‹ Traité des maladies des yeux [electronic resource]Chapitre 85 sur 181 · DES DIFFÉRENTES FORMES D'HYPERMÉTROPIE · texte numérisé non relu

DES DIFFÉRENTES FORMES D'HYPERMÉTROPIE

Nous venons d'étudier la vision de l'hypermétrope à l'état statique. Les choses ne se passent pas tout à fait ainsi dans les conditions habituelles de la vision : l'accommodation jouit en réalité de toute son énergie, et cette fonction modifie plus ou moins la réfringence du système dioplrique. Quand un œil emmétrope regarde à l'infini, la vision est distincte et le muscle ciliaire reste au repos. Pour l'œil hypermétrope, la vision est confuse, mais le muscle ciliaire se contracte aussitôt, et le résultat de cette contraction, c'est d'augmenter d'une quantité suffisante la réfringence des milieux transparents pour rendre la vision nette. La courbure de la face antérieure du cristallin devient plus forte et c'est ainsi que l'œil hypermétrope réalise instinctivement ce que nous obtenons artificiellement par l'emploi de la lentille biconvexe.

Tandis que l'œil emmétrope reste au repos complet et peut ainsi regarder à l'infini sans nulle fatigue, conservant intacte toute l'énergie de son accommodation, l'œil hypermétrope fait appel à cette fonction, dépense une partie de sa puissance et par conséquent se fatigue déjà : c'est là, évidemment, une condition d'infériorité. Supposez que le pouvoir d'accommodation soit identique pour ces deux yeux, l'un emmétrope, l'anlre hypermétrope, à mesure que les objets se rapprochent, les efforts d'accommodation augmentent. Il arrive un moment où la contraction du muscle ciliaire de l'hypermétrope est épuisée, tandis que celle de l'emmétrope peut encore disposer d'une certaine énergie et permettre, par conséquent, la vision d'objets plus rapprochés. De là celte conclusion : le point le plus rapproché de la vision distincte (punctum pro.ximum) est plus éloigné pour l'hypermétrope que pour l'emmétrope.

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L'accommodation intervient donc dans la vision de loin chez l'hypermétrope. Dans un âge peu avancé, lorsque le muscle ciliaire jouit de toute sa contractilité et le cristallin d'une très grande élasticité, cette fonction peut suppléer à tout ce que présente de défectueux la réfringence du système dioptrique. Beaucoup de jeunes sujets dont l'œil possède une structure évidemment hypermétropique, placés devant l'échelle de Snellen à 5 mètres de distance, en lisent distinctement tous les caractères. L'accommodation peut, donc masquer complètement l'hypermétropie. Dans ces cas, l'hypermétropie est dite latente. Chez les adultes, l'accommodation, déjà moins puissante, ne dissimule qu'une partie dudéfautde réfraction : l'hypermétropie est alors manifeste. Enfin, dans les degrés extrêmes de l'hypermétropie, quels que soient les efforts d'accommodation, la vision reste toujours confuse : l'hypermétropie est absolue.

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La vision des hypermétropes se comporte différemment, suivant le degré de l'hypermétropie et suivant que l'hypermétropie est latente, manifeste ou absolue.

Dans l'hypermétropie latente, la puissance d'accommodation est telle, qu'elle supplée à l'insuffisance du pouvoir réfringent de l'œil. Grâce à l'énergie du muscle ciliaire et à l'élasticité du cristaliin, la vision continue à s'effectuer dans de bonnes conditions, absolument comme chez l'emmétrope. C'est principalement chez les jeunes enfants dont le cristallin possède encore une souplesse parfaite, que l'hypermétropie se maintient latente, et n'entraîne aucun trouble visuel appréciable.

Du reste, la structure du muscle ciliaire, chez l'hypermétrope, favorise beaucoup les efforts d'accommodation et contribue à maintenir quelquefois, pendant fort longtemps, l'hypermétropie à l'état latent.

D'après les recherches d'Iwanoff, la disposition du muscle ciliaire diffère, en ellet, chez l'emmétrope, l'hypermétrope et le myope. (Jn sait que Brucke, Miiller, Arll, Bowman, etc., ont décrit deux parties distincLes dans ce muscle, l'une composée de fibres circulaires, l'autre de fibres longitudinales. Les premières ont un rôle prépondérant dans l'acte de l'accommodation, leur contraction a pour résultat de détendre la zonule en rapprochant la péri-

nt -70. MoSCle cilin.ro chci nn hypermétrope. M, libre circulaire tns n».nbrou.e, et nvpcrtrophléc; N. fihre, longitudinal-, atrophiée,; C. corne,; sel orot.oue ; |, m K plcxu, veineux do Sclilemiii ; P, proci-. cili.ire,; M, portion e.rc..l».re ,1.. ">u,cle ci li.iirc; N, portion radiée du mante ciluiro.

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phérie du centre, tandis que les flbres longitudinales agiraient surtout sur la choroïde à la façon d'un muscle tenseur.

Chez l'hypermétrope, ainsi que le montre la figure (70), les faisceaux de libres circulaires prédominent aux dépens des fibres longitudinales, par conséquent l'effort d'accommodation doit s'accomplir plus facilement que chez l'emmétrope. Chez le myope au contraire, comme nous le verrons plus tard, ce sont les fibres longitudinales qui sont les plus nombreuses, les fibres circulaires faisant presque défaut, aussi la puissance d'accommodation estelle chez eux relativement faible.

A la longue, quand le muscle ciliaire vient à s'affaiblir, quand le cristallin commence à se scléroser, la vision subit des modifications qui caractérisent l'hypermétropie manifeste. Celle-ci s'accompagne de troubles subjectifs qui permettent de la reconnaître aisément. La vision de près devient pénible, fatigante, le sujet a de la tendance à éloigner instinctivement les objets qu'il fixe. Les caractères n° 1, n° 2, du livre de Snellen ne sont plus lus qu'avec une extrême difficulté ou même ne sont plus déchiffrés, parce que le diamètre des cercles de diffusion, en s'agrandissant, devient plus large que l'espace qui sépare ces caractères les uns des autres. A la longue, la fatigue de la vision augmente et si l'hypermétrope ne se résigne pas à porter des verres correcteurs convenables, il éprouve tous les symptômes de Yasthénopie accommodatire, sur lesquels nous aurons à revenir plus tard.

Dans l'hypermétropie manifeste, la vision des objets éloignés commence également à être confuse : à 5 mètres de l'échelle de Snellen, le numéro correspondant qui doit être lu à cette distance n'est plus déchiffré qu'avec peine, grâce à un effort considérable de l'accommodation. Les verres convexes placés devant l'œil améliorent tout de suite la vision et restituent l'acuité normale.

Dans l'hypermétropie absolue la vision est confuse, et de loin et de près, quel que soit l'effort de l'accommodation, les objets ne se peignent jamais exactement sur la rétine, et les verres convexes sont indispensables pour toutes les dislances.

Contrairement à ce qu'on serait en droit de supposer, quelques hypermétropes d'un fort degré voient plus distinctement de près qu'à une certaine distance, et ils parviennent ainsi, en les rapprochant de l'œil, àlire des caractères qu'ils n'auraient pu distinguer à la distance de la vision distincte. Au premier abord, ces cas d'hypermétropie pourraient être pris pour de l'amblyopie ou de la myopie; mais on remarquera toutefois que ces hypermétropes, quand ils fixent ainsi de près, ont la précaution de cligner les pau-

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pières de façon à diminuer l'ouverture pupillaire et par suite l'étendue des cercles de diffusion. En outre, leur vue éloignée est toujours relativement bonne, tandis que les myopes et les amblyopes ouvrent largement les paupières en lisant de près et voient toujours mal à distance.

De Grœfe a expliqué pourquoi ces hypermétropes ont avantage à regarder de près les objets de petites dimensions, il a démontré qu'en pareil cas la grandeur des cercles de dill'usion augmente moins rapidement que la grandeur de l'image rétinienne, de telle sorte que celle-ci, tout en restant confuse, il est vrai, devient beaucoup plus grande et est distinguée plus facilement. Néanmoins ces considérations ne sont pas suffisantes pour rendre compte de l'amélioration notable que certains hypermétropes éprouvent en fixant les objets de près; le rétrécissement de la pupille qui se produit en pareille circonstance y est aussi pour quelque chose. Enfin il est incontestable que l'habitude joue ici un grand rôle : grâce à une espèce d'éducation, les cercles de diffusion sont plus facilement neutralisés, et la preuve, c'est que dans l'hypermétropie acquise ce résultat s'obtient beaucoup moins aisément que dans l'hypermétropie congénitale.

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