‹ Traité des maladies des yeux [electronic resource]Chapitre 76 sur 181 · A.UBLYOPIES ET A M A U H OS ES · texte numérisé non relu

A.UBLYOPIES ET A M A U H OS ES

ferme un certain nombre d'un calibre notable qui se rendent dans la région de la macula.

Cette dill'érence d'aspect de la papille est surtout facile à constater lorsque l'affection n'existe que d'un côté, ce qui est la règle, car la comparaison avec le côté opposé la fait alors mieux ressortir. Bien qu'il y ait une très grande variété dans le mode de distribution physiologique des vaisseaux de la papille et dans son image ophthalmoscopique, les modifications énoncées ci-dessus ne sont jamais aussi accentuées que dans Pamblyopie congénitale.

La coloration rosée de la moitié temporale de la papille, l'impossibilité d'apercevoir la lame criblée et l'anneau sclérotical, la présence de vaisseaux dans cette région permettent de supposer que dans l'amblyopie congénitale les fibres nerveuses sont plus nombreuses dans la moitié temporale de la papille qu'à l'état normal. Dès lors, n'est-il pas admissible qu'un certain nombre d'entre elles, plus superficielles, traversent la région de la macula pour se rendre dans les parties périphériques et que la présence de ces fibres au-devant de la tache jaune, où elles font défaut d'habitude, doit contribuer à la diminution de la vision centrale.

DYSCIIROMATOPSIE.

Un grand nombre de personnes, souvent douées d'une vue d'ailleurs excellente, éprouvent une difficulté plus ou moins grande à distinguer une ou plusieurs des couleurs du spectre solaire. Dalton le premier reconnut sur lui-môme celte anomalie, d'où le nom de daltonisme sous lequel elle est encore désignée par quelques auteurs.

La dvschromatopsie est très rarement complète. On ne connaît que quelques cas rapportés parHuddart (1), Rosier (-2) et Galezowski (3) dans lesquels il y ait eu absence de perception de toutes les couleurs à la fois ou achromatopsie. Les sujets ainsi afTeclés ne distinguent que le noir, le blanc et les tons gris intermédiaires. Ils ne reconnaissent les objets que par leur forme.

(1) l'hilosophical Transactions, t. LV1I, p. 260. 1777, Lon.lrcs.

(2) Observations sur la physiologie et Vhusloire naturelle, t. XIII. p. X7,

(3) Diag. des mal. des yeux par la chromatopsie rétinienne, p. 1*5. 18

DYSCHROMATOPSIE. 265

leur étendue et leur teinte plus ou moins foncée, mais restent forcément insensibles à tous les charmes de la couleur.

Le plus souvent, la dyschromatopsie ne porte que sur une seule des couleurs fondamentales ; suivant que le rouge, le vert ou le violet cesse d'être perçu, on lui donne le non d'anérythropsie, d'achloropsie ou d'anianthinopsie. Les couleurs composées à la formation desquelles contribue la couleur absente subissent forcément des altérations parallèles.

Voici, comme exemple de ce qui se passe dans la pratique, la description que Dalton lui-même nous a laissée de son infirmité (1) : « Un jour, j'examinais une fleur de géranium zonale à la lumière d'nne bougie. Cette fleur, qui, au jour, me paraissait bleue et qui, en réalité, est violette, me parut d'une couleur rouge, tout à fait opposée au bleu. Ce changement n'était point apparent pour les autres personnes. Cette observation m'ayant appris que ma vue était, pour les couleurs, différente de celle des autres, j'examinai le spectre solaire et me convainquis bientôt qu'au lieu de sept couleurs du spectre je n'en voyais que trois : le jaune, le bleu etle pourpre. Mon jaune contient le rouge, V orangé, le jaune etle vert de tout le monde; mon bleu se confond tellement avec le pourpre, que je ne reconnais là presque qu'une seule et même couleur. La partie du spectre qu'on appelle rouge me semble à peine quelque chose de plus qu'une ombre ou qu'une absence de lumière. Le jaune, Y orangé et le vert sont pour moi la même couleur, à différents degrés d'intensité. Le point du spectre où le vert touche au bleu m'offre un contraste extrêmement frappant et une différence des plus tranchées. Au jour, le cramoisi ressemble au bleu auquel on aurait mêlé unpeudebrun foncé. Une tache d'encre ordinaire sur du papier est pour moi de la même couleur que la figure d'une personne florissante de santé. Le sang ressemble au vert foncé des bouteilles. A. la lumière d'une bougie, le rouge et Yécarlate deviennent plus brillants et plus vifs. Le vert, au jour, me semble peu différent du rouge. L'orangé et le vert se ressemblent aussi beaucoup; \evert le plus agréable pour moi est le vert très saturé; je le distingue d'autant mieux qu'il tire davantage sur le jaune. Quant au jaune et à V orangé, ma vision est absolument la même que celle de tout le monde. »

Il arrive souvent que les personnes atteintes de dyschromatopsie ne doivent qu'à une circonstance fortuite de connaître leur infirmité; mais une fois l'atlention attirée de ce côté, il est impossible

(I) Annales d'oculistique, t. LXXIV, p. 33.

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de confondre celle anomalie avec aucun autre trouble visuel. Le diagnostic de la cécité pour les couleurs est donc des plus faciles; mais si l'on veut analyser la nature et l'étendue de l'altération, on éprouve des difficultés considérables. On ne peut se fier aux réponses des malades, qui emploient un peu au hasard les mots trop nombreux pour eux par lesquels ils entendent désigner les dill'é rentes couleurs. Pour obtenir des résultais précis, il est nécessaire de donner aux individus soupçonnés, des séries de morceaux de papier ou de laine de différentes nuances, et de les leur faire grouper suivant les teintes d'un spectre naturel ou artificiel. Les personnes à vue normale feront ce groupement avec la plus grande facilité, tandis que les aveugles pour une ou plusieurs couleurs révéleront, par leurs méprises, la nature du trouble de leur vision.

11 faut savoir, dans celle recherche, que Y intensité de l'éclairage influe sur l'impression fournie par les couleurs dans la dyschromatopsie encore plus qu'à l'état normal.

La perversion de la notion des couleurs est un symptôme important de certaines maladies du fond de l'œil. Nous avons insisté sur sa marche et sa valeur diagnostique dans les atrophies du nerf optique, où elle existe presque constamment dès le début ; nous savons qu'elle est rare au contraire dans les diverses formes de chorio-rétinite.

Le docteur Favre l'a vue se développer sous l'influence de fatigues exagérées ou bien à la suite de lésions traumatiques de l'œil ou du crâne. Dans le premier cas, un repos de quelques jours suffisait à la faire disparaître; dans le second cas, au contraire, elle ne diminuait que très lentement et persistait même quelquefois.

Rappelons encore que la cécité pour les couleurs joue le principal rôle dans l'amblyopic hystérique.

Enfin, certaines substances toxiques peuvent produire ce trouble de la vision. La santonine, entre autres, jouit du singulier privilège de provoquer une anianthinopsic passagère. L'extrémité violette du spectre cesse d'être perçue; les objets éclairés sont vus en jaune verdâtre el les surfaces obscures en violet.

La dvschromatopsie n'a, dans la vie ordinaire, aucun inconvénient'sérieux. Elle emprunte toute sa gravité aux circonstances particulières dans lesquelles se trouvent placées certaines personnes.

Les aveugles pour les couleurs sont naturellement exclus de l'exercice de certaines professions, telles que celle de peintre, de

tapissier, etc. ; mais ils deviennent véritablement dangereux quand ils sont chargés de certaines fonctions où il est nécessaire d'interpréter des signaux colorés. Dans la marine, comme sur presque toutes les voies ferrées, les signaux verts indiquent le ralentissement du vaisseau ou du train, et les signaux rouges l'arrêt immédiat. Or, ces deux couleurs sont précisément celles qui sont le plus souvent confondues.

Favre (1), médecin de la compagnie de Paris à Lyon et à la Méditerranée, a trouvé 42 daltoniens sur 728 employés âgés de dixhuit à soixante ans; sur ce nombre, 9 ne connaissaient pas le rouge. Il y a donc là un danger sérieux auquel il importe de parer. Dans ce but, il est nécessaire de soumettre les candidats aux em plois actifs dans les chemins de fer à un examen préalable sur les couleurs, de renouveler cet examen après toute maladie grave, tout traumatisme de la tête et de l'œil, et d'exclure impitoyablement tout individu qui ne distinguerait pas d'une façon tout à fait nette le vert et le rouge.

De plus, il serait avantageux de remplacer ces deux couleurs par le jaune et le bleu, par exemple, qui sont beaucoup moins souvent confondus et dont la réunion ne donne en aucun cas de la lumière blanche, comme cela a lieu dans certaines conditions pour le vert et le rouge. Des expériences précises, faites par Tyndall, ont montré que cette confusion avait réellement lieu quelquefois sur les chemins de fer.

Le désir de se soustraire aux obligations du service militaire est une des causes les plus fréquentes de simulation. D'autres fois, ce sont des individus qui, pour être admis dans des établisse ments de bienfaisance ou obtenir des secours, feignent un affaibli ssement de la vue; ou bien encore certaines personnes, à la suite d'une lésion traumatique d'un œil, exagèrent les conséquences de l'accident dans l'espoir d'obtenir des dommages-intérêts plus considérables.

Enfin, la simulation n'est pas très rare chez les femmes nerveuses hystériques, et chez les enfants; les premières simulent

( 1 ) Sote lue à la deuxième section du Congrès pour l'avancement des sciences, Lyon, 1873.

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