EMBOLIE DE L'ARTÈRE CENTRALE DE LA RÉTINE
Virchow avait déjà public depuis longtemps ses recherches sur la thrombose et l'embolie, il avait trouvé sur le cadavre des embolies de l'artère ophthalmique et des artères cérébrales, lorsque, en 1859, de Grrcfe (1) observa le premier, sur un malade de sa clinique des lésions qu'il attribua à une oblitération de l'artère centrale de la rétine par un caillot migrateur.
Il s'agissait d'un individu qui perdit subitement la vue d'un œil. L'examen ophthalmoscopique, fait le lendemain de l'accident, donna les résultats suivants : les artères très amincies paraissaient complètement exsangties; elles formaient des raies blanchâtres qui tranchaient nettement sur le fond rouge de l'œil. En comprimant avec le doigt le globe oculaire, on ne provoquait pas de pouls artériel, preuve évidente que la circulation rétinienne était interrompue. Le calibre des veines était également un peu diminué. Dans leurs gros troncs, on pouvait constater un phénomène singulier : la colonne sanguine y était fragmemtée et animée de légers mouvements d'oscillation; en même temps il y avait une légère diffusion des bords de la papille. Le jour suivant, la rétine prit une teinte laiteuse, tout autour de la macula, qui formait une tache rouge sombre, comme si elle eût été le siège d'une hémorrhagie.
Tels sont les signes qui suggérèrent à de Grœfe l'idée d'une embolie de l'artère centrale de la rétine. Son diagnostic était surtout basé sur la vacuité des artères, l'absence de pouls artériel môme en comprimant le globe oculaire et l'apparition soudaine du trouble visuel. Du reste, l'auscultation révélait des lésions des orifices cardiaques et l'autopsie faite plus lard permit de cont*ôler l'exactitude de l'hypothèse de l'éminent clinicien; on trouva en effet un caillot oblitérant l'artère centrale de la rétine.
Aujourd'hui il existe de nombreuses observations du môme genre, qui toutes n'ont fait que confirmer les caractères cliniques assignés par de Gra?fe à celte affection.
Au début, les artères exsangues, filiformes, apparaissent sous forme de fines raies blanchâtres dans les régions équatorialcs, les branches de petit calibre encore visibles à l'œil nu dans les
(J) Archiv fïir Ophlh., t. V, l" part., p. 136.