ORDRE DES PLAGIOSTO.MES
Sous-classe des Sélaciens.
ORDRE DES HOLOCÉPIIALES
Les Sélaciens, Chomlroplrrygiens ou Ehismobranches, forment deux ordre? distincts.
Les Ilolocéphalcs ne comprennent que les genres Chimxra et Cnllorhynchus, derniers survivants d'un groupe bien représenté aux époques secondaire et tertiaire. La corde dorsale est persistante et non segmentée; sa gaine s'incruste de sels calcaires et forme ainsi une série d'anneaux correspondant aux corps vertébraux. La peau est nue; l'organe latéral est formé de gros canaux qui, de chaque côté, aboutissent à une ligne latérale. En outre des nageoires impaires, il existe deux paires de nageoires pectorales et abdominales, qui sont des membres.
Ces animaux sont marins. Leur chair est peu appréciée; toutefois on mange l'œuf des Chimères et, en Norvège, le foie des Callorhynques. « Quand on place cet organe dans un vase tenu dans un endroit chaud, dit Pontoppidan, il se fond peu à peu en huile; cette sorte d'onguent produit de merveilleux résultats pour la guérison des blessures et des plaies de toutes sortes. »
ORDRE DES PLAGIOSTOMES
La corde dorsale persiste, mais présente un aspect moniliforme, déterminé par la forme des vertèbres. Le corps de celles-ci a l'aspect d'un sablier et est amphicœle ou biconcave : il est constitué par du cartilage hyalin, sauf dans sa partie moyenne, qui est fibro-cartilagineuse et peut môme se calcifier. Le nombre des vertèbres est très variable ; il n'est môme pas fixe dans une même espèce. Les arcs neuraux sont développés : ils se fusionnent entre eux ou avec des pièces intercalaires parfois très compliquées, de manière à former une masse continue; les arcs inférieurs existent également. A son extrémité postérieure, la notocorde se rapproche de la face dorsale, en sorte que la nageoire caudale est hélérocerque ; elle présente une échancrure sur son bord ventral.
Le crâne est d'abord membraneux; puis il se l'orme à la face inférieure de l'encéphale un plan horizontal cartilagineux, constitué par les deux plaques paradiordales eu arrière et par les deux trabécules en avant. Ces deux sortes d'éléments s'unissent bientôt en uiïe lame basdaire, dont l'axe est occupé par la notocorde et qui fournit à 1 encéphale un solide support. Les trabécules laissent entre eux un espace qui est la fossette pituilaire primitive ; au-delà de celle-ci ils
peuvent se réunir sur la ligne médiane et émettre des expansions qui entrent en connexion avec les organes de l'ouïe, de la vue et de l'olfaction et leur fournissent un support, sinon une enveloppe protectrice. Les bords de la lame basilaire se relèvent ensuite, remontent de plus en plus le long de l'encéphale et finissent par se réunir sur la ligne médio-dorsale : ainsi se forme une capsule cartilagineuse continue, qui devient permanente.
Au crâne est annexé le squelette viscéral, qui consiste en sept à neuf arcs. Ceux-ci sont développés dans l'épaisseur même de la paroi pharyngienne : ils diminuent progressivement de longueur d'avant en arrière. Autrefois tous les arcs viscéraux devaient porter des branchies, mais actuellement les deux premiers en sont toujours dépourvus. Le premier, ou arc mandibulaire, est dans la zone du nerf trijumeau et soutient le bord de la bouche; le second, ou arc hyoïdien, est dans la zone du nerf facial. Les cinq autres arcs sont non modifiés et portent les branchies. Entre deux arcs consécutifs est percée une fente branchiale, qui fait communiquer la cavité pharyngienne avec l'extérieur; la première ou fente hyo-mandibulaire, devient Yévent cbez l'adulte.
L'arc mandibulaire se divise en une pièce supérieure, le carré, et une pièce inférieure plus longue, la mandibule ou cartilage de Mechel. Le carré émet en avant un large prolongement, le cartilage pcdalocarrë ou pléry go-palatin, qui forme la mâchoire supérieure et est rattaché à la base du crâne par deux ligaments. La mandibule constitue la mâchoire inférieure; par exception, elle s'unit à sa congénère sans interposition d'une copula. A ces pièces s'ajoutent encore par la suite quelques cartilages labiaux; d'autres cartilages de môme nature dépendent du crâne.
L'arc hyoïdien se divise également en un hyo-mandibulaire et un cêrato-hyal, articulés entre eux; entre le premier et le carré se voit l'évent ou spiraculum; entre le secorfd et la mandibule se voit un ligament. Le basihyal serf de copula entre les deux cératohyals.
Les côtes manquent chez beaucoup de Rajides ; chez les autres Sélaciens, on les voit s'articuler par paires avec chaque vertèbre, mais elles ne se réunissent point à leur extrémité inférieure elle sternum fait toujours défaut.
Les membres ne proviennent point de la transformation des deux derniers arcs branchiaux, comme l'admettait la théorie de Yarchipterygium, défendue par Gegenbaur et Huxley. L'embryologie montre qu'à l'origine ils sont tout à fait indépendants du squelette.
11 se forme chez l'embryon un repli cutané, qui court tout le long de la ligne médio-dorsale. En arrière delà dernière fente branchiale, on voit d'autre part se former de chaque côté un nouveau repli cutané,
ORDRE DES PLAGIOSTOMES. C3.1 Li marche obliquement vers l'uiius, au voisinage duquel il se rencontre avec son congénère : il en résulte un repli impair et médian, qui se porte jusqu'à l'extrémité postérieure, où il se continue avec le repli dorsal.
Le repli médian impair se résorbe ensuite sur la plus grande partie de son étendue et se réduit au moins à trois tronçons, qui constituent les nageoires dorsale, anale et caudale. Chacune d'elles s'étend sur plusieurs métamères et chacun de ceux-ci envoie à la nageoire correspondante un bourgeon musculaire. 11 se l'orme également, en regard de chaque vertèbre, une tige cartilagineuse qui indique encore plus neltenicnllamétamérisalion de la nageoire. Cette tige, ou rayon, se subdivise secondairement en une série d'osselets placés bout à bout; entre elle et l'apophyse épineuse correspondante on voit même, à la nageoire caudale, se développer des osselets qui la mettent en connexion avec la colonne vertébrale.
Les deux replis inféro-laléraux reçoivent également chacun un bourgeon musculaire et un nerf du mclamère correspondant; mais ces replis ne lardent pas à entrer en régression, sauf en deux points, où se forment les deux paires de membres Ihoraciques et abdominaux.
Le squelette du membre thoracique, ou nageoire pectorale, se compose d'une tige longitudinale ou basipterygium, qui émet à angle droit, par son bord externe, une série de rayons parallèles; ces rayons supportent les parties molles et se continuent par un pinceau de fibres cornées; ils consistent finalement en un grand nombre de rangées d'osselets cartilagineux, non articulés et réunis simplement par du tissu conjonctif. Par la suite du développement, le basipterygium s'est divisé en trois pièces, le propterygium, le mesopterygium et le metapterygium ; ce dernier se divise lui-môme à son extrémité distale en deux pièces plus petites.
Le squelette du membre thoracique est déjà plus ou moins développé quand apparaît la ceinture scapuluire. C'est un arc cartilagineux qui entoure le tronc de chaque côté, en avant du membre, et s'unit à son congénère, sur la ligne médio-ventrale, par un trousseau conjonctif; en haut, il se perd dans l'épaisseur des muscles du dos (Heplanclius) ou s'articule avec la colonne vertébrale {Raja). Cet arc finit par s'unir au membre thoracique et présente à cet effet une articulation vers le milieu de sa longueur: il reste individis, mais on peut néanmoins reconnaître déjà une portion supérieure, scapulum ou omoplate, et une portion inférieure ou coracoïde. Le membre antérieur et la ceinture scapulaire se développent donc d'une façon indépendante et leur union ne se fait que secondairement.
Le membre abdominal, ou nageoire abdominale, se forme de la même façon que le précédent, mais reste toujours à un clat plus
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rudimenlaire. Le busipterygium persiste souvent seul; le mesopterygium ne se montre jamais ; le proplerygium fait défaut ou reste rudimenlaire. La ceinture ■pelvienne, dans laquelle on peut déjà reconnaître un iliaque et un pubis, ne se forme pas isolément, mais résulte, suivant Dohrn, d'une fusion de la portion basilaire de certains rayons. Cbez le mâle, le basipterygium se prolonge par quelques pièces cartilagineuses, souvent très compliquées, qui forment la charpente d'un appareil destiné à maintenir la femelle dans l'acte de la copulation.
La peau est encore parcourue par des canaux muqueux, surtout dans la région antéro-lalérale. Llle est couverte sur toute sa surface d'écaillés placoïdes, disposées régulièrement : elles proviennent d'une invagination du derme dans l'épiderme et ne sont recouvertes par celui-ci que pendant la vie embryonnaire. Ces écailles sont de taille variable : chacune d'elles consiste en une plaque basilaire, surmontée d'un piquant infléchi en arrière et est creusée d'une cavité que remplit une pulpe vasculo-nerveuse.
La bouche a la forme d'une fente transversale, d'où le nom de Plagio stomes : elle est située à la face ventrale, à quelque distance de l'extrémité du museau. Elle est limitée par deux lèvres dont chacune porte à sa face interne plusieurs rangées de dents: celles-ci se sont formées, comme les écailles placoïdes du derme, par une ossification des papilles de la muqueuse; elles sont planes et juxtaposées comme des pièces de mosaïque, ou sont longues, acérées et constituent des armes parfois terribles.
La langue est rudimentaire : c'est un simple épaississement muqueux qui recouvre les copulas des arcs viscéraux et fonctionne comme organe sensoriel ; elle est encore immobile. L'arrière-bouche communique avec les sacs branchiaux ; elle communique en outre avec l'extérieur par Vivent ou spiraculum.
L'œsophage et l'estomac ont une épaisse tunique de muscles striés qui s'épaissit en un sphincter au niveau du cardia, c'est-àdire au point où ces deux divisions du tube digestif communiquent l'une avec l'autre; un autre sphincter s'observe également aupylore, orifice par lequel l'estomac s'ouvre dans l'intestin. L'estomac renferme des glandes en tube, dont . l'épilhélium reste identique à celui de la muqueuse. L'intestin à des muscles lisses ; la valvule spirale qui le parcourt est un simple repli de la muqueuse ; celle-ci ne renferme pas de glandes, mais présente des crêtes ou saillies de nature variée, qui augmentent sa surface. Le rectum est séparé de l'intestin par une valvule muqueuse : avant de déboucher dans la paroi inférieure du cloaque, il porte, appenduc à sa partie supérieure, la glande digiiiforme ou superanale, dans laquelle nous avons reconnu un type
ORDRE DES PLAGIOSTOMES. 60,0
nouveau de glande en tube composée (i). Le cloaque s'est développé au-dessus du rectum en une expansion sacciforme, le sinus urogénilal.
Plusieurs organes prennent naissance aux dépens du pharynx. Un bourgeon épithélial plein se forme sur la ligne médio-ventrale, au niveau du deuxième arc viscéral, puis s'isole et devient le corps thyroïde. La commissure supérieure de l'évent et des quatre premières Tentes branchiales émet également un bourgeon épithélial qui s'enfonce dans les tissus voisins: ces divers bourgeons s'isolent, prolifèrent, puis finissent par se réunir en une masse commune, formée de follicules dos, qui est le thymus. Le corps thyroïde et le thymus existent chez tous les Vertébrés; on ignore leurs fonctions, mais leur grande richesse vasculaire tend à faire admettre que leur rôle n'est pas sans importance; toutefois, le thymus est un organe essentiellement embryonnaire et va en s'atrophiant graduellement chez l'animal adulte.
Le foie et le pancréas sont très développés.
L'appareil circulatoire ne diffère pas essentiellement de celui des Cyclostomes, de même que chez les autres Poissons. Le cône artériel est pourvu intérieurement de trois ou quatre rangées de valvules.
L'appareil respiratoire est divisé en cinq paires de sacs branchiaux, s'ouvrant d'une part dans le pharynx, d'autre part à la surface du cou ; les Nolidanides ou Grisets en ont môme jusqu'à six (llcœanchus) ou sept paires (Hcptanchus). Les arcs branchiaux sont compris dans l'épaisseur des cloisons qui séparent les différents sacs : chaque cloison porte une rangée de lames branchiales à sa face antérieure et une autre rangée à sa face postérieure. L'arc hyoïdien porte souvent lui-môme une branchie.
Le système nerveux central est plus perfectionné que chez les Cyclostomes. Il est protégé par deux membranes : l'externe, ou duremère, est solide etsert depérichondre au crâne ; l'interne, oupie-mère, est sillonnée de nombreux vaisseaux, qu'elle transmet au névraxe.
L'œil est entouré d'une coque conjonctive, ou sclérotique, dans laquelle la cornée est enchâssée à la façon d'un verre de montre. L'iris renferme des fibres musculaires radiaires et des fibres annulaires, qui ont pour but d'élargir ou de rétrécir au contraire l'orifice, ou pupille, dont il est percé en son centre. Le globe oculaire est protégé en avant par deux replis cutanés transversaux, l'un supérieur, l'autre inférieur; mais ces deux paupières sont encore rudimentaires et immobiles. On voit chez quelques espèces (Galeus, Galcoccrdo,
(1) Parla suito, Mac Leod a décrit la glando de llardor dos Oiseaux comme appartenant à ce môme type.
Mmtelus, Triaenodon, Carcharias, Zygsena), se développer dans l'angle interne de l'œil et en arrière des paupières, une membrane nictitante qui reste ordinairement rétractée, muis est capable de s'étaler au-devant du globe oculaire à la façon d'un rideau.
Le pronéphros est transitoire, mais son canal persiste et devient le canal excréteur du mésonéphros. Ce canal se dédouble bienlôt, sauf •dans sa région antérieure, par suite de la formation d'une cloison longitudinale; il donne ainsi naissance à deux canaux distincts. Le supérieur est le canal secondaire du mésonéphros ou canal de Wol/f, le mésonéphros portant plus habituellement le nom de corps de Wolff. 'L'inférieur est le canal de Millier: il se continue avec la portion du ■canal segmentaire restée intacte et s'ouvre en avant dans le cœlôme.
Le mésonéphros devient le rein permanent : les tubes segmentaires se développent par paires dont le nombre correspond d'abord à celui des vertèbres, mais quelques-uns d'entre eux s'atrophient par la suite. Ceux qui persistent se pelotonnent sur eux-mêmes et s'entremêlent avec les tubes voisins: ainsi se forme, de chaque côté de la •colonne vertébrale, un organe plat et allongé, qui est le rein et qui est chargé de séparer du sang, pour les expulser hors de l'organisme, les substances excrémenlitielles résultant de l'activité vitale. Chez le Plagiostome adulte, la segmentation primitive du rein a plus ou moins disparu, mais les néphrostomes s'observent encore à tous les âges, du moins chez un grand nombre de genres (Squatina, Spinax, Acanthius, HexanchùS, Pristiurus, Scyllium, etc.)
Les glandes génitales se forment dans la paroi dorsale du cœlôme, de chaque côlé du mésentère, par une série de modifications successives de Vépithélium germinalif. Le testicule occupe la région antérieure de la cavité péritonéale. Les trois ou quatre premiers tubes segmentaires émettent des branches latérales qui se portent vers le l ■testicule et se réunissent à sa surface en un canal longitudinal, auquel aboutissent les canaux spermatiques. Le sperme doit donc traverser le corps de Wolff, dont le canal, chargé de l'amener dans le
• cloaque, d'où il est expulsé au dehors, fonctionne tout àla fois comme uretère et comme canal déférent. Le canal de Millier reste sans
• emploi et se réduit à un simple vestige attaché au foie.
L'ovaire est encore impair et médian chez quelques espèces, mail
• est pair chez toutes les autres; il n'a aucun rapport avec le canal •segmentaire ni avec ses dérivés. Le canal de Millier est toujours
double: il s'ouvre en avant dans le péritoine, recueille les œuTs au moment où ils se séparent de l'ovaire et les conduit jusque dans le cloaque, d'où ils sont expulsés. Sa portion antérieure est étroite, ciliée et constitue Yoviducte ; sa paroi renferme des glandes nidamentaires, qui déposent autour du vitellus une épaisse couche d'albumine,
OlUtltE DES PLrAGIOSTOMES. 0J!i
puis une coque cornée, très solide chez les espèces ovipares, très milice chez les ovovipures. La portion postérieure est plus large, tion ciliée, séparée de la précédente par une sorte de sphincter: c'est VuU'rus, dans lequel se développe l'œuf des espèces vivipares (ilustclus, Carcharias). Les deux utérus s'unissent en arrière, au niveau môme de leur terminaison dans le cloaque. L'œuf est lélolécilhe et ressemble beaucoup à celui des Oiseaux (tome I, page 134).
Les pores abdominaux sont au nombre de deux et s'ouvrent en arrière des poches anales ; ils manquent chez les Nolidanides, les Ceslracionides et quelques Scyllidcs.
Les Squalides ont le corps allongé, fusiforme; ils sont armés de dents pointues et sont très voraces. Quelques espèces atteignent une grande taille et sont très redoutées. Tous ces animaux sont marins.
Les Disspondyles ont des vertèbres encore peu développées, dont chacune porte deux paires d'arcs, au moins dans la région caudale. Ils ont une seule nageoire dorsale et une nageoire anale et comprennent les Nolidanides ou Grisels. Ces Squales possèdent 6 ou 7 paires de sacs branchiaux. Hexanclais giiseus et Heplanchus cinereus vivent dans la Méditerranée; ils peuvent atteindre jusqu'à 4 mètres de longueur. Leur chair n'est pas consommée, à cause de ses propriétés purgatives.
Les Cyclospondyles n'ont pas de nageoire anale, mais ont deux nageoires dorsales. Laemargus boreahs vit dans l'Océan glacial du Nord; il est long de 4 à 6 mètres. Au Groenland et en Islande, on se nourrit de sa chair, qu'on laisse d'abord se putréfier à demi, pour la rendre moins coriace. Son foie, qui peut peser jusqu'à 100 et ISO kilogrammes, fournit une huile excellente pour l'éclairage, si on le soumet à une douce chaleur; par la cuisson, on en retire encore une huile brune, utilisée en corroierie pour le chamoisage des peaux. La pèche de ce Poisson sur les côtes de Norvège fournit environ 5000 barils d'huile par an.
Les Aiguillais présentent un fort piquant en avant de chaque nageoire dorsale. Centrophorus granulosus est long de lm,50; il se trouve dans la Méditerranée et sur les côtes du Portugal. Les pécheurs de Setubal et des environs s'en vont le pêcher au large par des fonds de 1300 à 1900 mètres; sa chair est salée et consommée dans le pays ; son foie donne de l'huile qui sert pour l'éclairage ou le graissage des pièces de bois.
L'Aiguillât commun (Acanthias vulgaris), le Sagre (Spinax nigev) et IHumantin (Gentrina Salviani) sont de ce môme groupe- on les trouve sur nos côtes. L'huile de leur foie a les mêmes usages que a précédente; on mange parfois leurs œufs. Rondelet pensait que leur « foie avec du miel est bon pour les cataractes »
Les Astàrospondyles ont une nageoire anale el deux nageoires dorsales, La Touille (Lamna comubica) atteint et dépasse môme o mètres de longueur; c'est un animal des plus voraces, armé de dents redoutables; en Vendée, on mange sa chair à l'état frais] dans la mer du Nord, on la sale et on la l'urne. La Lamie [Oxyrhinl Spallanzanu) a jusqu'à 4 mètres de longueur et peut peser plus de 300 kilogrammes ; on h. mange sur les côtes du Languedoc et de la Provence. Carchuvodon lUmdelcti, de la Méditerranée, a parfois plus de 10 mètres de longueur; d'après Rondelet, il est capable d'avaler un Homme tout entier.
Le Pèlerin (Selache maximus) atteint jusqu'à 14 mètres et pèse plus de 8000 kilogrammes ; il habite les profondeurs de la mer glaciale du Nord, mais descend parfois jusque sur nos côtes; on l'a même vu sur celles du Portugal. En Islande, on extrait de l'huile de son foie par l'ébullition et on mange en guise de lard sa graisse, qui est capable de se conserver longtemps.
Le Renard de mer ou Faux (Alopias vulpes) peut dépasser ii mètres; sa nageoire caudale est de dimensions extraordinaires. On le trouve' sur toutes nos côtes ; a Cette, on le sert sur les tables sous le nom de Thon blanc.
Les Scyllides ou Chiens de mer habiLent surtoutles mers chaudes; la grande Roussette (Scyllium ccmicula), la petite Roussette (Se. c.atulus) et Pristiwus melanostema vivent clans les mers'd'Europe. On les mange, bien que leur chair soit dure, indigeste el d'un goût musqué.
Le, foie delà Roussette est ordinairement rejeté; avec raison, si l'on en croit l'observalion suivante, que Lacépède rapporte d'après Sauvage (de Montpellier). « Un savetier de Bias, auprès d'Agde, nommé Gervais, mangea d'un foie de ce Squale, avec sa femme et ses deux enfants, dont l'un était âgé de quinze ans, et l'autre de dix. En moins d'une demi-heure, ils tombèrent tous les quatre dans un grand assoupissement, se jetèrent sur la paille, et ce ne fut que le troisième jour qu'ils revinrent à eux assez parfaitement pour connaître leur état. Ils furent alors plus ou moins réveillés suivant qu'ils avaient pris une quantité moins grande ou plus considérable de foie. La femme, qui en avait mangé le plus, fut cependant la première rétablie. Elle eut, en sortant de son sommeil, le visage très rouge, et elle ressentit le lendemain une démangeaison universelle, qui ne passa que lorsque tout son épidémie fut séparé du corps en lames plus ou moins grandes, excepté sur
OltDRIi DES PLAGIOSÏO.MES. 637
la tôle, où cette exfolialion eut lieu par petites parties, et n'entraîna pas la chute des cheveux. Son mari et ses enfants éprouvèrent les mômes effets. »
Il s'agit sans cloute ici d'un cas d'intoxication par une plomaïne développée dans le foie, celui-ci ayant déjà commencéà se corrompre; peut-ôtre aussi, hien que cela nous semble moins probable, s'agissait-il d'une leucomaïne analogue à celle que nous trouverons bientôt dans les glandes génitales des Plectognalhes.
Chevallier et Duchesne parlent aussi d'accidents causés parle filandre {Galeus canis). « Sa chair est dure, coriace et huileuse ; on dit que le foie de ce Poisson produit en certain temps des coliques dangereuses et une desquamation de l'épiderme. »
Le Milandre et les Emissoles (Mustelus) habitent les mers d'Europe. M. vulgaris est ovipare, tandis que M. laevis est vivipare : les petits, au nombre d'une douzaine environ, se développent dans l'utérus et se nourrissent aux dépens de l'organisme maternel, grâce à une sorte de placenta développé sur la vésicule ombilicale. Ce fait, signalé déjà par Aristote, a été confirmé par Rondelet, en i'6'68. Certains amas cellulaires, groupés le long des vaisseaux et faisant partie de l'épithélium interne de la vésicule ombilicale, sont riches en matière glycogène.
Les Requins (Carcharias) ont une membrane niclitante bien développée, mais sont dépourvus d'évents. On ■connaît leur extrême voracité et les dangers qu'ils font courir aux navigateurs; quelquesuns d'entre eux atteignent de très grandes dimensions; leurs dents sont triangulaires, fort nombreuses et acérées. Le Bleu (C. glaucus) et la Lamie (C. lamia) se rencontrent dans la Méditerranée et dans l'Océan; la plupart des espèces vivent dans les mers chaudes. A ce groupe appartiennent encore les Marteaux, dont la tête présente deux larges expansions latérales portant les yeux.
On donne le nom de Requins à bon nombre de Sélaciens qui ne sont point de vrais Carcharias. Dans tout l'océan Indien, un grand nombre de bateaux font la pêche des Squales : la chair est découpée en lanières, puis salée; les nageoires ou ailerons sont coupées, séchées au soleil et découpées en filaments, à l'aide desquels on prépare un potage très apprécié des gourmets chinois. A Canton seulement, on importe par an environ 700,000 kilogrammes de cette marchandise, dont le prix varie de 125 à 150 francs les 100 kilogrammes.
od° CLASSE DES POISSONS.
L'huile de foie de Squale est parfois employée en médecine; on prescrit de préférence celle qui provient des lloussetl.es, de l'Aiguillai, de l'IIumantin, de l'Emissole et du Renard. Ses indications sont les mêmes que celles de l'huile de foie de Morue et on en obtient des résultats assez satisfaisants ; elle ne diffère d'ailleurs que fort peu de celle-ci quant a sa composition chimique et il n'est pas facile de l'en distinguer.
En général, celle huile est limpide, d'une belle couleur ambrée, d'une odeur et d'une saveur rappelant celles de l'huile de foie de Morue. A la longue, il s'en sépare une grande quantité d'un corps gras, qui est probablement do la stéarine. Un a voulu encore caractériser l'huile de foie de Squale par certaines réactions, mais celles-ci sont trop variables pour constituer un signe certain de reconnaissance : H. Cazin indique, par exemple, que l'huile prend une teinte d'un brun violetfoncé, qui passe au grenat, puis au brun, si on y verse lentement et goutte à goutte de l'acide sulfurique.
Les Rajides ou Hypotrèmes ont le corps aplati, discoïde ou rhomboïdal, par suite de l'énorme développement des nageoires pectorales, qui se réunissent aux nageoires ventrales et en dedans desquelles l'évent et les cinq fenles branchiales s'ouvrent à la face ventrale. Les nageoires impaires sont rudimentuires ; l'anale fait défaut. La queue est grOle et longue, armée d'épines, ou de quelques piquants dentelés, qui produisent des blessures fréquemment envenimées. Ces animaux, dont on connaît environ 30 genres et 180 espèces, vivent clans les profondeurs de la mer.
Les Sqaatinorttjides, dont le corps conserve plus ou moins sa forme en fuseau, comprennent les Scies (I'ridis) et les Rhinobales (Bhinobatus).
Chez les Trygonides, les nageoires pectorales se réunissent en pointe en avant de la téle ; la queue est pointue, eu forme de fouet, souvent sans nageoires et présente de chaque côté, à quelque distance de sa base, un ou plusieurs aiguillons barbelés, dont la piqûre est redoutable.
Les Pastenagues [Trygon pastinaca, Tr. violacea) se rencontrent sur nos côtes. Les accidenls qui suivent la pénétration de leur dard dans les tissus sont souvent graves et seraient même parfois mortels : on éprouve de vives douleurs, qui s'irradient loin du point piqué, et on est pris de convulsions plus
ORDRE DES PLAGIOSTOMES. G:i0 ou moins violentes. En raison de ces faits, les anciens attribuaient à ces Poissons un venin des plus subtils; celle croyancese retrouve chez les premiers naturalistes des temps modernes et s'est perpétuée chez les pêcheurs. C'est, dit Gesner, « 1 animal le plus venimeux de tous les Poissons de mer... Le dard ou flèche possède sur sa longueur des barbes qui font qu'elles ne peuvent jamais être retirées sans peine lorsqu'elles ont été enfoncées... La piqûre de ce dard est si nuisible et si venimeux qu'un Homme blessé succombe à l'empoisonnement et aux douleurs, si on ne lui donne pas immédiatement des remèdes. De même un arbre vert et frais, blessé au tronc par ce dard, périrait aussitôt. »
Les MyliobaHdes ont l'extrémité du museau dégagée du disque formé par les nageoires pectorales. La peau est lisse et nue ; la queue, longue et (lexible, porte une nageoire dorsale et, derrière celle-ci, un dard triangulaire et barbelé, dont la piqûre est comparable à celle du dard des Pastenagues. La Mourine ou Aigle de mer (Myliobates aquila) atteint près de 2 mètres de longueur: elle se pôche sur les côtes de France ; pourtant, on ne consomme point sa chair, peut-êlie à cause du danger que présente sa capture. Le Diable de mer (Cephaloptera giorno.) vit dans la Méditerranée et est de môme taille que la Mourine. Aux environs de New-York, on a capturé un animal de ce même groupe, qui mesurait 6 mètres de long, 6 mètres de large et pesait à peu près '6,000 kilogrammes. Tous ces animaux sont vivipares.
Les Haies ont le corps rhomboïdal ou discoïde; les deux nageoires dorsales sont portées par l'extrémité de la queue ; les pectorales sont armées de piquants chez le mâle, les ventrales sont divisées en deux lobes et très développées ; la peau est couverte d'épines dont la forme varie suivant le sexe. Toutes les Raies sont ovipares ; leur chair est estimée. Le genre Raja comprend environ 40 espèces, dont 17 vivent sur nos côtes : les plus communes sont R. bâtis, R. alba, R. clavala.
En 1 8 î G , Ch. Robin a découvert dans la queue des Raies un appareil électrique situé au-dessous de la peau, de chaque côté de la colonne vertébrale. Cet appareil consiste en plusieurs colonnettes juxtaposées, formées chacune d'une série de disques empilés et séparés par des cloisons conjonctives : il rappelle ainsi la disposition de la pile de Voila; il reçoit ses nerfs de la moelle épinière.
Un appareil analogue, mais bien plus développé, s'observe
chez 1CIS Torpilles, qui vivent surtout dans les mers IronicaW
*ties ci Tprenneni ics genres
Uypnos, Jhscopyge, Astrale et Temera. Ces curieux Poisson sont représentés sur nos côtes par Torpédo oculata (fis 85',) T. marmorata et T. nobiliana, celle dernière espèce était la plus rare. Le corps est nu et arrondi en avant; la queue est courte charnue et porte deux nageoires dorsales; les nageoires abdominales sont bien distinctes.
Quand on touche une Torpille vivante, on reçoit une décharge électrique assez violente pour engourdir la main ou même le bras
tout entier. Celle propriété était déjà connue d'Arislote ; elle excita vivement la curiosité de tous les naturalistes, mais ne put recevoir une explication satisfaisante qu'à la fin du siècle dernier, par suite de la découverte de l'électricité. La nature électrique des décharges fournies par la Torpille fut reconnue par John Walsh, en 1773, au moyen d'expériences faites dans l'île de Ré, puis répétées devant I l'Académie de la Rochelle. Jusqu'alors, on avait attribué ces phénomènes à un froid subit et intense, comme le montre, par exemple, ce passage de Pierre Belon : « La Tremble, que les Grecs ont nommée Narce, et les Latins Torpcdo, pour ce que le seul maniement d'icelle I fait trembler la main de celuy qui la touche, la rendant si froide et endormie, qu'il ne s'en peult de long temps après bien aider... on tient que s'il est appliqué à la plante des pieds, ainsi que la tenche, il oste la fiebure : et en appaise Ja chaleur. «
Fig. S5.r>. — Torpédo oculata, vue par la face ventrale.
g L'appareil électrique acquiert, chez la Torpille, des dimensions considérables. Il occupe toute l'épaisseur du corps et est représenté] par une masse réniforme, disposée de part et d'autre de la ligne médiane, dans les deux tiers antérieurs et dans presque toute la largeur du disque. Ces masses latérales
ORDRE DES PLAGIOSTOMES. Ml
sont formées d'un grand nombre de colonneltes polygonales, étroitement juxtaposées, bien que séparées les unes des autres par des cloisons de tissu conjonclif. Chaque colonnette verticale est elle-même constituée par la superposition d'un nombre considérable de lames polygonales de deux sortes et régulièrement alternes, les unes de tissu conjonclif, les autres de tissu électrogène (Ch. Hobin).
La lame conjonctive est décomposable en plusieurs lamelles superposées, dont les médianes sont les plus épaisses; elle renferme une couche de vaisseaux sanguins, interposée à deux couclies de fibres nerveuses à myéline. La laine électrique se réfléchit inférieurement sur tout son pourtour, de façon à présenter l'aspect d'une cuvette renversée ; elle repose sur la lame sous-jacenle et l'espace interposé entre ces deux lames est comblé par la lame conjonctive dont il vient d'être question.
Lalame électrique al'aspeci de la gélaline, mais est plus résistante: elle se laisse décomposer en plusieurs couches, qui sont, de bas en haut (d'arrière en avant, chez la Raie): 1° une lamelle nerveuse on ventrale, sur laquelle les nerfs se terminent par des arborisations; de celles-ci parlent des bâtonnets nerveux ou cils électriques, qui traversent obliquement la lamelle et se terminent à sa face supérieure, en plongeant librement dans des espaces remplis de liquide; 2° une couche intermédiaire renfermant des noyaux; 3° une couche uuhisle très mince ou lamelle dorsale; 4° enfin une mince couche conjonctive. La lamelle dorsale se réfléchit inférieurement, en môme temps que les bords de la lame électrique: il en résulte que toutes les lames d'une même colonnette sont réunies les unes aux autres par leurs lamelles dorsales.
Telle est, suivant Ranvier, la structure de l'appareil électrique de la Torpille. Les nerfs qu'il reçoit sont au nombre de cinq et proviennent des lobes électriques. Ceux-ci sont particuliers à la Torpille : ils se développent sur le plancher du quatrième ventricule et forment, chez l'adulte, deux grosses masses confondues en arrière, mais séparées en avant par un sillon. Ils renferment un nombre considérable de cellules nerveuses gigantesques, origines des filets que nous avons vus se terminer par les cils électriques.
Supposons que, sous l'influence d'un processus chimique vital, il se Tasse dans ces cellules une décomposition du fluide électrique et que le fluide positif se dégage par leurs nombreux prolongements ramifiés, tandis que le négalir chemine dans le cylindre-axe jusqu'aux cils électriques. Le fluide négatif se trouvera donc accumulé dans Blanxuaud. — Zool. méd. tt i.
ceux-ci et dans toute la lamelle ventrale; par contre, la lamelle dorsale se chargera d'électricité positive. On se rappelle que toutes les lames électriques sont en contact parleurs lamelles dorsales; de môme, on peut dire que toutes lamelles ventrales sont réunies les unes aux autres, quoiqu'indirectemenl, partl'intermédiaire des nerrs. L'appareil a donc une frappante analogie avec une batterie chargée en surface: l'ensemble des lamelles dorsales correspond à l'armature positive; l'ensemble des lamelles ventrales et des nerfs correspond à l'armature négative.
La sensation qu'on éprouve au contact d'une Torpille est assez semblable à celle que donnerait une bouteille de Leyde, mais elle est moins soudaine. La décharge paraît unique, mais Marey a montré qu'elle résultait en réalité de la somme d'une série de décharges successives. Les conditions de sa production ressemblent beaucoup ;i celles de la contraction musculaire, ce qui ne saurait surprendre, puisque le tissu éleclrogône n'est qu'une modification du tissu musculaire strié. La décharge peut se produire à la|volonlé de l'animal, par voie réflexe ou à la suite d'une excitation direcle du lobe électrique ; dans ce dernier cas, on constate qu'il n'y a pas entre-croisement fonctionnel. Si on sectionne tous les nerfs électriques d'un côté, la fonction est abolie de ce côté, mais persistejlu côté sain; l'excitation du bout périphérique des nerfs sectionnés donne une décharge. Contrairement à ce qui a lieu avec les muscles striés, le curare n'agit point sur les terminaisons des nerfs dans la lame et laisse intacte la fonction électrique.
L'huile de foie de Raie s'emploie comme succédané de l'huile de foie de Morue; sa valeur commerciale est beaucoup moindre et ses propriétés thérapeutiques semblent être moins actives. Elle provient surtout de Raja, clavata, de R. bâtis, de Trygon pasiïiiaca et de Myliobatis aquila. On l'obtient en faisant bouillir les foies dans l'eau et en recueillant le corps gras qui surnage; ou bien on coupe les foies en petits morceaux, puis on chauffe au bain-marie dans une bassine sans eau : l'huile se sépare et on l'isole en jetant le tout sur un filtre de laine.
Cette huile, dont la composition est à peine connue, est difficile à distinguer des autres huiles de Poisson. Suivant II. Ca/.in, l'acide sulfurique concentré, versé goutte à goutte, produit une tache violet brunâtre, qui n'atteint pas le bord du dépôt d'huile; le cenlre delà tache devient rouge et se couvre de stries brunes; il se forme une auréole d'un blanc grisâtre opaque, passant par place au jaunâtre. Girardin et Prunier l'ont vue conserver sa teinte jaune normale dans un courant de chlore; l'acide sulfurique lui donne une colora-
ORDRE DES CH0NDR0STÊIDES. 0« ton rouge clair qui, au bout d'un quurl d'heure d'agitation, passe au violet foncé. Traitée par la potasse en solution au dixième et à chaud, elle dégage une odeur de Valériane.
Sous-classe des Ganoïdes.
ORDRE DES CtlON DROSTÉI DES
Ces Poissons de grande taille ont une nolocorde persistante; les corps vertébraux ne sont pas développés, mais les arcs inférieurs et supérieurs existent et des pièces intercalaires sont môme interposées à ces derniers. La gaine de la notocorde est devenue épaisse et résistante. Au voisinage de la tûte, les arcs se fusionnent en un canal cartilagineux continu, qui est confondu avec le cartilage crânien. Les arcs inférieurs restent courts (Pohjodon Lacôpède) ou s'allongent et produisent chacun une côte articulée à sa base {Acipenser). Le crâne primordial persiste en entier et présente de grandes ressemblances avec celui des Squales. En dehors de lui, il se développe un crâne osseux; de plus, le suspenseur de la mâchoire, la mâchoire ellemême et l'opercule s'ossifient. La téte se prolonge en un museau effilé, pourvu de barbillons. La nageoire médiane est d'abord continue; elle entre ensuite en régression, mais persiste en certains points et forme les nageoires dorsale, anale et caudale; cette dernière est hétérocerque. Les nageoires ventrales et dorsale sont reportées très loin en arrière. Le bord supérieur et le rayon antérieur des nageoires est orné d'épines osseuses ou fulcres, qui sont caractéristiques des Ganoïdes.
La peau est nue chez Polyodon; elle est rugueuse et ornée, chez Acipenser, de cinq rangées longitudinales de larges plaques osseuses carénées.
La bouche s'ouvre à la face ventrale, très loin de l'extrémité du museau; elle est prolraclile et dépourvue de dents ou n'a de dents que pendant lejeune âge (Pohjodon) ; la lèvre postérieure se développe plus ou moins. Au niveau du pylore, le tube digestif présente un appendiee pylorique, poche impaire, à forte musculature, résultant d'une invagination de la portion initiale de l'intestin grêle. Ce dernier est encore parcouru par une valvule spirale. Le pancréas existe chez Acipenser, mais manque chez tous les autres Ganoïdes.
Les cloisons qui, chez les Cyclostomes et les Sélaciens, s'étaient développées sur les arcs branchiaux et divisaient l'appareil respiratoire en une série de poches, n'existent plus ici. Les branchies, au nombre de quatre paires, sont libres sur toute leur étendue et sont renfermées dans une cavité commune, située en arrière et sur les côtés de
la bouche. Elles sont recouvertes extérieurement par l'opercule sorte de volet cartilagineux annexé à l'arc hyoïdien. Le cinquième arc bran.! Chiul n a pas disparu, mais il ne porle plus de branchies. L'existence d'un évent, sauf chez Scaphirhynckm, prouve d'auLre part que les Ganoïdes possédaient autrefois un plus grand nombre de branchies : le bord antérieur de l'évent porte d'ailleurs encore 10 à ta lamelles branchiales, conslituant une pseudorbranchie dépourvue de toute fonction respiratoire. Une vraie branebie, correspondant à celle qui, chez les Sélaciens, est attachée à l'arc hyoïdien, se voit encore à la face inlerne de l'opercule.
Pour respirer, le Poisson ouvre et Terme alternativement la bouche : pendant le premier temps, les arcs branchiaux se soulèvent, s'écartent, puis sont baignés par l'eau qui a envahi la bouche; pendant le second temps, les arcs branchiaux s'abaissent et se rapprochent, l'eau soulève l'opercule et s'échappe au dehors.
Chez tous les Ganoïdes, la portion antérieure du tube digestir donne naissance à un diverticule ou vessie natatoire qui atteint de grandes dimensions, se loge entre le rachis et l'intestin et reste en communication avec le tube digeslif par un canal. Gel organe présente d'ailleurs de grandes variations de l'orme et déstructure : chez Acipen'ser, il est ovale, légèrement effilé en arrière, revêtu intérieurement d'ôpithélium vibralile et rempli de gnz; le ditctus pneumaticus s'ouvre par une fente dans la paroi dorsale de l'estomac.
L'encéphale ressemble à celui des Sélaciens, en raison du grand développement des régions antérieures ; il rappelle d'autre part celui des Dipneustes et des Batraciens, par suite delà réduction du cervelet et de l'absence presque complète des lobes inférieurs. Les narines s'ouvrent à la face supérieure du museau et plus ou moins sur le côté, entre l'œil et la pointe du inuseau, caractère qui s'observe désormais chez tous les Vertébrés.
Les deux pores abdominaux sont très larges : ils s'ouvrent entre l'orifice uro-génital et l'anus, sur les lèvres qui entourent ce dernier.
L'appareil urinaire rappelle celui des Sélaciens. Les deux reins (mésonéphros) sont très développés et se fusionnent dans leur moitié postérieure; on ne retrouve chez l'adulte aucun néphroslome. Le canal de Wolff court le long de leur face externe et reçoit l'urine par un grand nombre de canalicules; un peu en arrière du poinl où les deux reins se fusionnent, il reçoit le canal de Millier, du moins chez la femelle, puis conlinue son trajet en arrière; il se réunit ensuite à son congénère et débouche dans le cloaque, un peu en arrière de l'anus.
Les testicules sont situés à la face venlralo[des reir.s. Le lord 'e chacun d'eux esl occupé par un canal collecteur du sperme, clos à -es
ORDU'E DES CUONDIlOaTÉIDES. 6i5
deux extrémités et émettant un grand nombre de petits tubes qui, passant dans le mésorchium, vont se jeter dans le rein. Celui-ci reçoit donc tout le sperme et son canal excréteur, chargé d'évacuer tout à la Tois l'urine et le sperme, est un véritable canal de Lmjdig.
Les ovaires n'ont aucune connexion avec les oviductes. Ceux-ci s'ouvrent librement dans le cœlôme, par leur extrémité antérieure, mais se jettent en arrière dans le canal de Wolff. Celle disposition lient à ce que le canal seginentaire, devenu le canal excréteur du mésonephros, ne s'est dédoublé en canal de Wolff et en canal de Millier que dans sa partie antérieure, mais a gardé son caractère primitif dans toute sa moitié postérieure. Le canal de Wolff n'est en connexion qu'avec le mésonéphros et, par conséquent, fonctionne simplement comme uretère.
L'œuf est large de 2 millimètres et entouré d'une double coque, recouverte d'une couche de cellules dérivées du follicule; la coque interne est percée à l'un de ses pôles de o à 13 micropyles. La segmenlation est totale, mais très inégale et a de grandes analogies avec celle de la Grenouille (tome [, page ICI), si ce n'est que le vitellus nutritif se fragmente moins activement et ne donne qu'un petit nombre de gros blastomères.
La larve après l'éclosion mesure de 7 à 12 millimètres : elle porte en avant de la bouche deux paires d'appendices, qui correspondent peut-être aux barbillons, à moins qu'ils ne soient l'analogue d'un curieux organe d'adhérence que présente la larve de Lepidosteux. Contrairement à ce qui s'observe chez les autres Vertébrés, la masse vilelline est contenue dans le tube digestif, non pas en arrière du foie, c'est-à-dire dans l'intestin, mais en avant du foie, c'est-à-dire dans l'estomac.
Polyodon (Spatalaria) folhim vit dans le Mississipi et ses affluents; P. gladius vil dans le Yang-tse-Kiang ou fleuve Bleu et atteint une longueur de 6 à 7 mètres. Scaphirhynchus cataphractus se rencontre dans le Mississipi et ses affluents; trois autres espèces habitent les eaux douces de l'Asie centrale.
Les Esturgeons (Acipenser L.) sont, pour la plupart, de grande taille et nomades, vivent dans la mer, mais remontent fort loin dans les fleuves, à l'époque du frai, pour y accomplir leur ponte. Quelques espèces sont cantonnées dans les grands lacs des régions tempérées de l'hémisphère boréal : elles remontent également dans les fleuves au moment de la ponte. Les jeunes ne tardent pas à descendre à la mer; ils ne remontent dans les fleuves que lorsqu'ils sont aptes à la reproduction.
■ Tous ceux chez lesquels les plaques dorsales sont armées d'une épine centrale vivent dans les eaux douces de l'Amérique du Nord;
ceux, au contraire, chez lesquels L'épine est reportée au l>ord postérieur de la plaque dorsale appartiennent à l'ancien continent, lin Asie, on les trouve surtout dans le nord de l'Océan Pacifique, dans les grands lacs de l'Asie centrale et dans les fleuves qui en sont tributaires. En Europe, ils habitent surtout la mer Noire, la mer d'Azov et la mer Caspienne; quelques espèces vivent dans la Méditerranée et l'Adriatique; une espèce au moins (A. slurio) se rencontre encore dans l'Océan Atlantique, la mer du Nord, la mer Baltique et jusque sur les côtes de Norvège et d'Islande.
Acipenseb sTunio Linné. — Cette espèce a la lèvre postérieure épaisse et fendue par le milieu ; les écailles du dos sont imbriquées; la peau est rendue grenue comme le chagrin par de petites écailles obtuses. Ordinairement longue de 2 mètres, elle peut atteindre jusqu'à 6 mètres. Elle vil dans la Méditerranée, la mer Adriatique, l'Océan Atlantique, la mer du Nord et la mer Baltique. Elle remonte dans tous les fleuves de France; on l'a pêchée à Paris et jusque dans l'Yonne.
A. nuso L. — Le grand Esturgeon ou Bélouga ressemble beaucoup au précédent, mais ses petites écailles sont pointues. Sa longueur peut atteindre prés de 8 mètres et son poids jusqu'à 1,000 kilogrammes. Suivant Pallas, on aurait capturé dans la mer Caspienne, en 1767, une femelle pesant 1,400 kilogrammes et Renfermant 400 kilogrammes d'œufs. On trouve surtout celte espèce dans la mer Noire, la mer d'Azov, la mer Caspienne, les grands lacs de Tartarie el les fleuves qui s'y jettent; elle est très rare dans la Méditerranée et dans l'Adriatique. Elle fraye dès le premier prinlemps et se trouve déjà dans les fleuves avant la fonte des glaces : elle remonte le Volga jusqu'à Checkma et le Danube jusqu'à Budapest. D'après Pallas, on caplurait annuellement en Russie, à la fin du siècle dernier, plus de 100,000 individus de cette espèce.
En Amérique ou d'ans la mer Adriatique, la pèche des Esturgeons ne donne lieu qu'à un mouvement commercial très restreint; en Sibérie, en Russie et sur le bas Danube, elle est au contraire l'objet d'un commerce considérable et elle est réglementée par de curieuses prescriptions.
La ebair de l'Esturgeon est délicate et très recherchée. Une petite portion est consommée sur place ou à l'état frais; la plus grande partie est préparée en conserves. Dans ce but, on congèle la viande ou on la dessèche; souvent encore on la sale, puis on la dessèche à l'air, ce qui constitue le bahjh. Le Poisson congelé a conservé presque toutes les qualités du Poisson frais.
ordreIdes ghondrobtéides.
[es salaisons ou les conserves fumées son! souvent le siège d'une putréfaction lente ou de phénomènes chimiques qui font que leur Ingestion est suivie d'intoxications violentes, causant parfois la mort. Anrcp a observé a Charkov plusieurs cas de ce genre, dont cinq furent mortels, après la consommation d'Esturgeon salé. Le principe toxique était une ptomnïne amorphe, très active, peu soluhlc dans l'eau, destructible par l'ébuUition, par les alcalis caustiques et les acMes; ses composés salins étaient très solubles.
Sous le nom de vésiga ou viaziga, les Russes uliliscnt encore en cuisine la nolocorde de l'Esturgeon préalablement séchée à l'air: elle se gonfle beaucoup en cuisant dans l'eau. Eu Vénélie, on consomme aussi, sous le nom de chinalia ou spinachia, la corde dorsale salée et fumée.
Les œufs de l'EsLurgeon Jsont également très recberebés et e nstituent le caviar, mets très apprécié en Russie, en Turquie, sur le bas Danube, en Grèce et en Arménie; on n'en consomme qu'une faible quantité dans le reste de l'Europe. On arrache l'ovaire, puis on le malaxe sur un tamis, à travers les mailles duquel les œufs tombent : on les sale et on les conserve dans des tonnelets de Tilleul, ce bois ne leur communiquant aucun goût étranger.
Le caviar le plus estimé est fourni par A. huso : les grains en sont gros et de belle apparence. Celui du Sterlet (A. rulhcnus) est peu apprécié, à cause de la petitesse de ses grains et bien que son goût ne soit pas moins délicat que celui du précédent. Le commerce du caviar est très important : on estime à 48,000 kilogrammes la quantité qui s'expédie annuellement des pêcheries de Bojik-Tromisel et à 2,560,000 kilogrammes la quantité fournie parles pêcheries delà mer Caspienne; le meilleur caviar vient d'Astrakan. Ce mets passe pour échauffant et excitant. Aldrovande rapporte que le pape Jules II en consommait avec un tel excès que sa mort doit être attribuée à cet usage immodéré.
La vessie natatoire des Esturgeons sert à fabriquer Vichthjocolle ou colle de Poisson. Dès que le Poisson est capturé, sa vessie natatoire est enlevée avec précaution, lavée à grande eau jusqu'à ce que toute trace de sang ait disparu, puis pendue et plongée vingt-quatre heures dans l'eau glacée. On la fend ensuite suivant sa longueur et on la fait sécher au soleil, la
6i8 CLASSE DES POISSONS,
face interne élanl retournée en dessus. On enlève alors lu membrane externe, qui est salée et vendue pour l'alimentation; la membrane interne est séchée, soumise à la presse et constitue l'ichthyocolle.
On connaît plusieurs sortes d'ichtbyocolle, différentes par leur provenance et par leur aspect. La sorte en feuilles provient du Bélouga. Celle du Sterlet, qui est la plus estimée, est au contraire roulée en petit cordon, puis contournée en lyre; celle qui vient de l'Oural est en cœur ou gros cordon. On distingue encore le collier de Cheval ou grande lyre, et la livre. Celte dernière est la moins appréciée : elle se prépare sur les bords de la Baltique en faisant macérer dans l'eau bouillante la peau, l'estomac, l'intestin, les nageoires et la vessie natatoire d'A. slurio coupés en morceaux.
L'ichthyocolle est très utilisée dans les arts et dans l'industrie. De bonne qualité, elle doit être translucide, lisse, inodore, à peu près insipide et se dissoudre presque sans résidu dans l'eau bouillante; par le refroidissement elle se prend en gelée, même si on l'a dissoute dans trente fois son poids d'eau. En confiserie, elle sert pour la fabrication des bonbons ; en pharmacie, pour la préparation des gelées et des capsules; c'est elle encore qui, étendue en couche mince à la surface du taffetas, donne le sparadrap connu sous le nom de taffetas d'Angleterre.
La sous-classe des Ganoïdes comprend encore trois ordres. Les Crossoptébygieiss sont réduits à deux genres et à quatre espèces, de l'Afrique tropicale : le genre Polypterus habile le haut Nil et le Sénégal, le genre Culamoichthys est du Vieux-Calabar ; le corps est entièrement recouvert d'écaillés ganoïdes ou rhomboïdales. Les Eoganoïdesou Rhombifèrcs ont des écailles rhomboïdales, osseuses, encroûtées d'émail. Le genre Lepidosteus est représenté par plusieurs espèces dans les grands fleuves de l'Amérique du Nord et à Cuba. Les Auiades ou Cyclifércs ont de grandes écailles émaillées et arrondies. Le genre Amia, dernier représentant de cet ordre, comprend une dizaine d'espèces, qui paraissent être limitée«"au bassin du Mississipi ; ses affinités avec les Poissons osseux sont très étroites.
Les Ganoïdes ne sont plus représentés, dans la nature actuelle, que par un très petit nombre de formes, dont nous avons donné l'énumération.
SOUS-CLASSE DES TÉLÉOSTEENS. 049 Ces animaux sont des plus hélérogènes et ne présentent qu'un nombre très restreint de caractères communs. Ils dérivent vraisemblablement de plusieurs souches différentes, bien que voisines, et constituent un groupe de transilion, d'où dérivent les Teléostéens d'une part, les Dipnoïques et les Stégocéphales d'autre part.
Sous-classe des Teléostéens.
Chez les Poissons osseux, les vertèbres sont en forme de sablier, biconcaves et réunies entre elles par des ligaments fibreux; leur nombre est moindre que chez les Sélaciens. La nolocorde est interrompue, mais remplit encore les concavités des vertèbres; il n'y a jamais qu'un arc neural par myotome. La queue, d'abord homocerque, devient hétérocerque.
Le crâne acquiert une extrême complication. Le trou occipital, par lequel l'encéphale se continue avec la moelle épinière, est entouré de quatre os : en haut, le sus-occipital; en bas, le basioccipital ; de chaque côté, l'exoccipital. Le basioccipital est creusé en arrière d'une cavité remplie de notocorde, ce qui le fait ressembler à un corps vertébral ; ou bien il présente un condyle qui s'articule avec la cavité antérieure de la première vertèbre.
En avant de la région occipitale se voit la région auditive. Elle occupe les parties latérales du crâne et comprend : en bas et en avant le prootique, rocher ou petrosum; en haut et en arrière, le squamosal ou ptérotique ; en haut et en avant, le post frontal ou sphénotique ; à côté de ce dernier, se voit souvent aussi un intercalaire ou opisthotique. En arrière de ceux-ci, on trouve Yépiotique, intercalé entre le sus-occipital et le squamosal et par l'intermédiaire duquel l'extrémité supérieure de la ceinture scapulaire s'unit au crâne. Les prootiques peuvent se réunir sur la ligne médiane et contribuer ainsi à former, en avant du basi-occipital, un os médian, le basiotique.
Ce dernier est précédé généralement d'un basisphénoîde, au-dessus duquel se voit de part et d'autre un alisphénoide, et souvent aussi un orbitosphénoide. Ces os circonscrivent l'orbite en bas et en arrière. En avant de celle-ci, la portion postérieure et externe du cartilage elhmoïdien s'ossifie pour donner Vectethmoïde ou préfrontal.
Tous les os énumérés jusqu'ici se sont développés dans le périchondre du crâne primordial. Ils limitent la boîte crânienne en bas et sur les côtés ; mais celle-ci resterait ouverte en haut, si elle n'était fermée par d'autres os. Ce sont, en arrière, les deux pariétaux, précédés des frontaux, souvent unis en une seule pièce; plus en avant se voient les nasaux, unis ou non en un seul os, et un nombre variable d'osselets situés au voisinage des narines. Tous ces os sont percés de
CLASSÉ UliS POISSONS.
canaux muqueux appartenant au système de la ligne latérale.
Il se forme encore, sur toute la longueur de la base du crâne, une longue tige osseuse, le parasphénoïde, qui limite en bas la cavité orbitaire. Elle se continue en avant parle vomer.
La tôte comprend encore un certain nombre d'os qui ne font plus partie du crâne, mais appartiennent à la face ou aux arcs viscéraux. A la face appartiennent réellement les prémaxillaires ou intermaœillaires, et les maxillaires auxquels peut s'ajouter un jugal en arrière.
Un certain nombre d'autres os constituent l'ttro palatin, comparable <i une paire de côtes et suspendu à la face inférieure du crâne. Ce sont: en haut et en arrière, le métaptérygolde ; en haut et en avant, le palatin, Yectoptêrygoïde, et l'entoldrynoide ; en bas, le carré. C'est ce dernier ou ses dérivés qui s'articule avec la mandibule, dans toute la suite des Vertébrés. A l'exemple des inlermaxillaires et des maxillaires, du vomer, du parasphénoïde, la plupart des os de l'arc palatin peuvent porter des dents.
Le premier arc viscéral ou arc mandibulaire comprend trois segments, la gnalhostèle s'étant divisée en deux os : le supérieur, de grande taille, réuni au crâne par une suture, est l'hyomandibulaire, [anamanâibulaire d'Albrecht) ; au-dessous se trouvent le symplecliquc [mêtamandibulaire d'Albrecht), puis le cartilage de Meckel. Il se forme auteur de ce dernier un os dentaire ; dans la portion proximale de en même cartilage se développent un articulaire, un angulaire', parfois aussi un corono'idc. Les deux mâchoires inférieures sont unies en avant par du tissu conjonctif, et non par une copula.
Au bord postérieur de l'hyomandibulaire, il se forme chezl'embryon un repli cutané qui constitue l'opercule et dans l'épaisseur duquel se développent quatre pièces osseuses, savoir : un pré-opcrculairc semilunaire, un operculaire articulé avec une apophyse de l'hyomandibulaire, un inier-operculaire et un sous-operculaire.
Des deux portions primitives de l'arc hyoïdien, l'hypohyoïde persiste seul. L'épihyoïde est représenté par un ebondro-ligament qui va s'insérer sur le crâne; sa portion inférieure s'est pourtant ossifiée eu une pièce (le métahyoide d'Albrecht) qui s'articule d'une part avec l'hypohyoïde, d'autre part avec l'angle posléro-infôrieur de l'hyomandibulaire, par l'intermédiaire d'un petit cartilage. Pour avoir mé- -connu la signification du chondro-ligament susdit, la plupart des auteurs ont cru devoir rattacher l'hyomandibulaire à l'arc hyoïdien et lui ont donné le nom impropre qu'il porte (1).
(1) La question des liomoiogies des os de la tête, et particulièrement cello •dos modifications subies par les arcs mandibulaire et hyoïdien dans la série des Gnathostomes, sont au nombre des plus difficiles problèmes de l'anatomiâ
SOUS-GLA<SSE DUS TÉLÉOSTÉENS. Coi Lu ceinture scapulaire est diversement conformée : elle comprend d'ordinaire un arc osseux dans lequel on dislingue une omoplate ou une clavicule, une sus -clavicule, et une post -clavicule. Celle ceintura s'attache au crâne par une série d'osselets; en bas, elle s'unit à sa congénère par du tissu fibreux. Elle porte la nageoire pectorale, formée" d'un certain nombre d'os dont les homologies ne sont pas établies : Cuvier et Valenciennes distinguent un humérus, un cubitus et un radius juxtaposés, une rangée dos du carpe et des rayons correspondant aux doigts; Huxley reconnaît au contraire une omoplate ou scapulum, un coracoïde, des cartilages basilaires, dont le nombre maximum est de cinq, et des rayons.
La ceinture et les nageoires abdominales ne sont pas toujours situées à l'extrémité postérieure de l'abdomen, mais peuvent se rapprocher plus ou moins de la ceinture et des membres thoraciques : d'où de bons caractères pour la classification ; elles peuvent môme faire défaut (Malacoplérygiens apodes). Le bassin se réduit à un os, qui n'a aucune connexion avec la colonne vertébrale/mais correspond aux cartilages basilaires de la ceinture thoracique et supporte les rayons de la nageoire.
La nageoire dorsale, simple (Clupca, Melelia, Cyprinus, Cobitis, ESOit!) ou double (Truchinus, Mugil, Sphyrsena, Caranx, Gobius, Perça, est supportée par les os interépineux, indépendants du raclris. Ses rayons sont mous(MALACOPTÉnYGiEKs) ou durs et épineux (Acanthoptérygie.ns). La nageoire anale, ordinairement simple, est supportée par des os analogues. La caudale est supportée par une pièce osseuse résultant de la fusion des dernières vertèbres caudales.
La peau renferme dans toute son étendue des écailles imbriquées, cycloïdes ou cténoïdes, et de configuration variable suivant les genres et les espèces; celles de la ligne latérale, sont généralement cannelées. Ces écailles dérivent du derme : elles sont creusées de canalicules dans lesquels s'engagent des capillaires sanguins; elles sont recouvertes par l'épiderme. Celles du pourtour de l'orbite se disposent en un anneau simple ou double (Corccjonus) de lamelles osseuses, qui protège le globe oculaire.
La peau ne renferme jamais de glandes, sauf chez quelques Poissons venimeux (Truchinus, Thalassophryne). La couche superficielle du derme contient parfois des chromulophores qui fonctionnent delà môme façon que chez les Céphalopodes (Pleuroneclcs, Labrus, Truchinus, Callionymus) .
Les dents sont très inégalement développées; elles ont la même
• comparé. Dion qu'un grand nombre d'observateurs on aient abordé 1 étude, la lumière est encore loin d'être fuite.
origine que les écailles ; elles se forment jusque dans lu pharynx. Les appendices pyloriques présentent des variations tout aussi grandes : "ii n'en trouve qu'un seul chez Ammodytes, que. deux chez Mombus maximus, de 3 à 5 chez les autres Pleuronectides; en revanche, on en compte 60 chez Salmo labrax et 191 chez Scombtr scombrus ; ils font défaut dans un bon nomhre de cas (Lophobranches, Plectognathcs, Siluroïdes, Lahroïdes, Cyprinodontes)! On a cru que les appendices pyloriques remplaçaient Je pancréas, qui manque en effet ou reste rudimentaire chez la plupart des Tôléostéens, mais ces deux sortes d'organes coexistent parfois (Salmo salar, Clupea harengut). Le suc élaboré par ces appendices est alcalin : il digère l'amidon et transforme les alhuminoïdes en peptones.
Les hématies ont la môme structure et sensiblement la môme taille que chez les Ganoïdes : elles mesurent 13 jj. sur 8 p. chez Cyprinus. L'embryon possède six paires d'arcs branchiaux, mais l'adulte n'en a plus que quatre, parfois même trois ou deux.
L'évent existe chez l'embryon ; son bord antérieur est muni d'une pseudo-branchie qui persiste fréquemment.
La présence d'une vessie natatoire est habituelle. Cet organe, dont la forme est très variable, s'ouvre dans le pharynx, plus rarement dans l'estomac (Glupéides) ; son conduit reste toujours perméable chez les Physostomes ; il s'oblitère et persiste à l'état de cordon fibreux ou même s'atrophie finalement chez les Piiysoclistus (Lophobranches, Pharyngognathes, Acanthoplérygiens, Anacanlhines). La vessie est remplie de gaz qui, dans aucun cas, ne proviennent de l'atmosphère ou des gaz dissous dans l'eau, mais sont simplement exsudés par sa paroi; ces gaz, dont la proportion centésimale varie, sont au nombre de trois principaux: on trouve de 80 à 98 p. 100 d'azole, jusqu'à 20 p. 100 d'oxygène et jusqu'à 5 ou G p. 100 d'acide carbonique.
On croyait naguère que le Poisson était capable de se rendre plus lourd ou plus léger, en diminuant ou en augmentant à volonté le volume de sa vessie natatoire, qui aurait agi à la façon d'un ludion. Les expériences d'Armand Moreau ont montré que l'animal n'exerce aucune action sur le volume de sa vessie et que celle-ci, loin de faciliter les déplacements verticaux, y met plutôt obstacle.
La vessie natatoire de quelques Téléosléens est utilisée en divers pays pour la préparation d'ichlhyocolles de moindre qualité que celle des Esturgeons, h'ichthijocolle de l'Inde provient de Polynemus indicus, P. plebcjus, Belone megalostigma, Silurus raila et quelques Aries. Celle de Chine est fournie par Scisena lucida, OtolUhus maculalus et Anguilla pehinensis. La
SOUS-CLASSE DES TÉLÉOSTÉENS. 0:i3
sorte de Cayenne et du Brésil, connue dans le commerce sons les noms de colle de Machoiran ou de colle de la Guyane, provient du Machoiran (Silurus Parkeri).
On distingue encore plusieurs sortes défausses ichlhyocolles. La colle de Poisson vitreuse est fabriquée avec les écailles de la Carpe; la colle d'écaillés du Sénégal, avec celles du Capitaine ffleter'olis). Une autre colle de Machoiran se prépare encore à Cayenne avec la peau de ce Poisson.
L'encéphale présente une grande diversité de formes. Le loucher s'exerce au moyen des lèvres ou de certains appendices, tels que les barbillons, placés de chaque côté de la bouche et riches en terminaisons nerveuses spéciales.
La chambre postérieure de l'œil est traversée d'arrière en avant par une lame qui pénètre par une fissure de la rétine et va s'attacher sur la crislalloïde postérieure, par un épaississement qui constitue la cloche de Ualler. Chez certaines espèces, le fond de l'œil est occupé par un tapis, c'est-à-dire que les cellules choroïdiennes, au lieu d'être gorgées de granulations pigmenlaires noires, sont remplies de petites paillettes cristallines qui décomposent la lumière et donnent à l'œil une teinte rouge, verte ou dorée.
Le labyrinthe membraneux a pour annexes trois canaux semi-circulaires, perpendiculaires entre eux et présentant chacun à sa base une ampoule, dans la paroi de laquelle se termine un rameau du nerf acoustique. L'endolymphe renferme soit une fine poussière ou otoconic, soit de gros ololillies.
Le pronéphros persiste comme seul organe urinaire, chez Fierasfer; chez tous les autres Téléostéens, il se transforme en un organe lvmphoïde et est remplacé par un mésonéphros. Le canal excréteur de celui-ci s'unit à son congénère et forme ainsi une vessie urinaire qui se continue par un court urètJive; celui-ci s'ouvre en arrière de l'anus, soit seul, soit en s'unissant à l'orifice génital (1).
Le testicule est'allongé; le canal déférent s'unit à celui du côté opposé, avant de déboucher dans le cloaque, entre le rectum et l'urèthre.
L'ovaire e>t un sac clos en avant, mais prolongé en arrière par un oviducte qui s'unit à son congénère de manière à former un court tronc commun, s'ouvrant par une simple fente transversale. L'oviducte manquerez l'Anguille et chez les Salmonidés : les œufs tom-
(1) Ici, la vessie et l'urôlhre ne sont pas homologues des organes désignés sous ces mêmes uoms chez les Vertébrés supérieurs.
lient dans la cavité générale, puis sont évacués par un pore abdominal.
Aristote avait déjà constaté que les Serrans sont hermaphrodite.; : cette observation a été confirmée par tous les auteurs et les cas d'hermaphrodisme se sont multipliés. En outre des genres Serranus et Chrysoplmjs, où il est constant, on l'a reconnu encore un certuin nombre de fois chez seize espèces différentes, dont neuf appartiennent aux Acanthoptères, quatre aux Anacanthines et trois aux Physostomes abdominaux.
Les cours, déjà décrits (tome I, page 133), sont pondus sur les herbes ou sur le sable: le mâle vient alors y déverser sa laitance ; il n'y a pas d'accouplement. Par exception, quelques espèces sont vivipares, comme Pœcilia surinamensis et Gambusia palruclis.
La" plupart des Téléostéens vivent dans la mer ; les eaux douces en renferment cependant de nombreuses espèces. Quelques-uns accomplissent des migrations périodiques et passent soit des eaux douces dans la mer (Anguille), soit de la mer dans les fleuves (Saumon) : ces voyages sont déterminés par l'approche de la ponte. Les récentes explorations sous-marines ont fait connaître des formes très remarquables, qui vivent à de grandes profondeurs.