‹ Traité des maladies des yeux [electronic resource]Chapitre 121 sur 167 · II1SC · texte numérisé non relu

II1SC

Fie 121. — Kératite parenchymateuse (coupe horizontale) (**). C'est surtout grâce aux remarquables et nombreuses recherches de Hutcbin-

(*) A A, côté antérieur (extérieur) ; BB.cOté.postérfeût (intérieur) de la cornée ; CC. xone trouble iscules de In cornée augmentés de volume, grossissement: 18 dl«

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...auùlres (Virehow, Palhol. ccllul., p. 8S8J.

à peu près normal; B, mêmes corpuscules aigmenté» de Tolume ; a [u<.» i r troub e (erossisse-

(**) A. corpuscule» de la cornée à l'état à peu près normal ; ■>, mêmes . "O----- . - ■

r r> corpuscules cornéens augmenté, de volume en même temps que leur contenu se trouble (grouse ment; 350 diamètres). (Virehow, Palhnl. ce»., p. 255).

KÉRATITE DIFFUSE OU INTERSTITIELLE.

son (I) que nous sommes redevables des connaissances que nous avons sur les relations qui existent entre la diathèse syphilitique et la kératite diffuse. Un grand nombre d'observations bien détaillées prouvent d'une manière évidente que la cause syphilitique héréditaire est la source de cette maladie, dont le traitement mixte antisyphilitique vient facilement à bout.

Comme signe caractéristique de la syphilis héréditaire observée chez les enfants atteints de kératite diffuse, Hutchinson signale la conformation vicieuse de l'appareil dentaire. Ainsi les dents incisives présentent au centre des saillies coniques, qui s'usent avec l'âge, et le bord de ces dents se creuse et se courbe. La disposition la plus commune des dents incisives chez les syphilitiques est représentée par les ligures 122 et 123.

Fig. 122. — Conformation des dents chez les Fig. 123. — Dents incisives chez enfants syphilitiques. les enfants syphilitiques, d'après

Hutchinson.

La kératite diffuse s'observe aussi à la suite de la syphilis acquise chez les individus atteints, soit d'iritis, soit d'affections profondes de l'œil. Chez trois de mes malades atteints de syphilis, j'ai reconnu les accidents suivants : La kératite diffuse s'est manifestée chez une femme atteinte de rétinite exsudative périvasculaire, suivie au bout de quelque temps d'iritis et de choroïdite syphilitique. Chez une autre femme, atteinte d'iritis syphilitique de l'œil gauche, et au bout de quelque temps de l'œil droit, la kératite diffuse s'est déclarée dans les deux yeux et a suivi les trois périodes, la période de vascularisation ayant eu la plus longue durée.

Les sujets faibles et chétifs, les enfants lymphatiques et les jeunes biles, au moment de l'apparition de leurs règles, peuvent êtres atteints de cette affection.

A part les causes prédisposantes, il faut encore signaler quelques causes excitantes, telles que l'action du froid et de l'humidité, les blessures et les contusions de l'œil. Quelquefois cette affection se déclare, comme le dit "Wharlon Jones, à la suite de la rétrocession d'un exanthème.

Pronostic. — Cette maladie peut être considérée comme bénigne, en ce sens qu'elle guérit ordinairement en ne laissant que peu ou point de traces.

Mais la durée de la maladie est tellement longue, que les malades perdent souvent patience, préférant se soumettre à des traitements tout à fait irrationnels et opposés à la nature de la maladie, traitements qui ne font qu'aggraver le mal.

(1) Hutchinson, Ophtk. Hosp. Reports, vol. 1, p. 191 et 226; vol. Il, p. 54 et 258. GALEZOWSKI. \ Q

C'est pourquoi il est du devoir du chirurgien de les avertir, dès le début, de la durée probable de celte kératite et des conditions indispensables pour la guérison.

Traitement. — Le traitement de la kératite diffuse est encore à peu pics inconnu, et les méthodes préconisées jusqu'à présent sont restées dans un grand nombre de cas sans résultat marqué.

Pourtant il y a deux sortes d'indications qu'on doit chercher à remplir, si l'on veut amener une guérison plus rapide et plus certaine : la première, basée sur les recherches de Hutchinson, consiste à agir parles moyens antisyphilitiques, soit localement, soit par le traitement interne ; la seconde est de chercher à avancer la marche de chaque période de la maladie.

En se conformant à ces indications, nous pouvons poser les règles suivantes pour le traitement de la kératite interstitielle :

1° Rechercher la cause syphilitique héréditaire ou acquise, et prescrire, en conséquence, le traitement mixte antivénôrien.

L'iodure de potassium pris à l'intérieur et combiné avec le vin ou le sirop de quinquina, doit être porté à des doses progressivement ascendantes, depuis 25 à 50 centigrammes par jour chez les enfants, et de 1 à 3 grammes chez les adultes. L'usage de cette préparation doit être combiné, soit avec des embrocalions d'onguent mercuriel sous les bras et aux aines, comme 3Iacnamara le conseille, soit avec l'emploi de calomel associé à la craie, au quinine et au soda.

If. Calomel 2 centigr. I Bicarbonate de soude 10 centigr.

Poudre de quinquina. .. . 10 — | Sucre en poudre 15 —

De deux à trois paquets par jour.

2° Ce traitement interne peut être remplacé au bout de quelque temps par un régime tonique. Les sirops amers, tels que sirop antiscorbutique, sirop de brou de noix, d'iodure de fer, l'huile de foie de morue, seront administrés avec avantage.

3° Quant au traitement local, on doit le régler en se conformant aux périodes de la maladie.

Première pfriode. — Dans cette période, qui n'est accompagnée d'aucune réaction, on cherchera à provoquer une légère irritation au moyen des collyres excitants, secs ou liquides. C'est ici que les collyres astringents trouveront leur application ; mais ils ne doivent être continués que jusqu'au moment où les vaisseaux vont apparaître sur la cornée. L'insufflation de la poudre de sulfate de soude porphyrisé sera préférée ; elle agit en excitant la cornée, et elle peut aussi, dans quelques cas, faciliter l'absorption de l'exsudation infiltrée dans la cornée, et amener plus rapidement la guérison. Pour activer la marche de l'inflammation, Graefe a conseillé d'appliquer des compresses chaudes sur les yeux, ce qui, du reste, avait déjà été mis en usage par Mackenzie.

Deuxième période. — Dès que la photophobie et la rougeur sclérolicale et cornéenne commencent à se dessiner, on cesse l'emploi de tout collyre irritant, pour se contenter du traitement symplomalique.

Pour activer la circulation, on instillera des collyres d'atropine et d'ésérinc alternativement, selon les formules indiquées plus haut (voy. p. 273).

Lorsque l'inflammation cl la rougeur sont trop vives, et que le malade souffre

KÉRATITE PONCTUÉE.

beaucoup, ou aura recours à l'application dos sangsues à la tempe, au nombre de six à huit, selon l'âge de l'individu, et l'on renouvellera la déplétion sanguine au boni di' si\ ii huit jours, si le besoin s'en fait sentir.

Dans les cas où les douleurs sont très-vives et persistantes, on fera des frictions „V les paupières avec la pommade morphinée, et, au besoin, on pratiquera des injections hypodermiques.

Troisième période . — La diminution des vascularisalions dans la sclérotique et la cornée est le signe auquel on reconnaît la troisième période. C'est ici qu'on reprendra de nouveau l'instillation des collyres faiblement astringents suivants :

% Eau distillée 10 gram.

Borate de soude 25 centigr.

if Eau distillée 10 grain.

Nitrate d'argent 1 à 2 centigr.

L'insufflation de la poudre de calomel, et l'introduction de la pommade suivante entre les paupières, une ou deux fois par jour, remplaceront souvent tous les autres médicaments.

% Précipité jaune .

50 centigr. | Axonge 10 gram.

Des révulsifs sur le tube digestif et des mouches de Milan derrière l'oreille peuvent être employés avec avantage.

Quant à la paracentèse delà cornée, proposée par quelques auteurs, ou la paracentèse sclérolicale, préconisée par Hancock, nous les rejetons l'une et l'autre comme dangereuses et inefficaces.

Bibliographie. — Velpeau, Dict. deméd., Répertoire général des sciences médicales, t. IX, art. Cornée. — Tavignot, Du traité de la kératite interstitielle par la scarification des nusseaux de la cornée (Ann. d'oculist., 1851, t. XXV, p. 83). — Castorani, Kératite et ses suites [Gaz. hebdom., 1856). — Henley Thorp, Considérations sur l'hypcresthésie oculaire cl l'ophtha/mie scrofuleuse {Archives génér. de méd., 1857). — Galligo, Sur la kératite provenant de syphilis héréditaire (Ann. d'oculist., 1860, p. 185). — Hutchinson, Ophth. Hosp. Reports, vol. I, p. 191 et 226; et vol. II, p. 54 et 258. — Watson, On the interst. Kcratitis of itdierited Syph. (Op/dhalm. Hosp. Rep., 1864, n° 3, p. 291).

ARTICLE VI

KÉRATITE PONCTUÉE.

La kératite ponctuée est caractérisée par l'apparition sur la cornée de poinis opaques, nombreux et très-lins, disposés d'une manière toute particulière, et qui souvent ne peuvent être aperçus qu'avec une forte loupe.

Les kératites ponctuées sont de deux sortes : superficielles et profondes; mais ces deux variétés ne constituent pas, à proprement parler, de maladie à part : elles sont la conséquence ou le symptôme d'autres maladies.

A. Kératite ponctuée antérieure. — La surface de la cornée est pansemée d'un grand nombre de poinis, d'une teinte blanchâtre, placés en face de la pupille. Situés d'abord dans la membrane élastique antérieure, ils ne lardent pas à se développer en surface et en profondeur, et se transforment en une kératite diffuse.

Comme on le voit, celle maladie n'est qu'une variété de la kératite dilîuse, plus superficielle cl en même temps plus bénigne.

Le traitement ne diffère en rien de celui qui a été indiqué dans l'article qui a pour objet la kératite diffuse.

B. Kératite ponctuée postérieure. — lîlle est caractérisée par la présence de petits points brunâtres situés dans la partie inférieure de la cornée, tout près de la membrane de Uescemcl. Ces petits points sont habituellement disposés en grappe triangulaire, dont le sommet est dirigé en haut vers la pupille, tandis que la base se rapproche du bord inférieur de la cornée, comme le montre la ligure 124.

Fig. 124. — Kératite ponctuée.

Ces opacités ne paraissent augmenter ni en nombre ni en profondeur, et le reste delà cornée conserve sa transparence. Chez une de mes malades, alteinte d'une choroïdile alrophique, j'ai pu observer cette affection pendant plus de cinq ans, et j'ai pu me convaincre qu'elle n'a subi aucun changement.

La kératite ponctuée ne me paraît point idiopathique ni inflammatoire, comme les autres kératites, et ne doit être considérée que comme un des symptômes accessoires et secondaires de l'inflammation des membranes vasculaires de l'œil. Je l'ai vue se développer constamment, soit à la suite d'une iritis séreuse, soit d'une iridocyclilc ou d'une irido-choroïdile. Avec la guérison des maladies de l'iris ou de la choroïde, les opacités de la cornée disparaissent toutes seules.

Bibliographie. — Ammon, Graéfé u. Walihcr's Journal der Chirurgie u. Augcnheilkunde vol. XHI, p. 114. Berlin, 1829. — Wedl, Archiv f. Ophtalmologie, Bd. II, Abth. 2. pl. II, fig. 14. — Sichel, Iconographie, texte : Kératite pointillêc ou ponctuée, p. uo, et obs. 21, 23, 31 et 38.

ARTICLE VII

KÉRATITE PR0L1FÉRATIVE.

Je donne le nom de kératite proliférative à une affection de la cornée dans laquelle le travail de réparation se fait par une active prolifération des cellules, cl où la cornée malade se réparc par les propres forces de nutrition, sans que les vaisseaux de nouvelle formation lui viennent en aide.

Sy,«pto».atologic. - La maladie débute le plus souvent par le centre de la

Bornée, où il se forme une tache blanche analogue à celle qu'on observe dans un abcès de celle membrane; celle tache est superficielle, et l'épithélium est soulevé et altéré à sa surlace. Celle tache reste pendant longtemps sans changement et sans occasionner des douleurs; mais à la longue l'oeil s'injecte, devient rouge et sensible pour la lumière. En l'examinant vers la quatrième ou sixième semaine, on sera surpris de voir toujours la tache saillante à la surface de la cornée, comme s'il s'agissait d'un a'bcès.

Petit à petit cette tache commence à s'exfolier ; mais, au lieu de se transformer en un ulcère, comme cela se remarque dans les abcès, celte tache reste toujours plus saillante, tantôt lisse, tantôt rugueuse à sa surface. L'injection périkératique est plus ou moins prononcée, mais les vaisseaux n'empiètent point sur la cornée, et à aucune période de la maladie on ne trouve de vaisseaux dans cette membrane. L'œil est habituellement peu sensible pour la lumière; dans d'autres cas, c'est le contraire qui arrive, et les malades accusent des douleurs très-vives, surtout si l'affection occupe les couches plus profondes.

Cette affection dure ordinairement très-longtemps, surtout lorsqu'elle est entretenue par une irritation locale quelconque. Je l'ai observée trois fois chez des malades qui étaient atteints d'affections des voies lacrymales. L'un d'eux, jeune et vigoureux, guérit au bout de quatre mois, après que je l'eus guéri de son larmoiement ; la tache disparut complètement. L'autre au contraire a conservé un leucome après un an de traitement.

Étiologie. — Cetie affection est encore peu connue, et je ne l'ai rencontrée que six fois sur cinq cents cas de maladie de la cornée ; dans cinq cas elle était provoquée par une affection des voies lacrymales.

Auatomic pathologique. — Cette affection est caractérisée par la proliféra lion des cellules épithéliales.

Chez un de mes malades, j'ai enlevé toute la surface opaque et superficielle de cette tache en faisant une abrasion. L'examen microscopique fait par V. Cornil montré la présence d'une masse de cellules épithéliales déformées, dont quelquesunes étaient à double noyau-

Traitement. — Pour combattre cette affection, il est nécessaire de s'informer de l'état des voies lacrymales, et de les soigner, si l'on trouve quelque altération de ce côté.

Le traitement local doit être le môme que pour les kératites suppuratives : combattre l'état inflammatoire par le collyre d'atropine; faire abrasion delà masse blanchàlre qui fait souvent saillie à la surface de la cornée, et avoir ensuite recours au calomel en insufflation et au collyre au nitrate d'argent en instillation.

ARTICLE VIII

A. Blessures. — En général, les blessures de la cornée ne présententpas beau coup de gravité, surtout lorsqu'elles ne sonl pas accompagnées d'altérations du côté de l'iris et des membranes profondes de l'œil. Les plaies linéaires et les piqûres

guérissent ordinairement avec la plus grande facilité, connue le prouvent tous les jours les opérations que nous pratiquons sur cette membrane.

Lorsque la plaie est pénétrante et qu'elle intéresse toute l'épaisseur de cette membrane, l'humeur aqueuse s'écoule sur-le-champ et la chambre antérieure est supprimée pendant quelque temps, l'iris restant appliqué contre la cornée. Pourtant, si la plaie est linéaire et régulière, quelques minutes suffisent quelquefois pour son rétablissement.

Mais les conséquences des blessures sont beaucoup plus graves, lorsqu'elles sont produites par des débris de vitre ; dans ces cas, les plaies sont irrégulières et déclarées, et amènent la suppuration. L'iris fait hernie dans la plaie et donne lieu à des staphylôihes et à l'obstruction de la pupille. L'année dernière, j'ai donné des soins à une malade qui m'avait été adressée par le docteur de la Grandière. C'était une femme d'un certain âge, qui, en tombant dans un escalier, avait brisé un carreau, dont un morceau lui avait coupé la cornée. Un lambeau de cette tunique faisait saillie en avant, ainsi que l'iris hernie. Au moyen d'un bandage compressif et de l'instillation d'atropine, je suis parvenu à amener la cicatrisation et à calmer les douleurs de la malade ; mais la pupille se referma.

Traitement. — La première condition que l'on doit chercher à remplir dans le cas de blessure de la cornée, c'est de mettre les bords de la plaie en coapiation et de réduire l'iris hernié, soit en le repoussant avec la curette, soit en faisant instiller dans l'œil quelques gouttes d'atropine. Lorsque, au contraire, la plaie est périphérique, il est alors préférable d'employer l'instillation du collyre de cala barine ou d'ésérine neutre. La pupille, en se contractant fortement, entraîne l'iris dans la chambre antérieure.

Je suis tout à fait opposé à la pratique de quelques auteurs, qui conseillent d'enlever d'un coup de ciseaux courbes la tumeur que forme l'iris dans la plaie, après l'avoir préalablement piqué avec une aiguille. Cette opération sur un iris gonflé et emprisonné dans la plaie pourrait avoir les conséquences les plus fâcheuses, et l'on doit y renoncer. Le malade gardera le lit, et un petit sachet de baudruche rempli de glace pilée sera maintenu en permanence sur l'œil fermé, pour prévenir les accidents inflammatoires; si le cas était grave, on aura aussi recours, d'après l'avis du professeur Nélaton, à une saignée préventive.

Il arrive quelquefois qu'un morceau de cornée détaché flotte au bord de la plaie et irrite l'œil ; il ne faut pas hésiter dans ce cas à enlever d'un coup de ciseaux le petit lambeau flottant.

En général, dans toutes les blessures de la cornée, on examinera avec soin s'il n'y a pas de corps étrangers dans la plaie, et si la blessure ne porte pas sur d'autres membranes, ce qui rendrait nécessairement le pronostic beaucoup plus grave.

B. Brdlures. — Les brûlures de la cornée produites par des explosions de substances chimiques, soit par de l'eau ou de l'huile bouillantes ou de la chauxvive, etc., présentent les plus graves dangers. Après de pareils accidents, la cornée se trouble immédiatement ; elle se recouvre d'une eschare épaisse, blanche, suivie d'une suppuration qui peut entraîner la destruction de cette membrane et de l'œil lui-même; ou bien l'eschare, une fois tombée, est remplacée par le tissu modulaire, qui n'est autre qu'un leucome plus ou moins large.

,,,,„ , — On doit être très-réservé au point de vue du pronostic de ces

accidents, surtout pendant les cinq ou les huit premiers jours; ce n'est qu'à partir du moment où l'eschare se détache et que le reste de la cornée devient clair et transparent, qu'on peut regarder la conservation de cette membrane comme à peu près certaine.

Traitement, — Il faut d'abord laver soigneusement et à plusieurs reprises avec de l'eau tiède le cul-de-sac conjonctival, ainsi que la cornée, afin d'éloigner toutes les parcelles de caustique et de corps étrangers. Ensuite on fera usage, en instillation, du collyre d'atropine, incorporé dans de l'huile d'amandes douces ou dans de la glycérine. En même temps on appliquera constamment sur l'œil, et aussi longtemps que possible, des compresses imbibées d'eau glacée.

Dans des cas plus graves, des purgatifs et des saignées pourront être avantageusement employés.

G. Corps étrangers. — Aucune membrane de l'œil n'est plus exposée aux blessures que la cornée. Les corps étrangers de toute sorte, des morceaux de charbon qui tombent de la cheminée des machines à vapeur, des paillettes de fer et d'acier, des grains de poudre, des éclats de capsule, des petits morceaux de verre, des éclats de pierre, des barbes d'épi de blé, des coques de millet, s'y implantent et y restent attachés plus ou moins longtemps.

Selon la force avec laquelle ils ont été lancés et l'acuité de leurs bords, ces corps pénètrent plus ou moins profondément. Le plus souvent on les trouve à la surface de cette membrane, sous la forme d'un petit point saillant. Si ces petits fragments aigus et anguleux s'attachent avec tant de ténacité à la face antérieure de la cornée, c'est qu'ils sont implantés, comme dit Bowman, dans la lame élastique antérieure, où ils se maintiennent emprisonnés.

Symptomatoiogie. — Si le corps étranger est très-petit et n'est pas très-saillant à la surface, il n'occasionne au malade qu'une gêne légère. Peu à peu l'irritation s'accroît, les vaisseaux péricornéens se développent de plus en plus, l'œil devient rouge, et l'affection qui en résulte ressemble beaucoup à une iritis.

En examinant la cornée obliquement et au grand jour, pendant que le malade est placé auprès de la fenêtre, on ne tarde pas à découvrir le corps étranger, quelle que soit son volume; il forme ordinairement une légère saillie à la surface, que l'on aperçoit en faisant promener l'oeil dans tous les sens.

Quelquefois le corps étranger est entouré d'un anneau blanchâtre, dû à la suppuration commençante ; cet anneau apparaît ordinairement quelques jours après l'accident et peut servir à reconnaître la durée de la maladie.

Certains corps étrangers forment une saillie sensible à la surface de la cornée; pointus et anguleux, ils provoquent des douleurs excessivement violentes à chaque mouvement des paupières. Dans d'autres cas, l'œil s'habitue au corps étranger, et sa présence n'occasionne qu'une légère irritation.

C'est ainsi que j'ai extrait, à la fin de décembre î 860, une demi-coque de millet implantée sur la partie inférieure et externe de la cornée droite chez une malade âgée de cinquante-deux ans. Elle gardait ce corps étranger depuis un an, et c'est en soufflant dans une cage qu'il s'y était introduit. Elle en souffrait trèspeu ; l'œil était par moments rouge et sensible à la lumière. On voyait à l'endroit malade une petite tumeur saillante, arrondie, luisante, entourée d'un cercle vasculaire très-distinct. Ce qui est digne de remarque, c'est qu'après avoir

MALADIES DE LA COHNEi:

enlevé la coque de millet, j'ai pu découvrir sur l'endroit ulcéré, en dedans de la coque, un autre cercle vasculaire communiquant visiblement avec le cercle vasculaire externe. Ces deux cercles vasculaires maintenaient, comme on voit, la nutrition de la partie ulcérée de la cornée (fig. 125).

Traitement. — Il est nécessaire de procéder le plus vite possible à l'extraction du corps étranger. Mais, pour arriver plus facilement à ce résultat, on doitd'abord préciser exactement la profondeur à laquelle il est logé.

Fig. 125.

Ulcère vasculaire consécutif à un séjour prolongé d'une coque de millet sur la cornée.

Les corps étrangers superficiels sont enlevés de la manière suivante : Le malade est assis la tête appuyée contre le mur, et le chirurgien écarte la paupière supérieure avec l'index de la main gauche et la paupière inférieure avec le pouce de la même main. En exerçant une légère pression sur le globe, il le rend fixe, et à re moment il pratique l'extraction du corps étranger au moyen d'une aiguille.

Quelquefois les corps étrangers sont si peu adhérents, que j'ai pu les détacher en les touchant avec un morceau de papier. Souvent on a cherché à les enlever avec de l'aimant, surtout quand on avait affaire à un morceau d'acier ou do fer.

Legouest (1) rapporte un fait très-curieux dont il. fat témoin sur un bâtiment qui le transportait à Gonstantinople. Un officier reçut dans l'œil un fragment de charbon. La femme de chambre du bord essaya de l'enlever avec un anneau d'or qu'elle portait au doigt. « L'anneau échappa des mains de l'opérateur, dit Legouest, et vint se loger au-dessous de la paupière supérieure en coiffant exactement le globe de l'œil ; il fut facilement extrait avec la lêted'une longue épingle. «

Mais il arrive quelquefois que le corps étranger est situé si profondément dans cette membrane, qu'on pourrait craindre de le faire tomber pendant l'extraction dans la chambre antérieure. Pour prévenir cet accident, Desmarres père a imaginé le procédé suivant : De la main gauche il traverse la cornée avec une aiguille à paracentèse derrière le corps étranger, pendant que de la main droite il dégage celui-ci par une petite incision pratiquée sur la cornée avec un couteau à cataracte. Lorsque le corps étranger ne se détache pas facilement et n'est qu'ébranlé par celte incision, on cherche alors à l'enlever avec une pince fine à dents.

Dans le cas où il aurait pénétré et serait tombé, malgré toutes les précautions,

(1) Legouest, Traité de chimrr/ie d'année. Paris, 1863, p.

TAIES, LEUCOMES, TACHES MÉTALLIQUES ET f.ERONTOXON. 297

dans la chambre antérieure, on attendra quelques minutes pour laisser à la chambre Elérieure le temps de se remplir de nouveau, et l'on fera une ponction large de 3 à fi millimètres dans l'endroit le plus rapproché du corps étranger. En Réchappant avec force par cette plaie, l'humeur aqueuse l'entraînera au dehors. Si celle manœuvre opératoire reste infructueuse, on doit procéder à l'excision de la partie de l'iris sur laquelle il reste implanté.

Après l'extraction du corps étranger de la cornée, on fait appliquer des compresses d'eau froide sur l'œil qu'on laisse, autant que possible, au repos. L'instillation de quelques gouttes d'atropine sera indiquée lorsque la cornée est légèrement trouble et suppure à l'endroit de la blessure.

Bibliographie. — Nélaton, Éléments de pathologie chirurgicale. Paris, 185Û, I. III. p 76. while Cooper, On Wounds and Injuries of the tye, p. 98. — Lawson, De l'extraction des corps- étrangers de la cornée (Ôphtti. Hospit. Rcp., t. VI, 1" partie, p. 36; cl Ann. d'oculist., 1860, t. LX11, p. 54). — Legouest. Traité de chirurgie d'armée. Pans, 1863, p. 307.

ARTICLE IX

TAIES, LEUCOMES, TACHES MÉTALLIQUES ET GÉRONTOXON.

Les affections inflammatoires de la cornée, telles que les abcès, la kératite granuleuse proliférative, les blessures, laissent, en guérissant, des cicatrices opaques, blanchâtres et indélébiles. Ces cicatrices ont reçu des dénominations très-variées, selon le plus ou moins de transparence qu'elles ont conservé et d'après la plus ou moins grande épaisseur de la cornée qu'elles occupent. C'est ainsi que les taches superficielles et peu apparentes portent le nom de taie, de néphélion, de nubêcule ou de nuage; les taches de moyenne épaisseur sont appelées albugo, et les taches profondes portent le nom de leucome.

Au point de vue pratique, il nous suffira d'étudier les taies et les leucomes comme étant les opacités types, et nous ne nous occuperons pas de l'opacité moyenne, qui ne diffère pas beaucoup de la dernière forme.

A. Taies ou Néphélion. — C'est une opacité légère, qui n'occupe que les couches superficielles de la cornée, et notamment la membrane de Bowman et les couches tout à fait externes de la substance propre de cette membrane.

Situées à la périphérie, les taies de la cornée restent le plus souvent inaperçues, tandis qu'on les remarque plus facilement lorsqu'elles se trouvent situées en face de la pupille.

Klles se montrent d'ordinaire comme un petit nuage blanchâtre ou bleuâtre en face de la pupille noire: tantôt le centre de la tache est plus opaque; tantôt, au contraire, elle est partout uniforme et se distingue à peine à l'œil nu.

Plusieurs procédés sont mis en usage pour reconnaître l'existence de ces opacités superficielles :

1. On fait mouvoir l'œil du malade dans tous les sens, et pendant ce temps on regarde de tout près dans la direction de la pupille; au moment où une opacilé, même la plus légère, se trouve en face de la pupille, cette dernière, au lieu d'èire noire, apparaît grisâtre.

MALADIES DK LA CORNÉK.

2° En projetant la lumière de la lampe par l'éclairage oblique, on découvrira la plus faible opacité.

3° Par l'éclairage direct, an moyen d'un miroir opbthalmoscopique, le fond de l'œil se présente rouge, mais avec un miroitage tout particulier propre aux opacités de la cornée. Ces opacités projettent une ombre sur la rétine, qui ebange de place pendant les mouvements de l'œil et produit le phénomène du miroitage (1).

Les taies de la cornée, même les moins épaisses, peuvent gêner d'une manière très-sensible la vision, ce qui tient lu la dispersion des rayons lumineux traversant les opacités à demi transparentes. Donders a démontré qu'une tache très-petite et complètement opaque, placée en face du centre de la pupille, ne produira souvent aucun trouble dans la vue, tandis que des opacités très-légères et presque invisibles à l'œil nu, produisent souvent des phénomènes notables d'amblyopies, et qui peuvent simuler des affections profondes de l'œil.

Les taies de la cornée sont pour nous le résultat de la cicatrisation, soit d'une plaie traumatique, soit d'un ulcère. Ces taches sont indélébiles.

Mais certaines opacités qui ressemblent beaucoup à des taches cicatricielles sont simplement le produit d'une inflammation interstitielle.

La durée du trouble dont l'œil malade est atteint, l'absence d'ulcération ou des vaisseaux, ainsi que de toute pholophobie, permettront de distinguer ces taches les unes des autres.

Les taies de la cornée peuvent être entourées, quand elles sont récentes, d'une zone exsudative qui se résorbe au bout de quelque temps ; au contraire, les taches cicatricielles ne disparaissent jamais, puisqu'elles sont constituées par le tissu fibreux cicatriciel opaque, comme l'ont démontré les recherches microscopiques.

B. Leucomes. — Les cicatrices qui s'étendent à une certaine profondeur ou à toute l'épaisseur de la cornée sont ordinairement blanches, opaques, et nous leur donnons le nom de leucomes. Lorsque ces leucomes sont larges et situés vis-à-vis de la pupille, ils interceptent complètement les rayons lumineux et suppriment la vision. Placés au contraire en dehors de la pupille, ils ne gênent que peu ou point les malades.

Les leucomes auront donc une importance d'autant plus grande, qu'ils occupent une place centrale ou périphérique. D'autre part il est très-utile de savoir si le leucome est adhérent à l'iris, s'il est enflammé, cicatrisé ou ulcéré.

L'éclairage oblique et le reflet de la lumière projeté sur sa surface permettront de résoudre toutes ces questions, d'établir en conséquence un pronostic plus ou moins favorable, et d'indiquer le traitement.

C. Taches métalliques. — On observe quelquefois à la surface de la cornée des taches luisantes, d'un blanc nacré et qu'il est impossible de confondre avec les autres. Elles sont le plus souvent occasionnées par des dépôts de sels métalliques, d'acétate de plomb, de nitrate d'argent, de chaux, etc. Ces substances, déposées dans le fond d'un ulcère, se recouvrent d'une membrane cicatricielle qui les empêche de s'en détacher.

Les taches métalliques que j'ai eu le plus fréquemment l'occasion d'observer

(1) Consulter à ce sujet notre Traité d'ophifialmoscopie. Paris, 1871.

TAIES, LEUCOMES, TACHES MÉTALLIQUES ET GÉRONTOXON. 299

avaient été occasionnées par l'usage de l'acétate de plomb en insufflation ou en Éollvre, pendant que la cornée était ulcérée.

1) Gérontoxon, ARC ou Cercle sénile. C'est aussi une sorte de leucome caractérisé par une opacification d'une bande circulaire à la périphérie de la eornée, opacité qu'on observe surtout chez les individus âgés.

Le cercle ou arc sénile se trouve situé à un millimètre du limbe conjonctivàl, et il est en général plus développé en haut qu'ailleurs; souvent il n'existe que dans la partie supérieure de la cornée. Ses bords se perdent insensiblement dans le tissu sain de la cornée ; sa teinte est jaune grisâtre ou jaune blanchâtre.

Le gérontoxon se rencontre le plus souvent sur les deux yeux, il n'occasionne ni douleurs ni irritation. De plus, placé à la périphérie de la cornée, il ne peut en aucune façon gêner la vision.

Quelques auteurs ont cherché à démontrer la corrélation qui existerait entre le gérontoxon et la dégénérescence graisseuse des fibres du cristallin, mais cette corrélation n'a pu être en aucune façon démontrée. Ce qui est habituel, au contraire, d'après les recherches de Michel Peter, c'est la coexistence du cercle sénile et de l'altération athéromateuse ou crétacée de l'aorte; le plus fréquemment aussi, dans ces cas, il y a également de l'athérome ou des plaques calcaires aux valvules sigmoïdes et dans diverses parties du système aortique (1).

Au point de vue pratique, il importe de savoir que les cornées atteintes de gérontoxon sont prédisposées à la suppuration. Hasnerl'a déjà signalé, et j'ai pu vérifier moi-même ce fait; c'est pourquoi l'extraction à lambeau de la cataracte dans ces yeux doit être remplacée par les méthodes linéaires.

Anatomic pathologique. — Les recherches microscopiques ont montré des altérations très-variées dans les points où existaient des opacités de la cornée. Les taies superficielles sont ordinairement occasionnées par la production du tissu cicatriciel dans la membrane de Bowman et les couches superficielles de la substance propre. Les leucomes, au contraire, sont plutôt dus à l'accumulation anormale des noyaux dans les cellules. Souvent le nombre des cellules diminue par la destruction ulcéralive, et elles sont remplacées par du tissu lamellaire intercellulaire, contenant des sels phosphatiques et calcaires, ainsi que des globules graisseux. Les dépôts métalliques contiennent des sels d'acétate de plomb, de nitrate d'argent, de chaux, etc., déposés, soit dans le tissu interccllulaire, soit dans les cellules ellesmêmes. La substance propre de la cornée présente dans plusieurs de ses couches des granulations graisseuses.

Les recherches microscopiques faites par Canton, His, Arnold el Ch. Robin, onl

17ig. 126. — Coupe de l'arc sénile, montrant les granulations graisseuses qui se déposent dans les cellules de la cornée et leurs prolongements. (Polaillon.)

(1) Michel Peter, Clinique du la Pitié, 1870, t. I.

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