A M III.YOIMKS K T A M AU KO *KS
IlKMKliU.Ol'IE.
On a désigné longtemps sous ce nom un symptôme commun à plusieurs maladies différentes, qui se manifeste de la façon suivante : la vision, en apparence normale pendant In jour, et dans les conditions d'éclairage ordinaire, baisse brusquement dès que la lumière solaire disparait, au moment du crépuscule, à tel point que ces malades ont de la peine à se conduire. Ce phénomène bizarre se présente tantôt chez des sujets où l'examen du fond de l'œil montre des lésions manifestes, et nous avons signalé sa présence dans la rétinite pigmentaire et dans certaines formes de chorio-rétinite; tantôt, au contraire, il survient sans que l'examen ophthalmoscopique puisse révéler des altérations appréciables. L'héméralopie, envisagée comme maladie distincte, essentielle, ne doit comprendre que celte dernière catégorie de faits. C'est en nous plaçant à ce point de vue que nous allons la décrire.
Étiologie. — L'action longtemps prolongée sur la rétine d'une vive lumière réfléchie par une surface brillante, resplendissante, a une influence incontestable sur la production de cette singulière maladie ; c'est ainsi qu'on l'observe chez les voyageurs qui ont traversé de vastes étendues de neige, chez les personnes ayant fixé pendant longtemps des surfaces blanches (ouvriers maçons, ouvriers des fours à plâtre, peintres en bâtiments). La torpeur de la rétine qui survient alors, et qui succède à une excitation trop forte et trop longtemps prolongée de cette membrane, est tout à fait comparable aux phénomènes de dépression et de paralysie qui suivent généralement les irritations exagérées de certaines parties du système nerveux.
En second lieu, nous trouvons les causes qui ont une action funeste sur la santé générale et produisent des altérations du sang, l'affaissement des forces et l'anémie. Une mauvaise nourriture, des travaux excessifs, l'encombrement sont des conditions érai nemment favorables à sa production. Ceci explique comment cette maladie peut apparaîtra d'une façon épidémique et sévir chez les marins, les soldats, dans les maisons d'orphelinat, les pensionnats, les prisons, sur les groupes d'individus, en un mot, qui sont placés dans les mômes conditions hygiéniques. D'après certains auteurs, cette maladie serait plus commune dans les pays froids
HÉMÉRALOPIE.
que dans les pays chauds. Elle est particulièrement fréquente en Hongrie et en Roumanie (Grosz). La pigmentation du fond de l'œil jouerait aussi un rôle dans son étiologie et, d'après de Wecker, on ne l'aurait jamais observée chez les populations à teint basané.
Les médecins de la marine ont parfois constaté à bord des navires, l'existence simultanée du scorbut et del'héméralopie. Enfin on a rapporté des observations d'héméralopie héréditaire congénitale (Cunier); mais la plupart de ces observations, datant d'une époque où l'on ne pouvait pas explorer le fond de l'œil au moyen de l'ophthalmoscope, ne doivent être acceptées qu'avec réserve. Il est fort probable qu'il s'agissait là d'héméralopies symptomatiques de rétinites pigmentaires.
Symptômes. — La diminution considérable qui survient dans l'acuité visuelle dès que l'intensité de l'éclairage, quelle qu'en soit la source, lumière solaire ou artificielle, vient à baisser, constitue le caractère le plus saillant de cette affection. Les malades, qui pendant le jour, tant que le soleil est au-dessus de l'horizon, paraissent avoir une vue tout à fait normale, se trouvent plongés, dès que le crépuscule arrive, dans une obscurité telle qu'ils ont parfois de la peine à se conduire. Ce fait singulier, se reproduisant régulièrement au moment où le jour baisse, en a imposé quelquefois pour un phénomène périodique, un trouble fonctionnel intermittent, pouvant être rattaché peut-être à une forme larvée d'intoxication paludéenne. Il n'en est rien; la régularité, la périodicité du phénomène ne tiennent ici qu'à la réapparition périodique des conditions dans lesquelles il se produit. Il est facile de démontrer ce fait en mettant un héméralope dans une chambre bien éclairée, où l'on diminue progressivement la lumière en fermant les volets ; les troubles visuels apparaissent absolument comme au moment du crépuscule.
La pupille est plus dilatée qu'à l'état normal ; cette différence sensible même avec un bon éclairage et à la lumière du jour, l'est bien davantage au crépuscule ou dans la demi-obscurité. L'ouverture pupillaire devient alors très grande, sans atteindre jamais pourtant, les dimensions de la dilatation produite par l'instillation de l'atropine. Cette remarque est importante à consigner, car elle peut servir à discerner un état pathologique réel d'une affection simulée et provoquée par l'emploi de cet alcaloïde.
On observe généralement, chez les sujets atteints d'héméralopie, une réduction dans l'amplitude de l'accommodation. Ils ne peuvent plus lire de près aussi facilement qu'auparavant, le point le
252 A Ml! L YO I' I ES ET AMAUnOSES.
plus rapproché delà vision distincle s'csléloinnée de l'œil. Quand ils fixent, ou qu'ils s'occupent à un travail minutieux, la vue se brouille de la môme façon que dans l'asthénopie accommodativc des hypermétropes, ou dans la parésie de l'accommodation.
D'après les consciencieuses recherches de Fœrsler, les premiers effets de la torpeur rétinienne se feraient sentir dans la région de la macula, pour se propiger ensuite dans une direction centrifuge, vers les parties périphériques de la rétine.
Pour d'autres observateurs, au contraire, il y aurait constamment dans Phéméralopie un rétrécissement concentrique du champ visuel, d'autant plus prononcé que l'éclairage serait moins intense. Ces assertions contradictoires tiennent peut-être à ce qu'on a confondu parfois l'héméralopie symptomatique avec l'héméralopie essentielle.
Diatjnostic — Dans la paralysie de. l'accommodation et du sphincter interne de l'iris, il y a bien, comme dans l'héméralopie, la dilatation exagérée de la pupille, des troubles de la vue, surtout s'il existe une anomalie concomitante de la réfraction. Mais le phénomène capital, c'est-à-dire la diminution brusque de la vision quand le jour baisse, fait ici défaut.
L'héméralopie peut être simulée. Cette maladie, en effet, étant fréquente dans les pensionnats, dans lescorps de troupes, sur les navires, il peut arriver que, soit par esprit d'imitation, soit pour échapper à des corvées, ou tout autre motif analogue, certains individus prétendent en être atteints. Pour déjouer leur fraude, Von se rappellera que si, dans l'héméralopie véritable la pupille est dilatée, elle ne l'est jamais autant que lorsqu'on a instillé de l'atropine, ce que font parfois les simulateurs et ce qui surfit à faire reconnaître leur mauvaise foi. On pourra aussi arriver au même but en employant le stéréoscope de la façon suivante : on augmente ou on diminue la quantité de lumière projetée sur l'objet à examiner, placé dans le stéréoscope, tout en laissant le malade dans une chambre fortement éclairée; on obtiendra ainsi, le plus souvent, des réponses contradictoires qui feront découvrir la vérité.
Marche et pronostic. — L'héméralopie essentielle est une maladie bénigne dont le pronostic n'est point grave. Le seul inconvénient réel qu'elle présente, c'est d'avoir parfois une durée assez longue et une certaine tendance aux récidives. Aussi doit-on avoir la précaution de prolonger le traitement, quelque temps encore après la disparition complète de tous les symptômes morbides. Quant à l'héméralopie symptomatique, elle a déjà été décrite