‹ Traité des maladies des yeux [electronic resource]Chapitre 86 sur 181 · ORIGINES ET CAUSES DE L'HYPERMÉTROPIE · texte numérisé non relu

ORIGINES ET CAUSES DE L'HYPERMÉTROPIE

L'hypermétropie reconnaît deux origines distinctes : ou bien elle résulte d'une diminution de la puissance réfringente de l'oeil, l'axe antéro-poslérieur conservant la longueur normale de l'œil emmétrope, auquel cas elle est dite hypermétropie de courbure; ou bien, les surfaces et les milieux réfringents n'ayant subi aucun changement, c'est l'axe antéro-postérieur qui est devenu trop court, hypermétropie axile. Enfin, ces deux causes peuvent se trouver réunies, surajouter leurs effets l'une à l'autre et produire ainsi un degré considérable d'hypermétropie.

Dans la première catégorie, parmi les causes susceptibles de diminuer le pouvoir réfringent de l'œil, nous trouvons l'aplatissement de la cornée ou du cristallin, le déplacement de celle lentille en arrière, son extraction, les modifications de l'indice de réfraction des diverses lamelles dont elle est constituée.

A la suite des kératites ulcéreuses, suppuratives, où une certaine partie du tissu cornéen a été remplacée p;.r du tissu cicatr.ciel rétractile, il n'est pas rare d'observer un fort degré d'hypermé-

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tropie. Cette anomalie de la réfraction est, en pareil cas, associée à l'astigmatisme irrégulier de la cornée, de telle sorte que les verres convexes, tout en améliorant notablement la vision, la rendent

rarement parfaite.

L'aplatissement de la cornée est provoqué quelquefois artificiellement par certains myopes ou astigmates, qui, en pressant avec le doigt sur le globe oculaire, réussissent ainsi à compenser dans une certaine mesure leur vice de réfraction.

Quand la pression intra-oculaire augmente, le globe oculaire tend à prendre une forme de plus en plus sphérique, la sphère étant la figure géométrique qui renferme le plus grand volume sous la plus petite surface. L'angle obtus formé par la jonction de la sclérotique avec la cornée tend à s'effacer de plus en plus, et la courbure de cette membrane diminue. Ainsi s'explique l'hypermétropie qu'on observe dans le glaucome.

Sauf dans ce dernier cas, où le cristallin lui-même peut être comprimé ou aplati, ce qui contribue encore à augmenter l'hypermétropie, il est peu de maladies oculaires dans lesquelles on observe pareil changement de forme de celte lentille.

Pourtant Jacobson a signalé dans le cours de la paralysie de l'accommodation d'origine diphthéritique l'existence d'un certain degré d'hypermétropie, qui disparaissait une fois la guérison complète obtenue, et qu'on ne pouvait plus retrouver même en instillant une forte solution d'atropine. Peut-être l'anomalie de la réfraction, en pareil cas, devrait-elle être attribuée à ce que dans la paralysie pathologique le relâchement des fibres du muscle ciliaire est plus complet que dans la paralysie provoquée par l'atropine.

Avec le temps, le cristallin change de forme; chez le nouveauné, il est beaucoup plus sphérique que chez l'adulte, et a mesure qu'on avance en âge, il s'aplatit. Cette modification de courbure joue un grand rôle dans l'apparition de l'hypermétropie sénile, qui, d'après les recherches de Donders, se manifeste presque toujours sur les yeux emmétropes à partir de cinquante ans.

Du reste, cette diminution de courbure du cristallin marche de pair avec d'autres changements survenus dans l'indice de réfraction de ses diverses couches et qui ont aussi pour résultat d'affaiblir sa puissance dioptrique. Le cristallin est composé d'un noyau entouré de diverses lamelles superposées dont l'indice de réfraction augmente progressivement de la périphérie vers le centre, de sorte que la ligne suivie par un rayon lumineux qui les traverse est beaucoup plus courbe, et par conséquent la puissance

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réfringente de cet organe est beaucoup plus considérable que si toutes ses lamelles avaient le môme indice de réfraction et ne formaient qu'une masse bomogène. Or, dans les altérations séniles, le noyau durcit, il est vrai, son indice de réfraction augmente: mais, comme les couebes corticales durcissent à leur tour et que leur indice de réfraction se rapproebe de celui du noyau, finalement la puissance dioplriquc du cristallin diminue et l'œil devient hypermétrope.

Enfin l'extraction du cristallin diminuant considérablement la puissance dioplrique de l'œil, entraîne nécessairement un degré d'hypermétropie considérable. Cet état particulier de la réfraction désigné sous le nom d'aphakie, sera étudié plus loin avec tous les détails nécessaires.

L'hypermétropie provoquée non plus par un changement survenu dans la puissance réfringente du système dioplrique, mais par un raccourcissement de l'axe antéro-postérieur de l'œil, est celle qu'on rencontre le plus fréquemment dans la pratique; elle est alors d'origine congénitale.

Le globe oculaire présente dès la naissance une conformation péciale, qui révèle quelquefois au premier coup d'œil l'anomalie de la réfraction. Son volume est moindre, il semble enfoncé dans l' orbite ; examiné de profil pendant que le sujet regarde fortement en dedans, il semble aplati dans le sens antéro-postérieur, et par suite de cet aplatissement la courbure du méridien au niveau de l'équatcur paraît exagérée. Dans les cas extrêmes d'bypermétropie, le rapetissement du globe oculaire est tel, qu'il y a réellement de la microphthahnie.

La diminution de l'axe antéro-postérieur suivie d'hypermétropie peut avoir lieu aussi dans certains états morbides de l'œil ou des parties adjacentes.

Ainsi les tumeurs rétro-bulbaires, proéminant d'arrière en avant, peuvent modifier la situation de la rétine. Des exsudats infiltrés entre cette membrane et la choroïde dans la région de la macula produisent quelquefois le même résultat; mais presque toujours, en pareil cas, l'acuité visuelle est sensiblement réduite, et il existe de la micropsie (voy. p. 176). Donders a signalé le fait d'une jeune fille de quinze ans, atteinte d'une myopie excessive, qui subitement s'écria un jour avec joie qu'elle distinguait les personnes à une grande distance. Il s'était produit un décollement de la rétine, et trois jours après la vision de cet œil était complètement perdue.

ASTHÉNOPIE ACCOMMODATIVE.

ASTHÉNOPIE ACCOMMODATIVE.

On décrivait jadis sous les noms de kopiopie, hebetudo visus, nmblyopie presbytique, etc., un trouble particulier de la vision qui se manifeste pendant la fixation des objets rapprochés. L'œil présente un aspect parfaitement normal, l'acuité visuelle à distance reste intacte, et néanmoins la lecture, l'écriture, les travaux minutieux, provoquent une fatigue considérable et deviennent impossibles au bout de quelques instants.

Pendant longtemps cette perturbation fonctionnelle a été attribuée aux causes les plus diverses : pour les uns, elle provenait d'une altération propre de la rétine ; pour les autres, d'une fatigue spéciale du nerf optique. Bonnet (1), Pétrequin (2) et Sichel (3) commencèrent pourtant à débrouiller le chaos des affections englobées sous des dénominations si diverses : ils placèrent la cause principale de ce trouble visuel dans le système musculaire de l'œil, et particulièrement dans le muscle accommodateur. Enfin les remarquables travaux de Donders ont démontré jusqu'à la plus complète évidence que ce trouble fonctionnel dépend presque toujours d'un certain degré d'hypermétropie. Chez les hypermétropes, en effet, les efforts d'accommodation devant être plus considérables que chez l'emmétrope, l'accomplissement de cette fonction entraîne une fatigue considérable du muscle ciliaire. De là l'apparition d'un ensemble de symptômes auquel on donne aujourd'hui le nom d' astliénopie accommodative.

Les yeux sont sains en apparence, la convergence des lignes visuelles s'effectue sans difficulté, l'acuité visuelle à distance est normale ou peu s'en faut ; mais, dès que les hypermétropes atteints d'asthénopie veulent lire, écrire ou se livrer à un travail minutieux, au bout de quelques instants leur vue devient confuse, les lettres paraissent moins noires, leurs contours sont flous, puis ce trouble s'accentue progressivement, au point que le travail commencé doit être forcément interrompu. Après un repos de quelques instants, la fixation des objets rapprochés est de nouveau possible, la vision redevient nette ; mais, si le malade reprend ses occupations après un laps de temps plus court que le précédent, les mômes phénomènes se reproduisent et nécessitent encore une

(1) Gazette médicale de Paris, 4 septembre 1841. (-2) Annales d'oculistique, t. V, p. 250.

(3) Des lunettes et des états pathologiques consécutifs à leur usage irrationnel.

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