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OPHTHALMIE DES ADULTES

contenait, en effet, des globules purulents, des plaques épidermiques, épithéliales, etc. C'est pourquoi Giialdôs pense que les germes fermentescibles, transportés par l'air, sont déposés sur les muqueuses oculaires et engendrent une ophthalmie. Nous ne partageons pas cette manière de voir, et nous pensons, au contraire, que seule l'innoculation directe du pus, transmis avec des linges, les mains, l'eau, etc., peut donner lieu à la contagion.

Ce n'est pas par l'air qui est vicié dans l'hôpital des Enfants, que la maladie se transmet, mais par contagion directe. Témoin les faits rapportés par Desmarres (1) à propos de cet enfant qui contracte l'ophthalmie granuleuse dans cet hôpital, revient chez ses parents et communique une ophthalmie purulente à sa mère et à ses deux sœurs, sous forme d'ophthalmie purulente, à la suite de laquelle elles perdent, soit un œil, soit les deux yeux.

Le pus qui est formé par l'ophlhalmie purulente est excessivement contagieux; mais, selon les recherches de Piringer (2), la gravité de l'inoculation dépend de la nature de ce liquide et de la période pendant laquelle il a été transmis. Ainsi la sécrétion purulente grave engendre l'affection purulente dans l'espace de 12 à 36 heures ; tandis que le pus, pris à une période moins virulente, ne fait naître une inflammation que dans l'espace de 72 à 96 heures. Dans ce dernier cas, ce n'est plus une ophthalmie purulente, mais une conjonctivite granuleuse ou même calarrhale. Les dernières observations de Gosselin (3) semblent confirmer ce fait; elles démontrent que, tandis que chez les uns l'affection prend la forme d'ophthalmie granuleuse, chez d'autres la même contagion donne lieu à une ophthalmie calarrhale.

Pronostic. — Il est très-difficile d'établir d'avance le pronostic de la maladie sitôt qu'elle apparaît. II dépend de la rapidité de son développement, ainsi que des complications qui vont surgir.

En général, on peut augurer favorablement lorsque l'évolution est lente et que le chémosis phlegmoneux tarde à se former. Une sorte de tolérance se produit alors dans les tissus, et le danger qui menace la cornée est moins à redouter.

Les altérations de la cornée rendent au contraire le pronostic grave, et l'on ne peut jamais répondre du résultat définitif de la maladie.

Le développement des granulations palbébrales qui exposent les yeux à des inflammations dont la durée n'est jamais précisée, sont aussi, pour le pronostic, d'une très-grande gravité.

Traitement. — Nous reconnaissons dans l'ophthalmie purulente deux phases bien distinctes : la première, d'incubation de la maladie dans la conjonctive palpébrale ; la seconde, de la transmission de l'inflammation à la conjonctive bulbaire sous forme de chémosis phlegmoneux.

Dans la première période, où le globe de l'œil et les tissus profonds ne sont pas encore altérés, le mal réside tout entier dans la conjonctive, et une suppuration très-abondante en est la conséquence.

1° L'indication pour le traitement se déduit de la nature de l'affection; il faut

(1) Desmarres, Traité des ma/adies des yeux. Paris, 1855, t. IL p. 142.

(2) Piringer, Die Blcnnorrhoe in Menschenauge. Gratz, 1841.

(3) Gosselin, Archives gêner, de médecine, 18C9.

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empêcher sa propagation aux parties voisines en cherchant à activer, par les caustiques, la sécrétion ou la transsudation séreuse et l'élimination de l'épithélium. Cette transsudation, obtenue sur toute l'étendue des vaisseaux engorgés, amènera l'élimination du virus purulent, et la maladie sera ainsi souvent enravée dès le début.

Pour obtenir ce résultat l'on peut faire usage, avec un égal succès, de deux caustiques tout aussi énergiques et puissants l'un que l'autre, le crayon de nitrate d'argent mitigé et le cristal de sulfate de cuivre.

Le crayon de nitrate d'argent doit être employé sous la forme mitigée, ainsi que le faisaient en premier lieu Desmarres père et puis de Graefe.

Ce crayon se compose d'une partie de nitrate d'argent et de deux parties de nitrate de potasse (1); il a cet avantage d'être moins caustique, ce qui permet de le passer plus lentement sur la surface que l'on veut loucher et d'appuyer plus ou moins fortement sans craindre de produire une eschare. La surface de ces crayons est plus unie et en s'usant ils conservent les mêmes propriétés.

On doit simplement toucher et non point cautériser avec le crayon mitigé, et éviter, autant que possible, de produire des eschares profondes.

On renverse les deux paupières, supérieure et inférieure, aussi largement que possible, afin de laisser à découvert le cul-de-sac conjonctival ; on les rapproche l'une de l'autre, et on touche toute la surface malade avec ce crayon, en le passant légèrement sur toute son étendue, et surtout sur celle du cul-de-sac conjonctival. Immédiatement après, on passe à plusieurs reprises, sur toute la surface qui a été touchée avec le crayon, un pinceau trempé dans de l'eau salée ; puis ou laisse tomber quelques gouttes d'huile d'amandes douces sur la conjonctive et l'on ferme l'œil.

Voici la formule pour la solution de sel marin ou chlorure de sodium : "2f Eau distillée 10 gram. j Sel marin 5 grani.

La solution de chlorure de sodium sert à neutraliser l'excès de nitrate d'argent qui reste sur la conjonctive. L'instillation d'huile est nécessaire pour empêcher le frottement de la muqueuse oculaire cautérisée contre la cornée.

Immédiatement après, ou quelquefois seulement au bout de cinq minutes, le malade éprouve une sensation de brûlure, de chaleur ; il lui semble qu'il a du sable dans l'œil. L'application des compresses froides, constamment renouvelées et continuées pendant au moins un quart d'heure, fait disparaître cette gêne. La sécrétion des larmes s'exagère, la sécrétion muco-purulente se manifeste de nouveau, et même avec plus d'abondance qu'avant la cautérisation ; mais après deux applications de ce caustique la quantité de cette sécrétion diminue sensiblement.

La cautérisation des paupières doit être pratiquée une fois tous les deux jours ou tous les jours, quelquefois cependant il est nécessaire de la renouveler deux fois dans la même journée. Cela dépendra de la tolérance du malade pour ce caustique, ainsi que de l'abondance de la suppuration.

(I) On fait fondre les deux parties de nitrate de potasse avec une partie de nitrate d'argent dans un creuset de platine en l'agitant avec une baguette en verre, puis on le coule dans de petites lingotières.

OPUTHALMIE DES ADULTES.

Au lieu de crayon mitigé, on peut se servir d'une solution de nitrate d'argent, que l'on appliquera au moyen d'un pinceau. Voici les formules :

"}£ Eau distillée 10 grammes.

Nitrate d'argent 1 — (Desmarres père.)

If, Eau distillée

Nitrate d'argent..

10 grammes.

50 cenligr.

(Galezowski.)

Après avoir passé le pinceau trempé dans cette solution sur les conjonctives palpébrales, on neutralise l'excès de nitrate d'argent avec la solution de sel marin.

2° La cautérisation des conjonctives avec un cristal de sulfate de cuivre peut aussi être utilement employée dans cette période, surtout si l'affection esl, dès le début, accompagnée de granulations; mais en général le caustique précédent est préférable.

3° Les caulérisalions sont quelquefois remplacées par les injections astringentes. Desmarres se sert habituellement de la solution suivante, qu'il fait injecter entre les paupières, au moyen d'une seringue, toutes les demi-heures :

IL Eau distillée.

200 à 300 grammes. | Sulfate d'alumine 1

gramme.

Les auteurs anglais recommandent aussi l'usage de solutions astringentes, soit eu instillation entre les paupières sous forme de goutles, soit en injection que l'on doit renouveler toutes les heures ou toutes les demi-heures. Ainsi, selon Wells, on obtient d'excellents résultats, dans le Royal London ophihalmie Hospital Moorfields, des injections astringentes renouvelées toutes les quinze à trente minutes dans la' journée, et toutes les deux heures la nuit. Voici la solution qu'il recommande :

?f Sulfate de zinc 10 centigr.

Alun 20 à 30 —

Eau distillée 30 grammes.

(Sœlberg Wels.)

Macnamara préconise l'instillation dans l'œil, pendant dix jours, de la solution suivante, que l'on renouvelle toutes les deux heures.

^ Eau distillée 30 grammes. | Nitrate d'argent 15 centigr.

Tous ces moyens peuvent être utiles ; mais, renouvelés trop fréquemment, ils sont très-douloureux et maintiennent constamment une irritation artificielle des conjonctives qui est très-peu favorable, à notre avis, pour amener la guérison. Nous n'hésitons donc pas à donner la préférence à la cautérisation directe.

h° Il est indispensable de nettoyer aussi souvent que possible l'intérieur des paupières par des injections d'eau tiède ou d'eau de guimauve ou de sureau, que I on renouvelle, toutes les demi-heures ou toutes les heures dans la journée, et toutes les deux ou trois heures pendant la nuit. Ces injections sont faites à l'aide d'une pente seringue, ou bien avec un irrigateur. On a soin avant chaque injection d écarter les paupières et de laisser écouler le pus.

Les injeciious astringentes employées dans ce but me paraissent superflues.

5° Pour combattre la boursouUure exagérée des paupières, Macnamara (1)

(1) Macnamara, A Munval of the Diseuses ofthe Eye. London, 18G8, p. 167.

196 MALADIES DE LA f.CWJONCTIVE.

conseille de badigeonner deux ou trois fois dans le courant de la maladie leur surface cutanée avec la solution suivante :

# Eau distillée 12 grammes. | Nitrate d'argent à grammes.

C'est un excellent moyen qui a été recommandé, en 1867, par Serres d'Alais (1), contre les différentes ophthalmies. Son efficacité est incontestable. Je l'ai vérifiée dans plusieurs cas.

La deuxième période de Pophlbalmie s'annonce par la propagation de l'inflammation à la conjonctive oculaire. Le ebémosis charnu augmente de volume ; il s'avance jusqu'à la cornée et peut amener la destruction de celle tunique. La sécrétion semble alors diminuer d'une manière très-notable, et toute l'inflammation se porte aux membranes profondes des paupières et à la capsule de Tenon.

L'indication pour le traitement diffère de celle de la première période : il faul combattre l'inflammation et le gonflement des tissus profonds, et empêcher l'étranglement de la cornée par le chémosis phlegmoneux. Voici la méthode que nous suivons habituellement dans ce cas :

1° On doit suspendre l'usage de tous les caustiques et des astringents ; l'observation nous a démontré que toute cautérisation nouvelle augmente l'irritation des tissus profonds gonflés et enflammés.

2° On fera des scarifications très-fréquentes et multiples autour de la cornée, sur la conjonctive bulbaire, ainsi que sur la conjonctive palpébrale.

3° Si le chémosis est très-épais et s'il entoure la cornée, celle-ci ne tardera pas à se sphacéler ; il est donc urgent de prévenir cet étranglement.

Le seul moyen énergique et efficace pour combattre ces accidents est l'excision du chimosis. On saisit avec une pince un lambeau dans l'angle externe, et on l'excise jusqu'à la cornée. On agit de même dans l'angle interne, en bas et en haut de la cornée.

Ces excisions ne donnent ordinairement lieu qu'à un léger écoulement de sang, à cause de stases veineuses qui existent dans les vaisseaux engorgés et presque étranglés. Mais il se manifeste bientôt un mieux sensible; la paupière supérieure s'affaisse et le gonflement diminue.

On renouvelle tous les jours ou tous les deux jours ces scarifications et ces excisions jusqu'à la disparition complète du gonflement du bord de la cornée.

Ce qu'il y a de remarquable, c'est la reproduction facile de la conjonctive à l'endroit où elle a été excisée, aussitôt que la guérison a lieu. Il ne reste ordinairement aucune trace d'excision.

Par ce moyen, employé concurremment avec les injections continuelles d'eau tiède, on arrête l'inflammation phlegmoneuse et l'on sauve la cornée. Les cautérisations, tout au contraire, faites dans cette période, sont des plus dangereuses ; elles augmentent l'étranglement des tissus, aggravent le chémosis et favorisent la

nécrose de la cornée.

U° Pendant toute cette seconde période, on doit continuer 1 application constante sur les paupières des compresses imbibées d'eau froide, et les renouveler chaque fois qu'on fait une injection.

(1) Serres (d'Alais), Bulletin de la Société de chirurgie, 1867, t. VII, 2e série., p. 10.

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