‹ Traité des maladies des yeux [electronic resource]Chapitre 101 sur 167 · ARTICLE VIII OPHTHALMIE BLENNOUHAGIQUE · texte numérisé non relu

ARTICLE VIII OPHTHALMIE BLENNOUHAGIQUE

L'inoculation dans l'œil du pus blennorrhagique provoque une inflammation subaiguë purulente, à marche très-rapide, qui est excessivement grave : c'est la conjonctivite ou ophthalmie blennorrhagique.

Syniptoniatoiogie. — Les symptômes objectifs sont ceux de l'ophthalmie purulente, avec celte différence que la maladie marche dès son début beaucoup plus rapidement et qu'elle se présente le plus souvent dans un seul œil.

En général, c'est pendant la période chronique de la gonorrhée que l'inoculation a lieu ; elle se fait par le transport avec les doigts du pus blennorrhagique.

L'explosion de la maladie est brusque, le malade sent des picotements et des démangeaisons très-vives, accompagnées d'une chaleur et d'un larmoiement continuel. Le matin l'œil est collé et les paupières sont roides. La muqueuse dévient rouge, d'un rouge cramoisi ; cette rougeur est concentrée surtout dans le cnl-desac. La caroncule et le pli semi-lunaire sont^boursouflés, saillants, formant comme une sorte d'excroissance, ce qui ne se remarque pas dans les autres ophthalmies.

Ce gonflement excessif de la caroncule est du à l'inoculation qui a eu lieu dans cet endroit. Bientôt la rongeur envahit le globe de l'œil, les paupières se gonflent énormément; la sécrétion est très-abondante, elle est épaisse, jaune ou jaune verdûtre, tout à fait analogue au pus blennorrhagique, et s'écoule sur la joue d'une manière continue.

Si la maladie n'est pas enrayée à son début, elle envahit la conjonctive bulbaire; le chémosis charnu se produit et la cornée peulse sphacéler si l'on n'intervient'pas à temps. Dans ce cas, le danger est d'autant plus grand que l'affection prend souvent les caractères de l'ophthalmie diphthéritique.

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Lorsque l'on examine attentivement la conjonctive palpébrale, on la trouve toujours tuméfiée et parsemée de granulations très-nombreuses, formant souvent de véritables excroissances cbarnues, principalement développées dans le cul-de-sac conjonctival supérieur.

Mais toutes les ophthalmies blennorrhagiques n'ont pas la même gravité; il y en a de bénignes et de malignes. D'après Hairion (1), l'ophthalmie blennorrhagique peut être syphilitique et non syphilitique, et il distingue l'une de l'autre par la présence d'un ganglion préauriculaire. Cette division nous semble très-rationnelle ; mais en ce qui regarde le ganglion préauriculairc, on ne peut pas le considérer comme un signe de l'affection syphilitique, parce qu'il peut exister dans des différentes inflammations de la conjonctive, quelle que soit leur nature. J'ai même vu ce ganglion dans une conjonctivite simple et dans uu orgeolet.

Dans des conjonctivites bénignes, la maladie marche moins rapidement; la conjonctive bulbaire ne prend pas d'aspect charnu ; mais les granulations succèdent presque constamment à l'ophthalmie blennorrhagique, ce qui n'a pas toujours lieu dans l'ophthalmie purulente non blennorrhagique.

Dans la forme bénigne, le danger immédiat disparaît; la sécrétion elle-même est peu abondante et le gonflement des paupières n'atteint pas des proportions notables.

marche, durée. — L'ophthalmie blennorrhagique maligne a une marche excessivement rapide ; il arrive quelquefois que, dans l'espace de quarante-huit heures, la cornée est attaquée. Dans les formes plus bénignes, l'évolution est lente, et l'on a, par conséquent, le temps d'arrêter le progrès de la maladie.

Diagnostic. — La ressemblance complète qui existe entre une ophtlialmie purulente et une ophthalmie blennorrhagique ne permet pas d'établir un diagnostic certain. Mais lorsqu'un seul œil est pris, et que la maladie persiste sous cette forme pendant quelques jours, la probabilité de la cause blennorrhagique est grande.

La marche très-rapide de l'affection, la gravité des symptômes et une sorte d'infiltration plastique dure et consistante dans l'épaisseur des tissus des paupières, la fera quelquefois confondre avec l'ophthalmie diphthéritique; alors les antécédents seuls pourront dissiper le doute.

Êtfolngle. — La conjonctivite blennorrhagique est le résultat de la contagion directe, produite par la transmission du pus uréthral dans l'œil. Celle transmission peut avoir lieu, soit avec les doigts imprégnés de pus, ce qui est le plus fréquent, soit par une goutte d'urine qui jaillit dans l'œil, de l'urèthre malade, soit par tout autre moyen.

Les faits de ce genre sont très-nombreux; ils sont rapportés par Saint- Yves, Dclpecli, Mackenzie et Rollet. Florent Cunier (2) a pu constater la cause d'inoculalion dans kl cas sur 8/i observations qu'il a recueillies. Cullerier (3) a rapporté la curieuse histoire d'un malade atteint de blennorrhagie, et qui portait un œil artificiel. Ce malade, ayant mis un soir son œil d'émail dans un verre d'eau qui lui avait servi à laver sa verge, fut pris subitement d'une inflammation

(1) Hairion, Aimâtes d' oculistiquc , 18/iG, t. XV, p. 156.

(2) Florent Cunier, Aunnlrs f/'ocu/is-tir/ur, t. XVI.

(3) Cullerie^ Des affections bl&nnortrhagiquest, 1861, p. 166.

très-intense du moignon et de la membrane qui tapissait l'orbite. Il s'était inoculé 1 opbtbalmie blennorrhagique au moyen de son œil d'émail.

La contagion par inoculation directe est donc réelle, incontestable, et c'est la seule cause de l'ophthalmie blennorrhagique. Quant aux hypothèses émises par divers auteurs, d'après lesquelles cette ophlhalmie serait le résultat de métastase, de rapport sympathique entre l'œil et l'urkhre, ou encore le symplôme d'une infection générale, elles ne reposent sur aucun fait positif et ne peuvent être soutenues raisonnablement.

A. Fournier (1) a remarqué avec raison que chez les sujets soigneux de leur personne et observant une propreté minutieuse, l'ophthalmie est non-seulement un fait rare, mais tout à fait exceptionnel. Ce praticien ne l'a rencontrée qu'une fois en plusieurs années chez les malades de sa clientèle, soigneusement avertis des dangers de la contagion. Ricord déclare, d'autre part, que sur des milliers de malades qui se présentaient à la consultation de l'hôpital du Midi, on n'en observait que 3 ou h cas par an.

Cette affection est surtout propre au sexe masculin; les femmes en sont très* rarement atteintes. Elle envahit plus souvent l'œil droit seulement; les deux yeux sont affectés plus rarement.

Pronostie. — Parmi les ophthalmies purulentes, l'ophthalmie blennorrhagique maligne est une des plus graves. La cornée peut se détruire en quarantehuit heures. Lawrence a vu 5 fois sur 10 les deux yeux pris en même temps ; l'un de ces malades perdit les deux yeux et quatre autres perdirent chacun un œil. La résolution complète est rare.

iYIais l'affection peut affecter une forme bénigne, devenir chronique et se transformer en conjonctivite ou en kérato-conjonctivite granuleuse.

Traitement. — Il importe beaucoup d'agir dès le début avec la plus grande énergie, comme le conseille Ricord. On cautérise tous les jours les conjonctives palpébrales avec le crayon mitigé, et l'on applique la glace sur les yeux. Ces cautérisations ne doivent pas être très-profondes; mais il ne faut pas les négliger. Nous ne comprenons pas pour quel motif Wecker blâme les cautérisations à l'origine de la maladie et ne les recommande qu'après que celle-ci a eu le temps de se développer.

En même temps, on applique de 10 à 15 sangsues à la tempe et derrière l'oreille, au bout de deux ou trois jours, on renouvelle les déplétions sanguines.

A l'intérieur, on prescrit le calomel à la dose de 2 à 5 centigrammes toutes les demi-heures, jusqu'à salivation.

Lorsque la conjonctive palpébrale devient grisâtre, qu'elle est lisse et prend le caractère propre à la conjonctivite diphlhéritique, ou (bien lorsqu'un chémosis phlegmoneux apparaît au bord de la cornée, il faut suspendre immédiatement les cautérisations, revenir à un traitement antiphlogislique fait de temps à autre, pratiquer des injections fréquentes et appliquer des compresses d'eau froide sur les paupières.

Si un seul œil est affecté, il est important de prendre les précautions néces-

(1) Alf. Fournier, BJennorrhagie : Accidents oculaires (Nouveau Dictionnaire tir méd. et de cliir. prat. Paris, 18GG, t. V, p. 242),

CONJONCTIVITE LEUCORRHÉIQUE OU VAGINALE.

sa ires pour préserver l'autre. Selon "VVarlomont (1), on doit faire l'occlusion de l'œil sain en appliquant sur les paupières une couche de peau de baudruche que l'on recouvre avec plusieurs couches de collodion élastique. On laisse ainsi l'œil sain fermé tout le temps que dure la maladie.

Les excisions ne doivent être pratiquées que dans les endroits où la cornée semble être le plus étranglée par le chémosis. Chaque opération est suivie de l'application de compresses d'eau froide ou glacée sur les paupières.

Aussitôt que la maladie est arrêtée, la conjonctive bulbaire reste rouge, mais sans que la boursouflure se reproduise, quelquefois l'écoulement reparaît avec une plus grande abondance ; il est alors nécessaire de faire des injections légèrement astringentes, surtout avec le sulfate d'alumine et puis avec le sulfate de cuivre, dans les proportions suivantes :

lf Eau distillée 200 grammes, j If Eau distillée 200 grammes.

Sulfate d'alumine. . . 1 à 2 — | Sulfate de cuivre. . 10 à 20 centigr.

Plus tard, on remplacera ces injections par les cautérisations avec un crayon de sulfate de cuivre, surtout si les granulations apparaissent.

Le professeur Gosselin préfère à tous ces moyens l'emploi de l'alcool. Il fait toutes les deux heures, dans l'œil du malade, une injection d'un tiers d'alcool rectifié pour deux tiers d'eau. Au bout d'un jour de ce traitement, Gosselin a vu l'amélioration notable se produire, et la guérison fut obtenue dans quatre cas sans altération de la cornée.

On doit encore instituer le traitement contre la blennorrhagie uréthrale, qui doit surtout se composer des injections fréquentes de l'eau tiède et des solutions astringentes.

Bibliographie. — Laugier, Diction, de mêd. en 30 vol. 1833, t. V, p. 346. — Sichel, Traité de l'ophthalmie. Paris, 1837. — Ricord, Bull, de thérapeutique, 1841, p. 347, et Leçons orales. 1847. — Hairion, Mém. sur l'ophthalmie gonorrh. (Annales d'ocu/., 1846, t. XV, p. 156, et 1847, t. XVIII, p. 205). — Cullerier, Des affections blennorrhagiques, 1861. — Rollet, Traité des maladies vénériennes. Paris, 1866, p. 406. — Alf. Fournier, Jilennorrhagie (Nouv. Dict. deméd. et de chir. prat., 1866, t. V, p. 245).

ARTICLE IX

CONJONCTIVITE LEUCORRHÉIQDE OU VAGINALE.

La sécrétion leucorrhéïque vaginale s'observe quelquefois chez les jeunes filles, entre quatre et huit ans. Elle est due, soit h l'inflammation chroniquedes follicules muqueux de la vulve, soit à l'accumulation de produit de sécrétion des glandes sébacées dans la vulve, comme le pense justement Lorain (2), soit enfin à l'irritation de ces parties par la présence à la partie inférieure du rectum de vers oxyures. De là le prurit de la vulve et une irritation assez vive qui force les jeunes filles à porter leurs mains vers les parties génitales.

(1) Warlomont, Annales d'oculis tique, t. XXXII, p. 127.

(2) Lorain, in Vallcix, Guide du médecin praticien, édition. Paris, 1866, t. V, p. 18.

Z 1 - MALAD1KS DJi LA CONJOM'.TI VK.

L'écoulement leucorrhéique peut ainsi être transporté à l'œil avec les dotai J donner heu à une conjonctivite plus ou moins intense que Ues.nar.es père a le premier signalé dans ses conférences cliniques, et qui a été depuis étudiée par A. Uesmar.es fils (1). 1

SymptomatoioRio. —La conjonctivite leucorrl.éique est le plus souvent limitée a un seul œil; elle débute par une petite rougeur conjonclivaleelpar une sécrélion qui ne diffère en rien de la sécrélion à laquelle donne lieu la conjonctivite calarrliale.

Au bout de quelques jours, l'inflammation change subitement de caractère, et la conjonctivite devient purulente.

Les paupières se gonflent d'une manière excessive; la sécrétion devient verdâtre, abondante ; l'enfant souffre, et, si l'on ouvre les paupières, on est frappé de voir ie globe de l'œil conserver son aspect presque complètement sain. L'inflammation tout entière est localisée dans les conjonctives palpébrales. C'est là le caractère important de l'ophthalmie leucorrhéique.

Abandonnée à elle-même, elle pourrait naturellement s'avancer vers le globe de l'œil, et amener des altérations dans la conjonctive bulbaire, des abcès dans la cornée, etc. Prise à temps, elle guérit sans laisser après elle des désordres notables.

La conjonctive palpébrale est ordinairement fortement boursouflée, des ecchymoses s'observent sur plusieurs endroits ; celte membrane est parsemée de granulations milliaires, saillantes, rouges, consécutives à l'infiltration des papilles. Ce sont aussi des vraies granulations, comme le remarquent Uesmarres (ils et Kloz. Mais leurs caractères ne sont pas les mêmes que ceux des granulations occasionnées par des ophthalmies blennorrhagiques. Ordinairement les douleurs ne sont très-vives qu'à partir du moment où il faut retourner les paupières; autrement, les enfants souffrent peu.

Marche et durée. — La conjonctivite leucorrhéique a une marche relativement beaucoup plus rapide que celle de la conjonctivite catarrhale, à laquelle elle ressemble au début. Soignée convenablement, elle est rapidement modifiée et ne tarde pas à guérir.

Mais il peut arriver que les granulations aient eu le temps de se développer avant qu'un traitement sérieux ait été entrepris; alors, l'affection devient chronique et ne guérit qu'après plusieurs mois de traitement.

Pronostic. — Il est favorable; la guérison est la règle dans celle maladie.

Étiologie. — Nous avons dit plus haut que l'inoculation du pus leucorrhéique vaginal dans l'œil est la cause de la maladie.

Transmise d'un enfant à un autre, elle conserve, d'après Kloz, les mêmes caractères. Mais si le liquide sécrété par la conjonctive malade de l'enfant est inoculé dans l'œil d'un adulte, immédiatement l'affection change de caractère. Les conjonctivites qui résultent de l'inoculation directe du pus leucorrhéique vaginal aux yeux des adultes sont beaucoup plus graves que celles des jeunes filles, par leur chronicité, elles ont une grande ressemblance avec les conjonctivites granuleuses.

(1) Kloz, Des conjonctivites }>uvulnnles, thèse de Paris, 1868, p. G6.

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Ainsi, en 1868, j'ai donné des soins à trois jeunes gens qui avaient contracté l'ophihalmie granuleuse, deux sur un seul œil et le troisième sur les deux yeux, en touchant avec leurs doigts les parties génitales de femmes atteintes de llueurs blanches, et transportant le pus à leurs yeux. Tous les trois ont gardé pendant plusieurs mois des conjonctivites granuleuses qui ont d'ailleurs complètement guéri sous l'influence du traitement.

Traitement. — Le meilleur traitement est la cautérisation des conjonctives palpébrales soit avec le sulfate de cuivre, lorsque la maladie est dans la période chronique, soit avec une solution faible de nitrate d'argent, lorsqu'elle est dans la période aiguë.

Voici la solution, qui répond le mieux, selon moi, à ce genre d'altération conjonclivale :

If. Eau distillée 10 grammes. | Nitrate d'argent 25 centigr.

On devra toucher la conjonctive palpébrale avec un pinceau trempé dans cette solution une fois tous les jours, et on neutralisera l'excès de nitrate d'argent avec une légère solution de sel marin.

Quelques purgatifs salins et du calomel à doses réfractées seront avantageusement associés à ce traitement.

Sous l'influence de ces moyens, l'état aigu disparaît facilement; on aura alors recours aux cautérisations des paupières avec un cristal bien émoussé et poli de sulfate de cuivre.

Il arrive quelquefois que l'inflammation envahit les voies lacrymales, et que le larmoiement persiste après la guérison des granulations. On s'assurera dans ce cas de l'état de ces organes, et l'on agira en conséquence.

Bibliographie. — Mackenzie, Traité des maladies de l'œil, t. t, p. 759. — Kloz, Des conjonctivites purulentes, thèse de Paris, 1868, p. 66.

ARTICLE X

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