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AMBLYOPIE CONGÉNITALE

On rencontre à chaque instant, dans la pratique ophthalmologique, des personnes atteintes d'une diminution congénitale de la vision, dont la véritable cause est parfois fort difficile à déterminer. L'examen ophthalmoscopique est négatif, en ce sens qu'il nous montre des milieux transparents et un fond d'oeil d'apparence normale; l'état de la réfraction, recherché soit à l'ophthalmoscope, soit à l'aide des verres correcteurs, dénote le plus souvent de l'hypermétropie compliquée d'astigmatisme, d'autres fois de la myopie et même de l'emmétropie, et néanmoins, le vice de réfraction une fois constaté et corrigé, c'est à peine si l'acuité visuelle s'améliore, elle reste toujours très faible, et généralement inférieure, à 1/3 ou 1/4. Ce défaut de vision, d'ordinaire unilatéral, est désigné sous le nom vague d'amblyopie congénitale.

Avant la découverte de l'hypermétropie et de l'astigmatisme, les prétendus cas d'amblyopie congénitale étaient encore plus fréquents, un certain nombre d'entre eux appartenant à ces anomalies de la réfraction alors méconnues. Aujourd'hui, bien que leur nombre ait notablement diminué, il est encore considérable; on doit môme ajouter que beaucoup d'entre eux passent inaperçus, parce que, cette affection étant généralement limitée à un seul œil, il faut qu'une circonstance fortuite vienne révéler aux malades l'existence de leur infirmité en les forçant à se servir de l'œil amblyope. D'autres connaissent parfaitement leur état, mais ne réclament aucun soin, se contentant d'une bonne vision mono culaire.

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De Gnefe, frappé de la fréquence de cette forme d'amblyopie dans le strabisme monolatéral, s'efforça d'établir qu'elle résultait de l'babitudc prise de neutraliser l'image rétinienne de l'œil dévié (Nichtgcbrauehl) aussi, après avoir obtenu la correction par la ténotomie, obligeait-il les strabiques à se servir chaque jour, pendant quelques instants, de l'œil redressé.

Les objections contre cette théorie sont nombreuses et faciles à établir, et je crois pouvoir démontrer que la véritable cause de l'amblyopie congénitale doit être cherchée ailleurs.

Toutd'abord il estrare que chez les opérés de strabisme, même d'un âge peu avancé, on arrive par l'exercice à une amélioration notable delà vision, ce qui devrait être si l'amblyopie était réellement due au défaut d'exercice de l'œil dévié. J'ai opéré souvent des enfants atteints de strabisme avecamblyopie, et bien qu'ayant fait fonctionner régulièrement l'œil amblyope après l'opération, j'ai rarement obtenu une amélioration sensible. Je puis citer en particulier un enfant que j'ai délouché à l'âge de cinq ans, au moment où il commençait à déchiffrer les caractères de l'alphabet. La correction fut satisfaisante. Les parents, très soucieux de mes recommandations, firent faire des exercices journaliers à l'œil amblyope, pendant un an environ, et néanmoins la vision de cet œil est restée aussi mauvaise qu'auparavant.

Par contre, chez les personnes affectées de cataracte congénitale et opérées à un âge assez avancé, on arrive parfois à obtenir une acuité visuelle excellente, et pourtant n'est-il pas incontestable alors, que l'œil opéré n'a jamais fonclionné ?

Enfin, et cette dernière objection a sans contredit une valeur décisive, celte forme particulière d'amblyopie n'est pas exclusivement propre au strabisme, elle se rencontre fréquemment chez des personnes ayant des axes optiques parfaitement parallèles et dont les mouvements de convergence nécessaires à la vision binoculaire s'accomplissent normalement.

Si l'on cherche à bien préciser la nature du trouble fonctionnel dans l'amblyopie congénitale, on ne tarde pas à reconnaître qu'il consiste uniquement dans une diminution de la vision centrale. La vision périphérique reste normale. Voici commentj'ai procédé pour établir ce fait : un individu possédantune acuité visuellenormalc est placé devant le périmètre de Fœrster, dont le curseur est disposé de telle sorte qu'on peut metlre sur la plaque mobile des caractères de différentes grandeurs (ceux de l'échelle deSncllen). En les rapprochant peu â peu du centre, on arrive facilement, par des épreuves successives, à déterminer ainsi l'acuité des por-

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