Joubert croit aussi que la Filaire peut vivre, croître et arriver à complet développement hors du corps de l'Homme ; il a vu en terre, au Sénégal, un Ver long de 18 centimèlres, absolument analogue à la Filaire. Un indigène lui dit « que c elait bien là le Ver de Guinée,

24 ORDRE DES NÉMATODES.

le môme que celui qui atteint les Hommes; il ajouta qu'il n'était po.nt rare de trouver ce Ver dans les terrains humides' m i u orsqu ,1 étan plus petit, il habi.ait de préférence l'eau des' mares vol'

Comme on voit, on a cherche à expliquer de hien des manières la pénétration du parasite chez l'Homme : aucune de

Fig. 395. — Embryons contenus dans la cavité générale du Cyclope, d'après Fedohonko.

ces théories n'est exacte. C'est àFedchenko que revient le mérite d'avoir découvert les migrations de l'animal. A cause de sa

FILAR1A MEDINENSIS. 2a

ressemblance avec celui de Cucullanus, Leuckart avait pensé que l'embryon de la Pilaire, devenu libre dans l'eau, devait émigrer dans le corps des Cyclopes ; il avait engagé Fedchenko à faire des expériences dans ce sens, au cours de son exploration du Turkestan. Pendant son séjour à Djizak, non loin de Samarcande, le naturaliste russe a démontré que l'embryon pénètre en effet dans le corps d'un Cyclope et s'y transforme en une larve inconnue jusqu'alors.

Quelques heures après l'introduction d'embryons vivants dans l'eau renfermant des Cyclopes, on trouve déjà la cavité

Fig. 396. — Larve de Filaire, d'après Fedchenko.

générale de ces Crustacés occupée par les parasites ; ils se trouvent d'abord au-dessous de l'intestin, puis se portent au-dessus et séjournent dans la région dorsale (fig. 393). Ces Vers ne pénètrent point par la bouche : en nageant, ils rencontrent les pattes du Copépode et s'y fixent; ils percent ensuite le tégument dans l'interstice des segments de l'abdomen et arrivent par cette voie dans la cavité du corps. Dans les conditions artificielles de l'expérimentation, on peut trouver chez le même Cyclope jusqu'à cinq et six, et même jusqu'à douze parasites : néanmoins, l'animal ne semble aucunement incommodé. Les animaux d'autre espèce (larves d'Insectes, llolifères, etc.) ne se

2(5 ORDRE DES NÉMATODES.

laissent pas infester : les embryons qni pénètrent dans l'intestin, aussi bien chez le Gyclope que chez les autres animaux, ne tardent pas à être digérés.

Après qu'il a pénétré chez le Cyclope, l'embryon reste plusieurs jours sans se modifier, si ce n'est que son intestin se perfectionne et devient plus apparent. Vers le douzième jour, il subit une mue et passe à l'état larvaire : son aspect est alors complètement modifié (fig. 396).

La queue est courle et ramassée sur elle-même et mesure à peine la neuvième parlie de la longueur du corps; elle se termine par une surface mousse, qui se prolonge en trois pointes, comme chez la larve de Cucullanus; l'extrémité antérieure semble être pourvue de deux papilles; la cuticule a perdu son annulation.

Les trois portions du tube digestif se distinguent aisément; leur structure est différente. L'œsophage occupe plus de la moitié du corps ; ses parois sont musculeuses; sa lumière est cylindrique, mais s'élargit en forme de bouteille au point où il se continue avec l'intestin. La paroi de celui-ci est au contraire formée de grandes cellules alternes, bourrées de granulations d'un jaune foncé et entourant un canal en zigzag. Le rectum est court, tapissé de chitine; l'anus s'ouvre à la base de la queue. Le rudiment des glandes génitales se voit à la face ventrale, un peu en arrière du début de l'intestin.

Après sa mue, l'animal s'était raccourci, et sa taille était descendue à 0mm,5; vers la quatrième semaine, il a plus d'un millimètre de longueur.

La jeune Filaire reste ainsi plus ou moins longtemps à l'état larvaire, en attendant des conditions favorables à son développement ultérieur. Ces conditions se trouvent réalisées de la manière suivante : dans les régions torrides où s'observe la dracontiase, l'eau est rare; bêtes et gens en sont souvent réduits à boire des eaux stagnantes, dans lesquelles pullulent les Cyclopes. Ceux-ci passent aisément inaperçus, en raison de leur taille exiguë : ils arrivent dans le tube digestif, dont les sucs, tout en les tuant et en détruisant leurs organes, mettent en liberté les larves de la Filaire.

La suite de leur développement n'est pas connue : Fedchenko a tenté vainement d'infester deux jeunes Chiens et un Chat, en leur faisant prendre dans du lait et de l'eau des Cyclopes bourrés de larves. En raisonnant par analogie avec ce qui se passe pour d'autres Nématodes, il est pourtant assez facile de com-

FILARLV MEDINENSIS.

hier cel te lacune. Deux opinions peuvent être soutenues. Tout d'abord on peut, admettre que la Pilaire est hermaphrodite et que ses glandes génitales produisent successivement des spermatozoïdes, puis des œufs, comme cela se voit chez certaines formes de Rhabdonémides et chez Pelodyles hermaphroditicus Schneider, parasite à'Arion empiricorum.

Suivant une autre opinion, qui nous semble plus vraisemblable, les larves arriveraient à maturité sexuelle et l'accouplement se ferait dans l'intestin de l'Homme. Le mâle meurt alors et est évacué (1), tandis que la femelle perfore la paroi intestinale et va se loger dans les organes, peut-être dans une cavité séreuse (2), peut-être aussi dans le tissu conjonctif intramusculaire. Au bout d'un temps dont la durée varie de huit mois à deux ans, comme cela ressort d'observations multiples (3), cette femelle est arrivée au terme de sa croissance : elle fait son apparition sous la peau, d'où on peut l'extraire plus ou moins facilement.

(I) Eq Perse, d'après Polak, on distinguerait un petit Ver, qui serait le roàle, et uu grand Ver, qui serait la femelle. On trouve parfois, pelotonnés à côté d'un grand Ver, jusqu'à vingt petits Vers et plus, longs de 7 à 10 centimètres, comme Clot-Bey eu cite un cas : Polak se demande si ces petits individus ne seraient pas les mâles, mais l'une ou l'autre des opinions émises plus haut est certainement exacte. Owen a décrit et figuré comme le mâle un Ver à extrémité postérieure renflée et munie d'un seul spicule.

(2 Smyttan a vu deux Vers dans la cavité péritonôale d'un soldat : l'un était suspendu li la capsule du foie; l'autre, qui était encore vivant, était attaché au rein gauche, mais d'ailleurs flottait librement parmi les viscères. Il considère ces Vers comme des Pilaires adultes; n'était-ce pas plutôt dos Ascarides erratiques?

(3) La durée de l'incubation peut être évaluée approximativement, d'après l'époque à laquelle le parasite se montre chez des individus quittant des pays noti infestés pour venir séjourner dans des régions contaminées ; elle s'apprécie plus sûrement quand la dracontiase se déclare chez des individus qui n'ont fait que traverser les contrées où elle est endémique. Sa durée est au moins de 8 mois et demi, d'après Paton ; elle est de 8 à 9 mois, d'après Starabolski; île 9 mois, d'après Eedchenko : cet auteur cite le cas d'un habitant du Kohistan, région où la Filaire est inconnue, qui devint malade 9 mois après une visite à Samarcande, seul pays où il ait pu s'infester. L'incubation dure de 9 à 10 mois, d'après Gézilly ; 1 1 mois, d'après Tilbury Fox et Clot-Bey ; 1? mois, d'après Duncan, ïrucy et L;ing; de 2 à 12 mois, d'après Joubert; 1-2 mois et plus, d'après Kampfer; de 10 à li mois, d'après Burnet; 15 mois. . d'après Labat, Bcrnier, Twining et Arthus; de 1G à 17 mois, d'après Cézilly et môme plus de 2 ans, d'après Kamprer. Ant. Creraer évalue la durée de l'incubation à plusieurs années et môme E. Sc.vcrauce, en 1800, a rapporté le cas d'un Homme qui, G ans avant, était resté uu mois au Maroc : une filaire apparut au pied; cette dernière observation est inexacte.

28 ORDRE DES NÉMATODES.

L'animal qui se montre ainsi sous la peau est toujours une femelle adulte ou, plus exactement, réduite à un état comparable à celui des derniers anneaux d'un Ténia (fig. 398). C'est une sorte de sac tubulaire rempli d'un nombre immense d'embryons microscopiques et limité par une double membrane : l'externe correspond à la coucbe dermo-musculaire; l'interne est constituée par l'oviducte, qui s'est considérablement dilaté ; le tube digestif, comprimé et réduit à un étroit canal, est à peine visible sur l'un des côtés de l'oviducte (1).

Le Ver a une longueur moyenne de 50 à 80 centimètres et présente une largeur uniforme de ()mm,o à lmm,7 ; il ressemble à une corde de violon. Sa longueur est souvent plus considérable; Gallandat, Rokitansky et Scbneider admettent qu'elle peut aller jusqu'à 4 mètres; mais ces dimensions extrêmes tiennent peut-être à ce que l'animal est très extensible.

Cette élasticité appartient à la cuticule, épaisse de 40 à 50 transparente et marquée de stries transversales distantes d'environ 14 p.. La cuticule ne comprend pas moins de six couches qui diffèrent par la structure et par la réfringence; la plus superficielle, qui porte la stria tion transversale, est jaunâtre; les deux dernières sont parcourues par des fibres diagonales. Vient ensuite une couche granuleuse, épaisse de 10

Les lignes latérales présentent une largeur considérable, mais sont d'une grande minceur. Au lieu d'un canal, elles sont parcourues suivant leur longueur par un cordon solide, large de 20 p. et traversé par un grand nombre de lamelles chilineuses rayonnantes, qui proviennent de la cuticule. La substance des lignes latérales est ellemême traversée par des fibres délicates qui sont encore d'origine cuticulaire et renferment en outre des cellules ovales, longues de 40 y. et plus ou moins disséminées. Bastian croyait à tort que certaines de ces cellules étaient de nature glandulaire ; il considérait les autres comme des cellules nerveuses et le cordon axile comme un filet nerveux.

Contrairement aux lignes latérales, les lignes médio-dorsale et médio-venlrale sont, fort réduites et ne sont visibles qu'au microscope.

Les muscles ont la même structure générale que chez les Ascarides : la Filaire de Médine est donc un Cœlomvaire. A l'endroit où les lignes latérales présentent leur plus grande largeur, on compte 4!i à bO ccl-

(1) Les tubes digestif et génital do la Filaire ont été reconnus pour la première fois par Leblmid, en 1835.

FlLARJA MliDINENSIS. 20 Iules dans la largeur de chaque champ musculaire; à la racine de la lue on «'en compte plus que 20 à 25. Les cellules musculaires sont Ctomenl comprimées par l'utérus dilaté, puisqu'aux deux extrémités Klui-ci laisse libres, leur longueur passe de 70 à 120 W la comression porte surtout sur la portion vésiculeuse

Le corps se termine en avant par Ydcusson céphahque, surface irrenilière, ovale, à grand axe transversal cl percée en son centre par '•orifice buccal (fig. 397). Le bord de celuici est orné, suivant la ligne médiane, de deux grosses papilles sensorielles : leur sommet présente une petite dépression, dont le fond se soulève en petites saillies auxquelles aboutissent des lilets nerveux. Le bord de l'écusson présente en outre six papilles équidistantes ; leur structure est identique à celle des précédentes.

Les deux plus grosses correspondent aux lignes latérales ; les quatre autres, égales

entreelles.sontdisposéessyméLriquement ^

par paires, à chacune des faces dorsale ^ vuc par k (acQ ,até. et ventrale. L'écusson, dont la cuticule ralej auprès Leuckarl. est au moins deux fois aussi épaisse que

sur le reste du corps, est large de 0ram,2b à 0mm,30; sa surface est rugueuse.

L'extrémité postérieure du corps est constituée par une sorte de pointe émoussée, longue d'un millimètre au plus, large de 0mm,07 à sa terminaison et d'environ 0mm,20 à sa base. Chez les jeunes individus, elle se continue insensiblement avec le reste du corps; elle s'en sépare au contraire brusquement chez les femelles plus âgées ; elle s'infléchit fortement vers la face ventrale.

La bouche a la forme d'une fente triangulaire, dont l'un des angles correspond à la ligne médio-ventrale ; sa plus grande largeur n'est pas supérieure à 20 jj.. Elle est entourée d'une zone aplatie ou un peu déprimée, qu'on serait tenté de considérer comme une capsule buccale, si sa surface n'était elle-même rugueuse comme le reste de l'écusson céphalique. Celte zone est circonscrite par une sorte d'ourlet, large de 32 jj. et qui forme intérieurement une saillie donnant insertion à deux faisceaux latéraux et à quatre faisceaux submédians de muscles radiaires qui, de là, se portent sur le pharynx et ont pour effet de le dilater. Cette même saillie donne encore insertion à un grand nombre de fibres qui traversent obliquement la cavité céphalique et vont se perdre dans la paroi du corps : ces fibres ont sans doute pour fonction de rétracter le disque buccal.

30 ORDRE DES NÉMATODES.

Le' pharynx n'a que 0mm,30 de long et 0mm,06 de large; sa lumière, qui a l'aspecl d'une étoile à trois branches, est tapissée de chitine ; son épaisse paroi est constituée par des muscles radiaires. Il occupe l'axe du corps ; en arrière des faisceaux musculaires qui l'unissent.à l'ourlet circumbuccal, il est entouré d'une gaine conjonctive d'où parlent quatre lamelles mésentériques qui le rattachent aux lignes longitudinales.

L'œsophage a une structure fort remarquable, que Fedchenko a élucidée. Il est long de 4 centimètres environ et envoie le long du pharynx un cul-de-sac long de 0mm,S à peine qui s'insinue entre celui-ci et sa gaine conjonctive. Ce caecum s'élargit progressivement d'avant en arrière : il proémine dans l'un des espaces dorsaux délimités par les mésentères, puis remplit peu à peu les espaces du môme côté et finit par combler toute la largeur de la cavité du corps. L'oesophage qui lui fait suite est un tube cylindrique, effilé, s'épaississant progressivement en arrière, libre dans la cavité générale et sans connexion avec la paroi. 11 est formé de deux couches : l'externe est anhiste, l'interne est très épaisse, granuleuse, très irrégulière à sa surface et comme couverte de végétations très ramifiées. Dans la moitié postérieure, cette structure s'exagère : la coucbe granuleuse s'épaissit, les végétations qui naissent à sa surface se compliquent à tel point que la lumière du canal semble ôlre traversée par un réticulum à mailles irrégulières.

En arrivant sur l'œsophage, le pharynx se bifurque : la branche droite se continue avec le reste du lube digestif; la branche gauche continue son trajet dans l'épaisseur de la paroi œsophagienne, sous la forme d'un tube chilineux large de 17 à 22 p. Elle court ainsi sur une longueur de 0mm,S environ, puis s'élargit et se divise à son tour en deux canaux dont la lumière s'élargit progressivement jusqu'à mesurer 90 \i et qui restent accolés l'un à l'autre sur une longueur de 8 à 22 millimètres. Ces deux canaux font une forte saillie à la surface de l'œsophage; ils se rétrécissent à leur extrémité postérieure et finissent par s'oblitérer, puis par disparaître, sans s'ouvrir en aucun point de leur parcours.

En raison de l'énorme dilalation de l'utérus, l'intestin est rejeté sur le côté, tantôt adroite, tantôt à gauche (fig. 398); il s'aplatit, se plisse fortement et se loge dans la solution de continuité que présente la couche musculaire au niveau de la ligne latérale. Il est constitué par une membrane épaisse et vitreuse, dont l'épithôlium interne s'est transformé, par suite de la rupture de ses cellules, en une couche granuleuse ininterrompue, infiltrée de quelques globules graisseux et présentant une surface très irrégulière. Ce tube est large de 0»»»,2 au plus; on le trouve toujours vide, et les particularités de sa struc-

FILARIA MED1NENSIS. 31 ture montrent d'ailleurs qu'il a depuis longtemps cessé toute fonction

dl S comporte ainsi sur presque mute la longueur du corps tant Un accompagne l'utérus. En arrière du point ou ce dernier s arrête l'mtest n poursuit son trajet, mais se replace dans l'axe du corps : 1

alo s maintenu par quatre mésentères, deux dorsaux et deux venr ux nsérés symétriquement à une faible distance de la .gne latea e P r suite ciu raccourcissement progressif des mésentères vénaux l'intestin se rapproche de plus en plus de la paroi ventrale et finit par l'atteindre ; il s'y fixe alors solidement et, par suite de la disparition des quatre mésentères, s'entoure d'une épaisse enveloppe conjonctive.

Cependant l'intestin s'effile et va en se rétrécissant:

au moment où il va atteindre la paroi ventrale, il n'a plus que 70 (/. de large, c'està-dire à peine le tiers de son diamètre primitif; sa lumière est large de 14 v-. Après qu'il s'est uni à la paroi ventrale, sa lumière s'oblitère, bien que sa couche granuleuse soit encore persistante ; il continue à s'effiler , n'est bientôt plus large que de

35 y-, puis de iif* et finit par disparaître. Chez des individus jeunes et de petite taille, il en est autrement : l'intestin se continue par un rectum oblique, long de 0mm,l, qui aboutit à l'anus, simple pore percé à la base de la queue et à la face ventrale.

L'utérus, dont nous avons déjà signalé le développement exceptionnel, occupe presque toute la longueur du corps, il ne laisse libres que les 4 à o centimètres antérieurs et les C à 7 millimètres postérieurs. Partout ailleurs, c'est un sac cylindrique large d'un millimètre environ et dilaté au point de remplir exactement la cavité du corps, toutefois sans se souder à la paroi. A chacune de ses extrémités, il se continue par un tube rétréci, long de 18 à 20 millimètres, large de 0m,n,2b;ce tube s'infléchit entre l'utérus et la paroi ducorps, en dehors de l'intestin, mais ne s'étend que sur une très petite longueur, en raison de ses nombreuses indexions.

Fig. 3'JS. — Coupe transversale do la Pilaire, à 5 centimètres environ de l'extrémité antérieure. L'utérus est rempli d'embryons ; à sa gauche, on voit la coupe du tube digestif et de l'ovaire.

32 ORDRE DES NÉMATODES.

Chacun de ces deux tubes est un ovaire en régression et depuis longtemps dépourvu de la faculté de produire des œufs. L'utérus correspond donc en réalilé à deux utérus dirigés en sens inverse et disposés symétriquement chacun dans une des moitiés du corps, à peu près comme chez l'Oxyure ou l'Ankylostome : ces deux utérus se réunissent par inosculation vers la partie moyenne du corps, mais leur point de réunion n'est indiqué ni par un vagin ni par une vulve. Peut-être le vagin et la vulve existaient-ils chez le Ver encore jeune ; on n'en trouve pas la moindre trace chez l'animal adulte, dont l'utérus est occupé par des myriades d'embryons. Ceux-ci nagent dans un liquide blanc, d'aspect crémeux ou purulent; ils ne peuvent être mis en liberté que par la rupture du Ver : la sortie du liquide qui les renferme est alors facilitée tant parla contraction des muscles du tégument que par celle des fibres transversales dont l'utérus est orné à l'extérieur.

Les symptômes que détermine le parasite sont très variables. Le malade éprouve parfois, avant tout autre signe, une sensation sourde de pesanteur, de plénitude, qui peut durer des semaines ou des mois. Le plus souvent ces premiers symptômes font défaut : la peau s'empâte, devient douloureuse et il se forme dans sa profondeur un abcès qui va s'ouvrir au dehors par un ou plusieurs orifices. Après l'évacuation d'une quantité variable de pus, on voit dans le fond de la plaie quelque chose de blanc comme un nerf; c'est la Filaire, étroitement pelotonnée sur elle-même ou, au contraire, étendue plus ou moins loin sous la peau ou entre les muscles. Tout se passe d'ordinaire sans complications; mais si plusieurs abcès se montrent en même temps, à peu de distance les uns des autres, les symptômes locaux présentent plus de gravité. L'amputation du membre peut devenir nécessaire ; celui-ci peut se gangrener, et trop souvent la mort s'ensuit. La plupart des auteurs ont signalé les complications les plus redoutables.

La parasite s'arrête de préférence sous la peau des jambes ou des pieds : d'où la croyance qu'il pénètre directement à travers la peau des individus qui marchent dans l'eau des ruisseaux. Aitken a relevé 930 cas de dracontiase : le parasite siégeait au membre inférieur dans 98,8b pour 100 des cas. Toutefois d'autres statistiques vont nous montrer que cette région du corps n'est point le siège exclusif de l'helminthe.

Dans 172 observations de Mac Gregor, le Ver se répartissait ainsi :

Au pied . . .

A la jambe.

A la cuisse.

Au scrotum A la main. .

124 fois.

FIL.VRIA MEDINENSIS. 33 Dans 251 observations de Burguière, il occupait :

Le membre inférieur 2^ r<»is-

Le tronc et le membre supérieur M

Dans 100 observations d'Ahmed Fahmy, il se distribuait comme suit :

Région malléolaire *jj îo™-

Pied j"

Jambe..

Cuisse ^

Scrotum „

Autres régions du corps

. Sa répartition était la suivante dans 146 observations faites en dix ans par Trucy, à l'hôpital de Saint-Louis, au Sénégal :

Pied et malléoles 68 fois.

Jambe *J

Cuisse Ç '

Tronc • n,V>-v*- • • » -

Scrotum • "

Membre supérieur • *

Enfin, Stambolski estime que, pour un total de 100 cas, on voit le parasite :

A la jambe et au pied 71 fois-

A la main et au bras 9

Aux organes génitaux 6 —

Au périnée, aux fesses, à. la cuisse 6 —

En divers points du corps 8 —

Le Ver peut donc se montrer à peu près sur toute la surface du corps, mais avec une fréquence inégale : on l'a vu sur la verge, sur le testicule, sur la langue, à la paupière supérieure, à la région parotidienne, etc. ; le seul point où on ne Fait pas encore observé est le cuir chevelu.

Dès que le Ver est apparu en quelque endroit, il importe de procéder à son extraction. Une méthode très généralement employée, et que préconisait déjà Aétius d'Amide, consiste à tirer l'helminthe un peu liors de la plaie, puis à le saisir entre les deux mors d'un morceau de bois fendu, autour duquel on l'enroule petit à petit (fig. 399). L'enroulement doit se faire lentement : à la moindre résistance, on l'arrête et on fixe le morceau de bois auprès de la plaie, à l'aide d'un bandage; en recommençant l'opération à plusieurs reprises, on finit par extirper l'animal entier au bout de quelques jours. Celle méthode est usitée sur la côte de Guinée, au Sénégal, en Abyssinie, en Perse, dans le Turkeslan, etc. I2n Arabie, on tire au dehors une anse ou une extrémité du Ver et on y suspend une balle de plomb qui, exerçant Blanchard. Zool. mcd. II. — 3

34 ORDRE DES NÉMATODES.

une traction continue, finit par l'entraîner complètement. On peut encore, à l'exemple de Stambolski, inciser la peau sur une longueur de quelques centimètres, en suivant le relief, comparable à une veine, que l'helminthe forme à sa surface ; celui-ci se trouve ainsi dénudé sur une I assez grande étendue et son extraction peut se : faire en une seule séance.

L'extraction de la Filaire doit se faire avec les . plus grandes précautions. Parvient-on à extraire • l'animal en entier, la plaie se cicatrise rapide- ' ment; mais le plus souvent il se rompt au bout ' de quelques jours. La partie qui reste sous la peau se rétracte et devient insaisissable, à moins de vastes et profondes incisions : les douleurs de-l viennent alors intolérables, la plaie suppure abondamment et peut devenir gangréneuse; la mort1 est souvent la conséquence de tous ces accidents.

La rupture du Ver est donc une complicationredoutable. Hunter pensait que les graves symptômes qui en résultent tenaient à ce que le fragment resté dans la plaie irritait les tissus ani-;1 biants à la façon d'un corps étranger. Davaino . admettait au contraire que les embryons, en s'in-i filtrant dans les tissus voisins, étaient la causent principale du phénomène. On peut dire qu'au-fcune de ces raisons n'est la bonne, et nous pensons qu'il faut attribuer les accidents consécu-. tifs à la rupture du Ver tout à la fois à une infection purulente résultant de la destruction de celui-ci, et à l'action d'une leucomaïne renfermée dans le liquide laiteux au sein duquel nageaient les embryons.

Le Ver est ordinairement solitaire, mais il est fréquent d'en rencontrer plusieurs. Sur plus de 400 malades, Ahmed Fahmy dit n'avoir jamais observé plus de deux Filaires chez le même individu; . d'autres auteurs en ont vu un plus grand nombre. Par exemple Trucy cite, d'après Burguièie, médecin au Caire, la statistique suivante, qui porte sur 177 cas de dracontiase :

Fig. 399. — Filaire enroulée autour d'un bâton, d'après Fcdchonko.

1 malade présentait 8 Filaires.

iîb

l'ILARIA MEDINENSIS. *g

Sans rapporter ici la longue liste des auteurs qui ont vu deux trois ou quatre Filaires chez un même malade', disons encore que Gallandat, en 1760, a vu 5 Vers chez un matelot venant de la côte de Guinée; R. Clark, médecin colonial à Sierra Leone, en a vu 5 également chez un jeune nègre de onze ans, qui mourut de leurs attaques. Marc Picipio a extrait] 7 Filaires, longues de 11 à 63 centimètres, sur une jeune femme turque qui, huit mois auparavant était allée à la Mecque. Kàmpfer, Bosman en ont vu 10 cliez lé même individu, Arthus 12, Chapotin 13, Andry 23. Marucchi, médecin de l'expédition de Deftardar-Bey dans leKordol'an, a été lui-môme atteint successivement de 28 Filaires. Celles-ci peuvent être encore plus nombreuses : Hemmersam en a vu 30 cliez le maître coq d'un navire, et Pouppé-Desportes en a vu 50 chez un nègre transporté récemment d'Afrique aux Antilles. Enfin, les médecins arabes, notamment Rhazcs et Avicenne, considèrent les cas de 30, 40, 50 parasites comme assez communs.

Le Ver peut s'observer chez tous les individus, sans distinction de race, d'âge ni de sexe. Toutes proportions gardées, il est moins fréquent chez les Européens que chez les indigènes, chez les offi c.ers que chez les soldats, chez les femmes que chez les homme, chez les enfants que chez les adultes, mais cette différence tient uni' quement au genre de vie et aux habitudes sociales

On a cherché à établir une relation entre la nature du sol et la fré quence de 1 helminthe. Cette conception n'est pas exacte mai, il » une relation manifeste entre la fréquence relative du Dragonne u *>r le reg.me des eaux Dans les pays arides et desséchés oa lZ aZ ceux qu arrosent de larges rivières, aux eaux limpides et courut" la draconl.ase doit être rare ; elle doit être commun 2 ' dans les régions coupées de lacs, d'étangs d W 11 T lesquels les Cyclopes et d'autres petits Sa^S^an5 leur a.se. En d'autres termes, la fréquence de la Fi P er * donnée a celle des Cyclopes.' F^o&t^^Slf^ abondance aux environs de Diizak c'est n Hi™ V derniers en la Filaire est elle-même fort rérTndu ht ^ ^ 1>égion 0Ù >-., où les Cyclopes sont pL Tmbreu'x! "* m à

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ORDRE DES NÊMATODES.

JANVIER

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