‹ Traité des maladies des yeux [electronic resource]Chapitre 117 sur 167 · NÉCROSE DE LA CORNÉE · texte numérisé non relu

NÉCROSE DE LA CORNÉE

La cornée est frappée souvent de nécrose ; celte affection est caractérisée par une suspension complète de la nutrition dans une partie ou dans sa totalité. On voit alors apparaître des taches plus ou moins larges, qui ressemblent beaucoup aux abcès ou aux ulcères, mais qui ne tardent pas à amener une destruction ou un ramollissement progressif de celte membrane.

Les auteurs ont décrit cette forme d'affection sous les dénominations très-variées d'ulcères asthêniques, de kératite névro-paralytique, de kératomalacie et de gangrène de la cornée.

Symptomntoioglc. — Comme nous venons de le dire, la nécrose de la cornée se développe habituellement, à la suite de la suspension de la nutrition, soit dans une partie quelconque de cette membrane, soit dans toute son étendue. La nutrition est intimement liée à l'innervation que la cornée reçoit ainsi qu'à la vascularisalion péricornéenne. Il en résulte que, toutes les fois que les nerfs seront paralysés, soit par compression mécanique, soit par une altération primitive, la cornée subira des modifications très-notables. L'étranglement des vaisseaux péricornéens aura le môme effet.

Lechémosis phlegmoneux qui accompagne les opbihalmies purulentes amène très-souvent ces désordres. La cornée se montre entourée* en partie ou en totalité d'un anneau rouge grisâtre ou blanc grisâtre, qui s'élève notablement au -dessus de son niveau. Dans la région péricornéenne, la capsule de Tenon est boursouflée et fortement tendue; la compression qui s'ensuit dans tous les tissus voisins étrangle les vaisseaux, arrête la circulation et paralyse les nerfs cornéens eux-mêmes. Sous l'influence de ces désordres, la cernée devient insensible; son épithéliuni se soulève; il se forme à sa circonférence un cercle opaque qui n'est autre que la nécrose de son tissu. Lorsqu'elle est en forme d'anneau, elle peut amener la chute de la cornée tout d'une pièce. Mais cette terminaison n'est pas fréquente.

Il arrive au contraire bien plus souvent que la partie qui se nécrose la première est celle du centre. Dans le cours de l'ophthalmie blennorrbagique ou purulente apparaît au centre de celte membrane une tache d'un blanc laiteux, qui devient de plus en plus épaisse, uniforme, gagne en profondeur et ne larde pas à produire, au bout de deux ou trois jours, la perforation de toute la partie nécrosée et la hernie de l'iris , souvent même la sortie du cristallin.

La destruction de la cornée s'observe quelquefois après les opérations de la cataracte par extraction à lambeau , chez les sujets très-âgés présentant un cercle sénile opaque au pourtour de cette membrane. Ce n'est plus alors la compression qui est la cause de l'accident, mais la suspension de toute nutrition dans le lambeau cornéen détaché. Les nerfs ont été coupés et la circulation suspendue.

Dans l'un comme dans l'autre cas, les douleurs n'existent point; elles ne se manifestent qu'après la perforation et la hernie consécutive de l'iris.

La cornée peut se nécroser partiellement, même dans ses couches superficielles, et donner lieu aune ulcération qu'on a appelé neuro-paralytique.

Cet état est dû à une paralysie de la cinquième paire, ainsi que l'ont démontré les expériences de Magendie, de Schiff et de Claude Bernard. On l'observe aussi dans les méningites tuberculeuses, lorsque le ganglion de Gasserest pris, et quelquefois dans les tumeurs cérébrales, qui ont atteint l'origine de ce nerf. Un malade atteint d'une tumeur cérébelleuse que nous avons observé dans le service de Richet, présentait un cas analogue. La cinquième paire d'un côté a été détruite, et la cornée s'était perforée avant la mort; mais, ce qui est plus remarquable encore, c'est qu'après la perforation et l'établissement d'un trajet fistuleux pendant quelques jours, la plaie s'était refermée et la chambre rétablie (1). Pans les cas de nécroses par paralysie de la cinquième paire, il y a absence com-

(1) Galezowski, De la névrite et périnévritè optique, cl de ses rapports avec les affections cérébrales (Archives générales de médecine, janvier 1869, p. 53).

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