J* A M II I. V 0 I' I KS ET A M A U R OSES
d'autres affections du système nerveux, la clinique et l'anatomie pathologique sont venues ici prêter leur appui à l'anatomie et à la physiologie.
Malgré les présomptions qui plaidaient en faveur de la semidécussation, Basidiccki, Michel, Mandelstamm se sont efforcés récemment de démontrer que rentre-croisement des nerfs était complet et non partiel.
Pour renverser l'ancienne théorie et établir leur opinion, ces différents auteurs invoquent: 1" de nouvelles recherches anatomiques et microscopiques; 2' des expériences faites sur des animaux; 3° l'observation clinique. En suivant pas à pas leur argumentation, il nous sera facile de réfuter leurs objections et de montrer que le but qu'ils visaient n'a pas été atteint.
Pour démontrer anatomiquement l'entre-croisement complet, ils ont employé deux méthodes : 1° la dissociation directe, qui leur aurait permis d'isoler chaque fibre nerveuse et de la suivre depuis les bandelettes jusque dans le tronc du nerf optique; 2° les coupes microscopiques horizontales, faites à travers le chiasma. Or, personne n'ignore les difficultés pratiques de la dissociation : on comprend combien il doit être malaisé de se reconnaître dans un inextricable fouillis de fibres nerveuses tel que le chiasma, d'autant plus que, de l'aveu môme des anatomistes, qui prétendent y être arrivés, l'entre-croisement ne se ferait pas d'une façon simple, directement transversale. Les faisceaux de la couche supérieure de la bandelette droite contourneraient le chiasma avant de se rendre dans le nerf optique gauche, et de supérieurs deviendraient inférieurs; une disposition analogue existerait pour les libres des couches inférieures, l'entre-croisement ne serait régulier que dans la partie moyenne.
On conviendra de môme qu'il est difficile de voir sur des coupes microscopiques horizontales si l'entrecroisement des fibres est partiel ou complet; aussi ces preuves anatomiques doiventelles être considérées comme insuffisantes.
Les expériences anatomiques de Brown-Séquard, Longet, Luys, Mandelstamm, semblent, au premier abord, plus concluantes, mais une seule objection suffit pour leur ôter toute valeur. La section intra-crânienne d'une bandelette optique chez certains animaux, comme le lapin, amène, il est vrai, la perte de la vue
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d'un côté et non l'hémiopie, mais qu'est-ce que cela prouve? Que l'entre-croisement est peut-être complet chez des animaux où la vision binoculaire n'existe pas, où le champ visuel est distinct de chaque côté, mais rien n'autorise à conclure qu'il en est de même pour l'homme, qui possède la vision binoculaire et chez lequel la plus grande partie du champ visuel est commune aux deux yeux. Du reste à ces expériences nous pouvons opposer celles qui ont été faites récemment par Nicati et qui sont absolument concluantes. Si chez de jeunes chats on coupe à travers l'ethmoïde, le chiasma sur la ligne médiane, la cécité ne survient pas, ce qui prouve évidemment que l'entre-croisement n'est pas complet. Quant aux faits cliniques, il est facile de constater que, quoi
Fia. 43.
qu'on en dise, ils s'adaptent beaucoup mieux à l'ancienne théorie qu'à la nouvelle.
Mandelstamm, en effet, s'est surtout occupé de cas exceptionnels, laissant de côté l'hémiopie latérale, de beaucoup la plus fréquente, il s'est attaché à expliquer l'hémiopie nasale. On sait que, dans cette forme rare (il n'en existe que trois ou quatre cas dans la science), la moitié temporale de la rétine est paralysée de chaque côté, de telle sorte que la vision se trouve abolie du côté nasal à droite et à gauche. Dans l'hypothèse de la semi-décussation, il faut admettre, pour expliquer cette variété d'hémiopie, une lésion symétrique intéressant de chaque côté de la base du crâne les faisceaux externes des bandelettes optiques (voyez flg. 42, U V), ce qui est peu vraisemblable. Avec l'hypothèse de rentrecroisement complet au contraire (voyez fig. 43), il suffit que la lésion L occupe l'angle postérieur du chiasma C pour abolir la sensibilité dans les régions temporales des deux rétines et produire ainsi l'hémiopie nasale. Tel est le principal argument