‹ Traité des maladies des yeux [electronic resource]Chapitre 136 sur 181 · DU REGARD · texte numérisé non relu

DU REGARD

Quand l'œil regarde droit en avant, dans un plan horizontal passant par son centre de rotation, les muscles droits et obliques se font équilibre. Si le regard se dirige en dedans, le muscle droit interne est le seul qui provoque le déplacement, et le méridien vertical, sur lequel il n'a aucune action, conserve sa position normale. Si l'œil regarde en dehors, en restant toujours dans le plan horizontal, le droit externe se contracte également seul et le méridien vertical ne subit encore aucune inclinaison. Dans les mouvements de latéralité qui s'accomplissent dans le plan horizontal il n'y a donc que deux muscles qui se contractent : le droit externe et le droit interne.

Que se passe-t-il quand l'œil regarde directement en haut? Si ce mouvement était uniquement produit par le droit supérieur, le méridien vertical devrait s'incliner en dedans pendant que la cornée se déplace en haut; or, les expériences de Donders démontrent, qu'en réalité ce méridien reste vertical ; il est donc nécessaire qu'un autre muscle contre-balance la déviation qui lui est imprimée par le droit supérieur; ce muscle, c'est le petit oblique qui élève la cornée en haut, mais qui, en outre, a delà tendance à incliner le méridien vertical en dehors, action qui neutralise l'effet inverse du droit supérieur. Donc, quand le regard se dirige directement en haut, deux muscles entrent en jeu, le droit supérieur et le petit oblique.

De même, quand l'œil regarde directement en bas, ce sont les muscles droit inférieur et grand oblique qui se contractent; leur action commune s'ajoute pour abaisser le centre de la cornée, et leurs actions inverses sur l'inclinaison du méridien vertical s'annibilent de telle sorte, que celui-ci reste immobile.

L'œil regarde en haut et en dehors. Les recherches de Donders ont démontré que dans cette position le méridien vertical est incliné en dehors. Trois muscles entrent ici en jeu : d'abord le droit supérieur etle droit externe, qui déplacent le centre de la cornée, en haut et en dehors ; mais, si ces muscles agissaient seuls, le méridien vertical, subissant l'action du droit supérieur, serait incliné en dedans. S'il est incliné en dehors, c'est que le petit oblique

se contracte en môme temps, et qu'en outre, dans cette position de l'œil, ce muscle a précisément son maximum d'action sur le méridien vertical, tandis que le droit supérieur agit.au contraire, sur lui aussi peu que possible.

L'œil est dirige en bas et en dehors. Dans celte position, le méridien vertical est incliné en dedans, le droit externe et le droit inférieur se contractent; de plus, le grand oblique, qui se trouve placé dans des conditions favorables pour agir sur le méridien vertical, se contracte aussi, et son action contre-balance et au-delà celle du droit inférieur sur ce méridien et l'incline en dedans.

L'œil est dirigé en haut et en dedans. Dans celle position le méridien vertical est incliné en dedans. Le droit interne et le droit supérieur produisent le déplacement du centre de la cornée; mais, comme dans celte situation du globe oculaire, le droit supérieur agirait très énergiquement sur le méridien vertical et l'inclinerait trop en dedans, le muscle petit oblique se contracte, et modère, sans toutefois la contre-balancer complètement, l'inclinaison du méridien vertical, qui reste légèrement incliné en dedans.

L'œil est dirigé en bas et en dedans. Ici le méridien vertical se trouve incliné en debors. Trois muscles encore entrent en action : le droit interne, le droit inférieur et le grand oblique; ce dernier modère l'inclinaison du méridien produite par le droit inférieur, qui, dans cette position de l'œil, serait portée à son maximum.

Rappelons, en terminant, que les positions du méridien vertical resLent constamment parallèles dans les deux yeux; par conséquent, quand le méridien vertical d'un côté est incliné en bas et en dedans, il est incliné sur l'autre œil en bas et en dehors. A part les mouvements qui s'accomplissent dans le plan horizontal et dans le plan verlical passant par le centre de l'œil, tous les déplacements intermédiaires des deux yeux exigent, pour se produire, le concours de six muscles.

ÉTIOLOGIE ET PATHOGÉNIE DES PARALYSIES MUSCL'LAIHES.

Les paralysies des muscles de l'œil peuvent être classées, au point de vue de leur origine, en plusieurs catégories. Les unes dépendent de modifications survenues dans la substance cérébrale au niveau des noyaux d'origine des nerfs moteurs de l'œil, ou bien dans les cenlres psycho-moteurs de l'écorce; d'autres sont provoquées par des lésions intéressant les troncs nerveux, soit à leur émergence de l'encéphale, soit dans leur trajet intra-cr;\nien, soit enlin dans leurs ramilicalions terminales inlra-musculaires.

PARALYSIES M U SC lî LA I H ES.

PARALYSIES D'OMGINE CÉRÉBRALE.

Les paralysies d'origine cérébrale peuvent Être occasionnées par des processus morbides de nature diverse intéressant les régions de l'écorce cérébrale où se trouvent les centres psycho-moteurs des nerfs moteurs de l'œil. Réciproquement, la paralysie d'origine corticale.de tel ou tel nerf moteur de l'œil, peut, en nous éclairant sur le siège de la lésion principale, avoir une valeur séméiologique très importante au point de vue des localisations des affections cérébrales. Bien que cette étude n'ait pas été encore faite avec tout le soin désirable, il y a lieu d'espérer qu'ici aussi la rechercbe exacte et précise du trouble fonctionnel survenu pendant la vie, rapprochée des altérations trouvées à l'autopsie, ajoutera de nouveaux faits à ceux qui ont été déjà si bien étudiés et interprétés par Charcot, et qui ont permis de mettre hors de doute le rôle physiologique de certaines parties du cerveau.

Nous trouvons déjà dans la remarquable'thèse de Landouzy (1) quelques observations de méningo-encéphalite , qui ont fourni l'occasion de noter des troubles convulsifs ou paralytiques ressortissant à la troisième paire, troubles isolés ou associés soit à l'hémiplégie faciale (inférieure), soit aux troubles moteurs des membres.

Ces troubles convulsifs ou paralytiques de la troisième paire marchent parallèlement aux troubles des membres et ont, comme ces derniers, une origine croisée, c'est-à-dire que les lésions qui les déterminent existent sur l'écorce cérébrale du côté opposé à l'œil atteint.

Ils ne sont pas totaux, c'est-à-dire qu'ils ne portent pas sur le domaine entier de distribution du nerf; c'est ainsi que, dans plusieurs observations rapportées par Landouzy, on voit du strabisme interne se produire avec une convulsion brachiale droite, puis être remplacé par du strabisme externe droit avec une paralysie brachiale droite (sans mydriase et sans chute de la paupière inférieure droite).

Chez un malade atteint de fracture (avec enfoncement) du crâne, à gauche, entre l'occipital et le pariétal, on a trouvé noté (2) : pupille droite dilatée, chute de la paupière droite, parésie du bras droit.

(1) Contribution à l'étude des convulsions et paralysies lices aux méningoencéphalites fronto-pariélales. Landouzy, thèse de Paris, 1876.

(2) Observation 12 de la thèse de Landouzy.

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