‹ Traité des maladies des yeux [electronic resource]Chapitre 114 sur 167 · ABCÈS DE LA CORNÉE OU KÉRATITE BUPPURATIVE · texte numérisé non relu

ABCÈS DE LA CORNÉE OU KÉRATITE BUPPURATIVE

5. Si l'inflammation et la rougeur sont très-grandes au pourtour ou sur la cornée elle-même, on est quelquefois forcé de couper les faisceaux vasculaires au moyen du scarificateur. Mais, avant d'avoir recours à cette petite opération, j'essaye d'abord de l'emploi alternatif de l'éserine et de l'atropine : le premier de ces médicaments dilate les vaisseaux, et le second les contracte. Grâce à l'action combinée de ces deux agents, la vascularisation diminue souvent.

6. L'usage du collyre au nitrate d'argent peut trouver son application au moment où l'irritation et l'inflammation ont complètement disparu.

C'est alors qu'on peut employer le collyre suivant en instillations deux fois patjour :

•K Eau distillée 15 gram. | Nitrate d'argent 1 à 2 centigr.

Plusieurs chirurgiens préfèrent prescrire les collyres au nitrate d'argent dès le début de l'affection. On a vu, en effet, la maladie céder à ce mode de traitement ,\ comme Velpeau l'a démontré; mais, en général, c'est un moyen douloureux et qui cause plus de mal que de bien.

7. Vers la lin de la maladie, les vésicatoires derrière les oreilles peuvent être employés comme dérivatif. Mais on doit en être sobre avec les individus prédisposés aux éruptions exanthémateuses.

8. Comme moyens hygiéniques, on doit prescrire le séjour au grand air, et recommander au malade d'éviter de se coucher sur la figure et d'habiter une chambre humide ou par trop sombre. Un régime tonique, fortifiant, substantiel, est de rigueur.

9. Le badigeonnage des paupières avec la teinture d'iode ou le nitrate d'argent est très-eflicace pour combattre la photophobie. Hays et Serre d'Alais l'ont successivement recommandé.

10. On peut quelquefois avoir recours à la méthode de Sauvages, qui consiste à-ouvrir la phlyetène et à vider son contenu, ce qui arrête bien souvent et d'une manière rapide la maladie, comme l'a très-justement démontré le docteur Panas.

11. Pour prévenir les récidives des kératites phlycténulaires, on doit prolonger l'insufflation de la poudre de calomel pendant trois ou quatre semaines, et même au delà.

Bibliographie,, — T. W. G. Benedict, lieitruge fur praktische Heilkunde und Qpldhalmiatrik. Leipzig, 1812. — Serres (d'Alais), Annales oVoculist., 1846, t. XV, p. 179. — Henley Thorp, Hyperesthésie oculaire et opldhalmie scrofuleuse [Aroh. gànér. de méd., 1857, 5e série, t. X, p. 562). — Voyez la bibliographie de la conjonctivite phlycténulaire.

ARTICLE II

ABCES DE LA CORNÉE OU KÉRATITE SUPPURAT1VE.

La suppuration de la cornée, qui a été niée pendant quelque temps, à cause de l'absence des vaisseaux dans celte membrane, ne peut plus être contestée, surtout depuis que Desmarres cl Ch. Robin (1) ont démontré la présence des globules du pus dans les parties altérées de la cornée.

(1) Gh, Robin in Desmarres, Traité des maladies des yeux, t. Il, p. 266,

On a décrit des formes et des variétés très-nombreuses de celle maladie ; mais, au point de vue pratique, il importe de distinguer les abcès superficiels et profonds : les uns et les autres peuvent présenter des variétés considérables, selon les individus; et, pendant que, dans certains cas, les malades souffrent beaucoup, dans d'autres, au contraire, leur développement est lent et n'amène aucune douleur.

Symptomatologlè. — Symptômes anatomiquës. — Au commencement de la maladie, on aperçoit sur un point ou sur l'autre de la cornée une tache blanchâtre, qui souvent n'est pas plus grosse qu'une pointe d'aiguille; cette tache s'étend en largeur et gagne les couches sous-jaccntes en y formant une opacité blanchâtre plus ou moins étendue.

Les abcès de la cornée conservent habituellement une forme circulaire : tantôt c'est un cercle régulier et complet; dans d'autres cas, c'est un demi-cercle ou un quart de cercle. Quelquefois ils deviennent allongés, ovales, à bandelette, ou abcès en coup d'ongle, comme Velpeau l'avait signalé.

Dès le début de l'abcès, la surface de la cornée devient inégale, terne, chagrinée, ce qui est le résultat d'un soulèvement de l'épithélium. A mesure que l'abcès s'étend, et que la quantité du pus augmente, la surface de la cornée offre une saillie plus ou moins prononcée, globuleuse, saillie occasionnée par un gonflement et un soulèvement des couches qui recouvrent l'abcès. La couleur de la tache change aussi : elle passe au blanc jaunâlre, ou au blanc grisâtre, pendant que le pourtour est d'une teinte laiteuse ou bleuâtre.

Au pourtour de l'abcès, la cornée perd sa transparence sur un rayon plus ou moins large : il se déclare une sorte d'infiltration séreuse, qui est occasionnée par 4a compression des éléments cornéens et la suspension de sa nutrition. La couche épithéliale antérieure est soulevée et troublée.

L'abcès de la cornée ne tarde pas à amener une inflammation et une injection sous-conjonctivale périkéralique très-prononcée. Au commencement cette injection ne se voit qu'au voisinage de l'abcès, sous forme d'un faisceau, comparable à ce qui existe dans les phlyctènes; mais bientôt la rougeur périkératique devient générale, elle occupe une bande circulaire de k à 5 millimètres de largeur tout autour de cette membrane. Ce lacis des vaisseaux est constitué par des vaisseaux capillaires excessivement fins et qui diminuent de plus en plus à mesure qu'on s'éloigne de la cornée pour se rapprocher du cul-de-sac conjonctival. C'est là, en effet, un des signes caractéristiques qui distinguent les kératites et les iritis des conjonctivites.

Une saillie plus ou moins forte à la surface de l'abcès et la conservation de la transparence d'une grande partie des couches profondes, placées au-dessous de la collection purulente, permettent de juger si l'abcès est superficiel. Au moyen de l'éclairage oblique et à l'aide d'une forte loupe, on constate facilement la transparence des couches profondes.

Les abcès profonds se développent dans le tissu propre de la cornée, entre les deux couches élastiques, antérieure et postérieure. Étranglés entre ces deux couches, ainsi que par une partie de la substance de la cornée, ces abcès s'étendent dans tous les sens, et, ne pouvant pas se frayer un passage au dehors pour donn er jssue au pus, celui-ci s'infiltre surtout en bas, et constitue une sorte de trajet nstu-

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leux on des collections purulentes dans l'épaisseur de la cornée : c'est ce que l'on est convenu d'appeler onyy.

Le pus de l'onyx se fraye souvent un passage en arrière ; il perfore la membrane de Descemet et s'accumule en bas de la chambre antérieure, pour y former une tache blanche ou jaunâtre, dont la limite inférieure est un arc de cercle ouvert en haut, pendant que la limite supérieure est la ligne droite horizontale.

Cette tache n'est autre chose que Khypopion (fig. 112) ou collection de pus dans la chambre antérieure, qui se déplace à droite ou à gauche, pendant que le malade est couché sur l'un ou sur l'autre côté.

Fis. 112. — Abcès de la cornée avec hypopyon.

Les abcès superficiels étant placés soit dans la membrane de Bowman, soit immédiatement au-dessous d'elle, ne tardent pas à s'ouvrir et à se transformer en une ulcération.

Vulcèration de la cornée est donc la seconde phase des kératites suppuratives ; elle peut occuper une surface plus ou moins grande, suivant l'étendue de la suppuration et la profondeur à laquelle le pus se trouve logé.

Au point de vue de leur forme, on a divisé les ulcères de la cornée en ulcères par abrasion, ulcères annulaires et ulcères en coup d'ongle, de Velpeau. Ils ont tous la même origine et sont consécutifs à un abcès plus ou moins étendu qui s'est ouvert en avant en laissant la surface de la cornée plus ou moins dénudée ou ulcérée. Nous ne pensons pas qu'il soit utile d'attacher beaucoup d'importance à ces différentes formes : la forme aiguë ou chronique de ces ulcères est la seule qui doive être étudiée d'une manière particulière.

L'ulcération aiguë apparaît pendant les premiers jours qui suivent la perforation et l'ouverture de l'abcès. Une dépression se manifeste au centre de la cornée, ou bien à sa périphérie correspondante à l'endroit où il a existé préalablement un abcès. Cet ulcère est à bords irréguliers et frangés, et le fond affecte une coloration jaunâtre ou grisâtre, qui gagne de proche en proche en profondeur. Tant que l'inflammation de la cornée n'est pas arrêtée, l'ulcère s'étend de plus en plus ; l'épilhélium est détruit au pourtour, et la vascularisation est fortcnn'iii développée dans les tissus qui entourent la cornée,

Ulcération chronique. — La seconde variété des ulcères, ou plutôt leur seconde période, est un ulcère qui, d'aigu et progressif, est devenu chronique et stationnaire.

L'inflammation de la cornée s'arrête, l'injection des membranes voisines diminue ou môme disparaît complètement, et si l'on examine de près une pareille ulcération, on ne tarde pas à constater que ces bords ont changé d'aspect; d'irréguliers et frangés qu'ils étaient, ils sont devenus émoussés, lisses et brillants ; le fond de l'ulcère s'est vidé et se présente alors sous forme d'une facette plus ou moins large.

C'est surtout à cette période d'ulcération chronique cl latente qu'on aperçoit les vaisseaux développés dans la cornée elle-même et qui, partant de la conjonctive, viennent jusqu'au pourtour de l'ulcère lui-même. Ce sont les vaisseaux nourriciers de la partie altérée, que la nature tient en réserve pour préparer la cicatrisation de cette partie.

Les ulcères peuvent avoir pour origine une irritation permanente occasionner-, soit par le frottement de la cornée par les cils, soit par l'action de l'air et des corps étrangers sur cette membrane laissée, par exemple, à découvert dans les paralysies de la septième paire. D'ordinaire ces abcès ne sont pas profonds, et ils se vascularisent au fur et à mesure de leur formation.

Dans certains cas rares, une altération de nutrition s'observe, soit à la périphérie, soit au centre de la cornée. Le tissu propre se gonfle, s'épaissit, et une saillie se montre à la surface ; l'épithélium, quoique altéré, se maintient, mais sa superficie est comme chagrinée. Il y a alors une sorte d'inûltration des couches cornéennes sans suppuration. J'ai observé quelquefois cette infiltration chez les personnes atteintes d'affections des voies lacrymales. La guérison n'a pu être obtenue qu'à partir du moment où le larmoiement avait cessé.

J'ai rencontré chez un malade une ulcération large de 3 millimètres, occupant la moitié supérieure de la circonférence des deux cornées ; le niveau de celle ulcération était de beaucoup inférieur à celui du centre de cette membrane; il était lisse, vasculaire sur tonte la surface et recouvert d'une couche d'épiihélium. La cornée était sensiblement amincie dans cet endroit, et l'iris adhérait par place à la capsule antérieure et dans un point à la cornée. Aucun traitement n'a réussi à améliorer cet état, si ce n'est l'incision des points lacrymaux et le cathélérisme des voies lacrymales que j'ai trouvé complètement obstruées.

Symptômes physiologiques. — La photophobie est un des symptômes le plus constants et tout à fait caractéristiques des abcès de la cornée; elle est surtout marJ quée pendant la première période, lorsque l'abcès n'est point ouvert et se trouve encore dans sa première période et en voie de formation. Ici le pus a beaucoup de peine à se frayer un passage au dehors, et cette difficulté tient à la densité trop grande du tissu cornéen. De là résulte la compression des nerfs cornéens par le pus emprisonné, compression qui donne lieu à la photophobie ainsi qu'à des douleurs excessivement violentes.

Le larmoiement, plus ou moins considérable, est aussi un des signes conslants

des abcès cornéens aigus.

Les névralgies ciliains s'observent dans la grande majorité des cas d'abcès cor-

ABCES DE LA CORNEE OU KÉRATITE SUPPURAT1VE.

néens; elles sont surtout violentes le soir et la nuit; dans la journée, le malade jouit d'un calme relatif.

Ces douleurs sont surtout développpées dans les branches principales circumorbilaircs, et j'ai pu m'assurer que, lorsque l'abcès occupe la partie inférieure de la cornée, il provoque des douleurs dans la joue correspondante; cette dernière devient même sensible au loucher et souvent œdémaliée. Dans les abcès situés à la moitié supérieure de la cornée, j'ai remarqué que les douleurs ont leur siège habituel dans le sourcil, quelquefois dans le front, rarement dans les autres branches de la cinquième paire. L'œil lui-même et surtout la cornée deviennent sensibles, et les mouvements des paupières exaspèrent les douleurs. Mais cette sensibilité locale n'est pas constante, et il arrive même le plus souvent que les malades n'accusent qu'une sensation de gravier ou de corps étrangers.

Tous ces symptômes s'amendent à mesure que le pus s'écoule et que l'abcès passe de la forme aiguë et enflammée à la forme ulcérée et chronique.

Mais il y a une variété d'abcès de la cornée qui se forment sans que le malade s'en aperçoive, qui marchent et se développent sans donner lieu à aucun symptôme inflammatoire. Ce sont les abcès indolents ou asthéniques. On les rencontre surtout chez les individus chétifs, scrofuleux, chez lesquels tous les tissus sont flasques; la cornée elle-même est moins résistante ; ses fibres se laissent plus facilement distendre par le pus, et bien souvent ces sortes d'abcès s'étendent plutôt à la surface qu'en profondeur.

Une autre forme toute particulière d'abcès de la cornée s'observe chez les cultivateurs pendant la moisson ; la gravité de cette forme est excessive. Ces abcès sont très-probablement occasionnés par des débris des barbes d'épis de blé qui s'attachent à la cornée et provoquent une suppuration tellement abondante, qu'en dépit de tout traitement la cornée se détruit sur une large étendue, et l'œil tout entier se perd ensuite. Ce sont des abcès phlegmoneux. Rechercher le corps étranger pour l'enlever est une condition indispensable pour obtenir leur guôrison.

Marche et complications. — 1. Nous avons vu quelle est la marche habituelle des abcès de la cornée : ils se forment, se développent et s'ouvrent, soit en avant, soit en arrière. Lorsqu'il s'ouvre en avant il se produit une ulcération de la cornée, qui est d'abord aiguë et enflammée, puis elle prend le caractère d'ulcère chronique. La cornée se vascularise et la lymphe plastique remplit petit à petit le vide et remplace par un tissu de nouvelle formation les parties détruites. La cicatrisation se fait ensuite, et les vaisseaux disparaissent.

2. Mais les choses ne se passent pas toujours ainsi, et il arrive quelquefois que la suppuration gagne rapidement en étendue, et qu'elle envahit de proche en proche toute la cornée aussi bien en surface qu'en profondeur. Dans ces conditions, toute la cornée devient trouble, terne, d'une teinte gris-perle; puis elle s'opacifie de plus en plus, et quelques jours suffisent pour que la membrane soit détruite par la suppuration. On voit alors celte membrane se transformer en une masse blanche, crémeuse, dont les lambeaux se détachent, peu à peu. La destruction totale de la cornée est la conséquence forcée de celle inflammation ; l'iris se pro-

jette on avant et forme avec les débris de la tunique coméenne une sorte de't tumeur irrégulière que Ton appelle staphyloma racemosum.

Cet état de la cornée est extrêmement grave : il y a là une sorte d'inflammation phlegmoneuse, amenant l'étranglement et le sphacèle des fibres cornéennes qui subissent une pression et une distension exagérées par l'effet même du pus, quîi y est emprisonné.

3. Les abcès ulcérés, larges on petits, peuvent gagner les couches profondes jusqu'à la membrane élastique postérieure. Ces couches, de même que la membrane de Dcscemet, n'offrant plus assez de résistance à la pression interne, s'engageant dans* le fond de l'ulcération pour y former une sorte de pellicule transparente, de lai grandeur d'une tète d'épingle, ou d'une saillie transparente, plus ou moins grande, convexe et tendue en avant. C'est la hernie des couches postérieures de la cornée dans l'ulcère, à laquelle on a donné le nom de kératocele.

h. La kératocele est le signe précurseur et imminent de la perforation; vingtquatre heures après son apparition, la pellicule se déchire et l'humeur aqueuse tout entière s'échappe par cette ouverture.

La perforation de la cornée arrive ordinairement d'une manière très-brusque, souvent au moment même où l'on cherche à écarter les paupières. C'est pourquoi on doit procéder avec une attention extrême à l'examen de la cornée malade, surtout chez les enfants, et, si l'on rencontre une grande résistance, il vaut mieux se servir des élévateurs plutôt que des doigts pour écarter les paupières; ces dernières doivent être attirées autant que possible, en avant.

La perforation de la cornée se produit spontanément, souvent pendant un accès de toux, d'un éternument, etc. Le malade sent immédiatement un liquide trèschaud s'écouler sur la joue, ce qui n'est autre chose que l'humeur aqueuse dont la température est plus élevée que celle de la peau. Cet accident est suivi immédiatement de la cessation complète des douleurs.

5. Avec l'écoulement de l'humeur aqueuse, la chambre antérieure disparaît complètement pour quelque temps : au fur et à mesure qu'une nouvelle quantité d'humeur aqueuse y arrive, elle s'écoule immédiatement au dehors par l'ouverture qui existe dans la cornée. La chambre antérieure n'est pas rétablie aussi longtemps que le trou de la cornée persiste ; cet état porte le nom de fistule de la cornée.

6. Tant que la fistule n'est pas fermée, l'iris ou le cristallin reste appliqué contre cet orifice, qui se trouve en contact avec l'une ou avec l'autre de ces membranes. L'iris peut s'engager dans l'intérieur de l'ulcération, lorsque cette dernière est large, et amener consécutivement une hernie de l'i?'isel une adhérence à la cornée, ce qui est appelé synéchie antérieure.

7. Le contact de l'ulcère perforé avec le cristallin peut avoir d'antres conséquences; la sécrétion purulente et iibrineuse fournie par l'ulcère cornéon est déposée à la surface de la capsule antérieure, et y occasionne une tache blanche, épaisse, plus ou moins ronde, qui s'organise définitivement après la fermeture de la fistule et le rétablissement de la chambre antérieure. Celle opacité capsulaire est d'un blanc crayeux, ronde, et ressemble beaucoup aux cataractes oapsulaires congénitales. La présence de l'ulcération ou la tache ancienne sur la cornée permet seule de différencier ces deux formes. (Voy. Cataractes capsulaires.)

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8. Comme complications dans les abcès ulcérés ou non ulcérés de la cornée, nous devons encore signaler l'accumulation, dans la chambre antérieure, du pus un quantité plus ou moins considérable.

Le pus accumulé en bas de la chambre antérieure est le plus souvent le produit de l'abcès se vidant de ce côté-là. Nous le désignerons sous le nom A'hypopyon,

Les auteurs distinguent deux sortes d'hypopyon : le vrai, qui est dû à une collection du pus et de la lymphe provenant de l'iris, du procès ciliaire enflammé, et l'hypopyon faux, qui n'est autre chose que le pus, provenant d'un abcès cornéen ou irien ouvert.

Celte division nous paraît difficile à établir et tout à fait superflue; il importe seulement de reconnaître s'il existe ou non une collection purulente dans la chambre antérieure, en quelle quantité et à quel degré sa résorption est probable. L'hypopyon est bien souvent, au début, si peu accusé qu'on a beaucoup de peine à le découvrir ; il est caché derrière le rebord sclérolical. Avec le progrès de la maladie, la quantité du pus augmente et l'hypopyon devient apparent.

La quantité du pus peut augmenter progressivement jusqu'à ce que la moitié ou les deux tiers de la chambre antérieure soient remplis ; ce pus devient concret, épais; il s'organise, se fond avec l'iris et constitue des fausses membranes qui ferment la pupille et amènent des irido-choroïdites.

9. L'inflammation suppurative de la cornée peut être accompagnée d'une iritis, et l'on voit alors surgir des adhérences entre l'iris et la capsule. Pourtant ces iritis ne sont pas très-graves ni même aussi fréquentes qu'on pourrait le supposer. C'est surtout dans les abcès profonds que cette complication se manifeste, de même que chez les personnes scrofuleuses et syphilitiques.

Diagnostic différentiel. — Les abcès superficiels de la cornée peuvent être facilement confondus avec les phlyetènes. L'existence simultanée de plusieurs abcès dans la cornée doit faire penser plutôt à la kératite phlycténulaire qu'aux abcès de la cornée. Pourtant il ne faut pas oublier que ces deux maladies ont beaucoup d'analogie entre elles et que les phlyetènes simples se transforment assez souvent en abcès chez les enfants scrofuleux.

Les abcès ulcérés et superficiels sont facilement confondus avec des iritis. Dans ces deux maladies, la rougeur est, en effet, la même, et comme, en somme, la cornée tout entière est dans ces cas transparente , le diagnostic précis ne pourra être établi que si l'on examine avec une extrême attention toute l'étendue de la cornée pour déterminer s'il existe ou non des inégalités et des érosions à la surface.

Mais certaines iritis amènent des affections de la cornée, et vice versa. Il est alors plus difficile déjuger laquelle des deux maladies est la maladie primitive et laquelle est l'affection consécutive.

Pour résoudre cette question, on examinera quels sont les symptômes qui prédominent, si ce sont ceux de Piritis ou ceux de la kératite, et si l'abcès est assez grand pour expliquer tous les désordres dont le malade se plaint.

Dans un cas tout récent que j'ai observé avec mes excellents confrères les docteurs Manriqùe et Paul, ce n'est qu'avec beaucoup de difficulté que nous avons pu établir le diagnostic. Le malade était un ancien granuleux, dont la cornée était imite vasculairc. L'œil s'était subitement enflammé d'une manière excessive, et, à I exa»

mea nous avons constaté deux pctils abcès sur le centre de la cornée, accompagnés une op cficanon très-étendue. Cet état de la cornée n'empêchait pour J S o - que iris était aussi malade. Mais quelle était l'affection primitive? J, J pa l»e Hé ad.agnostu.uer une irili». justement à cause de viole,,!,, douleurs ci™ ! orb.ta.res, que I absence d'une altération assez prononcée ne pouvait expliquer Le malade avoua, en outre, l'existence d'antécédents syphilitiques, ce qui rendit le d.agnost.c mon» douteux. Le traitement mercuriel interne et l'instillation d'àtrop.ne amenèrent la guérison, et les tacl.es de la cornée se dissipèrent assez rap.dement. 1

La kératite suppurative pourrait être confondue avec une kératite interstitielle ou d.ssenunée, et nous indiquerons plus tard, en parlant de celte dernière à quels signes ou peut les reconnaître. '

Anatomic p^hoiogiquc. — D'après Bowman , les abcès se former t habituellement dans la substance propre de la cornée, soit immédiatement au-dessous delà membrane élastique antérieure, soit plus profondément. Les globules du pus ont été constatés par Robin dans le détritus qui existe dans l'abcès. Ce pus distend et désagrège la couche lamelleuse, déchire ses fibres et produit le gonflement de cellules voisines. Celles-ci se mortifient à leur tour, subissent une dégénérescence graisseuse, et la nature cherche à les chasser de l'organisme. De la les infiltrations du même liquide puriforme dans les lamelles déclives, jusqu'à ce que l'abcès s'ouvre , soit en arrière, soit en avant. Dans le premier cas, il y a ce qu'on est convenu d'appeler onyx et plus tard hypopyon; dans le second, c'est un ulcère de la cornée.

Ces désordres amènent forcément une exagération de la force nutritive; les vaisseaux pé.iicornéens se dilatent ; des capillaires de nouvelle formation se développent dans la cornée, arrivent jusqu'à l'ulcère et réparent petit à petit les tissus détruits. Ces vaisseaux sont situés, soit dans la lame élastique antérieure el proviennent de la conjonctive, soit dans la substance propre de la cornée et proviennent de la capsule scléroticale de Tenon et de la sclérotique elle-même. Consécutivement à ce travail nutritif exagéré, la régénération des parties altérées de la cornée se fait rapidement et souvent sans laisser la moindre trace. Dans d'autres cas, la cicatrice qui s'ensuit est moins transparente que le reste de la cornée, et se présente sous forme de taie ou de leucome.

Castorani (1) a démontré que la cornée se cicatrise très-souvent sans laisser de taches consécutives et que cette régénération est plus active à sa périphérie qu'à son centre. A mesure que la cicatrisation avance, les vaisseaux de nouvelle formation diminuent dans la cornée, puis disparaissent complètement. Mais tant que la cicatrisation n'est pas complète, j'ai pu constater qu'une partie des vaisseaux se conserve sur cette membrane.

Pourtant, dans des cas exceptionnels où j'ai pu suivre les malades depuis l'origine de l'affection jusqu'à la guérison complète, je n'ai pas pu constater des vais- j seaux à aucune époque. C'est une forme de kératite toute spéciale, que je décris sous le nom de kératite proliférative. Bowman cite aussi des faits de ce genre.

(1) Castorani, Sur le traitement des taches de ta cornée {Comptes rendus de fAcadéfim des sciences, 4861),

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