CENDRES
l'etitn quantité.
L'échidnine a doue la plus grande analogie de composition avec la ptyaline; toutefois, c'est plutôt de la pepsine qu'elle se rapproche au point de vue physiologique: de Lacerda a reconnu, qu'elle transformait le blanc d'oeuf cuit et d'autres albuminoïdes en peptones.
(2) J. B. de Lacerda prétend que le venin des autres Serpents venimeux
740 CLASSE DBS REPTILES,
parla morsure des différents Ophidiens. Un grand nombre d'auteurs ont fait de ces accidents une étude expérimentale approfondie dans le détail de laquelle il nous est impossible d'entrer : nous ne ferons exception que pour la Vipère ; toutefois, quelques considérations générales seront ici à leur place.
Le venin des Serpents n'exerce aucune action toxique sur les végétaux ; il semble aussi n'avoir aucune action sur les organismes unicellulaires : les Monades, les spermatozoïdes et les Bactéries y conservent toute leur vitalité. Injecté dans le cœur de l'Anodonle, il arrête aussitôt cet organe ; injecté sous la carapace de l'Écrevisse, il provoque aussi un arrêt du cœur, puis une paralysie généralisée. '
Les Vertébrés sont plus sensibles à l'action du venin et il n'en est ». sans doute aucun chez lequel Yéchidnisme (I) ne soit mortel. On observe néanmoins, au point de vue de la résistance au venin, de notables différences entre les espèces ; s'il est vrai, d'une façon générale, ' que la résistance soit en raison directe de la taille de l'animal, cette règle comporte pourtant de remarquables exceptions: Urueta rapporte, par exemple, que l'Ane succombe presque toujours à une morsure de Crotale, que le Chien guérit souvent et que le Chat ne meurt presque jamais. Toute proportion gardée, l'Homme semble être plus résistant que l'animal, le blanc a plus de résistance que le noir. En 1 outre de ces différences spécifiques, on observe de grandes variations de résistance chez les divers individus d'une même espèce ou d'une' même race, suivant leur taille, leur âge, leur sexe, leur force, en un mot suivant ce qu'on est convenu d'appeler les conditions individuelles.
A dose égale, le venin agit plus ou moins vite et avec une énergie plus ou moins grande, suivant le point où il a été inoculé. A-t-il été déposé dans une région peu vascularisée, l'absorption se fait lentement et les accidents ne se manifestent souvent que d'une façon obscure, l'élimination du poison se faisant rapidement. Est-il, au contraire, injecté dans une veine, les accidents apparaissent aussitôt et dans toute leur intensité. L'échidnisme se dc'clare donc avec d'auant plus de violence et de rapidité que le venin passe plus vite dans le sang. L'expérimentation sur les divers groupes de Vertébrés permet d'étendre cette conclusion et de dire que, toutes proportions gardées, l'intensité et la rapidité des accidents sont en raison de la vitesse de la circulation chez l'animal observé. Le venin agit faible-
dilïère du venin de Crotale par la quantité et non par la qualité. Cette affirmation est totalement inexacte.
(1) Viaud-Grand-Marais propose d'appeler aius-i L'envenimation opliidienne, c'est-à-dire les accidents dûs îi la pénétration du venin de Serpent dans l'organisme animal.
ment et lentement chez les animaux à sang froid, à moins qu'on n'élève leur température : les Mammifères sont encore plus sensibles, les Oiseaux le sont encore davantage.
Les Serpents venimeux sont insensibles à l'action de leur propre venin, de celui d'animaux de leur espèce ou môme, en général, de celui d'autres espèces ; au contraire, les Serpenls inoffensifs sont lués rapidement. Weir Milchell a pu injecter à des Crotales, sans qu'ils en parussent incommodés, 10 gouttes de leur venin, dose capable de tuer 40 Pigeons. 11 est néanmoins vraisemblable que l'immunité n'est pas sans limites et qu'une dose encore plus élevée eût fini par causer l'échidnisme.
Le venin ne se localise pas dans les centres nerveux, comme Urueta l'a prouvé ; il s'accumule au contraire dans le sang : aussi le sang de l'animal envenimé est-il venimeux. Fayrer a pu tuer trois ou quatre animaux de la même espèce en opérant des transfusions successives. L'élimination du poison est lente et se fait par l'urine et les sécrétions, telles que le lait ; V. Richards, de Balasore, injectant sous la peau d'un Pigeon l'urine d'un Chien mordu par un Hydrophide (Enhydrina bengalensis), a vu l'Oiseau mourir dans l'espace de vingtquatre heures (1).
Il est prudent de s'abstenir de manger la chair d'animaux empoisonnés par le venin des Serpents; l'énergie du venin n'est aucunement atténuée par la cuisson et l'action du suc gastrique l'augmente d'un tiers, comme l'a constaté Gautier. De môme que le curare ou que maint autre poison, le venin est absorbé lentement par la muqueuse intestinale, mais il finit par ôtre absorbé en totalité et par passer dans le sang : l'échidnisme pourra donc se déclarer dans ce cas, si une cause quelconque s'oppose à l'élimination du poison ou en active l'absorption. Ce dernier fait se produit notamment quand une des muqueuses, au contact desquelles peut venir le venin, présente la moindre érosion : on a vu un nourrisson, dont la mère avait été mordue par un Serpent, ôtre atteint d'échidnisme et mourir. On doit donc abandonner la pratique si répandue de sucer les plaies envenimées : « la succion, dit Fayrer, inutile en fait, est sans profit pour le malade et dangereuse pour l'opérateur ; elle ne mérite pas d'être préconisée ».
La téméraire expérience de Redi, qui avala une dose considérable de venin de Vipère sans en ôtre incommodé, démontrait l'innocuité du poison introduit dans l'intestin ; Celse avait déjà dit des venins : non gustu, sed vulnere nocent. Le fait admis ou démontré par ces deux
(I) Cette expérience n'est pas absolument démonstrative ; on sait en effet qu'il existe dans l'urine des leucomaînos très toxiques, dont l'action peut avoir quelque ressemblance avec celle du venin de Serpent.
auteurs est vrai, mais seulement dans le cas d'intégrité absolue des muqueuses ; aussi les réserves que nous venons de formuler ne doivent-elles pas être perdues de vue.
J. Kayrer, Conférence sur la nature du venin du Serpent, ses effets sur les dires uivants et la manière actuelle de traiter ceux qui ont été exposés à son action. Arcli. do m éd. navale, XLII, p. 3G, 1884.
A. Gautier, Sur les matières vénéneuses produites par l'Homme et les animaux supérieurs. Bull, de l'Acad. de môd., (2), XI, p. 776, 1881. — Id., Sur le venin 'lu Naja tripudians {Cobra capdlo) de l'Inde. Ibidem, p. 947. — Id., Les alcaloïdes dérivés de matières protéiques sous l'influence de la vie des ferments et des tissus. Journal de l'anatoraie, XVII, p. 333, 1881.
R. Urueta, Recherches anatomo-palhologiqices sur l'action du venin des Serpents. Thèse de Paris, 1884.
A. E. Feoktistow, Eine vorldufige Mittheilung ilber die Wirkung des Schlangengifies auf den thierischen Organismus. Mém. de l'Acad. imp. des se. de Saiat-Pétersbourg, (7), XXXVI, n° 4, 1888.
On a tenté maintes fois d'utiliser en thérapeutique le venin des Serpents, dans le traitement de diverses affections ; le venin du Cobra entre dans la composition de plusieurs remèdes employés par les Hindous, et les homœopathes font usage des glandes venimeuses de Lachesis mutus, réduites en granules. Il nous suffira de citer ici les auteurs qui n'ont pas craint de manier un aussi terrible médicament.
Un médecin japonais a publié récemment l'observation d'un Serpent expulsé du tube digestif. L'exemple des Grenouilles et des Lézards, que des hystériques prétendaient avoir vomis ou évacués avec les selles, est là pour nous montrer qu'il s'agissait dans ce cas d'uns supercherie, à moins que l'observateur n'ait eu simplement affaire à un Ascaride. En Europe, où la tradition médicale et scientifique était plus longue, ne s'est-il pas trouvé des auteurs pour considérer l'Eustrongle géant comme un Serpent (tome 1, pages 736 et 737) ?
On peut diviser la sous-classe des Ophidiens en cinq ordres : les OrOTÉnoDONTEs, les Tortiucine*, les Colubri formes, les Protéroglyphes et les Solénoglyphes. Ces deux premiers ordres ne renferment aucune espèce venimeuse ; le troisième renferme un certain nombre d'espèces venimeuses, mais peu ou point redoutables (les Opisthoglyph.es de Duméril et Bibron) ; enfin, les deux derniers ordres ne contiennent que des espèces venimeuses.
E. D. Cope, An analylical table of the gênera of Snabes. Proceed. of the amer, philos. Society, Philadelpliia, XXIII, n° 124, p. 4 79, 1887.
ORDRE DES OPOTÉRODONTES
Les Opotérodontes, encore appelés Scolécophides ou Vermiformcs, n'ont de dents qu'à une seule mâchoire. Les Epanodontgs ont des
ORDRE DES COLUBRIFORMES. 74d dénis en haut : Typhlops vcrmicuiaris vit en Grèce, en Syrie, en Arabie et dans les îles de l'Archipel. Les Catodontes ont des dents à la mâchoire inférieure {Stenostoma, Rem); ils sont de l'Amérique du sud. Tous sont de petite taille.
ORDRE DES TORTRICINES
Ce sont des Serpents de petite taille, à corps cylindrique, à tûte peu distincte, à bouche non extensible, munis de dents coniques aux deux mâchoires. Les Ruinopuides n'ont ni dents palatines, ni rudiments des membres postérieurs; ils sont de l'Inde et des Philippines {Rhinophis, Uropeltis, Teretrurus). Les Tortbicides ont de petites dents sur le palais et sur les ptérygoïdiens internes, ainsi que des rudiments des membres postérieurs; ils sont de l'Amérique du sud (Toririx) et de Java (Cylindrophis).
ORDRE DES COLUBRIFORMES
Les Colubriformes ou Asinea Cope comprennent la plupart des animaux que Duméril et Bibron avaient répartis entre deux ordres distincts : les Aglyphodontes ou Azémiophides, Serpents dépourvus de dents cannelées et de glande à venin, et les Opisthoglyphes ou Serpents munis de dents cannelées, en rapport avec une glande à venin et situées dans le fond de la mâchoire supérieure. Cette classification, rationnelle si on ne considère que la dentition, avait le désavantage de désunir des animaux dont l'étroite parenté était évidente et de réunir dans un même groupe des formes disparates. Il est d'ailleurs des Serpents à dent postérieure cannelée, de vrais Opisthoglyphes par conséquent, chez lesquels il n'existe point de glande à venin.
Les Péropodes ont pour la plupart une taille et une force considérables ; ils peuvent attaquer l'Homme ou de grands animaux et les étouffer en les enserrant de leurs anneaux. La tête est distincte du tronc ; il existe, de chaque côté du cloaque, des membres postérieurs rudimentaires, terminés par un éperon corné. Ces Serpents habitent les régions chaudes des deux mondes.
LcsPijlhonidesouHolodonliens ont des dents sur les palatins et parfois aussi sur les intermaxillaires (fig. 865); les plaques labiales de la lèvre inférieure {Nardoa) oudesdeuxlèvres {Morelia, Python, Liasis) peuvent être creusées de petites fossettes. Pi/lhon molurusetP.rcticulaius, longs de 6 à 7 mètres, sont des Indes, de Java et de Sumatra ; P. Sebai, long de G mètres, est de l'Afrique tropicale. Les nègres du Nil Blanc et de l'Afrique occidentale, ainsi que les Hollentots et les Bakalaharis,
estiment sa chair
nous avons pu nous assurer qu'elle est assez agréable et de digestion facile.
Les Boïdcs ou Aprotérodonliens n'ont pas de dents sur les intermaxilaires; quelques-uns ont la queue préhensile (Boa, Eunectcs, Trachyboa). Boa imperalor, long de 3 mètres, vit au Mexique; B. constrictor,
qui mesure parfois plus de 6 mètres, habite le nord-est de l'Amérique du sud, mais descend jusqu'en Argentinie. L'Anaconda (Eumuriniis) est un Boa aquatique des Guyancs et du Brésil. Le Javelot (Eryx jaculus) vit dans les terrains arides de Grèce, de Turquie, d'Asie Mineure et d'Égypte.
Les Acrochordiens sont couverts de petits tubercules verruqueux, remplaçant les écailles; ils sont inoffensifs.
Acrochordus javanicus, long de 2m,40, est de Java et de Cochinchine, où sa chair est très estimée. Cheisydrus granulalus, de la Malaisie, vit dans les fleuves et s'avance fort loin en mer ; sa queue aplatie, ornée inférieurement d'une crële, le fait souvent confondre avec les Hydrophides.
Les Cat.amamens sont des petits Serpents terrestres, répandus dans les îles de la Sonde, aux Indes et dans l'Amérique tropicale ; on en connaît 58 genres. Quelques-uns sont des Opisthoglyph.es, mais l'existence d'une glande à venin n'est pas démontrée (Uriechis, Stenorhina, Elapomorphus, Tantilla, Scolecophis, etc.). Les autres, beaucoup plus nombreux, n'ont pas la dent postérieure cannelée (Aspidura, Achalinus, Rhinochilus, Conopsis, Colophrys, Bhabdosoma, Oligodon, Calamaria, etc.).
Les Coronei.lirns ont le museau court et arrondi, la tête couverte en dessus de plaques régulières; les écailles sont lisses; la queue est courte et se continue avec le corps ; il existe presque toujours des dents palatines. Ces animaux, de taille moyenne, sont inoffensifs. Cope en dislingue 23 genres : la plupart des espèces sont américaines; quelques-unes sont de l'ancien monde. Coronclla austriaca Laur. habile toute l'Europe méridionale et centrale; elle peut mesurer jusqu'à 0m,80 de longueur; d'après Lenz, sa bile aurait été préconisée au commencement de ce siècle par un médecin hongrois, comme remède contre l'épilepsie. Cor. girundica Daudin se trouve en
— Mâchoires supérieure et inférieure de Python.
ORDRE DES COLUBR1FORMES. 7*ï>
Algérie, en Grèce, en Italie et ne remonte pas en France au delà de la Charente. Ikterodon diadema est d'Algérie.
Les Scytaliens sont des Opisthoglyphcs à corps allongé, à queue courte et non distincte. On en connaît 18 genres (Oxyrhopus, Tomodon, Seylale, Conophis, Rhinostoma). Presque tous sont de l'Amérique tropicale; Tarbophis vivax est d'Asie Mineure et du sud-est de l'Europe.
Les Colubrides sont détaille moyenne, à téte triangulaire et nettement séparée du corps, à bouche largement fendue, à écailles lisses ou peu carénées. Ils sont répartis en 30 genres, tous inofTensifs. Chez les uns, les dents maxillaires postérieures sont semblables aux précédentes ou augmentent progressivement de taille (Vtyas, Rhinechis, Colubcr, Elaphis, Dendrophis, Liopeltis). Chez les autres, ces mêmes dents sont un peu plus grandes que les précédentes, dont elles sont séparées par un intervalle (Leptophis, Chlorophis, Zamenis, Periops, Zamenophis, etc.).
Rhinechis scalaris est un animal très irascible, qui mesure jusqu'à près de 2 mètres de longueur; on le trouve en France, le long du littoral méditerranéen; il habile encore l'Espagne, l'Italie, la Dalmatie.
La Couleuvre d'Esculape (Coluber jEsculapii Gesner) peut atteindre lm,60 de longueur : on la trouve depuis la péninsule Ibérique jusqu'à la mer Caspienne; elle remonte jusqu'à Fontainebleau, en Suisse, dans le Tyrol et le sud-ouest de l'Allemagne, mais il est probable qu'elle a été introduite en France, en Suisse et en Allemagne par les Romains, qui la gardaient dans les temples élevés au voisinage des thermes. C'est elle, en effet, que le dieu de la médecine tenait enroulée autour de son bâton, comme symbole de la prudence.
Elaphis quaterradialus est plus long que l'espèce précédente ; il habite tout le sud de l'Europe. Une espèce voisine, E. sauromates, ne se trouve que dans le sud-est. La Couleuvre verte et jaune (Zamenis viiidiflavus) est un animal vigoureux et agressif, qui habite l'Algérie, la Syrie et le sud de l'Europe ; on la trouve en France jusqu'en Maine-et-Loire à l'ouest, jusque dans le Jura à l'est.
Les Philodbyadines sont pour la plupart des Opisthoglyphes : ils sont d'assez grande taille. Le corps est arrondi (Cœlopellis, Philodryas) ou aplati (Chrysopeba, Bucephalus); beaucoup sont arboricoles et leur teinte se confond alors plus ou moins avec celle du feuillage (P/t. viridissimus, du Brésil).
Coelopeltisinsignitus Wagler (Malpolon Fitzinger ; Taphrometopon Brandi). —La Couleuvre maillée ou de Montpellier habite le sud de l'Europe et le nord-ouest de l'Afrique; elle n'est pas
très rare aux environs de Montpellier el de Nice, surtout dans les endroits arides et rocailleux. Elle est très agressive et possède, dans le fond de la mâchoire supérieure, une forte dent cannelée, en rapport avec une glande à venin el accompagnée de cinq ou six dents de remplacement (fig. 800). La glande est assez développée : elle est située derrière l'orbite et correspond aux cinquième, sixième et septième plaques sus-labiales.
En raison de la position de ses dents venimeuses, la Couleuvre maillée n'est guère redoutable pour l'Homme ou pour les animaux de'j grande taille. Ant. Dugès la croyait inoffensive et avait expérimenté sur lui-môme que sa morsuren'est suivie d'aucun accident; cela s'explique par ce que la partie mordue, la main par exemple, est trop grosse pour s'enfoncer profondément dans la gueule du Serpent. Mais si celui-ci avale une proie ou mord un animal de petite taille, l'envenimation se produit, à la condition toutefois que les crochets restent quelque temps implantés dans la plaie. S. Jourdain a vu un petit Oiseau, mordu à la cuisse, présenter presque aussitôt du malaise, tomber dans un état de torpeur el mourir en quelques minutes.
Peracca et Deregibus ont constaté aussi que le venin est mortel pour les Grenouilles, les Lézards et les Oiseaux. L'animal mordu présente rapidement soit une suspension brusque, soit un ralentissement progressif des mouvements respiratoires; les mouvements réflexes disparaissent dans le membre blessé, mais persistent encore un certain temps dans le reste du corps; finalement il s'établit une paralysie généralisée, accompagnée parfois de convulsions. Chez le Lézard, le cœur est encore animé de battements lents et faibles, après l'apparition de la paralysie ; la mort arrive par asphyxie. Le sang ne présente aucune altération à l'examen spectroscopique.
Une espèce voisine (C. productus P. Gervais) est d'Algérie.
Fig. 8C6.— Mâchoire supérieure de Cie lopeltis insignilus.
Les DnvoPHiDEs de Cope correspondent aux Opisthoglyphes oxycé-
ORDRE DES PROTÉROGLYPIIES.
phaliens de Duméril et Dibron. Ce sont des Couleuvres d'arbres, de l'orme élégante et gracieuse, généralement d'une belle coloration verdàlre ; on les trouve dans la zone interlropicale des deux hémisplières. Langaha crisla-galli est de Madagascar; Dryinus nasutus et Trugops prasinus sont des Indes, de l'Indo-Chine, des Philippines, de la Malaisie. Passcrita myctcrizans, très répandu en Cochinchine, dépasse souvent deux mètres.
Les PsAMMopniDES sont des Opisthoglyphes courts et trapus, qui vivent dans les régions désertiques. Le genre Psammopkis est d'Afrique, d'Asie Mineure et d'Arabie. Le genre Psammodynastes est de Malaisie et d'Indo-Chine ; Ps. pulverulentus se trouve en Cocbinchine.
Les Lycodontiens sont des Aglyphodonles nocturnes, à pupille verticale, à dents inégales, les antérieures étant les plus longues ; ces Serpents peuvent être ainsi confondus avec des Protéroglyphes, bien qu'ils ne soient pas venimeux. Ils sont terrestres ; on en connaît 17 genres. Les uns sont africains (Holuropholis, Simocephalus, Doodon), les autres du sud de l'Asie et de la Malaisie (Lycodon, Ophites, Cercaspis).
Les Dipsadiens sont des Opisthoglyphes arboricoles, à corps très long et comprimé, à pupille verticale ; la téte est couverte de larges plaques. Ils comprennent un grand nombre d'espèces, réparties en 7 genres (Rlrinobothryum, Dipsas, Eemidipsas). Ils habitent principalement le nord de l'Amérique du sud et le sud-est de l'Asie. Ce sont des Serpents nocturnes; plusieurs ont la réputation d'être venimeux.
Les Homalopsides sont bons nageurs, vivent et chassent dans l'eau ; ils sont de taille moyenne ; on en connaît 30 genres. Les uns sont des Opisthoglyphes (Herpeton, Homalojms, Cerberus,lHpisle,Hypsirhma, Tachyplotus, Fordonia, Canto- Fig- .867\~ ka,Eomatophis, Ferania, Heleophis). Les autres, plus nom- JSnâSTbreux, sont des Aglyphodontes : les écailles sont carénées ro de Tro- (Udicops, Tropidonolus, Eutxnia, Adelopkis, etc.) ou lisses PÎdonotus (Limnophis, Ablabes). Cette importante famille est repré- nairixsentée dans nos pays par trois espèces inoffensives, la Couleuvre à collier (Tropidonolus natrix, fig. 867), la Couleuvre vipérine (Tr. viverinus) et la Couleuvre chersoïde [Tr. chersoïdes).
ORDRE DES PROTÉROGLYPIIES
Protéroglyphes ou Apislophides ressemblent aux Cou-
leuvres, mais ce sont de redoutables animaux : la glande à <S$> venin déverse son produit à la base d'une grosse ^ dent cannelée, qui siège à la partie antérieure de la mâchoire et à laquelle font suite un nombre variable de dents de remplacement (fig. 8G8). Des dents lisses sont encore portées par le palatin, le ptérygoïde et la mâchoire inférieure. Le maxillaire supérieur est fixe et immobile, ainsi que la dent cannelée.
Mâchoire Ces Serpents sont répandus dans les régions supérieure chaudes des deux hémisphères; on n'en trouve pas de Naja. en Europe. On les divise en quatre familles, d'après les caractères qu'indique ce tableau :
i simples Hydropiiides.
H ypafopiiyses ] 1 non sillou-
..„„.,.. \ (présents;) nés Dendraspides.
caudales... 1 l croehets\
I bifides. Os post- ■
( frontaux. P.... ' sillonnes.. Najides.
\ absents Élapides.
Les Hydropiiides ou Proléroglyphes plalyceiques sont exclusivement marins; ils se trouvent souvent à l'embouchure des fleuves, mais ne les remontent pas à une grande distance; ils ne vont jamais à terre. La tête est petite, peu distincte du tronc, couverte de grandes plaques, parfois protégée par des écailles (Acalyplus). Le corps est arrondi en avant, comprimé latéralement en arrière; la queue est encore plus comprimée et ressemble à une rame.
Ces Serpents sont ovovivipares, tout au moins ceux du genre Hydrophis. On en distingue huit genres (Platurus, sEpysurus, Pelagophis, Distira, Acalyplus, Hydrophis, Enhydrina, Pelamis). Ils sont répandus dans l'Océan Indien et dans l'Océan Pacifique. On les trouve depuis Madagascar jusque sur les côtes de l'Inde, del'Indo-Chine, de la Malaisie, de la Chine et du Japon. Ils abondent en Australie, en Nouvelle-Zélande, en Nouvelle-Calédonie et se retrouvent dans toute l'Océanie ; ils s'avancent aussi jusque sur la côte occidentale de l'Amérique tropicale. De taille moyenne, ils n'ont guère plus d'un mètre de longueur, mais quelques-uns mesurent jusqu'à 4 mètres. Les accidents causés par eux sont néanmoins assez rares chez l'Homme, car
ORDRE DES PnOTÉnOGLYPFIES. 749
leur présence, jointe il celle des Requins qui infestent ces mêmes mers, fait qu'il est imprudent de se baigner en pleine eau. Les pêcheurs les ramènent souvent dans leurs filets; aussi est-ce chez eux que les morsures sont le plus fréquentes.
Canlora fait jadis des expériences sur les effets du venin des Hydrophides et a pu démontrer ainsi sa grande activité : il tue un Oiseau en quelques minutes, une Tortue {Trionyx gangetica) en vingt-cinq minutes, une Couleuvre en une demi-heure, un Tétrodon en dix minutes. L'Homme lui-même succombe fréquemment à la morsure des Serpents de mer. En 1837, un matelot de YAlgérine, alors en rade de Madras, fut mordu à la main par un Serpent long d'environ 2 mèlres : une demi-heure après, il fut pris de vomissements, le pouls tomba et devint intermittent; puis l'état général continua à empirer et la mort survint environ quatre heures après la morsure. La mort peut être moins rapide, comme le montra le cas d'un capitaine de navire qui, mordu au tendon d'Achille, en se baignant sur la côte de Birmanie, en 1873, n'éprouva les premiers symptômes de l'envenimalion qu'au bout de trois heures et ne mourut qu'au bout de soixante-onze heures.
Les trois dernières familles des Protéroglyphes constituent le groupe des Conocerques : tous les Serpents qui le composent sont terrestres et ont la queue arrondie.
Les Dendraspides comprennent le seul genre Dendraspis Schlegel {Dinophis Hallowell) : il n'y a pas de dents pleines derrière le crochet à venin; les plaques anales et subcaudales sont divisées; les écailles sont lisses.
Les Najides habitent les parties chaudes du globe : on en trouve à peu près un nombre égal d'espèces en Afrique, en Amérique, en Australie et dans le sud de l'Asie, mais toutes ces espèces ne sont pas également redoutables. Les Indes ont le triste privilège de nourrir, non le plus grand nombre d'espèces, mais les espèces les plus meurtrières. Aucun de ces Serpents ne se trouve en Europe. On les divise en dix-neuf genres.
Les genres Denisonia (1 espèce), Pseudechis (3 espèces), Tropidechis (1 espèce), Diemenia (6 espèces), Pseudonaja (1 espèce), Farina (2 espèces), Cacuplus (G espèces) et Hopjocephalus (18 espèces) sont auslraîens; quelques-uns se retrouvent aussi en Tasmanie. La morsure de la plupart de ces Serpents est mortelle.
ToO CLASSE DES REPTILES.
Lo genre Bungarus Daudin comprend des Serpenls dont le dos comprimé en carène, est couvert d'écaillés hexagonales, plus grandes que les autres. R. fasciatus, long de lra,8i>, habite les Indes, la Birmanie, l'Indo-Chine, la Chine et l'archipel malais; li. cœruleus, long de lm,i0, vil au Bengale, aux Indes et en Assam. Les expériences de Russel, de Cantor et surtout celles, très nombreuses cl très variées, de Fayrer prouvent que la morsure de ces animaux est des plus redoutables. Fayrer leur atlribue 3G9 décès sur 10,810 survenus au Bengale en 18G9, soit une proportion de 3,40 p. 100 seulement.
Les Najas ou Serpenls à coiffe ont l'habitude, quand ils sonU excités, de redresser toute la partie antérieure de leur corps et de dilater leur cou : dans cette région, les côtes sont longues et donnent insertion à des muscles puissants; la tête est petite, mais la bouche est largement fendue. Ces Serpenls redoutables, au nombre de quatre espèces seulement, sont particuliers à l'Afrique, au sud de l'Asie et à la Malaisie.
Naja uaje Laurenli, 1768. — L'Haje ou Serpent de Cléopâtre (1) atteint une longueur de 2 mètres; son cou est très dilatable. Il est répandu par toute l'Afrique, où il se tient dans les endroits arides, mais ombragés. Il est très commun dans tout le bassin du Nil, en Égypte, en Tripolitaine. Valéry Mayet l'a rencontré dans toute la région désertique de la Tunisie; on l'a vu encore dans la région des grands cholts et aux environs de Gabès; sa présence en Algérie, dans le sud de la province de Constantine, est au moins douteuse. Il habile encore l'Arabie, la Perse et l'Afghanistan. Schlimmer l'indique comme très commun aux environs d'Ispahan ; sa piqûre est presque instantanément mortelle.
Naja nigmcollis Reinhardt, 1843. — Cette espèce est de la côte occidentale d'Afrique ; Trémeau de Rochebrune la signale au Sénégal.
Naja tripudians Merrem.
Ce Serpent a reçu des Portugais, quand ils s'établirent auxt Indes, le nom de Cobra de capello. Son cou, plus dilatable que celui de l'Haje, est marqué à sa face supérieure d'une tache
(1) C'est par ce Serpent que Cléopâtre se fit piquer, après la bataille d'Actium pour échapper à Octave. Du temps de Galieu, il était d'usage h Alexandrie 'de faire piquer par cet animal les condamnés à mort. Viaud-Grand-Marais a émis l'opinion que Cléopâtre n'était pas morle à la suite d'une piqûre d'Haje, mais s'était intoxiquéo par l'oxyde de carbone 1
OHDRE DES PROTÉROGLYPIIES. "-jl
ayant la forme d'une face à main, d'où le nom de Serpent à lunettes. Giinther en distingue huit variétés, différant par la coloration et la netteté plus ou moins grande des lunettes; dans la variété spulalrix Reinhardt, de la Malaisie, celles-ci manquent' totalement.
Le Cobra se trouve dans tout le sud de l'Asie, depuis l'Indus elle Sutllej jusqu'en Chine, où on le trouve encore par le travers des îles Tchou-San. On le connaît de l'archipel malais, mais il manque à Timor, aux Moluques et aux Célèbes. Il est très répandu en Hindoustan et abonde surtout au Bengale; il est arrêté au nord par l'Himalaya et ne dépasse pas le trentième degré de latitude. 11 atteint et dépasse même une taille de l^O et est vivipare. Ordinairement caché dans les vieilles souches d'arbre, les buissons et les vieux murs, il grimpe parfois sur les arbres et s'introduit ainsi dans les maisons, à travers les paillottes qui les recouvrent; il nage aussi fort bien et Giinther assure qu'on l'a pris en mer à plusieurs milles au large.
Aux Indes, on ne compte pas moins de 37 espèces de Serpents venimeux, dont 18 Protéroglyphes et 19 Solénoglyphes(l). Le Cobra est le plus répandu et le plus redoutable de tous ces Serpents : aussi est-ce à lui qu'il convient d'attribuer la plus grande part de la mortalité par morsures venimeuses. Cette mortalité est véritablement effrayante ; elle atteint un chiffre si élevé, qu'on n'exagère pas en disant que les Serpents venimeux sont pour les Indes un fléau plus redoutable que le choléra. Fayrer a publié de nombreuses statistiques, desquelles il appert que chaque année 20,000personnes en moyenne sont tuées aux Indes par les Serpents, soit un décès sur 12,000 habitants, la population de l'Hindoustan étant évaluée à 240 millions. D'après les documents officiels, le chiffre des décès par échidnisme dans toute la péninsule a été de 19,060 en 1880, de 18,610 en 1881, de 19,740 en 1887, de 22,134 en 1886; ce dernier chiffre n'avait pas encore été atteint.
(1) L'Australie possède encore un plus grand nombre de Serpents venimeux : sur 108 espèces d'Ophidiens qui s'y trouvent, 73 sont venimeuses, dont 58 espèces terrestres; le nombre des accidents est néanmoins à peu près nul, suivant Maclcay. L'Amérique n'a guère qu'une vingtaine d'espèces venimeuses; l'Afrique en a davantage, mais on ne saurait encore en fixer le chiffre approximatif. L'Europe est favorisée à cet égard et n'a que cinq espèces venimeuses.
Dans le but de combattre ce terrible fléau, diverses mesures ont été prises. En 1858, le gouvernement local proposait une prime de 4 annas (0rr,30) pour tout Serpent tué et présenté à l'autorité : ]e résultat ne se fil pas longtemps attendre; des individus s'instituèrent chasseurs de Reptiles et, dans un seul cercle, louchèrent une prime de 4,628 francs pour 15,425 Serpents. La dépense devenant considérable, on crut pouvoir diminuer la prime de moitié, mais personne ne voulut plus se livrer à une chasse dangereuse pour une rétribution aussi modique et le nombre des Serpents présentés à l'autorité en 1860, dans ce môme cercle, ne fut que de 250. On fut donc contraint de relever la prime à son taux primitif et la chasse recommença avec ardeur; du 29 mai au 20 octobre 1862, on présenta 18,423 Serpents, soit 110 par jour en moyenne; du lo octobre au 17 décembre de la môme année, on en livra 26,029, soit 463 par jour! Depuis celte époque, la destruction des Serpents, encouragée par des primes, se fait avec ardeur par toute l'Inde : en 1886, on en a tué 4)7,596; de 1878 à 1886, on en a détruit 2,672,407, chiffres officiels qui ne donnent évidemment qu'une approximation et reslent au-dessous de la vérité.
Pour rendre la chasse plus efficace, le gouvernement a fait distribuer dans les villages des chromolithographies représentant les espèces venimeuses et, non content d'avoir fait appel à l'initiative de chacun, il a organisé dans les provinces les plus éprouvées, notamment dans le nnrd-ouest, des corps de Kanjars, spécialement destinés à chasser les Serpents. Chaque Kanjar reçoit une solde mensuelle de 2 roupies (5 francs) et doil tuer 20 Serpents; au-dessus de ce chiffre, il louche 2 annas (0fr,15) par Serpent abattu. C'est ainsi j qu'il a été payé en 1880 une somme de 11,633 roupies (29,082fr,30j pour 212,776 Serpents et en 1881 une somme de 11,661 roupies (29,902fr,50) pour 234,968 Serpents.
OrmoPHAGus ei.aps Giinther. — L'Hamadryas ou Serpentivore est le I plus formidable de tous les Serpents venimeux; sa taille peut dépasser 4 mètres. D'après Tirant, il est plus commun en Birmanie et en Cochinchine que dans les Indes; on le trouve encore dans la presqu'île malaise, aux îles Andaman, dans l'Archipel malais, aux .| Philippines et dans le nord de la Nouvelle-Guinée. Non seulement : i il se jette sur l'Homme, mais il le poursuit môme avec vivacité, ce que •) ne fait aucun autre Serpent. Les expériences de Cantor prouvent que -Il son venin est extrêmement actif : un Chien succombe en moins d'un .il quart d'heure à une seule morsure, un Éléphant meurt en trois ■ ! heures.
Sepedon HtEMACHAxes Merrem. — Le Serpent cracheur habite toute • lAfrique australe; il n'a guère qu'un mètre de longueur. Quand il est M
ORDRE DES PROTÉROGLYl'HES. 7153
courroucé, le venin s'échappe de sa gueule : aussi a-l-il la réputation de le projeter à quelque dislance, en visant les yeux de son ennemi.
Callophis Macclellandi. — Les Callophis sont de beaux Serpents du sud de l'Asie, au corps cylindrique et présentant par places une vive coloration rouge vermillon. De petite taille, ils ne sont point redoutables et ne cherchent qu'exceptionnellement à mordre; leur venin ne leur sert donc guère qu'à immobiliser les Calamariens dont ils font leur nourriture exclusive. C. Macclellandi, du Nepaul et de l'Assam, est long de 0m,70 ; C. Irimaculatus et C. annularis sont des Indes; C. inteslinalis, C. bivirgatus et C. maculiceps sont de Cochinchine.
Peters a créé le genre Adeniophis pour certaines espèces chez lesquelles les glandes à venin acquièreni un énorme développement et débordent dans la cavité générale, au point de refouler le cœur en arrière.
Acanthophis cerastinus Daudin. — Le Cérastin ou Vipère de la mort est le plus dangereux des Serpents australiens ; il a une longueur d'un mètre au maximum ; la queue porte à son extrémité des écailles hérissées, imbriquées, terminées chacune par un aiguillon corné. Il est très commun dans le Queensland, la Victoria et la Nouvelle-Galles du sud ; un Chien succombe rapidement à une seule morsure, au milieu de très violentes convulsions.
Les Élapides sont au nombre des Serpents les plus élégants : leur taille est toujours petite ; leur corps est d'une belle teinte rouge corail ou écarlate, parfois jaune ou verte, interrompue par des anneaux noirs diversement disposés suivant les espèces. Leur venin est très actif, mais leur bouche est petite, peu fendue, et ils cherchent rarement à mordre. On en distingue trois genres :
a. Plaque internasale touchant latéralement la nasale.
b. Une nasale Vermicella.
bb. Deux nasales Elaps.
aa. Internasale atteignant la première labiale Microsoma.
Le genre Vermicella est représenté en Australie par V. annulata et V. lunata.
Le genre Elaps est américain. Le Serpent corail (E. corallinus Schneider) est du Brésil : on assure que les Brésiliennes s'en servent comme de parure. Le prince Max. de Wied-Neuwied dit qu'il n'y a aucun danger à le manier; il vaut mieux]néanmoins se tenir sur une prudente réserve, comme le prouvent les expériences de H. von Jhering. Cet observateur fait mordre deux fois un Pigeon, à la patte droite, par E. Marcgravi, espèce de grande taille, mesurant jusqu'à 0V5 : l'Oiseau meurt en 5 minutes; la patte mordue était enflée et avait pris une teinte bleuâtre sombre. J.-B. de Lacerda cite d'ailleurs Blanchard. — Zool. méd. II. 4g
le cas d'un naturaliste autrichien qui voyageait au Brésil et qui mordu par E. corallinus sur le dos de la main, succomba douze heures après. True cite également une série de faits démontrant que les Élaps de l'Amérique septentrionale sont capables de donner la mort.
ORDRE DES SOLÉNOGLYPIIES
Les Solénoglyphes ou Thanatophidcs sont les plus redoutables des Serpents venimeux. Ils sont en général plus petits que les Proléroglypkes, mais leur venin est peut-être encore plus actif que celui de ces derniers. Ils ont le corps trapu, la queue courte, la tête large, triangulaire et bien séparée du cou. Ce sont des animaux nocturnes, à pupille verticale; ils n'enserrent point leur proie et ne s'attaquent jamais qu'à des animaux vivants, qu'ils frappent de leur terrible crochet venimeux, puis relâchent aussitôt, en attendant que le venin ait accompli son œuvre de destruction. Tous semblent être ovovivipares : la femelle met au monde un nombre de petits d'autant plus grand qu'elle est plus adulte. Les œufs sont pondus intacts, mais à peine sont-ils à terre que les petits en brisent la coque et sortent en rampant. Ceux-ci sont déjà en possession d'un venin très actif.
Ces Ophidiens se rapprochent des Protéroglyphes en ce que leur crochet à venin est situé à la partie antérieure de la bouche, par suite de la réduction de l'os maxillaire, mais celui-ci est très mobile et prend une position différente, suivant que l'animal a la gueule ouverte ou fermée. A l'état de repos, c'està-dire quand la gueule est fermée, le crochet est disposé horizontalement le long du palais, la pointe dirigée en arrière; à mesure que la gueule s'ouvre, le cruchet se redresse de plus en plus, sa pointe se porte en bas et en avant; il prend finalement la situation verticale, favorable pour l'attaque (fig. 869). La muqueuse gingivale forme autour du crochet un large repli en fer à cheval ouvert en arrière; ce repli le protège et le recouvre entièrement dans la première position, mais seulement en partie dans la seconde.
I.eprémaxillaire, Pm?), est de petites dimensions et dépourvu de dents. Le maxillaire, Hx, est court et cylindrique ; chez les Crotalidus, il est creusé d'une profonde fossette, dans laquelle s'infléchit lu tégument.
ORDRE DES SOLÉNOGLYPIIES. 755 Par sa lace supérieure, il s'articule avec le lacrymal, La, et acquiert ainsi une très grande mobilité; par son bord supéro-pos teneur, il s'trticulc d'autre part avec l'os transverse, qui s'art.cule lui-même avec la partie moyenne du plérygoïde, Pl. La dent ven.meuse est immobile sur le maxillaire, en sorte que, dans les diverses positions qu'elle présente, elle est simplement entraînée par ce dernier, qui pivote autour de la Irochlée lacrymale.
Quand la bouche est fermée, l'os carré, Qu, le plérygoïde, Pt, et le pa-
Fig. 869. — A, crâne de Crotale; B, coupe transversale du crâne passant par le point B de la figure A. — B, sus-orbitairo ; BO, basi-occipital ; BS, basisphéuoîde; Bt, portion du ptérygoïdien située en avant de l'articulation de cet os avec le transverse et portant des dents ; EO, exoccipital ; FO, fenêtre ovale ; La, lacrymal ; Lf, fossette lacrymale ; Mr, maxillaire inférieur ; Mx, maxillaire supérieur; Na, nasal; PI, palatin; PI, ptérygoïdien; Pmp, prémaxillaire; PSp/i, préspliénoïde ; Qu, carré; Sq, squamosal; T, trabécules cartilagineux persistants; II, orifice pour le passage du nerf optique; V, orifice pour le passage du nerf de la cinquième paire.
latin, Pl, sont disposés de telle façon que ce dernier os pousse contre le maxillaire, Ma;; celui-ci bascule, sa face postérieure devient supérieure et la grande dent canaliculée se couche le long de la muqueuse palatine.
Lorsque l'animal ouvre la bouche, le muscle digastrique (Gg. 870, g) porte en avant l'articulation quadralo-mandibulaire ; il en résulte que le ptérygoïde est lui-môme poussé en avant, que le plérygoïde et le palatin, d'abord en ligne droite, se coudent et que ce dernier lire par conséquent sur le maxillaire. Celui-ci se redresse donc et la dent, devenue verticale, est prèle à frapper.
Les Solénoglyphes comprennent les quatre familles
sui-
Fig. 870. — Appareil venimeux du Crotale, d'après Gervais et van Beneden — a, glande à venin ; a', son canal excréteur; b, glande salivaire sus-maxil' laire; c, glande salivaire sous-maxillaire; e, muscle temporal antérieur e', sa portion mandibulaire ; f, f, muscle temporal postérieur ■ a muscle' digastrique; i, muscle tomporal moyen; q, ligament articulo-màxillaire ■ f, muscle cervico-angulaire ; t, muscle vertébro-mandibulaire ; u, musclé
costo-mandibulaire.
vantes ; les deux premières n'ont pour nous qu'une importance secondaire :
(absent Atractaspides.
/ non G\Cciv6 * os 1
poslfrontal. . . \ P1'.^™1 L cro- ( présent. Causides. ) r / chet sillonné j
Os maxillaire j ( en avant (absent.. Vipérides.
\ excavé Crotalides.
Les Atractaspides ont la tôle courte, large, non distincte du cou couverte de plaques ; il n'y a pas de fossette entre l'œil et la narine. La queue n'a qu'un seul rang d'urostèges. Atractaspis corpulentus Hallowell est de l'Afrique occidentale; A. irregularis Reinhardt, de l'Afrique méridionale. Ces deux espèces se rencontrent au Sénégal, ainsi que A. Bibroni, A. aterrimus et A. microlepidotus.
La pelile famille des Causides ne renferme que les trois genres Camus, Heterophis et Dinodipsas ; C. rhombeatus et C. Lichtensteini sont du Sénégal.
Les Vipérides sont des Serpents vivipares (1), terrestres, au corps lourd et trapu ; la tête, large et bien distincte du cou, n'a pas de fossette entre l'œil et la narine. Cette famille com-
(I) Vipera n'est qu'une corruption de vivipara.
ORDRE DES SOLÉNOGLYPHES. "37 . (Vinera, Daboia, Cérastes, Bitis, Clotho,
S a àl 'ancien monde et MM »
l'Afrique.
Vipera aspis Merrem.
La Vibère aspic atteint et dépasse môme une longueur de 0^7ao7 elle n'a d'ordinaire guère plus de 0»,50 à 0»,60. La queue est courte, conique et mesure 0»,07 à 0m,09. La tête a d'ordinaire un contour piriforme (flg. 871) ; sa face supérieure, plane ou môme concave, est couverte de petites squames irrégulières et imbriquées, plus petites que celles du dos en arrière des orbites, mais'plus grandes en avant ; il n'est pas rare de rencontrer des individus qui portent entre les orbites deux ou trois squames irrégulières, plus grandes que les autres.
Une forte squame surcilière Fjg 871 Tôte de Vipem aspiSt dc protège l'œil. Le museau, car- grandeur naturelle et grossie, rément tronqué, déborde la
màcboire inférieure en avant et se retrousse nettement, mais sans se prolonger en pointe. Le cou est bien distinct; les écailles, lisses sur la tête, y prennent une carène, qu'elles conservent sur tout le reste du corps. Vers le milieu de celui-ci, on compte vingt et une écailles dans la longueur d'un rangoblique.
La teinte fondamentale est brune, olivâtre ou rousse; suivant que l'une ou l'autre prédomine, on dislingue diverses variétés dont l'énuméralion ne saurait trouver place ici; l'Aspic rouge a la réputation non justifiée d'être plus dangereux que le noir. En avant des yeux, une bande noire traverse la tôte; plus en arrière, deux lignes obliques forment un A, fermé ou nonà sa pointe; enfin, la face supérieure du corps est marquée de deux séries longitudinales de taches noires, symétriques et
réunies par des bandes transversales ou alternes et disposées en zigzag.
L'Aspic se lient principalement sur les coteaux arides, rocailleux et plantés de taillis, plus rarement dans les champs. S'il ne se trouvait en quelques localités du nord de l'Algérie, on pourrait le dire exclusivement européen. Rare en Grèce et en Dalmatie, ilesteommun au contraire dans tout le sud-ouest de l'Europe. Il existe par toute la France, sauf certaines localités du nord-ouest, telles que la Moselle; il est très rare en Belgique et dans le Luxembourg. On le trouve encore dans le massif central des Alpes, dans le Tyrol, en Istrie, en Carniole, dans les cantons de Vaud et du Valais, ainsi que dans le Palatinat et le sud de la Bavière. Aux environs de Paris, il abonde dans la forêt de Fontainebleau; on le rencontrerait aussi dans les forêts de Sénart et de Montmorency.
On trouvera dans les ouvrages de Soubeiran et de Viaud-Grand- Marais, puis dans ceux plus récents de Feoktistow et de Kaufmann, une étude complète de l'action physiologique du venin de la Vipère, étude qui nous dispensera d'entrer ici dans de longs délails.
On remarque une très grande ressemblance d'action entre l'ich- Ihvotoxine du sang des Murénides et le venin de la Vipère, mais le venin est Irois fois plus toxique. Injecté directement dans les veines, il détermine une très courte excitation , suivie bientôt d'un assoupissement qui dure jusqu'à la mort. L'intelligence reste intacte, mais la sensibilité générale est promptement atteinte, ainsi que la motilité volontaire ou réflexe. La pression sanguine subit une diminution considérable, par suite de la dilatation des vaisseaux des viscères abdominaux. Le nerf pneumogastrique ne conduit plus qu'imparfaitement l'influx nerveux, son excitation ralentit le cœur, mais est incapable de l'arrêter; il en résulte que les battements du cœur sont extrêmement accélérés, d'où diminution du volume des ondées lancées par le cœur et faiblesse corrélative du pouls. La respiration et la calorificalion ne subissent pas de graves modifications ; pourtant les nerfs diaphragmatiques et le diaphragme sont souvent trouvés inexcitables, immédiatement après la mort; la respiration s'arrête avant le cœur, sans doute par suite de cette inexcitabilité, et la mort arrive par asphyxie ; en pratiquant la respiration artificielle, on prolonge notablement la vie. Kaufmann est d'avis que la mort est due à l'apoplexie gastro-intestinale età l'action stupéfiante directement exercée sur le système nerveux ; le ventricule gauche s'arrête en premier lieu, les oreillettes battent encore après que le ventricule droit est mort.
ORDRE DES SOLËNOGLYPIIES. 750
Aussitôt après la mort, les nerfs moteurs et les muscles n'ont rien perdu de leur excitabilité. L'autopsie décèle constamment d'énormes congestions, des extravasations sanguines et des hémorrhagies de la muqueuse gaslro-inleslinale, du rein, du foie, de l'endocarde, de la vessie et des muscles. Le sang est fluide et très peu coagulable ; les hématies, de discoïdes, sont devenues globuleuses; l'hémoglobine est en dissolution dans le plasma; le sang est noir et asphyxique, mais le contact avec l'air ne tarde pas à lui restituer toute sa rutilance.
Injecté sous la peau, le venin produit, au point de l'injection et dans les tissus ambiants, des accidents locaux qui consistent en une tuméfaction plus ou moins intense, d'une coloration violette ou noire, par suite de l'extravasation sanguine et séreuse dans les tissus touchés par le venin. La diffusion du venin dans les tissus se fait lentement; même dans les cas où il se produit de graves accidents généraux, il n'est que très incomplètement absorbé par les veines et reste, sans rien perdre de son activité,. autour du point où s'est faite l'inoculation : la sérosité exprimée des tissus altérés est en effet très venimeuse, d'après Kaufmann. La mort peut résulter de l'absorption directe du venin, auquel cas on trouve à l'autopsie les lésions signalées plus haut ; ou bien elle est la conséquence de l'altération des tissus au point d'inoculation : elle est alors plus tardive et on ne constate pas de lésions internes, mais bien des altérations locales très considérables.
On a préconisé successivement un grand nombre de substances comme antidotes. Nous avons déjà dit que l'ammoniaque était inefficace et ne méritait aucunement sa réputation. Le permanganate de potasse en solution fraîche au centième est préférable, bien qu'il se borne à atténuer l'énergie du venin, sans l'annihiler totalement: on l'injecte dans les parties mordues ; dans les cas d'intervention tardive et de gonflement avancé du membre, on l'injecte aussi à la limite du gonflement. Le meilleur alexitère local est, suivant Kaufmann, l'acide chromique à 1 p. 100 : il enraye les désordres locaux, atténue notablement les accidents généraux et a l'avantage de n'être point caustique.
Moquin-Tandon estime que la Vipère ne verse pas plus de 0*r,u2 de venin dans chacune de ses morsures; cette dose, qui ne correspond pas à plus de 0*',01 de principe actif, détermine les accidents que nous venons de décrire et est souvent suffisante pour causer la mort. En Vendée, où le Serpent est très commun, Viaud-Grand-Marais estime qu'il tue dans le cinquième des cas.
L'Aspic est très inégalement répandu en France : on ne le connaît pas dans le Nord et dans la Haute-Saône ; il est rare dans la Meuse, les Vosges, l'Oise, la Corrèze et les Bouches-du-Rhône; il est très abondant en Vendée, dans la Loire-Inférieure, la Haute-Marne, le Lot et la Côte-d'Or. En 1855, les accidents par morsure de Vipère étaient devenus si fréquents, que le Conseil général de la Haute-Marne vota un crédit spécial pour encourager à la destruction du Reptile, et le préfet fixa à 0fr,50 la prime allouée par tôte de Vipère présentée aux maires; l'année suivante, en 1856, on présenta 17,415 Vipères. La prime fut alors abaissée à 0rr,25, ce qui eut pour conséquence un ralentissement du zèle des chasseurs; en six ans, on constata néanmoins la destruction de 57,015 Vipères.
La mortalité par morsure de Vipère est relativement élevée: Viaud-Grand-Marais a recueilli 319 cas de morsure d'Aspic et de Péliade, dont 47 furent mortels, soit 14,10 pour 100; sur ce nombre, deux décès seulement sont imputables à la Péliade.
Suivant H. Pasquier, il est d'usage dans certaines localités de la Vendée et de la Loire-Inférieure, de tremper les faux dans une macération de Crapauds et de tûtes de Serpents, sous prétexte de rendre leur (il plus tranchant. Il est inutile d'insister sur le danger d'une semblable pratique.
M. Kaufmaim, Du venin de la Vipère. Mém. de l'Acad. de médecine, XXXVI, p. 1, 1889.
Vipera berus Linné.
Synonymik : Pelias berus Duméril et Bibron.
La Péliade atteint une longueur maximum de 0m,65 pour le mâle, de 0m,75 pour la femelle. Sa coloration est très variable et passe, suivant les individus, du gris pâle au noir ou au rougeâtre; le seul caractère à peu près constant est la présence sur le dos d'une ligne noire ou brune, Oexueuse et souvent interrompue de place en place. La tête, près d'un tiers plus petite que celle de l'Aspic, porte entre les yeux trois plaques contiguës, rappelant les plaques céphaliques des Couleuvres, mais moins grandes (fig. 872); l'œil est abrité sous une écaille sourcilière saillante; le museau est régulièrement arrondi.