TRAITEMENT ORTHOPÉDIQUE DU STRABISME
conversations qui sont tenues à notre portée. Pendant que nous écoutons l'une, l'autre ne nous échappe pas absolument. Tantôt volontairement, tantôt à notre insu, notre attention alterne, mais jamais nous ne percevons un tout composé, de l'ensemble des mots que nous entendons. Si la conversation qui nous intéresse est la plus bruyante des deux, il se peut même que l'autre passe inaperçue.
La neutralisation d'une des deux images rétiniennes peut seule nous expliquer l'absence de diplopie dans le strabisme périodique et alternant. Dans ce cas, l'acuité visuelle est à peu près égale de chaque côté, mais le sujet concentre son attention sur l'image la plus nette qui se forme sur la tache jaune de l'œil qui occupe sa position normale, et il néglige celle qui, sur l'œil dévié, se peint en dehors de la macula.
L'abstraction est encore bien plus facile quand l'une des deux images est beaucoup plus confuse que l'autre, comme dans le strabisme monolatéral, où l'acuité de l'œil dévié est mauvaise.
Nous ferons remarquer, toutefois, que, pour que cette neutralisation puisse s'effectuer et arriver à être complète, il faut que le strabisme se développe de bonne heure et que l'éducation de la rétine se fasse pour ainsi dire dès l'enfance. Il y a là une condition dont la raison intime nous échappe, mais qui paraît être essentielle; la preuve en est que si le strabisme vient à se produire chez un adulte, soit à la suite d'une paralysie musculaire, soit à la suite d'un traumatisme (déchirure ou arrachement de l'un des muscles), il survient aussitôt une diplopie des plus gênantes, qui persiste indéfiniment.