‹ Traité de zoologie médicale [electronic resource]Chapitre 47 sur 86 · ORDRE DES PLECTOGNATHES · texte numérisé non relu

ORDRE DES PLECTOGNATHES

Ces Poissons sont peu nombreux el vivent dans les mers chaudes. Le corps est globuleux ou comprimé latéralement. La peau est épaisse et recouverte soit de grands écussons osseux disposés en mosaïque (Ostracion), soit de plaques minces et armées d'épines triangulaires, soit d'un grand nombre de corpuscules osseux lui donnant un aspect chagriné. Les nageoires ventrales et les côtes font généralement défaut. Les os de l'appareil maxillo-palaliu sont soudés ensemble; la bouche est étroite, les mâchoires sont armées d'un petit nombre de plaques dentaires très tranchantes.

Les Sclérodkkmés sont comprimés dans le sens latéral. Les Coffres (Oslmcion) semblent être renfermés dans une boîte en marqueterie, grâce aux plaques osseuses polygonales dont ils sont recouverts. Les Balistes {Batistes) et les Monacanlbes (Monacanlhus) sont teints de vives couleurs.

Les Gymnodontes ont les mâchoires conformées en bec et armées chacune d'une ou deux plaques dentaires. Le Poisson lune [OHhagoriscus mola) n'est pas rare dans nos mers : il est très comprimé, de forme elliptique et peut alleindre une longueur de deux mètres. Les Télrodontides ont la peau granuleuse ou épineuse : ce sont des Poissons globuleux, capables de se gonfler en accumulant de l'air dans une vaste poche annexée à l'œsophage ; ils flottent alors à la surface des eaux, le ventre en l'air. Chaque mâchoire est garnie d'une seule plaque dentaire (Diodon) ou bien la mâchoire supérieure est divisée en deux plaques (Triodon); dans un autre cas, chacune des deux mâchoires est ainsi divisée (Telrodon).

La chair des Plectognalhes est peu recherchée, en raison des intoxications souvent mortelles qui sont la conséquence de son ingestion. Aux Antilles, au cap de Bonne-Espérance, en Nouvelle-Calédonie, sur les côles de la Chine et du Japon, ailleurs encore, il n'est pas rare d'observer de graves accidents, dont Kaempfer au Japon et Pison au Brésil ont publié les premiers cas; depuis lors, un grand nombre de voyageurs ou de médecins les ont signalés. Les observations de V. de Hochas et de Godet et les expériences de Ch. Rémy, nous ont fixés sur la cause de ces accidents, que les Hispano-Américains désignent sous le nom de siguatera (1).

(I) Nous signalons ci-dessous un bon nombre do cas d'intoxication par la chair ou les œufs des Poissons. Nous croyons utile de réserver le nom dû

e°6 CLASSE DES POISSONS.

Orlhagoriscus mola est considéré comme toxique cl n'est pas mange. Au Japon, il en est de même, d'après Geerts, de Yokohama, pour les espèces suivantes : Ostvacion lurritus, 0. brevicornis, Diodon novemmaculatus, MonaCânthus monoceras, M. cinercus; toutefois, ce dernier se mange dépouillé, sa peau seule ayant la réputation d'être toxique.

Geerts considère comme réellement toxiques douze espèces de Tetrodon plus ou moins communes au Japon. Ce sont: T. pardalis T. rubripes, T. lineatus, T. vermiculaius, T. rivulatus, T. porphyreus, T. lunaris, T. argenteus, T. siriclonolus, T. firmamcnlum, T. xautlioptenis et T. grammalo-cephalus. Les cinq premières espèces sont les plus vénéneuses, mais les deux premières seules arrivent en grande quantité. Les sept dernières sont simplement suspectes: il n'y a pas de preuves concluantes de leur toxicité. Les pêcheurs les rejettent à la mer et ne les apportent pas au marché: seul, T. argenteus serait consommé dans quelques régions du sud.

Moreau de Jonnès citait déjà comme vénéneux le Poisson armé (Diodon orbicularis), la Lune [Orlhagoriscus mola), la Vieille [llalistes velulâ) et la petite Vieille [Monacanthns monoceras). Chevallier et Duchesne citent l'Orbe ou Atinga ^Diodon utinga), le Hérisson de mer (D. hystrix), le Tétrodon ocellé (3F. ocellatus), en Chine et au Japon, et les deux Vieilles précédentes, à la Guadeloupe. Quant aux Coffres (Oslracion cornutus, 0. trigonus) de Chine et des Moluques, leur chair serait simplement dure et désagréable ; à la Barbade, ils caua seraient, souvent une sorte d'ivresse à ceux qui les mangent. TréJ meau de Rochebrune dit que T. Spengleri, assez commun au Sénégal, est « 1res redouté des nègres, comme vénéneux, bien plus encore que toutes les espèces du môme genre. » En septembre 18o7, quatre marins du Siyx, stationné à la Nouvelle-Calédonie, furent empoisonnés par le frai du Tétrodon : deux moururent; leur observation a été rapportée par de Rochas, puis reproduite par d'Arras. Le Dindon semble moins dangereux à de Rochas, mais les Canaques s'en abstiennent. Au Japon, on redoute encore les Balistes, notamment une espèce appelée Kamouki. C'est à Diodon hyslrix ou à une espère voisine que se rapporte l'observation de VVilson : plusieurs Malais furent intoxiqués par un Poisson appelé Utm buntol ; l'un d'eux mourut., Enfin, Tybring dénonce encore T. tceleratus, T. [Gneion) naeulutus et , D. tigrinus.

siguatera aux intoxications par lus leucomaïnes ou alcaloïdes physiologique» Les intoxications par ploaiaînes, pour lesquelles il n'existe point de nom para ticulier sont clos accidents do môme ordre que le botulisme ou altnntiasis, causé par le saucisson ou d'autres préparations analogues; on pourrait leugl appliquer par extension le nom de botulisme, d'autant plus que la cause physiologique est la même dans tous ces ca«.

ORDRE DES PLECTOGNATI1ES. ô#7

Les Poissons toxicophores sont bien connus au Japon, où on les appelle fougous. Leur vente est interdite par les lois et des amendes de un rio à six rios (le rio vaut 5 francs) sont infligées aux délinquants. ' .

Pison était d'avis que le poison résidait dans la vésicule biliaire, croyance qui est encore populaire à Singapour, suivant Wilson. Au Japon, quelques personnes croient que la toxicité est due à des parasites développés à la surface et au-dessous de la peau, mais le plus grand nombre la localisent plus exactement dans les organes génitaux. Godet rapporte que, « au dire des indigènes, le principe vénéneux serait contenu dans la laitance : si on a soin de rejeter la tôle, les arêtes, l'œuvée et les entrailles, on peut manger le fttgu dont, parait-il, la chair est très délicate. » De Rochas avait reconnu luimême que le Tétrodon « n'est mortel que quand il a des œufs, et par ses œufs seulement. »

A Tokio, Rémy a étudié expérimentalement la toxicité de plusieurs espèces de Tétrodons. Il reconnut aisément que celle-ci n'était nullement le fait d'un parasite et que le poison siégeait dans les organes génitaux, à l'exclusion de toute autre partie du corps. Des Chiens auxquels on fait manger les ovaires ou les testicules des fougous sont plus ou moins malades, mais meurent rarement parce que le vomissement les débarrasse rapidement du poison. Si, au contraire, on injecte sous la peau le liquide obtenu par la trituration des glandes génitales dans un peu d'eau, le Chien meurt en quelques minutes, sans vomissements et en présentant un abaissement très notable de la température. L'ovaire s'est toujours montré plus toxique que le testicule.

Les fougous sont le plus vénéneux au printemps : en cette saison, on s'en abstient absolument; pendant l'hiver, époque à laquelle Rémy faisait ses expériences, on en mange quelques-uns, mais en ayant soin d'enlever les organes génitaux; on s'abstient en toute saison de Tetrodon rubripes. Puisque les glandes sexuelles, fort réduites en hiver, entrent en activité et acquièrent une grande taille au printemps, on peut dire d'une façon générale que les intoxications se produisent surtout pendant la période du frai, que leur gravité est proportionnelle au volume des organes génitaux et que le poison, dont la nature chimique est encore inconnue, doit être une leucomaïne résultant de la suractivité fonctionnelle- de ces mêmes organes. Ce

Blanchard. — Zool. niéd. jjt 43

poison n'est détruit ni par la cuisson ni par l'alcool : les restes des Tétrodons qui avaient empoisonné les marins du Slyx lurent rapportés en France et, après trois ans de séjour dans l'alcool, purent encore déterminer, « à doses très minimes, des accidents formidables d'intoxication chez un Chat ».

Heckel a reconnu, au dire de L. d'Arras, que le contact prolongé de la chair de ces animaux peut être suivi de certains accidents : le poison s'absorbe parla peau en quantité suffisante pour produire un malaise général, par exemple à la suite d'une première séance de dissection. Si, le lendemain, on continue le travail, il survient des vomissements, de la céphalalgie et divers phénomènes nerveux; des vésicules miliaires font éruption sur les mains et sur le visage, en s'accompagnant d'un violent prurit; les doigts et les mains se tuméfient.

Rémy a donné une bonne description des accidents occasionnés par les fougous. Corre est d'avis que ces accidents sont semblables à ceux qui suivent la piqûre des Serpents, mais cette opinion n'est pas exacte.

A. Corro, Note pour servir à l'histoire des Poissons vénéneux. Arcli. de méd. navale, 111, p. 13G, 18U5. — ld., Analogie des symptômes et des lésions chez les individus mordus par les Serpents, venimeux et chez tes individus empoisonnés par certains Poissons. Arch. de pliysiol., IV, p. 404, 1872. — Id., Nouvelle note relative aux Poissons vénéneux. Arch. de méd. navale, XXXV, p. 03, 1881.

L. d'Arras, Essai sur les accidents causés par les Poisso7is. Thèse de Paris, 1877.

G. Godet, Etude sur l'hygiène du Jupon. Thèse de Paris, 1880. Voir p. 30.

Ch. Rémy, Note sur les Poissons toxiques du Japon. Comptes-rendus de la Soc. de biol. , (7), V, p. 263, 1S83. — Ld., Sur les Poissons toxiques du Japon. Mém. de la Soc. do biol-, (7), V, p. 1, 1883. — ld., Noies et mémoires variés sur le Japon. Paris, in-8° de 139 p., 1881. Voir p. 47.

Les Physostomes sont des Malacoplérygiens à os maxillaires non soudés, possédant toujours une vessie natatoire et un canal aérien perméable.

Les Apodes n'ont pas de nageoires ventrales.

Les Murénides ont l'aspect de Serpents : ils sont nus (Mursena, Conger) ou couverts d'écaillés rudimentaires, développées tardivement [Anguilla); l'estomac présente un vaste eœcum, mais les appendices pyloriques font défaut, ainsi, que les canaux excréteurs des glandes

(HtDRE DES PHYSOSTOMKS. 6»« génitales : la sortie du sperme el des œufs se lait par un porc al.do-

fe Murènes n'ont pas de nageoires pectorales; la dorsale el l'anale sont bien développées et se continuent avec la caudale. M. Mena, dont les Romains étaient très friands, mesure jusqu'à 1-50 de longueur- elle est commune dans la Méditerranée, plus rare dans 1 Atlantique. Beaucoup d'autres espèces, dont la taille peut aller jusqu'à 2"',T0, vivent dans les mers chaudes.

Les dénis des Murènes sont bien développées elsont en rapport avec un appareil à venin découvert par Bollard. Chez M. heletia, le réservoir à venin siège au palais et contient à peu près un centimètre cube de liquide : il est limité en avant el sur les côtés par l'arcade dentaire, en arrière par le relief des os ptérygoïdiens, en bas par la muqueuse palatine, en haut par les os palatins. La muqueuse, en passant comme un pont d'une arcade dentaire à l'autre, délimite ainsi une vaste cavité occupée par la glande. Celle-ci est une sorte de dédoublement de la muqueuse palatine; elle est revêtue d'un épilhélium cylindrique qui sécrète le venin.

Dans l'espace indiqué plus haut, et sur la ligne médiane, se trouvent quatre fortes dents coniques, légèrement incurvées en arrière el articulées chacune dans une fossette de l'os palatin, à l'aide d'un trousseau fibreux. Ces dents peuvent basculer et s'infléchir en arrière jusqu'au contact de la muqueuse palatine, mais ne peuvent être ramenées en avant au delà de la verticale; la troisième, moins mobile que les autres, reste verticale, tandis que les autres sont normalement appliquées contre le palais. Les dents ne sont point creusées d'un canal central; elles baignent dans le venin et sont totalement engainées par la muqueuse, qui se trouve vivement repoussée vers la base, quand elles s'enfoncent dans les tissus : le réservoir à venin se trouve donc comprimé et le venin s'écoule le long de la dent, jusque dans la plaie.

Les arcades dentaires supérieures présentent encore, de chaque côté, trois ou quatre dents mobiles, qui communiquent également avec le réservoir central du venin. Celles-ci transmettent leurs mouvements à la dent palatine postérieure el peuvent la redresser, par l'intermédiaire de la muqueuse palatine et de tractus fibreux spéciaux.

Aucun muscle spécial ne semble être annexé à cet appareil ou ne semble agir sur lui. Le venin, outre ses propriétés toxiques, est doué d'un grand pouvoir digestif.

A. Bottanl, Les Poissons venimeux. Contribution à l'hvqiène navale Thèse de Paris, 1889.

L'Anguille a la peau visqueuse et la mâchoire supérieure plus courte que l'inférieure ; sa vitalité est extrême : elle peut rester longtemps hors de l'eau sans mourir et est alors capable d'accomplir de longs voyages à travers les prés humides. Elle se reproduit dans la mer, dans des conditions encore inconnues. En mars et avril, des myriades de jeunes Anguilles remontent les fleuves, se tenant en masses compactes le long des rives: cette montée se disperse dans les rivières, les ruisseaux, les étangs et s'y arrête. Après un séjour de plusieurs années, ces Anguilles sont devenues adultes et, vers l'automne, redescendent à la mer pour s'y reproduire; les sexes sont distincts ; les femelles sont peut-être vivipares.

L'Europe ne possède qu'une seule espèce, Anguilla vulgaris, qui a une aire d'extension considérable, mais manque dans les cours d'eau' tributaires de la mer Noire et de la mer d'Azov; elle est à peu près cosmopolite et se retrouve jusqu'à la Nouvelle-Zélande, où on l'a décrite sous le nom d'A. Bkffenbachi. Depuis la côte orientale d'Afrique jusqu'en Océanie, on observe A. marmorata et A.mowa ; A. megalostoma est une espèce particulière à l'Océanie.

Depuis le commencement du vi° siècle, la pêche de l'Anguille est, dans les lagunes de Comacchio, situées entre l'embouchure du Pô et le territoire de Ravenne, l'objet d'une curieuse industrie que Spallanzani, Coste et, plus récemment, Brocchi ont l'ait connaître. Suivant Brocchi, on pêche annuellement dans les lagunes 900,000 kilogr. de Poisson, dont plus de 700,000 kilogr. d'Anguilles.

Le Congre, de plus grande taille que l'Anguille, n'a pas d'écaillés et semble être exclusivement marin. Sa larve ou Lcploeephalus est un petit Poisson asexué, d'une transparence de cristal et de forme rubanée, dont le sang renferme des globules incolores : au bout de quelques mois d'existence pélagique, sa peau se charge de pigment, sa vessie natatoire devient apparente, des glandes génitales apparaissent et des lacs de globules se forment dans le tissu conjonctif de la queue : d'abord séparés du système vasculaire, ces lacs finissent par communiquer avec celui-ci et le sang devient rouge. Conger vulgaris habite nos mers; G. mijstax vit dans la Méditerranée; C. balearicus dans la Méditerranée, l'Océan Atlantique l'Océan Pacifique et jusqu'au Japon.

Page 1