EMBOLIE DE L'ARTÈRE CENTRALE DE LA RÉTINE
conditions normales deviennent imperceptibles. Quand les gros troncs ne sont pas complètement vides, leur calibre persiste dans une certaine étendue de leur trajet, mais généralement il est impossible de les suivre à une certaine dislance au-delà de la papille.
L'état des veines est aussi variable; d'habitude, leur calibre a diminué d'une façon sensible, sauf dans les régions équatoriales, où elles semblent quelquefois plus remplies qu'à l'état normal.
Fig. 27. — Embolie de l'artère centrale de la rétine.
Leur contenu paraît comme fragmenté, et à des parties vides en succèdent d'autres qui semblent engorgées de sang.
QiAjues heures après le début de la maladie, on observe déjà des altérations appréciables au pourtour de la papille et dans le voisinage de la macula; ces régions sont envahies par une infiltration diffuse nuageuse qui, d'abord légèrement grisâtre, prend rapidement une teinte blanchâtre laiteuse; au centre, vers le pôle postérieur, on aperçoit une petite tache rouge sombre qui ressemble à un petit foyer hémorrhagique.
Plus tard l'aspect du fond de l'œil change notablement, la diffusion rétinienne blanchâtre s'éclaircit peu à peu et finit par disparaître : en même temps, la macula reprend peu à peu sa teinte normale.
Cette tache sombre de la macula est généralement attribuée à une hémorrhagie de cette région. Cependant Liebreicb a voulu l'expliquer par un simple effet de contraste; pour lui, la teinte foncée de la macula ne ressort si nettement que parce qu'elle est entourée d'une auréole blanchâtre claire. Il fait remarquer à l'appui de son opinion que la macula reprend son aspect normal k mesure que la teinte laiteuse disparaît. Mais cette explication ne semble pas applicable à tous les cas, car, chez plusieurs malades, la coloration hémorrhagique a fait place à des taches pigmenlaires noirâtres caractéristiques d'un ancien épanchement sanguin.
Enfin, après deux ou trois mois on ne trouve plus qu'une atrophie du nerf optique, caractérisée par l'amincissement extrême des vaisseaux et la bbincheur de la papille.
Troubles fonctionnels. — Le signe caractéristique de l'embolie est l'abolitionimmédiateet complète de toute espèce de perception visuelle môme quantitative. Quelquefois cette cécité soudaine est précédée de perturbations passagères et variables de la vision; ces symptômes avant-coureurs s'expliquent aisément si l'on admet que le caillot arrivé dans l'artère ophthalmique y chemine difficilement et s'arrête un certain nombre de fois : à chaque déplacement survient un obscurcissement visuel, bientôt dissipé par le rétablissement de la circulation ; puis enfin l'embolus finit par s'engager dans l'artère centrale et la cécité devient complète.
L'observation suivante de Mauthner (1) paraît à cet égard très concluante :
Un homme de soixante ans se plaignait de ressentir depuis le matin un affaiblissement de la vision de l'œil gauche; ce trouble, tantôt augmentait, tantôt diminuait. Avant que l'examen ophlhalmoscopique eût pu être pratiqué, le malade était entièrement aveugle de l'œil gauche; cette exploration, faite aussitôt, montra les signes de l'embolie totale de l'artère centrale de la réline. Mauthner allait pratiquer la ponction de l'œil, pensant au^enler ainsi l'impulsion du sang dans l'artère, et par ce moy "faire pousser le caillot dans les ramifications et conserver la sensibilité à une partie de la réline. Mais soudain la vision centrale et périphérique se rétablit, et l'examen ophlhalmoscopique, pratiqué de nouveau, montra que les artères avaient repris leur calibre. Quelques mois après, le patient fut atteint d'hémiplégie droite.
Voici l'explication que l'auteur donne dans ce cas complexe.
Un caillot était venu s'engager par son extrémité dans l'origine
(I) Revue des sciences médicales, t. Il, p. 9 1--
EMBOLIE DE L'ARTÈRE CENTRALE DE LA RÉTINE. 139 de l'artère centrale. Les vibrations communiquées par le sang de l'artère ophthalmique à son corps volumineux, tantôt empêchaient le sang de pénétrer dans l'artère centrale, Lantôt l'y laissaient arriver en faible proportion.
Une impulsion plus forte, enfonçant davantage l'embolus, avait pour quelques instants complété l'oblitération, mais une nouvelle ondée sanguine avait entraîné le corps et dégagé la pointe du caillot de l'orifice qui était devenu libre.
Le diagnostic de l'embolie de l'artère centrale est facile, il se déduit à la fois du mode de production brusque des troubles fonctionnels et de l'examen ophthalmoscopique. Pourtant il est une affection avec laquelle la confusion est possible et a dû certainement être faite. Nous voulons parler de Yhémorrhagie vaginale ou interstitielle des nerfs optiques (1), où nous retrouvons également la soudaineté du début, la tache rouge sombre de la macula et la teinte grisâtre de la rétine. Mais dans cette affection les artères, au lieu d'être exsangues, ne sont que filiformes, la rétine, bien qu'altérée, n'a pas un aspect blanc laiteux éclatant comme dans l'embolie, enfin l'abolition de la vision y est moins complète. Le décollement de larétine peut donner lieu à une cécité presque aussi soudaine et presque aussi complète que l'embolie; mais, outre que cette affection ne se produit que sur les yeux déjà malades depuis longtemps, ou chez les myopes d'un fort degré, une exploration quelque peu attentive du fond de l'œil permet de rectifier facilement le diagnostic.
L'ophthalmoscope, en nous faisant reconnaître la présence d'une embolie, doit éveiller notre atten tion sur Vétat du système circulatoire tout entier; il peut nous faire trouver ainsi une affection du cœur ou des gros vaisseaux jusque-là méconnue.
Le pronostic de l'embolie de l'artère centrale est toujours des plus sérieux. Dans la plupart des cas la perte de la vue a été définitive et irrémédiable : deux faits cependant font une heureuse exception à cette règle. Dans l'un il y eut même retour de la vision qualitative et le malade arriva à lire le numéro 8 de Jfeger.
On pourrait cependant croire que les anastomoses décrites par Haller et Zinn au niveau de la papille entre les rameaux de l'artère centrale et les ciliaires courtes postérieures doivent rétablir la circulation interrompue. L'examen du fond de l'œil montre qu'il n'en est rien, les artères restent vides pendant un temps variable, et si elles se remplissent de nouveau, il est toujours trop tard pour
(I) Voyez p. G3.