ORDRE DES PM80STOMBS
On a vu parfois l'ingestion de ta chait1 des Murénides déterminer de la siguatera : Moreau de Jonnès en cite des cas pour le Congre, Chevallier et Duchesne pour le Congre et l'Anguille, Anderson pour le Congre, et Tybring pour la Murène.
A. Mosso, de Turin, a reconnu que le sérum du sang de ces mômes Poissons a un goût particulier : une goutte, mise sur la langue, donne un goût légèrement salé; un moment après, on perçoit confusément une saveur alcaline; au bout de dix à trente secondes, plus rarement au bout d'une à deux minutes, on sent enfin une impression de cuisson et un goût âcre, analogue à celui du phosphore ou de la bile. Si on introduit dans la bouche non plus une, mais plusieurs gouttes, on éprouve une irritation très désagréable, qui persiste longtemps.
Le sérum sanguin est fluorescent : il est jaune pâle par transparence et blanc bleuâtre à la lumière réfléchie, avec des reflets semblables à ceux du pétrole ou des solutions de quinine. Ces caractères optiques n'ont aucune connexion avec les propriétés irritantes signalées plus haut : la Sole et la Vipère ont un sang également dichroïque, mais non irritant; chez les Murénides, le dichroïsme résiste à l'ébullition, alors que les propriétés irritantes sont détruites. Le sérum des Congres (Conger vulgaris, C. myrus) est moins brûlant et moins venimeux que celui des Murènes et des Anguilles.
Vichlhyoloxine ou poison du sang des Murénides est un poison des plus énergiques. Ii suffit d'injecter Oc,5 de sérum d'Anguille dans la veine jugulaire d'un Chien de 15k,2 pour tuer celui-ci dans l'espace de sept minutes. Une dose de 0CC,02 par kilogramme d'animal est suffisante pour amener la mort, en sorte que, malgré la petite quantité de sang dont elle est pourvue, on peut dire qu'une Anguille du poids de 2 kilogrammes possède assez de poison pour tuer dix Hommes. Le sang des animaux auxquels on injecte ce poison a perdu sa coagulabilité; l'hémoglobine ne se dissout pas dans le plasma.
L'injection de l'ichthyotoxine sous la peau ou dans la cavité abdominale amène aussi sûrement La mort que l'injection intra-veineuse; parla voie hypodermique, le poison agit localement et détermine une vive inflammation. Le Chien, le Cobaye, le Pigeon, la Grenouille se sont montrés sensibles à l'action de ce poison, mais à des degrés divers.
Le sérum sanguin des Murénides perd son goût acre etbrû-
(,i'2 CUSSË DES POISSONS.
lant, ainsi que sa toxicité à la température de 100"; évaporé dans le vide, puis redissous, il conserve au contraire toutes ses propriétés. 11 ne contient ni sels biliaires, ni pigments biliaires ; son principe toxique est insoluble dans l'alcool à 90". Injecté directement dans l'intestin grêle, il est absorbé et produit la mort; introduit dans l'estomac, il est inollcnsif : le suc gastrique, les acides acétique et chlorhydrique lui font perdre sa toxicité. L'icbtbyotoxine se comporte donc à la manière des matières albuminoïdes (1); il est intéressant de noter celte première ressemblance avec le venin des Serpents, dont le principe actif est, suivant A. Gautier, de nature albuminoïde.
Pour déterminer l'action physiologique de l'ichLhyotoxine, Mosso défibrine le sang, puis en sépare les globules par la force centrifuge déployée par une rotation rapide; il injecte sous la peau ou dans les veines le sérum ainsi obtenu.
Aussitôt après l'iujection, les mouvements respiratoires deviennent plus fréquents, sous l'influence d'une excitation centrale, et non des pneumo-gaslriques, la section de ceux-ci n'amenant aucun ralentissement.
La mort arrive de façons diverses, suivant la close. Une dose de 0CC,02 àOcc,03par kilogramme d'animal est mortelle chez le Chien: la respiration s'arrête d'abord, puis le cœur. Des doses plus fortes peuvent arrêter en môme temps la respiration et le cœur. Des doses massives tuent instantanément par arrût du cœur, alors que le thorax, l'abdomen et les lèvres se meuvent encore pendant un certain temps. Avec une dose de 0CC,028, la respiration artificielle, entretient la vie et permet au Chien d'éliminer le poison; avec une dose de 0CO,046, elle ne suffit plus pour sauver l'animal. L'arrêt de la respiration tient encore à un trouble des centres et non à une paralysie des nerfs, qui conservent leur excitabilité; nouveau point de ressemblance avec le venin des Serpents.
Comme celui-ci encore, elle n'est point un poison du cœur, sauffl dans les cas où l'envenimation est intense. Elle agit sur les centres et détermine d'abord une diminution de fréquence et une augmentation de force des battements du cœur, jointe à une grande élevai Lion de la pression sanguine. Les battements redeviennent ensuite
(1) L'existence do principes toxiques dans le sang, entrevue dès 1880 par Spica et Patt-rno, vient d'être démontrée par R. Th. Wurtz (Les leucomaïntâ du sanrj normal. Thèse de Paris, 1889) pour le sang du Bœuf; mais il s'agit ici de leucoiuaines. Gabr. Pouchet avait déjà trouvé, en 1SS0, dans 1 urine humaine normale, une leucomaïne qui provenait évidemment du sang.
ORDRE DES PIIY^O.VTOME-. 068
plus nombreux, mais finissent par se ralentir cl par cesser. L • sang est noir, et ne se coagule plus ; ou bien la coagulation ne se Tait qu'incomplètement, le sérum ne se sépare pas du caillot et le sang tout entier se prend en une masse gélatineuse qui se dissout facilement.
Le poison agit surtout sur la moelle, spécialement sur les centres moteur et respiratoire ; les nerfs perdent leur conductibilité, le muscle ne se contracte pas sous l'influence de l'excitation du nerf. L'ichlhyotoxine n'agit pourtant pas à la façon du curare, car la sensibilité disparaît d'ordinaire avant la motilité. L'insensibilité n'est d'ailleurs jamais générale: chez le Lapin, elle est absolue dans tout le train postérieur, tandis que les parties antérieures du corps ont conservé toute leur sensibilité ; Valenlin a vu le venin de Vipère produire des accidenlsanalogues chez la Grenouille.
Chez la Grenouille et le Lapin, la rigidité cadavérique apparaît aussitôt après la mort; le venin de Vipère produit encore le même effet chez le Lapin.
A. Mosso, Un velen» che si trova nel sangue dei Murenidi. Atti delta r. Accad. dei Lincei. Rendiconti, (4), IV, p. G65, 1888. — Id., Azione fisiologica del veleno che si trova nel sangue dei Murenidi. Ibidem, p. 673.
Les Gymnolides ressemblent aux Murénides ; ils n'ont pas d'écaillés, non plus que des nageoires ventrales, dorsale et caudale; l'anale est très longue; l'estomac porte tout à la fois un large caecum et des appendices pyloriques; les oviductes existent, la vessie natatoire est double. Ces Poissons habitent les eaux douces de l'Amérique tropicale: ils comprennent les cinq genres Campus,, Gymnotus, Rhamphichthys, Sternarchus et Sternopygus.
Gymnotus electricus Linné.
Celte espèce, la seule du genre, a jusqu'à 2 mètres de longueur; c'est le plus grand des Poissons électriques. Il est très commun dans une grande partie de l'Amérique du Sud, notamment dans le nord du Brésil, à la Guyane et au Vénézuela. Il ne se trouve que dans les bassins de l'Orénoque et de l'Amazone (1). 11 vit dans les eaux dont la température est de 25 à 27° et se lient de préférence dans les petits cours d'eau et les
^ (1) Sir Horace Rumbold {Great silver river. London, 1887) a prétendu qu'on l'avait rencontré aussi dans le haut Uruguay, au-dessus d'Uruguayana. Mais Pli. L. Sclater [Electric fishes in the river Uruguay. Nature, XXXVIII, p. 148 n» 972, 1888) révoque en doute cette constatation.
CLASSE DES POISSONS, marcs vaseuses : une ou deux fois par minule, il vient à la surface, émerge la tête, avale de l'air, puis replonge en laissant échapper parles ouïes de nombreuses bulles d'air.
A part ces allées et venues du fond à la surface, le Gymnote reste immobile pendant le jour ; il se met en chasse au crépuscule et recherche les Poissons, les Batraciens ou les Insectes. Dès qu'il s'est approché d'une proie, il la foudroie par une décharge électrique. La violence de celle-ci est telle, que les animaux situés dans un assez grand rayon en sont paralysés ou même sont tués sur le coup et viennent llotter à la surface, le ventre en l'air. Cette décharge, que les Ilispano-Américains appellent golpe, est beaucoup plus forte que celle de la Torpille : elle est redoutable même pour des animaux de grande taille, comme le Cheval; toutefois, le Gymnote est insensible aux décharges d'individus de son espèce.
L'anus s'ouvre très près de l'extrémité antérieure; la nageoire anale s'élend jusqu'à l'extrémité postérieure et présente, par conséquent, une longueur considérable : sa longueur mesure exactement celle de l'appareil électrique. Celui-ci se continue sans interruption sur les quatre derniers cinquièmes de la longueur du corps; il est immédiatement placé au-dessous de la peau et constitue à lui seul toute la masse du corps, dans ses deux tiers inférieurs, la cavité viscérale et ses dépendances se trouvant refoulées vers le haut.
Sur une coupe transversale, on constate que l'appareil électrique est formé de deux grosses masses subcylindriques, molles, translucides, gélatineuses, d'un rouge jaunâtre clair. Ces deux gros cylindres représentent à peu près le tiers du poids total du Gymnote ; ils sont situés de part et d'autre de la ligne médiane, le long de laquelle ils sont contigus, etsontla continuation directe des muscles latéraux du tronc, dont ils reproduisent la disposition longitudinale et dont ils ne sont d'ailleurs qu'une modification. Ils sont entourés d'une épaisse enveloppe conjonctive, qui pénètre à leur intérieur et s'; ramilie de manière à constituer une gaine à chacun des innombrables cylindres longitudinaux dont se compose chaque organe ; toutefois, ces cylindres ou faisceaux ne sont pas tellement isolés de leurs congénères qu'ils ne puissent, en s'unissantà ceux-ci, former des lamelles horizontales superposées et donnant à l'organe un aspect feuilleté.
Les deux grands organes électriques bornent en haut un espace j triangulaire qui occupe toute la portion inférieure du corps et dans!
OH Dit II DES IMIYSOSTOMES. Gûr>
lequel sont logés deux autres orgunes plus petits, mais ne différant pas d'ailleurs des précédents, dont ils reproduisent la disposition. Les faisceaux qui constituent chacun de ces organes se composent d'un nombre immense de petites lames électriques verticales, séparées les unes des autres par une forte cloison conjonctive et rappelant la structure de l'appareil de la Torpille, si ce n'est que la face qui était supérieure chez celle dernière est antérieure chez le Gymnote.
Sachs a reconnu que le grand organe électrique était en réalité composé de deux parties à peu près égales, l'une antérieure, l'autre postérieure, étroitement conliguës et s'appliquant l'une contre l'autre par une longue surrace oblique de haut en bas et d'avant en arrière. L'organe posléro-supérieur, méconnu jusqu'alors, se reconnaît déjà ^ l'œil nu à son aspect plus sombre, à sa teinte gris-rougeâtre et à sa plus grande transparence. Sa structure fondamentale est la môme que celle du grand organe antéro-inférieur ou du petit organe; toutefois, les lames y sont notablement plus larges et plus épaisses.
Les deux, ou plus exactement les trois paires d'organes électriques reçoivent de la moelle un nombre considérable de nerfs qui sont entourés de gaines l'orl épaisses et vont se terminer à la face postérieure des lames électriques. L'encéphale ne présente point, comme chez la Torpille, de lobes électriques spéciaux, mais les centres d'où émanent ces nerfs se trouvent renfermés dans la moelle épinière. Sur une coupe passant entre la quinzième et la seizième vertèbres, on voit apparaître dans l'axe de celle-ci un amas d'énormes cellules nerveuses, qui, si on le suit d'avant en arrière, se conslilue bientôt en un véritable lobe électrique, d'où partent les nerfs qui abordent finalement les lames électriques par leur face postérieure. Ranvier a reconnu que la face antérieure ou électro-positive de ces lames se réfléchissait sur ses bords, comme chez la Torpille, de façon à se mettre en contact avec la face homologue de la lame suivante. La théorie de la décharge que nous avons exposée à propos delà Torpille s'applique donc également au Gymnote.
De même que chez les Rajides, la plupart des Gymnolides n'ont pas trace d'organe électrique, les masses musculaires latérales ayant conservé leur structure normale. Chez d'autres, tels que Sternopygus rirescem Valenciennes, il existe un organe pseudo-électrique, correspondant au grand organe du Gymnote.
C. Sachs, Ans den llanos, Schiltievung einer naturw. lleise nacli Venezuela. Leipzig, in-8o de 3l>9 p., 1879. Voir p. 133-171. — ld., Untevsuchungen am Zitler/tal (Gymnolus e/eclricus) nach seinem Tode bearbeilcl von Em. du Bois-Heymond, mil zwei Abhandlunnen von G. Fritséh. Leipzig, in-8° de 446 p., 1881.
Les Puysostomes abdominaux ont des nageoires ventrales situées en iirrière des pectorales.
Les Clupéides ont le corps comprimé et recouvert de grandes • 'cailles minces; ils ont un caecum gastrique et un grand nombre d'appendices pyloriques. La plupart des espèces sont marines; quelques-unes sont l'objet de pêches très importantes.
Engiuulis enchasicholus Rondelet. — L'Anchois n'a pas plus de Om,ib à 0"',20 de longueur; la nageoire dorsale a lb à 18 rayons, l'anale IG à 18. Il vit en troupes nombreuses et se rapproche de' nos côtes au printemps, à l'époque du (rai. Rondelet le signalait déjà comme « un bon remède pour faire revenir l'appétit perdu, pour altcnuer é découper gros phlegme, é pour lascher le ventre.» Les Romains l'utilisaient pour la préparation du gavum, sauce vantée par Horace et Martial et que Rondelet sut reconstituer. Ce Poisson se pêche abondamment en Italie, en Norvège, dans le Zuiderzée, dans l'Escaut oriental; il est plus rare qu'au siècle dernier sur les côtes de Normandie et de Bretagne, bien qu'on en pêche encore pour plus de 115,000 francs par an dans la seule baie de Douarnenez.
Des cas de sigualera par l'Anchois ont été signalés par H. Cloquet, par Chevallier et Duchesne, par Ponce de Léon; mais ces accidents sont toujours rares. Ils sont, en revanche, assez fréquents à la suite de l'ingestion d'Engraulis japonica, suivant Potocnik et Godet. Aux Indes et dans la mer Rouge vit E. bollama qui, d'après Dussumier, serait si vénéneuse que la chair d'un seul Poisson serait capable de faire mourir un Homme; les Chiens et les Chats qui en mangent périssent en quelques instants.
Les Clupes ont le bord ventral denté en scie.
Clupea harengus Linné, 1757. — Le Hareng habite l'Océan glacial du Nord, la Baltique, la mer du Nord et l'Océan Atlantique : il dépasse rarement l'embouchure de la Loire. On a cru longtemps qu'il descendait au printemps des régions glaciales vers des climats plus témpérés pour y effectuer sa ponte; on sait maintenant qu'il n'accomplit pas ces lointaines migrations, mais qu'il passe simplement de la profondeur à la surface de la mer : il se montre alors par bancs immenses.
Chevallier et Duchesne rapportent plusieurs cas d'empoisonnement par le Hareng corrompu; Belin a noté la toxicité des œufs. Celle-ci est vraisemblablement due à une leucomaïne, comme dans les cas d'intoxication par les glandes génitales des Plectognathes. L'empoisonnement par la chair corrompue reconnaît une autre cause et résulte de l'ingestion de ptomaïnes, développées soit dans la saumure, soit dans la chair môme de Poissons mal conservés. Bocklisch a trouvé dans la saumure des Harengs la mélhylamii<e, AzH2,CH-', la
Oit Dit 12 DES PHYSOSTOMES.
dimélhylamîne et la trimélhylaniine, A^GB?)*; il a constaté la présence de la mélhylamine, de la trimélhylamine, de la gadinine, C'H^AzO2, de la pulrescine, CMIl2Az2, de l'élhylène diamine, C-'Hl(AzH2)3 et de la cadavérine, C6HlcAz2, dans la chair de Harengs pourris. Aucune de ces bases n'est toxique, à l'exception de l'élhylène diamine et de la cadavérine; il est vrai que, pour la plupart, on n'a encore recherché que le degré de toxicité de leurs combinaisons salines et que, d'une façon générale, les plomaïnes libres, telles qu'elles se trouvent précisément dans les viandes pourries, sont plus toxiques que leurs sels.
Les Meleltes n'ont de dents ni sur le vomer ni sur les maxillaires.
Mklktta si'rattus Cuvier et Valenciennes. — L'Esprot, seule espèce européenne du genre, n'a pas plus de 0m,15 de longueur; la nageoire dorsale a 16 à 18 rayons, l'anale en a 18 à 20. 11 se trouve dans la Baltique, la mer du Nord, la Manche et ne descend guère au delà de la Gironde. Ayant mangé des Esprols fumés, Kruger éprouva de violentes coliques et des symptômes analogues à ceux que provoque l'ingestion de saucisses corrompues (botulisme).
Méletta thuis^a C. V. — Le Cailleu-tassart (fig. 856) est long de
Fig. 8iG. — Mclelta t/trissa.
0»,35; il vit dans les mers de la Chine et des Antilles : les auteurs notamment Chisholm, Orfila et Moreau de Jonnès, disent qu'il peut devemr vénéneux dans certaines conditions. Il s'agit ici de cas de siguatera, ainsi que pour les Poissons suivant"
MELEtta vbnenosa C. V. - Celle Meletle (fig. 857), longue de 0-18, se trouve aux Seychelles, dans l'Océan Indien, en Nouvelle-Calédonie Cuvier et Valenciennes assurent, d'après Dussumier, que « les per' sonnes qu, en mangent sont prises de vomissements, qui atteignent quelquefois une telle gravité, que L'on a vu des personnes y succom-
ber ». Des observations plus précises ont 6(6 publiées par Lacroix • pendant un séjour du Catinat à Balade, 50 Hommes du bord mangèrent des Melettes encore chargées de frai : 30 furent malades 5 succom-
t'ig. 857. — Melella venenosa.
bèrent. Une autopsie fut l'aile : l'estomac, le gros intestin, les poumons et surtout l'intestin grêle étaient congestionnés. Dussumiema acuta. — Ce Poisson (fi g. 858) se môle aux bancs du
Fig. 858. — Ditssumieria acuta.
précédent. Valenciennes assure qu'il est toujours vénéneux el lui attribue les accidents survenus à bord du Catinat.
Clupua tropica. — Très abondante aux Seychelles, elle y cause de violentes indigestions, notamment à l'époque du frai. A bord de l'Isère, Payen a observé un grand nombre de cas de siguatera qui lui étaient imputables.
Sph atella. fimbmata C. V. — Ce Poisson, long de 0m,t5 environ, abonde sur la côte du Malabar ; sa chair est délicale, mais, au dire de Cuvier et Valenciennes, « on prétend que ce Poisson contribue beaucoup à faire naître les maladies cutanées qui tourmentent les habitants pauvres el malheureux de celle côle ». Nielly le cite comme toxique.
Hahengola humeralis. — Elle est commune sur la côle orientale de
ORDRE DES PIIYSOSTOMES. 069
l'Amérique du Sud, de Rio de Janeiro aux Antilles. L'IIermiuicr assure que sa chair est vénéneuse pendant toute l'année et que son ingestion est rapidement mortelle; Ricord dit, au contraire, qu'elle est estimée à Saint-Domingue.
C'est à cette espèce, ou du moins à une espèce voisine indéterminée, qu'il convient d'attribuer les intoxications observées par Pouppe-Desporl.es à Saint-Domingue. A l'autopsie, on trouverait des plaques gangréneuses à l'estomac, au pylore et dans diverses parties de l'intestin.
Les Aloses, dont l'opercule est strié et la mâchoire supérieure échancrée, n'ont de dents ni sur la langue ni sur les os palatins. Alosa vulgaris, commune sur les côtes d'Europe, remonte les fleuves au printemps : on la trouve dans l'Isère jusqu'au-delà de Grenoble, dans la Saône jusqu'à Gray, dans la Loire jusqu'au Puy, etc. Ce Poisson délicat est rejeté des Russes, qui lui attribuent des propriétés délétères. A. finta est une espèce très voisine delà précédente, dont elle partage l'habitat; À. sapidissima et A. menhaden sont des côtes orientales de l'Amérique du Nord.
Alosa saedina. — La Sardine est longue de 0m,12 à 0m,20 ; la nageoire dorsale comprend 8 rayons simples et 14 ou 15 rayons branclius, l'anale a de 17 à 21 rayons. Elle se trouve dans le nord de la Grande-Bretagne, sur les côtes de France, d'Espagne et de Portugal, ainsi que dans la Méditerranée. Comme le Hareng, elle ne quille les grands fonds qu'au moment du frai elle se rapproche alors des côtes et se montre à la surface, en bancs immenses, dès la lin de l'été.
Les Mormyrides habitent les fleuves de l'Afrique tropicale. Comme les Raies, ils ont de chaque côté de la queue un .organe pseudo-électrique, qui se continue avec les masses musculaires. Ils comprennent les genres Mormyrus (M. caschive, M. cyprinoides, M. oxyrhyn- Cftus), Ilyperopisus et Mormyrops.
Les Gymnarchides sont voisins, mais leur appareil pseudo-électrique est encore plus rudimenlaire et est sans doute incapable de donner aucune décharge volontaire. Gymnarchus niloticus vil dans le m.
Le Brochet {Esox lucius) est répandu dans l'Europe entière; son extrême voracité est connue; il pèse fréquemment jusqu'à 10 et 13 kilogrammes. On se rappelle qu'il est l'un des hôtes intermédiaires de Bothriocephalus latus (lome I, page 490). Dans certaines conlrées d'Allemagne, on fait avec ses œufs une sorte de caviar (tome 1, page 52o); dans la Marche de Brandebourg, on les mange mélangés à la Sardine, sous le nom de netzin. Ces œufs sont d'ailleurs fréquemment toxiques, comme le montrent des observations
n.pporlées par Gesncr, Fourcroy, Arnaud de Nobleville, Sterne et
Les Salmonidés sont reconnaissais à leurs petites écailles et à leur nageoire adipeuse, située entre la dorsale et l'anale; les appendices pyloriques sont nombreux, les oviductes font défaut. Ces Poissons vivent dans les eaux froides et limpides; quelques-uns sont marins, mais remontent dans les fleuves au moment • du Trai. A ce groupe appartiennent le Saumon {Salmo salur), dont la chair [S est colorée en rouge par la zoonérv- Fig. 850. — Tctc de Corcgtinus tliril,e ; l'Omble chevalier (S. umbla), fera. l'Ombre commune, l'Eperlan (Osmerus
epcrlanus), la Truite commune, la Truite des lacs (Trutta lacustris), la Truite de mer (TV. marina), le Lavaret (Curcgonus lavaretus), la Marène (C. marœna), la Gravenche (C. Memalis), la Féra (fig. 8ii9).
Chevallier et Duchcsne rapportent un cas de botulisme par le Saumon avarié.
Depuis que le premier volume de cet ouvrage a élé public, la question des migrations de Bothriocephalus laliis a fait nu pas décisif : l'opinion de Kùchenmeisler, suivant laquelle les Salmonidés seraient les principaux hôtes intermédiaires de ce Cestode, s'est confirmée. Au Japon, où le Ver est commun, Isao Ijima a trouvé ses Plérocercoïdes chez Onchmiujnchus Perryi et a constaté une remarquable concordance entre la distribution géographique du Ver et celle du Poisson. A Genève. Zschokke a reconnu que les larves du Bothriocéphale étaient très communes chez Salmo umbla, plus rares chez Thymallus vulgaris, Trulla vulgaris et Tr. lacustris; il ne les a jamais observées chez Salmo salar ni chez Coregonus fera.
En dehors des Salmonidés, Zschokke les a vues encore fréquemment chez Lota vulgaris et Perça fluviatilis, plus rarement chez Esox lucius. Des essais d'infeslation expérimentale lui donnèrent, chez l'Homme, un résultat positif avec les Plérocercoïdes provenant de Salmo umbla et de Lola vulgaris, mais non avec ceux de la Perche. Avant lui, Ern. Parona avait constaté la présence du parasite chez celte dernière et avail tenté sur un Homme et sur trois Chiens une infeslalion suivie de suc-
OIIDHE DES PHYSOSTOMES. <" 1
cès- depuis lors, Grassi cl Rovelli réussirent celle môme expérience. La croyance, générale chez les Génevois, que la Féra esl la source du Bolhriocéphale, ne se vérifie donc point : c'est la Lotie, au contraire, qui mérite celte réputation.
Les Slomiades vivent dans les grandes profondeurs et présentent, sur les côtés de la face ventrale, une ou deux rangées longitudinales de taches pigmentaires que Leuckarl et Ussow ont considérées comme des yeux accessoires {Stomias, Aslronesthcs, Argyropclecus, Chauliodus). Ces organes sont en relation métamérique avec les segments vertébraux: chacun d'eux reçoit un gros tronc nerveux et se compose d'une cupule sensorielle, remplie d'une masse conjonctive transparente et fermée en avant par une grosse lentille biconvexe, située immédiatement au-dessous des écailles. On a voulu voir là une rétine, un corps vitré et un cristallin. 11 est plus vraisemblable qu'il s'agit & organes photodoliqaes : la membrane cupuliforme, dans laquelle se terminent les nerfs, produit une lumière dont les rayons sont rendus convergents par la lentille avant leur émission au dehors.
On conçoit en effet que des animaux vagabonds et pourvus d'yeux normalement développés, comme c'est le cas pour ces Poissons, soient munis d'appareils destinés à éclairer leur course, dans les abîmes que la lumière solaire ne saurait atteindre; ces appareils leur servent en outre à attirer leur proie.
Les récentes explorations sous-marines ont d'ailleurs fait connaître un certain nombre de Poissons remarquables, chez lesquels des organes photodotiques sont développés en divers endroits du corps. Tels sont Eustomias obscurus L. Vaillant, qui vit par des fonds de 2800 mètres; Malacosteus niger Ayres et M. chorislodactylus L. V., qui habitent des fonds de 1,600 à 2,200 mètres; Neosloma bathyphilum L. V., qui vit à une profondeur de 1,420 à 2,285 mètres, dans le golfe de Gascogne et aux Açores ; et A. quadrioculatum L. V., qui descend jusqu'à 4, 16d mètres. D'autres formes, comme Bathypterots dup/us, ont des yeux peu développés, mais suppléent à l'imperfection de la vue par une grande délicatesse du toucher : le rayon supérieur de la nageoire pectorale acquiert une longueur à peu près égale à celle du corps ; il est mobile à sa base et peut être dirigé en tous sens, comme un tentacule.
Les Cyprinides sont des Poissons d'eau douce à corps épais et comprimé, à bouche inerme, les dents n'existant que sur les os pharyngiens inférieurs. Les appendices pyloriques manquent; la vessie natatoire est divisée en deux moitiés par un étranglement. Les barbillons font défaut {Carassius, Rhodeus, Abramis, Leuciscus) ; ou bien
CLASSE DES POISSONS, il en existe une (Tftwo, Goba,) ou deux paires (Cyprinus, Barbu»)
La Carpe (Cyprinus carpio), le Carassin (Carassius vulgaris) le Poisson rouge (Ca. auratus), le Barbeau (Barbu* fluviatilis), le Goujon (Gobio fluviatilis), la Tanche (Tinca vulgaris), le Gardon (Leuciscus ruiilus), le Rolenglc (L. erythrophthalmus), la Chevaine (L. cephalus), le Vairon (Plwxinus laevis), la Brème (Abramis brama), l'Ablette (Alburnus lucidus), sont les principaux représentants européens de celte nombreuse famille.
Sur les rives du Don, les œufs de la Carpe et d'autres Cyprins ser-l vent à la préparation d'un caviar dont font usage les Juifs de Constantinople et de Moscovie, le Lévilique dérendant de se nourrir de Poissons sans écailles et prohibant, par conséquent, le caviar d'Esturgeon. Ce caviar était importé en France au seizième siècle et IMon dit qu'on le reconnaît aisément à sa couleur rougeàlre.
On connaît des cas de siguatera par les œufs de Barbeau. Gesner, Ant. Gazio, Sauvages, Kopp et Marx, Valloten ont cité des exemples', rapportés par Chevallier et Duchesne; un autre cas, dû à Simon, est reproduit par d'Arras ; un cas plus récent est dû à Mûnchmeyer. Eu Cocliinchine, la chair d'un Cyprinide appelé Prolung ou Ca-thial passe pour toxique, d'après Nielly.
Les Acanthopsides ont un ou plusieurs piquants sur l'os sous-orbitaire et portent de trois à six paires de barbillons autour de la bouche. Les Loches (Cobitis) sont de nos pays ; C. fossilis avale l'air et le respire, grâce à une vascularisation extrême de la muqueuse intestinale; il le rend ensuite par l'anus.
Les Characins (Serrasalmo) habitent les eaux douces de l'Amérique du Sud ; ils n'ont pas plus de 0m,lo à 0m,20 de longueur, mais sont •très redoutés, à cause de leurs dents puissantes, dont la force est surprenante. Doués d'une grande intrépidité, ils attaquent non seulement les autres Poissons, mais le bétail ou l'Homme lui-môme; ils. enlèvent par lambeaux les chairs de leur victime et celle-ci n'a bientôt plus la force d'échapper à leurs atteintes. Le Caribe Colorado i (S. Nattercri) et le Caribe pinche (S. irrilans) sont du Venezuela: S. denliculalus est de la Guyane. Le Candirou (S. rhombeus) vit dansi l'Uruguay, le Parinha (S. piraya) dans l'Uruguay, le Tocanlin et. l'Amazone : de Castelnau a décrit leurs méfaits.
Les Siluroïdes sont de voraces Poissons d'eau douce, à puissante armature dentaire, à peau nue [Silurus) ou partiellement couverte de ■ larges écussons osseux (llypostoma) ; le sous-opercule et les appendices pyloriques font défaut.
Silurus glanis est le plus grand Poisson des eaux douces d'Europe: il a jusqu'à 3 mètres de longueur. On ne le trouve ni dans le sud, ni i dans l'ouest de l'Europe, mais.les fleuves] d'Allemagne [et de Russie
ORDUE DES PIIYSOSTOMES. <J'J le nourrissent, ainsi que la mer Caspienne et les rivières qui s'y jettent. Cet animal est redoutable même pour l'Homme : Gesner, klenciennes, Heckel et Kner rapportent qu'on a maintes fois trouvé des restes humains dans son estomac. Sa chair est assez appréciée, mais celle de S.j<wonicus serait tenue pour suspecte au Japon.
Le Mâchoiran (Bagrus barbatus), du Sénégal, « a, suivant Keisser, sa nageoire dorsale armée de rayons épineux et forts qui, en font un animal très dangereux à saisir ». Au Japon, B. aurantiacus et Plutosus lineatus passent pour être toxiques : on redoute eu outre leur piqûre.
Cette dernière espèce se trouve dans la mer Bouge et dans tout l'Océan Indien, de l'île de la Réunion au Japon et aux Philippines: c'est Vikan binara des Malais. Elle mesure jusqu'à 0m,30 de longueur et se tient enfoncée dans la vase et le sable de la mer.
Quelques autres espèces ne sont pas moins redoutables : Pl. castaneus est de Mahé et de la côte du Malabar, PL limbatus de l'Hindoustan, Pl. canins du Bengale, Pl. unicolor et Pl. albilabris de Java, Pl. macrocephabis de Timor.
Bottard a décrit l'appareil à venin des Plotoses. Cet appareil siège en avant des nageoires pectorales et de la première dorsale, dont le premier rayon est constitué par une forte épine. Celle-ci est creusée d'un canal central, qui s'arrête à une petite distance de son extrémité libre et ne s'ouvre pas au dehors; inférieuremenl, ce canal communique avec un réservoir à venin placé à sa base, sorte de poche piriforme, de nature fibroélaslique, dépourvue de muscles et tapissée intérieurement patun épithélium sécréteur. L'appareil reste clos; mais si, par exemple, le pied d'un baigneur ou la main d'un pêcheur vient à heurter ou à saisir le Plotose, l'épine s'enfonce dans les tissus et s'y brise et, grâce à la compression qui agit sur lui, le réservoir à venin se vide dans la plaie. Cet appareil est donc purement défensif ; le Poisson est incapable de s'en servir activement. Cuvier et Valenciennes attribuent à tort les accidents à la rupture des épines dans la plaie. Bottard a lui-même été témoin d'accidents très graves par piqûre de ce Poisson.
Les genres Pimelodus et Doras, de l'Amérique du Sud, sont très venimeux : on trouvera sans doute dans la nageoire dorsale un appareil à venin analogue à celui des Plotoses.
Blanchard. — Zool. méd.
Malapterurus electricus Lacépède, 1803.
Synonymie : Silurus electricus Linné.
Le Malaplérure peut atteindre la taille de lm,T6 ; comme le Glanis il a trois paires de barbillons, une à la lèvre supérieure et deux i l'inférieure. La nageoire caudale est bien développée; les autres sont de dimensions restreintes et la dorsale fait môme défaut; une nageoire adipeuse se voit à la partie postérieure de la face dorsale.
Ce Poisson vit dans la plupart des fleuves de l'Afrique tropicale : on le connaît du Nil, du Congo (Tuckey, 1816 ; de Brazza, 1880 , de l'Ogooué (marquis de Compiègne, 1875), du Sénôgal7(Trémcau de Rochebrune, 188o), du Zambèze et de ses affluents (Peters, 1843). Murray, Gùnlher et d'autres ichlhyologistes reconnaissent plusieurs espèces; d'autres n'admettent que l'espèce M. electricus avec les variétés beninensis Murray, uffinh Giinlher et ogooensii Sauvage.
L'organe électrique dont est doué ce Poisson occupe toute la longueur du corps. Au niveau du cœur, il n'est développé que dans la moitié supérieure et descend à peine de chaque côté jusqu'à la ligne latérale ; plus en arrière, il enserre ,1e corps entier comme une gaine très épaisse latéralement, plus mince aux faces dorsale et ventrale. Cet organe est limité intérieurement par une aponévrose ; par sa face externe, il semble faire corps avec la peau, dont on ne le sépare que difficilement, et pour cette raison Frilsch le considère comme une modification de cette dernière ; mais celte manière de voir nous parait peu plausible, el nous croyons plutôt que l'organe résulte ici de la Iransformation des muscles superficiels du corps.
La véritable situation de l'organe électrique a été reconnue par Broussonet, en 1782; à l'heure présente, la structure intime de cet organe n'est pas encore connue d'une manière satisfaisante/ malgré les recherches de Fritsch.
Comme chez le Gymnote, l'organe électrique est constitué par un nombre considérable de colonnes à direction longitudinale, formées chacune par l'empilement d'un grand nombre de disques verticaux. Une môme rangée longitudinale comprend environ 1,600 disques, de la tôle à la queue; sur une coupe transversale, praliquce^au point où le corps est le plus épais, on compte environ 3,000 colonnes; on peut enfin estimer à 14,000 le nombre des disques renfermés dans un centimètre cube chez un animal adulte. Ces disjues ou lames clectri-
ORDRE DES ANACANTIIINES.
ques, dont la structure est assez différente de celle des organes similaires de la Torpille ou du Gymnote, grandissent avec l'âge, mais n'augmentent pas de nombre; ils sont plus lâchement unis vers l'extrémité postérieure qu'en avant.
Chaque moitié de l'organe électrique est parcourue sur toute sa longueur, à sa lace interne, par un gros nerf qui émet de part et d'autre un grand nombre de branches. Ce nerf naît directement du bulbe, entre la deuxième et la troisième racines du nerf spinal; il tire son origine d'un amas inlra-bulbaire de très grosses cellules nerveuses. Chacune de ses fibres est entourée, outre la gaine de Schwann, d'un nombre considérable d'enveloppes concentriques jouant le rôle d'isolateurs et parmi lesquelles circulent des vaisseaux sanguins.
La décharge du Malaptérure n'est pas plus forte que celle d'une Torpille de grande taille; elle est beaucoup plus faible que celle du Gymnote. Le courant marche de la tête à la queue, c'est-à-dire à l'inverse de ce qui se passe chez le Gymnote.
G. Fritsch, Die elektHschën Fische, nach neueren Unlersuchungen analomisch-zoolor/isch dargeslellt. — I. Malopterurus eleclricus. Leipzig, 1887.
ORDRE DES ANACANTIIINES
Ce sont des Malacoptérygiens physoclisles ; les nageoires ventrales sont ordinairement rapprochées des pectorales.
Les Ophidides, à corps serpentiforme, n'ont pas de nageoires ventrales. Ils comprennent le Lançon [Ammodytes ianceolatus), l'Équille (.4. lobianus) et le curieux genre Fieras fer, qui est parasite des Holothuries et des Aslérides.
Les Gadidés ont la peau visqueuse, couverte de petites écailles isses, assez souvent caduques ; la nageoire dorsale est souvent double, ou Inple, l'anale est souvent double, les ventrales sont insérées sous la gorge.
Gadus morrhua Linné, 1758.
La Morue franche; Cabelmu ou Cabillaud (fig. 800), mesure ius qu'a i- 50 delongueur et pèse jusqu'à 40 kilogrammes. Les Z o re sont armées de fortes dents eu cardes ; l'inférieure est plus courue qi la supérieure et porte un petit barbillon. Il y a trois nageoires do sales : la première a 13 à L5 rayons, la seconde 17 à 18 la ,,
bib CLASSE DES POISSONS.
sième 18 à 21; la première anale en a de 17 à 19, la deuxième 10 ou 17.
Ce Poisson abonde dans l'Océan glacial du Nord, sur les côles du Labrador, du Groenland, de l'Islande, dans la mer Blanche et jusqu'au voisinage du Kamlschatka. Quelques individus se rencontrent
Fig. 8G0. — Gadus morrhua.
sur les côles de Bretagne, plus rarement dans le golfe de Gascogne et le long du Portugal; aucun n'atteint le détroit de Gibraltar et ne pénètre dans la Méditerranée.
Comme le Hareng, la Sardine et d'aulres Poissons sociaux, pour lesquels on admettait naguère de lointaines migrations, la Morue passe, suivant la saison, des profondeurs de la mer à la surface. A la fin du printemps, elle se rapproche des côtes ou apparaît au-dessus de certains bas-fonds : c'est ainsi qu'elle envahit en bandes innombrables les fjords du nord de la Norvège, des Lofoden et de l'Islande, le Doggerbank, plateau situé entre la Grande-Bretagne, le Danemark et la Hollande, et surtout le grand banc de Terre-Neuve.
Nous ne saurions décrire ici la pêche de la Morue : pour donner une idée de son importance, disons seulement que, en 1882, les seuls pêcheurs français ont pris en Islande 12,013,008 kilogrammes et à Terre-Neuve 1 7,803,92 1 kilogrammes de Morue, soit un total approximatif de 30 millions de kilogrammes. Suivant le mode de préparation et de conservation employé , on obtient le rundfish ou slockfish, Poisson éventré, vidé, suspendu par la queue et desséché à l'air; le hlipfish, que l'on conserve dans la saumure, en attendant que le retour du soleil permette un séchage convenable ; la Morue verte, simplement conservée dans le sel.
Toutes les parties du Poisson sont utilisées : la chair est l'objet d'un trafic considérable; les œufs ou roque servent d'appât pour la pêche delà Sardine ; la tête et les déchets sont réduits en poudre et servent à nourrir les Chevaux et le bétail, en Islande ; le foie fournit une huile précieuse, dont l'importance thérapeutique est connue de
ORDRE DflS ANACANTIIINES. 67- Lus; les autres viscères, ordinairement rejetés à la mer, sont aussi utilisés pour la confection de guanos et d'engrais.
Dès que la Morue est ouverte, on retire le foie, on le lave et on le jette dans une grande cuve en bois, percée de trous à sa partie inférieure et exposée au soleil. Les foies accumulés dans la cuve sont constamment remués; ils y restent jusqu'à ce que la putréfaction fasse éclater les cellules de leur parenchyme. [J'huile qui s'échappe de celles-ci surnage., tandis que le sang et d'antres liquides s'écoulent par les trous percés plus bas. |n obtient ainsi l'huile blanche inférieure ou l'huile médicinale naturelle, de saveur franche, peu odorante, limpide et d'un jaune clair. A mesure que la putréfaction s'avance, la couleur de l'huile se rembrunit et devient successivement blonde, ambrée, brun clair, puis brun foncé.
Quand on a soutiré l'huile naturelle, les foies, déjà putréfiés à demi, sont mis à bouillir dans de grandes marmites en fonte, jusqu'à ce que toute l'eau renfermée dans leurs tissus soitévaporée. L'huile ainsi obtenue est d'un brun noir, non transparente, âcre et nauséabonde ; elle sert en corroierie pour donner de la souplesse au cuir.
Actuellement, on a recours, pour la préparation de l'huile de foie de Morue, à des procédés plus perfectionnés. Les foies, dont on a fait un choix, sont lavés et séchés, puis jetés dans des récipients en fer-blanc à double paroi, dans l'épaisseur desquels circule un courant de vapeur ou d'eau chaude. L'huile est enlevée avec de grandes cuillers en fer à mesure qu'elle se sépare, puis on la porte dans de grands bassins où elle se clarifie et laisse déposer un abondant résidu. On la décante alors et on la filtre, après quoi elle peut être livrée à la consommation. Dès qu'ils cessent de donner de l'huile blanche, les foies sont portés dans une chaudière chauffée doucement et donnent une huile blonde, recherchée en Norvège pour l'éclairage; en activant un peu le feu, on en obtient finalement une huile noirâtre, utilisée pour la préparation des peaux.
L'huile de foie de Morue est légèrement acide, peu soluble dans l'alcool, très soluble dans l'élher; sa densité est de 0,923 à 0,930 ; à 15<>C. elle marque 53° à l'alcoomètre de Gay-Lussac et 39° à l'oléométre de I.clevrc. L'acide azotique fumant la colore en rose, par suite de la pré-
sencc d'une petite quantité de pigments biliaires. Une faible quanlité d'acide sulfuriquo y développe une coloration violette, qui passe au cramoisi, puis au brun par l'agitation du liquide. La rosanilinela colore en rouge, mais ne colore pas les huiles végétales non acides. Enfin, Dorvault et Huraut-Moutillurd assurent que, battue avec une solution j concentrée de sulfure de potassium, cette huile donne un épais mé- i lange qui se dissout partiellement dans l'éther, en laissant un résidu i insoluble.
On la falsifie fréquemment par l'huile de Poisson, l'huile de Cachalot, les huiles végétales, voire môme par la colophane. Des réactions spéciales permettent de reconnaître la sophistication.
La composition chimique de l'huile de foie de Morue n'est qu'imparfaitement connue. Suivant de Jongh, elle renferme de l'oléine, de la margarine, de labutyrine, les acides et pigments biliaires, des sulfates, des phosphates, de la chaux, de la magnésie, de la soude, de l'iode, du brome, du chlore, du phosphore, plus un principe spécial, la gaduine. Gubler considérait cette dernière comme de la matière glycogène mélangée h des graisses.
Les travaux d'Arm. Gautier etL. Mourgues ont enlevé tout intérêt à ce genre d'analyses et ont présenté sous un jour nouveau la constitution chimique de l'huile de foie de Morue. Cesj savants ont reconnu qu'il existe dans l'huile blonde six leucomaïnes (1), un acide particulier (2) et un peu de lécilhine. Les leucomaïnes sont dans la proportion de 0Br,35 à 0Br,50 par kilogramme d'huile : l'une d'elles, la morrhuine, est le véritable principe actif.
C'est à la morrhuine que l'huile de foie de Morue doit les propriétés diurétiques, diapborétiques et stimulantes que les médecins s'accordent à lui reconnaître ; l'iode, auquel on les attribuait jusqu'ici, n'y est donc pour rien. Suivant Gautier et Mourgues, les alcaloïdes, probablement renfermés dans les cellules hépatiques, se dissolvent dans Vhuile en même tempsque les matières biliaires, c'est-à-dire quand l'huile commence
(1) Ces alcaloïdes sont la butylamine, OH"Az, Visoamylamine, C8H13Al Vhexamyline, la dihydrolutidine ou dihydrotiiméthylpyridine, CiHllAz,l'ase/line, OH^Az'', et la morrhuine, CWAz^. Les quatre premières sont volatiles, les doux autres sont fixes.
(2) L'acide morrhuigue, Cni'UzCR II correspond probablement a la ga| duine de de Jongh.
On DUE DES ANACANTHINES. 079 à prendre la coloration jaune ou brune; l'huile blanche, encore appelée huile « la vapeur on huile crue, n'en renferme pas ou n'en contient que des traces. Il s'ensuit que l'huile blanche doit être proscrite delà thérapeutique, bien que son usage tende à prédominer. On devra lui préférer l'huile blonde, à laquelle la pratique avait d'ailleurs fait reconnaître déjà les propriétés physiologiques les plus actives.
A. Gautier et L. Moursues, Sur les alcaloïdes de l'huile de foie de Morue. Comptes rendus de l'Acad. des se., CVII, p. 110, 1888. — Id., Alcaloïdes volatils de l'huile de foie de Morue : butybnnine, amylamine, hexylamine. dihydrolutidine. — Ibidem, p. 254. — Id., Sur les alcaloïdes de l'huile de foie de Morue. Ibidem, p. 026. — Id., Sur un corps, à la fois acide et base, contenu dans les /utiles de foie de Morue : l'acide morrhuique. Ibidem, p. 740.
Les cas de botulisme par ingestion de Morue avariée sont très fréquents, surtout chez les marins et les soldats, dans l'alimentation desquels ce Poisson entre pour une large part. Sur 2,1 1 1 Hommes que comptait la division de Lorient, Bérenger-Féraud en a vu 222 être malades, et quelques-uns assez gravement pour ne pouvoir reprendre leur service que douze jours après leur entrée à l'hôpital; aucun ne mourut, ni ne fut en danger de mort.
Devoilier a trouvé des ptomaïnes dans la chair de Morue corrompue. Brieger a fait la môme constatation: il a déterminé notamment la neuridine, l'élhylène diamine, la muscarine, la triéthylamine et la gadininc.
En 1878, on observait à Glocesler et en d'autres points de la côte américaine que, pendant l'été, les Morues vertes et sèches prenaient une coloration rouge : W. G.Farlow, chargé d'en rechercher la cause, l'attribua à la présence d'une Bactérie, Clathrocyslis roseopersicina. En 188i, Bcriherand ohscrva cette même coloration et fit décider par la Commission d'hygiène d'Alger que la Morue rouge serait retirée de la consommation : il envoya des fragments de Morue rouge à Mégnin, qui reconnut également la présence d'un micro-organisme, mais le rangea parmi les Champignons, en le rapportant au genre Coniothecium. Ce môme organisme reçut de Bérenger-Féraud le nom de Pénicillium roseum et d'Heckel celui de Sarcina morrhux; il se présente «ti effet sous l'aspect habituel de tétrades. Des recherches ultérieures ont permis à Heckel de confirmer la détermination de Farlow et de rapporter définitivement à Beggiatoa {Clathrocystis) roseo-persicina le rouge de la Morue.
Dans les cas d'empoisonnement observés par Bérenger-Féraud, la Morue était rouge : on ne manqua pas d'admettre que cette coloration
était un signe de l'altération du Poisson et le ministre du commerce prit un arrêté interdisant la vente de la Morue ronge. Mais cet arrêté fut bientôt rapporté, quand il fut démontré que le rouge s'observail tout aussi bien sur des Morues avariées que sur des Morues saines I Suivant Ileckel, la Morue rouge est mfime recbercbée dans certains départements, comme les Hautes-Alpes, les Basses-Alpes, l'Ardèehe et le Puy-de-Dôme, sans qu'on y ait signalé d'intoxications.
II est néanmoins possible que cet organisme, qui se nourrit de la chair du Poisson, se comporte vis-à-vis de celle-ci à la façon d'un ferment et dédouble les albuminoïdes en une série de plomaïnes dont quelques-unes sont toxiques. Plus vraisemblablement, il est précédé par les Microbes de la putréfaction, auxquels il faudrait alors attribuer la production de ces poisons : ainsi s'expliquerait ce fuit que des accidents également graves suivent l'ingestion de la Morue altérée, que celle-ci soit rouge ou non.
On admet que le rouge provient du sel employé pour la préparation de la Morue; on a incriminé notamment le sel de Cadix. Sans se préoccuper de la provenance du sel, on peut maintenant ésiter l'apparition du rouge en mélangeant au sel un corps qui s'oppose au développement de l'organisme parasitaire : en incorporant S parties de sullibenzoate de soude cristallisé à 100 parties de sel marin, Ileckel n'a pu voir le rouge se développer sur un lot important de Morues vertes placées dans les conditions les plus défavorables; d'ailleurs, ce lot conservait intactes ses qualités marchandes.
La famille des Gadidés comprend encore le Lieu ou Eglefin (Gadus œijhfinus), le Capelan (G. minutas), le Merlan {Merlangus vulgaris), le Charbonnier, Sey ou Colin (M. carbonarius), la Merluche [Merlucius vulgaris), la Lingue ou Morue barbue [Lotta molva). Tous ces Poissons sont marins et ont à peu près la même distribution que la Morue franche: les plus grands se préparent en stocltph et en klîpflsh; leur foie donne une huile abondante, mais peu propre aux usages médicinaux.
La Lntte (Lolla vulgaris) vit dans les rivières et les lacs de l'Europe centrale et de l'Europe du Nord. Elle peut atteindre 0m,7O de longueur; la première nageoire dorsale a 12 à 14 rayons, la seconde en a 68 à 72; l'anale, 60 à 70. Sa chair est délicate, mais peut transmettre le Bothriocéphale large (tome I, page 496) ; ses œufs sont souvent toxiques, ainsi que Rondelet l'avait déjà noté.
(1) Degorce n'a pas trouvé de ptomaines dans 50 grammes de Morue rouge ; mais ce résultat n'est pas probant, la recherche ayant porté sur une quantité trop faible.
ORDRE DES ANACANTIIINES. C81-
Les Plcuroneclidcs sont asymétriques: leur corps est aplati très fortement dans le sens latéral, en sorte qu'ils reposent normalement sur le côté gauche (llippoglossus, Solca, Pleuronecles limanda, Pl. Malessa, PL flesus) ou sur le côté droit (Pl. megastoma, lihombus, Amoglossus, Plagusia); Pleur, flesus repose parfois sur le côlé droit. L'a l'ace supérieure est pigmentée, l'inférieure reste blanche. Les jeunes sont parfaitement symétriques et nagent dans la position verticale, comme tous les autres Poissons; mais, à mesure que le développement s'avance, l'œil du côlé qui doit devenir inférieur quitte sa position première et passe sur la face opposée, par un procédé qui n'est pas encore parfaitement élucidé.
Ces Poissons vivent dans la mer à une faible profondeur, dissimulés dans le sable ou ia vase; quelques-uns, comme le Flet (Pleur, flesus) remontent dans les fleuves. Le Flétan ou Halibul (Ilii>poglossns vulgaris) atteint une longueur de deux mètres. La Limande (Pleuronecles limanda), le Carrelet (Pl. platessa), la Limandelle (Pl. megastoma), la Sole (Solea vulgaris), le Turbot (Rhombus maximus) et la Barbue (/WL lœvis) sont de ce groupe. Les œufs de celle dernière peuvent cire toxiques.
On a signalé des cas où de petits Pleuronecles, saisis entre les dénis par des pêcheurs qui cherchaient à les détacher de leur ligne ou de leurs filets, ont glissé dans la bouche et causé une asphyxie mortelle. Dans le cas d'Attilio Prati, le Poisson occupait la partie inférieure de la trachée et se trouvait même engagé dans la bronche droite ; clans celui de îempesti, il obstruait la glotte et le larynx.
Les Scomberésocides sont marins. Ils ont des écailles cycloïdes et présentent une carène de chaque côlé de l'abdomen ; les mâchoires, armées de dents, se prolongent parfois en une sorte de bec (Belone).
L'Orphie (Belone aeus) vit dans la Méditerranée ; il peut atteindre la taille d'un mètre; ses os présentent une belle coloration vert émeraude, qui résiste à la coclion et à la putréfaction et qui serait due à la présence du phosphate de fer tribasique (R. Dubois). A cause de celle teinte, la chair de l'Orphie est tenue pour suspecte par quelquesuns, mais nous l'avons consommée sans en éprouver le moindre mahuse. Moreau de Jonnès signale B. brasiliensis et B. marginal comme toxiques; Tybririg et d'Arras en disent autant de B. caribœa de lu Guadeloupe.
ORDRE DES ACANTMOPTÉRYGIENS
Ces Poissonsont d'ordinaire des écailles clénoïdcs ; la vessie nalatoire est close. La nageoire dorsale est soutenue par des rayons épineux. Les nageoires ventrales sont en avant (Umnoscopus, Trachinus, Manias, Callionymus, Lophius), au-dessous (Chromis, Perça, Mutin*, Trigla, Scixna, Scomber) ou en arrière des pectorales (Gasterosteus, Mugil, Sphyrsena); elles peuvent encore faire défaut (Xiphias, Trivhiurus, Slromateus).
Les piiarykgognathes présentent une soudure des os pharyngiens inférieurs. Les Chromides (Chromis, Cichla), les Pomacentrides et les Labrides (Labrus, Crenilabrus, Clenolabrus, Scarus) sont de ce groupe.
Le Perroquet de mer (Se. cretensis) habite la partie orientale de la Méditerranée : les anciens le tenaient en haute estime, bien qu'il puisse provoquer parfois des accidents cholériformes. Des accidents plus graves sont souvent causés aux Antilles par Se. psitlacus, à l'île Maurice par Se. velula, d'après Sonnerat. C'est probablement un Scare que Chisholm signale, sous le nom de Coracinus fuscus major, comme très vénéneux.
Les Acanthoptêres n'ont pas les os pharyngiens soudés.
Les Percides ont des dents en velours sur la mâchoire inférieure, les intermaxillaires, ls vomer et les palatins. Les nageoires abdominales sont sur la poitrine et sont formées de cinq rayons et d'un piquant. La Perche (Perça fluviatilis), le Bar ou Loup (Labrax lupus), la Gremille (Acerina cernua), la Sandre (Lucioperca sa7idra), l'Apron (Aspro vulgaris), les Serrans (Serranus), etc., appartiennent à cette famille.
La Perche a un appareil à venin rudimenfaire, siégeant dans la membrane inlerradiaire des rayons épineux de la nageoire dorsale (Bottard).
Ptiphon spinosiis C. V. est signalé comme venimeux; il est! long de 0m,22 et vit dans les mers du Japon. L'appareil à venin est sans doute développé à la première dorsale, dont les troi-l sième, quatrième et cinquième épines sont très hautes; l'anale porte également trois fortes épines ; le préopercule et l'oper-' cule sont pourvus eux-mêmes d'épines fortes et acérées.
Aux Antilles, on cite comme toxiques Serra?ius ouatalibi, S. eveolus, S. nicjriculus, S. araravl Mcsoprion jocu ; en revanche, M. cynodon ne serait pas à craindre.
ORDRE DES ACANTIIOPTÉIt YGIENS. 6*3
Les llaslérosléides ou Epinoches sont les plus petits Poissons de nos rivières; ils sont armés de très forts piquants au dos el au ventre. Le mâle construit au fond de l'eau un nid de vase, d'herbes el de détritus, qu'il agglutine avec de la mucine, sécrétée par certaines cellules glandulaires de ses reins; puis il mène la femelle pour y pondre ses œufs. Il veille sur ceux-ci avec sollicitude et les défend avec courage.
Les Mullides comprennent le Surmulet [Mfttllus surmulettts) et le Rouget barbu (M. bctrbalus), tous deux de nos côles.
Les Sparides habitent toutes les mers chaudes et tempérées. La jjageoire dorsale est unique, l'anale a trois rayons épineux; les ventrales, .-nspendues à la poitrine, ont un piquant et cinq rayons ; l'opercule est iuerme.
Plusieurs espèces peuvent causer la siguatera. G. Forster a vu un Capitaine (Pagellus erythrinus), péché au voisinage des Nouvelles-Hébrides, causer à tous ceux qui en mangèrent des tranchées, des douleurs aiguës, des vertiges, une profonde langueur et couvrir le corps de boutons; un Porc, qui en avait mangé les entrailles, mourut dans la nuit, mais aucun Homme ne succomba. Ce Poisson se retrouve à la Nouvelle-Calédonie, mais de Rochas ne connaît pas d'accidents qui lui soient imputables.
Lelhrinus mambo, de cette même région, est inoffensif quand il est jeune, mais est toxique à l'âge adulte.
Le Perroquet (Sparus psillacus), le Pagre, certaines Daurades {Chrysophrys aurala, Chr. sabra) seraient également toxiques. Au Japon, Chr. longspinus a la réputation d'être nuisible, surtout aux femmes enceintes, mais Geerts doute qu'il le soit réellement.
Les Squamipennes sont doués des couleurs les plus éclatantes; ils vivent dans les mers tropicales. Certains Chsstodon du Japon passent pour vénéneux.
Les Triglides, Joues cuirassées ou Calaphracles, ont une grosse tôle protégée latéralement par une plaque osseuse qui résulte d'un élargissement notable du sous-orbilaire fusionné avec le préopercule; le corps est allongé; la nageoire dorsale est simple ou subdivisée 'en deux portions. Principaux genres : Trigla, Pterois, Aînstus, Scorpœna wnanceia, Collus, Daclylopteras.
Scorpœna antennata et .Se. grandicornis passent pour toxi-
ques. Cette dernière est appelée Crapaud de mer à la Martinique et Rascasse vingt-quatre heures à Saint-Domingue, à cause de la rapidité avec laquelle elle donnerait la mort. A Cuba, on apprécie sa chair, mais on redoute sa piqûre. En effet, un hnn nombre de Triglides sont venimeux, et Boltard a fait connaître la structure de l'appareil à venin de plusieurs d'entre eux.
Pteroïs muricata.— Très redouté des pécheurs des ilesMascareignes, ainsi que Pl. zébra, Pl. mauritiana, etc. L'appareil à venin siège dans la membrane inlerradiaire des rayons épineux de la nageoire dorsale. Ces rayons se brisent comme du verre et restent souvent dans la plaie. La douleur, au dire des pêcheurs de la Réunion, est aussi vive que celle qui suit la morsure de Scolopendra Lvcasi. Les cellules sécrétantes tapissent la surface interne de la membrane interradiaire, qui forme gaine à l'épine.
Scorp.ena scrofa. — Rondelet cite déjà celle espèce comme venimeuse : « Les pescheurs souvent se piquent en le prenant, d'où s'ensuit inflammation, é grande douleur. » La Rascasse(S. po7rus), indispensable à la préparation de la bouillabaisse, est voisine : toutes deux vivent dans la Méditerranée et le golfe de Gascogne. D'autres Scorpènes habitent les Mascareignes (Se. mesoga/lica, Se. mauriliana), les Antilles et les régions chaudes de l'Océan Pacifique. Tous ces animaux se tiennent blottis dans les anfracluosités des rochers et sont redoutés à cause de leur piqûre.
L'appareil à venin siège encore aux rayons épineux de la nageoire dorsale. La membrane interradiaire forme autour de chaque épine une gaine dont la face interne est tapissée de cellules cylindriques sécrétant le venin. A l'état normal, la nageoire est couchée sur le dos, et l'épine est presque entièrement cachée dans sa gaine; celle-ci s'efface dans le relèvement forcé de la nageoire. Le venin est clair et incolore.
La petite Scorpène brune (Se. bufo) de la Méditerranée possède en outre un appareil à venin rudimenlaire, dans la gaine des deux plus grandes épines operculaires.
Sïnanceia BRACiiio C. V. — Celte espèce, longue de 0m, 15, habite les parties chaudes de l'Océan Indien et de l'Océan Pacifique : on la trouve à la Réunion, à l'île Maurice, aux Sey-
ORDRE DES ACANTUOPTÉHYGIliNS. 08:> IheUes, à Java, à Bornéo, aux Moluques, à Taïti, à la Nouvelle- Calédonie ; partout elle est redoutée et cause des accidents fort graves. « Les pécheurs, disent Valenciennes et Cuvier, redoutent sa piqûre beaucoup plus que celle des Vipères et des Scorpions. » D'autres espèces sont connues, qui ont à peu près la môme répartition : S. horrida, S. verrucosa, S. sanguinolenta; S. iicapillala est de File Maurice, S. elongala de la côte de Coromandel, S. uranoscopa de Tranquebar, S. erosa du Japon.
La première description de l'appareil à venin est due à Nadeaud; une description plus complète a été donnée par Bottard.
La nageoire dorsale a treize rayons épineux et six rayons mous. Chaque épine est creusée, suivant sa longueur, de deux profondes cannelures dont l'extrémité inférieure est en rapport avec un réservoir à venin particulier; il y a donc deux réservoirs par épine. Chaque réservoir e-t oblong, cylindrique, plus effilé à son extrémité supérieure qui est close et se termine en vrille : c'est là qu'éclate toujours le réservoir, quand on exerce une pres-ion sur lui. Il est entouré d'une couche de tissu conjonctif lâche, sans fibres musculaires, dans lequel plongent huit à douze glandes en tube, produisant un liquide clair, légèrement bleuté, faiblement acide sur l'animal vivant et d'aspect louche quelque temps après la mort. En raison du petit nombre de glandes annexées au réservoir, on conçoit qu'il n'y ait pas écoulement du venin au dehors. Le réservoir se remplit de venin et se dilate à mesure que l'animal grandit. : sur un individu long de 0m,45, il est lui-même long de 0m,009 à 0m,012 et large de 0m,006 à 0m,007.
La Synancée se tient près du rivage, cachée dans les rochers ou sous les bancs de Coraux ou enfouie dans le sable. Elle prend la couleur même du fond et devient difficilement perceptible. Qu'un pêcheur ou un baigneur appuie le pied sur sa nageoire dorsale, les épines acérées pénètrent dans les tissus et le pied fait pression sur le réservoir : celui-ci éclate et le venin s'écoule le long des cannelures des épines jusque dans la plaie. Sans cette pression, l'animal est incapable de nuire : il peut redresser volontairement les rayons épineux de sa nageoire, d'ordinaire ccuchée le long du dos, mais le venin, renfermé dans ses
treize paires de sacs clos, n'est pas rejeté au dehors. L'appareil à venin constitue donc une arme défensive (1).
Cel animal est le plus dangereux de lous les Poissons venimeux. D'après Nadeaud, sa piqûre détermine une vive douleur, qui suit le trajet des vaisseaux, s'irradie à la poitrine et cause une anxiété subite. Autour de la petite plaie se dessine une auréole d'un blanc nuit, puis noirâtre: toute la peau sous-jacerite se mortifie et il se l'orme une eschare large de 0"', 012 à 0»,015; les tissus ambiants sont le siège d'une inflammation ordinairement légère, mais qui se termine assez souvent par un phlegmon. Dans quelques cas, le malade est pris de lipothymies et de vomissements, qui durent une ou deux heures; d'ornaire, les douleurs vont en diminuant après la première heure et il ne reste plus qu'un peu de céphalalgie et de [faiblesse des membres. Tous ces accidents seraient conjurés par l'application d'écorces contuses à'Alae (Erythrina indica) et de Mape (Inocarpus edulis); le suc de VApe [Colocasia macrorhiza) et du lira meoruru [Zingiber zerumbet rendrait le môme service.
La piqûre de la Synancée ne serait donc pas mortelle, d'après Nadeaud; pourtant, Boltard a recueilli à la Réunion cinq cas de mort authentiques qui doivent lui être imputés et c'est à ce môme Poisson qu'il faut attribuer la mort de deux indigènes des Moluques, rapportée par Renard et attribuée par lui à Vlncan Satan ou Poisson du diable (Scorpmna diabolus).
Cottus scorpius Linné. — Le Ghaboisseau ou Scorpion de mer est long de 0m,25 ; il est commun dans les mers du nord, mais devient rare dans le golfe de Gascogne. Perdu dans les profondeurs de la mer, il ne se rapproche des côtes que pour y pondre. Il porte trois épines operculaires, que la membrane des ouïes entoure comme une gaine; celle-ci peut se retrousser pour laisser saillir l'épine, creusée de deux canalicules. A chaque épine est annexé un appareil à venin, qui est le mieux développé sur l'épine inférieure. Il se compose de culs-de-sac glandulaires très vastes, mais ceux-ci ne sont tapissés de cellules sécrétantes qu'au moment du frai; en toute autre saison, ces cellules sont atrophiées ou ne persistent qu'à l'état
(1) La peau de la Synancée est pourvue, de chaque côté.do la ligne dorsale, d'environ 150 grosses glandes qui sécrètent un liquide laiteux, non venimeux et aussi gluant qu'une goutto de latex de Ficus elaslica. Le l'ait est intéressant k notor, les Poissons é:ant en général dépourvus do glandes cutanées.
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d'îlots. Suivant l'époque où elle aura lieu, la piqûre se montrera donc venimeuse ou inoilensive.
Le Ghaboisseau remonte souvent fort loin dans les fleuves et les rivières ; il redescend à la mer pour frayer : son appareil venimeux est alors normalement développé, si ce n'est qu'il est dépourvue de cellules sécrétantes, môme pendant le temps , de séjour à la mer. Le Chabot de rivière (C. gobio) n'est pas venimeux.
Les Apistes (Apislus) ont sans doute une glande venimeuse annexée à l'une ou à l'autre des deux épines qui arment leur sous-orbitaire et leur préopercule; leur piqûre est réputée très dangereuse.
Les Trachinides ont le corps allongé, les nageoires ventrales situées sous la gorge, en avant des pectorales; l'anale est très longue; la première nageoire dorsale comprend un petit nombre de rayons épineux, la seconde un grand nombre de rayons mous. Ces Poissons vivent surtout dans les régions tropicales de l'Océan Indien et de l'Océan Pacifique. Ils sont représentés dans nos pays par les genres Uranoscopus et Trachinus, ce dernier par quatre espèces. La
Fig. 8GI. — Trachinus vipera.
petite Vive ou Toquel (IV. vipera, fig. 861), longue de 0m,10 à 0m,14-, et la grande Vive [Tr. dracu), longue de 0m,20 à 0m,30, soiiCdê la Manche et de l'Océan ; la Vive à lôte rayonnée [Tr. radiatus)*el la Vive araignée (Tr. araneus), toutes deux longues de 0m,30 à 0m, 40, sont de la Méditerranée.
Les Vives se tiennent enfouies dans le sable, à une faible profondeur. Toutes sont venimeuses : Klien, Oppien et Pline le savaient déjà. La Vive, ditBelon, « est un Pohson moult bien armé de forts aiguillons, desquels la poincture est si venimeuse, principalement quand ils sont en vie, qu'ils fontjperir la main, si l'on n'y remédie bien lo t. la en avons veu en fiebvre
et resverie, avec grande inflammation de tout le brachs d'une seule pelile poinclure au doigl. Le commun bruit est entre les . mariniers, qu'il sengendre des petits Poissons en la playe : de ' laquelle chose i'en ay veu plus de cent, qui m'ont affermé l'avoir veu : et que le souverain remède est de repoindre la playe i plusieurs fois avec ledict aiguillon. » Rondelet et Aldrovande» tiennent un langage analogue.
Ces Poissons possèdent deux sortes d'appareil venimeux. Lai première nageoire dorsale comprend cinq à sept rayons épil neux, en rapport avec des glandes à venin, dont l'existencesl déjà soupçonnée par Willughby ( 1) et Risso, a été démontrée! par Byerley, puis par Schmidt et Newton Parker; ces glandes} ■ont échappé à Gressin. La deuxième et la troisième épines sont les plus longues : toutes sont enveloppées en entier par une haute membrane interradiaire et couchées normalement en rétroversion, dans une gouttière formée par les grands muscles de la région dorsale; elles se redressent grâce à la con-| traction de ces muscles. Chaque épine est creusée d'une cannelure à ses deux faces antérieure et postérieure, cannelure qu'accompagne sur la plus grande partie de sa longueur un amas de grandes cellules glandulaires pigmentées, se continuant avec l'épiderme et ne' laissant entre elles aucun canal ) excréteur. Ces cellules sont plus ou moins remplies de goutte- | lettes. Pour se vider de leur produit, elles éclatent simplement: j le liquide se fraye un chemin à travers les autres cellules et coule le long du sillon. La glande postérieure est plus petite que l'antérieure.
Un autre appareil, présentant essentiellement la même struc-l| ture que le précédent, siège sur l'opercule. A la partie posléroa supérieure de celui-ci, se voit une forte épine trièdre, dirigée en arrière, cannelée à ses deux faces supérieure et inférieure era entourée sur toute son éLendue, y compris sa pointe, d'un» membrane lâche. Cette épine fait corps avec l'opercule: celuia ci est mobile sur le préopercule et peut se relever de 35 à 40"a grâce à la contraction du muscle des joues, qui prend sur lui son insertion mobile. Il en résulte donc que l'épine operculaira peut devenir proéminente, au gré dej'animal.
(1) « Duas iii tergo fort pinnas : anterior capiti vicina, quinis aculeis mem-J brana nigra conuexis horret, quibu's venenatum vulnus infligera dicitur. »
ORDRE DES ACANTIIOPTÉRYGIENS.
Chacun des sillons de l'épine est encore accompagné sur toute sa longueur d'un amas de très grosses cellules glandulaires, disposées comme précédemment et remplissant en outre une cavité conique, creusée dans l'épaisseur de l'opercule. Ces deux glandes sont complètement séparées l'une de l'autre; elles sont entourées d'une petite quantité de tissu conjonclif richement vascularisé. Les cellules gonflées de suc éclatent et le liquide vient s'accumuler clans les parties supérieures, au voisinage de la pointe de l'épine. Que celle-ci pénètre dans la peau de l'Homme, sa gaine se déchire aisément et le venin s'écoule dans la plaie. La pointe de l'épine est souvent à nu, par suite de la déchirure de sa gaine, mais la glande n'en continue pas moins à sécréter le venin.
Ce liquide est limpide et légèrement bleuâtre pendant la vie, opalescent et un peu épaissi après la mort ; il est coagulante par la Chaleur, les acides forts et les bases caustiques. Son action physiologique a été étudiée par Schmidt, puis par Gressin. A la dose d'une ' demi-goutte ou d'une goutte, il cause rapidement la mort chez les Poissons et le Rat, plus lentement chez la Grenouille : une première période de contracture est suivie d'une phase de paralysie avec abaissement de la température.
On connaît un grand nombre d'observations de piqûre de Vive. La douleur est excessive, mais les accidents se bornent le plus souvent à une forte inflammation locale, avec fièvre et tuméfaction étendue; des phlegmons, des- panaris, des eschares peuvent en résulter. Ambroise Paré cite le cas d'une femme dont le bras tomba promptement en mortification, ce qui causa la mort, mais c'est là une terminaison exceptionnelle..
Des règlements de police, justifiés par le fait que le venin garde toute son activité après la mort, obligeaient autrefois les pécheurs à couper les épines des Vives, avant de les mettre en vente : ils sont actuellement tombés en désuétude, mais l'usage s'en est conservé dans le midi : ii Cette, on n'apporte au marché que des Vives mutilées de la sorte.
Les Sphyrénides ont de petites écailles cycloïdes; les nageoires ventrales sont reportées en arrière. Sphyrscna vulgaris habite la Méditerranée etl'Atlantique : on ne la dit pas toxique mais certaines espèces des Antilles et de la côte américaine' {Sph. ùecuna, Spk. picuda, Sph. yello,Sph. barracuda, lig 8G*) produisent fréquemment lasiguatera, parfois au pointde causer
Blanchard. — Zool. niéd. jj ^
byo CLASSE DES POISSONS.
la mort; GhevallieretDuchesne cncilent plusieurs cas, ainsique Morea'U de Jonnès et d'Arràs. LaBécune mesure jusqu'à n'",oO de longueur; sa chair n'est toxique qu'en certaines saisons;
Fig. 862. — Sp/.yrœnu bi.rrccuda.
elle est armée de longues dents très acérées, qui rendent sa morsure très redoutable.
Les Scombéroïdes ont la peau argentée, I an lot nue, tantôt couverte de petites écailles ; l'appareil operculaire n'a pas de piquants; les nageoires ventrales sont ordinairement sur la poitrine. Ce sont des Poissons voraces, armés de fortes dents; ils afi'ectionneul certaines localités, danslesquelles ils reviennent au printemps par bancs immenses : Ici est le cas pour le Maquereau dans la Manche et la mer du Nord, pour le Thon dans la Méditerranée. Le Maquereau (Scombcr scombrus), le Golias (Se. colias), le Thon (Thynnus vùlgaris), la Bonite à ventre rayé (Th. pelamys), le Germon (Th. ulalonga) , le Sarde ou Bonite à dos rayé (Pelamys sardu), le Rémora (Echineis naucrates), la Dorée (Zeus faber), le Saurcl (Caranx trachurus), la Corvpliène (Coryphœna hippurus) sont les principales espèces de nos côtes.
La fausse Carangue, des Antilles et du Brésil, mesure jusqu'à lm,30el pèse jusqu'à 12 kilogrammes : sa chair est souvent toxique au point de causer la mort; pour éviter tout accident, la vente de Garangues pesant plus d'un kilogramme est interdite à la Havane. Le Couliiou (C. Plumieri), des Antilles, et G. carangus sont également vénéneux.
On sait avec quelle rapidité se putréfie la chair des Poissons; le fait est surtout vrai pour celle des Scombéroïdes. C'est ainsi que des cas li és graves, voire môme mortels, de botulisme ont suivi l'ingestion de la chair du Maquereau (cas de Miel), du Thon (cas de Galiay), delà Bonite à venlre rayé (cas de Morvan), du Germon, etc. 11 en est de môme pour les Tassards [Cybium caballa, C. acerrum) et le Quatre [Trachinotits glaucus), des Antilles.
ORDRE DES ACANTIJ.OPTÉIIYG1ENS. O'JI
Au Japon, d'après Geerts, Thynnus stbi, Th. thunnina, Th. pelamys, Th. macropterus, Pelamys oriental™, Scomber scombrus, Se. pneumato^ Morus et Cybùun chineuse causent fréquemment le botulisme. Bémy en a observé un cas déterminé par le Sushimi (Th. sibi), qu'on a coutume de manger cru, assaisonné d'une sauce tiès relevée : le malade avait des vertiges, une congestion vive de la face et des conjonctives, accidents qui cessèrent au bout de quelques heures, après ingestion de glace; la vente de ce Poisson est interdite en temps de choléra.
Les Espadons [Xiphias) sont remarquables par l'énorme allongement des intermaxillaires, du vomer et de l'elhmoïde, qui prennent l'aspect d'un glaive, arme terrible dont ils transpercent des animaux souvent beaucoup plus forts qu'eux; à l'occasion, ils s'attaquent à l'Homme et aux grands Cétacés.
Les Gobioïdes sont de petite taille; ils sont voraces et vivent au voisinage des côtes; les nageoires ventrales, insérées sur la poitrine ou sur la gorge, sont plus ou moins soudées l'une à l'autre. Les Gobies, Doulereaux ou Goujons de mer (Gubius) vivent dans nos mers: quelques espèces sont d'eau douce (G. fluviatïlis).
Aux Indes, les Nation oulouvé (G. setosus, G. venenosus) et le Calou onlouvè(G. criniger) passent pour toxiques. En 1861, Collas a observé à Pondichéry un empoisonnement causé par ce dernier Poisson : trois personnes furent gravement malades; des Poules moururent.
Les TVuthidides, à bouche étroite et prolraclile, sont ornés de \ives couleurs; ils sont herbivores et habitent les mers chaudes. Ils sont armés de piquants et ont parfois des glandes à venin. Dans le genre Tcnthis, les nageoires ventrales ont cinq rayons, les deux extrêmes étant transformés en de forts piquants.
Le Chirurgien , Barbier ou Porte-lancette (Acanthuras chirurgus) a la queue armée de chaque côté d'une forte épine mobile, aiguë, tranchante, couchée à l'état de repos contre le corps, mais que l'animal peut redresser à volonté. Ce Poisson, long de 0m,20 à 0m,30, se lient parmi les bancs de Coraux; il est communaux Antilles, où on le redoute à l'égal des Serpenls venimeux : on n'a pourtant pas encore démontré qu'il fût possesseur de glandes à venin. De nombreuses espèces du môme genre vivent dans les deux Océans, mais surtout dans l'Océan Indien (A. cœndeiis, A. phlebotomus).
Les Amphacanlhes ont en avant de la nageoire dorsale une épine couchée en antéversion. L'appareil à venin siège, d'après Bottard, dans la membrane qui unit les rayons épineux de la dorsale et de l'anale; il présente la même disposition que chez les Scorpèncs. Kmphacanthw luridus, A. sulor sont des Mascareignes et dos Seychelles; A, javanicus, A. Russcli, A. marmorutus sont de l'Océan Indien; A siganus, de la mer Bouge.
Les Mugilides sont assez semblables aux Gardons, mais sont marins; leur denture est faible; ils ont une (Tragonurus) ou deux {.Uherina, Mugil) nageoires dorsales. Mugil aûratus, M. cepkalus ctâ/.l capito, longs de 0m,50 à 0'n,60, habitent la Méditerranée et remon-J tout les fleuves. L'usage de préparer leurs uniTs en une sorte de J caviar appelé poutargue, boulavgue ou butwega, déjà signalé par*] Rondelet, existe encore en Italie.
Les Ditruchides sont des Poissons de mer assez semblables auxl Chabots : ils n'ont que trois paires de branchies; les nageoires vcn-B traies sont situées sous la gorge. Genres Balrachus, Porichlhgi et Thalassophryne, répandus dans les mers tropicales; le dernier pos-1 sède un appareil à venin, découvert par Giinther et bien décrit pari Boltard.
Thalassophryne reticuxata Gùnlher. — Ce Poisson, long del 0m,33, se trouve sur la côte américaine de l'Océan Pacifique, dans la zone inlerlropicalo. Une espèce voisine, Th. maculosa,* longue de 0m,12, habite l'Atlantique, sur la côte opposée.
En avant de la nageoire dorsale se voient deux rayons épi-1 ncux isolés, enfoncés dans un fort bourrelet cutané; l'antérieur est le plus petit. Chacune de ces épines est conique, pointue et percée suivant son axe d'un canal qui communique à sal base avec un sac glandulaire. Celui-ci est tapissé de cellules j cylindriques qui sécrètent un venin, mais n'est entouré d'aucune couche "musculaire : il ne peut se vider que mécaniquement, quand la pénétration de l'épine dans le corps del l'Homme ou d'un animal vient refouler la gaine de l'épine et comprimer ainsi le réservoir du venin.
L'opercule présente en outre, dans sa partie supéro-poslé- •) rieure, une épine dirigée en arrière et beaucoup plus forte que celles du dos; la disposition générale est d'ailleurs la même. I Le canal central dont celle épine est creusée s'ouvre en bec de I clarinette au voisinage de son extrémité libre et sur sa face externe : l'épine fonctionne ainsi à la façon d'une seringue à injections hypodermiques. Le canal s'ouvre d'autre part dans un large sac glandulaire renfermé dans l'épaisseur de l'opercule I et présentant deux culs-de-sac, dont l'un se porte en haut et en avant, tandis que l'autre se dirige en bas et en avant.
Les Pédiculés ont nue bouche énorme, armée de longues et fortes J dents: leur corps, 1res élargi en avant, semblait à Rondelet a n'eslrel
autre chose que teste é queue ». Leur tôle est surmontée de longs filament-; qu'ils agitent pour attirer leur proie, après avoir eu soin de se cacher dans la vase. La Baudroie (Lophius piscatorius) se trouve dans tout l'Océan Atlantique et dans la Méditerranée ; elle descend jusqu'à. 760 mètres de profondeur; une espèce voisine (Mclanocclus Johnsoni) va jusqu'à 4,789 mètres. L. setigerus est indiqué comme toxique.
Sous-classe des Dipnoïques.
Les Dipnoïques, Dipneustes ou Pneumôbranches, établissent la transition entre les Poissons et les Batraciens. Le corps est allongé, anguilliforme, couvert d'écaillés cycloïdes ; les membres consistent en deux paires de nageoires très écartées ; la queue est ornée d'une nageoire que soutiennent des rayons mous. La notocorde est persistante et continue : sa gaine porte des arcs inférieurs et supérieurs, ainsi que des côtes ossifiées. Le crâne a de grandes ressemblances avec celui des Holocéphales ; la bouche est armée de fortes dents.
L'intestin est pourvu d'une valvule spirale. Le cœur présente une remarquable complication: le ventricule reste simple, mais l'oreillelle est divisée en deux cavités par une cloison plus ou moins complète; le sinus veineux qui y aboutit est lui-môme double. Il en résulte que la distribution du sang dans le corps se fait d'une façon rappelant la disposition particulière aux Batraciens et aux Reptiles, mais pourtant sans lui ôlre identique.
Les branchies sont au nombre de trois (Lepidosiren, Protopterus) ou quatre paires (Geratodus). Elles fonctionnent tant que l'animal est dans l'eau. Mais celui-ci vit dans des marais et des flaques d'eau, qui se dessèchent au moment des chaleurs : il s'enfouit dans la vase et respire désormais par un (Ceratodus) ou deux poumons (Protopterus, Lepidosiren). Ces organes ne sont autre chose qu'une vessie natatoire simple ou bifurquée : à leur face interne se sont développés des alvéoles, dans la paroi desquels rampe un riche réseau capillaire.
Les organes génitaux sont constitués comme chez les Ganoïdes osseux : le canal de Millier sert de canal déférent chez le mâle.
Les Dipnoïques comprennent deux ordres.
Les Monopn-eumones ont le corps couvert de très grosses écailles cycloïdes; ils n'ont qu'un seul poumon. On trouve de nombreuses formes fossiles dans le trias supérieur, le permien et le jurassique d'Europe, ainsi que dans ledévonien et le crétacé supérieur de l'Amérique du Nord. Actuellement, ils sont réduits à une seule espèce, Ceratodus Forsteri Krefft, qui atteint deux mètres de longueur et vit dans les rivières du Queensland et du nord de l'Australie. Les indii gènes l'appellent Barramuhda et apprécient sa chair.