NÉCROSE DE LA CORNÉE
plète de svmptômes inflammatoires; ([iiclquefois même le reste de la cornée conserve sa transparence, comme cela est arrivé chez le nnlade de Richet, ainsi que chez un autre que j'ai eu l'occasion d'observer dans le service de Trousseau à l'Hôtel-Dieu.
Anatomie pathologique. — D'après les signes décrits plus haut, on peut admettre en principe que les nerfs de la cinquième paire sont altérés ; sous l'influence de cette altération, les cellules cornéennes subissent une dégénérescence graisseuse, comme His l'a mis en lumière.
Étiologie. — Chaque fois que la cornée est entourée d'un bourrelet épais de la conjonctive, et qu'elle se trouble, il y a lieu de supposer que la nécrose se produit. C'est ainsi qu'on la rencontre dans les conjonctivites blennorrhagiques, purulentes, diphthéritiques, scrofuleuses, et après certaines opérations de la cataracte.
La compression que subit la cornée dans le glaucome par suite de la tension intraoculaire, ou par suite de tumeurs qui chassent l'œil hors de l'orbite, peut donner lieu à une ulcération partielle de cette tunique, mais sans conséquences graves.
Les tumeurs cérébrales, les méningites tuberculeuses qui attaquent le ganglion de Gasser, les tumeurs cancéreuses ou autres, qui envahissent l'origine du nerf trijumeau, occasionnent aussi la nécrose de la cornée.
Pronostic. — Il est très-grave, et l'on doit craindre la destruction complète de la cornée, surtout dans l'ophthalmie purulente. Les nécroses paralytiques présentent moins de danger, et comme la paralysie des nerfs trijumeaux est souvent incomplète, cette paralysie peut guérir et avec elle la cornée.
Traitement. — Dans les ophthalmies purulentes de toute sorte, il faut surveiller l'état de la cornée pour exciser le bourrelet chémosique péricornéen, aussitôt que cette tunique est menacée.
Dans les affections cérébrales, il n'existe d'ordinaire aucun moyen direct de guérison ; c'est contre la maladie cérébrale que le praticien doit diriger toute son attention.
On peut agir localement avec efficacité en instillant alternativement le collyre d'atropine et d'éserine; puis on aura recours à quelques légers collyres astringents et aux lotions aromatiques, telles qu'infusion de camomille, de thé vert, etc.
Quand Feschare n'est que superficielle, on peut la toucher avec une légère solution d'eau chlorurée, comme Dupuytren l'avait conseillé.
Bibliographie. — Sanson, Dictionnaire de médecine en 15 vol., Paris, 1833, t. X, p. 604, art. Kératite. — Chassaignac, D'un mode d'ulcère spéc. de la cornée (Gaz. des hôp. 1855, p. 102. — Trousseau, Fonte de la cornée dans les fièvres putrides (Archives génér. de méd. 15e série, t. VII, p. Û60). — Claude Bernard, Leçons sur la physiologie et la pathologie du système nerveux. Paris, 1858, t. II, p. 56 et suiv. — Snellen, Traitement et guérison de la kéra.to-conjonctivite consécutive à la paralysie du nerf trijumeau chez Fhommc (Nederlandsch Tijdschrift voor Geneeskunde , 1864, p. 177 et Annales d'oeulist., 1865, janv. et févr., p. 178). — Graefe, IfornhaulversrlnviïriDu/ bei in faufiler Encéphalites (Archir f. Ophlhalm., Bd. XII, Abtn, II, S. 250).
ARTICLE IV
KÉRATITE GRANULEUSE OU l'ANNUS.
Cette affection est ordinairement superficielle : elle occupe les couches les plus externes de la cornée; le pus granuleux s'y infiltre, atteint les cellules épithéliales, qui se gonflent et se désagrègent à leur tour ; bientôt des vaisseaux apparaissent dans la moitié supérieure de la cornée, Leur présence en grand nombre imprime . à la kératite un cachet tout particulier, qui a valu à la maladie le nom de pannut ou de kératite vasculaire.
Symptoniatoiogic. — La kératite granuleuse est caractérisée dès le début par un engorgement du limbe conjonctival péricornéen et par un soulèvement par places de l'épithélium à la partie supérieure de la cornée. Le pus granuleux traverse les couches épithéliales, s'infiltre dans la membrane élastique antérieure ainsi que dans les couches superficielles propres de cette membrane, et y constitue des amas blanchâtres. La tunique cornéenne perd sa transparence dans toute cette étendue ; elle devient opaque, blanchâtre, légèrement terne et dépolie.
A partir de ce moment on aperçoit à sa surface des dépressions plus ou moins nombreuses, luisantes, présentant de véritables facettes planes.
Au voisinage de ces facettes, on trouve de nombreux points opaques, blanchâtres, qui sont le résultat de l'accumulation du pus granuleux. Telles sont les altérations qui constituent la première période de la kératite granuleuse.
Une infiltration aussi considérable du pus granuleux dans la cornée ou d'une sorte d'exsudation albumineuse, selon Caffe, ne peut persister sans y amener des troubles notables de nutrition. Les nerfs cornéens sont irrités d'une manière continue; cette irritation, en se transmettant à la région périkératique, y développe une circulation plus active, plus énergique; des vaisseaux nombreux ne tardent pas à se développer, d'abord à la partie supérieure de la cornée et puis successivement sur toute l'étendue de cette membrane.
Dans cette forme de kératite, les vaisseaux suivent donc l'infiltration granuleuse et constituent la seconde période de la maladie, conformément à ce que l'on observe dans d'autres kératites.
La kératite granuleuse devient ainsi vasculaire, et les vaisseaux occupent la couche sous-épithéliale ainsi que la couche sous-jacente ; ils se développent d habitude d'une manière très-lente, et, quoique nombreux, ils sont si petits et s. fins que souvent on ne peut les apercevoir qu'à l'aide d'un verre grossissant.
Mais, à mesure que l'irritation des nerfs cornéens augmente, es yeux deviennent plus sensibles pour la lumière, et un larmoiement considérable survient. Lo trouble de la cornée tend aussi à se généraliser ; des taches nouvelles plus épaisses se dessinent cà et là et la vascularisation s'accroît. Cette vasculansalion semble commTniquer avec les vaisseaux de la conjonctive, et l'on remarque quelquefois ^ boni Tla cornée en haut surtout, une rougeur tellement vive dans la conjonctive bol-
i péSatique, qu'on serait tenté de prendre cette rougeur tion de bourgeons charnus; d'où la dénominat.on de pannus crassus, dont se servent les auteurs anglais.