DIAGNOSTIC DE L'A S T I Ç M A T I S M E
sance dioptrique n'est pas la même dans tous les méridiens, il est évident qu'il ne paraîtra pas agrandi uniformément dans tous les sens; ses proportions seront augmentées dans le sens du méridien qui possède la plus grande puissance réfringente. Dans un œil astigmate, la papille examinée a l'image droite sera donc ovale, son plus grand diamètre correspondant au méridien dont la courbure est la plus forte.
Inversement, quand un objet, au lieu d'être situé entre la lentille et le foyer principal, se trouve en arrière de ce dernier point, son image réelle et renversée se forme de l'autre côté de la lentille à une distance d'autant plus rapprochée et avec des dimensions d'autant plus petites que la puissance réfringente de la lentille est plus forte. Si donc un objet se trouve situé en arrière du foyer principal d'un système dioptrique de puissance réfringente inégale dans ses divers méridiens, son image de l'autre côté de ce système sera déformée, les dimensions se trouvant réduites dans les parties correspondantes au méridien de courbure maximum.
Aussi, examinée à l'image renversée, la papille d'un oeil astigmate, au lieu d'être circulaire, sera ovale, son plus petit diamètre correspondant au méridien de courbure maximum (1).
Dans ces deux examens successifs delà papille à l'image droite et renversée, la forme de la papille sera diamétralement opposée : si elle semble ovale dans le sens vertical à l'image droite, elle sera ovale dans le sens horizontal à l'image renversée. Schweigger a mis à profit celte ingénieuse observation pour différencier la déformation apparente due à l'astigmatisme de celle qui est le résultat d'une malformation congénitale de la papille. Si le disque nerveux, au lieu d'être rond, est en réalité ovale, il conservera sa forme propre dans les deux modes d'examen, au lieu de prendre des aspects différents.
Quelques précautions sont nécessaires pour rendre très apparentes ces déformations de la papille. L'agrandissement dans un sens ou dans l'autre est d'autant plus considérable que l'observateur se trouve plus éloigné de l'œil observé. De très près, c'est à peine s'il est possible de constater la déformation; mais, quand on se recule, les changements des dimensions de l'image s'exagèrent dans tous les sens, et deviennent vite appréciables; malheureusement, si la pupille est étroite, le champ de vision est rapidement rétréci et ne permet bientôt plus d'embrasser toute l'étendue de la papille.
(1) Voyez aussi la figure 75 et les considérations qui s'y rapportent.
406 ' OPTOMÊTRIE.
L'ophlhalmoscope permet donc de reconnaître l'astigmatisme, de se renseigner sur la direction des méridiens principaux et de déterminer celui qui possède le maximum de courbure. On peut encore préciser davantage et se renseigner jusqu'à un certain point au moyen du miroir sur le degré de l'anomalie.
Supposons qu'au-devant d'un œil emmétrope soit placé un verre cylindrique convexe à axe vertical, par exemple; cet œil est rendu artificiellement astigmate, puisque, sans changer la réfraction du méridien vertical (les rayons lumineux traversant le cylindre parallèlement à l'axe ne subissent aucun changement), on augmente ainsi la réfraction dans le sens horizontal. Mais il est évident que si l'on surajoute au-devant de cet œil un autre verre cylindrique concave à axe vertical, de même force que le premier, ces deux verres se neutralisant mutuellement formeront un verre plan à faces parallèles qui n'altérera en rien la réfraction de l'œil examiné. Conformément à ces données, on cherchera, dans l'examen ophthalmoscopique, le verre cjlindrique qui fera disparaître la déformation de la papille et qui donnera à l'image son maximum de netteté et l'on aura ainsi le degré de l'astigmatisme.
OPTOM ÊTRES.
DeGt œfe, Burovv, Javal, etc., ont imaginé des instruments destinés à trouver la position du punctum remotum et par conséquent à apprécier l'état de la réfraction. Fondés sur le môme principe, ces instruments se composent d'une lentille biconvexe, qui reste fixe et sert d'oculaire, et d'un objet éclairé mobile ; le jeu de l'appareil consiste à placer successivement l'objet au-delà, au niveau et en-deçà du foyer de la lentille, de façon à faire arriver sur l'œil qui regarde, des faisceaux lumineux d'abord convergents, puis parallèles, et enfin divergents. Quand l'objet est situé au delà du foyer de la lentille, les rayons qui l'ont traversée sont convergents, et pénètrent dans l'œil placé derrière elle avec un certain degré de convergence d'abord très considérable, mais qui va en s'allénuant progressivement à mesure que l'objet se rapproche du foyer principal. Si l'œil est hypermétrope il arrivera donc un moment où, avant d'atteindre le foyer de la lentille, l'objet sera vu nettement; c'est le moment où la convergence des rayons, proportionnelle au degré de l'hypermétropie sera telle, qu'ils iront se réunir sur la rétine.
L'objet une fois arrivé au foyer principal, les rayons qui en
OPTOMÈ T R E S. .407
émanent deviennent parallèles à leur sortie de la lentille; si donc l'œil est en état de les réunir sur la réline, c'est qu'il est emmétrope. Enfin, l'objet est-il placé entre la lentille et le foyer principal, les rayons pénètrent dans l'œil en divergeant, et cela d'autant plus que l'objet est plus près de la lentille; dès lors, il faut que l'œil soit myope pour arriver à les réunir sur sa rétine. Plus l'objet devra être rapproché de la lentille pour être vu nettement, plus la myopie sera considérable.
Dans la pratique, l'application d'un optomètre ainsi construit est défectueuse : d'abord, l'image de l'objet, au lieu de rester petite et toujours la môme, comme il convient pour des recherches de ce genre, subit pendant ces déplacements d'importantes variations de grandeur. En second lieu, avec l'oculaire biconvexe simple, l'optomètre manque de précision pour les hauts degrés d'amétropie, parce que ses divisions sont trop rapprochées les unes des autres. C'est pour échapper à ce double écueil que Perrin et Mascart ont imaginé un nouvel optomètre d'un usage plus pratique.
Voici la description de cet instrument et des applications qu'on peut en faire, telle qu'elle a été donnée par l'un des auteurs (1).
Il se compose (fig. 84), d'un tube cylindrique en cuivre A, monlé sur un pied P, composé de deux tubes engainants, qui permettent d'élever ou d'abaisser l'instrument à volonté. Les deux extrémités du cylindre sont pourvues, l'une, B, d'un porte-objet et d'un objet dessiné sur verre noirci, et éclairé par transparence; l'autre, C, d'une lentille convergente qui sert d'oculaire. L'objet dessiné, destiné à être visé par l'observateur, se compose pour les déterminations spbériquesde fins caractères d'imprimerie ou de petits groupes de cercles 0 (fig. 85), disposés les uns à côté des autres, et d'un système de lignes parallèles 0'(fig- 85) pour les déterminations cylindriques.
Dans l'intérieur du tube se trouve une lentille mobile concave L(fig. 85), d'un foyer plus court que la précédente, et qui peut être déplacée depuis l'objet jusqu'à l'oculaire, à l'aide d'une glissière R, d'un pignon G et d'une crémaillère D. Selon la position qu'elle occupe par rapporta l'objet, la lentille concave imprime aux rayons lumineux émanés de ce dernier des directions telles qu'en sortant de l'oculaire, ils présentent, successivement, tous les degrés de convergence ou de divergence qui conviennent aux différentes formes d'amétropie (hypermétropie et myopie) et aux
(1) Extrait du Traité pratique d'optométrie et d'ophtlialmoscopic, par Perrin, professeur au Yal-de-Gràce.