AM AU ROSES CONSÉCUTIVES AUX HÉMORRHAGIES ABONDANTES
Des amauroses graves, le plus souvent définitives, surviennent parfois dans un espace de temps relativement très court, à la suite de pertes sanguines abondantes, hématémèse, melaîna, hémorrhagies puerpérales; en dépit des hypothèses émises dans ces derniers temps, la cause de la perte de la vision survenue dans ces circonstances, reste encore bien obscure.
Samœlsohn (1), qui s'est beaucoup occupé de cette question, a proposé l'explication suivante, qui s'appliquerait aux amauroses survenues après une perte de sang considérable. Au moment où l'hémorrhagie se produit, une partie du sang renfermé dans la cavité crânienne sort de cette cavité à parois inextensibles ; le vide ainsi déterminé est comblé par l'arrivée de la lymphe des gaines lymphatiques des vaisseaux et par le liquide céphalorachidien. Plus tard, quand les mouvements du cœur reprennent leur énergie et que la masse du sang est de nouveau augmentée^ celui-ci est restitué au cerveau. La pression s'accroissant alors de nouveau dans la cavité crânienne, la lymphe est chassée entre les gaines externes et internes du nerf optique, qui communiquent, comme on sait (Schwalbe), avec l'espace arachnoïdien. Le liquide ainsi accumulé autour du tronc des nerfs optiques les comprime et détermine la cécité.
Cette théorie n'a pas rallié de nombreux partisans. Faut- il admettre qu'en pareil cas certaines lésions cérébrales sont à la
(1) Archiv /ïir Ophtalmologie, t. XVIII. I* partie.
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fois la cause déterminante et de l'hémorrhagie et de la perte de la vision? On sait en effet que, d'après Lussana, les thalami optici joueraient le rôle de centres présidant à la tonicité des vaisseaux de l'estomac et du côlon. Brown-Séquard a également signalé l'apparition d'hémorrhagies dans les organes des cavités pleurales et abdominales par suite de lésions de certains points déterminés de l'encéphale.
Ollivier a signalé des apoplexies pulmonaires et pleurales à la suite d'kémorrhagie cérébrale. Schiff, Nothnagel, Ebstein, en détruisant les tubercules quadrijumeaux antérieurs, ont provoqué l'apparition d'hémorrhagies nombreuses à la surface de la muqueuse stomacale. Cette dernière expérience serait surtout démonstrative, puisqu'elle prouve que la lésion des régions cérébrales, considérées comme les centres de perception de la vision, sont suivies d'hémorrhagies viscérales.
Quelques observations récentes, où l'examen ophthalmoscopique a pu être pratiqué peu de jours après l'hémorrhagie, ont fourni des renseignements fort intéressants et capables d'élucider la pathogénie si obscure de ces cas de cécité. Biermer, ayant examiné un jeune homme douze jours après une hématémèse abondante qui avait été suivie d'une diminution considérable de la vision, trouva que la rétine présentait, tout autour de la papille, une teinte bleuâtre laiteuse, comparable à celle de l'embolie de l'artère centrale; mais la macula n'avait pas la tache rougeâtre qu'on observe dans cette dernière affection, et le trouble diffus de la rétine occupait plutôt le pourtour du nerf optique que le voisinage du pôle postérieur. Il y avait aussi, sur les parties infiltrées de la rétine, de petites extravasations sanguines. Au bout de quelques jours, la résorption s'effectua, le fond de l'œil commença à s'éclaircir, et les membranes profondes reprirent leur état normal.
Chez un autre malade, examiné huit jours après une hématémèse abondante, Schweigger trouva également un trouble diffusrétinien péri-papillaire et quelques hémorrhagies. L'image ophthalmoscopique du fond de l'œil semble donc indiquer qu'en pareil cas il se fait une imbibition séreuse de la rétine. Ce phénomène s'expliquerait par les changements qui surviennent nécessairement dans la composition du sang peu de temps après une hémorrhagie abondante; il importe de remarquer que les troubles de la vue, en pareil cas, n'apparaissent pas immédiatement, mais seulement au bout de quelques jours, précisément au moment où le sang est devenu plus séreux.
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Dans les chapitres précédents nous avons passé en revue les différentes affections qui déterniinent des troubles graves de la vue, sans altérations caractéristiques à l'ophtlialmoscope, mais dont nous connaissons néanmoins la cause principale. Quelquefois, rarement il est vrai, on observe des amauroses dont rien, dans l'état général du sujet, ne peut nous faire soupçonner l'origine. Cbez les femmes, c'est parfois au moment des règles que la vision est brusquement abolie dans l'un des deux yeux.
J'ai eu l'occasion d'en observer deux cas qui se sont présentés dans des conditions à peu près identiques.
Une dame, âgée de vingt-huit ans, d'une excellente constitution, et ayant toujours joui d'une excellente santé, s'aperçoit un jour à son réveil, de quelque chose d'insolite dans sa vue : elle examine avec anxiété l'état de ses yeux et constate que la vision de l'œil gauche est complètement abolie. Elle s'empresse, sur les conseils de son médecin, de se rendre à Paris, et vient me consulterle surlendemain de l'accident. Les yeux ont leur aspect normal, la pupille de l'oeil gauche est pourtant beaucoup plus dilatée que celle de l'œil droit, la perte de la vision de ce côté est complète, absolue, il n'existe même pasde perception lumineuse quantitative. A l'ophtlialmoscope, il n'existe aucune lésion appréciable dans les membranes profondes. La papille a sa teinte rosée habituelle, le calibre de ses vaisseaux est intact; en un mot le fond de l'œil de ce côté est identique à celui du côté opposé où l'acuité visuelle est normale.
Cette malade est bien réglée, pourtant elle me fait remarquer que c'est au moment d'une époque, qui ne présente du reste rien d'anormal dans son cours, que la perte de la vision est survenue; sauf, peut-être, un très léger sentiment de pesanteur dans la région temporo-pariétale gauche, elle n'éprouve ni douleur de tôle, ni vertiges, ni quelque trouble cérébral que ce soit. Toutes les fonctions s'accomplissent régulièrement, tous les organes semblent sains; en un mot, la santé paraît parfaite.
Le traitement consista dans l'application de ventouses Heurteloup à la tempe gauche, l'emploi de l'électricité et les injections sous-cutanées de strychnine.
Après la première ventouse, la perception quantitative de la lumière revint; les séances d'électricité eurent lieu tous les jours
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pendant cinq minutes, et les injections furent faites tous les deux jours à la dose del milligramme de strychnine.
Une seconde ventouse fut appliquée dix jours après la première, l'amélioration continua à se faire progressivement, et au bout d'un mois et demi la vision était cotnplètement rétablie.
Dans le second cas, plus récent, l'analogie avec le précédent était complète. 11 s'agissait également d'une femme âgée de trente-cinq ans; mais, chez elle, la cécité sur un œil survint brusquement dans l'intervalle des règles. Instruit par l'expérience, je portai un pronostic favorable et, sous l'influence du môme traitement, au bout d'un mois la guérison était complète.